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30 Baisers est une communauté de défis sur LiveJournal (vous trouverez l'adresse dans ma bio). Il s'agit d'écrire 30 fictions à partir de 30 thèmes donnés sur un même couple, et chacune d'elle doit comporter au moins un baiser.

J'ai hésité à publier ces fics sur pour diverses raisons, mais j'ai envie que toutes mes potterfictions soient regroupées au même endroit, donc voilà. (Par contre je ne donnerai pas les thèmes correspondants ; je publie ces fics indépendamment du défi de départ.)

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Note : Ceci estune songfic, c'est assez difficile de le cacher. Je sais que c'est interdit sur ffnet… Et je trouve ça dommage. Je ne m'approprie pas ces paroles, et elles peuvent être trouvées n'importe où. En plus, cette fic perd un petit quelque chose si on retire les paroles de chanson.

Si ça pose vraiment un problème à quelqu'un, qu'il me le dise, mais évitez de me "dénoncer". Merci.

Disclaimer : L'univers de Harry Potter appartient à Joanne Rowling, et la chanson "Le Plus Beau Du Quartier" à Carla Bruni (sur l'album Quelqu'un m'a dit) !

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LE PLUS BEAU DU QUARTIER

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Regardez-moi… Je suis le plus beau du quartier, j'suis le bien-aimé

Dès qu'on me voit, on se sent tout comme envoûté, comme charmé…

Lorsque j'arrive, les femmes, elles, me frôlent de leur regard penché

Bien malgré moi, oui, je suis le plus beau du quartier.

° ° °

Eussions-nous été dans une école japonaise, Sirius Black aurait été appelé "Prince Sirius", aurait reçu un monceau de chocolats à la Saint Valentin et aurait eu son fan-club personnel incluant une bonne moitié des élèves. Ces extravagances n'ayant pas cours dans les écoles britanniques telles que Poudlard, il devait se contenter d'attirer le regard de tous quand il entrait dans une pièce et de sentir de temps à autre la présence de ceux qui se cachaient à son passage pour le prendre en photo en douce.

Bien évidemment, Sirius Black était suffisamment intelligent pour ne pas faire grand cas de toutes ces attentions.

« Non, désolé, les autographes c'est seulement le mardi après-midi. »

Il n'était pas exactement en avance pour son cours de Métamorphose et n'avait pas de temps à perdre avec ses bêtises.

Particulièrement grand et svelte, Sirius Black avait émergé de la puberté avant tous les autres avec le même air nonchalant qu'il affichait aujourd'hui en arpentant les couloirs du château. Trahissant le profil du Britannique moyen qui, comme nous le savons tous, est affublé d'incisives proéminentes tournées vers les quatre points cardinaux, il était doté d'une dentition irréprochable, si blanche que la rumeur courait qu'il était dangereux de regarder sans protection son sourire dans un rayon de soleil. Toutes les filles aimaient jouer avec ses cheveux si doux et si brillants, et ses yeux - ses yeux délavés fascinaient sans distinction garçons et filles, élèves et professeurs, Gryffondors et Serpentards… enfin, ce Serpentard mis à part. Mais c'était que ce Serpentard était bien trop stupide, bouché - et laid, très laid - pour capter son magnétisme naturel, voilà tout, se dit Sirius avant de chasser cette pensée, et de s'emplafonner dans un mur.

«SIRIIIIIIIIIIIIIII !!! »

Sirius se redressa, un peu sonné, comme une fille de sixième année s'agenouillait près de lui pour palper son visage avec inquiétude.

« Oh, Siri, tu vas avoir une vilaine bosse si tu ne fais pas soigner ça! Heureusement, ton nez n'est pas cassé… souffla la fille - quel était son nom, déjà?

– Mon… nez… »

Il le faisait rudement souffrir quand même, mais Sirius était un Gryffondor - il survivrait.

« Ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir un nez aussi droit, tu sais, ce serait vraiment dommage de l'abîmer!

– Ahin… »

Comment avait-il pu ne pas voir ce mur ?

« Imagine-toi avec un nez crochu comme celui de Snape ! »

Sirius tressaillit et leva vers la fille un regard courroucé. Elle déglutit inconfortablement.

« Enfin, tu le porterais certainement mieux que lui, bien sûr… »

Le regard de Sirius se perdit dans le vague, mais la fille continua à le fixer, absorbée par les multiples éclats de gris clair et parfois bleuté de ses prunelles, sa bouche s'entrouvrant peu à peu. Trop préoccupé, Sirius ne s'en aperçut pas. Après tout, il venait de se prendre un mur. Si encore cela avait été la première fois que ce genre de choses se produisait, mais non, dès qu'il pensait un peu trop à ce Serpentard stupide - et bouché - et même pas beau…

Furieux contre lui-même, il se releva d'un bond et reprit le chemin de sa salle de cours, laissant derrière lui une jeune fille en état catatonique.

Toutes ces idioties avaient commencé un peu la rentrée en septième année - dans un bar gay. Car, contrairement à ce qui se disait, si Sirius n'était jamais sorti avec aucune fille à Poudlard, ce n'était pas parce qu'il entretenait des relations matures avec des mannequins des pays de l'est depuis l'âge de douze ans. Non. Il était juste très banalement homosexuel - comme tous les garçons beaux, intelligents et sensibles, fera remarquer la célibataire aigrie.

Mais à l'inverse, être beau, intelligent et sensible n'était pas une condition obligatoire pour être homosexuel, comme Sirius s'en était fait la remarque lorsque ce Serpentard stupide, bouché et même pas beau était entré dans ce bar. Sirius n'aimait déjà pas rencontrer des Serpentards en vacances, mais alors, Severus Snape, et dans un bar gay, en plus, ça, ça…!

L'instant de stupeur abyssale passé, il avait pensé attendre que l'autre le remarque et soit lui-même cloué sur place par la surprise pour lancer une attaque frontale. Seulement, l'autre ne l'avait pas remarqué. Snape lui était passé devant sans même le voir. Pire, il avait fait une pause devant le bar où Sirius sirotait son cocktail préféré, avait balayé le comptoir du regard, et avait poursuivi son chemin jusqu'à la table du coin comme si de rien n'était, comme s'il n'existait pas, comme si une demi-douzaine d'hommes ne tournait pas autour de lui à ce moment même et qu'on ne lui avait pas déjà offert cinq verres, et ce juste parce qu'il était foutrement sexy et magnétique -magnétique, tu comprends le sens de magnétique, espèce de sale Serpentard bouché et stupide et même pas beau ?

Renonçant à lui jeter un verre vide à la tête, Sirius se mit à le fixer intensément, afin qu'il tourne la tête vers lui, et alors… Mais les minutes s'écoulaient et rien ne se passait; peu à peu son nuage de prétendants s'évapora en grommelant au sujet du succès exagéré des ténébreux aux yeux noirs et Sirius ne fit rien pour les retenir, absorbé qu'il était par sa contemplation bornée. Il meublait son attente en se faisant des réflexions sottes sur l'effet avantageux du pantalon moldu sur le Serpentard et de la décontraction que lui donnait une simple chemise; réflexions dont il devrait penser à se purger un peu plus tard, vraiment.

Et enfin, Snape tourna la tête vers lui et, sans qu'il ait à sourire, son visage s'éclaira - ses traits toujours soucieux se détendirent et ses yeux froids s'adoucirent - Sirius en oublia de lui décocher un regard haineux. Le moment d'après, il réalisa que ce n'était pas lui que Snape regardait, mais un jeune homme blond qui venait d'arriver. Celui-ci se dirigea tout droit vers la table où était assis le Serpentard, qui se décala pour lui faire une place sur la banquette. Le blondinet, qui avait commencé à retirer sa veste, abandonna cette tache en cours dès qu'il posa un genou sur le siège, se penchant sur Snape pour le saluer d'un baiser un peu trop sur la bouche et un peu trop long et un peu trop - oh, Merlin, se dit Sirius en se détournant, écarlate.

Il avait dû se tromper. Ce ne pouvait pas être Severus Snape. Severus Snape était un mollusque asexué et profondément pathétique qui n'était sûrement pas du genre à - Sirius jeta un œil vers la table du coin et avala à la paille une grande gorgée de cocktail - échanger des baisers de plus de deux minutes avec une mignonne petite chose à boucles blondes et de sexe masculin. Et pourtant…

Le blondinet enleva enfin ses bras d'autour du cou de Snape et Sirius fut soulagé de le voir s'asseoir plus correctement sur la banquette, et que la main du Serpentard quitte ainsi son postérieur. Il grimaça cependant en constatant que la main en question s'était de toute évidence trompée de genou sur lequel se poser - vraiment stupide, ce Serpentard - même pas capable de voir quand un genou n'est pas le sien - stupide stupide stupide.

Pourquoi est-ce que le copain de Sirius n'avait jamais ce genre de gestes possessifs à son égard ?

Bon, en-dehors du fait qu'il n'avait pas de copain ?

Il se donna un coup de pied mental pour avoir ne serait-ce qu'envisagé d'envier quoi que ce soit au… copain de Snape. Ridicule, songea Sirius, sans trop savoir s'il pensait plutôt à Snape, à cette situation, ou à lui-même.

Il chercha le bon côté de la chose, se dit que savoir Snape homo pouvait probablement se transformer en arme quelconque; mais franchement, c'était bien trop minable. Surtout venant de lui.

Un joli brun vint s'asseoir à côté d'un Sirius qui contemplait avec un terrible abattement le fond de son verre vide.

« Je vous paie quelque chose ? »

Sirius leva les yeux vers lui, apprécia le beau visage aux traits abrupts et à la fossette taquine, et demanda :

« Toi, par exemple, tu sortirais avec moi ?

– Pardon?

– Une vraie relation, avec des rendez-vous et des cadeaux et des vacances à la montagne ? »

L'inconnu sourit :

« À des yeux pareils, je ne saurais rien refuser.

– Ben voilà, bougonna Sirius en retournant à son verre. C'estmême pas drôle. »

° ° °

Est-ce mon visage ? Ma peau si finement grainée, mon air suave ?

Est-ce mon allure ? Est-ce la grâce anglo-saxonne de ma cambrure ?

Est-ce mon sourire ? Ou bien l'élégance distinguée de mes cachemires ?

Quoi qu'il en soit, c'est moi le plus beau du quartier…

° ° °

À présent presque en retard, Sirius se heurta à quelqu'un en voulant entrer dans la salle de classe. Et bien sûr, il fallu que ce quelqu'un soit…

« Snape !

– Black, répondit le Serpentard, sur la défensive.

– Snape, répéta Sirius stupidement.

– Black. »

À l'évidence, ses yeux n'impressionnaient pas du tout Snape, qui soutint son regard d'un air pas très fasciné et plutôt extrêmement tendu.

« Snape… » dit encore Sirius, laissant involontairement poindre un il-ne-savait-trop-quoi dans sa voix.

Le Serpentard eut l'air perplexe et encore plus méfiant.

« Bon, je ne t'avais pas vu, d'accord ? L'affaire est close.

– Quoi ?!

– Avant toute chose Black je tiens à te rappeler que nous sommes devant une salle de classe alors si tu m'attaques McGonagall va aussitôt rappliquer et…

Tu ne m'avais pas vu ?!» dit Sirius avec des intonations hystériques.

Effrayé, Snape jeta un coup d'œil dans la salle de classe, puis un deuxième, juste avant de s'y engouffrer précipitamment.

Sirius ne voulait pas se l'admettre, parce qu'il savait être totalement au-dessus de ça, mais c'était pourtant un fait : il était vexé du manque d'intérêt du Serpentard à son égard. Avant, encore, cela pouvait s'expliquer, après tout, Snape était asexué. Mais depuis qu'il avait constaté qu'il ne l'était pas tant que ça, et qu'en fait certaines tendances inverties auraient dû justement décupler son intérêt… il était vexé. Ce qui était idiot. Il était le premier à trouver la montagne qu'on faisait de son physique pesante. Bon, voir les gens se retourner sur son passage était peut-être bien une chose à laquelle il avait pris goût, mais il y avait des limites à tout. La fois où il s'était fait pousser de gros sourcils broussailleux et un furoncle sur le nez pour Halloween, quelqu'un avait déposé un dossier pour l'inclure dans le patrimoine culturel de Poudlard et ainsi lui interdire de s'enlaidir. Dumbledore en riait encore…

« Mr Black, comptez-vous rester à la porte ou allez-vous entrer, que je puisse commencer ce cours ? »

Sirius reprit ses esprits, s'excusa auprès de McGonagall et alla s'asseoir à côté de James d'un air exténué.

« C'est Snape qui t'a fait cette bosse? s'étonna James.

– Hein? Ah, non. Quoique. Mais non.

– Tu es bizarre depuis la rentrée, remarqua James. Les vacances de Toussaint arrivent, tu ferais bien d'en profiter pour te reposer. »

Sirius acquiesça mollement - il ne pourrait rien arranger sans parler à Snape… Et quand il essayait, il ne réussissait jamais à aborder le sujet (dire de but en blanc au Serpentard "Je t'ai vu embrasser à la française un autre garçon et ça m'amène à penser que tu es homo" n'étant pas une solution envisageable et ses métaphores sur les escargots apparemment pas suffisamment évocatrices) et ils finissaient toujours par se taper dessus. Ce devait être cette école, ils étaient ennemis sous ce toit et il ne pouvait en être autrement…

Sirius ouvrit de grands yeux.

« Prongs, tu es génial.

– Oui, je sais, merci. Pourquoi ? »

Sirius n'avait pas dit à James qu'il avait vu Snape dans un bar gay, il n'allait donc pas lui dire qu'il allait profiter des vacances pour y retourner et parler au Serpentard entre quatre yeux.

Le fait était qu'il n'avait pas réalisé, lorsqu'il avait emménagé dans cette chambre de bonne grâce à l'héritage de son oncle, qu'il allait habiter non loin de la demeure des Snape - mais à tout bien y penser, cela expliquait peut-être pourquoi le loyer était si bas, ha, ha. Et puis Severus Snape était entré dans ce bar, et deux mois plus tard il se rendait compte qu'il avait toutes les chances de l'y revoir. En terrain neutre, avec un Snape placé devant le fait accompli, beaucoup de mots et de gestes malheureux pourraient être évités.

Seulement, il fallait quand même qu'il soit là.

Sirius n'avait pas réussi à le croiser les premiers jours. Ce soir, il commençait à se faire tard, et il avait déjà décliné les propositions des plus beaux jeunes hommes à cause de ce Serpentard stupide et même pas beau. Et bouché, aussi.

« Tu es nouveau ici ? »

Sirius leva les yeux vers le nouvel arrivant pour l'envoyer voir ailleurs - et sa mâchoire tomba sur le comptoir en reconnaissant le joli visage.

« Le blondinet !

– Hein ?

– Tu es le copain de Snape !

– Qui? s'alarma le garçon en regardant autour de lui.

– Severus Snape !

– Ah! Sev, bien sûr, sourit le blondinet.

– Il n'est pas avec toi?

– Non, non, il n'aime pas draguer dans les bars ; en fait, il n'aime pas draguer du tout. C'est un de tes amis ? Il ne m'avait pas dit qu'il avait des connaissances aussi intéressantes… »

Il y avait de la méfiance sous le compliment.

« Je suis son ex, mentit Sirius.

– Oh, Malfoy, c'est ça ?

– Il est sortit avec Malfoy ?! s'écria Sirius.

– Oups, rit le blondinet. Quel est ton nom, alors ?

– Sirius… Sirius. »

Autant ne pas aller trop loin dans les détails; Snape aurait pu parler de lui dans des termes moins favorables. De toute manière, le blondinet ne semblait pas être du genre à s'embarrasser des noms de famille.

« Enchanté, Sirius-Sirius, moi c'est Nathan. »

Il lui serra la main de façon caressante et Sirius se retourna vers son cocktail en toussotant.

« Vous… n'êtes plus ensemble, si je comprends bien ?

– Tu plaisantes ! s'exclama-t-il, et Sirius ressentit de la peine pour ce pauvre Snape. C'était juste un "amour de vacances", comme on dit, il est bien trop névrosé pour moi. En fait… je suis libre comme l'air.

– Donc il ne viendra pas ?

– Eh, si tu veux remettre le couvert avec lui, dis-le tout de suite, fit Nathan avec une moue.

– Euh, non… rougit Sirius.

– Alors si on allait s'asseoir à côté ? »

Sirius hésita. Le bar était clairement pour les célibataires, mais les tables… Ce n'était pas pour rien qu'elle étaient mal éclairées. Cependant, s'il disait non, l'autre s'en irait et il avait envie d'en savoir plus.

Il se retrouva assis sur la même banquette que Snape et Nathan deux mois plus tôt, ce qui ne fut pas pour le mettre à l'aise.

« Je te comprendrais si tu voulais te remettre avec lui, dit Nathan en haussant les épaule. Il a quelque chose d'addictif.

– Ah bon ?

– Cet espèce de grand vide émotionnel qu'on a envie de combler… Mais il est insatiable. »

Sirius tendit la main vers son verre et avala une gorgée de cocktail à la framboise.

« Insatiable ? répèta-t-il d'une petite voix.

– Positivement exténuant. Mais tu devrais le savoir, non ?

– Je… n'avais pas vu les choses sous cet angle, admit Sirius.

– Oui, je sais, au final on a l'impression qu'on ne lui suffira jamais, alors on préfère laisser tomber. Pourtant, j'étais content de lui avoir mis le grappin dessus… Pas exactement beau, mais tellement sexy! Surtout au lit…»

Sirius s'étrangla sur sa paille et son cocktail fit de grosses bulles. Cela fit sourire Nathan qui lui prit son verre des mains et le posa sur la table. Ce qui ressemblait fort à l'ouverture des hostilités aux yeux de Sirius.

« Écoute, Nathan…

– Ça te ferait drôle de faire ça avec l'ex de ton ex.

– … Précisément.

– Mais si tu veux, je peux te faire exactement les mêmes choses qu'il me faisait… susurra Nathan en se rapprochant dangereusement.

– Non, je ne pense pas que…»

Nathan colla sa bouche sur la sienne avec autorité, l'enlaçant étroitement, laissant errer une main baladeuse, et il était trop facile à Sirius en fermant les yeux d'imaginer que c'étaient les lèvres, les bras, les mains de Snape…

Il lui flanqua un coup de poing. Pas parce qu'il faisait semblant d'êtreSnape, mais parce qu'il faisait semblant d'être Snape.

« J'ai dit non, siffla-t-il. Trop malsain pour moi, désolé.»

Et il sortit du bar avant que Nathan ne se soit remit de sa stupéfaction.

° ° °

Mais prenez garde à ma beauté, à mon exquise ambiguïté,

Je suis le roi du désirable, et je suis l'indéshabillable.

Observez-moi… observez-moi de haut en bas, vous n'en verrez pas deux comme ça

J'suis le favori, le bel-ami, de toutes ces dames… et de leurs maris. Regardez-moi…

° ° °

« Je ne sais pas ce que tu as fait de tes vacances, Sirius, mais tu as l'air encore plus déprimé qu'avant, remarqua Remus en s'asseyant à côté de lui sur l'herbe douce.

– Mais non… C'est cette histoire avec Penelope qui me travaille.

– Dis-lui que tu es homosexuel, suggéra Remus. Elle te laissera tranquille !

– Non ! s'indigna Sirius. C'est une pipelette, tout le monde le saura…

– Et alors ? »

Sirius retira la pâquerette qu'il avait dans la bouche pour dévisager Remus avec consternation.

« Enfin, Moony ! Tu veux une épidémie de dépressions à l'école ? Je ne peux pas briser comme ça les espoirs de toutes ces demoiselles ! »

Remus roula les yeux.

« Ça ranimera peut-être ceux de quelques damoiseaux, qui sait… »

Sirius acheva d'effeuiller sa pâquerette en tombant sur "pas du tout", et releva la tête, comme frappé par une révélation.

« Moony, tu es génial.

– Content que quelqu'un le reconnaisse enfin. Ça veut dire que tu vas suivre mon conseils ? s'étonna le loup-garou - ça n'arrivait, pour ainsi dire, jamais.

– Mmh, quoi ? Oh, bien sûr que non ! »

Pas exactement, tout du moins. Incapable de tenir en place, il planta Remus pour filer vers l'endroit où il avait le plus de chances de croiser Severus Snape par cette belle journée d'automne ensoleillée - à la bibliothèque.

Il trouva le Serpentard assis seul à une table, devant un livre poussiéreux.

« Eh, Snape ! »

L'interpellé sursauta et regarda Sirius s'asseoir en face de lui d'un air horrifié.

« Qu'est-ce qu'il y a, j'ai une tâche d'encre sur le visage ? s'inquiéta Sirius.

– Qu'est-ce que je t'ai fait, Black ? geignit Snape. Il fait beau, tu dois avoir des millions de choses plus intéressantes à faire que de me chercher des ennuis!

– Comme si ce n'était pas toi qui commençait la moitié du temps ! s'outra Sirius, avant de se raviser : Mais peu importe.

– Peu importe…?

– Dis, Snape, tu savais que j'étais homo ? »

Sirius fut très surpris de voir le Serpentard cligner des yeux, puis éclater d'un rire grinçant - quand avait-il jamais entendu Snape rire ?

« Tu dois vraiment me prendre pour un abruti, Black !

– C'est possible, mais quel est le rapport ?

– Tu penses sérieusement que je vais te croire ?

– Parce que tu ne me crois pas ?

– C'est le piège le plus minable qu'on m'ait jamais tendu. Félicitations. »

Il referma son livre dans un claquement et commença à ramasser ses affaires.

« Mais – attends ! fit Sirius en lui attrapant le bras par-dessus la table. Ce n'est pas du tout un piège, je suis cent pour cent gay ! Pourquoi je te le dirais si c'était faux ?

– Pourquoi tu me le dirais si c'était vrai ?

– Il faut quoi, que je te roule une pelle pour te le prouver ? »

Sirius ne se surprit pas tellement à trouver l'idée plutôt séduisante ; qu'il ressente une relative attirance pour le Serpentard avait fini par devenir quelque chose de presque acceptable au fil du temps. Mais Snape dégagea son bras avec un ricanement.

« Je ne doute pas que tu en serais capable », cracha-t-il d'un air écœuré.

Il se détourna avec hauteur et se dirigea vers la sortie. Sirius s'élança à sa suite.

« Et pourquoi je serais célibataire depuis tout ce temps, sinon, hein ?

– Premièrement, je ne suis pas ta vie amoureuse avec la ferveur de tes fans, et deuxièmement, je ne serais pas étonné que tu te trouves trop bien pour qui que ce soit dans cette école, lança Snape par-dessus son épaule.

– Ça c'est pas vrai ! » protesta Sirius en approchant une main de l'épaule de Snape pour le forcer à s'arrêter.

Ce dernier l'esquiva et fit volte-face, pointant sa baguette vers sa poitrine.

« Eh, du calme ! fit Sirius en levant les mains.

– Tu ne me touches pas !

– Snape, honnêtement. Regarde-moi, dans les yeux. Je ne te plais pas du tout ?

– Haha ! triompha Snape en agitant frénétiquement sa baguette magique. Tu viens de te trahir !

– Plaît-il ?

– Qu'est-ce que tu me veux, Black ? C'est du chantage, c'est ça ?

– Jamais de la vie! J'essaie juste de t'expliquer que… Oh! et puis, zut. »

Sirius fit un geste d'abandon et contourna le Serpentard pour sortir de la bibliothèque, laissant ce dernier brandir sa fichue baguette contre un courant d'air. Il avait besoin d'oxygène!

Malheureusement, il fallut qu'il tombe aussitôt sur Penelope.

« Oh ! Sirius, gloussa-t-elle. Ça alors, je te cherchais justement !

– Ça, c'est du hasard », railla le garçon en la dépassant avec goujaterie.

Elle le suivit d'un pas trottinant.

« J'ai entendu dire que tu signais des autographes le mardi après-midi, alors…

– Je suis occupé !

– Ah… Qu'est-ce que tu fais ?

– Je marche, grogna-t-il.

– Et tu vas où ?

– Je ne sais pas, mais en tout cas loin de toi! »

La jeune fille hoqueta de surprise. D'ordinaire, Sirius se montrait toujours patient et respectueux, cette conduite ne lui ressemblait pas, c'était vraiment… incroyablement sexy, fondit Penelope.

° ° °

Regardez-moi, je suis le plus beau du quartier, j'suis le préféré;

Mes belles victimes voudraient se pendre à mes lacets - ça les abîme,

Les beaux messieurs, eux, voudraient tellement me déshabiller, ça les obstine

Bien malgré moi, oui, bien malgré moi, je suis le plus beau du quartier…

° ° °

Il pleuvait à torrent. Un orage se profilait à l'horizon. L'air morne, Sirius semblait regarder les gouttes de pluie glisser le long des vitres du couloir, poussant de temps à autres de profonds soupirs.

Nathan, petit et blond. Malfoy, petit et blond (et crétin). Sirius Black, grand et brun. En fait, il devait juste ne pas être son type. Il faudrait qu'il s'y fasse.

Mais pour une raison ou pour une autre, il ne pouvait pas s'y faire.

« Ça ne va pas fort en ce moment, on dirait, remarqua Peter. Tu veux en parler ?

– Sincèrement, Wormtail…

– "Mêle-toi de tes affaires."

– À peu près, oui.

– Tu sais, Sirius, ce n'est pas parce que tu es un homme que tu dois forcément enfouir tes sentiments au plus profond de toi jusqu'à ce qu'ils y pourrissent et que plein de champignons moisis se développent dans ta poitrine et que les vers s'y attaquent et que…

– C'est bon, Wormtail! Je crois que ça ira comme ça.

– Désolé, se dandina Peter. Tu vois, quoi. »

Sirius se frotta les yeux et commença à dessiner des formes tortueuses du bout du doigt sur la vitre embuée.

« Ce n'est pas que je refuse d'en parler, c'est juste… compliqué. En fait, si, je refuse d'en parler.

– Très bien », soupira Peter.

Sirius se gratta le menton.

« D'accord, imaginons que j'aie un devoir à rendre à Binns.

– Tu as un devoir à rendre un Binns, j'espère que tu le sais.

– Hein? Nom de… Bon, ce n'est pas grave. Mettons que pour une fois, j'ai réussi un devoir excellent qui aurait une chance de me remonter dans l'estime du professeur.

– Pourquoi est-ce que tu veux remonter dans l'estime de Binns ?

– Ce n'est pas pour de vrai, j'essaie de prendre un exemple !

– Ah, bon! Je me disais, aussi…

– Voilà, mais comme l'Histoire de la Magie est plutôt ma matière faible d'ordinaire…

– Ça, c'est le moins qu'on puisse dire.

– Ce n'est pas parce que tu es meilleur que moi dans une matière que tu dois me rabaisser, merci. Je disais donc, comme ce n'est pas mon habitude de rendre d'aussi bons devoirs, Binns ne veut pas croire que c'est vraiment moi qui l'ai fait et refuse de le faire compter.

– Ce n'est pas juste ! s'exclama Peter. Tu devrais trouver une tierce personne en qui le professeur a confiance et qui puisse assurer que tu l'as fait seul… Tiens, moi, par exemple !

– Peter, soupira Sirius, tu n'interviens pas dans la vraie histoire… »

Il s'interrompit. Fronça les sourcils. Se mordit la lèvre. Se leva d'un bond.

« Wormtail, tu es génial.

– Oh, je n'irais pas jusque là, mais c'est vrai que l'Histoire de la Magie est un domaine où…

– Je te laisse, j'ai à faire. »

Si Peter avait regardé à travers le gribouillis que Sirius avait tracé dans la buée de la fenêtre, il aurait vu que ce que son ami observait depuis tout à l'heure était en train de se hâter vers le château sous la pluie battante.

À sa plus grande surprise, à peine Sirius eut-il passé la porte qui donnait sous l'auvent à l'extérieur qu'il se retrouva aussitôt nez à nez avec un Snape visiblement pas très heureux de s'être fait surprendre par la pluie.

« Snape ! »

Le Serpentard était passablement trempé et Sirius dut réprimer l'envie de le réchauffer à sa manière. Il tenait un panier plein de champignons entre ses mains rougies et Sirius trouva l'image absolument charmante.

« Black, ça alors, qu'est-ce que tu me veux encore ?

– C'est au sujet d'un de nos connaissances communes… Je sais que tu as dû être très blessé par cette personne mais…

– Tu parles de Potter ?

– Non, voyons, non, sur le plan sentimental !

– Oh. Alors ce n'est pas Potter.

– Snape, j'ai rencontré Nathan. »

Étrangement, Snape n'eut pas l'air surpris du tout.

« Pourquoi tu souris ?

– D'abord parce que je le savais déjà, et ensuite parce que Nathan et moi nous sommes séparés en très bons termes à la fin des vacances et qu'on s'écrit régulièrement.

– … Ah.

– J'ai donc reçu de ses nouvelles ce matin… » Il posa son panier par terre et tira une lettre de sa poche d'un air extrêmement pincé. « Un courrier très intéressant, continua-t-il d'une voix dans laquelle vibrait la colère comme les premiers coups de tonnerre au loin, dans lequel il me dit avoir rencontré un certain Sirius.

– … Oh.

– Tu t'es fait passer pour mon ex ?

– Euh… Certes, mais c'était seulement pour…

– Soutirer des informations à Nathan sur mon compte. »

Sirius frotta ses mains l'une contre l'autre d'un air hésitant.

« Quand tu le dis comme ça, ça n'a pas l'air bien… Mais tu es obligé d'admettre que je suis homo, maintenant !

– Ah bon ?

– Comment ça, "ah bon" ? J'étais dans un bar gay et j'ai flirté avec Nathan !

– Et tu lui as donné un coup de poing quand il t'a embrassé. »

Sirius resta bouche bée. Un grondement sourd retentit dans le ciel.

« Eh, non, attends, ce n'est pas du tout comme ça que ça s'est passé ! Je l'ai repoussé parce que je n'avais pas envie de l'embrasser, c'est tout !

– Parce que tu es hétéro, compléta Snape.

– Non, parce que je voulais t'embrasser toi ! »

Snape esquissa un pas en arrière, et un éclair blessé traversa ses yeux avant qu'il ne les détourne.

« Ce que tu fais… grinça-t-il. Tu n'as pas le droit de faire ça, Black…

– C'est depuis que je t'ai vu dans ce bar avec Nathan… expliqua Sirius en s'approchant, tandis que l'autre reculait.

– Tu es méprisable…

– Je n'arrête pas de penser au visage que tu avais…

– Tais-toi.

– Ça va ta paraître incroyable, mais je t'ai vu heureux pour la première fois ce jour-là… Et je veux que tu aies cette expression-là quand tu me vois.

– Ça suffit, maintenant ! »

Snape se retrouva dos contre le mur, les yeux fixés vers le sol d'un air buté.

« Ce que je ne comprends pas, insista Sirius, c'est pourquoi tu ne me vois pas…

– Je te vois bien trop, Black.

– Je ne t'attire vraiment pas, hein? Tu sembles être le seul à qui je n'inspire que de la répulsion… »

Snape reprit un peu le dessus dans un rictus.

« Tu t'en prends à moi depuis six ans et il faudrait que je trouve beau ? Tu es pitoyable, Black.

– C'est exact, mais je ne comprends toujours pas.

– C'est parce que tu ne te vois pas. La haine qu'il y a sur ton visage quand tu me regardes… ça te rends hideux. »

Sirius en tomba muet. Snape secoua la tête.

« C'est donc ça, Black ? Une personne, une seule personne ne t'admire pas et tout de suite, ça éveille ton intérêt ? J'étais trop gentil en te disant pitoyable.

– Non…

– Bien sûr que si.

– Ça, c'est que je me disais au début, pour me rassurer… mais la vérité c'est que je ne veux pas que tu m'admires, et que les autres, je m'en fiche pas mal. »

Il tendit la main vers le visage de Severus, qui eut un mouvement de recul.

« Laisse-moi… Juste une fois… S'il te plaît…

– Pourquoi est-ce qu'il faudrait que tu obtiennes toujours ce que tu veux ?

– Regarde-moi…

– Tu sais que je te déteste… Pourquoi est-ce que je perdrais une occasion de te faire souffrir ?

– Regarde-moi. »

Severus leva des yeux durs et emplis de rancœur. Son visage mouillé brilla à la lueur fugitive d'un éclair. Sirius posa une main sur sa joue et la mâchoire de Severus de contracta.

« Ne me dis pas que tu vois de la haine sur mon visage à présent. »

Il y eut un bref instant d'immobilité - avant que Severus n'attrape vivement les poignets de Sirius et ne le plaque contre le mur à sa place.

« Tu ne vois pas que ce n'est qu'un jeu ? »

Sirius tenta en vain de dégager ses mains.

« Un jeu…?

– Le jeu des contraires s'attirent, le jeu qui pousse à vouloir toujours le plus difficile à obtenir !

– Je ne suis pas d'acc…

– Dès que l'un craquera, ce sera fini, il perdra tout intérêt aux yeux de l'autre !

– Ça veut dire que j'ai de l'intérêt à tes yeux, alors ? »

Severus s'écarta, manifestement au bord de la crise de nerfs.

« Est-ce que tu es complètement stupide ?

– Pas complètement, non… dit Sirius d'un air incertain. Si ? »

Severus revint se pencher sur de lui.

« Franchement, Black, tu crois que c'est en regardant les fesses de Pettigrew que j'ai compris mes préférences? ironisa-t-il, et Sirius sentit son cœur s'emballer tandis que des doigts frôlaient ses lèvres. Bon sang, je devrais te faire autant de mal que tu m'en as fait… »

Sirius se sentit douloureusement coupable l'espace d'une seconde.

« Ou je peux essayer de me rattraper », souffla-t-il avec un pauvre sourire.

Severus hésita - une demi-seconde, à peu près. Puis il s'empara des lèvres offertes du Gryffondor dans un long baiser qui lui fit oublier pour un temps le froid dans ses vêtements humides. Sirius pressa son corps souple contre le sien et il l'enveloppa de ses bras comme pour s'enquérir de l'étendue de sa nouvelle acquisition. Une main de Gryffondor impudent guida la sienne jusqu'à une jolie paire de fesses et il ne songea pas un instant à l'en retirer. Sirius laissa échapper un son qui ne semblait pas être de mécontentement, non.

« D'accord, haleta Severus en essayant de reprendre contenance. Je veux bien croire que tu n'es pas complètement hétéro…

– Non, non, ce n'est que ma baguette magique dans ma poche, vérifie encore une fois… »

Sirius enroula ses bras autour de son cou.

À un moment au cours du baiser, ils crurent entendre une voix, puis un bruit de chute. Ce n'est qu'en s'écartant l'un de l'autre qu'il aperçurent Penelope évanouie à côté de la porte.

° ° °

Mais prenez garde à ma beauté, à mon exquise ambiguïté,

Je suis le roi du désirable, et je suis l'indéshabillable.

Observez-moi… Observez-moi de haut en bas, vous n'en verrez pas deux comme ça.

J'suis le favori, le p'tit chéri, de toutes ces dames… et de leurs maris aussi.

° ° °

« Indéshabillable, vraiment ?

– Oh, ferme-la, sale Serpentard.

– Hin, hin. »