Oui, je sais, ce chapitre-ci s'est fait attendre, et j'en suis navrée ! Je n'avais malheureusement plus d'internet (ni de téléphone, bien sûr...), suite à une fausse manoeuvre et à la lenteur de certains services...

Cette histoire ayant sans doute une bonne vingtaine de chapitres devant elle avant de se clore, je vais suivre la suggestion d'Alixe : je vais faire de ce chapitre 30 le dernier des Evadés d'Azkaban et entamer une suite. Ce sera certainement plus lisible ainsi. Par contre le titre... Je suis assez nulle, en titres, en fait... Si vous avez des suggestions, je suis preneuse !

Chapitre 30

Sur le coup, Rita avait été persuadée que se dévoiler à cet instant précis était une bonne idée. Elle avait compris qu'elle n'aurait pas accès aux horcruxes, et que sa seule chance de tirer quelque chose de cette histoire, c'était d'œuvrer dans le sens d'une réhabilitation des frères Black et d'obtenir l'exclusivité de leur histoire. Elle n'en était plus aussi certaine, maintenant que Sirius Black et Severus Rogue pointaient simultanément leur baguette sur elle.

Pour deux hommes qui se détestaient aussi cordialement, ils avaient des réflexes curieusement similaires, songea Rita.

Les yeux des quatre hommes étaient braqués sur elle, perçants, et la mettait aussi mal à l'aise que la menace des baguettes.

Elle devait se ressaisir. Elle avait appris qu'on n'obtenait rien en se montrant intimidée. Au contraire, mieux valait afficher de l'aplomb. Elle se racla la gorge.

« Hum… Je suis Rita Skeeter, journaliste, se présenta-t-elle, se tournant vers Regulus Black qui n'avait pas bougé de son siège. Je pense que nous pourrons trouver un arrangement, tous les cinq. Un arrangement qui nous soit à tous profitable…
- Comment êtes-vous entrée ici ?! coupa Sirius, pointant sa baguette directement sous son nez.
- Je vous ai suivis, tiens !
- D'où sortez-vous ?! insista le jeune homme. Vous étiez là, dans cette pièce avec nous ?! Et nous ne vous avons pas vue ?!
- Qu'a-t-elle entendu ? intervint Rogue.
- Harry… fit Lupin, la main tendue vers l'enfant, accroché à la jambe de son parrain. Viens, Harry. »

Il écarta le petit garçon des protagonistes et le tint fermement contre lui.

« Vous nous avez suivis ? reprit Regulus Black. Comment ? Vous ne portez pas de cape d'invisibilité.
- Je ne pense pas que cela soit la question la plus importante, répondit Rita sans se démonter. Le plus important, c'est ce que soulignait Mr Rogue. Qu'ai-je entendu ? Répondons simplement : tout ! »

Sirius Black se tendit, de même que Rogue. Lupin resserra ses bras autour de Harry. Regulus, lui, sembla se tasser un peu plus dans son siège, l'air épuisé.

« J'ai entendu que vous n'étiez pas ce que l'on a dit de vous, que vous n'étiez pas des Mangemorts, et que l'affection que vous portez au Survivant est profonde et réelle, poursuivit Rita. Comme le démontre en cet instant-même Mr Lupin. »

Elle sourit au jeune homme, mais celui-ci ne se départit pas de son air grave. Il y eut un silence, finalement rompu par la petite voix de Harry.

« C'est qui, la dame ? demanda-t-il à Lupin.
- Remus, tu veux bien faire sortir Harry ? demanda Sirius.
- Je ne suis pas une ennemie ! protesta Rita, alors que le jeune homme obtempérait.
- Le médaillon… »

La voix de Rogue lui fit littéralement froid dans le dos, tant elle était glaciale et lourde de menaces.

« Le médaillon, reprit celui-ci, sans la quitter de ses insondables yeux noirs. Il occupe tout son esprit, Regulus. C'est ça, qu'elle veut.
- Pourquoi ?! bondit aussitôt Sirius, la serrant d'un peu plus près.
- Je… »

Le peu de confiance en elle qu'elle avait encore s'étiolait à grande vitesse. Ces hommes n'étaient pas des Mangemorts, certes, mais ils étaient recherchés, et leurs vies étaient en danger. Pourquoi hésiteraient-ils à l'éliminer elle, s'ils pensaient qu'elle représentait une réelle menace pour eux ? S'ils se mettaient à imaginer qu'elle pourrait causer du tort au petit Potter ?

« Je me suis dit que si j'avais ce médaillon, j'arriverai à faire comprendre à tout le monde la menace qui pèse sur nous… murmura-t-elle. Que je pourrais le montrer à Dumbledore, et alerter les Aurors… »

Elle se racla la gorge, gênée. Elle disait la vérité, crue, sans fioritures, réalisa-t-elle. C'était assez déstabilisant, d'ailleurs, pour elle qui avait tellement l'habitude d'enrober les faits…

Regulus passa une main sur son visage fatigué. « Sirius, recule, tu veux ? Asseyez-vous, Miss… » Il lui désigna le fauteuil que venait de quitter son frère. Celui-ci s'écarta d'un pas, toujours sur le qui-vive.

« Méfie-toi, Regulus, le somma Rogue, sans la lâcher des yeux.
- Que veux-tu qu'elle fasse ? Avec vos baguettes braquées sur elle… Ainsi, vous êtes journaliste. Vous êtes du genre opiniâtre, hein ? Qu'attendez-vous de nous, exactement ?
- Ce que veut tout journaliste ! répondit Rita, un peu plus à l'aise depuis qu'elle n'était plus écrasée par la silhouette menaçante de Sirius. Un scoop !
- Regulus… prévint Rogue.
- Si ce qu'elle dit est vrai, Severus, elle peut effectivement nous être utile ! répliqua Regulus.
- Parce que tu comptes vraiment prendre le risque de la laisser sortir d'ici avec tout ce qu'elle sait ?!
- Rogue a raison, Regulus, intervint Sirius.
- Je veux juste entendre ce qu'elle a à dire ! »

Il y eut un blanc, puis tous les regards convergèrent de nouveau vers elle.

« Comme je l'ai dit, je cherche juste le scoop. Et quel scoop ! Sirius Black innocent, le Survivant en sécurité auprès de son parrain, les Mangemorts de nouveau sur le pied de guerre, et vous ayant pris pour cible… Que veulent les Mangemorts à Harry Potter, au fait ?
- Pas du bien, certainement, fit Sirius d'un air sombre.
- Vous êtes les premiers à convenir que cette maison n'est pas l'endroit idéal pour un enfant, poursuivit Rita. Je pourrais peut-être vous servir d'intermédiaire pour alerter Dumbledore ? Je pourrais lui amener l'enfant ?
- C'est hors de question ! coupa Sirius. Vous vous imaginez vraiment que je vais vous laisser vous promener dehors avec Harry ?! Même si j'avais confiance en vous, si j'étais persuadé que vous êtes effectivement de notre côté, je ne vous laisserais pas l'emmener ! Les Mangemorts vous tomberaient dessus avant que vous n'ayez pu faire un pas vers Poudlard !
- Sirius…
- C'est hors de question ! Harry restera avec moi !
- Sirius… Arrête de crier…
- Je suis son parrain, c'est à moi de le protéger !
- Personne ne dit le contraire, Sirius ! coupa Regulus, élevant lui-aussi la voix. Calme-toi ! »

Sirius se détourna. Rita se promit de choisir soigneusement ses mots, désormais. Black était du genre nerveux, et la dernière chose qu'elle souhaitait, c'était bien qu'il la voit comme une menace.

« Je ne veux pas vous retirer Harry, affirma-t-elle. J'essaye juste… Ce que je veux dire… J'aimerais raconter votre histoire… »

Rogue eut un reniflement méprisant, les deux frères échangèrent un regard.

« Les journalistes se fichent de la vérité, lâcha Sirius du bout des lèvres. Et je sais de quoi je parle…
- Oh, vraiment ?! s'exclama Rita, outrée malgré elle. Vous allez nous accuser de mentir sciemment, maintenant ?!
- Ce n'est pas ce que vous faites ?!
- Tout vous désignait comme coupable, Mr Black ! Ce n'est pas la faute des journalistes, si l'opinion publique vous perçoit comme un monstre !
- Ah ?! C'est la mienne ?!
- Vous avez fait des aveux ! Dumbledore lui-même a cru à votre culpabilité !
- C'est ce qu'on appelle du journalisme d'investigation, Regulus ! ironisa Sirius, tourné vers son frère.
- Ce n'est pas très constructif, comme remarque ! protesta Rita. Je vous propose une occasion unique de vous réhabiliter ! »

Sirius laissa échapper un rire sans joie.

« Vous écrirez votre article, Miss Skeeter, conclut Regulus. Mais vous ne quitterez pas cette maison. Nous allons nous en assurer. »

Rita ouvrit la bouche pour protester, mais le regard lourd de Rogue l'arrêta aussitôt. Il était plus sage d'obtempérer.

XXXXXXX

Isabelle Fudge fronçait les sourcils, visiblement peu convaincue par la proposition que Rufus Scrimgeour venait de lui faire. Mais celui-ci ne doutait pas qu'elle finirait par se ranger à son avis. Il la jugeait intelligente, bien plus que son arriviste de père. Et si elle était vraiment de bonne foi, concernant son implication dans l'évasion des frères Black…

« Rien ne me prouve que vous tiendrez parole, et que vous ne tenterez rien pour les capturer, murmura-t-elle.
- J'ai fait en sorte qu'on rouvre le dossier Black. A titre officieux, pour le moment, inutile d'alerter les Mangemorts, bien évidemment. J'ai l'accord de principe de Madame le Ministre. Je compte mettre quelques personnes de confiance sur l'affaire.
- Pendant que le reste de vos hommes restera persuadé que Sirius et Regulus ne sont que d'affreux Mangemorts ! Et s'ils mettent la main sur eux ? Comment puis-je être sûre qu'il ne leur sera fait aucun mal ?
- Je vous en donne ma parole !
- Ce n'est pas suffisant ! Les Mangemorts ont très bien pu infiltrer le Ministère et vous le savez.
- C'est justement pour cela que j'ai autant besoin de vous ! »

Scrimgeour rapprocha sa chaise de celle de la jeune femme. Il savait que ce qu'il allait dire lui déplairait certainement plus que sa proposition de trouver les frères Black pour lui. Mais elle devait absolument comprendre qu'il n'avait pas d'autre choix.

« J'aimerais que vous… meniez une petite enquête pour moi… Auprès de votre père. »

Isabelle écarquilla les yeux, surprise.

« Vous voulez que j'espionne mon père ?!
- Espionner, c'est un grand mot ! s'exclama Scrimgeour. Comme je vous l'ai dit, nous pensons qu'il est manipulé par Malefoy. Mais il nous manque toujours une preuve formelle de l'appartenance de Lucius Malefoy aux Mangemorts. Si vous parveniez à trouver quelque chose qui soit de nature à l'inculper… Non seulement cela nous permettrait d'éclairer la population sur les manœuvres politiques du personnage et sur les dangers qu'il fait peser sur notre communauté, mais en plus, cela irait dans le sens d'une réhabilitation des frères Black. Sans compter que vous permettriez à votre père de se retirer avant que la situation ne devienne critique pour lui. Croyez-vous vraiment qu'il est dans les plans de Malefoy de garder votre père investi de tous les pouvoirs, à la tête de notre Ministère ? Plus vraisemblablement, il s'en débarrassera une fois qu'il aura rempli sa mission de déstabilisation de nos forces ! »

La jeune femme l'observa sans un mot. Avait-il réussi à lui faire prendre la mesure de la menace qui pesait sur eux tous ? Il ne s'agissait pas d'une simple question politique. Si Millicent Bagnold, et avec elle lui-même, Rufus Scrimgeour, tenaient tant à voir Fudge écarté du pouvoir, ce n'était pas pour eux-mêmes mais bien pour protéger le Ministère d'une main-mise des Mangemorts.

« Vous avez pu jauger le personnage, Isabelle, reprit Scrimgeour doucement. Vous avez parlé à Lucius Malefoy, vous avez vu qu'il était prêt à tous les artifices pour obtenir ce qu'il désire. Imaginez ce qu'il ferait, caché derrière votre père, à la tête du Ministère… Vous avez dit vous-même qu'il en voulait à la vie de Regulus Black… »

La jeune femme baissa la tête, abîmée dans ses réflexions. Scrimgeour prit bien garde à ne pas la brusquer. Il était persuadé qu'il la gagnerait à sa cause, s'il lui laissait le temps d'y songer. Pourtant, il bouillait intérieurement. Chaque minute qui passait rapprochait un peu plus Malefoy de la tête du Ministère, et il n'avait toujours rien à opposer à son ascension.

« Malefoy trouvera étrange que vous me relâchiez… dit Isabelle au bout d'un long moment. Il se doutera de quelque chose.
- Pas si nous faisons en sorte de perdre votre procès. Le bonhomme est arrogant ! Il croira votre libération essentiellement due à ses talents d'orateur !
- Ce qui signifie que je dois l'accepter pour défenseur…
- C'est exact.
- Il me répugne…
- Nous ne serons jamais loin derrière vous, Miss Fudge…
- Admettons que je gagne mon procès…
- Vous quitterez aussitôt le Ministère, et aucune charge ne pèsera plus sur vous.
- Et ensuite ?
- Vous donnerez des interviews. Il faut que Regulus Black apprenne votre libération. Il sera peut-être tenté de prendre contact avec vous.
- Et s'il ne le fait pas ? Ou s'il soupçonne un piège ?
- Si ce que vous avancez est vrai, que Regulus est bien une cible de choix pour les Mangemorts, alors, il pensera très vraisemblablement qu'ils représentent une menace pour vous aussi. Vous l'avez dit, Malefoy a essayé de vous faire dire ce que vous savez sur lui. Une fois dehors, Isabelle, vous aurez les Mangemorts sur le dos. »

Les mains de la jeune femme se crispèrent sur ses genoux, mais rien de plus. Scrimgeour s'aperçut qu'il avait vraiment de l'estime pour elle. Elle était courageuse et déterminée. Le danger ne l'arrêterait pas, si elle venait à être persuadée du bien-fondé de ce qu'on attendait d'elle.

« Regulus voudra vous protéger. Et je suis prêt à parier qu'il prendrait des risques pour cela, reprit Scrimgeour.
- Vous voulez que je serve d'appât… Et si les Mangemorts sont plus rapides que vous ?!
- C'est le risque.
- Je ne veux pas conduire les Mangemorts jusqu'à Regulus !
- Je crois que Regulus Black est bien trop malin pour se laisser avoir si facilement ! Je suis persuadé qu'il trouvera un moyen d'entrer en contact avec vous qui nous laissera loin derrière, Mangemorts comme Aurors !
- Mais c'est terriblement risqué…
- C'est vrai. »

Il se leva. Il avait accordé à la jeune femme tout le temps qu'il pouvait.

« Je vous en prie, Isabelle, nous avons vraiment besoin de vous ! Laissez-nous vous libérer, et en échange, prenez contact avec Regulus Black. Dites-lui que nous rouvrons le dossier de son frère, et que tout ce que nous voulons, c'est mettre Harry en sécurité. Dumbledore est prêt à le prendre à Poudlard, nous en avons déjà parlé ensemble. Il est persuadé de l'innocence de Sirius, vous savez… »

Isabelle inspira profondément. Elle paraissait plus déterminée que jamais.

« D'accord, dit-elle. Libérez-moi, et je transmettrai votre message. Mais cela seulement, Mr Scrimgeour. »

XXXXXXX

« Es-tu sûr que Harry ne risque rien, avec cette femme ici ? demanda Remus, une fois Harry bordé dans son lit.
- Elle n'a plus de baguette, et Rogue ne la quitte pas des yeux, répondit Sirius. Rien que ça, ça devrait te rassurer ! Rogue sur la brèche ! »

Son rire parut faux, à Remus. En tous cas, il n'apaisa en rien l'angoisse sourde qui lui enserrait le cœur.

« Comment a-t-elle fait pour entrer ici ? Pour nous espionner à notre insu depuis le début ?!
- Regulus pense que c'est justement la raison pour laquelle on doit lui accorder le bénéfice du doute. Elle avait largement l'occasion de nous trahir, si c'était ce qu'elle avait voulu. Elle pouvait alerter les Mangemorts quand bon lui semblait. Ou les Aurors. Mais elle ne l'a pas fait. Non, Remus, je crois qu'elle n'est rien d'autre que ce qu'elle prétend être : une fichue journaliste en quête d'un bon article. »

Ils descendirent l'escalier d'un pas lent, laissant Harry s'endormir dans la chambre de Sirius. Remus n'aimait pas laisser l'enfant ainsi, sans surveillance. Il venait d'avoir la preuve flagrante que la maison n'était pas aussi sûre qu'ils l'avaient tous pensé.

« Et ensuite ? demanda-t-il encore à Sirius. Qu'allons-nous faire d'elle ?
- Pour le moment, rien… Je vais faire ce qu'elle demande, je vais lui raconter ce qui s'est passé à Halloween, l'année dernière… Et je veillerai à ce qu'elle n'écrive que la stricte vérité.
- Mais du coup, nous sommes encore coincés ici, hein ? soupira Remus. Je n'aime pas cette maison…
- Moi non plus, Lunard…
- Et je crois que Harry ne l'aime pas non plus.

Ils traversèrent le hall en silence. Le salon était désert. Rogue s'était une nouvelle fois enfermé dans la bibliothèque, avec les quelques livres de magie noire que Sirius avait ramené de chez les Lestrange, suivi par un Regulus au bord de la rupture. Remus s'émerveillait qu'il n'ait pas encore craqué, après toutes les épreuves qu'il avait subies. Il était bien de la trempe de Sirius, finalement…

« Ton frère devrait se reposer… dit-il à Sirius, alors que celui-ci se laissait tomber dans le sofa.
- Oui, il devrait. Mais il ne le fera pas, il est trop inquiet pour ça.
- A cause de cette fille ?
- Je crois qu'il est amoureux d'elle.
- Est-ce qu'elle est vraiment en danger ?
- Sans doute… Les Aurors la prennent pour notre complice, et les Mangemorts… Finalement, elle est peut-être plus à l'abri dans sa cellule du Ministère que dehors.
- Et on ne peut rien faire pour elle ?
- Je suppose que c'est un autre problème à résoudre à ajouter à notre longue liste, Lunard… soupira Sirius. »

Remus se mordit les lèvres, alors qu'une bouffé d'angoisse l'étreignait.

« Cette idée, de retourner à Azkaban… souffla-t-il. Ce n'était pas sérieux, hein ? »

Plus que l'arrivée impromptue de Rita Skeeter, c'était cela, qui l'avait le plus choqué, durant les dernières heures. Que Sirius parle de retourner là-bas. Il n'avait pas vu grand-chose du quartier de Haute Sécurité, mais sa brève incursion jusqu'à la cellule de Sirius l'avait profondément marqué. Il régnait un tel désespoir, là-bas !

« Nous pouvons passer des jours et des jours à chercher la coupe de Poufsouffle, Remus. Ou nous pouvons demander directement à Rodolphus ce qu'il en a fait.
- Ou alors, nous pouvons déclarer forfait et passer le relais à Dumbledore ! contra le jeune homme. Sirius ! Tu te vois vraiment retourner là-bas ?! Et comment ferais-tu, hein ?
- Je ne sais pas. Pas encore. Mais je suis sûr que Regulus pourrait trouver un moyen de me faire entrer. Il a bien réussi à me faire sortir !
- En utilisant la magie noire ! Tu disais que tu ne voulais plus de ces méthodes !
- C'est vrai… Mais il existe sûrement d'autres moyens.
- Des moyens qui n'utilisent pas de cadavres levés de leurs tombes… lâcha Remus, glacial.
- Ça me fait froid dans le dos à moi-aussi, Remus, protesta Sirius, tendu.
- Alors laisse tomber ! »

Sirius se frotta les tempes en soupirant. Lui-aussi, semblait sur le point de craquer, réalisa Remus. Raison de plus pour qu'il ne commette pas de folie !

« Et puis, pourquoi toi ?! demanda-t-il encore.
- Je suis le mieux placé pour ça, non ?
- Non ! Je pourrais très bien le faire ! Je suis déjà aller là-bas, tu te souviens ?
- Oui, répondit Sirius, avec un rire bref. Tu étais très mignon, avec ta robe… !
- Arrête ! Je suis sérieux !
- Moi-aussi. Quand tu es venu, tu étais avec les gardiens. Et sans les Détraqueurs. Qu'est-ce que tu feras, lorsqu'ils se presseront tous autour de toi ? Tu n'en viendras jamais à bout, même armé de ta baguette !
- Parce que toi, tu pourras !
- Sous ma forme canine, ils m'ignorent.
- Mais ils t'affectent quand même, n'est-ce pas ? Sirius ? »

Sirius ne répondit pas, les yeux rivés sur ses genoux.

« Je ne comprends pas… plaida Remus, à bout d'arguments. Pourquoi tu tiens tellement à retourner là-bas ?!
- Pour avoir le contrôle ! répliqua Sirius avec véhémence. Pour ne plus me sentir victime de tout ça ! Quand je ferme les yeux, j'ai l'impression… J'ai l'impression d'être revenu dans ma cellule… Et j'ai tellement peur, Remus… !
- Et tu penses que ça s'arrangera si tu vas là-bas ?
- Si j'affronte Azkaban de mon plein gré, en ayant la certitude de pouvoir en partir quand je le souhaite ? Oui.
- Mais tu ne peux pas être sûr de ça, tu ne peux pas être certain que les choses iront bien, et que tu pourras quitter la prison en toute sécurité ! Je ne veux pas… Je ne veux pas te perdre, Sirius. Pas encore. »

Sa gorge était tellement nouée qu'il en était presque suffoqué. Sirius pouvait peut-être affronter Azkaban une nouvelle fois, après tout, il était tellement fort… Mais lui, Remus… Il ne se sentait pas le courage d'endurer encore la perte de son dernier ami.

« Et Harry ne le supportera pas non plus, Sirius… » ajouta Remus, faiblement.

Sirius ne semblait plus aussi déterminé, d'un seul coup. Sa belle assurance était plus que fissurée, et il ne répondit pas, se contentant d'attirer son ami contre lui.

XXXXXXX

Harry n'arrivait pas à dormir. Il se retourna dans le lit de Sirius, son nounours serré contre lui. Il aurait voulu que son parrain soit là, comme la nuit précédente. Ou Remus. Mais tout seul, il avait peur. Il avait peur de la vieille dame qui parlait toute seule dans sa chambre, il avait peur de cette autre femme qui était brusquement apparue sous ses yeux, et il avait peur de l'ami de Regulus, avec son teint blafard et ses yeux trop noirs. Il avait peur de Regulus aussi, d'ailleurs. Non, pas de Regulus… De ces choses qu'il sentait autour de lui. Ces choses qu'il ne voyait pas, mais qu'il sentait. Ces choses qui lui donnaient la chair de poule et lui hérissaient un peu plus les cheveux sur la tête.

Il avait eu peur de Sirius aussi, se souvenait-il, mais c'était fini, maintenant. Parce qu'être avec Sirius, c'était un peu comme être avec papa et maman.

Il aurait voulu que Sirius soit là.

Il s'assit dans le lit, le cœur battant. Il avait l'affreuse impression qu'il n'était pas tout seul, dans la chambre. Que des choses terribles couraient le long des murs, des choses froides, mortes.

Le visage enfoui dans sa peluche, il se mit à pleurer.

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A suivre, donc... Mais je tiens à préciser : cette troisième partie ne sera pas à l'image de la saison 3 de Prison Break, pour ceux qui s'inquiètent de voir Sirius retourner à Azkaban. Il est hors de question que je réécrive une autre évasion ! Cette suite sera tournée vers la recherche des quelques horcruxes mentionnés dans les Evadés.