Disclaimer : rien à moi, sauf quelques personnages, tout à la souris en caleçon rouge. Oh, puis si vous avez vu les films, vous saurez bien reconnaître ce qui vient de moi et le reste.

Rating : PG-13

Avertissement : l'histoire se déroule environ 15 ans après La Malédiction du Black Pearl, et ne tient pas compte de ses deux suites (même si je peux emprunter quelques éléments). Les personnages principaux comme Jack, Will et Elizabeth apparaîtront, mais plus tard dans l'histoire.

L'orphelinat Blackshore

Willy Cooper, la main au-dessus des yeux pour les protéger de la pluie, fronça les sourcils. Etait-ce un navire qu'il apercevait au loin ? Difficile à dire, avec ce temps. Secouant la tête, il reprit le chemin de l'orphelinat, le fagot de bois qu'il était allé chercher dans la réserve callé sous le bras. D'ici à ce qu'il aurait rejoint le bâtiment, les bûches seraient trempées, inutiles pour le chauffage. Mais c'était toujours lui qu'on envoyait dehors pour les corvées. Mr Benton, le directeur de l'orphelinat, le détestait particulièrement…

Cependant, longer le bord de mer, même par mauvais temps, ne déplaisait pas autant à Willy que Benton ne le pensait. Il avait toujours était attiré par la mer, et les bateaux qu'il distinguait voguant plus ou moins loin de la côte battue par les vents excitaient son imagination. Quitter ce coin désolé de Cornouailles, ce lieu sinistre où il avait passé les douze ans de sa vie, pour partir loin, aux Indes ou aux Caraïbes ! Voilà ce que ce panorama représentait pour lui. Il passait des nuits à échafauder des plans pour s'échapper de sa prison, rejoindre le port le plus proche et s'engager comme mousse sur un navire de la Marine Royale ou de la Compagnie des Indes, ou même, pourquoi pas un corsaire ou un pirate ! et fuir au-delà de l'horizon.

Il se demandait parfois si son père n'était pas un marin. Il en était même persuadé. Willy passait le plus de temps possible aux cuisines où Mrs Barry, la cuisinière, et son aide Miss Kemp, travaillaient déjà à son arrivée à l'orphelinat Blackshore, lorsqu'il n'avait que quelques mois. Il leur avait posé des questions sans fin sur le sujet. Des questions qui finissaient par être toujours les mêmes, à l'exaspération de Mrs Barry.

« Ne reste pas dans nos pattes, espèce de petit sacripant ! Je te l'ai déjà dit cent fois ! C'est un officier de marine qui t'a déposé ici. Il s'est entretenu longtemps avec Mr Spencer. C'était autre chose que Benton, celui-là ! Et finalement, il est parti sans toi. Non, je ne sais pas son nom ! C'était peut-être ton père, peut-être pas. Mais si tu veux mon avis, il était bien trop élégant pour t'avoir engendré !

- Ah, ça, c'était un beau morceau ! Il avait de ces yeux ! Miam, miam, avait renchéri Miss Kemp en gloussant.

- Surveille cette marmite, toi, au lieu de rêvasser ! Tu ne l'as entraperçu qu'à son départ alors à part son dos, je ne vois pas bien ce que tu as pu voir ! Et toi, Willy, file dans ton dortoir avant que Benton ne te voit ! »

Cooper pensait sans cesse à ce mystérieux officier. Etait-ce son père ? Si c'était le cas, pourquoi l'avoir abandonné ? Il n'était peut-être qu'un bâtard, qu'on ne voulait pas prendre en charge, une tâche dans une réputation de militaire distingué qu'il fallait dissimuler. Beaucoup de ses camarades étaient dans ce cas. Mais si cet homme n'était pas son père, quel était son lien avec lui ? Est-ce que vraiment, il ne lui restait aucune famille ?

Il lui semblait parfois que ses souvenirs remontaient à plus loin que ses premiers jours à Blackshore. Des images d'une pièce qui tanguait et roulait lui revenaient parfois, et, encore plus rarement, celle d'un homme en uniforme bleu qui le prenait dans ses bras et le faisait tournoyer au-dessus de sa tête. Etait-il venu à Blackshore par bateau, ou était-ce seulement les propos de la cuisinière qui excitait son imagination ?

Willy n'était pas arrivé sans rien à l'orphelinat. Pendant ses premières années dans ce lieu, il avait précieusement conservé son seul bien : un étrange pendentif en forme de quart de disque, tout simple et sans motif. La seule irrégularité était une fine rainure sur chaque tranche, comme si un autre élément était sensé s'emboîter de chaque côté de l'objet.

Mais même cet unique trésor, qui ne semblait pas avoir grande valeur, lui avait été confisqué par Benton peu de temps après que ce dernier n'accède à la direction de l'orphelinat, à la mort de son fondateur, Mr Spencer.

Du temps de Mr Spencer, même si l'endroit, du fait de sa fonction, n'était pas particulièrement joyeux, la vie n'était pas si désagréable, mais Benton avait mis fin à ce qu'il appelait « les privilèges des miséreux ». Maigres héritages confisqués, nourriture réduite au minimum, châtiments corporels pour un oui pour un non…

Châtiment auquel il aurait encore droit s'il n'était pas bientôt rentré… Le jeune garçon traversa la cours pavée en courant, n'accordant aucun regard à une voiture sans armoirie stationnée un peu plus loin, chose pour le moins extraordinaire. Blackshore recevait rarement de visite.

Willy, dégoulinant de pluie et trempant le sol de pierre, pénétra finalement dans le grand hall.

« Te voilà enfin, toi ! » fit une voix rude.

Willy se mordit les lèvres. Strang, un des surveillants, une vraie brute, venait de se matérialiser à ses côtés.

« Y'a une heure qu'on te cherche ! Dans le bureau du directeur, et vite ! Et remet de l'ordre dans ta tenue ou ça va barder ! »

Obtempérant sans discuter, et abandonnant le fagot gorgé d'eau dans les bras de Strang sans tenir compte de ses protestations, Willy monta les escaliers, le cœur battant. Qu'avait-il encore bien pu faire ?

Benton l'attendait derrière un somptueux bureau en acajou, son gros visage renfrogné.

« C'est le garçon. » déclara-t-il à l'entrée de Willy.

Le garçon en question aperçut alors son interlocuteur, et son cœur fit un nouveau bond dans sa poitrine. Le visiteur était vêtu d'un uniforme de capitaine de la Marine Royale. Etait-ce l'homme qui l'avait conduit ici des années auparavant ? Mais si c'était le cas, la réalité était bien loin de ses rêves !

Grand et massif, engoncé dans un habit élimé, le capitaine devait avoir une petite quarantaine d'années, et son large visage rond, pâle et sans grâce était barré sur la joue gauche d'une profonde cicatrice. Il contemplait Willy d'un air peu amical, ses petits yeux sombres braqués sur lui comme s'il n'aimait pas ce qu'il voyait. Si c'était cela, le beau morceau de miss Kemp…

« Willy Cooper, hein ? » fit l'officier d'un ton narquois.

Willy hocha la tête.

« Il est plutôt rabougri, » lâcha le capitaine à l'adresse de Benton, sans quitter le gamin des yeux.

Benton foudroya Willy du regard, comme si c'était sa faute.

« Il est parfaitement bien traité, capitaine Gillette, affirma-t-il.

- Si vous le dites, mais si on me demandait mon opinion, et vous pouvez être sûr que l'homme qui m'envoie attache une grande importance à mon opinion, je dirais qu'il est sous-alimenté. »

Même s'il était pour le moins exaspérant qu'on discute de lui comme s'il était un cheval qu'on comptait vendre, Willy ne pouvait s'empêcher de se réjouir du malaise que semblait ressentir Benton.

« Certains garçons de son âge ont une croissance lente. Le régime alimentaire n'a rien à voir. Moi-même, à son âge, j'étais un sac d'os et je mangeais largement à ma fin. Ce n'est que plus tard que j'ai pris du muscle. »

Le capitaine Gillette eut un sourire sardonique.

« Si j'en juge par les pensionnaires que j'ai croisés, cet orphelinat est spécialisé dans les garçons à la croissance lente. Mais c'est sans importance. Puisque les choses ont été tirées au clair, le jeune Cooper n'a qu'à faire ses bagages et me suivre. »

Willy ne put se retenir. Peu lui importait qui était ce Gillette et ce qu'il lui voulait. Il l'arrachait à Mr Benton. Mais tout ce qu'il trouva à dire fut :

« Je n'ai rien à emporter, monsieur… Euh, capitaine. »

Il se mordit immédiatement les lèvres. Gillette avait l'air mécontent.

« Rien du tout ? Eh bien, je ne m'attendais certes pas à ce que vous transportiez avec vous les bijoux de la couronne. Mais vous avez au moins un objet personnel ? »

Benton blêmit, et Willy ne se priva pour répondre :

« J'avais juste un pendentif, mais il m'a été confisqué. »

Gillette se tourna vers Mr Benton, les sourcils froncés.

« C'est un malentendu, balbutia le directeur. Cet objet ne lui a pas été confisqué. Je l'ai mis de côté pour lui éviter de le perdre, pensant le lui rendre quand il serait plus responsable… Ces garçons sont d'une telle négligence. Il l'aurait égaré… »

Mais l'officier ne semblait pas dupe.

« Lorsque l'homme qui m'envoie a confié le jeune Cooper à vos soins, il a reçu l'assurance qu'il serait traité avec bonté… »

Benton se gonfla d'indignation, adoptant un ton d'autant plus vertueux qu'il se savait dans son tort.

« Excusez-moi, capitaine, vous êtes sans doute des plus compétents pour réduire les pirates et les Grenouilles en pièces, mais qui, ici, sait comment diriger un orphelinat ? Ce garçon a été traité comme il se devait. Et si mon prédécesseur a promis des attentions particulières à ce petit, je ne m'étais engagé à rien, de mon côté… »

Le capitaine l'interrompit :

« Aucun privilège n'a été exigé pour Cooper. Mais cet orphelinat avait la réputation d'être de bonne tenue, offrant un train de vie décent à ses pensionnaires. Ce que je vois pour l'instant me fait penser que le niveau a baissé. Mais je ne suis pas là pour cela. Rendez au gamin le fichu pendentif, et qu'on en finisse. »

Benton se maîtrisa pour ne pas dire ce qu'il avait sur le cœur, farfouilla un moment dans un tiroir, puis jeta sur son bureau le pendentif qui avait tant manqué à Willy. Gillette lui fit signe de le prendre et le garçon le passa autour de son cou, dissimulant mal sa joie.

Dire que quelques minutes auparavant, il s'était attendu à une punition ! Mais juste au moment où il dissimulait son bien sous sa chemise, il surprit le regard avide du capitaine fixé sur le médaillon qui disparaissait. A croire que Gillette y accordait une importance particulière. L'officier se reprit cependant rapidement, et retrouve l'expression goguenarde qui lui était visiblement coutumière.

Gillette salua sèchement Benton et lui et Willy se dirigèrent vers la porte. La main sur la poignée, le capitaine hésita, puis se tourna vers le directeur, ses traits épais se fendant d'un large sourire :

« Au fait, lorsque mon supérieur s'est entretenu avec votre prédécesseur, il lui avait promis une forte compensation financière pour avoir veillé sur Cooper toutes ses années. Mais vous comprendrez que, ne vous étant engagé à rien vous-même, cette partie du contrat est devenue elle aussi obsolète. »

Rien de pire ne pouvait arriver à Benton que de voir une somme d'argent, si modeste soit-elle, lui passer sous le nez.

Willy suivit le capitaine dans les couloirs qu'il foulait pour la dernière fois.

Gillette ne lui accordait plus aucun regard et avançait à grands pas en chantonnant un air entraînant :

'Twas on the good ship Venus,

By Christ you should have seen us;

A ce stade, il hésita un instant et continua de fredonner sans prononcer les paroles, à la déception de Willy qui aurait bien aimé apprendre un vrai chant de marins.

Enfin, ils sortirent dans la cours, où les attendait la voiture fermée que Willy n'avait pas remarquée en rentrant de sa corvée de bois. Ils montèrent et le cocher fouetta les chevaux. Bientôt, l'orphelinat fut hors de vue, laissant Willy en proie à des sentiments contradictoires. Sa vie venait de prendre un tournant décisif, il le savait. Mais vers où partait-il et que lui voulait le capitaine Gillette et son employeur inconnu ? Trop heureux d'échapper à Benton, il ne s'était pas soucié de savoir si sa nouvelle connaissance lui voulait du bien. Après tout, il avait peut-être quitté un enfer connu pour un autre pire encore…

A suivre.

Voilà pour ce premier chapitre, j'espère qu'il vous aura intrigué un minimum…