Note : Une fic écrite dans la journée, comme je le fais souvent en ce moment. Un peu biscornue et mal fichue, un peu facile sur la fin peut-être. Je l'aime bien, mais je la reprendrai peut-être plus tard. Dialogue de fin pas de moi, Godââârd, s'il vous plaît. Le titre et emprunté à une chanson de Radiohead.

LIFE IN A GLASS HOUSE

I. Miroir

Tous les soirs, c'est la même chose.

Il ferme la porte de la salle de bain à clef.

Il enlève, une à une, chaque pièce de vêtement.

Il repousse le tas du pied et se poste devant le miroir.

Alors, il laisse sa main câleuse parcourir lentement son torse blanc ; ses doigts se font accrocher par les dénivellations régulières de ses côtes. Son ventre n'est qu'un afaissement sous sa cage thoracique, sa taille trop marquée fait naître des hanches trop sailllantes. Ses épaules sont tombantes, son dos voûté de trop d'années passées recroquevillé contre un mur. Ses longues jambes ressemblent à des pattes d'insecte, grotesques et velues, rattachées à deux fesses aussi creuses que ses joues.

Son reflet sorcier a le regard fuyant, il déteste qu'on regarde son visage. Il se rappelle la première fois qu'il s'est vu, dans une flaque d'eau lors de sa cavale : il a cru faire face à un autre. Les pleurs ont creusé des sillons sous ses yeux, l'amertume a marqué de parenthèses les coins de sa bouche, les tourments ont fissuré son front d'un millier de craquelures. Son regard gris est une mer de tristesse depuis que la vengeance ne l'anime plus, et lorsqu'il le croise dans le miroir, c'en est trop.

Il enfile son pyjama trop ample, éteint la lumière, et va se glisser directement sous les couvertures.

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Severus n'en peut plus de le voir dans cet état. Il y a bien longtemps, il a été l'amant d'un adolescent de quinze ans fier et sûr de lui, qui le prenait par la main pour l'entraîner dans les cuisines, dans une salle de classe, derrière un rideau même ; il était beau et flamboyant et n'envisageait même pas qu'on lui dise non. Ils ne s'aimaient pas encore à l'époque, il y avait Lily pour l'un et il y avait James l'autre, mais ils baisaient comme des fous, de leurs mains maladroites, de leurs bouches trop pressées, de leurs sexes gorgés de désir…

Sirius lui tourne toujours le dos dans le lit. Severus pose son livre et se penche vers lui, écartant les cheveux de son oreille pour y susurer une gentille moquerie sur son empressement à dormir. Depuis un an qu'ils sont ensemble, Sirius a appris à s'ouvrir davantage et il n'en faut pas beaucoup plus pour qu'il se retourne sur le dos avec un pâle sourire. Severus a toujours envie de lui, et ses mains ouvrent rapidement les pans du pyjama grossier, se délectant du contact de son torse nu, descendant vers son bassin…

« Éteins la lumière », demande-t-il à chaque fois.

Au début, Severus protestait, mais lorsque son ton devient suppliant c'est presque trop triste pour qu'il ait encore la tête à lui faire l'amour. Alors il obéit et doit le deviner dans le noir, se raccrocher à l'éclat de ses yeux dans la pénombre, se satisfaire du son de ses gémissements dans l'obscurité. Sirius murmure qu'il l'aime, mais parfois, Severus en vient à se demander s'il ne s'imagine pas que l'horrible Snape est simplement le seul à vouloir encore de lui.

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« Mange un peu plus.
– Je n'ai pas faim…
– Mange quand même.
– Tu me trouves trop maigre, c'est ça ?
– Mais non…
– Non mais vas-y, dis-le, tu me trouves trop maigre !
– Sirius… Tu es un fichu bellâtre, maigre ou pas.
– Donc tu me trouves trop maigre. Pas la peine de faire semblant, tu sais ! Je n'aime pas que tu me mentes. Comment est-ce que je peux te faire confiance si…
– OUI, je te trouve trop maigre, Sirius, qu'est-ce que tu imagines ? Tu es à peine en meilleure santé qu'à ta sortie d'Azkaban. Nourris-toi, fais de l'exercice – ça ne sert à rien que je te prépare des potions pour soigner tes muscles si tu ne les fais pas travailler.
– Je ne les bois plus, de toute façon !
– Tu… quoi ?
– Tu ne vois pas que ça ne sert à rien ? Je suis fichu, bon à mettre à la casse !
– ... o
– Severus…
– C'en est assez. »

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Une semaine plus tard, les voilà partis.

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II. Verre

C'est une maison en verre au bord d'un lac, environnée par les pins. Il fait toujours beau par ici ; Severus n'aime pas le soleil, mais le médicomage dit que c'est bon pour le moral. Sirius a accepté de venir en traînant les pieds. Lorsqu'il entre dans la maison, il se dirige droit vers la salle de bain, au centre, aux parois en verre poli. Il en ressort cinq minutes plus tard.

« Il n'y a pas de miroir ici.
– En effet.
– Comment on fait pour se préparer le matin ?
– Tu veux dire pour mettre ton mascara et faire ton chignon ?
– Je suis sérieux ! J'ai besoin de voir comment je m'habille, comment…
– Tu me demanderas.
– Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté de te laisser ma baguette.
– Parce que tu me devais bien ça.
– Je me suis excusé pour les potions…
– Tu n'es pas ici en punition, tu es ici pour aller mieux.
– Je vais bien.
– C'est ça. Et moi j'ai un petit nez. »

Sirius boude dans la baignoire le reste de la journée. À la nuit tombée, Severus l'y trouve endormi. Il lui caresse la joue avec tendresse, lui ébouriffe gentiment les cheveux. Et tourne le robinet d'eau froide.

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Les premiers jours, Severus bouquine par-ci par-là, et Sirius tourne en rond dans la maison.

« Sors.
– Il n'y a rien à faire dehors.
– Il y a plus à faire que dedans.
– Je m'ennuie.
– Alors sors !
– J'ai pas envie.
– Comme tu veux. »

Severus replonge dans son livre. Frustré, Sirius sort de la maison dans un mouvement d'humeur. Dehors, l'air est doux et porte une odeur de résine. Le sable chatouillle les pieds nus, le soleil caresse la peau. Ce jour-là, il part pour une promenade de trois heures.

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Un matin, Severus est réveillé aux aurores par le bruit des vagues. Il lui faut quelques secondes de somnolence pour se dire que des vagues dans un lac, c'est tout de même peu courant. Il écarte les rideaux de la chambre et ne peut retenir un léger sourire en voyant un chien noir sauter dans l'eau pour attraper les poissons.

Un peu plus tard, alors qu'il s'est recouché, un Sirius tout mouillé grimpe sur le lit et vient le lécher derrière l'oreille.

« Severuuus… murmure-t-il, comme si l'écraser et le tremper n'était pas suffisant pour le tirer du sommeil.
– Sirius…
– J'ai attrapé notre déjeuner.
– … Ah. C'est donc ça, l'odeur…
– C'est une perche ! Elle est grosse.
– Si tu me tends des perches maintenant…
– Fais-moi un câlin, j'ai froid.
– Tu pues le poisson…
– Fais-moi un câlin ou j'apporte la perche au lit ! »

Sensible à la menace, Severus lève un bras, sous lequel vient se blottir Sirius. Severus remonte les couvertures sur lui et le serre contre lui juste un peu plus fort que nécessaire. Ce matin-là, Sirius se sent bien.

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Au coucher du soleil, toute la maison en verre est baignée de cette lueur rougeoyante si particulière, qui s'étend en longue traînée de lumière sur la surface du lac. Severus, qui a pris un coup de soleil sur le nez, assiste avec un plaisir certain à cette mort quotidienne et sanglante.

Sirius le rejoint, près du lac, vient s'asseoir tout contre lui. Un peu jaloux du soleil qui accapare son attention, il réclame un baiser. Severus le lui donne avec bonheur. Sirius s'accroche à son cou. Severus en perd l'équilibre. Sirius prend sa main pour la guider sur son corps. Severus suit la visite avec intérêt… Les vêtements tombent et un peu de pudeur aussi ; dans la lumière rouge, Sirius n'est pas tout à fait exposé mais pas tout à fait caché non plus. C'est bien, pour un début.

« Tu les trouves jolies mes fesses ?
– Oui… très.

– Et mes épaules, tu les aimes ?

– Oui.

– Et mon visage ?

– Aussi.

– Tout ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ?

– Oui, tout.

– Donc tu m'aimes totalement !

– Oui. Je t'aime totalement, tendrement, tragiquement. »