Shadow 60 – Take It

De la plus haute salle de la plus haute tour, Draco Malfoy observait le terrain de Quidditch. De toutes les brimades auxquelles il devait faire face depuis le fiasco de l'adoption, être privé de quidditch tenait une bonne place dans les plus cruelles.

Ses appartements privés lui manquaient cruellement. Potter, ce sale petit rat, n'avait eu qu'une hâte après être venu le narguer avec la baguette de Lucius : aller rapporter les moindres de ses paroles à Dumbledore. D'après ce que Draco avait compris du mélodrame qui s'en était suivi, il avait même montré toute la scène au directeur dans sa pensine.

Vraiment, si Severus avait eu vent de l'affaire, il avait certainement honte de lui. Un véritable Serpentard ne dévoilait jamais ouvertement ses intentions de meurtre. Il se contentait de sourire d'un air supérieur et frappait dans le dos, quand son ennemi baissait sa garde.

Maintenant, il allait devoir prendre son mal en patience. Le vieux fou qui leur servait de directeur avait décidé que l'isolement, même en compagnie d'un portrait, ne lui réussissait pas et qu'il avait besoin d'une présence constante et féminine pour surmonter cette épreuve.

Merlin, qu'il les détestait. Tous. Retranché dans sa nouvelle chambre, son passe-temps favori consistait à tenir et mettre à jour une liste des gens qu'il tuerait en premier dès qu'il en aurait l'occasion. Severus tenait bien-sûr le haut du pavé, pour l'ensemble de son œuvre, mais il hésitait à présent sur la deuxième personne à abattre. Dumbledore ou Potter ?

L'un comme l'autre lui permettrait de regagner les rangs des Mangemorts. Bien entendu, sa préférence immédiate allait à Mme Pomfrey, pour sa surveillance constante dégoulinante de compassion qui lui donnait la nausée du matin au soir. Il n'était pas assez stupide pour ne pas voir l'hostilité voilée derrière ses manières de matrone, et encore moins stupide pour ne pas jouer le jeu.

Du moins suffisamment pour donner le change. Aujourd'hui, avec le match de Quidditch qui allait se jouer, il pouvait compter sur quelques blessés pour occuper l'infirmière et avoir un peu de répit.

D'autant plus que Potter jouait…

Il serra les dents. Potter. Il ne pouvait pas tuer Potter en premier, pas avec Snape dans les parages. Ou peut-être en faisant exploser le château tout entier…

Mais non. Il allait prendre son mal en patience et leur faire payer, à eux tous, un prix tellement fort qu'ils regretteraient de l'avoir trahi et trompé. Caressant la baguette de son père, il se le promit une fois de plus.

« Est-ce que vous avez une dernière question ? » demanda Harry, tentant de cacher sa nervosité. Il n'avait jamais réalisé à quel point la pression reposait sur les épaules du capitaine de l'équipe… ils s'étaient bien entrainés, ils avaient tout préparé, leur stratégie était imparable, mais il était bien placé pour savoir que rien n'était aussi imprévisible qu'un match de quidditch.

« Oui, moi » fit Jack Sloper avec une nervosité mal contenue. « Est-ce qu'on est vraiment certains que ton cher papa ne va pas nous faire une entourloupe de dernière minute ? »

« Il n'a pas intérêt, » grogna Harry. La discussion avec Snape avait déjà été suffisamment houleuse ainsi lorsqu'il avait appris que le directeur de Serpentard avait demandé à faire repousser le match opposant son équipe à celle de Gryffondor en raison de l'indisponibilité de son attrapeur. Peu importe que l'attrapeur de réserve soit disponible, non, Snape avait malgré tout fait pression pour que Poufsouffle ouvre le bal. Harry avait vaguement espéré que son idée était de déstabiliser les Poufsouffle par ce match rapide, Gryffondor en serait alors favorisé, mais il était rapidement devenu clair pour tout le monde que les joueurs de Serpentard comptaient simplement sur un retour rapide de Malfoy.

Et Severus les avait appuyés. Pour ne pas démoraliser Draco, avait-il prétendu. Pour remonter sa cote de popularité auprès de ses élèves, avait-il admit.

Et pour déstabiliser Gryffondor qui s'était préparé à affronter Serpentard ? Probablement. Harry n'était pas dupe. La première véritable dispute entre le père et le fils s'était soldée par une soirée entière pour le garçon à recopier 1000 fois « Je m'adresserai à mon père avec le respect qui lui est dû, un vocabulaire approprié à un jeune homme bien élevé et un esprit ouvert. »

Il y avait laissé deux plumes et l'intégralité de sa patience pour Snape, qui avait passé la soirée à lire devant le feu, s'assurant que le capitaine de l'équipe de Gryffondor n'était pas en train de peaufiner sa stratégie pour le match du lendemain. Harry n'avait pas ressenti une telle rage envers l'homme depuis le début de l'été.

« Si les Serpentards entrent sur le terrain au lieu des Poufsouffles, nous jouerons quand même, et nous les battrons, » lança Harry. « Le premier qui laissera un ballon passer aux mains des Serpentards ou dans nos buts aura à faire à moi, compris ? »

« Compris ! » s'exclamèrent en cœur les joueurs de Gryffondors, remontés.

C'est la tête haute et pressés d'en découdre qu'ils entrèrent en piste pour un tour d'honneur. En face d'eux, et au soulagement d'Harry, ce fut bien l'équipe de Poufsouffle qui fit son entrée dans un tourbillon de jaune. Machinalement, il ne put s'empêcher de chercher le visage familier de Cédric. Il grogna tout bas, furieux contre lui-même. Ce genre de pensée ne servait à rien aujourd'hui… et ils ne devaient pas sous-estimer cette équipe, avec ou sans Diggory.

Un regard vers la tribune des professeurs lui apprit que Snape était bien venu voir le match comme il l'avait promis. En dépit de l'irritation que l'homme lui inspirait à cet instant, il devait admettre qu'il était malgré tout heureux qu'il soit là. Pour la première fois, un parent allait le regarder jouer… et gagner.

Il y avait un autre visage dans la tribune qui attira son attention cependant, et celui-là était un peu trop bien connu. Il ne fut pas le seul à le remarquer, et Ron s'approcha de lui en balai pour lui désigner la petite femme habillée de rose qui souriait aux joueurs.

« Je rêve, ce n'est pas vraiment elle ? »

« Je n'arrive pas à croire qu'ils l'aient laissés entrer, » répondit Harry. « Qu'est-ce qu'elle peut bien venir faire ici ? »

« Elle n'était pas censée être à Sainte Mangouste ? Je n'aime pas ça du tout ! »

« J'espère juste que ça ne veut pas dire qu'on doit s'attendre à être attaqués en plein match par des Détraqueurs, » fit Harry en serrant les dents. Severus s'était placé derrière elle, constata-t-il avec satisfaction. L'homme était peut-être mauvais joueur, mais il savait qu'il ne la laisserait jamais tenter de l'attaquer, même en plein match. « Pour l'instant, mieux vaut faire comme si elle n'existait pas. J'espère que Snape aura une bonne explication là-dessus ! Et nous, on va gagner contre les Poufsouffles. Méfie-toi de Saltwater, il est rapide et précis. Le petit gros, là-bas, Ridgeby, envoie très fort. Fais attention au sens du vent et… »

« Ça va, ça va, je connais mon boulot, » l'interrompit Ron. « Va chercher ton vif d'or et évite de finir à l'hôpital, pour une fois ! »

« Ce n'est pas comme si c'était une… »

« Tout le monde à terre ! » Appela Mme Bibine au sol.

Les joueurs des deux équipes s'empressèrent d'obéir et de se saluer cordialement et sincèrement, avant que les balles ne soient lâchées.

Leur stratégie était bonne, réalisa rapidement Harry, et leur entrainement adéquat. Mais ils avaient eu trop peu de temps pour observer les Poufsouffles, et ceux-ci se montraient également redoutables dans les airs. En dépit des avertissements de leur capitaine, les Gryffondors pêchèrent par excès de confiance, et Ridgeby s'envola vers leur but, le souaffle à la main.

Ron mettait toute sa concentration à suivre la balle, constata Harry avec espoir. Malgré tout, la force de Ridgeby le prit par surprise et il manqua de tomber de son balai quand le souaffle le heurta, avant de se diriger droit dans leurs buts.

Poufsouffle venait de marquer ses premiers points. Dans les tribunes, les applaudissements retentirent et Harry ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil. Les Serpentards exultaient, riant exagérément et désignant Ron du doigt. Et Ron, constata-t-il, semblait à présent se trémousser sur son balai, comme s'il ne parvenait pas à y trouver sa place.

Il fronça les sourcils. Ce n'était pas le moment… Ron devait absolument assurer sa place, ils ne pouvaient pas se permettre de perdre contre Poufsouffle pour leur premier match !

Cherchant des yeux le coupable de la débâcle, il trouva Snape à sa place habituelle et, lui sembla-t-il, un léger sourire aux lèvres. Mais il avait toutefois la décence de ne pas applaudir…

Umbridge, qui discutait avec animation avec Dumbledore, en revanche, applaudissait avec entrain et une certaine raideur. Harry ne put s'empêcher d'éprouver un certain malaise… bon sang, comment Dumbledore pouvait-il la laisser revenir ici, même pour un match ? Qui avait tiré les ficelles, et pourquoi ?

Il serra les dents. Snape, il devait compter sur Snape. Pour l'instant, il avait d'autres

problèmes sur les bras.

« Ron ! » cria-t-il. « Méfie-toi de Saltwater ! A mon avis, ils vont… »

Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Les Poufsouffle avaient déjà récupéré le souaffle et volaient déjà en formation vers les buts de Gryffondor, sous le nez de ses joueurs bluffés par une passe qu'ils n'avaient pas travaillée.

Avant qu'ils aient pu contrer l'attaque, Saltwater avait profité de l'effet de surprise pour lancer la balle qui atterrit parfaitement dans le but sous le nez de Ron qui n'avait pas eu le temps de se mettre en place.

« Deuxième but pour Poufsouffle ! » brailla Jordan Lee au micro. Lee était habituellement un grand partisan de Gryffondor, mais il savait reconnaitre un beau jeu quand il en voyait un.

Cette fois, même Snape fut obligé d'applaudir mollement, et la tribune de Serpentard rugit sous les rires des élèves. Il sembla à Harry que le volume de leurs voix avait été soudain amplifié, et des mots tels que « passoire » et « épouvantail » se détachèrent du brouhaha. Et il n'était visiblement pas le seul à les avoir entendus, car il put constater en regardant son ami que ses oreilles étaient devenues aussi rouges que sous l'effet d'un violent coup de soleil.

« On se reprend ! » cria-t-il à l'intention de son équipe. « Suivez leurs mouvements ! C'était une passe de Kawitz, on ne l'a pas étudiée mais ils ne pourront pas vous la faire deux fois ! Concentrez-vous ! »

Malheureusement, sa prédiction s'avéra fausse. Les Poufsouffles, ne brillant pas par leur originalité et confortés par leur avancée, retentèrent, avec succès, la même feinte. En dépit de l'efficacité des batteurs Gryffondor, la balle leur échappa à nouveau, de même que toute l'équipe adverse. Cette fois, Ron réagit plus vite, mais au dernier moment Saltwater fit une passe à Ridgeby qui profita d'une seconde de doute de la part du gardien pour lancer le souaffle de toutes ses forces. Gryffondor encaissa son troisième but sous les hourras des Serpentards.

Harry se refusa totalement à se tourner vers la tribune d'honneur. Ron, plus rouge que jamais, évitait aussi son regard. En bas, une chanson qu'il ne connaissait pas se mit à prendre de l'ampleur, reprise avec force par tous les Serpentards :

« Weasley est notre roi ! Il laisse le Souafle entrer tout droit ! »

C'était pire que tout. Ron était en train de se décomposer sous ses yeux, et ses joueurs étaient en panique. Il s'apprêtait à redescendre vers eux pour recadrer son équipe quand il vit un éclat doré briller dans le ciel, non loin de lui.

Enfin ! Le vif d'or était pour lui !

Avant que l'attrapeur adverse n'ait pu réagir, il fonça sur la petite balle ailée, désespéré de sauver le match et l'honneur de son équipe. Etonnamment, le vif prit de l'altitude, l'emmenant loin des autres joueurs

Ne pas quitter la balle des yeux… il ne pouvait pas entendre son adversaire, mais cela ne voulait pas dire qu'il n'était pas suffisamment proche. S'il quittait un instant le vif…

La balle ailée filé d'un coup à l'horizontale, et Harry accéléra, main tendue. Il y était presque… presque… mais pas encore ! Il devait attraper ce fichu vif, pourtant, et mettre fin à ce match catastrophique ! Mais il avait l'impression d'avoir dépassé les limites du terrain à force de poursuivre le vif, et la sensation de malaise qu'il ressentait allait en s'amplifiant. Impossible, cependant, le vif étaient réglé pour rester dans les limites du stade…

Une sensation de danger plus qu'imminent lui vrilla soudain les tempes, et il immobilisa aussitôt son balai, laissant le vif le distancer. Un regard en arrière lui appris qu'il ne s'était pas trompé : il avait largement dépassé les limites du terrain et volait seul en direction de la lande, à haute altitude.

Le vif n'aurait jamais du faire cela, il n'était pas étonnant que Calvin, l'attrapeur de Poufsouffle, ne l'aie pas suivi… mais à ce moment, son adversaire était bien le cadet de ses soucis. Là-bas, sur le terrain, l'activité n'avait pas cessé, mais il ne s'agissait plus du match à présent. Les créatures qu'il pouvait voir flottant au dessus du terrain n'étaient pas des joueurs de Quidditch mais bien, sans aucun doute, des Détraqueurs. Encore ! Umbridge, comment avait-elle pu ? Comment Dumbledore avait-il pu laisser faire ?

Il s'apprêtait à rebrousser chemin quand il vit une nouvelle équipe de quidditch prendre possession du terrain. Mais ce n'étaient pas des joueurs de Poudlard, réalisa-t-il, et s'ils étaient à balais, ces sorciers-là ne venaient certainement pas pour disputer un match… les robes noires flottant au vent les identifiaient aussi sûrement que leurs masques, même à cette distance : des Mangemorts venaient de faire irruption à Poudlard !

Dans les tribunes, la panique était à son comble. Les spectateurs courraient dans tous les sens, fuyant comme ils le pouvaient. Il ne pouvait pas à cette distance voir ce qu'il se passait dans la tribune des professeurs, mais il ne doutait pas que ceux-ci étaient déjà au combat.

Harry resta figé dans les airs, incapable de prendre une décision. Il aurait dû aller aider les autres à se battre, mais Severus le tuerait s'il se mettait en danger… Snape était là-bas, cependant, et lui n'avait pas de protego pour le protéger des attaques. Et Voldemort qui tenait particulièrement à lui faire payer sa trahison… sans plus attendre, il piqua vers le stade, pour se trouver face, au bout de quelques mètres, à un Détraqueur.

Il sentit la sensation familière de désespoir et de froid l'étreint aussitôt et il s'empressa de rebrousser chemin, craignant à tout moment de perdre connaissance et de chuter de son balai. La voix de Lily… les cachots de Lucius… non, il ne devait pas se laisser absorber par ces pensées, il devait vider son esprit ! Et surtout, se rapprocher du sol aussi vite que possible !

Le Détraqueur, cependant, n'était pas seul, il semblait que plusieurs d'entre eux, l'ayant repéré, aient décidé de former un barrage entre lui et le reste du stade. Voilà qui n'augurait rien de bon, songea-t-il… mais les Détraqueurs semblaient se contenter de le repousser vers la Forêt Interdite sans vouloir l'attaquer. Frissonnant malgré lui, il tenta de les contourner, sans succès. S'accrochant à ses meilleurs souvenirs, il cria de toutes ses forces :

« Expecto Patronum ! »

La vue du patronus qui s'échappa de sa baguette, cependant, faillit le faire chuter de son balai. Le cerf majestueux qui le protégeait jadis s'était transformé en un chat qui n'était pas sans rappeler celui de Snape… et Shadow.

Le félin se mit aussitôt en devoir de tracer des cercles autour de lui, tenant à distance les Détraqueurs tandis qu'il perdait rapidement de l'altitude. Ils étaient trop nombreux, il devait absolument se rapprocher du sol pour ne pas risquer une chute mortelle !

Et il y était presque arrivé quand il vit une créature glisser rapidement dans le vent, presque au ras de terre, volant sans heurt mais également sans support… un mangemort, visiblement sans balai, qui tentait de se rapprocher de lui. Serrant les dents, Harry s'apprêtait à obliquer dans l'autre sens quand une impression familière le retint. Cette cape noire, cette présence…

Severus ! Severus arrivait à la rescousse… en volant ? Depuis quand connaissait-il ce tour là ?

Mais les Détraqueurs l'avaient également repéré et semblaient soudain très intéressés par cette nouvelle proie. Le balai d'Harry fut pris dans une soudaine bourrasque et quand il reprit enfin le contrôle de son engin, Snape et lui avaient été séparés de plusieurs dizaines de mètres supplémentaires. De toute évidence, les créatures ne voulaient pas qu'ils se rejoignent…

En bas, Severus faisait de son mieux pour rester aussi proche que possible de lui, coupé à son tour du reste des troupes par les Détraqueurs. Harry n'en avait jamais vu autant, volant en groupes serrés autour du stade et d'eux, semant la panique et évitant soigneusement les mangemorts. Quelques patronus les tenaient à distance du gros des élèves, tandis que les sorts fusaient depuis la tribune d'honneur.

Personne, cependant, ne semblait avoir suivi Severus… ou réussi à le faire, réalisa Harry. De là où il se trouvait, il pouvait voir quelques silhouettes d'adultes tenter de se frayer un chemin jusqu'à eux, sans succès. L'instinct d'Harry lui criait que quelque chose de plus dangereux encore se tramait. Personne ne s'était lancé à sa poursuite, seuls les Détraqueurs semblaient prêter attention à lui sans pour autant l'attaquer, et il était bien certain à présent que le Vif d'Or qu'il avait aperçu n'avait eu qu'une seule mission : l'éloigner du terrain et des autres.

Severus, cependant, avant réussi à le suivre… une dizaine de mètres plus bas, le sorcier obliqua pour éviter le saule cogneur, sans pouvoir pour autant réussir à se rapprocher d'Harry. Celui-ci fit de son mieux pour suivre le mouvement, avec la désagréable impression d'être mené comme un mouton par un chien de berger.

Le patronus de Snape, jumeau du sien, tentait de se frayer un chemin jusqu'à lui, mais sans succès. Se diriger vers le château ne semblait pas non plus être une option, et Harry sentait sa nervosité s'intensifier de seconde en seconde tandis qu'ils s'approchaient de la cabane Hurlante.

De façon compréhensible, Severus semblait chercher à éviter la cabane tout en redoublant d'efforts pour le rejoindre. Sans succès cependant… au loin, Harry put voir des sorciers en balais se diriger vers eux, luttant à la fois contre les mangemorts et la présence des Détraqueurs. Des Aurors, des membres de l'Ordre peut-être ? Tout au moins les avaient-ils vus, les renforts ne seraient sans doute pas long… ce qui était une bonne chose car le patronus de Snape, réalisa-t-il, devenait de plus en plus transparent et durait de moins en moins longtemps entre chaque sort, jusqu'à ne plus former qu'une fumée légère qui n'avait qu'une vague forme de chat.

Ce fut à cet instant, et alors qu'il s'approchait malgré lui de la Cabane Hurlante, qu'Harry aperçut ce vers quoi les Détraqueurs les avaient poussés.

Nagini. Glissant sur le sol à la rencontre de l'ancien Mangemort, le serpent humait l'air de sa langue, visiblement satisfait d'avoir trouvé sa cible.

Instinctivement, Harry tenta de piquer au sol vers elle, pour se retrouver aussitôt repoussé par un front de Détraqueurs qui s'étaient soudain amassés là. Un regard autour de lui lui apprit que l'ensemble des créatures qui gardaient habituellement Azkaban semblaient s'être réunies pour faire barrage entre lui et son père. Tout cela était un piège depuis le début, et il était tombé droit dedans !

Priant pour que les capacités de son balai soient dignes des publicités qui en étaient faites, il se pencha en avant, tentant de prendre un maximum de vitesse.

Snape, cependant, n'avait pas eu d'autre choix que de rester sur place, cerné de toutes part. Dégainant sa baguette, il lança quelques sorts qui n'eurent guère plus d'effet sur le serpent qu'en aurait eu un coup de bâton.

Harry crut voir une faille dans la masse de Détraqueurs et accéléra subitement, tentant une percée qui n'eut pour effet que de le rapprocher légèrement de Severus, sans pour autant le mettre à portée de sorts. Merlin, pourquoi étaient-ils aussi nombreux ? Pourquoi fallait-il qu'il soit seul, en plein Poudlard ?

Nagini ne lui prêta pas la moindre attention tandis qu'elle fonçait sur l'homme, concentrée sur sa proie. En désespoir de cause, Snape lui décocha un coup de pied qui n'eut pour effet que d'exciter Nagini qui s'enroula sur sa jambe. Lentement, comme s'il se savait gagnant d'avance et savourait sa victoire, le serpent grimpa le long du corps du sorcier pour l'enserrer totalement dans ses anneaux sans que celui-ci puisse y faire quoique ce soit.

Harry avait l'impression de pouvoir entendre, de là où il se trouvait, le pouls de Snape s'accélérer. En bas, cependant, l'homme ne semblait pas paniquer. Ayant compris que sa magie ne lui serait plus d'aucune utilité pour l'instant, il avait entreprit de marteler l'animal du bout de sa baguette, sans plus de résultat que s'il l'avait chatouillé.

Cessant finalement de lutter, il se tourna vers Harry.

« Va-t-en ! » cria-t-il, assez fort pour être entendu. « Vers Pré-Au-lard, il… »

Le souffle sembla lui manquer un instant, tandis que Nagini finissait de l'immobiliser.

« Dépêche-toi ! Piège ! » lança finalement Snape avant de reporter son attention sur le problème le plus pressant.

Comme s'il ne l'avait pas compris tout seul… mais Harry n'y songea même pas. Les membres de l'Ordre les avaient vus et tentaient de les rejoindre, mais ils ne seraient pas là à temps. Il était le seul à pouvoir arrêter Nagini à cet instant, et il était persuadé de pouvoir y arriver, si seulement il pouvait se débarrasser des Détraqueurs qui lui barraient le chemin…

« Expecto Patronum ! »

Le chat spectral se lança vers les créatures qui frémirent à peine. Ils étaient trop nombreux à présent, massivement groupés entre lui et Severus…

Le sang martelait ses tempes, et une panique de plus en plus pesante lui pressait les côtes. Snape était à terre, et il ne semblait plus se débattre, il fallait que quelqu'un fasse quelque chose, qu'il fasse quelque chose, que les Détraqueurs…

« Harry, concentre-toi ! »

Il manqua de tomber de son balai en entendant la voix à ses côtés, toute proche. Se penchant instinctivement pour éviter un sort, il fit volte face pour voir son interlocuteur.

« Maman ! »

Lily sourit.

« Bonjour, mon ange. Que tu es grand… Merlin, je voudrais avoir plus de temps pour cela, mais Harry, il faut que tu m'écoutes. Severus est en train de mourir, là-bas, ce serpent est en train de l'étouffer et s'apprête à lui ouvrir la gorge. »

« Non ! Pas question !»

« Non, en effet, nous n'allons pas le laisser faire. Tu peux l'aider, Harry, tu as assez de pouvoirs pour cela ! »

« Mais comment ? J'essaie de lancer mon Patronus, mais il n'arrive à rien, je ne sais pas comment le rejoindre ! Est-ce qu'un sort pourrait passer à travers eux ? Mais je ne pourrais pas atteindre Nagini d'ici ! »

« Pas comme cela, en effet, mais il y a une autre solution. Au Manoir, rappelle-toi ce jour où tu as fait venir les Détraqueurs, tu te rappelles ? Pendant l'orage. »

Le souvenir fit grimacer Harry. Ce jour-là aussi, Snape s'était trouvé en bien mauvaise posture… et lui également.

« Je n'ai jamais su comment j'avais fait cela, » gémit Harry. « Je ne saurais pas recommencer ! »

« Tu dois te connecter à eux, » expliqua Lily. « Par la pensée. Te mettre sur leur fréquence, d'une certaine façon. Comme une radio. Tu peux le faire Harry, repense à ce jour-là, regarde-les n'aies pas peur d'eux, je suis avec toi. Essaie de les sentir. »

C'était probablement la chose la plus difficile qu'on lui ait jamais demandé, songea Harry en tentant d'obtempérer. Les entraînements de Severus ne l'avaient pas préparé à ça. En bas, Nagini était en train de tuer Snape à petit feu, il pouvait le sentir… en réalité, il pouvait l'entendre, les sifflements du serpent portés par le vent lui parvenant par bribes de phrases menaçantes.

« On est moins fier maintenant, n'est-ce pas, humain ? On regrette d'avoir trahi le maître ? Il ne faut jamais trahir les siens, le maître est très, très fâché. »

« Laisse-le ! » ne put s'empêcher de crier Harry dans le vent. Mais Nagini ne faisait pas attention à lui. Il était trop loin, les Détraqueurs… les Détraqueurs ! Serrant les dents, Harry s'obligea à en fixer un du regard. Il l'avait déjà fait, ce jour-la, pendant l'orage, il les avait sentis… il devait… vider son esprit. Avant toute chose, vider son esprit, comme Severus le lui avait appris.

Bloquant toute émotion et toute pensée, il se concentra sur la masse sombre qui lui faisait front. L'orage, comme pendant l'orage… la pluie, le froid…

Et soudain, il était là. Comme si son esprit avait touché un banc de brume compact et froid, un banc de brume qui aurait eut une conscience, et une conscience hostile, intriguée à présent.

« Partez. Vous devez partir. »

Une interrogation lui répondit.

« C'est moi qui vous commande. Sentez-moi. Sentez ma magie. C'est moi qui vous demande de partir. Ne restez pas ici. Partez. »

Il sentit le doute s'insinuer dans l'esprit collectif des créatures. Voldemort avait certainement une connexion bien plus précise avec eux, un moyen de communiquer plus efficace… mais il pouvait tout de même bluffer.

« Vous avez fini votre mission ici. Il n'y a plus rien à faire. Vous pouvez rentrer. Repartir. »

Pendant une horrible minute qui s'étira à l'infini, Harry sentit les Détraqueurs hésiter. Le sorcier n'était pas le même, la voix était différente, mais la magie…

Etait suffisamment semblable pour les tromper. Lentement d'abord, puis d'un grand envol collectif, les Détraqueurs s'éloignèrent, lui laissant le champ libre pour rejoindre Snape. Pendant un instant, il laissa le triomphe le griser : il l'avait fait, il avait réussi à chasser les Détraqueurs ! Il se tourna vers sa mère pour partager sa victoire avec elle, mais son visage sérieux le rappela à la réalité.

« Severus, » murmura-t-elle. « Dépêche-toi »

Sans perdre une seconde, il piqua vers le sol, atterrissant à quelques mètres de Nagini. Snape, cependant, semblait tout sauf ravi de le voir. Son regard vitreux s'emplit de colère, et ses lèvres bougèrent dans ce qui semblait être une tentative de prononcer le mot « fuis ».

L'ignorant, Harry se concentra sur le serpent.

« Relâche-le, » ordonna-t-il en fourchelang. « Je t'interdis de lui faire du mal ! »

Surpris, le serpent s'interrompit, mais sans pour autant desserrer ses anneaux.

« Qui es-tu ? » siffla-t-il. « Les humains parlent beaucoup trop ! Qui t'a appris ? »

« Personne, » répondit Harry, « j'ai toujours parlé ta langue, et je te connais. Tu appartiens à Voldemort. Mais il t'a donné une mauvaise proie, tu ne peux pas avoir ce sorcier. Laisse-le partir. »

« Non, » fit Nagini. « Je connais ma proie. Je connais ce sorcier. Il a été infidèle, il doit mourir. Tu devrais pourtant le savoir, petit homme, tu as la même couleur. »

« Couleur ? Je ne… écoute moi, je devrai te blesser si tu n'obéis pas. Ce sorcier est mon père. Je ne te laisserai pas l'avoir. Tu peux avoir un des autres, ceux qui sont marqués, mais pas celui-ci. »

« Traître ! » siffla Nagini. L'instant d'après, elle resserra son étreinte dans un mouvement de défi et le bruit d'os brisés qui s'ensuivit donna la nausée à Harry qui sentit la panique le gagner pour de bon. Severus, constata-t-il, avait perdu connaissance, ce qui valait probablement mieux à cet instant.

Baguette au poing, il mit le serpent en joue. Aussitôt, Nagini ouvrit grand sa mâchoire, posant ses crochets sur la gorge de Snape, ses yeux brillants fixant le jeune homme d'un air amusé. Un regard qui lui rappela terriblement Voldemort.

« Non, ne bouge plus, » murmura Lily, quittant Harry pour se diriger vers Severus, inconscient. « Ne la provoque pas. Il faut… il faut… non. » Touchant délicatement le visage du sorcier, elle se pencha vers lui sans que Nagini ne semble la remarquer. « Réveille-toi, Sev. Je suis désolée, mais tu dois te réveiller maintenant. C'est ta dernière chance, si Nagini te tue, elle tuera Harry juste après. Je t'en prie, réveille-toi maintenant… »

Ses paroles durent atteindre un état de conscience de Snape car celui-ci ouvrit les paupières, laborieusement, fouillant les alentours du regard pour tenter d'appréhender la situation. La première chose qu'il vit à peu près clairement fut le visage de Lily qui lui souriait, avant de disparaitre.

« Harry, c'est maintenant, il faut que tu l'appelles. »

« Que j'appelle qui ? » demanda le garçon nerveusement.

« Severus, dépêche-toi ! »

« Quoi ? Mais… Severus ! » cria le garçon.

« Non, pas comme ça ! » s'écria Lily.

Mais il était trop tard, l'homme avait tourné la tète pour le voir, dégageant un peu plus sa gorge. Nagini resserra une dernière fois sa prise le maître lui avait dit de tuer lentement cette proie-la, mais de surtout la tuer. Elle n'aimait pas la soudaine agitation de l'autre Parleur, il était trop sûr de lui… le traitre bougea la tête, Nagini prit sa décision.

« Tu peux le faire venir à toi, » expliqua Lily dans un souffle, « si tu le souhaites vraiment, il viendra… je t'aiderai, mais tu dois souhaiter le faire apparaitre ici ! Harry, vite ! »

D'un mouvement sec de la mâchoire, les crochets de Nagini se refermèrent sur la gorge de Snape, faisant jaillir le sang.

« NON ! » Le cri l'assourdit lui-même, le sang battant à ses tempes et occultant tout le reste. Severus se vidait de son sang. Son père était en train de mourir. A nouveau.

Avant qu'il ait pu réfléchir à ce que demandait Lily, il avait tendu les bras vers l'homme. Une seconde plus tard le sorcier disparaissait, laissant Nagini s'écrouler sur elle-même, pour réapparaitre à ses pieds, dans une mare de sang.

« Non ! » répéta-t-il avec force. « Non ! Non, je t'interdis de mourir, non ! »

A sa grande surprise, Severus leva un regard embrumé vers lui.

« Fuis… »

La main d'Harry vint se poser sur la blessure, tentant de juguler le sang qui s'écoulait toujours. Agenouillé au sol, il leva un regard haineux vers Nagini qui s'était à nouveau déroulée et se dirigeait vers eux sans hâte, consciente d'avoir fait la moitié du travail.

« Tu ne l'auras pas, » siffla le garçon. « Et tu ne m'auras pas non plus. Ne touche pas à mon père ! »

L'ordre ou la menace ne sembla guère affecter Nagini qui poursuivit son chemin. Ce fut la vue du sang sur la gueule de l'animal qui acheva d'aveugler Harry. Il voulait la voir brûler, elle et son maudit poison, et tout de suite ! Sans qu'il en ait conscience, sa baguette noire s'était à nouveau levée, et le sifflement qui s'échappa de sa bouche, s'il était sans nul doute une incantation, lui était étranger. A cet instant, cela ne parvint pas à le préoccuper.

L'instant d'après, une barrière de feu s'était dressée devant lui. Les flammes avaient quelque chose de furieux et de bestial qui n'avaient rien en commun avec un feu ordinaire. En un instant, un mur lumineux s'était interposé entre eux et le serpent, se concentrant une seconde pour gonfler avant de s'élancer sur l'herbe humide.

Harry ne put s'empêcher de reculer sous l'effet de la chaleur, tentant de trainer Snape avec lui. Autour d'eux, les vagues de feu avaient prit des formes qui n'avaient rien de naturelles, et il aurait été incapable à cet instant de dire vers où les flammes se dirigeaient, encore moins de les contrôler. Merlin, il n'avait pas même idée du sort qu'il avait jeté ! Il avait pensé à Incendio, mais…

Un bouclier vert apparut soudain autour d'Harry, englobant Snape avec lui. Protego, songea Harry. Le feu ne pourrait pas l'atteindre ici… la chaleur ne lui parvenait même plus. Mais devant eux, la lande pourtant humide et froide de l'automne s'embrasait à vue d'œil. Et Nagini, Nagini fuyait !

Sans grand espoir, constata Harry, à moins qu'elle ne trouve rapidement un terrier… le serpent glissait sur le sol, puisant dans toutes ses forces pour échapper aux flammes, mais c'était une course sans issue. Un instant plus tard, ce qui ressemblait à un dragon de feu fondit sur l'animal qui s'embrasa dans un sifflement d'agonie.

La douleur qui déchira le crâne d'Harry lui arracha un cri, tandis qu'il portait sa main à sa cicatrice. Voldemort ! Voldemort ne devait pas être loin ! Il ne le sentait pas pourtant, mais… Snape, il devait mettre Snape en lieu sûr, et l'amener rapidement à Mme Pomfrey!

Sa main bloquant toujours le flot de sang sur sa gorge, il se pencha vers le sorcier.

« Les secours vont arriver maintenant ! Ca va aller ! Juste quelques petites minutes ! »

Mais l'homme secoua la tête, ses forces le quittant. Ses lèvres, bleuies, cependant, remuèrent tandis que sa main se crispait sur la robe d'Harry.

« Bé… »

« N'essaie pas de parler, garde tes forces, » conseilla Harry, fébrile. Il devait le ramener d'urgence au château, Nagini l'avait clairement empoisonné… même s'il survivait aux autres blessures, le poison serait fatal !

« Bé… zo… »

Les forces de l'homme le lâchèrent, et ses yeux se refermèrent à nouveau.

« Un bézaoar ! Merlin, Harry, dis-moi que tu l'as sur toi ! » s'écria Lily.

« Un… oui ! Oui, dans la bourse, il m'a dit de toujours l'avoir sur moi ! »

Fébrilement, Harry repêcha le paquet dans sa veste. Même pour un match de quidditch, il n'avait pas osé déroger à la règle de son père. Ses doigts lui semblaient trop gros et maladroit tandis qu'il tentait de dénouer au plus vite les liens, de fouiller dans la bourse, la panique le gagnant… il était là ! Le précieux caillou, il était là !

Ouvrant la mâchoire de Snape aussi délicatement qu'il le put, il s'empressa de jeter le morceau de bézoard au fond de sa gorge. Pendant un moment qui lui parut infini, il ne se passa rien. Le teint de l'homme semblait encore plus pâle que d'habitude, si c'était possible… puis il y eut un hoquet, un souffle rauque, et la poitrine de Severus se souleva à nouveau. Faiblement… mais suffisamment pour y croire.

Relâchant enfin sa respiration, Harry réalisa qu'il en avait lui-même presque oublié de respirer.

« On a réussi, » murmura-t-il en posant son front sur la poitrine de l'homme.

« Mon chéri, je suis désolée, mais nous n'avons pas de temps à perdre, » l'interrompit Lily à regret. « Il faut partir d'ici. »

Harry se redressa pour appréhender les environs. Les Détraqueurs avaient bien disparus, et pas de mangemort en vue, mais le feu… il était partout ! Les flammes semblaient possédées d'une volonté propre, et une volonté de dévorer tout ce qui se trouvait sur leur passage.

Merlin, comment était-il censé arrêter cela ? Et comment retourner vers le château ? Les blessures de Snape ne lui permettrait certainement pas de marcher, le fait que l'homme soit plus ou moins conscient était un miracle à cet instant.

« Il faut que je le porte, » murmura Harry. Snape n'était certainement pas gros, mais malgré tout… le chemin risquait d'être long. « Ou alors levicorpus… »

« C'est trop dangereux, » interrompit Lily. « Tu ne maitrises pas assez cette baguette, tu risquerais d'aggraver ses blessures. »

« Alors quoi ? » s'écria le garçon. « Qu'est-ce que je dois faire ? »

«Laisse-faire ta vieille maman. Utilise le bracelet d'Hermione, celui qui porte la médaille. Voila, c'est parfait, passe-le autour de son poignet. Ne lâche pas ton point de compression, surtout. »

Harry obtempéra et l'instant d'après, à sa grande stupeur, le corps de Snape s'élevait dans les airs sans son aide. Guidé par Lily, il se mit à glisser dans les airs sans efforts.

« Je n'arrive pas à croire que tu puisses faire ça, » murmura Harry.

« Je l'ai bien fait pour toi, mon chéri, » fit remarquer la jeune femme avec un sourire. « C'est bien le moins que je puisse faire. Reste bien à côté de lui, surtout, nous avons besoin du bouclier. »

Le regard de Snape passait de l'un à l'autre, vitreux mais néanmoins alerte.

« Hagrid, » murmura-t-il. « La hutte. Souterrain. »

« La hutte d'Hagrid ? » demanda Harry. « Tu es sûr ? »

Le grognement qui lui répondit le dissuada de poser plus de question. Quoiqu'il en soit, l'effort semblait avoir couté ses dernières réserves à Severus qui sombra à nouveau dans l'inconscience.

« Nous devrions pouvoir l'atteindre, les flammes ne sont pas dans cette direction, » fit Lily. « Il faut se dépêcher, il perd trop de sang ! »

« Je fais de mon mieux, mais Nagini a fait du bon travail, » grogna Harry. «Une minute… une minute, je ne sens plus son pouls ! »

Lily s'immobilisa immédiatement, s'approchant de la forme pâle de son ami.

« Non, » murmura-t-elle, « c'est hors de question. Severus Snape, je t'interdis d'abandonner maintenant ! Sev, si tu fais ça, je te jure que je ne parlerai plus jamais ! »

Mais le sang s'était tari sous la paume d'Harry, et il ne put s'empêcher de craindre le pire.

Pas maintenant. Il ne pouvait pas perdre Snape maintenant. Pas comme ça… ils étaient presque sauvés, bon sang ! Si seulement l'aide pouvait arriver !

« Harry, » fit doucement Lily, « il faut que tu l'appelles. »

« Je ne sais pas s'il peut encore m'entendre, » répondit le garçon. « Je ne crois pas… j'ai l'impression… »

« Il n'est pas mort. Pas encore. Il est faible, mais il est encore là. Il est possible que votre lien suffise à le maintenir dans ce monde si tu le souhaites vraiment. Il faut que tu le cherches, Harry, que tu l'appelles, un peu comme les Détraqueurs tout à l'heure… »

« Comme quand il était endormi, » murmura Harry. « Quand il était pris dans le sort de Voldemort. J'ai pu l'atteindre. »

« Tout à fait. Il faut recommencer. Ton énergie pourrait suffire en attendant les secours. T'en sens-tu capable ? »

« Je vais essayer. Comment… ? »

« Garde tes mains où elles sont et concentre-toi, » indiqua Lily. « Ferme les yeux. Ecoute ton instinct. »

Son instinct… son instinct de chat. Il devait retrouver l'Homme en Noir. Quelque part, là, dans ce corps qui ne bougeait plus sous ses mains, se trouvait le maître des potions, l'irascible professeur, son père…

Prenant une grande respiration, il occulta le monde extérieur pour se concentrer sur l'homme. Severus. Il devait trouver Severus. Mais il faisait noir, et la présence de l'homme était si lointaine… mais bien là, pourtant. Se dirigeant mentalement vers la source de chaleur qu'il sentait.

Une forme vague… quelque chose de moins noir que le reste… appelant mentalement son père, il se rapprocha.

Et quelque chose changeait, oui… des formes se dessinaient devant lui tandis qu'il se rapprochait de la présence. Des pierres. Des murs. Une pièce. Des couleurs. Cet endroit… il le connaissait, c'était le laboratoire du Manoir ! Là où tout avait commencé !

« Severus ? » demanda-t-il doucement. Quelque chose bougea près de la cheminée. Un fauteuil, une silhouette noire… il était là !

Soulagé, il vint rejoindre le Maître des Potions.

« J'ai eu peur que tu sois parti, » avoua-t-il. « J'ai cru qu'il serait trop tard. »

« Tu as eu le bon réflexe avec ce bézoard, » fit Snape. « Les effets du poisons ont été contrés. Je suis fier de toi. »

« C'est maman qui a compris, » admit Harry. « Par chance, j'avais ton paquet sur moi ! »

Severus acquiesça.

« Harry, je suis vraiment désolé pour tout cela. Nous sommes ici pour l'instant, mais je ne sais pas combien de temps cela pourra durer. Je crains que la morsure de Nagini ne soit grave. »

« Ça va aller, » assura le garçon, « les secours vont arriver, on est presque à la hutte d'Hagrid ! On va prendre le souterrain et te ramener à Poudlard. J'ai réussi à faire fuir les Détraqueurs ! »

« J'ai vu cela. C'est un bel exploit, félicitations. Tu sembles de mieux en mieux maîtriser tes pouvoirs, je suis certain que tu t'en sortiras très bien. Lupin pourra t'aider, il s'y connait… »

« Arrête ça ! » cria Harry. « Tu ne vas pas mourir ! Pas maintenant, je te l'interdis ! »

« Sur un autre ton, jeune homme ! » gronda Snape. « Je ne sais pas ce qui vous prends aujourd'hui à toi et à ta mère, mais je vous serais gré de cesser de me donner des ordres ! »

« Severus, je ne veux pas que ça se termine ici, » fit le garçon un ton plus bas. « Je veux encore du temps… ici, dans cette maison, à Poudlard… ça ne fait que quelques mois, et pense à tout ce qu'il s'est déjà passé ! Ça ne peut pas se finir comme ça, j'ai besoin… essaie encore un peu, d'accord ? »

« Evidemment que je vais essayer, stupide enfant, » grogna Snape. « Il me semble avoir promis de faire de mon mieux et de ne pas t'abandonner. Il faut simplement faire face à l'éventualité… » il soupira. « Peu importe. Explique moi ce qui t'a pris de quitter le terrain de Quidditch ? »

« Je suivais un vif d'or, » expliqua Harry. « Probablement truqué, mais je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. Il m'a emmené en hauteur, puis m'a éloigné du stade… je voulais tellement en finir avec ce match que je n'ai pas réalisé tout de suite que quelque chose clochait. »

« Je dois dire que je peux comprendre, dans un sens, » fit Snape avec un fin sourire. « Une débâcle pareille aurait fait perdre la tête à n'importe quel capitaine. »

« C'est entièrement ta faute ! » cria Harry. « Toi et tes manigances de Serpentard ! On ne savait même pas quelle équipe on allait affronter avant d'entrer sur le terrain, on n'a pas eu le temps d'étudier leur stratégie ! »

« Une bonne équipe doit pouvoir gagner en toutes circonstances et faire face à l'imprévu, » répondit Snape, implacable.

« Merlin, mais qu'est-ce que tu y connais en Quidditch ? Tu as fait tout ça exprès pour avantager Serpentard ! »

« Pour donner un peu de baume au cœur à Draco, » précisa Severus. « Et peut-être un peu pour me repositionner par rapport à ma maison. »

« Un peu ? » s'insurgea Harry. « Tu es complètement partial, comme toujours ! Moi qui pensais que tu allais changer maintenant que... bon sang, je suis censé être ton fils, tu te rappelles ? Et je suis Gryffondor ! Si tu préfères ta maison à ton fils, on a peut-être un problème ! »

« Harry, il s'agit d'un match de quidditch, » rappela Severus.

« Mon premier match en tant que capitaine ! Et tu sais à quel point c'est important ! Tu le sais très bien ! »

« On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, et on ne peut pas tout avoir, » fit Snape. « Le quart de mes élèves ont changé d'école à la rentrée en raison de mon changement d'allégeance. J'ai tué le père de l'un d'entre eux il y a quelques jours. Est-ce que tu as la moindre idée de la délicatesse de ma position actuellement ? »

Non, Harry ne pouvait pas dire qu'il y avait beaucoup réfléchi. A cet instant, il s'en sentit un peu honteux. Sans pour autant oublier sa rancune…

« Pour moi aussi, c'est compliqué, d'être adopté par le directeur de Serpentard, figure-toi, » grogna-t-il. « Ils pensent que je te donne des tuyaux sur nos tactiques. Ils préfèreraient avoir un autre capitaine, tu peux en être sûr… »

Severus hocha la tête, songeur.

« Nous savions que cette adoption et cette année ne seraient pas simples, » fit-il. « Il fallait s'attendre à ce que ce genre de problème arrive à un moment donné. Si nous nous en sortons, nous en reparlerons avec nos maisons respectives et nous ferons le point là-dessus. Si je ne suis pas en mesure de pouvoir revenir, eh bien… je t'autorise à me charger du blâme. Entendu ? »

« Non, pas entendu, » grogna Harry. « On en reparlera, et tu me devras une sortie à Pré Au Lard pour te faire pardonner. »

« Pourquoi pas ? » fit Snape. « Une glace au chocolat pour calmer les caprices des enfants, c'est un classique. »

« Caprice, tu peux bien parler ! » rétorqua le jeune homme. « Mais tu sais quoi… dans le fond… je crois que je suis content qu'on se soit fâchés. Pour le quidditch. »

« De la part d'un adolescent de quinze ans, je ne vais pas prétendre trouver ça surprenant. »

« Non, je veux dire… on s'est disputés, comme une vraie famille. Et j'étais furieux contre toi, mais je n'ai pas pensé que tu allais… je ne sais pas, me répudier ou autre chose. J'ai crié, tu as dis des trucs sarcastiques stupides, et malgré tout, on est là. Comme une vraie famille »

« Je n'ai pas dis de… » Snape grogna. « Je vois ce que tu veux dire. Les bons et les mauvais côtés. Malgré tout, Harry, j'espère que tu n'as pas pensé trop sérieusement que tu passais au second rang de mes préoccupations ? »

« Non, je ne crois pas, pas vraiment. Ce serait difficile après tout ce qu'il s'est passé cet été. C'est juste que j'ai dû me rappeler que tu étais aussi… Professeur Snape, je suppose. C'est un peu comme si tu avais été une personne différente, et maintenant.. il faut que je fasse avec ce type insupportable qui passe son temps à gâcher ma scolarité. »

Le sourire d'Harry démentait ses paroles, et Severus hocha la tête.

« Oui, je vois ce que tu veux dire. Il se trouve qu'il y a parmi mes élèves ce gamin insupportable qui n'écoute jamais rien et trouve toujours le moyen de se mettre en danger dans les situations les plus improbables… »

« J'écoute, des fois, » protesta Harry. « J'avais le bézoard avec moi, non ? »

« C'est juste. Peut-être finira-t-on par faire quelque chose de toi. »

« Au pire, je chasserai les rats du laboratoire, pas vrai ? »

« Hum. Je ne suis pas certain que ta mère approuve ce choix de carrière. »

« Maman, » murmura Harry. « Elle est là, tu sais. Elle s'occupe de toi. Elle m'a aidé… tu crois qu'elle pourrait… ? »

« Rester ? Je regrette, Harry, » fit Snape en s'enfonçant un peu plus dans son fauteuil. « Je ne crois pas que ce soit une possibilité. »

« Pourtant… tu imagines ? On serait tous les trois. Comme… »

Il ne finit pas sa phrase, mais Severus l'entendit. Comme une vraie famille. A cet instant, cependant, il semblait plus probable qu'Harry se retrouve une nouvelle fois orphelin avant la fin de la journée… mais son extraordinaire pouvoir le retenait de toutes ses forces, luttant à contre courant de ses forces déclinantes.

« Tout revient toujours à cet endroit, » songea-t-il à vous haute en regardant le laboratoire autour de lui. « Je devrais peut-être faire venir le portrait de Cathy ici. »

« Elle te rendrait fou, » fit Harry en souriant.

« Probablement. C'est un cadeau de Lily. J'ai tendance à penser que le portrait a pris un peu de sa personnalité… y compris un côté un peu irritant. »

« Dis… tu n'entends pas quelque chose ? » demanda Harry, en cherchant autour de lui.

Maintenant que le garçon le disait… il musique particulièrement harmonieuse semblait s'élever autour d'eux, prenant un peu plus de volume à chaque seconde.

Ce n'était probablement pas un très bon signe.

« Je connais ce son, » fit Harry.

Vraiment pas un bon signe, donc, soupira Snape. Vu les expériences du garçon, il pouvait s'attendre à une mort imminente ou à l'arrivée de Voldemort. Encore qu'il n'avait jamais entendu le Seigneur des Ténèbres jouer de la musique…

« C'est Fumseck ! » s'écria Harry. « Il est arrivé en renforts ! On est sauvés !»

'On'. Snape sentit quelque chose de chaud se nouer dans sa poitrine. Oui, ils étaient une famille, définitivement…

Et les murs, autour d'eux, commençaient à fondre doucement. Quelque part, au loin, il pouvait entendre des voix, quelqu'un lui parlait… une voix familière… deux… plusieurs… et quelque chose le tirait vers le haut, loin de se refuge qu'il avait trouvé tout au fond de sa conscience quand ses forces l'avaient abandonné.

A ses côtés, Harry lui sourit.

« On y va ? »

Il hocha la tête, et l'instant d'après le noir avait reprit sa place.

Le noir, et le chaud. Et la gravité. Ne pas ouvrir les yeux avant d'être sûr de se trouver en terrain ami… ces voix, il les reconnaissait. Pomfrey, Lupin, Slughorn. Un Serpentard au moins pour assurer les arrières. Et cette odeur familière de bois, de livres… le bureau de Dumbledore. Ils avaient réussi.

« Severus, restez avec nous ! » ordonnait la voix familière de Pomfrey. « Très bien, comme ça, oui, essayez d'ouvrir les yeux si vous le pouvez. »

Maudite femme. Maudite musique. Très bien, il allait essayer… il ouvrit les paupières et songea pendant une seconde s'être trompé. Il n'était pas en terrain ami, la bête qui se penchait sur son cou, à nouveau… non, ce n'était pas un serpent, c'était bien trop coloré. Il connaissait cette tête… Fumseck, le phénix. Cette maudite volaille était en train de le soigner de ses larmes.

La mélodie s'étira encore quelques instants, tandis que l'animal pleurait, et il sentit sa blessure se refermer lentement. Merlin, peut-être allait-il donc vraiment s'en tirer… mais il était fatigué, tellement fatigué. Il n'avait pas la force de bouger quoique ce soit à cet instant. Ce qui était probablement mieux, compte tenu de la douleur sourde qui montait de chacun de ses os.

« Les flammes se rapprochent, » dit quelqu'un dans la pièce. Harry, lui sembla-t-il. « Elles ne peuvent pas s'en prendre au château, si ? »

« Les sorts de protection sont puissants, mais il s'agit d'un Feudeymon. C'est difficile à dire. »

Feudeymon ? UN Mangemort aurait lancé ce sort ? Merlin, ils ne reculaient devant rien !

« Un… quoi ? » demanda le garçon d'une voix blanche.

« C'est un sort puissant de magie noire, totalement interdit par le ministère, quasiment oublié de nos jours. Terriblement destructeur et difficile à circoncire. Terriblement mortel… »

Merci, Lupin. Merci beaucoup.

« Mais… je… » la voix d'Harry tremblait légèrement.

« Albus est là ! » s'exclama Pomfrey. « Là, regardez, sur la droite, il est arrivé ! »

« Merlin, est-ce qu'il va tenter de l'arrêter ? »

« Pas seulement tenter regardez-le ! Je crois bien qu'il a interrompu l'avancée des flammes ! »

« Regardez-ça ! Mais regardez-ça ! Merlin, ce n'est pas tout les jours qu'on a l'occasion de voir ça ! »

« On finit par oublier que Dumbledore est un immense sorcier, à le voir tous les jours manger ses bonbons au citron, » admit Pomfrey. « Si quelqu'un est capable de le faire, c'est bien lui. »

L'assemblée semblait captivée par le spectacle, l'oubliant totalement. Snape se décida à émettre un grognement pour leur rappeler sa présence.

« Severus, tenez bon encore un instant, » lui dit Poppy qui s'était rapprochée. « Je ne peux rien faire de plus pour l'instant à cause du bézoard, tant que ses effets sont actifs dans votre corps, les potions seront inutiles. D'ici une demi-heure, nous pourrons commencer avec une potions de sang pour l'heure, je vous garde sous contrôle par sorts. Je ne veux pas risquer de toucher à vos os sans anesthésiant. Ca va aller ? »

Il grogna à nouveau, pour exprimer à la fois son accord et son désaccord.

Une main prit la sienne, et il reconnut la présence d'Harry. Au moins quelqu'un qui ne l'abandonnait pas pour aller admirer Albus et ses œuvres…

« Il a réussi à les repousser, » fit Lupin d'une voix dégoulinante d'admiration. « Mais elles sont reparties dans l'autre sens, j'espère qu'il n'y a rien à brûler par là. »

« Plus maintenant, une première vague est déjà passée par là et a détruit le stade de Quidditch, » répondit Pomfrey. La main qui tenait la sienne se crispa soudain, manquant de le faire sourire en dépit de la douleur. Détruire le stade de quidditch, sacrilège !

« Severus, c'est moi qui l'ai fait ! » entendit il la voix du garçon lui dire. Mais ce n'était pas dans le brouhaha générale de la pièce, non… il lui avait dit cela sans mot, directement dans son esprit.

« Comment ? » demanda-t-il en réponse.

« Je ne suis pas certain. J'ai lancé Incendio, mais j'étais très en colère, et la baguette… je ne sais pas si elle m'a compris. »

« Surtout, n'en dis rien à personne pour l'instant. »

« Même pas à Remus ? »

Silence.

« Seulement s'il te prend à part pour te poser la question. »

« Entendu. »

« Les Aurors ont l'air d'arriver en renfort, » fit remarquer Slughorn. « Il était bien temps. »

« Ils étaient occupés à combattre les Mangemorts. Heureusement que les Détraqueurs sont partis tous seuls, je ne sais pas comment ils auraient pu faire face aux trois problèmes à la fois. »

« Il ne m'a pas semblé que les Aurors étaient particulièrement vaillants dans leurs duels contre les Mangemorts, » fit remarquer amèrement Mme Pomfrey. « J'ai plutôt l'impression que les Mangemorts ont décidé que le Feudeymon allait finir le travail pour eux. »

« Ils n'ont pas eu entièrement tort, » fit sombrement Remus. « Je doute que cette chose ne fasse aucune victime. Nous avons vraiment de la chance que Dumbledore soit là. »

« S'il y a des victimes, je doute qu'on en retrouve quoique ce soit, » acquiesça Pomfrey. « Je n'avais encore jamais vu une chose pareille… »

« Regardez, ce n'est pas Kingsley, là ? »

« Si ! Et là, c'est la petite Tonks ! Elle a bien grandi, ma foi ! »

Le silence gêné qui s'ensuivit laissa penser à Snape qu'un certain Remus Lupin aurait subitement souhaité se trouver ailleurs.

« Je devrais peut-être y aller, un peu de renfort ne serait certainement pas de trop, » fit le loup-garou.

« Nous avons besoin de défense dans la château aussi, Remus, » répondit Slughorn. « Les sorts de protection ont dû être sérieusement ébranlés. La sécurité des élèves avant tout. »

« Avec Severus et vous ici, qui veille sur les élèves de Serpentard ? » demanda Lupin.

« Tous les élèves ont été regroupés dans le Grand Hall. En tout cas ceux qui se trouvaient dans le château. J'ignore où en sont les autres, à cet instant. »

La voix morne d'Horace laissait percer son pessimisme.

« A cette allure, nous risquons de devoir fermer l'école cette année, » fit Pomfrey. « Le premier trimestre n'est même pas encore fini et nous avons déjà essuyé plusieurs attaques. Pour ne rien arranger, Umbridge était là aujourd'hui… timing impeccable, si vous voulez mon avis. »

« Elle ne m'a pas laissé un souvenir ému, » admit Slughorn. « Trop rose. Trop souriante. »

« Les flammes s'éloignent, vous ne croyez pas ? On sent moins la chaleur. Severus, vous tenez bon ? »

Il leur répondit d'un grognement. Ouvrir les yeux demandait un trop gros effort, mais tout au moins parvenait-il à rester conscient. Peut-être, probablement, grâce à la main qui tenait la sienne et lui envoyait, sans s'en rendre compte, des vagues d'énergie.

Assez pour qu'il puisse se permettre de soulever une question essentielle.

« Draco, » grogna-t-il.

« Pardon ? » fit Pomfrey qui ne semblait pas comprendre.

« Draco ? » répéta-t-il en tentant de convoyer son impatience.

« Draco ? Draco Malfoy ? Eh bien, quoi ? »

« Où ? »

« Où se trouve-t-il ? Eh bien, dans sa tour je présume… Merlin ! Draco Malfoy ! » glapit Poppy Pomfrey. « Il faut que quelqu'un aille le sortir de là, sa nouvelle chambre au dessus de l'infirmerie donne directement du côté des flammes ! »

« Et personne n'y a pensé ? Bon sang… j'y vais, » fit Lupin.

« Non, c'est un de mes élèves, vous restez ici. Je suis terriblement navré, Severus, je dois admettre que j'avais complètement oublié le cas de M. Malfoy. Je suis persuadé que tout va bien cependant… je vous tiens au courant ! »

Le petit homme replet parti au trot vers l'escalier et disparu rapidement.

« C'est véritablement une drôle d'année, » fit Poppy Pomfrey songeuse. « Ces attaques, M. Malfoy en quarantaine, ce Loki… et maintenant ce Feudeymon, je me demande ce qui nous attend encore. Si l'école ferme, je pourrai me rendre utile à Sainte Mangouste, mais…»

« Ça y est ! Il est circonscrit ! Regardez, ils ont réussi ! Avec un peu de chance, personne d'autre n'aura été blessé ! »

« Je ne voudrais pas vous donner de fausse joie à ce sujet… regardez le ciel. »

« La Marque des Ténèbres ! » souffla Remus.

Mais avant qu'ils aient pu commenter le signal de mauvais augure, une voix amplifiée les fit sursauter, résonnant dans les murs.

« Regroupement général dans le Grand Hall. Tous les sorciers présents à Poudlard sont priés de se rendre immédiatement dans le Grand Hall. »

« C'est Cuthbert, » dit Mme Pomfrey. « Ils doivent vouloir faire l'appel. Il n'est pas question que je laisse Severus seul, mais Remus et toi devriez y aller, Harry.

« Je ne bouge pas d'ici ! » s'indigna le garçon. « Pas question. »

« Je vais rapidement leur faire savoir que vous êtes là, je ferai vite » fit Lupin. « Poppy, n'y a -t-il vraiment rien de plus que vous puissiez faire pour Severus ? Il doit bien y avoir quelque chose dans ce bureau… »

« Rien tant que le bézoard sera actif. Je garde Harry avec moi, il a l'air d'avoir un effet apaisant sur Severus, aussi surprenant que cela puisse être. »

« Je vais aux nouvelles et je vous rejoins. A tout de suite. »

Sur ces mots, la porte du bureau s'ouvrit et se referma à nouveau, et Snape en déduisit que le loup-garou était sorti. Si seulement Albus pouvait revenir maintenant… il devait absolument savoir si ses Serpentards étaient au complet. Après qu'il se soit lancé à la poursuite d'Harry, il avait vu certains visages contrariés, et parmi eux certains qui n'auraient pas dû s'y trouver. Merlin, que faisait Vincent Crabbe dans les tribunes ?

Harry dut sentir son trouble, car il se rapprocha sensiblement.

« Est-ce que ça va aller ? »

La voix était dans sa tête, à nouveau. Dérangeante d'un certain point de vue… naturelle de l'autre.

« Il semblerait. Ta mère est-elle toujours là ? »

« Peut-être, mais je ne la vois pas. »

« Hum. Comment sommes-nous arrivés ici ? »

« Par le tunnel sous la cabane d'Hagrid. Maman a pu te transporter grâce au bracelet. Stelpa nous a aidé, » expliqua Harry.

« Stelpa ? »

« La fille de Loki, tu sais, la petite louve ? »

« Je sais qui est Stelpa, mais… es-tu sûr qu'elle vous a aidés ? »

« Certain. Elle m'a porté, apparemment. En tout cas, elle a bien aidé. »

« Porté ? Un chiot comme elle ? » fit Snape, sceptique.

« Elle est assez spéciale. »

« Hum. »

« Severus ? Tu crois que je vais avoir des ennuis ? »

Le garçon était clairement nerveux.

« Plus que d'habitude ? J'en doute. Le match a été annulé, si c'est ce qui te préoccupes. »

« Pour qui tu me prends ? » l'indignation pure. Pour une fois, Harry avait autre chose que le Quidditch en tête. Bonne chose. « C'est moi qui ait lancé le feu ! Il y a eu des dégâts ! Peut-être même des blessés… ce qui est sûr, c'est que Voldemort va devoir se trouver un autre serpent, maintenant. »

« Nagini est morte ? » la nouvelle était d'importance, mais il ne fallait rien en laisser paraitre.

« Oui, le feu l'a rattrapée. Il s'est passé quelque chose de bizarre… Voldemort a le sentir, parce qu'il s'est passé quelque chose dans ma tête. Ma cicatrice, elle m'a vraiment fait mal. »

Il n'en doutait pas… il avait toujours soupçonné ce fichu serpent d'être un horcruxe, s'il ne s'était pas trompé, c'était un de moins à présent !

« Pour le feu, personne ne t'a vu le lancer. Tout le monde présumera qu'il s'agissait d'un Mangemort. Ne va surtout répéter à personne que tu en es à l'origine, c'est entendu ? »

« C'est… c'est de la magie noire, pas vrai ? »

Severus hésita un instant. Il n'y avait aucun moyen, cependant, de contourner cette question.

« Oui. Ma baguette et ta magie ont réagi d'une façon imprévisible. Tu ne peux être tenu pour responsable, mais mieux vaudrait que personne ne l'apprenne. »

« Entendu. Pas même Ron et Hermione, tu veux dire ? »

« Surtout pas eux. Je regrette, Harry. »

« On peut leur faire confiance ! » protesta le garçon.

« Ce n'en sont pas moins des adolescents, » répondit Snape qui commençait à sentir ses forces et sa patience décliner. « Où est Albus ? »

« Il n'est pas encore là, mais je ne crois pas qu'il soit dehors non plus. En tout cas, je ne vois plus personne d'ici. »

« Harry, j'ai besoin de me reposer un instant. Penses-tu pouvoir rester tranquille et hors de danger pendant ce temps ? »

« Ce n'est pas comme si tu pouvais précisément bondir à mon secours maintenant, tu sais, » fit le jeune homme, vexé, avant de réaliser son manque de tact. « Désolé. Je ne bouge pas d'ici, promis. »

L'instant d'après, Severus sentit une présence chaude contre son épaule, et un ronronnement vint remplacer la voix du garçon.

Ils étaient dans le bureau du directeur, le lieu le plus sûr qu'il puisse imaginer. Il pouvait se permettre de se reposer un instant…

Un temps indéterminé plus tard, il fut tiré de sa torpeur par le bruit de coups de poings martelés contre la porte du bureau.

« Ouvrez cette porte immédiatement ! Je sais que vous êtes ici ! » criait quelqu'un d'une petite voix aigüe. Une voix trop familière à Severus.

« Le directeur sera bientôt là pour vous recevoir, Mme Umbridge, je vous suggère de l'attendre dans mon bureau. »

« Albus Dumbledore devra de toute façon répondre de ces déboires au Ministère, mais je n'attendrai pas un instant de plus pour interpeller ce criminel ! »

Ah, voilà qui se précisait. Lequel de ses crimes lui reprochait-on cette fois ? Le meurtre de Lucius ? Non, probablement pas. Le Seigneur des Ténèbres aurait-il décidé de laisser l'intégrale de ses œuvres sous son règne au Ministère ? Si c'était le cas, même Albus risquait de ne rien pouvoir pour lui. Mais non, maintenant que quelqu'un avait dit son nom, il se rappelait à qui appartenait cette voix la sorcière du Ministère, au sourire crispant et aux yeux fourbes. Elle avait eu tout le temps de l'arrêter dans les tribunes… à moins que… Merlin, son cerveau ne voulait rien savoir. Si seulement les effets du bézoard pouvaient s'estomper, que Pomfrey se décide enfin à le soigner, et qu'il puisse réfléchir !

Et Pomfrey, précisément, ne semblait pas pressée d'ouvrir la porte à la délégation ministérielle. Il ouvrit les yeux pour tenter de voir ce que faisait l'infirmière le monde était passablement flou et la lumière lui donna mal au crâne, mais il vit Poppy occupée à tricoter, ne semblant nullement se préoccuper du tintamarre. Le voyant éveillé, elle lui sourit.

« Ne vous inquiétez pas, Severus. Personne ne rentrera ici tant que le directeur n'ouvrira pas lui-même la porte. Harry est en sécurité. »

Harry ? Pourquoi parlait-elle d'Harry ? A moins que… ils venaient pour lui ! D'une façon ou d'une autre, ils avaient compris qu'il était à l'origine du Feudeymon ! Merlin, voilà qui n'arrangeait pas leurs affaires !

« Poppy… potion… »

« Les effets du bézoard ne doivent pas être entièrement dissipés, il faut encore attendre un peu. »

« Maintenant. »

« Severus, ce ne serait pas raisonnable… »

« Maintenant ! »

L'infirmière grimaça, mais céda. Sortant de sa veste deux potions, elle s'approcha de lui et soutint délicatement sa tête.

« Régénération de sang d'abord. Très bien. Doucement. Maintenant, un anesthésique. Parfait. Comment vous sentez-vous ? »

Il grogna en réponse. Il avait certainement connu mieux, mais les potions semblaient faire au moins partiellement effet.

« Je vais avoir besoin de mon squelette en un seul morceau… »

« Je l'ai mis sous stase pour l'instant, » fit-elle en reprenant machinalement le ton qu'elle employait quand il était encore élève. « Rien n'a bougé, je peux donc tenter une réparation par sort. Mais ce ne sera que temporaire, il faudra malgré tout consolider les soins avec une potion de Poussos la nuit prochaine. Vu l'ampleur des dégâts, ce ne sera pas très agréable, mais il n'y a pas d'autre solution. »

« Parfait. »

« Non, ce n'est pas parfait, mais… »

« Maintenant, Poppy. »

Elle hocha la tête avec gravité

« Harry, Shadow, je vais te demander de bouger. »

Obligeamment, le chat se laissa tomber par terre avec un bruit mou. Snape prit une grande inspiration, priant pour que le lien entre lui et Harry ne convoie pas la douleur aiguë qui risquait d'aller de pair avec le sort de soin. Un instant plus tard, il se prit à regretter d'avoir conservé autant d'os dans son squelette. Certainement, personne n'avait besoin d'autant de bouts de… Merlin, il aurait dû demander une double dose d'anesthésiant. Maudit soit le bézoard. Maudit soit ce fichu serpent pourquoi fallait-il précisément qu'il se fasse attaquer par un reptile, lui, le directeur de Serpentard ? Il allait définitivement être la risée de sa maison. Et Merlin, à cet instant, rien ne lui était plus indifférent, pourvu que Pomfrey en finisse enfin avec ce sort et que la douleur aveuglante prenne fin, sans parler des bruits d'os se remettant en place qui lui donnaient la nausée.

« Ça ira pour l'instant. Severus, comment vous sentez-vous ? »

Bonne question. Il cligna des yeux et tenta de bouger ses doigts et ses jambes. A sa grande surprise, il y parvint. Se redresser prit un peu plus de temps, mais il réussit à la deuxième tentative à tenir debout, sous les yeux inquiets de Pomfrey et Shadow.

« Aussi bien qu'après une nuit à dormir sur une route pavée. Merci, Poppy, » grimaça-t-il.

« Je regrette de ne pouvoir faire mieux dans l'immédiat, mais les dégâts étaient importants. Pour tout dire, un passage à Sainte Mangouste serait sans doute préférable. Malgré les larmes de phénix, je resterais prudente sur la cicatrisation de cette morsure… »

Machinalement, il porta sa main à son cou, incapable de réprimer un frisson au souvenir de l'immense serpent fondant sur lui, gueule ouverte. Il pouvait encore sentir les traces des crochets, et il s'empressa de retirer sa main avant d'être tenté de rendre l'intégralité de son petit déjeuner.

« Vous allez avoir besoin de beaucoup de repos, » fit doucement Pomfrey. « Plus vous forcerez, plus cela prendra de temps. Ne plaisantez pas avec cela, » conclut-elle avec un regard appuyé pour le chat aux yeux verts qui le fixait d'un air inquiet.

Elle n'avait pas tort. Il avait pris l'habitude d'ignorer superbement ses avertissements, à chaque retour de réunion ou de combat, mais il n'était plus seul à présent.

Dehors, les voix continuaient à tempêter, menacer et exiger l'entrée. Que pouvait donc faire Albus ?

« Veuillez excuser mon retard, j'ai été retenu par les Aurors qui souhaitaient un témoignage en règle, » intervint dehors une voix claire bien reconnaissable. Voilà donc où était le directeur ! Mais la porte du bureau ne s'ouvrit pas pour autant. « Puis-je savoir ce qui me vaut l'honneur d'une telle visite ? » fit-il d'un ton où perçait l'ironie.

« Je vous somme d'ouvrir ce bureau, » répondit Umbridge, glaciale. « Un criminel est réfugié là-dedans, et j'entends bien l'amener immédiatement devant la justice ! »

« Un criminel ? Et qui cela pourrait-il donc être ? » demanda le directeur.

« Un de vos élèves, Harry Potter. Sous la tutelle de son récent père adoptif, Severus Snape, que je vais également emmener avec moi pour interrogatoire ! Cette adoption que vous avez organisée, Albus, sera annulée avant le coucher du soleil, vous pouvez compter sur moi ! »

« Puis-je savoir ce que vous reprochez au juste à mon élève et mon professeur de potions ? » demanda Dumbledore d'une voix nettement rafraichie.

« Votre petit protégé qui n'est même pas majeur a lancé, cet après-midi même, un Feudeymon qui a ravagé la moitié du comté, faisant au moins une victime ! »

Instinctivement, Snape se rapprocha d'Harry qui avait laissé échapper un son entre le gémissement et le grognement.

« Je sais en effet que le corps du jeune Vincent Crabbe a été retrouvé, » fit le directeur d'un ton las. « mais je ne vois pas ce qui peut vous amener à penser qu'Harry serait à l'origine de ce feu. »

« Il se trouve que j'ai un témoin ! » glapit la sorcière avec triomphe.

« Vraiment ? Et qui donc ? »

« M. Malfoy, ici présent ! »

Un silence s'ensuivit.

« Draco, est-ce vrai ? Tu réalises, bien entendu, que tu devras répéter cela sous veritaserum ? C'est une accusation grave. »

« Je sais, » fit le jeune homme d'une voix suave. « J'ai déjà montré mes souvenirs à Mme Umbridge dans une pensine. Elle a vu comme moi Potter lancer le sort. »

Draco, ce petit fourbe, il n'avait pas perdu une seconde… évidemment, de la pièce où Albus l'avait cloitré, il avait une vue imprenable sur le terrain de Quidditch et ses environs.

« Et par ailleurs, ce jeune homme m'affirme avoir été retenu ici contre son gré dans des conditions indignes d'une institution aussi réputée, » poursuivit la femme d'une voix aiguë et dégoulinant de satisfaction. « Il repartira donc également avec moi. Pour l'heure, veuillez ouvrir ce bureau, afin que nous puissions interpeller dans les règles M. Harry Potter et Severus Snape. »

« Je crois que vous voulez dire Potter-Snape, » répondit le directeur.

« Plus pour longtemps. Ouvrez ce bureau. »

Albus n'allait pas pouvoir la retenir longtemps. Sans hésiter plus longtemps, Snape se pencha pour attraper le chat et se dirigea vers la cheminée. Puis, se retournant vers Pomfrey :

« Je regrette, Poppy. Mieux vaut qu'ils ne vous cherchent pas d'ennui. Petrificus ! »

Le sort n'avait guère de pouvoir derrière lui, mais Pomfrey n'opposa aucune résistance, et Severus crut même déceler une lueur de reconnaissance dans ses yeux.

Jetant une poignée de poudre de cheminette dans l'âtre, il cria :

« Manoir Snape ! »

Avant de disparaitre, le chat sur les épaules, fuyant le bureau qui avait représenté pour lui l'endroit le plus sûr au monde jusqu'à ce jour.


Merci à Loufoca d'avoir beta dans la folie de noel !

Et bonne fin du monde à tous, bien sur ! ... ah bah non, raté. Chers Mayas, je suis très décue... vraiment ! même pas une petite collision de mondes parallèles qui aurait permis de passer fair eun tour à Poudlard, RIEN ! La-men-table !

Il me reste donc à vous souhaiter un boooon noel et tout plein de dinde aux marrons et de buche au chocolat, de beaux cadeaux de noel (désolée, Snape sous le sapin, c'est déja réservé!) et de bonnes nuits bien moelleuses sous la couette !

Je ne sais plus si j'ai encore un chapitre ou un demi chapitre d'avance, mais je vais essayer de le produire pendant les vacances, en tous les cas. Portez vous bien, faites attention sur la route, pas trop de champomy ! Et à très bientoooot !