Chapitre un

Le véritable croque-mitaine

Cela faisait six mois que la bombe avait explosé.

Que les frères Petrelli s'étaient envolés dans les cieux pour sauver le monde. Quel sacrifice ! Leur acte héroïque avait été accueilli avec effusion, d'autant plus qu'ils s'en étaient sortis tous les deux bel et bien vivants.

De vrais héros ! De ceux qui sont seront adulés bien au-delà de leur mort…

Mais seulement par leurs semblables.

Il avait failli s'étouffer en voyant le plus vieux à la télévision, fêtant sa victoire au congrès comme si rien ne s'était passé, sa famille autour de lui…

On avait parlé d'une météorite étrange qui s'était formée près de la terre. Rien de plus.

Par contre, on avait parlé de lui sur toutes les chaînes, comme s'il n'était qu'un vulgaire criminel. Un idiot de tueur en série !

Et cela faisait six mois qu'il se terrait, avec bien du mal. Il pensait sa dernière heure arrivée, lorsque ce samouraï de pacotille lui avait fendu l'abdomen ! Mais il était bien plus fort que cela. Contrairement à ce qu'ils pensaient tous !

Si seulement il avait eu le temps de manger le cerveau de ce Peter, ou de la cheerleader...

Sa guérison l'avait retardée et l'empêchait de fuir comme il l'aurait voulu.

En attendant, ce vieux médecin à la retraite s'occupait de lui, sans jamais rien lui demander. Si tous les humains pouvaient être pareils…

Sylar sentait aux battements de cœur du vieil homme que s'occuper d'un fugitif aussi dangereux lui procurait une grande excitation. Il lui avait d'ailleurs confié que cela lui rappelait sa jeunesse.

Mais Sylar n'en avait pas demandé plus. Lorsqu'il serait guéri…

Que ferait-il d'ailleurs… ?

Des avis de recherche étaient placardés partout dans cette foutue ville.

Fuir… Fuir… Fuir…

Mais avant cela, il voulait se venger.

Du monde entier ? Même pas. Juste de ces incapables… Et aussi de Suresh. Surtout de Suresh…

Il avait admiré le fait qu'il se soit aussi bien joué de lui. Pas à dire, l'homme l'avait manipulé à merveille. Il avait eu le cran d'essayer de le tuer bien en face, même s'il tremblait comme un fou et que les battements désordonnés de son cœur avaient failli le rendre dingue.

Mais il était également celui qui lui avait tourné le dos.

Il ne pouvait pas pardonner cela. Chandra lui avait tourné le dos, lui aussi. Puis sa propre mère…

Ces gens qui faisaient semblant de s'intéresser à lui pour quelque chose qu'il n'avait pas, au fond…

Qu'il n'était pas…

Mohinder… Il se délectait d'avance en pensant aux tortures qu'il lui infligerait avant de le tuer… De le dévorer tout entier…

- Tu peux venir, le dîner est prêt.

Il se leva de sa chaise en grimaçant. Cette foutue blessure lui faisait un mal de chien. Il rejoignit le vieil homme. Jack.

Il ne savait que son prénom. Ne cherchait pas à en savoir plus. Il s'installa face à lui.

- Tiens, murmura le vieux en lui tendant un plat.

Sylar se demandait encore comment il avait réussi à l'opérer en tremblant autant.

Il se servit et avala la première bouchée.

- Tu sais, aux informations, ils ont dit que tu sévissais encore.

- Quoi ? C'est ridicule !

- N'est-ce pas ? Mais ils ont retrouvé des personnes mortes exactement de la même façon… Tu veux que j'allume la télé ?

Il hocha la tête. L'information s'intéressait au monde. Puis revint aux infos locales.

Effectivement, des meurtres avaient eu lieu ces derniers temps. Les noms des victimes furent donnés.

Des gens qui n'étaient pas sur la liste. Des gens ordinaires.

Sylar eut un sourire méprisant.

Jack hocha la tête.

- Pendant qu'ils te chercheront toi, ils vont laisser le vrai coupable se balader impunément. C'est vraiment n'importe quoi. Surtout qu'il ne s'est rien passé depuis le jour de la comète. Tu aurais pu crever dans un égout.

- Ce n'est pas grave, Papy, je me fiche que d'autres tuent en mon nom, tout ce que je veux c'est guérir complètement.

Le médecin soupira.

- Ton désir de vengeance est fort. Prend garde qu'il ne t'aveugle pas. Pense à ta propre sécurité avant tout, Gabriel.

Ce dernier haussa les épaules. Il n'avait pas besoin de sermon. Ils finirent leur repas en silence, la télé en bruit de fond.

Puis Sylar releva brusquement le visage vers l'écran.

-… Si vous voyez cet homme, n'hésitez pas à nous contacter, c'est un individu très dangereux, il a disparu hier soir après avoir assassiné Molly Walter, une petite fille de 11 ans. Je répète, si vous voyez ou avez des informations sur le professeur Mohinder Suresh, contactez au plus vite la police de New-York.

La photo du généticien s'afficha sur l'écran.

Le verre de Sylar explosa.

- Allons, fiston, calme-toi.

Jack se tenait sur le seuil de la cuisine, l'observant avec inquiétude.

- C'est un ami à toi ?

Le jeune homme, les yeux brillants, ne pouvait détacher son regard de la télé.

- Il est celui que je hais le plus…

Le vieil homme eut un sourire triste et repartit dans la cuisine.

Disparu. Mohinder avait disparu ! Comment pourrait-il assouvir son désir de vengeance s'il lui filait entre les doigts ? De toute façon, il ne pouvait pas se lancer à sa recherche, c'était bien trop risqué.

Il se jeta dans son lit, les mains sur le crâne.

Il fallait qu'il arrête de délirer. Il ne pouvait absolument pas bouger d'ici. Disparu… Une minute, que disaient-ils à la télé ? Après avoir fait quoi ?

Il se redressa. Tuer une gamine ? Même s'il avait voulu le descendre, cet homme était incapable de faire du mal à une mouche. Après tout, ce n'était qu'un lâche !

Bizarre…

Il devait aller se renseigner. Quoi qu'il se passe, c'était à lui que revenait le droit de faire souffrir le généticien.

Il se releva, prit un long manteau à capuche sombre, et se dirigea vers l'entrée.

- Gabriel, prends ça avec toi.

Peste ! Ce vieux était décidément plus présent qu'il ne l'aurait voulu. Il secoua négativement la tête.

- Laissez ça, je n'en ai absolument pas besoin. Il vous sera plus utile qu'à moi, ce quartier est trop pourri pour que je vous prive de votre seul moyen de défense.

Jack posa le revolver sur un petit meuble.

- C'est comme tu veux. Tu es chez toi ici, ne l'oublie pas. Reviens en bon état.

Il sentait la sincérité qui émanait du vieil homme. Rares semblaient les humains à en être réellement pourvu. C'était pour cela qu'il lui avait laissé la vie sauve. Il pensait l'éliminer une fois qu'il l'aurait soigné. Mais depuis le don qu'il avait pris à Dale Smither, il ressentait la véritable nature des émotions, liée aux battements de cœur, à la transpiration, au pouls… Il avait appris à décortiquer tout ça en profondeur. Grâce à cela, il avait compris que le vieux médecin ne le trahirait pas.

En écoutant les moindres bruits émis par chaque parcelle de son corps.

Tout simplement.

Et maintenant, grâce à cette ouïe impressionnante, en plus de ses autres dons volés, il allait se mettre en chasse.

S'introduire d'une façon ou d'une autre auprès des Petrelli, qui étaient devenus les plus proches amis de Suresh, et écouter…

Deux mois passèrent encore, où il n'eut aucun succès dans ses recherches, ni dans ses tentatives d'approche. C'était très dangereux…

Jusqu'à ce soir.

Il était dans son lit.

N'en revenait toujours pas de sa chance.

Il n'avait pas trouvé d'informations utiles, mais ce qu'il avait trouvé était tellement plus intéressant…

Quel était le nom de cette fille, déjà ?

Candice…

Il se mit à rire tout seul. Se leva, s'approcha d'un miroir.

Alors, et s'il voulait se voir autrement ? Il voulut voir Chandra dans le miroir.

Chandra apparut.

Alors, réellement, il allait pouvoir changer la réalité ?

Il avait vraiment bien fait de sortir. Sa dernière sortie depuis ces huit derniers mois avait été plus que fructueuse !

Ce pouvoir était tout bonnement génial.

Dire qu'il avait trouvé cette fille en train de menacer des gens avec son don. De menacer deux vieux bourgeois, en plein cœur de New-York ! Comme si un don pareil devait être utilisé pour ce genre d'actes de bas niveau ! Elle non plus ne le méritait pas.

C'est pourquoi il le lui avait pris.

Magnifique…

Il se sentait bien mieux tout à coup !

Il ferma les yeux, s'enfonçant dans son oreiller.

Il pourrait aller partout. Se promener librement dans cette ville, comme il l'entendrait ! Pour un peu, il aurait hurlé de joie.

Puis tout à coup, on enfonça un pic acéré dans son cerveau.

Ce fut du moins son impression. Il voulut laisser échapper une plainte qui ne sortit pas de sa gorge.

La douleur cessa brusquement.

Il ne pouvait ouvrir les yeux. Que se passait-il ? Jack, où était le vieux bonhomme ? Il pouvait l'aider, lui.

- Doucement, mon ami. Ne vous crispez pas ici, où vous pourriez frôler malencontreusement l'infarctus.

Quelqu'un s'adressait directement à lui, dans sa tête…

- J'aimerais que vous me rejoigniez, dès que possible. J'ai un petit cadeau pour vous.

Sylar se sentait complètement bloqué. Il ne pouvait faire aucun geste, pas prononcer un mot. Juste recevoir cette voix.

- Demain, je vous guiderai jusqu'à ma demeure. Vous êtes particulièrement intéressant pour moi. C'est pourquoi je me suis permis de prendre une chose à laquelle vous teniez pour la préparer délicatement à vous recevoir… Un petit professeur, cela vous dit quelque chose, n'est-ce pas ? Il vous attend bien sagement chez moi. J'ai hâte de vous recevoir…

La douleur le reprit intensément, puis plus rien. Il se redressa, le souffle court. Un homme qui pouvait s'introduire aussi facilement dans son esprit… Un homme qui avait Mohinder…

Et pourquoi le contacter de la sorte ? Et seulement maintenant ?

Il se leva pour aller boire un verre d'eau. Merde, c'était sans doute dangereux. Mais il était très intrigué. Cet homme semblait avoir une force phénoménale. Pouvoir diriger son esprit et son corps à distance…

Il ne dormit pas cette nuit là.

Puis le matin, il salua Jack avant de partir à nouveau. Il n'avait plus à craindre la lumière du jour, maintenant qu'il avait en lui le pouvoir de cette fille. C'était excellent.

La migraine reparut soudainement, toutefois plus légère que la veille. Un plan s'imprima dans son esprit. Alors Mohinder était à New York, tout simplement. En banlieue, dans les beaux quartiers…

Il mit environ 1 heure de métro, puis 20 minutes de taxi pour arriver à l'adresse indiquée. C'était un parc. Devant, une limousine attendait. Un majordome en descendit.

- Si Monsieur veut me suivre…

Sylar eut un mouvement de recul. Il se reprit, se sentant ridicule. Il n'avait rien à craindre. Ses pouvoirs le protégeraient de n'importe qui ou n'importe quoi.

Il s'installa dans la berline, qui l'emmena à la propriété. Un mal de crâne étrange l'empêcha de situer la route. Il ne doutait pas que ce fût intentionnel.

Après environ une demi-heure de route, ils passèrent une grille et s'engagèrent sur une immense allée bordée d'arbres qui menait à un manoir entouré d'un parc immense.

Ils s'arrêtèrent et sortirent de la voiture.

Il suivit le majordome, montant les nombreuses marches du perron. Il était nerveux toutefois. Si c'était un guet-apens, il pouvait facilement s'en sortir, avec son nouveau pouvoir, mais il s'était précipité sans précaution…

Il entra dans la demeure. Le hall était immense. Pour un peu, il aurait pu se croire dans un château moyenâgeux. Les pierres, tableaux, tapisseries qui recouvraient les murs semblaient d'époque. C'était impressionnant.

- Enchanté, M. Gray.

Il se tourna d'un bond.

En face de lui se tenait un homme d'une beauté à couper le souffle. De longs cheveux d'un noir de jais reliés par un catogan, un visage fin et délicat, un regard d'un bleu glacé, semblant aussi tranchant que l'acier. Quel âge cet homme pouvait-il avoir ? 30 ans ? 40 ? Impossible à définir…

Un sourire enjôleur se dessina sur ce visage incroyable.

- J'espère que vous avez fait bon voyage…

Il hocha la tête sans répondre, fixant cet homme avec une curiosité non dissimulée. Qui était-il donc ?

Ce dernier lui tendit une main que Sylar prit, non sans pouvoir s'empêcher de frissonner. Un pouvoir immense émanait de cet homme, un pouvoir… effrayant ? Son estomac se tordit. Une peur viscérale lui cloua la voix.

- N'ayez crainte, je ne vous ai pas invité chez moi pour vous faire du mal, bien au contraire. Mon nom est Kane. Cela suffira pour l'instant, M. Gray. Je souhaitais absolument vous rencontrer… Votre cas est spécial… Plus encore que celui de ce Peter Petrelli. Vous qui comprenez le fonctionnement de chaque chose dans son intégralité, vous êtes… inestimable…

Mais allons donc prendre un thé. Vous devez avoir quelques questions à me poser.

Le jeune homme le suivit avec réticence. Quelque chose dans cet endroit semblait contrôler ses pouvoirs. Il sentait qu'il ne pouvait pas les utiliser.

- Ne vous inquiétez pas, il n'y a que moi ici, en plus de mes serviteurs bien entendu. Mais je suis le seul à tout contrôler. Si je bride vos pouvoirs, c'est seulement pour m'assurer que vous ne me ferez pas faux bond. J'aimerais assez que vous cessiez d'avoir peur, je ne vais pas vous manger.

Sylar se sentit piqué au vif. Pour qui se prenait-il ?

- Je n'ai PAS peur ! Et dites-moi ce que vous voulez à la fin !

- Oh, pas grand-chose, juste vous étudier quelque peu, du moins pour l'instant.

- M'étudier ? Beaucoup de gens veulent étudier les personnes comme nous, et jusqu'à maintenant, cela s'est toujours mal terminé.

De nouveau, un sourire doux. Sylar se calma un peu. La sensation de terreur pure qu'il avait ressenti au début était partie depuis un moment déjà. Sans doute l'effet de son imagination.

- Hum, sans doute. Mais à la différence près que je ne veux que vous. Les autres ne m'intéressent pas. Votre don est différent. Incroyable. Et il me serait utile. Mais je ne vous le prendrais pas. Vous êtes un jeune homme plein de vigueur, assez intelligent pour savoir où se trouve son intérêt, n'est-ce pas ? Je vais vous laissez réfléchir toutefois. Je ne veux rien de vous qui soit pris de force. J'estime que travailler à l'amiable est bien plus intéressant et constructif.

Des coups à la porte firent sursauter Sylar. Une jeune femme entra et déposa des tasses de thé et des petits gâteaux sur la table basse qui les séparaient. Elle se retira sans un mot.

- Buvez, il vient directement d'Inde, c'est un des meilleurs. De l'or en infusion.

- Et le professeur Suresh ? Vous m'avez dit que…

- Allons, le coupa Kane, chaque chose en son temps. Même si vous êtes pressé de revoir votre ami, dégustons ce breuvage délicat. Il n'y en a pas de meilleur au monde…

- Ce n'est pas mon ami.

- Oh, c'est vrai, c'est d'ailleurs pourquoi j'ai pris quelques libertés avec lui, j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. Mais cet homme m'a amusé à n'en plus finir. Un véritable prince. Si innocent et délicat… Je ne m'étais pas autant amusé depuis… des dizaines d'années, peut-être même plus…

- Vous vous fichez de moi ? Et quel est votre pouvoir à vous ? Contrôler les gens par la pensée ?

Un rire cristallin sortit des lèvres roses.

- Oh, non, mon pouvoir est bien plus grand, M. Gray. Depuis tout ce temps que j'ai vécu, il est sans doute le plus puissant de tous. C'est pourquoi j'ai débridé vos pouvoirs à l'instant, je sais que vous ne partirez pas, vous êtes intrigué, n'est-ce pas ? Mais vous ne pouvez absolument rien me faire. Ni vous, ni aucun autre.

- Si vous êtes aussi puissant que vous le dites, quel intérêt puis-je avoir pour vous ?

L'homme finit sa tasse, la reposa doucement, et s'approcha du bord du fauteuil où il était installé, comme pour lui faire une confidence.

- La curiosité, M. Gray, j'aimerais disséquer votre don comme vous l'avez fait de chacun des cerveaux de ces malheureux… Votre pouvoir permet de décortiquer celui des autres. Grâce à vous, je comprendrais sans doute d'où nous viennent ces capacités mystérieuses, et j'atteindrais mon but.

Sylar eut un sourire cynique et haussa les épaules.

- Et devenir le maître du monde ?

L'autre rit encore.

- Non, je n'ai pas cette prétention, nous ne sommes pas dans une bande dessinée. Mon projet, je vous le dévoilerai lorsque je serais certain que vous êtes de mon côté… Mais nul doute qu'avec le petit cadeau que je vous ai préparé, je vous aurais à mes côtés…

Il se leva, et lui fit signe de l'accompagner.

Ils prirent des couloirs interminables, pour arriver devant une statue en pierre. Kane donna quelques coups dessus, et un passage s'ouvrit derrière.

- N'ayez crainte, je vous assure, c'est l'endroit où j'ai caché notre ami commun. Le pauvre, il a dû prendre la vie d'une si petite fille… Je pense qu'il en a été légèrement retourné. Vous ne le trouverez pas dans un si bon état, mais peut-être pourrez-vous le réparer, finit-il d'un ton ironique.

- Vous savez pourquoi il a tué cette fillette ?

- Oh, elle était une gêne, bien sûr, grâce à elle chacun d'entre nous pouvait être localisé. D'ailleurs, ce professeur savait où vous étiez depuis un moment, mais il n'avait rien tenté contre vous. Il s'en voulait de vous avoir rejeté lorsque vous lui aviez demandé de l'aide. Il savait que vous n'étiez pas dangereux à cause de votre blessure, alors il essayait de repousser le plus possible le moment où vous seriez jugé. Et condamné à mort. Même s'il avait essayé de vous tuer, ce pauvre insecte se morfondait là-dessus sans arrêt… Plutôt idiot, n'est-ce pas ? Enfin bref, cette enfant a tenté inlassablement de me localiser, malgré la peur qu'elle ressentait. Alors j'ai décidé de l'éliminer. Par le biais de notre cher petit professeur. Il a eu le cœur brisé lorsque je l'ai forcé à assassiner cette enfant. Il en est devenu à moitié fou, c'était risible. Ensuite, je l'ai enlevé, et j'ai décidé de le garder ici, jusqu'à ce que je décide de vous inviter chez moi. Cet homme est mon cadeau de bienvenue. Et le gage d'une future entente cordiale, du moins je l'espère.

Disant cela, il tendit la main nonchalamment vers la vitre de ce qui semblait être une petite cellule, et en alluma la lumière, sans doute par la pensée.

Sylar s'approcha. Son cœur manqua un battement.

Ce n'était pas Mohinder. Non.

Ce corps nu, recroquevillé sur le sol et entravé par des chaînes. Recouvert de marques de fouet et de brûlures. De contusions et d'hématomes.

L'homme entra dans la salle et s'accroupit au-dessus du corps.

- Mon petit professeur, Gabriel est arrivé pour toi. Il se faisait beaucoup de soucis, et je pense qu'il est heureux de t'avoir retrouvé. Il ne t'en veut plus pour ce qui s'est passé, je pense.

Sylar s'agrippa d'une main à l'embrasure de la porte, s'attardant avec effroi sur le corps abîmé qui se trouvait devant lui. Des tressautements parcoururent la forme plaquée au sol, suivis par quelques grognements étouffés. Sylar posa une main sur sa bouche, s'empêchant de crier.

Ses paupières avaient été cousues.

- Ne vous inquiétez pas, M. Gray, j'ai un peu abîmé ses cordes vocales, à force de l'étrangler, mais il retrouvera vite l'usage de la parole. Il est moins amoché qu'il n'en a l'air, c'est votre cadeau après tout, je vous l'ai préparé convenablement, et je peux vous assurer qu'il est divertissant…

Sylar ne pouvait détacher son regard de l'indien. Même… même s'il le voulait encore de toutes ses forces il y avait quelques heures à peine, il n'aurait jamais pu lui faire subir ce genre de chose… C'était… terrifiant.

Plus terrifiante encore l'étincelle qui s'était allumée dans les yeux glaciales de son hôte. Il se passa la langue sur les lèvres, tout en le fixant avec une joie non dissimulée.

- Alors ? Mon cadeau n'est-il pas fameux ?

Vite, vite, une solution… Après tout, autant agir sans réfléchir, non ? Comme à l'ordinaire…

Il écouta attentivement, des bruissements de feuilles semblaient provenir de sa droite, sans doute deux ou trois murs les séparaient de la sortie. Il posa sa main sur le mur, et l'explosa bruyamment, tout en fixant les menottes de Mohinder, qui s'ouvrirent automatiquement. Il l'attrapa au vol, et se fraya un chemin dans les éboulis de pierres et de briques, poursuivi par un rire sonore. Ce fou allait sans doute les rattraper. A cet instant, plus que n'importe quel autre, il aurait voulu le pouvoir de voler. Mais il courut, courut, serrant le corps maigre et léger contre lui, qui gémissait avec difficulté à chaque enjambée de plus. Il atteignit la rue. Personne ne les poursuivait ? Il rasa les murs, il lui fallait un taxi, pour rentrer le plus vite possible. Mais avant ça, il serra le professeur un peu plus contre lui. Il devait changer la vision des personnes sur eux. Vite, il se concentra. Héla un taxi, qui les amena près de chez Jack.

Il se précipita à l'intérieur du vieil appartement.

- Et bien, Gabriel que t'arrive…

Le vieillard resta sans voix lorsque ses yeux se posèrent sur le léger fardeau du jeune homme.

- Oh mon dieu, quel horreur… Qui a fait ça à ce pauvre garçon ? Vite, ne perdons pas de temps, mets-le sur ton lit. Apporte-moi l'éther, je vais l'endormir, le temps de lui enlever ses fils abominables. Plus vite, voyons, et ne tremble pas comme ça qu'est-ce qui te prends ? Tu vas m'aider, et tu as plutôt intérêt à être précis dans tes gestes, et à bien m'observer, c'est compris ?

Sylar hocha la tête. Ils nettoyèrent Mohinder, désinfectèrent chaque plaie, firent des points de sutures là où il y en avait le plus besoin.

- C'est heureux que tu l'aies retrouvé, Gabriel, encore une semaine à ce régime, et il était mort, finit Jack en surveillant la perfusion.

Le jeune homme regardait l'indien, nettoyé et soigné, allongé, encore endormi, sur son lit. Il ne comprenait même pas pourquoi il l'avait emmené avec lui. Ce besoin de le sortir de là coûte que coûte avait été le plus fort.

Cet homme… Kane… C'était un monstre. Un véritable monstre. Même si lui, Sylar, n'était pas mal dans son genre, jamais au grand jamais il n'aurait pu faire quelque chose d'aussi ignoble…

Qui était-il ? Il sentait qu'il aurait pu les empêcher de s'enfuir d'un simple battement de cil. Alors pourquoi ? Était-ce un jeu ? Il l'avait sans doute laissé partir à dessein. Mais dans quel but exactement ?

- Gabriel, viens avec moi, dit Jack en le tirant par la manche.

Il l'entraîna dans la petite cuisine.

- Il s'agit de ce criminel, recherché depuis deux mois, je l'ai reconnu. Je ne te poserai pas de questions, mais tu l'as tiré de l'enfer. Ses yeux, j'estimerais qu'ils étaient cousus depuis plus d'un mois. N'ouvre surtout pas de lumière dans la chambre. Je vais colmater les volets au maximum. Comment vas-tu toi ? Tu n'as été blessé nulle part ?

- Non, non. Je… Je vais préparer le repas.

Jack repartit dans la chambre.

Sylar posa ses mains de part et d'autre de l'évier. Il avait sans doute échappé à un grand danger aujourd'hui…

Cet homme qui avait réussi à berner Mohinder Suresh. Alors même que ce dernier était souvent aux côtés de cet étrange haïtien qui barrait les pouvoirs, comme il l'avait vu lors des quelques reportages sur Nathan Petrelli.

Qu'allait-il se passer à présent ??? Il ne savait même pas pourquoi il avait sauvé la vie du généticien. Mais le voir sans défense et soumis à ces traitements l'avaient révolté, même si cela n'avait duré qu'un court instant, ça avait été bien suffisant pour qu'il le tire de là.

Et merde… La galère dans laquelle il venait de s'embarquer bien malgré lui commençait à lui faire peur…

En quoi pouvait-il à ce point intéresser cet homme ? Il allait devoir fuir loin d'ici. Jack était en danger au moins autant qu'eux…

Il devait réfléchir calmement à tout ça. Mais pas trop longtemps…

Jack revint près de lui.

- Tu sais, j'ai un vieux ranch… Je ne t'en ai pas parlé, parce que j'aimais beaucoup ta compagnie, et puis, tant que tu ne bougeais pas d'ici, il n'y avait pas de danger pour toi. Seulement, maintenant, ça risque d'être un peu plus risqué. Je n'ai pas envie qu'il t'arrive malheur, Gabriel… Je vais te donner l'adresse, il est à l'écart de tout. Vous pourrez vous y cacher. Si je n'avais pas été si vieux, je vous aurais accompagné… Mais je ne serais qu'un fardeau.

Sylar le regarda avec étonnement.

-Vous… Je ne sais pas comment vous remercier après tout ça…

- Vis, Gabriel, tout ce que je veux c'est qu'il ne t'arrive rien. Je ne te l'ai jamais dit, mais j'ai moi aussi du me cacher, quand j'étais très jeune. Et ceci durant des années qui m'ont parues interminables. J'ai survécu. Et je crois à la rédemption. Alors, j'étais heureux de pouvoir t'aider. Tu n'es pas une mauvaise personne, et je le sais bien. Alors je veux faire de mon mieux pour toi, fiston.

Sylar inspira un grand coup. Jack lui tendit un papier et des clés.

- Le plan, l'adresse, mes clés de voiture, et celles du ranch. Tu auras de l'eau au puit, pas d'électricité malheureusement, mais il y a assez de bois autour pour vous faire de belles flambées de cheminée. Il y a une ville à une cinquantaine de kilomètres du ranch, ce sera suffisant pour aller faire des provisions. Vous partirez demain, il faut que ce jeune homme ait au moins cet après-midi et cette nuit de repos. Son cœur est fatigué.

- Merci Jack…

Le vieil homme haussa les épaules et sourit avec tendresse.

Sylar lui sourit en retour.

Il y aurait donc au moins une personne sur cette terre qui ne l'aurait pas déçu… ? C'était une chose en laquelle il ne croyait plus depuis longtemps… Et pourtant…

A suivre…………………………