Chap 61 – Lily's Secret

Le laboratoire. Ils étaient de nouveau là où tout avait commencé, où tout retournait sans cesse.

D'un bond, Shadow quitta l'épaule de l'Homme en Noir pour atterrir sur le sol. Il savait qu'il devait se transformer, mais trop de choses tourbillonnaient dans sa tête. Avant d'avoir pu réfléchir, il s'était lancé dans un tour du laboratoire de toute la vitesse de ses pattes, sautant sur la table, bondissant sur une mur, jusqu'à se trouver hors d'haleine.

Alors seulement il revint vers le maître des potions et reprit forme humaine.

« J'ai tué quelqu'un, » fit-il d'une voix blanche.

Snape mit un instant à répondre, occupé à lancer un feu et mettre ce qui ressemblait à une bouilloire à chauffer.

« Tu ne l'as pas tué directement, ni volontairement, » répondit-il enfin. « Harry, assieds-toi. »

« Je l'ai tué ! » cria le jeune homme. « Vincent Crabbe, un de tes élèves, un Serpentard, il est mort à cause de moi ! Tu devrais être furieux, tu devrais…»

« Tout d'abord, Crabbe n'était plus un de mes élèves. Il était scolarisé à Durmstang depuis le début de l'année. Ou peut-être plus scolarisé du tout, en réalité. »

« C'est vrai ! » réalisa soudain le garçon. « Mais alors… qu'est-ce qu'il faisait là ? »

« Certainement pas soutenir Serpentard, en tous les cas, » grinça Snape. « Sa présence pendant l'attaque de Mangemorts n'était pas une coïncidence. S'il ne venait pas pour aider, il venait pour apprendre et espionner. Semer le trouble dans les tribunes et faire des victimes. »

Merlin, connaissant son père, les intentions du fils ne pouvaient qu'être profondément vicieuses. Il avait rarement rencontré un sorcier aussi sadique et dépourvu de morale que Balthazar Crabbe. Il avait toujours eu les faveurs de Voldemort quand il s'agissait de torturer un moldu pour l'exemple ou punir un Mangemort fautif, et Snape était régulièrement prit d'une violente pulsion meurtrière en voyant son visage bovin.

Non, décidément, il doutait que Vincent Crabbe soit une grosse perte pour l'humanité en général et le monde des sorciers en particulier, mais le faire comprendre à Harry n'allait pas être une chose simple.

« Je connaissais Crabbe, » dit lentement le garçon. « J'ai été Crabbe. »

« Pardon ? » fit Snape, perdu.

« En seconde année, quand on a… eh bien… hum… volé des ingrédients dans ton bureau. Hermione a crée une potion de Polynectar, nous voulions espionner Malfoy. Ron s'est transformé en Doyle, et moi en Crabbe. »

Severus se contenta de le dévisager, incapable de trouver une réplique appropriée à cette confession.

« Je le connais depuis que je suis à Poudlard. Je ne l'aimais pas, mais… je n'ai jamais voulu le tuer ! Je n'ai jamais voulu tuer personne ! »

« Je sais, » fit doucement Snape. « Ils comprendront, Harry. C'était une situation de légitime défense, une situation de guerre. »

« Ce n'est pas la question ! » cria le jeune homme. « J'ai tué quelqu'un ! Bon sang, tu as la moindre idée de ce que ça peut faire ? J'ai tué quelqu'un ! »

« J'ai tué, à ma connaissance, trente-cinq personnes, » répliqua calmement Severus. « J'ai une petite idée de ce que tu ressens. Mais tu n'as pas cherché sa mort, c'est un simple accident. Le Ministère va certainement faire des difficultés pour des raisons politiques, mais personne ne pourra décemment te reprocher la mort de Crabbe, pas plus que celle de Diggory pendant le tournois. »

« Tu… trente-cinq ? » fit Harry, bouche bée.

Ah. Le point positif était qu'il avait réussi à détourner l'attention du garçon sur un autre sujet. Le point négatif…

« Avada kedavra. Sectumsempra. Poison. En comptant les potions de mon invention destinées à tuer, je suis probablement responsable de centaines de morts. »

Cette fois, il avait réussi à choquer Harry. Ce n'était probablement pas le moment idéal pour cela, mais le pari en valait bien un autre.

« Comment… pourquoi… »

« Tu le sais très bien, Harry. »

« Mais tu… l'as fait exprès ? »

« Un avada accidentel serait une première dans l'histoire de la magie. Je n'ai pas eu le choix, si c'est ce que tu demandes. Cela faisait partie de ma… mission, de mon rôle. De ma couverture. »

« Je comprends, » fit le jeune homme en déglutissant péniblement. « Je comprends. Tu m'avais dit… il y a longtemps… que tu n'avais pas eu à te salir les mains. A cause des potions. Des… mais je comprends. »

Mais il n'arrivait pas, malgré tout, à le regarder dans les yeux.

« Ce n'était qu'un demi-mensonge… les choses sont plus compliquées que cela. Tu n'as cependant pas à comprendre ni à l'accepter. Tu passes déjà bien trop de temps à contempler les circonstances de la mort de Black ou de Diggory. Crabbe est venu chercher les ennuis et il les a trouvés. Concentre-toi sur le positif, Harry : Nagini est morte et nous sommes vivants. C'est plus que nous ne pouvions espérer il y a quelques heures. »

« Je sais, » admit Harry, levant un regard chargé d'inquiétude vers son père. « Pomfrey a dit que tu devais te reposer. Est-ce que tu as ce qu'il faut ici pour te soigner ? »

« Je vais m'en occuper maintenant. Le Ministère ne connait pas cet endroit et personne ne peut rentrer ici sans mon autorisation. Tu n'as rien à craindre. »

« Je sais ça, je m'inquiète pour toi. »

« Je dormirai quand nous aurons eu des nouvelles d'Albus. D'ici là, nous allons parler. Penses-tu être capable de faire à manger et de me tenir compagnie pendant que je prépare quelques potions ? »

« Hum… je suppose, oui. Qu'est-ce que tu veux manger ? »

La question, posée dans ce contexte, faillit faire sourire Snape par son surréalisme. Trop fatigué pour cela, il se contenta d'un geste de la main.

« Je te fais confiance. Rien de difficile à mâcher. »

« D'accord. Je reviens vite… ça va aller ? »

« Ça ira mieux avec un repas dans l'estomac. »

La perche était facile et Harry la saisit, volant presque vers la cuisine dans son empressement.

A peine eut-il refermé la porte que Snape sifflait entre ses dents :

« Black ! Lily, n'importe lequel de vous deux ! »

Aussitôt, le chien spectral apparut à quelques mètres de lui.

« Ce n'est pas parce que je suis un chien qu'il faut me siffler ! »

« Suffit ! Que se passe-t-il passe à Poudlard ? »

« J'ai l'air d'être à Poudlard ? »

« Merlin, tu ne sers à rien ! Tu dois bien savoir quelque chose ? »

« C'est Lily qui s'y colle. Moi, j'ai un souci avec le Baron Sanglant… c'est le bazar, hein ? Je ne sais pas comment tu arrives à les cumuler à cette vitesse ! »

« J'ai un peu d'aide, » grogna Snape.

« Bon. Il y a quand même quelque chose que je sais, vous avez de sérieux problèmes sur les bras. »

« Black ! » cria Severus, exaspéré. « J'étais là ! »

« Oui, mais tu n'as pas tout vu. Ma chère cousine était là. »

« Bellatrix ? Oui, je l'ai aperçue brièvement. A-t-elle fait des victimes ? »

« Ouaip. »

« Avec la baguette d'Harry ? »

« Ouaip. »

« Formidable. »

Le fauteuil lui paraissait tellement accueillant. Il aurait pu se laisser tomber dedans, poser sa tête sur le coussin moelleux et se laisser aller au sommeil, quelques bonnes heures…

Réfléchir. Il devait réfléchir.

« Des souvenirs se falsifient, même dans une pensine. Même au niveau de Draco. Après tout, il a la Marque. »

« Peut-être, mais nous savons tous les deux très bien qu'il n'a pas menti. »

« Il me reste cependant une chance de m'accuser d'avoir jeté ce sort. Ce serait bien plus crédible venant de moi que d'Harry. »

« Le résultat serait le même : ils feraient dissoudre l'adoption, et ils pourraient inventer quelque chose avec sa baguette. Vous n'avez pas déclaré son vol, pas vrai ? »

« Pas officiellement. »

Sirius lui jeta un regard apitoyé.

« Je fais vraiment un père horrible, » grogna Snape en s'appuyant lourdement contre le mur tandis qu'il mettait les chaudrons en route.

« Oh, c'est l'heure de l'auto-flagellation ? J'ai bien fait de rester, dans ce cas ! Ça m'aurait manqué de ne pas assister à une séance aussi productive, » fit Sirius avec une ironie que Severus ne lui connaissait pas.

« Au total de cette journée, j'aurais réussi à m'aliéner Harry sur le sujet du Quidditch, à ne pas le sauver d'une attaque de Détraqueurs mais à finir par nécessiter moi-même d'être sauvé par lui, l'obligeant à lancer un sort interdit qu'il ne contrôlait pas et tuant quelqu'un. Pour finir, je l'ai plus ou moins enlevé sous le nez du Ministère pour lui annoncer, une fois isolé, que son père adoptif était un joyeux tueur en série. Enfin, je l'ai envoyé faire à manger dans le seul but de lui changer les esprits parce que je n'ai aucune idée de la façon de prendre les choses arrivé là. J'oublie quelque chose ? »

« Je dois admettre que le coup du Quidditch était vraiment vache, » fit Sirius d'un ton rancunier. « Tu ne changeras jamais ! »

« J'abandonne, » soupira Snape. « Va-donc voir Harry, il a surement besoin de quelqu'un a qui parler. »

« J'y vais. Contacte donc Remus, il saura sûrement te donner des nouvelles. »

« Inutile d'impliquer Lupin, la situation est déjà suffisamment compliquée. Le Ministère ne doit pas le soupçonner. »

« Merlin, de la loyauté ? Je ne savais pas qu'on faisait ça, chez les Serpentard, » fit Sirius, un sourire en coin. Le regard que lui jeta Snape, cependant, le lui fit ravaler. « D'accord, mauvaise pioche. Je trouvais juste que ça faisait un peu Gryffondor sur les bords. Note que je n'ai pas parlé de Poufsouffle. »

Et sans attendre son reste, il prit la fuite vers l'étage avant que le sorcier ne tente de le renvoyer de l'autre côté du voile pour de bon.

Quelques minutes plus tard, sans surprise, Harry arrivait en courant, excité comme un jeune chien.

« Severus ! Severus ! Sirius est là ! »

Snape leva les yeux au ciel avant de se retourner.

« En effet. »

Le manque d'enthousiasme du professeur refroidit passablement Harry.

« Vous n'allez pas vous disputer, pas vrai ? Sirius peut nous aider ! Il peut savoir des choses ! »

« Un chien fantôme est exactement ce qui manquait à cette journée, » ironisa Snape. « Mais effectivement, nous allons lui trouver une utilité. »

« Je ne fais pas lampe de lecture, » prévint Sirius, inquiet. « D'ailleurs, je ne brille pas dans le noir. »

« Ravi de le savoir. Ai-je une chance de manger ce soir ?»

« Eh, Harry n'est pas ton elfe de maison ! » protesta le fantôme.

« Désolé, » s'excusa Harry, « je pensais que tu voudrais savoir… j'ai presque fini, je reviens. »

Sous l'œil critique de Sirius, le jeune homme reparti vers la cuisine pour revenir quelques minutes plus tard avec le dîner.

« Porridge et soupe, rien de difficile à avaler, » annonça-t-il.

Snape libéra un bout de table d'un geste las et ils s'installèrent en silence.

« Tu sais, » fit finalement Harry après quelques instants, « le protego s'est déclenché aujourd'hui. C'est grâce à ça que nous n'avons pas été touchés par le feu. »

Snape hocha la tête.

« Tu m'as encore sauvé, » insista Harry.

Severus ne put s'empêcher de jeter un regard ennuyé au chien qui sourit de toutes ses babines.

« Je suis heureux que le sort ait fonctionné en dépit de mon état de conscience plus ou moins altéré. »

« Il n'y a pas de nouvelles de Dumbledore ? »

« Pas pour l'instant, non. »

« Est-ce que tu penses qu'ils nous enverront de la nourriture si… »

« Harry, » interrompit Snape en levant une main, laissant retomber sa cuillère dans son bol de soupe. « Je regrette. Les effets des potions de Mme Pomfrey commencent à se dissiper et je crains de ne plus avoir l'énergie pour finir ce repas. Je vais avoir besoin de toi. »

« Oui ? » demanda le garçon, inquiet et concentré.

« Black, tu étais ridiculement mauvais en potions, mais te sens tu capable de superviser Harry pour les derniers stades de celles-ci ? » demanda-t-il en indiquant les chaudrons. « Ce sont quasiment des potions toutes faites auxquelles il faut rajouter quelques ingrédients en temps et en heure et touiller dans le bon sens. Tout est marqué ici. »

Il tendit un parchemin à Harry et Sirius, reprenant forme humaine, vint lire par-dessus son épaule.

« Sans problème, » répondit le garçon.

« C'est à ma portée, » confirma Sirius.

« Parfait. Black, penses-tu pouvoir me prévenir si quelque chose d'inquiétant arrivait ? »

« Je ne peux pas garder cette forme en permanence, mais je peux me montrer en cas d'urgence et pour parler à Harry si je vois qu'il se trompe. »

« Ça fera l'affaire. Je vais monter me reposer. Réveillez-moi quand la première potion sera prête, et essayez de ne pas faire exploser le laboratoire. »

« Il manque le mot magique, » fit Sirius.

Le regard hagard et vide que lui jeta Snape lui fit ravaler sa tentative d'humour.

« Ça ira, » le rassura Harry. « Je vais t'aider à monter. »

« Je peux me débrouiller seul, » fit Snape entre ses dents, en se relevant péniblement de sa chaise.

« Je sais que tu peux, mais tu n'en as pas besoin, » fit doucement le jeune homme.

Severus le dévisagea un long moment à la recherche de quelque chose qu'il ne trouva pas. Il ne lut sur son visage qu'une certaine douceur et ce qui ressemblait à de l'affection. Peut-être, après tout, n'avait-t-il pas complètement effrayé le garçon.

Avec un hochement de tête, il accepta l'aide et, s'appuyant sur le jeune homme, monta péniblement les escalier pour regagner sa chambre.

« Avant que je ne te laisse, je voudrais te dire un mot au sujet de Sirius Black, » fit Snape avant de refermer sa porte.

« Sois gentil, s'il te plait, il est là pour nous aider, » supplia Harry.

« C'est exact. Mais il y a toutefois une chose que tu dois savoir… j'ai eu l'occasion de parler avec eux plusieurs fois. »

« Il me semblait que tu n'étais pas très surpris, » acquiesça Harry. « Apparemment, ils te parlent plus qu'à moi. »

Snape sentit la pointe de jalousie mais secoua la tête.

« Ce n'est pas la question. Harry, je ne nie pas que leur présence soit bénéfique et leur aide précieuse, mais après quelques discussions avec eux, je ne peux que te mettre en garde contre une chose. Il me semble que tu es familier avec le miroir d'Erised ? »

« Est-ce que tout le monde est au courant de cette histoire ? » grogna Harry. « Oui. Je sais de quoi tu parles. »

« D'après ce que j'ai pu voir, ces fantômes fonctionnent un peu de la même façon. »

« Tu veux dire qu'ils disent ce qu'on veut entendre ? »

« En partie. J'ignore exactement ce qu'ils sont et ce qui les motive. Je te demande juste de rester prudent. Entendu ? »

« Entendu, » fit Harry, qui semblait néanmoins sceptique. « Tu es sûr que tu ne veux pas que je reste avec toi ? »

« J'ai vraiment besoin de ces potions. Et de sommeil. Puis-je compter sur toi ? »

« Bien-sûr, » s'empressa de répondre le garçon.

Une nouvelle fois, Snape l'observa, ne pouvant s'empêcher de passer une main dans les cheveux du jeune homme. Les cheveux de James Potter… et pourtant.

« Tu grandis tellement vite, » murmura-t-il.

Harry sourit d'un air frondeur.

« Ça veut dire que je peux avoir un chien ? »

« Oublie-ça, » grogna Snape. « Harry, nous reparlerons plus tard. Je regrette, mais j'ai du remettre en place les sorts sur la cheminée, aucune communication ne passera par là ce soir, dans un sens comme dans l'autre. Penses-tu pouvoir faire avec ? »

« Je ne suis pas stupide, je sais que ce n'est pas le moment d'aller parler à Ron et Hermione, » protesta le garçon. « Mais si Dumbledore veut nous contacter ? Ou Mme Pomfrey ?»

« Ils utiliseront des chouettes, » répondit Snape. « Trois d'entre elles sont autorisées à passer mes barrières, dont la tienne. »

« Merci, » fit Harry à la fois surpris et reconnaissant. « Je vais faire de mon mieux pour les potions. Dans combien de temps devrait être prête la première ? »

« Deux heures. Penses-tu réussir à te concentrer si longtemps ? »

Harry hocha la tête.

« Severus… est-ce que tu peux répondre honnêtement à une de mes questions ? »

Snape songea à répliquer qu'il était globalement toujours honnête avec le garçon, mais préféra renoncer avant de devoir entamer un plaidoyer qu'il n'était pas certain de pouvoir gagner.

« Pose-la toujours. »

« Est-ce que ça va aller ? Vraiment ? »

« Ai-je l'air d'être près de rendre l'âme ? » demanda Snape en éludant la réponse.

« Tu as été empoisonné, égorgé et réduit en bouillie par un serpent, » rappela Harry d'un ton sec. « Et honnêtement, tu as une tête horrible. »

« Le poison n'est plus actif et mes blessures ont été traitées. Je ne vais pas mourir, Harry. Tu n'as pas à t'en faire. J'irai bien même sans les potions. »

Le garçon grimaça.

« A l'occasion, regarde-toi dans une glace. Tu fais un peu peur à voir, » admit Harry.

« Rien de nouveau de ce côté, » grogna Snape. « D'autres commentaires à faire sur mon charme naturel ? »

« Pas pour l'instant, » fit le garçon avec un léger sourire. « Bonne nuit. »

Snape le regarda une dernière fois et pressa légèrement son épaule.

« Merci de ton aide. J'apprécie. »

Puis, fermant la porte, il s'autorisa enfin à laisser la fatigue le submerger, cédant au sommeil avant même que sa tête ne touche l'oreiller.

Concentrer toute son attention sur une potion vitale, réalisa Harry, permettait de mettre de côté toutes les pensées parasites. Comme le fait qu'il avait tué quelqu'un. Un élève, et un serpent. Qu'il était accusé de meurtre. Qu'ils avaient dû fuir Poudlard. Que Loki était dans la nature, et le Ministère après lui. Que Draco s'était encore une fois retourné contre lui.

Que deux fantômes le suivaient, qu'il avait parlé à sa mère… et à Sirius.

« Je n'arrive pas à croire que tu sois là, » confessa-t-il quand ils furent enfin seuls. « Et que tu veuille me parler. »

« Harry, j'ai toujours fait de mon mieux pour rester en contact de mon vivant, pourquoi est-ce que je ne voudrais plus le faire à présent que j'ai ces supers pouvoirs venus d'ailleurs ? »

« Justement, tu étais vivant… et c'est quand même à cause de moi si tu ne l'est plus. Je suis désolé, tu sais, vraiment désolé, je suis tombé dans ce piège la tête la première, j'aurais du écouter Severus mais… »

« Ohla, stop ! » interrompit Sirius. « Tu as traversé la moitié du pays sur un sombral, tu as réussi à rentrer au Ministère de la Magie, tu as combattu des Mangemorts pour me sauver ! Je sais que c'était un piège, Harry, mais ce que tu as fait pour moi ? Je suis extrêmement reconnaissant et fier de toi. Ton père aussi… James, je veux dire. Et puis, c'est vraiment ma faute si j'ai raté mon atterrissage… Bellatrix, cette garce, je ne croyais vraiment pas… peu importe, Harry, s'il te plait, pas de ça ! Je n'ai jamais éprouvé autre chose que de la fierté et de l'affection pour toi, en particulier après cet épisode. Mais je suis désolé d'avoir du te laisser si tôt, gamin… c'est moi qui devrait être là pour toi, pas Snape. »

« On s'entend bien, » fit Harry avec un pauvre sourire, refusant de rencontrer le regard de son parrain. « Je ne l'échangerais contre personne, ne le prend pas mal… mais j'aurais aimé vous avoir tous les deux. Et James. Et maman. Si seulement j'avais utilisé ce miroir que tu m'as donné… »

« Ca, c'était particulièrement stupide, » admit le chien. « Mais c'est la vie. Qu'en as-tu fait ? »

« Le mien s'est cassé, j'ai toujours le tien, en revanche. »

« Donne-le à Snape. Il réparera l'autre. »

« Tu es vraiment… je veux dire, je pensais que tu l'aurais pris plus mal, » admit Harry. « L'adoption, tout ça. »

« Passer de l'autre côté du voile fait voir les choses différemment, » répondit Sirius. « J'aurais aimé être l pour toi, et tes parents aussi… mais nous avons suivi vos aventures depuis le début, et je dois dire que ce vieux Serpentard ne se débrouille pas si mal. Je lui suis reconnaissant, en réalité. Il fait du bon boulot. Pour un Serpentard. »

Harry laissa échapper un petit rire.

« Il a une théorie à votre sujet, tu sais… comme quoi vous n'êtes pas vraiment vous, que vous ne dites que ce qu'on veut entendre… »

« Snape est paranoïaque, » grogna le chien fantôme. « Nous sommes des fantômes, ça s'arrête là. Je ne sais pas ce que Lily a pu lui dire pour lui faire croire des bêtises pareilles, mais ça m'inquiète. »

« Moi, je trouve ça plutôt positif, » répondit Harry. « Il faudrait juste qu'il arrive à la croire. Sauf s'il a raison et que vous ne nous dites que ce qu'on veut entendre, bien-sûr. »

« Pour l'amour de… La prochaine fois que je le vois, je vais lui rappeler toutes les fois où on l'a ridiculisé en public, on verra s'il ne change pas d'avis, » fit Sirius d'un air fourbe.

« Non, pas de ça ! » s'indigna Harry. « On avait dit trêve ! »

« Oh, très bien. En fait, c'est plutôt l'inverse que je devrais faire. Ce Serpentard passe son temps à se faire passer pour une victime, je vais plutôt lui rappeler la fois où il a pillé le bureau de Slughorn et a réussi à nous faire accuser ! »

« Il a fait quoi ? » s'étrangla Harry.

« Parfaitement. Et des ingrédients avaient disparu, comme par hasard ! Bien-sûr, c'est vrai qu'on aurait pu les utiliser pour certaines blagues. Mais ce n'était pas nous, cette fois. Comment est-ce que ce sale type a réussi à avoir des échantillons de nos cheveux à James et moi, je ne veux pas le savoir. Quoiqu'il en soit, ça a bardé pour nous. »

« Je ne l'aurais jamais cru capable de ça ! Et dire qu'il a fait un tel scandale quand on a fait la même chose ! »

« Une vengeance par génération interposée, j'aime, » fit Sirius avec enthousiasme.

« La potion, il ne faut pas que j'oublie… tu en as d'autres, comme ça ? »

« Evidemment ! »

Une heure plus tard, Harry était un peu plus éclairé sur l'adolescence de ses parents, naturels et adoptif, et son parrain, et avait gagné un tout nouveau respect pour Snape et ses capacités à mettre en scène de parfaits guet-apens. Une chose dont il ferait certainement bien de se rappeler.

La potion était presque prête quand il entendu quelque chose taper au carreau du laboratoire. Un coup d'œil lui apprit qu'une Hedwige assez mécontente l'attendait dans le jardin, un paquet accroché à sa patte.

Il s'empressa de monter l'escalier qui menait à l'extérieur et délivra la chouette, ne manquant pas de la caresser au passage.

« Tu as fait tout le chemin depuis Poudlard ? Non, quelqu'un a dû t'amener plus près, n'est-ce pas ? Désolé d'être parti sans toi, ma vieille, c'était un peu précipité. Qu'est-ce que tu as pour moi ? Rien de dangereux, promis ?»

La chouette lui becqueta les doigts comme pour le sermonner de cette questions stupide. L'oiseau sur l'épaule, Harry retourna à l'intérieur pour inspecter son colis, sous l'œil sérieux de Sirius.

« Jette un sort de détection, juste pour être sûr, » lui conseilla son parrain.

« Hedwige ne m'apporterait pas de colis piégé, » protesta le garçon.

« Harry, le temps n'est pas aux demi-mesures et aux prises de risque ! Fais-le ! »

« D'accord, ça va, » grogna le jeune homme, impressionné par le soudain sérieux du fantôme. « Là, rien, tu vois ? »

« Tant mieux. Mais ne baisse jamais ta garde, surtout pas maintenant. »

Soupirant, Harry ouvrit le paquet, laissant apparaitre divers objets miniaturisés. Il reconnut des vêtements lui appartenant, des livres de cours ainsi que son balai, Avalon le cheval de bois et un tableau qui avait pris la taille d'un timbre poste. Plissant les yeux, il reconnu le portrait de Cathy qui trônait habituellement dans le salon de Snape.

Qui diable avait pu leur envoyer tout cela ? Un parchemin s'échappa d'un livre et il l'attrapa au vol, reconnaissant aussitôt la signature de Remus. La note avait été griffonnée rapidement.

« Restez en sécurité. Communication suivra. Remus Lupin. »

Remus… mais comment avait-il pu avoir accès à ces objets ? Dumbledore lui avait-il ouvert ses appartements ? Il sentait que Snape n'allait pas aimer la réponse à cette question. L'idée que des intrus étaient entrés sur son territoire ne lui plaisait guère à lui non plus.

« La potion, Harry, » lui rappela Sirius. « Il faut la touiller. »

« Bien vu, merci. Je demanderai à Severus de remettre tout ça à sa taille normale en la lui montant. »

« Pourquoi n'essaierais-tu pas toi-même ? » suggéra Sirius.

« Je préfère ne pas faire de bêtise. Surtout avec le tableau. »

« Harry, ça ira très bien, essaie. Tu connais le sort. Un bête Augmento. »

« Mais Severus… »

Un regard à son parrain, plus sérieux que jamais, l'empêcha de finir sa phrase.

« Il ne faut pas qu'il fasse trop de magie, c'est ça ? »

« Il faut lui laisser le temps de se rétablir. Mieux vaut qu'il garde ses forces pour défendre cet endroit en cas d'attaque. Dumbledore te l'a expliqué, ses ressources ne sont plus illimitées. »

« Pourtant, il se débrouille très bien ces temps-ci, » fit Harry. « La bataille contre les Mangemorts, il s'est battu normalement ! »

« Mais pas aujourd'hui. Souviens-toi de son patronus. »

Le garçon hocha lentement la tête en se remémorant ce moment d'angoisse.

« Très bien. Mais tu prendras la responsabilité si ça tourne mal, » céda Harry.

«Au pire, il me tuera, » concéda Sirius. « Vas-y ! »

A son grand soulagement, les sorts produisirent l'effet escompté. Cathy ne semblait pas disposée à s'animer pour l'instant, mais tout au moins était-elle en un seul morceau.

« C'est Lily qui a peint ce tableau, » fit Sirius. « Je me rappelle de l'avoir vue le peindre. Elle était plutôt douée. »

« Severus a l'air de bien l'aimer. Il parle, de temps en temps, mais Cathy est un peu lunatique. »

« Cathy ? C'est son nom ? »

« C'est comme ça qu'il l'appelle en tout cas. Et elle appelle Snape Heathcliff, je ne sais pas pourquoi. »

« Les Hauts de Hurlevent, » acquiesça Sirius.

« Quoi ? »

« Un roman. Le préféré de ta mère. Ça doit venir de là. »

« C'est vrai, j'avais oublié… oh, la potion est prête. Je vais la monter à Severus, je lui demanderai s'il veut le tableau avec lui. »

Une minute plus tard, il frappait doucement à la porte de la chambre du professeur. Pas de réponse. Au bout de trois essais, il se décida à rentrer sans autorisation. La lumière du couloir pénétra dans la pièce, éclairant le lit, et pendant un instant, il crut que l'homme qui reposait là était mort. D'un bond, il était à son chevet et cherchait son pouls. Il était bien là et Snape respirait encore, constata-t-il à son grand soulagement, mais la blessure à la gorge qui avait semblé sous contrôle tout à l'heure dans le laboratoire avait prit un aspect des plus inquiétants.

« Severus ? » fit il en le secouant légèrement pas l'épaule. « Severus ! »

Aussitôt, l'homme prit une inspiration saccadée et vint saisir son poignet avec une rapidité surprenant.

« Harry, » fit il d'une voix rauque en réalisant qui se trouvait là.

« Je suis venu t'apporter ta potion. »

« Potion ? Ah. Oui. »

Il tenta de se redresser avec peine, retombant finalement sans force sur le lit.

« De l'aide ? » demanda Harry.

A contrecœur, Snape hocha la tête.

« Sirius m'a bien surveillé, elle est bonne, » assura le garçon en l'aidant à l'avaler. « Un colis est arrivé avec Hedwige. Des affaire à moi et le portrait de Cathy. C'est Remus qui l'a envoyé, il nous dit de ne pas bouger. Est-ce que tu veux que je monte le tableau ici ? »

« Quoi ? Non. » Il ferma les yeux, puis les rouvrit péniblement. « Est-ce que tout va bien ? »

« Oui. Aucun souci. Mais ta blessure à la gorge… ce n'est pas très beau à voir. Est-ce qu'il n'y a personne qu'on puisse appeler ? »

Snape secoua la tête.

« Juste dormir. Toi aussi. Nous reparlerons demain. »

« Mais Dumbledore… »

« Demain. »

Sans autre préavis, l'homme referma ses yeux et Harry sentit qui s'était rendormi instantanément. Merlin, il avait vraiment besoin de se reposer… mais pourquoi persistait-il à dormir tout habillé ? Il aurait au moins pu enlever ses bottes. Le jeune homme hésita un instant, avant de jeter un coup d'œil aux éternelles bottes noires du sorcier. Bon, il ne serait sans doute pas trop offensé s'il les enlevait pour lui ? Pour une fois…

« Ne fais pas ça. »

La voix le fit sursauter violemment et il se retourna, baguette à la main.

« Maman, » souffla-t-il. « Ce… n'est pas le meilleur moment. »

« Fais moi confiance, je viens de t'éviter une scène. Laisse-le dormir comme il le souhaite. Allons, sortons d'ici. »

Toujours un peu hagard, le jeune homme suivit le fantôme hors de la pièce.

« Qu'est-ce qu'il a, à dormir tout habillé ? » demanda-t-il.

« C'est une de ses manies. Une question d'être prêt au combat à tout instant, je présume. »

« Mais les bottes ? Personne ne dort avec des bottes ! »

« Severus s'est brisé les chevilles quand il était enfant, elle ne se sont jamais bien remises. Il a des difficultés à courir ou sauter sans. C'est une raison comme une autre. »

« Je l'ignorais, » murmura le garçon. « Il y a plein de choses que j'ignore sur lui. »

« Sirius m'a dit que tu avais encore une potion à finir ? » demanda Lily.

« Oui. Il veut que je dorme, mais honnêtement, après tout ce qu'il s'est passé aujourd'hui… »

Lily hocha la tête.

« Descendons. Nous allons nous occuper de tout ça. »

« Et tu me raconteras des choses sur Severus ? »

« Et sur toi. Nous avons beaucoup à rattraper. »

« Je n'arrive pas à croire que tu sois là, » admit le garçon. « Je suis désolé de ne pas être plus… je ne sais pas. Enthousiaste »

« Cette journée a été très longue, mon chéri, » le rassura la jeune femme d'un ton doux. « Tu n'as pas à t'en faire. »

« Je sais que tu as parlé avec Severus, mais… il n'a pas eu l'air très heureux. Ou convaincu. »

« Je suis au courant, » grimaça la jeune femme. « Il y a peut-être quelque chose que je puisse faire pour cela. As-tu besoin de surveiller la potion ? »

« Pas avant une heure. »

« Dans ce cas, si tu me montrais ta chambre ? »

Le jeune homme sourit, de son premier vrai sourire de la journée.

« Par ici ! »

Ils pénétrèrent dans la chambre et Harry s'empressa de sauter sur son lit.

« Des posters de quidditch, tu es bien comme ton père, » fit Lily en souriant.

« Comme l'un d'entre eux en tout cas, Severus et le quidditch, ça fait deux ! »

« J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi peu à l'aise sur un balai , » confirma la jeune femme.

« Et James ? Je n'ai pas de photo de lui en train de voler. Il était aussi bon que moi ? » il rougit violemment. « Je veux dire… »

« J'ai bien compris, » fit Lily en riant. « Il était très bon lui aussi. Peut-être pas aussi bon, cependant. Il avait plus d'audace et moins de finesse. Il aurait aimé jouer pour une équipe professionnelle, après Poudlard. »

Lily aperçut un cadre près du lit et s'approcha pour le détailler. James et elle même y tenaient un bébé Harry souriant, et posaient sous la neige dans ce qui semblait être un parc.

« Je me souviens de cette photo, » murmura-t-elle. « C'est Bathilda qui l'a prise, elle était dans le salon de la maison, au dessus de la cheminée... »

« C'est Hagrid qui me l'a donnée, » expliqua Harry. « Avec tout un album de photos qu'il a pu réunir. C'est le plus beau cadeau qu'on m'ait fait. »

« Et Severus… »

Elle s'interrompit.

« C'est lui qui a dit que je devrais avoir une photo de vous ici, » fit doucement Harry. « Il parle de vous, des fois, tu sais. Il n'est pas... enfin, il ne veut pas que je vous oublie juste parce qu'il m'a adopté. »

« Il a beaucoup changé depuis que tu es arrivé ici, » murmura Lily. « Parfois, je me demande si je le connaissais vraiment. »

« Il m'a dit que vous... enfin, que vous étiez sortis ensemble, tous les deux. J'ai vu une partie de ses souvenirs, tu sais. Je sais que ça ne s'est pas bien passé entre vous, mais il t'aimait vraiment. Il croyait vraiment faire ce qui était bien pour toi. »

« Je le sais, à présent. Mais à cette époque, les choses étaient... ou du moins me semblaient bien différentes. Compliquées. Ton père avait des qualités et un charme que je ne voyais pas chez Severus. Il était brave, drôle, insouciant... il savait aimer très fort, lui aussi. »

« Eh, Severus est courageux, lui aussi ! »

« C'est exact. Comme je te l'ai dit, les choses semblaient différentes à l'époque. »

« Tu ne penses pas que peut-être, toi et Snape, ça aurait pu... »

« Fonctionner ? C'est une question difficile. Les choses ne se sont pas faites ainsi. »

« Mais... »

« Je sais, Harry. Je regrette. J'ai aimé énormément tes deux pères. Le fait que tu sois le fils de Severus à présent, en plus de celui de James, me rend particulièrement heureuse. »

« Ça aurait changé tellement de choses pour lui, » murmura Harry. « Tu n'as pas idée. »

« Tu as changé beaucoup de choses à toi tout seul, mon bébé. Ce n'est plus le même homme depuis que tu es entré dans sa vie. » Elle hésita un instant avant de poursuivre. « Tu es très proche de Severus, n'est-ce pas? »

Harry haussa les épaules.

« C'est normal, non ? »

« Evidemment. Mais c'est plus qu'une simple relation père-fils, tu ne crois pas ? Tu peux sentir ses émotions. »

« C'est vrai. C'est assez bizarre. Par moment, j'ai ces flashs... c'est depuis cette nuit-là, avec le Protego, tu sais ? Ça a changé quelque chose. Ça et l'adoption, l'échange de pouvoir avec Voldemort... »

« Penses-tu qu'il puisse y avoir un lien ? » suggéra Lily.

« Avec les pouvoirs de Voldemort ? Le fait qu'il ait été Mangemort, tu veux dire ? Je ne sais pas. Tu penses que c'est possible ? »

« Je pense que tu devrais en parler avec lui. Ne pas tenir cela pour acquis. Il faut chercher à comprendre... »

« Il n'aime pas trop parler de tout ça. Mais il m'apprend à canaliser et utiliser mes pouvoirs, je pense que ça doit aussi venir de là. »

« Il a raison, il faut que tu t'entraines, » acquiesça Lily. « La façon dont tu as réussi à renvoyer les Détraqueurs était impressionnante, tu dois tester ce lien et voir jusqu'où tu peux t'en servir. Il faut être vigilant à ne pas appeler les Détraqueurs sans le faire exprès... sans même parler des Mangemorts. »

« Les Mangemorts ? Je pourrais faire ça? »

« C'est à cela que sert la Marque, Harry. A créer un lien entre le maître et le serviteur. Grâce à ce lien, Voldemort peut contrôler en partie leur magie. »

« Ça veut dire qu'il peut toujours contrôler Snape ! »

« Peut-être, » répondit prudemment Lily. « Mais je pense que Severus sait gérer cela. Concentrons nous sur ta maitrise de tes pouvoirs à travers ce lien. Il ne faut pas provoquer d'incident. »

« Tout à l'heure, quand il y a eu cette attaque, » fit Harry songeur. « Nagini, je n'ai pas réussi à la convaincre de lâcher Severus. Est-ce que j'aurais pu ? »

« Nagini fonctionne différemment, elle n'a pas de magie comme les sorciers. Tu n'aurais rien pu faire. »

« Mais... » Le garçon leva soudain la tête avec espoir vers sa mère. « Tu m'as vraiment aidé, tout à l'heure. Le sort que j'ai jeté pour tuer Nagini, je croyais être en train de lancer Incendio. Est-ce que ça venait de toi, le Feydeymon ? »

« Oh, Harry, j'aurais voulu… mais je regrette, non, » murmura Lily. « Ce qui ne signifie pas que tu es responsable. Les pouvoirs que tu as volés à Voldemort et la baguette que tu utilises actuellement tendent vers la magie noire, et je crains que par moments, tu ne peines à maitriser cette combinaison. »

« Travailler dessus, donc, » admit Harry, défait. « je ne crois pas que cette explication plaira au Ministère. Ils ne peuvent pas vraiment faire annuler l'adoption, si ? Je préfère encore aller à Azkaban, si c'est ce qu'ils veulent. »

« Je doute qu'Albus leur laisse cette possibilité, mais les prochains jours risquent d'être difficiles. »

« Et Severus ? Il ne va pas mourir, pas vrai ? »

Désemparée, Lily tenta de passer une main dans les cheveux de son fils. Incapable de pouvoir le toucher physiquement, elle retira sa main à regret.

« Ton père a la peau dure, je suis sûre qu'il se remettra avec un peu de temps et quelques potions. »

« Et s'il ne se remet pas ? S'ils annulent l'adoption ? S'ils viennent nous chercher ici ? Et Crabbe... j'ai tué Crabbe ! »

Les mots lui avaient échappés sans qu'il puisse les retenir. L'instant d'après, il était recroquevillé sur son lit, ses genoux contre lui, luttant contre les larmes.

« Je suis tellement désolée, Harry, » murmura Lily, « rien de tout cela n'aurait dû t'arriver... je sais que c'est dur à croire aujourd'hui, mais tout ira bien, mon bébé. Je te promets que tout finira par s'arranger. Dors, pour l'instant, dors. Allonge-toi. Je vais te raconter une histoire, d'accord ? »

Il n'avait pas cinq ans, et il avait bien d'autres préoccupations en tête que les contes de fée à l'heure qu'il était. Mais sa mère voulait lui raconter une histoire, pour la première fois de ses souvenirs, et il n'allait certainement pas refuser...

« Tu me réveilleras dans une heure, pour la potion ? »

« Entendu. Ferme les yeux. »

Quelques minutes plus tard, sur le lit rouge, un jeune chat noir dormait d'un profond sommeil. Offrant une dernière parole de réconfort au félin, Lily se dirigea, à travers murs, vers la chambre d'en face. Elle devait bien admettre que Severus n'avait pas bonne mine... et sa magie n'y pourrait rien aujourd'hui. Mais elle pouvait profiter de l'état d'inconscience du sorcier pour tenter de faire passer un message.

« Severus, tu dois lui parler de la Marque, » murmura-telle à l'oreille de l'homme endormi. Dans son sommeil, Snape fronça les sourcils. « Tu dois lui expliquer. S'il ne sait pas ce qu'il fait, il va paniquer, et il peut être dangereux. C'est à cause de votre lien qu'il a jeté le mauvais sort aujourd'hui, tu le sais. Il a besoin de comprendre. Il ne va pas te rejeter, il ne va pas prendre peur. Il le surmontera, s'il sait à quoi il fait face. »

« Non. »

Et il n'était même pas réveillé, s'émerveilla Lily. Sa merveilleuse tête de mule.

« Severus, fais moi confiance. Il faut le faire. S'il le découvre tout seul, il le prendra mal. »

« Grmpf. »

« Sois brave. Fais-le rapidement. Explique-lui. Il se sentira moins coupable de la mort de Vincent Crabbe. »

Dans son sommeil, Snape tourna la tête, fuyant Lily.

« Tu es impossible, » murmura-t-elle. « Impossible. Vraiment, si nous étions ensemble... »

Elle soupira.

« Je présume que je te rendrais fou. Je vais surveiller cette potion. Mais réfléchis à ce que j'ai dis, Severus. C'est mon fils aussi, après tout ! »

Quand elle réveilla Harry une heure plus tard, le garçon ne semblait guère plus reposé. La potion ne prit qu'un instant à finir et il la mit en bouteille aussi machinalement qu'un maître des potions.

Le maître des potions, lui, peina tant à se réveiller que le garçon faillit abandonner ses tentatives pour se décider à appeler Dumbledore.

« Severus, il faut que je le contacte, » supplia Harry quand son père eut avalé la potion. « Tu ne vas pas mieux, il faut qu'on trouve quelqu'un ! »

« Quelle heure est-il ? » grogna Snape.

« Deux heures du matin. »

« Parfait. Aide-moi à descendre, veux-tu ? »

La descente vers le laboratoire fut encore plus laborieuse que la montée. quand il s'agenouilla enfin devant la cheminée, Harry aurait pu jurer qu'il ne se relèverait pas.

Une série de quelques sorts compliqués plus tard, Snape abaissa enfin sa baguette, contemplant les flammes d'un air vide. Incapable de décider si son père était toujours éveillé ou pas, Harry prit le parti de toussoter. Sans effet.

« Hum.. tu veux quelque chose à manger ? Il reste de la soupe, je peux faire des pâtes. »

Snape secoua la tête sans se retourner. Désespérément, Harry chercha Lily des yeux, mais elle avait disparu à nouveau.

Un instant plus tard, les flammes virèrent au vert, dévoilant la tête du directeur, et Harry sentit le soulagement et la gratitude le submerger.

« Severus, Harry, je suis content de vous voir, » les salua le directeur, qui semblait avoir aussi peu dormi qu'eux même. « J'espérais que vous débloqueriez la voie de Cheminette rapidement. »

« Dernières nouvelles ? » articula Snape.

« Dans l'immédiat, restez où vous êtes. Cependant, la situation est meilleure qu'on ne pourrait le croire. Poppy a prétendu vous avoir tous les deux renvoyés dans vos foyers en raison de votre état, Severus. Elle n'a pas précisé l'étendu de vos blessures, secret médical, mais a assuré que vous nécessitiez beaucoup de repos et de calme, incompatibles avec la vie trépidante de l'école. »

« Je l'ai Stupéfiée, » rappela Severus. « Sa crédibilité ne devait pas être énorme. »

« Elle ne l'étais plus quand nous sommes entrés. Poppy est une excellente combattante, » précisa Dumbledore.

« Elle n'avait pas à me couvrir de cette façon. »

« Elle fait partie de l'Ordre. C'était son choix. Quant au Ministère, il étudie actuellement les évènements. Bien-sûr, un témoignage de votre part serait intéressant, mais comme vous êtes injoignables… »

« Des témoins visuels ? » demanda Snape.

« Draco Malfoy, de loin. Il a vu l'essentiel, mais rien de précis. »

« Parfait. J'ai jeté le sort, » fit Severus d'une voix ferme.

« Quoi ? Non ! » protesta Harry, « c'était moi ! »

« J'ai jeté le sort, » répéta le professeur. « Légitime défense. Serpent géant, Détraqueurs, Mangemorts. J'ai cru voir Voldemort, j'ai fait de mon mieux pour viser large. »

« C'était un bel effort, » acquiesça Dumbledore, une étincelle amusée au coin de l'œil. « Crédible. »

« Mais c'est moi qui ai fait ça ! » cria Harry. « Pas question que tu te dénonces à ma place ! »

« Harry est fatigué et victime de stress et d'hallucinations. Il était à mes côtés quand tout cela est arrivé et il sera facile de vérifier que c'est bien ma baguette qui a jeté le sort. Quoiqu'il en soit, il est mineur et je m'oppose à ce qu'il témoigne devant un jury. Ce garçon a besoin de calme et de tranquillité. »

« C'est bien compréhensible. Bien entendu, vous devrez témoigner au Ministère, sous veritaserum,» fit le directeur, sans se départir de son flegme.

« Bien évidemment. »

« Mais non, tu ne peux pas ! » s'écria Harry en le regardant comme s'il était devenu fou. « Merlin… écoutez, professeur, je ne sais pas ce que la dernière potion a fait à Severus, mais il divague ! C'est moi qui ait lancé ce sort, il n'était même plus conscient ! Je ne voulais pas, je pensais avoir lancé un Incendio, mais le résultat… je ne sais même pas pourquoi j'ai lancé un Incendio et pas autre chose. Je voulais juste tuer Nagini. Pas Crabbe. Personne. Je vous le jure. »

« Je crois effectivement que tu as besoin de beaucoup de repos et d'un temps de réflexion pour repenser à tout cela, » fit le directeur, une grande douceur dans le regard. « Les vacances ne sont que dans quelques jours. Je suggère que vous preniez tous les deux une petite avance sur le programme. »

« Vous êtes… je… vous ne comprenez pas ! Ça ne peut pas marcher ! »

« Ça ira, Harry, » assura Severus. « Albus, si c'est tout? »

« Il délire, » décida Harry en secouant la tête. « Non, ça n'est pas tout du tout. Professeur, nous avons besoin d'aide médicale. Les blessures de Severus ne guérissent pas bien. »

Dumbledore hocha la tête, toute légèreté envolée.

« Poppy m'a parlé d'une morsure de Nagini ? »

« Soignée, » répondit Snape. « Bézoard. Potions. »

« Ensemble ? Je ne vois pas comment cela pourrait être efficace ! »

« Et tu oublies de coup du rouleau compresseur, » ajouta Harry. Severus lui jeta un regard furieux, mais il ne baissa pas les yeux.

« Le… pardon ? » fit Dumbledore, perdu.

« Nagini a tenté de le réduire en gelée dans ses anneaux, » traduisit Harry. « Et elle a bien réussi. Il faudrait du Poussos. »

« Je vais en préparer, » grogna Snape. « J'ai juste besoin de dormir. »

Mais le directeur secoua la tête.

« Severus… débloquez la voie de Cheminette, juste quelques minutes. »

Snape prit un instant un air buté, mais un regard au visage inquiet et fatigué d'Harry le fit céder de mauvaise grâce. Quelques minutes plus tard, une potion apparaissait devant lui. Il resta quelques secondes à la regarder, sans sembler la reconnaitre, avant de secouer la tête.

« Non, Albus. Je ne peux pas. Une simple potion de soins suffira. »

« Inutile de parlementer. C'est un ordre. »

Au ton de sa voix, Harry pouvait voir que c'en était bien un.

« Je ne peux pas, » répéta Snape. « Je ne pourrai pas refaire cette potion avant plusieurs années. J'ai utilisé la mienne, gardez celle-là. Je n'en ai pas besoin. »

« Vous m'avez donné cette potion et il me semble que j'ai le droit de l'utiliser comme bon me semble, » fit sévèrement le directeur. « Utilisez-la ou videz-la par terre, mais elle ne repassera pas par la cheminée. »

« Albus, si vous ne voulez pas de cette potion, gardez-la de côté pour Harry, » siffla Snape furieux. « Et sentez-vous libre de vous jeter de la tour d'astronomie si votre vie vous importe aussi peu, mais je vous serai gré de vous rappeler que cette potion m'a prit énormément de temps et des ingrédients excessivement rares ! »

« Severus, vous vous méprenez, » tenta de l'apaiser le directeur. « Je suis réellement conscient de la valeur du cadeau que vous m'avez fait. C'est bien la raison pour laquelle je souhaite que vous l'utilisiez aujourd'hui. Voyez-vous, depuis que James et Lily sont morts, je n'ai pu m'empêcher d'éprouver un lien particulier avec Harry... je n'ai pas d'enfant, et donc de petits enfants, mais si cela avait été le cas, j'aurais souhaité qu'ils lui ressemblent. Ayant en mon fort intérieur considéré Harry comme mon petit fils depuis son arrivée à Poudlard, et à présent que vous l'avez officiellement adopté... »

Il laissa sa phrase incomplète, se contentant d'un geste vague de la main. Harry dut cacher un petit sourire amusé. Etait-on certain, après tout, que Dumbledore n'était pas Serpentard ? Mais Snape semblait trop épuisé pour jouer à ce petit jeu.

« Epargnez-moi vos discours sentimentaux. »

« Y a-t-il vraiment une limite d'âge pour les adoptions ? » demanda Dumbledore qui semblait songeur.

« Je n'ai pas besoin de votre fichue potion ! »

« Mais j'ai besoin de vous, et en un seul morceau, » contra le directeur. « Je ne vous laisserai pas délibérément mettre votre santé en jeu quand nous avons une autre option. »

L'expression sur le visage de Snape laissait clairement comprendre ce qu'il pensait du ton subitement paternaliste du directeur.

« Harry a besoin de vous, Severus. Faites-le pour lui, si ce n'est pour vous. Je ne reprendrai pas cette potion. »

Snape porta un regard teinté de doute sur la fiole.

« Je ne suis même pas certain de pouvoir la prendre deux fois. J'ai vidé mon propre flacon cet été. »

La potion de soins, songea Harry. Celle que Snape avait pris quand il était revenu du camp de Voldemort, après plusieurs jours de torture... probablement ce qu'il existait de plus puissant en la matière, à en croire sa rapide guérison.

« J'ai vérifié pour vous, » répondit Dumbledore. « C'est sans risque. »

Le professeur lui jeta un regard irrité, avant de finalement tendre sa main vers la fiole. Comme à regrets, il la décapsula et l'avala d'une traite. Il sembla à Harry qu'il reprenait des couleurs à vue d'œil, ses épaules se détendant aussitôt. La blessure laissée par les crochets de Nagini perdit sa teinte violacée pour ne laisser qu'une large balafre partant de l'oreille pour disparaitre sous le col de sa robe.

Levant un regard qui n'avait que peu perdu de son irritation, Snape adressa un hochement de tête au directeur.

« Pensez ce que vous voudrez, Severus, » fit doucement Dumbledore, « mais votre vie m'est précieuse à plus d'un titre. »

Cette fois, Snape détourna le regard.

Constatant que son père avait reprit miraculeusement des forces et que ses yeux avaient perdu leur teinte vitreuse, Harry toussota et s'approcha prudemment.

« On peut peut-être reparler de cette histoire de Ministère ? »

« Oui. Albus, pensez vous que nous serons assez tranquilles demain pour que j'aille faire ma déposition ? »

« Je dois m'entretenir dans la journée avec Mme Boyle, » répondit Dumbledore. « Je vous tiendrai au courant. »

« Vous ne pensez plus sérieusement à cette histoire de fausse confession, pas vrai ? »demanda Harry, inquiet.

« C'est la meilleure solution. Tu n'auras pas à bouger d'ici. »

« Mais c'est complètement crétin ! » s'exclama le jeune homme. « Tu ne peux pas témoigner sous Veritaserum alors que tu mens ! »

Snape prit une grande inspiration et le regarda droit dans les yeux.

« En réalité, je le peux. »

« Pardon ? »

« La potion de Veritaserum n'est pas aussi inviolable que tout le monde le croit. »

« Quoi ? Mais dans ce cas, pourquoi est-ce qu'ils l'utilisent ? »

« Parce que Severus est à ce jour la seule personne à avoir trouvé un contre-Veritaserum, et qu'il en garde soigneusement le secret, » intervint Dumbledore.

Harry se tourna vers son père, muet de stupeur.

« Comment ? »

« Une autre potion, que j'ai absorbée il y a longtemps. Elle m'immunise contre les effets du Veritaserum. Je n'aurais jamais pu espionner dans les rangs du sei... de Voldemort sans cela. »

Le jeune homme jeta un regard songeur au directeur.

« Alors, vous n'aviez aucun moyen de savoir, vous non plus. »

« Je n'ai jamais eu le moindre doute, » fit calmement Dumbledore. « Et Severus a toujours été franc sur sa résistance aux sorts et potions de vérité. »

« Comment pouvez-vous savoir que d'autres personnes n'ont pas trouvé cette potion eux aussi, après tout ? » ne put s'empêcher de demander Harry.

« Parce que je suis le meilleur, » répondit platement Snape.

Harry s'attendait à ce que Dumbledore ajoute une autre explication, mais le directeur se contenta de hocher la tête d'un air on ne peut plus sérieux.

« Vraiment ? »

Snape lui jeta un regard sardonique.

« Tu en doutais ? »

« Non ! Je veux dire, je sais que tu es vraiment bon... »

« Ton père est réellement le génie de potions de sa génération, et probablement de plusieurs autres, » intervint Dumbledore.

Snape sembla plus apprécier le compliment que la tentative d'adoption du directeur un peu plus tôt. L'air satisfait, Il se redressa en époussetant ses robes.

« Harry restera ici jusqu'à la rentrée des classes. Inutile de prendre des risques. »

« Je vous tiendrai au courant de la situation ici, » acquiesça Dumbledore. « Harry, le match a été reporté à la rentrée. Il est évident que celui-ci ne comptera pas. »

« Ouf, » ne put s'empêcher de laisser échapper le garçon. « Hum, je veux dire... c'est une bonne chose. Mais si vous me permettez, il me semble injuste que les Serpentards soient autorisés à reporter leur match sans raison valable ! Ils ont un attrapeur de réserve ! »

« Ah, » fit Dumbledore, amusé. « Le cas Draco Malfoy. Je crains en effet que la question ne se pose pas pour l'instant, M. Malfoy ayant été transféré à Durmstang. »

« Pour de bon ? » demanda Harry, soulagé.

« L'avenir nous le dira. Quoiqu'il en soit, il restera sous contrôle de mon homologue. »

« Karkaroff doit être absolument ravi d'héberger autant d'apprentis mangemorts, repentis ou pas," musarda Severus. « Je me demande s'il a tenté de rentrer dans les grâces du Seigneur des Ténèbres à nouveau. »

« J'en doute, » répondit Dumbledore. « Il m'a demandé de vous contacter. Il souhaite s'entretenir avec vous concernant la Marque. Je lui ai dit que je transmettrais le message. »

« Je n'ai rien à lui dire. »

« La potion que vous donniez à Draco Malfoy pourrait certainement l'aider. »

« Certainement, » ricana Snape. « Dommage que je ne sois pas disposé à lui fournir la recette. »

« Pourquoi pas ? » demanda Harry, surpris. « Il a trahi Voldemort, lui aussi, non ? »

« Je ne souhaite pas qu'il en face bénéficier Draco. »

« Mais... je ne comprends pas ! »

« Draco est furieux aujourd'hui. Contre moi, toi, notre camp. Mais il pourrait changer d'avis et revenir vers nous. Pour l'instant, Karkaroff ne peut pas lui proposer de défense contre la Marque, nous verrons combien de temps cela prendra avant qu'il ne reconsidère la question. »

« C'est... cruel, » fit Harry.

« C'est la guerre, » répondit sèchement Snape. « Albus, y a t il eu des pertes dans un camp ou l'autre lors du match ? »

« Vincent Crabbe, bien que nous ne sachions pas encore pourquoi il se trouvait là, et des blessés. Des dégâts matériels, mais rien de plus. »

« Des réactions des parents ? »

« Certains parlent de retirer leurs enfants. Plusieurs sont d'ailleurs déjà reparti chez eux… nous aurons les vacances pour consolider à nouveau les défense de Poudlard. »

« Je ne veux pas paraitre désagréable, Albus… mais comment ont-ils fait pour arriver jusqu'au stade ? »

« Je crains que les protections principales établies jusqu'alors ne s'arrêtent avant. Le stade a fait partie jadis de la Forêt Interdite, il est resté un territoire difficile à protéger. »

« Alors pourquoi faire jouer des enfants là ? » cingla Snape.

« C'est la question que de nombreux parents m'ont posée, » admit Dumbledore. « Nous verrons peut-être à annuler le Quidditch cette année si nous n'arrivons pas à améliorer la situation. »

« Ah non ! Félicitations, » fit Harry en se tournant vers Severus, « c'est tout ce que tu voulais, avoue ! »

« Ta sécurité est en effet ma première préoccupation, » rétorqua Snape.

« C'est n'importe quoi ! Tu es tellement mauvais joueur avec ça, depuis le début ! Juste parce que tu déteste le Quidditch ! » s'emporta le garçon. « Même maman dit que tu… »

« Ça suffit, » fit sèchement Severus. « Monte dans ta chambre. Tu as clairement besoin de dormir. »

« Et je suppose qu'on ne sera pas au repas d'Halloween non plus, » continua amèrement Harry.

« Je présume que nous pourrons arranger quelque chose avec les Weasley si tu le souhaites. Albus, si c'est tout, je pense que nous allons nous retirer pour la nuit. »

« C'est entendu, » acquiesça le directeur. « Qu'y a-t-il au juste au sujet de Lily ? »

Snape n'hésita pas un instant avant de répondre et son visage ne trahit rien.

« Nous avons retrouvé des lettres écrites de sa main à Spinner's End. »

« Vraiment ? C'est certainement très émouvant, » fit doucement Dumbledore.

« Hum, » fit Snape sans se compromettre. « Bonne soirée, directeur. »

« Je vous tiens au courant de la suite. »

« Je ferai de même. »

Sans s'encombrer de formalités, le professeur mit un terme à la communication.

« Heu… c'était un peu abrupt, non ? » demanda Harry.

Snape lui jeta un regard sévère.

« Le Quidditch et le fantôme de Lily ? Etait-ce vraiment nécessaire à la conversation ? »

« Désolé, » offrit Harry. « Mais ils ne peuvent pas supprimer le Quidditch à nouveau ! Ça fait deux ans que je n'ai quasiment pas pu jouer ! »

« Les années se suivent et se ressemblent, » musarda Snape. « Il est temps de dormir. »

« Tu as l'air d'aller mieux… la potion, c'était la même que cet été, n'est ce pas ? »

Severus hocha la tête.

« Une formule de ma composition. »

« Elle doit être sacrément efficace, alors, » offrit Harry.

Snape lui adressa un sourire en coin.

« La flatterie, maintenant ? »

« Eh, tu es peut-être nul en Quidditch, mais je veux bien croire que tu sois le meilleur en potions ! »

« Je ne sais pas ce que ta mère a été te raconter, mais je suis loin d'être ridicule sur un balai. »

« Je me rappelle, » fit Harry. « Mais le Quidditch, c'est autre chose. On ne peut pas être bon en tout ! »

« Quel réconfort, » ricana Snape. « Il est vraiment temps d'aller dormir. Je te remercie de ton aide cette nuit. Ma situation était… très inconfortable. »

« Ça ira, maintenant ? » s'inquiéta le garçon.

« J'ai juste besoin de repos. Ta mère est-elle toujours dans les parages ? »

« Je ne l'ai pas vue depuis un moment, mais je ne crois pas qu'elle s'éloigne beaucoup. »

« Lily, si tu es là, garde un œil sur Harry. Une bonne nuit de sommeil, c'est entendu ? »

Un parchemin s'envola soudain de la table pour venir se déposer à ses pieds, et Severus prit cela pour un oui.

« Harry, penses-tu pouvoir dormir ? Je sais que les évènements de la journée ont été éprouvants et nous en parlerons dès que possible, mais je crains de ne pas être au meilleur de ma forme ce soir. »

« Ne t'inquiète pas, j'en ai parlé avec maman, un peu, » répondit le garçon en souriant. « Je ne ferai pas de bêtise. Tu peux dormir tranquille. »

Snape hocha la tête, visiblement soulagé.

« Je vais rester dormir ici pour surveiller les potions. As-tu besoin de quelque chose ? »

En un mouvement de baguette, il avait changé un fauteuil en lit.

Harry secoua le tête.

« Je peux rester, moi aussi ? »

« Si tu arrives à transformer ton propre fauteuil, » grogna Snape d'un ton de défi en s'étendant sur le sien.

« Pas besoin, » fit Harry avec un sourire rusé. Une seconde plus tard, un chat noir sautait sur le lit du professeur, venant se lover contre lui avec une satisfaction visible.

L'homme en noir grommela quelque chose, mais sa main vint caresser le chat derrière les oreilles, juste là où il l'aimait, et Shadow se mit à ronronner, couvrant les tentatives de protestation du maître des potions.

Quelques instants plus tard, tous les deux étaient assoupis, Shadow le nez collé contre son homme en noir, et ce dernier la main perdue dans sa fourrure.

A leurs côtés, Lily ne put s'empêcher de sourire. Severus paraissait tellement jeune, en dépit de la fatigue, et le chat était tellement irrésistible… si seulement elle avait pu prendre une photo !

Impossible, oui… en revanche, ce parchemin sur la table et cette plume qui trainait là… juste assez légère pour qu'elle puisse la manipuler. S'installant face au duo, elle se mit en devoir d'immortaliser la scène.

Ce ne fut pas le bruit de la plume crissant sur le papier qui réveilla Snape quelques heures plus tard, mais l'intuition qu'une potion avait besoin d'attention. Avec toute la délicatesse possible, il souleva le jeune chat qui dormait sur sa poitrine et le déposa sur l'oreiller, avec une dernière caresse. L'animal ne bougea pas même une oreille, mais émit un léger ronronnement qui lui arracha un sourire.

Machinalement, il tourna une longue cuillère en bois dans un chaudron, rajouta quelques ingrédients, baissa le feu sous un autre. Il ne lui restait plus qu'à couper quelques lamelles de piment pour… quelque chose sur la table attira son attention et il suspendit son geste. Le parchemin, quelqu'un avait dessiné dessus… Lily.

L'homme sur le dessin ressemblait vaguement à une version idéalisée de sa personne, et le chat noir au front marqué d'un éclair était bien reconnaissable. Il reposa le parchemin, refusant de se perdre dans les fantasmes de ce qui aurait pu être.

« Tu ne l'aimes pas ? »

Une voix, mais pas de silhouette translucide, constata t il en se retournant.

« Tu n'as rien perdu de ton talent, » répondit-il prudemment.

« Mais tu n'aimes pas, » insista la jeune femme, insensible aux techniques de détournement du Serpentard.

« Je n'ai jamais été un grand idéaliste. »

« C'est faux, » contra Lily. « Tu avais de grands projets, jadis. »

« Je voulais être un maître des potions renommé et pouvoir me permettre de t'offrir une meilleure vie. Ce projet là a tourné court assez vite. »

« Tu es un maître des potions renommé, » fit remarquer Lily. « Le meilleur, la plupart des connaisseurs le savent. »

« Et pour quel résultat ? J'enseigne à des gamins qui ne sont pas fichus d'allumer correctement feu sous un chaudron. Je n'ai pas de temps pour la recherche. Ma rédemption passe par là, et les ambitions que j'aurais pu avoir avec. »

« Tu as encore le temps, » fit la jeune femme. « La guerre ne durera pas éternellement. »

« Mm, » fit Snape sceptique en dépeçant une patte de salamandre.

« Et tu as une magnifique maison, » continua-t-elle.

« Je la déteste. »

« Je parle de ce manoir, pas de Spinner's End ! »

« J'avais bien compris. »

« Severus ! Tu fais du mauvais esprit ! »

« Je suis on ne peut plus sérieux. Cet endroit est impersonnel, sans intérêt et beaucoup trop grand. Je suis à peu près certain de ne pas avoir visité la moitié des pièces. »

« Tu pourrais faire quelques modifications… de la décoration… »

« Harry s'en occupera si ça le chante. »

« Allons, tu ne peux pas être aussi indifférent, » protesta Lily. « C'est exactement le genre d'endroit que j'imaginais que tu voulais, à l'époque où nous étions ensemble ! »

« Je n'ai jamais eu d'opinion en la matière. J'ai toujours pensé me fier à tes goûts. Après… eh bien, après ton départ, cela n'a plus eu d'importance. »

« Tu n'es pas mort, Sev, » fit Lily d'une voix douce.

« Je sais, » fit Snape d'une voix où perçait le regret.

« Non, vraiment. Tu n'es pas mort. »

« Où veux tu en venir ? Je suis désolé d'être en vie, mais maintenant n'est pas le moment de remédier à cet état de fait, Harry a besoin de moi ici ! »

« Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Sev… »

Le fantôme apparut devant lui.

« Tu es vivant. Tu as le droit de vivre. Tu n'es pas au purgatoire, ni en train de purger une peine dans une annexe d'Azkaban à ciel ouvert… vis ! Détruis ce Manoir, s'il ne te plait pas, et reconstruis autre chose ! »

« Harry semble l'aimer, » fit le sorcier en haussant les épaules. « C'est tout ce qui importe. »

« Sev… » la jeune femme poussa un soupir exaspéré. « Je suis heureuse que tu aies trouvé quelqu'un à aimer et protéger. Et plus qu'heureuse que ce soit mon fils. Mais ta raison de vivre n'a pas besoin d'être quelqu'un… tu as le droit à ta vie, toi aussi ! Tu as le droit de vivre dans un endroit qui te plait, de faire un travail qui te plait, Merlin, de trouver une compagne qui te plait ! »

« Lily… je n'aurais jamais cru dire cela un jour, mais tu es fatigante. »

« Et peu crédible ? »

« Tout à fait. »

« Je suis très sérieuse, Sev. Tu ne peux pas continuer comme cela. »

« Et une fois de plus, tu n'as aucun recul sur les choses, » grogna Snape. « Harry a besoin de stabilité. Pas de la démolition de la première chose qu'il ait considéré comme sa maison depuis ses un an. Il a besoin de protection, d'aide, de tout ce qu'il a manqué jusqu'à présent. C'est à cela que je me suis engagé en l'adoptant. Il se trouve que c'est également la seule chose qui m'intéresse et me motive de nos jours, mais ce n'est qu'un bonus. Mes souhaits, mes ambitions ou mes inclinaisons personnelles n'ont aucune valeur aujourd'hui. C'est ce que cette marque est là pour me rappeler. »

« Ça n'a pas besoin d'être comme ça, » murmura Lily. « Ce n'est pas incompatible. »

« Tu es une telle enfant, » fit Snape, exaspéré. « Tu sais pourtant exactement ce que signifie être un parent. C'est tout pour lui, point final. »

« Tu es tellement manichéen ! » s'écria Lily, frustrée. « Le dévouement n'a pas à être une renonciation à tout le reste ! Ce n'est pas un sacerdoce ! »

« Les temps sont différents. Et par ailleurs… s'occuper d'Harry n'a rien d'une corvée, contrairement à ce que l'on aurait pu croire. »

« Tu es tellement buté ! Merlin, tu as tellement de choses formidables en toi, et tu te contentes de survivre ! »

« Exactement comme ce dessin, n'est-ce pas ? » ricana Snape en montrant le dessin. « Tu aimes peindre le monde en rose bonbon, Lily Evans. »

« Et toi tu refuses de voir les couleurs, » contra la jeune femme. « Ce n'est pas vraiment comme s'il était possible de t'idéaliser, sais-tu… j'ai rarement vu quelqu'un d'aussi insupportable ! »

« James Potter pourra me remercier pour cela, » cingla Snape.

« Il pourrait, oui. Mais il n'est plus là. C'est toi, moi, et Harry. »

Severus frissonna. Si seulement…

« Sev ? »

Il se tourna vers le fantôme, peinant à dissimuler le regret dans son regard.

« Je ne sais pas combien de temps je resterai, » admit Lily. « Mais ce temps-là est pour nous. Nous deux, nous trois. »

« Que cherches-tu à faire ? Me donner l'illusion de ce dont j'ai rêvé jadis ? Une pâle copie de quelque chose qui n'a jamais existé ? As-tu à ce point pitié de moi, ou est-ce une sorte de paiement pour m'occuper de ton fils ? »

« Severus Snape ! » s'écria Lily, horrifiée. « Je ne te permets pas! »

« Cesse ces mises en scène. Je ne suis ni aussi naïf ni aussi désespéré que tu as l'air de le penser. Il me semble que ce sont même tes paroles, Lily… 'je préfère une vérité dure à un joli mensonge'. Que sont devenus tes beaux principes ? Que dirait James s'il te voyait ? Ah, mais sans doute as-tu passé un accord avec lui. Me donner quelques morceaux de vieux rêves chers payés, juste pour quelques temps, pour que je puisse vendre un peu de ces belles illusions à Harry ? Désolé. Non merci. »

« Tu déformes tout, tu… tu n'as rien compris ! » s'exclama Lily. « Comment peux-tu imaginer une seconde… Merlin, tu as un esprit tellement mal tourné ! »

« Une chose qui ne risque pas d'arriver à la formidable et innocente Lily Evans, » ricana Severus.

« Sev, ce ton ne te réussit pas, » fit la jeune femme en fronçant les sourcils. « Ni ce que tu pratiques ces derniers temps. Tu n'as jamais été aussi désagréable avec moi de mon vivant. »

« Tu es morte il y a bien trop longtemps, Lily. Et ce pâle reflet de toi n'as rien à voir avec la Lily que j'ai connu. »

« Tu parles de la jeune fille pleine de principes et de préjugés qui te bousculait dès que tu faisais quelque chose qui la contrariait ? » demanda-t-elle.

« Exact. Mais je l'aimais telle qu'elle était. »

« Et moi je t'aime tel que tu es maintenant. Ça devrait compter, non ? »

Snape lui jeta un regard hanté.

« Erised, » fit-il seulement. « J'ai demandé à Albus de le cacher hors de ma portée, à cette époque. Je ne veux pas recommencer. Je ne peux plus me perdre dans ces fantasmes. Tu étais toute ma vie, Lily, ma précieuse Lily… mais il y a Harry à présent, et il a besoin de moi. Cette fois, je crois que je pourrai réussir à faire ce qui est bien. Le temps n'est plus aux belles histoires imaginaires… »

« L'un doit-il forcément empêcher l'autre ? »

« Harry est lui-même. Tu es un beau mensonge. Un très, très beau mensonge, » admit-il avec un sourire amer. « Et je retourne dormir. Si tu veux te rendre utile, préviens-moi quand cette potion sera prête. Elle devrait l'être dans trois heures, quand elle virera au mauve. »

« Tu devrais la laisser un quart d'heure de plus et voir si cela ne pourrait pas accentuer les effets de la mandragore avec le venin, » fit Lily.

« D'accord, » fit Snape en étouffant un bâillement et en s'installant contre le chat à nouveau. « Comme tu veux, Lily. »

Une seconde plus tard, il dormait à nouveau.

Shadow se réveilla pour trouver l'Homme en Noir profondément endormi et ronflant de manière caverneuse. Avec un nez pareil, ce n'était guère étonnant, songea-t-il. Il doutait toutefois que l'homme apprécie qu'il le surprenne dans un tel moment… Dommage. Les élèves auraient probablement plus de sympathie pour lui s'ils pouvaient le voir comme lui le voyait à cet instant, sans la tension dans les lignes de son visage.

Doucement, le chat se dégagea de l'étreinte du sorcier. Merlin, Snape le prenait-il pour une peluche ? Ou avait il lui-même glissé sous le bras de l'homme ? Hum.

Il sauta à terre d'un bond souple et se dirigea vers la porte. Quelque chose, par terre, attira son attention avant et il s'approcha à pattes de velours. Ce n'était pas dans les habitudes de Snape de laisser trainer un parchemin… mais celui-ci, réalisa-t-il, était différent des notes de potions qui trainaient habituellement dans le laboratoire. Un dessin. Un dessin de lui et Snape en train de dormir. Remarquablement exécuté et terriblement ressemblant… ce qui signifiait sans aucun doute que quelqu'un s'était trouvé dans la pièce.

Un courant d'air fit voler le parchemin, et il s'empressa de l'attraper entre ses crocs, ne voulait pas le laisser s'échapper. Il perçut un mouvement du coin de l'œil et se retourna pour voir une ombre translucide lui faire un signe vers la porte.

Souriant intérieurement, le chat s'enfuit vers l'escalier, parchemin entre les crocs. Ce ne fut qu'une fois dans le couloir qu'il reprit forme humain, détaillant à nouveau le dessin.

« Il est très beau, » fit-il pour le fantôme qu'il ne voyait pas mais savait être là. « Severus fait plus jeune, là-dessus… il fait plus jeune quand il dort, non ? »

Il lui sembla entendre quelqu'un rire.

« Je peux le garder ? » demanda-t-il. « Heu, je veux dire, le dessin. Severus, je le garde, c'est sûr ! »

A nouveau, un rire lointain.

« Garde-les précieusement. »

Il sourit et entra dans sa chambre où la lumière du matin pénétrait à grand flots.

« Est-ce qu'il a vu le dessin ? Il voudra peut-être l'avoir aussi. Je pourrais faire un Gemino. »

« Il l'a vu. Il ne verra pas d'inconvénient à ce que tu le gardes. »

« Pourquoi ? Il n'a pas aimé ? »

« C'est compliqué… »

« Il est plutôt réussi, pourtant. Tu l'as même plutôt arrangé ! »

« On améliore toujours ceux que l'on aime, je suppose... »

Sans un mot, Harry s'assit sur son lit, contemplant longuement le dessin, puis jetant un bref regard à la photo de James et Lily Potter qui trônait sur la table de chevet.

« Tu l'aimes vraiment, alors ? » demanda-t-il. « Severus ? »

« Il serait difficile de le nier. La façon dont il s'occupe de toi me rappelle sans cesse qu'il a été mon ami le plus cher et le plus loyal pendant de nombreuses années. »

« Mais ce n'est pas que ça… et… papa, je veux dire, James ? Est-ce que… »

Sa voix se perdit, incapable de retransmettre la confusion de ses pensées.

« On peut aimer plus d'une personne, Harry. Severus restera toujours quelqu'un de très spécial pour moi. James et moi avons eu une vie formidable et je ne regrette pas une minute de ces moments-là. Aujourd'hui, cependant, je ne peux m'empêcher de penser à ce qui aurait pu être… »

« Tu es là, maintenant, » fit Harry. « Ce n'est pas tout à fait trop tard. Il ne t'a jamais oublié… on pourrait… je ne sais pas. Je sais que tu n'es pas réellement là, mais... »

Il soupira, une main dans ses cheveux, conscient du ridicule de ses espoirs.

« C'est stupide, je sais. J'aurais juste voulu… enfin, je ne me rappelle pas d'avoir eu deux parents et… mais… oublie, c'est idiot. »

« Je sais ce que tu veux dire. Je ne suis pas là pour longtemps, Harry, et je ne peux même pas maintenir une forme visible très longtemps. Les moments qu'il nous restent, cependant… »

Le garçon tenta de chercher le fantôme du regard, mais sans résultat.

« Harry, as-tu toujours le coffret, celui avec les photos ? Je sais que Severus te l'a donné cet été. »

« Il est là, » fit Harry en ouvrant sa table de chevet.

« C'est parfait. Quand Severus sera réveillé… Merlin, je ne suis pas sûre de devoir faire cela. »

« Est-ce que ça va l'énerver ou lui faire de la peine ? » demanda le garçon.

« Non, non, bien entendu, mais… »

« Est-ce que ça peut aider à ce qu'on soit une famille ? »

La voix du garçon était si misérable, si enfantine, que Lily sentit son cœur se serrer.

« Ecoute-moi… donne lui ce coffret. Dis-lui de se rappeler qu'il a quelque chose de particulier. Dis-lui simplement cela. »

« Tu promets que ce n'est rien de pénible ? » demanda Harry.

« Je ne peux pas promettre qu'il ne sera pas affecté, » admit Lily. « Mais c'est une chose qu'il a probablement besoin de savoir. »

A nouveau, Harry regarda le dessin.

« Il manque quelque chose. Il faudrait un deuxième dessin. »

« Vraiment ? »

« Avec toi en train de dessiner. Tu ne crois pas ? »

Le rire léger à nouveau.

« Peut-être bien. Nous verrons. Et si tu allais préparer le petit-déjeuner pour notre maître des potions favori ? J'ai comme dans l'idée qu'il aura besoin d'un bol de café après avoir ronflé autant. »

« Tu l'as entendu ? » fit Harry en souriant. « Ça brise totalement le mythe ! »

« Et encore, tu ne l'as pas vu baver sur son oreiller. »

« Jure-moi qu'il n'a pas bavé sur ma fourrure ! » fit Harry, horrifié.

« Ce qui me fait penser qu'il est temps que tu prennes une douche, » répondit Lily.

Avec un glapissement, l'adolescent disparut dans sa salle de bain.

Une heure plus tard, un maître des potions encore groggy se levait de son lit, réalisant avec consternation que le soleil était déjà haut. Il avait la bouche sèche, un rythme de tambour dans le crâne, et chacun de ses muscles douloureux. Mais ses os, qui hier semblaient ne plus vouloir le porter, avaient reprit une consistance normale et il n'avait plus l'impression d'être sur le point de passer du mauvais côté du voile.

Cette nuit avait été particulièrement étrange. Avait-il rêvé de cette conversation avec Lily ? Un coup d'œil autour de lui lui appris que le dessin, tout au moins, n'était plus là. Un rêve, donc. Sauf que la potion qu'il avait préparé selon les conseils de Lily s'était effectivement révélée intéressante… Merlin, ils auraient fait de grandes choses, à deux, si seulement…

Il secoua la tête pour chasser les pensées parasites. Non, décidément, ces rêves ou conversations avec un fantôme ne lui valaient rien.

L'odeur d'un café fraichement fait lui arriva aux narines, et avec un rapide sort de rafraichissement sur ses vêtements, il se dirigea vers l'étage supérieur.

Sans surprise, Harry avait dressé la table du petit déjeuner, leurs plats favoris bien en évidence avec la cafetière.

« Bonjour, » fit le garçon qui semblait particulièrement nerveux.

Evidemment, après les évènements de la veille, ce n'était que prévisible.

« Bonjour, toutes mes excuses pour ce retard. »

« Tu n'es pas en retard. Je viens de le faire. Tu as bien dormi ? »

« Trop, probablement. Es-tu resté en bas toute la nuit ? »

« Non, je suis remonté me coucher, je me suis réveillé il y a juste une heure. »

Severus s'assit à table, se servit une tasse de café, et prétendit ne pas voir l'adolescent se trémousser sur sa chaise. Le journal apparut à côté de son assiette, comme à son habitude, et il hésita un instant à l'ouvrir. Devait-il se gâcher l'appétit ou attendre quelques minutes pour lire le compte rendu de l'attaque, et l'éditorial venimeux qui ne manquerait pas de lui être adressé ? Vraiment, il aurait dû songer depuis longtemps à faire un album des articles où il emportait la vedette dans le rôle du méchant. Il avait, après tout, une certaine affection pour eux… en temps normal.

« J'ai… quelque chose pour toi, » fit Harry, coupant court à son dilemme. « Deux choses, en fait. »

« Oui ? »

Le garçon lui tendait un parchemin qu'il reconnut aussitôt. Ça n'avait donc pas été un rêve.

« Hum, » fit-il. « Je te remercie, mais je pense que tu l'apprécieras plus que moi. »

« C'est une copie. Tu ne l'aimes vraiment pas ? »

Il y avait clairement de la déception dans le ton du garçon.

« Je fais partie de ces gens qui n'ont pas un grand intérêt à voir leur image trop souvent, » répondit-il prudemment.

« Tu as des photos, pourtant, » contra Harry. « Les photos de nous que McGonagall a pris. »

« Professeur McGonagall, » corrigea machinalement Snape. « C'est différent. Les photos ne sont pas… truquées. »

« C'est parce que c'est maman qui l'a dessiné ? »

« C'est compliqué. Mange ton déjeuner. »

« Il y a autre chose, à ce sujet, » enchaina le jeune homme sans se préoccuper d'obéir. Décidément, son autorité laissait à désirer. « Maman m'a dit de te donner ça, » fit-il en lui tendant un coffret qu'il ne connaissait que trop bien. « Elle a dit de te dire que tu devais te rappeler que ce coffret avait quelque chose de spécial. »

Ces mots firent l'effet d'un choc électrique au sorcier. Harry ne pouvait pas le savoir, mais il avait raison. Il n'avait plus repensé à cela depuis bien longtemps, depuis qu'il l'avait donné à Lily, en réalité, mais à l'époque déjà, il avait prévu un double fond bien caché et pratique pour cacher des documents. Son côté Serpentard, avait dit Lily, qui avait cependant semblé apprécier.

Et alors ? Quelle importance cela pouvait-il avoir ?

« Tu sais de quoi elle parle ? » demanda prudemment le garçon.

« Oui, » répondit Snape en se resservant un café.

« Alors ? »

« Alors, je verrai cela plus tard. Merci pour le message. »

Harry soupira, visiblement exaspéré.

« Comme tu veux. Est-ce que tu vas lire ce journal ? Je le veux bien, sinon. »

Avec un regard circonspect, Snape prit le journal et l'ouvrit, cachant délibérément son contenu au garçon.

'Le Ministère attaqué !'

Snape dut faire appel à toute son expérience d'espion pour ne pas cligner des yeux, tant le titre était loin de celui auquel il s'était attendu.

'Hier soir, aux alentours de 17 heures, le ministère a essuyé une brutale attaque de la part de loups-garous et de loups. En quelques minutes, les défenses du bâtiment ont été réduites à néant et les couloirs envahis par des meutes de chiens, loups, et loups-garous semant la terreur sur leur passage. Sept victimes sont à dénombrer, et des dégâts importants seraient enregistrés. Les représentants du Ministère se sont refusés à s'exprimer sur l'attaque, se cantonnant à donner leurs condoléances aux familles des victimes et en promettant que justice soit faite. »

L'article continuait sur deux pages, remplies de théories et de témoignages concernant l'attaque. Le nom de Loki n'était cité nulle part, mais Snape n'avait aucun doute sur l'identité du meneur de l'attaque.

D'un air dégagé, il continua à tourner les pages, cherchant une mention de Poudlard. Il la trouva enfin au milieu du journal, non loin de la rubrique sport.

'Un match de quidditch interrompu par un incendie', titrait l'article.

Une fois de plus, toute sa maitrise ne fut pas de trop pour ne rien laisser paraitre. Un match interrompu ? Par le feu ? Merlin, mais que se passait-il dans la rédaction de la Gazette ? Parcourant rapidement l'article, il s'assura qu'il n'était nulle part fait mention d'Harry, ni d'un attaque de Mangemorts, ni de la mort de Vincent Crabbe.

A quoi pensaient-ils donc ? Ombrage avait été présent, les parents étaient d'ores et déjà au courant… que cherchaient-ils à couvrir ?

« Alors ? » demanda Harry d'une voix abattue.

« Alors, rien. Rien sur le match et l'attaque en tout cas. En revanche, il serait souhaitable que nous nous informions de la santé d'Arthur Weasley. Il semblerait que le Ministère ait été attaqué hier… par Loki. »

« Quoi ! » s'exclama Harry. « Non ! Il faut…»

« La cheminée du laboratoire, » indiqua Snape.

D'un bond, le garçon s'était levé de sa chaise, laissant son repas derrière lui, et courait déjà dans les escaliers. Il aurait pu le suivre… mais il faisait confiance à Arthur Weasley pour ne pas s'être laissé tuer. Et d'autre part, il y avait ce coffret…

Merlin, Lily. Si c'est encore un de tes tours… mais il n'avait pas le choix, la curiosité était la plus forte. Doucement, il fit jouer le mécanisme qui grinça sous ses doigts. Un sort de lubrification fut nécessaire pour le débloquer, mais le panneau de bois glissa enfin avec un léger clic, dévoilant une simple feuille blanche pliée.

Pas encore, Lily, songea-t-il en fermant les yeux. Pas encore, je ne peux pas…

« S'il te plait, » murmura une voix près de lui.

Laissant retomber ses épaules, il admit sa défaite et prit le papier. Protégé de l'air depuis des années, il semblait encore neuf. Il le déplia, s'obligeant à vider son esprit et fermer toutes les vannes de ses émotions.

'Sev,

Je me marie après-demain. Samedi, James Potter et moi seront mari et femme. Je sais ce que ces mots provoqueront en toi… et d'un certaine façon, je ne peux m'empêcher de partager ce sentiment. Nous avions d'autres projets, d'autres rêves. Je sais que James saura me rendre heureuse, mais je sais aussi que je ne pourrai jamais cesser de penser à ce qui aurai pu être si ça avait été toi, à mes côtés. Nous devons tous vivre avec des regrets, n'est-ce pas ? Mais j'ai réalisé, peut-être un peu tard, que je ne me poserais pas cette question dans l'autre sens. Si c'était toi, toi que j'épousais, pour le meilleur et pour le pire… je ne me demanderais pas ce qu'aurait été ma vie avec James.

Est-ce ainsi que l'on se rend compte de ses mauvais choix ? Je l'ignore. Mais je sais également que tout n'est pas encore joué. Demain, je serai toute la journée au champ de Magnus. Je sais que tu as laissé les sorts de protection ouverts pour moi. Si tu crois que nous avons encore une chance, si tu veux réessayer… si tu es près à abandonner les rangs de Voldemort et te battre à mes côtés, avec moi, pour le restant de nos jours, alors, viens me trouver.

Je sais que c'est tard. Je sais que c'est mal. Je sais que je ferai du mal à James… mais je te choisis toi, si tu me choisis également.

Si cette lettre ne devait trouver aucun écho en toi, s'il te plait, ne me réponds pas. Contente toi de ne pas venir, et brûle cette lettre que j'ai ensorcelé pour que toi seul puisse la lire. Je veux une dernière journée… je veux rêver encore. Je sais que tu n'as pas répondu à mes précédentes lettres, peut-être me détestes-tu maintenant… mais je sais aussi que tu m'as aimée un jour.

Nous pourrions faire tellement de choses, Sev. De bonnes choses.

A demain peut-être.

Je t'aime,

Lily'

Respirer, il devait respirer. Ce son rauque qui déchirait le silence de la pièce était certainement sa respiration, mais il ne parvenait pas à s'en soucier. Le fantôme de Lily était peut-être là, mais son regard trouble était incapable de la voir.

« Severus ? »

« Non… »

« Tu avais promis qu'il ne serait pas blessé ! » fit une voix pleine de reproche à ses côtés.

Quelqu'un avait passé un bras autour de ses épaules, lui semblait-il. Il frotta ses yeux pour rétablir sa vision et fut surpris d'y trouver une trace d'humidité.

« Ça va, » grogna-t-il d'une voix qui aurait pu être plus convaincante. « Je n'arrive pas à croire que je suis un tel imbécile » murmura Snape. « Je n'ai jamais pensé à vérifier... je n'ai jamais pensé que tu aurais pu... »

« Je suis désolée, » fit doucement Lily. « C'est moi qui ai été stupide. J'aurais dû me douter que tu n'avais pas trouvé mes lettres. Je n'ai pas le droit de te demander cela, mais... est-ce que tu serais venu ? »

« Merlin, comment peux-tu poser une question pareille ? » souffla Snape. « Je n'aurais pas attendu une minute et je t'aurais séquestrée jusqu'à ce que tout le monde ait oublié jusqu'à ton nom plutôt que de te laisser retourner avec Potter ! »

La main sur son épaule de crispa sensiblement et il regretta aussitôt ses paroles.

« Cela n'a rien à voir avec toi, Harry. Bien évidemment. Je regrette... »

« Ça va. Je comprends. Désolé, j'ai lu la lettre... tu préfères que je te laisses ? »

« Tu es trop curieux, » grogna Snape. « Harry, est-ce que… je te dois quelques explications. »

Le garçon s'assit à ses côtés, surpris.

« Ta mère et moi étions des amis d'enfance. Notre histoire… »

Harry leva une main.

« Eh, stop. Tu n'as pas à te justifier. Ni toi, maman. Ce sont vos histoires, d'accord ? »

« C'est… très mature de ta part, » fit Snape qui semblait surpris.

« Je ne sais pas. Je n'ai pas tellement de souvenirs de mon père biologique. Je sais que je devrais peut-être prendre son parti, mais… j'ai l'impression qu'il ne m'en voudrait pas. Je me trompe peut-être. Severus, tu avais le droit de savoir ! Et maman… tu as le droit d'aimer deux personnes. Ce n'est pas à moi de juger. Si vous êtes heureux tous les deux, je suis heureux, d'accord ? »

Le sorcier passa une main dans sa tignasse, et Harry ne put s'empêcher de sourire. Le regard de Snape s'adoucissait toujours quand il le regardait, et il connaissait les moindres nuances de ces yeux noirs… mais jamais avant, lui semblait-il, ne l'avait il regardé avec une telle affection.

« Merci, » murmura Severus. « C'est un très beau cadeau que tu me fais. »

Si c'était aussi simple, songea Harry. Si seulement le moment pouvait être aussi parfait qu'ils auraient tous voulu le souhaiter. Mais Lily n'était plus réellement là… plus qu'un fantôme. Ils avaient toujours cela cependant, plus qu'il n'aurait imaginé pouvoir avoir avant ce jour.


Tout d'abord un grand merci à mes betas Loufoca et Vanessa qui ont fait un travail monstre, d'autant plus que le chapitre était long et brut de décoffrage! Et à tous les adorables revieweurs de Shadow, ces derniers temps j'ai reçu des reviews particulièrement sympas et longues, qui m'ont motivée d'autant plus à avancer Shadow !

j'ai également reçu un superbe fanart, n'hésitez pas à consulter mon LJ pour le voir !

En espérant que ce chapitre vous a plu ;-)