Vous n'y croyiez plus... et pourtant... ce nouveau post n'est pas une note d'auteur vous annonçant qu'après plus de deux ans sans nouvelle j'abandonnais ma fanfiction, mais non. C'est bel et bien la suite !

Alors, je sais que je risque de ne plus avoir de lecteurs après tout ce temps d'abandon, mais je poste quand même. Sait-on jamais ? En tout cas, quoiqu'il arrive, je pense que je posterais tous les chapitres restants pour pouvoir changer le statut de ma fanfiction, et dire définitivement au revoir à cette histoire ^^

Bref, je vais pas trop blablater !

Enjoy !


Chapitre 16 : Réveil

- Pardon ? m'écriais-je, incrédule. Tu as fais quoi ?

Tout penaud, Sirius se gratte l'arrière du crâne, probablement en train de monter de toute pièce une excuse qui pourrait sauver sa peau.

- Hum… Apparemment, tu as un problème d'oreilles, je devrais t'emmener voir Mme Pomfresh, elle s'occupera de…

Laissez-moi rire ! Il n'a pas trouvé mieux que ça ?

- Me prends pas pour une poire Sirius, tu sais très bien que j'ai parfaitement entendu, c'est juste que j'ai du mal à concevoir que tu aies osé faire ça ! coupai-je.

Je me contiens autant que faire se peut. Je place une main sur ma propre bouche afin de m'empêcher de lui faire une scène en plein milieu du couloir. Je le foudroie du regard une demi-minute histoire de le faire culpabiliser un maximum. J'avoue que j'en profite aussi pour retrouver la maîtrise de moi-même. A présent que c'est réglé, je poursuis mon sermon.

- Reprenons…

Sirius ouvre la bouche et prend une grande inspiration, s'apprêtant à argumenter sa cause. Je ne lui en laisse pas l'occasion :

- Non… Non, n'essaye même pas, tu vas aggraver ton cas et crois-moi, ce n'est pas ce que tu veux.

Il fronce les sourcils, me fixant droit dans les yeux. Il me jauge, c'est évident. Apparemment je lui ai fait peur par le passé parce qu'il hoche imperceptiblement de la tête.

- Je disais donc, poursuivis-je fraichement.

- Oh allez ça suffit ! Tu vas pas monter sur tes grands chevaux, juste pour…

Evidemment. A quoi je m'attendais ? C'était totalement improbable que j'influence suffisamment Sirius pour qu'il se sente fautif au point de comprendre ses erreurs. Quelle utopiste je fais-là.

- Pour ? répétai-je, ahurie.

Il grogne. Littéralement.

Il me fait penser à son Animagus. Il croise les bras avec colère, et me présente son profil. Il y a un petit instant en suspens durant lequel je m'interroge sur la finalité de notre dispute. Après tout, est-ce que cela vaut vraiment la peine de se chamailler pour ça ? Nous ne sommes pas tant concernés. Sauf que si je ne cherche pas des noises à Sirius au moins deux fois par jour, je trouve que la journée manque de piment.

Cela fait deux fois aujourd'hui. La première remonte au petit-déjeuner quand mon cher et tendre s'est éclipsé aux cuisines pour carotter des pâtisseries. Merci l'hygiène de vie ! Une chance qu'il s'entraîne tant au Quidditch… Hmm son torse musclé, ses bras puissants, ses fesses fermes… Bref. Je papillonne des yeux pour me replonger dans la situation. Ha oui : Sirius, pas bien, dispute.

Il fait volte-face brusquement. Un doigt tendu sous mon nez, il hausse le ton avec humeur :

- Parce qu'il fallait l'aider ! Un point c'est tout ! Fallait bien qu'il passe à autre chose. Et qu'est-ce que j'ai fait ?

- Des conneries ! rétorquai-je au tac-au-tac.

- Quoi ? Nan mais n'importe quoi ! s'exclame-t-il. Je l'ai aidé ! Voilà ce que j'ai fait ! J'ai assuré mon rôle d'ami comme doit l'être un véritable ami dans de telles circonstances !

- Ton rôle d'ami ? Tu te fiches de moi c'est ça ? Qu'est-ce que t'avais à t'en mêler ?

- Qu'est-ce que j'av… répète-t-il hors de lui. Là c'est toi qui te moques de moi…

- Mais non, pas du tout.

- Bien sûr, toi ça te plait !

J'accuse le coup. Je secoue la tête de la négative. Qu'est-ce qu'il me chante-là ?

- Fais pas l'innocente s'il te plait, c'est moche… me reproche-t-il.

- Qu… Quoi ? Mm… Mais… Comm… ?

Je ne parviens même plus à terminer mes phrases.

- Allez ça va, pas à moi. J't'en prie. Admets-le, tout simplement.

- Admettre quoi, Sirius ? lâchai-je à brûle-pourpoint.

- Mais que ça te plait de me rendre jaloux en me rappelant par moment que tu as un prince charmant qui t'attend dans l'ombre.

Les yeux ronds, je l'observe. Après trois longues secondes de mutisme, je marmonne :

- « Prince charmant » ?

- Ouais, appelle-le comme tu veux. Prétendant ou lot de consolation. Au final c'est du pareil au même.

- Mais Sirius… commençai-je.

Il n'en a cure. Il continue sur sa lancée :

- Je n'allais pas laisser mon pote draguer ma copine. Sous mes yeux en plus ! Cet enfoiré ! Il s'attendait à quoi sérieusement ? Que j'allais attendre que tu tombes dans ses filets, les bras croisés ? Tsss… C'est mal me connaître ! J'ai de la ressource qu'est-ce qu'il croit ? C'est simple, jamais personne ne m'a piqué une gonzesse, alors toi c'est mort. Même pas faut qu'on t'approche ! Attends Hermione, tu te rends pas compte, tu es ma copine ! J'veux dire, tout est dit !

Je suis sidérée. Emoustillée aussi… Quelle tirade enflammée ! Que va-t-il me réserver pour la Saint-Valentin ? Mon petit cœur en amouraché bat avec plus de vigueur contre ma poitrine.

- Ta copine… Hé bien, tu sais te montrer possessif quand tu veux.

- Possessif ? Moi ? sursaute-t-il. Non, pas du tout, c'est juste une façon de parler.

- Oui, bien sûr… Enfin, tu as juste essayé de cacher ça derrière de belles valeurs comme une grande amitié sans faille.

C'est le coup de grâce. Il va abdiquer. Je jubile, tant j'en suis certaine.

Il soupire, ses bras retombent le long de son corps.

- Bon d'accord. J'avoue, je suis un peu possessif, et c'est pour ça que j'ai arrangé cette rencontre entre cette Poufsouffle et Remus, en imitant leurs écritures et en utilisant leurs hiboux.

Gagné.

Il colle son corps contre le mien tel un prédateur, ses mains parcourent mon corps et ma nuque. Il me scrute une seconde, son sourire aussi fiévreux que son regard.

D'un mouvement à la fois rapide et doux, il capture mes lèvres.

.

Je tends soudain l'oreille.

- Mais ils ne peuvent pas s'aimer… Je croyais qu'ils se détestaient…

Un peu plus loin, Maria me tourne le dos pour faire face à son interlocutrice : Lily. Cette dernière poursuit :

- Tu savais toi ?

La longue chevelure soyeuse de la blondinette fouette l'air, puis elle explique :

- Il faut croire que nous nous sommes trompées.

- En effet.

- En attendant, ils font un drôle de couple. Sirius est beaucoup moins susceptible depuis qu'ils sortent ensemble, et moins casse-cou aussi…, note Maria. Hermione le canalise.

Lily se prend la tête dans la main. Après un court instant, elle murmure dans un souffle :

- Elle me déteste ! J'en suis certaine !

Maria, pose une main réconfortante sur son épaule, lui demandant par la même occasion ce qui lui fait croire cela.

- Tu ne comprends pas, rétorque la rouquine, tu te souviens l'anniversaire de Sirius ?

L'autre approuve d'un signe de tête.

- J'ai moi-même demandé expressément à Hermione pour qu'elle ne vienne pas…

Un petit cri aigu s'échappe de la bouche entr'ouverte de Maria :

-Tu n'as pas fait ça ?

Lily se mordille la lèvre inférieure.

- Si… Et j'ai fait pire…

- Impossible, coupe Maria.

- Je lui ai donné des raisons infaillibles pour qu'elle s'abstienne de venir « gâcher » la fête, termine Lily en mimant les guillemets, si tu vois ce que je veux dire.

- Je vois parfaitement… Tu voulais seulement une super fête pour ton ami. Tu ne pouvais pas savoir qu'ils étaient en couple à cette époque. Ils le cachaient si bien, personne ne savait, répond son amie avec un ton condescendant pour la déculpabiliser.

- Oui, je sais mais bon… Comment me faire pardonner ?

- En lui en parlant en tête à tête.

Lily hoche la tête. Dans les minutes qui suivent, elle prend son courage à deux mains et vient me voir, m'offrant ses plus plates excuses… Que j'accepte aussitôt. On se serre dans les bras, cela fait si longtemps. Je réalise à cet instant à quel point elle m'a manqué.

.

Derrière le voile opaque que forment mes larmes devant mes yeux, la réalité s'impose à moi.

Implacable.

Destructrice.

Le souffle court, je n'ose y croire. Je crains d'y croire.

Qu'est-ce que je fais là ?

.

- Ce soir c'est la pleine lune, tu as oublié ?

J'observe Sirius avec émotion. Comme à chaque apogée lunaire, la peur m'étreint. Paralysante. Je lui offre un sourire faible. Par ailleurs, c'est plus une grimace craintive qu'un sourire. Avec délicatesse, mon amoureux m'attire contre lui. L'oreille contre son torse, j'entends son cœur battre, régulier, calme. La chaleur de son corps m'envahie, me rassure au même titre que ses bras forts qui m'enserrent.

- Comment oublier un truc pareil, marmottai-je.

Sirius émet un rire qui me secoue à l'unisson.

- Quoi ? fulminai-je.

- Rien…

- Comment ça « rien » ? Ca ne veut rien dire « rien » ! Alors je t'écoute ! Explique-toi !

Je sens mon anxiété imbibée de colère grandir en moi. Je serre donc les dents en attendant qu'il parle. Après m'avoir fait remarquer que « rien ne veut rien dire » est, je cite : « carrément antagoniste », il consent à formuler un éclaircissement :

- C'est toi… C'est tout.

Cette fois je me recule, me détachant de lui. Mon regard vrillé sur le sien, je le somme d'arrêter de se moquer de moi. Pour qui se prend-il ?

- Ne te vexe pas 'Mione, laisse-moi juste me délecter de tes crises d'inquiétude. Tu ne peux pas imaginer à quel point ça me fait plaisir !

- Pardon ? m'écriai-je. Moi ? Inquiète ? Ha tu crois ça ! Mais tu sais quoi, tu peux partir à l'aventure, risquer de te faire déchiqueter ou mieux, te faire transformer, je m'en moque ! J'en serais même heureuse si tu savais.

Je boue littéralement. Un instant, il accuse le coup, le visage fermé et les sourcils froncés. Il a un tic au coin des lèvres qui trahi l'état de ses pensées. Bien que je ne sache pas exactement ce qu'il se passe dans sa tête, je vois bien qu'il y a un souci avec ce que je viens de lui dire. La vérité, c'est que cela me rassure que mes paroles prennent sens dans son esprit. Je prie Merlin que pour une fois, il soit attentif à ne pas risquer sa vie coûte que coûte. Cela changerait de d'habitude, mais je n'ose réellement y croire. Sirius est bien trop tête de mule et loyal envers Remus pour montrer quelque égard envers mes peurs.

- Oui, et à dire vrai, tu aimes tellement les challenges qu'il est certain qu'être la petite amie d'un loup-garou est un défi auquel tu aspires, riposta sèchement Sirius.

Sourcils haussés et bouche entrouverte, je scrute ses yeux de métal.

- T'es qu'un abruti, balançai-je finalement.

Après un soupir et un coup d'œil au Ciel, je le quitte et m'éloigne à grands pas, à deux doigts d'exploser ma façade hardie. Je ne suis qu'une idiote pour me mettre dans de tels états à cause des frasques d'un garçon. Inspirant profondément, je fais mon possible pour craquer le plus tard possible. Mon objectif présent : tenir jusqu'à l'angle du couloir, situé approximativement à quinze mètres de là. J'accélère le rythme.

Inspiration. Expiration. Inspiration…

Je prends le virage.

Les larmes perlent aux coins de mes yeux.

J'émets un cri à la fois de douleur et d'étonnement, je me masse l'abdomen à l'endroit du choc. Furibonde, j'observe le minuscule premier année d'un mètre trente qui se frotte vigoureusement le crâne. Le regard sombre, je l'intime de s'expliquer.

- M-M-M… Miss Grrr-Grr… Granger ? bégaya-t-il.

Ma colère contre lui s'évanouie dans la seconde qui suit. Le pauvre est blanc comme un linge. Depuis quand je martyrise les plus jeunes ? Je suis indigne ! Je deviens comme Malfoy ! Je fronce les sourcils à cette pensée, pourquoi je pense à lui ? Et pourquoi le gamin de onze ans et des bananes me regarde avec des grands yeux comme s'il me cherchait ?

- Oui, qui t'envoie ? demandai-je du bout des lèvres.

Le petit me tend fébrilement un courrier.

- De Monsieur le Directeur, Miss.

Etonnée, je la lui arrache des mains. Il n'attend pas plus longtemps pour déguerpir en hâte. Sans me soucier de son cas, je décachète la missive. Dumbledore m'y annonce en quelques phrases qu'il souhaite me voir impérativement dans son bureau, il a une annonce importante à me faire. Ma curiosité est piquée au plus haut point. Oubliées mes larmes. Oubliée ma rancœur envers Sirius. Oubliée la terrible nuit qui l'attend.

Je cours.

Aussi vite que mon corps me l'autorise. La distance qui me sépare de l'office me paraît si longue ! Finalement, c'est à bout de souffle, et les joues brûlantes, que je parviens devant la gargouille qui garde l'entrée. Fiévreuse, je défroisse la lettre que j'ai gardée dans le creux de mon poing. Le Directeur a rédigé un Post-scriptum où il me donne son mot de passe.

- Dragon en cacahouète caramélisée ! m'écriai-je.

Etonnamment, la première pensée qui me vint en le prononçant, fut que j'ignorais qu'il existait des bonbons de dragons en cacahouètes caramélisées. Mais déjà, je me précipitais dans les escaliers. La porte s'ouvrit à la volée dès que j'arrivai à l'étage, Dumbledore se tenant sur le palier.

- Entrez Miss Granger, entrez vite !

Il est surexcité. Il referme rapidement la porte dans mon dos. Sans plus attendre, il reprend la parole.

- Miss, vos amis et moi-même, avons trouvé un moyen de vous ramenez chez vous ! Il n'y a pas de temps à perdre. Nous avons jusqu'à dix-neuf heure ce soir, or il est déjà dix-sept heure passée.

- Je ne comprends pas… commençai-je sans savoir exactement où je voulais en venir.

Il se retourne vers moi, son regard pétillant braqué sur moi.

- Le premier septembre dernier, à dix-huit heure, cinquante-huit minutes et vingt-trois secondes précisément, vous êtes apparue ici, dans cette époque qui n'est pas la vôtre. Or aujourd'hui, voilà précisément six mois que…

- Je vous ai rejoint, terminai-je.

Une ébauche de compréhension se forme dans mon esprit, mais je lutte contre. Je ne veux pas partir. Je ne le veux plus !

- Exactement ! apprécia Dumbledore. Donc à 18h58 et 23 secondes — je vous épargne les centièmes et millièmes de secondes —, vous devrez vous tenir là où vous avez atterrit la première fois afin d'être renvoyée au Temps auquel vous appartenez. Evidemment, vous arriverez dans le Poudlard Express, à 12h58…

- 23 secondes, j'ai saisi le principe, grinçai-je.

Dumbledore croise les bras. Il fait une pause dans son speech.

- Miss Granger, si mes explications ne vous intéressent pas, dites-le moi. Nous gagnerions un temps précieux.

- Excusez-moi Monsieur. C'est la pression. Je ne voudrais pas me retrouver dans un nouvel espace-temps auquel je n'ai toujours pas ma place.

C'est un vilain mensonge ! Certes cela m'inquiète, mais pas autant que de me faire à l'idée de ne plus jamais revoir Sirius. Ni sentir sa peau contre la mienne, ses caresses, son odeur, ses lèvres… Son humour à toute épreuve, sa passion, sa personnalité complexe, son caractère têtu… Bref, lui. Dans son ensemble.

Je sens les larmes gonflées sous mes paupières. Non, décidément, je ne peux pas partir. Je crois que j'en mourrais. Peut-être pas physiquement, mais comment et où trouverais-je quelqu'un comme lui ? Peut-être que je ne suis pas née au bon moment ?

Dumbledore me scrute intensément. Il lit en moi. Il sait.

- Miss Granger, je pense que vous devriez tout essayer pour être avec vos amis. Croyez-moi, les regrets autant que les remords sont de véritables ennemis. Vous avez un rôle à jouer dans cette bataille. J'en suis certain.

Détruite.

J'hoche la tête. Je dois me faire à cette idée. J'ai un devoir à accomplir, j'ai promis à Harry que je serais toujours à ses côtés, que jamais je ne l'abandonnerais.

- Donc, à 18h58 je vais dans le Hall, vous faites ce que vous avez à faire et je rentre chez moi, dans vingt ans, dans le Poudlard Express à 12h58.

- Oui, enfin vous rentrez à vingt ans plus tard mais vingt ans moins six heures !

Je fronce les sourcils. Je suis sensée comprendre une nouvelle subtilité ? Ou il fait de l'humour ?

- Je ne fais pas d'humour, Miss. C'est simplement que vos amis et moi-même avons travaillé pour rendre tout cela possible, nous nous sommes entrainés avec des objets, mais il y avait toujours ce décalage de six heures. Savez-vous pourquoi ?

Je fais « non » de la tête.

- Parce que durant ce laps de temps, il y a une brèche dans le Temps et l'Espace qui est ouverte. C'est-à-dire que Voldemort, s'est donné six heures pour assassiner James Potter et Lily Evans. Et à la fin de ces six heures, la brèche se referme, bloquant le voyageur à l'époque où il est. Le point d'ancrage étant l'harmonica. Avec sa baguette, Voldemort écrit la date complète et il se matérialise dans le Hall de Poudlard à la date voulu.

Tout se mélange. Assassiner ? James et Lily ? Comme ça Harry ne voit pas le jour… Mais Neville aussi est né le 31 juillet… Les Longdubas devaient aussi faire partie du plan de meurtres. Comme ça la prophétie n'existerait plus. C'est diabolique.

Quant à l'harmonica en argent, je me souviens à peine de cet objet que j'avais retrouvé dans ma poche. Celui qui était tombé de la veste du Lord Noir, pour se retrouver sur moi.

- Il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi Voldemort était présent lors de l'attaque du Poudlard Express puisqu'il prévoyait de changer d'espace-temps d'une minute à l'autre ?

- Parce qu'il a commis une erreur. Vu l'endroit où il se trouvait quand vous l'avez percuté — un compartiment vide si je me souviens bien — il devait tout juste venir de se rendre compte qu'il y avait un problème. Qu'il avait mal établi les différentes variables.

Il regarda son immense horloge.

- Vos amis vous expliqueront le reste. Pour l'heure, si vous souhaitez faire vos adieux, il ne vous reste que peu de temps. Inventez une histoire plausible et retrouvez-moi dans le Hall. N'oubliez pas : 18h58 !

Il m'ouvre la porte et me pousse vers la sortie. J'ai moins d'une heure pour les trouver avant de les quitter. A tout jamais.

Une sueur froide me parcoure le corps, du bas du dos jusqu'à la nuque. Je ne veux pas m'en aller ! Néanmoins, une partie de moi souhaite ardemment rentrer « à la maison »… Mes… Mes parents me manquent… Ma vie là-bas me manque…

.

Ma valise est prête. J'ai fourré l'ensemble de mes affaires dedans. Mon lit à baldaquin est défait, les draps et couvertures envoyés à la laverie de l'Ecole. Mon visage est retiré de chaque photo où j'apparaissais.

J'efface mes traces.

Je n'existe plus dans ce Temps. Je n'y ai même jamais existé. Les lois de la physique m'ont rattrapé. Les larmes coulent le long de mes joues, je renifle bruyamment, et les essuie d'un revers de la main. Je me laisse glisser au sol et m'assoie sur ma malle rectangulaire. J'observe le dortoir comme si c'était la dernière fois que je le voyais, alors que je sais pertinemment que je retrouverais le même dans « vingt ans moins six heures ». La différence réside dans les personnes qui y séjournent. Lily, Maria et Laura vont tellement me manquer ! L'amitié que je partageais avec elles n'a rien de comparable avec celle que j'ai avec Ginny ou Luna. La cadette des Weasley en tant que petite sœur de Ron, c'est à force de se côtoyer que nous sommes devenues amies. Quant à Luna, je ne la considère pas exactement comme une amie, elle est trop décalée par rapport à moi, je suis rationnelle alors qu'elle croit en tout sans preuve aucune. Avec les filles de 78, notre rapprochement a été naturel, tacite, par accumulation d'atomes crochus.

Mais le plus dur, je l'admets, reste de quitter Sirius, même si c'est pour retrouver Harry et Ron. Dans la balance, le choix est difficile. D'un côté l'homme que j'aime, de l'autre mes meilleurs amis. Dit comme ça, Sirius gagne. Mais les mots de Dumbledore me frappent de plein fouet. Il a raison, j'ai un rôle à jouer dans cette Guerre. Ma conscience m'oblige à rentrer chez moi, à mon époque, là où on a besoin de moi. Et qui sait ? Si je ne suis pas née à l'époque de Sirius, ce doit être parce que mon âme sœur existe à mon époque. Je me mordille les lèvres à cette pensée. La moitié de Sirius doit probablement l'attendre quelque part ici… Ma présence chamboule tout. Je l'empêche de vivre sa vie, je ne peux pas lui imposer ça. En restant je lui vole son avenir !

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- Hermione ? appelle une voix masculine. Hermione ? Tout va bien ?

Mon cœur bondit dans ma poitrine, mais je ne sursaute même pas. Non, rien ne va. Ce n'est pas parce que mes larmes se sont taries que cela signifie que je vais bien. Ce n'est pas parce que mon cœur bat qu'il n'est pas meurtri pour autant.

Je me lève lentement, comme ralenti, puis m'éloigne sans un regard pour mon interlocuteur. J'ouvre la porte et lui indique la sortie, de façon tacite. Le message est reçu cinq sur cinq.

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- Sirius ? appelai-je doucement.

Il marche devant moi, au milieu du couloir du 7ème étage. Je crains de le voir. Je crains de lui dire l'excuse minable que j'ai trouvée. Mais, plus que tout, je crains sa réaction.

- Ouais ? répondit-il sans ralentir. J'espère que tu viens pour quémander des excuses parce que je ne tolérerais rien d'autre venant de toi ce soir.

Je me tortille les mains, nerveuse. Comment puis-je dire ce que je vais dire pour qu'il y croit ? J'inspire profondément pour me détendre. Tout ce qu'il me faut c'est trois secondes de courage pour me lancer.

- Justement, il faut qu'on parle tous les deux. Tu peux t'arrêter s'il te plait ? dis-je avec un calme froid qui ne me ressemble guère en sa présence.

Il se fige soudain. Il se tourne d'un bloque, sourcils froncés, yeux plissés et lèvres pincées. Il me scrute avec intensité, il cherche à comprendre. Il cherche la faille, la fourberie dans mon regard ou mon attitude. Nous restons à quelques mètres l'un de l'autre, sans prononcer un mot.

- Je te quitte, lâchai-je de but en blanc.

- Pardon ?

Un rire moqueur le secoue tout entier. Il n'y croit pas, je dois me montrer plus convaincante que ça.

- Si tu veux ne pas me prendre au sérieux c'est ton choix, mais tu vas vite déchanter.

Cette fois, il s'arrête de rire. Il se passe une main dans les cheveux. Ce sont des signes qui tendent à prouver qu'il commence à douter.

- Qu'est-ce que tu me racontes là ? Tu… On ne va pas se séparer ? C'est une blague…

- Hé oui Black, pour la première fois de ta vie, tu es en train de te faire jeter par une fille. Fallait bien que tu testes cette expérience toit qui aime tant…

- La ferme ! me coupe-t-il.

Je sursaute et déglutie difficilement.

- Depuis quand tu m'appelles par mon nom de famille ? ajoute-t-il durement. Et qu'est-ce que…

- … tu me racontes là ? complétai-je.

Ses mains tremblent de rage. En trois grandes enjambées, il se tient devant moi, me dominant de toute sa hauteur.

- Te fous pas de moi ! écume-t-il.

- C'est là tout le problème, Black, je suis on ne peut plus sérieuse. Je te quitte. C'est tout.

- C'est tout ? répète-t-il hors de lui.

- Que veux-tu ? Toi et moi on se ressemble : tous les deux on aime les défis et les paris…

Il se prend la tête entre ses mains, fait un tour sur lui-même. Il marmonne quelques mots inaudibles, avant de me faire face à nouveau.

- Comment ça des défis et des paris ? T'es en train de me dire que je suis le lot d'un pari ? C'est ça ? Est-ce que j'ai raison ?

Je ne réponds pas. Je n'y arrive pas. Lui mentir est trop difficile, lui faire du mal m'est insupportable.

- EST-CE QUE J'AI RAISON ? s'époumone-t-il.

Son visage tout proche du mien me déstabilise. Son regard furieux m'arrache le cœur et les tripes. Mais la raison me rattrape.

- J'ai parié que je te larguerais après t'avoir donné l'impression de t'appartenir entièrement…

Il ferme les yeux et penche légèrement la tête sur le côté comme s'il ne pouvait croire ce qu'il entendait. Seul un souffle chaud s'échappa de ses lèvres entr'ouvertes. Il se redressa finalement, puis rouvrit les yeux. Il grimaça de tristesse tout en hochant la tête de haut en bas, lentement. Il recula de quelques petits pas tout en me fixant de ses yeux de métal en fusion.

- Je vois… murmure-t-il. D'accord, je vois… Je suis un salaud, je n'ai eut que la monnaie de ma pièce…

Je ne bouge plus, je respire difficilement. J'ai mal. Je suis une abomination d'avoir fait ça.

- Mais dis-moi… tu as vraiment fait semblant tout le temps ?

Le coup de grâce.

- Non. J'ai vraiment prit mon pied avec toi au lit. Mais ça tu le savais déjà vu que tu as une réputation de super plan cul.

- Un plan cul… Et bien c'est parfait…

Il prend une grande inspiration par le nez.

- Une autre question me taraude l'esprit… Je peux ?

J'approuve d'un signe bref de la tête.

- Et… hum… Et Remus dans tout ça ?

Là je ne comprends pas où il veut en venir, mais je dois vraiment tout faire pour qu'il m'oublie et se reconstruise rapidement.

- Remus n'a rien à voir dans le pari, mais maintenant que j'ai réussi, je vais pouvoir retourner avec lui… ou un autre des siens… C'est un loup-garou, il m'intimide et… je dois dire que j'adore ça…

Je me mordille la lèvre inférieure et penche la tête sur le côté. Il place son poing fermé devant sa bouche, comme pour s'empêcher de parler.

- Je le savais… finit-il par dire.

Nous nous fixons en chien de faïence encore quelques longues secondes. Je suis un être horrible. Je vois la tristesse mêlée à la déception habiter ses traits.

- Bien… donc, je suppose qu'on s'est tout dit…

J'hoche la tête. Je ne peux plus parler. Ma gorge nouée m'en empêche.

- Je te souhaite pleins de bonheur avec tes loup-garous, et… Va te faire voir salope !

Le dernier de ses mots est craché. Il le pense de tout son corps. Il fait brutalement demi-tour et s'éloigne à toute allure. Je fonds en larme. Je n'arrive pas à croire que j'y suis parvenue. Il me hait, j'en suis certaine. J'ai choisi de lui balancer à la figure ce qu'il craignait en sortant avec moi.

.

- Quoi ? s'écrie Lily.

- Je pars, répétai-je. Je quitte l'Ecole.

- Mais… Comment ? interroge Maria.

- Non, surtout, c'est pourquoi tu pars ? demande Laura.

- Je n'ai pas le choix. Dumbledore m'a trouvé des parents éloignés en Australie, je vais devoir aller vivre là-bas, menti-je avec aplomb.

A ce rythme-là, je vais devenir une experte en mensonge, toutes catégories confondues. Néanmoins, je leur offre un sourire triste, loin d'être factice. Elles vont réellement me manquer. Terriblement. Je sens les larmes poindre au coin de mes paupières. Je laisse échapper un petit soupir résigné.

- Oh non… c'est pas vrai, tu nous quittes vraiment, alors ! s'exclame Maria.

Je me mords la lèvre inférieure et acquiesce, démoralisée. Ma dispute toute récente avec Sirius ne quittant plus mes pensées, ne m'aide en rien pour tenir le choc. Maria s'approche de moi tout en écartant ses bras pour m'accueillir contre elle. Je me laisse complètement aller, je sens que mes deux autres amies me serrent aussi entre leurs bras. Ce cocon protecteur qu'elles construisent autour de moi me rassure, je réalise à quel point j'ai besoin d'elles, de leurs soutiens et de leurs présences. Je pressens qu'elles vont me manquer au-delà de ce que je prévoyais. Je reste une dizaine de minutes de plus avec mes trois amies, avant de me décider à les quitter.

- Est-ce que vous pourrez prévenir les gars ? Je… Je n'ai vu que… Sirius…

Ma gorge est sèche, alors que mes yeux s'humidifient à nouveau. Lily réagit aussitôt.

- Oh… Oui, pas de problème, on les préviendra, s'empresse-t-elle de dire.

- Merci, dis-je en lui tenant le poignet. Maintenant, je dois y aller. Dumbledore m'attend.

Mes amies, visiblement émue, essuient leurs larmes.

- Tu vas me manquer, murmure-t-elle.

- Toi aussi ! avouai-je au tac-au-tac. Vous aussi les filles !

- A moi aussi, s'écrièrent Maria et Laura à l'unisson.

.

Une dispute qui éclate.

Des voix qui chuchotent.

- Puisque je te dis qu'elle va mal… disait la jeune femme.

- Mais je le vois bien, je ne suis pas stupide ! répliqua son compagnon.

- Pas la peine de t'énerver contre moi !

Un soupir.

- Excuse-moi, c'est juste que… je m'inquiète pour elle, voilà tout.

- Oui moi aussi… D'ailleurs… j'ai peur qu'elle fasse une connerie…

Je ferme fort mes paupières. Je voudrais ne plus les entendre.

.

18h56.

Dumbledore m'observe. Je sens son regard sur moi.

- Vous êtes prête ? demande-t-il.

Sans prendre la peine de lui faire face, je prends le temps de peser mes mots, avant de lui répondre avec conviction :

- J'ai le devoir de l'être, monsieur.

Je n'ai pas la force de me tourner pour voir son visage. Maintenant que j'ai pris ma décision, j'ai peur de me rétracter. De longues secondes s'engrainent dans le silence pesant qui nous entoure, jusqu'à ce qu'un froissement de tissu vienne le troubler.

- Tenez Miss, vous allez avoir besoin de ça.

Cette fois, je suis obligée de me tourner vers le vieil homme. Mon regard se pose sur sa main tendue. Je place ma main droite sous la sienne et réceptionne un objet froid, long et plutôt lourd pour ses dimensions. L'harmonica. Finalement, je croise le regard du mage. J'y trouve des sentiments contradictoires que je ne parviens pas à déchiffrer.

- Vous êtes une femme forte, Miss, dit-il simplement.

- Si vous le dites, marmonnai-je.

Ces satanées larmes se pointent à nouveau, je les efface avec brutalité.

- C'est pour bientôt, annonce Dumbledore.

En effet, je sens ma paume droite brûler là où se trouve l'instrument de musique. Je sens mon corps de tordre, se distendre, être comprimé à l'extrême. Respirer devient difficile. J'ai mal aux yeux, alors je clos mes paupières. Un bourdonnement assourdissant me vrille le crâne. Je n'entends rien d'autre. Le transfert débute.

.

- Par Merlin… Ca a marché ! hurla une voix féminine.

Je ne parviens pas à la reconnaître. Les acouphènes dans mes oreilles sont trop insistants.

- Hermione ? Tu nous entends ?

Sérieusement ? On me secoue maintenant ? Franchement, c'est dur… Je cligne difficilement des paupières, mais au final, je garde les yeux clos, la lumière est trop aveuglante. J'ai la bouche pâteuse, et j'ai l'impression que mon corps pèse dix fois son poids.

- En quelle année somme-nous ? réussis-je à marmonner d'une voix rauque.

Il y a quelques instants de flottements jusqu'à ce que la femme se décide à me répondre.

- Nous sommes en 1999, Hermione. Tu… Hum… Tu as fait une sorte de voyage temporel, tu as été éloignée de nous pendant six mois exactement.

- Oui… J'étais à vingt ans moins six heures de chez vous… ajoutai-je faiblement.

- De chez toi... enfin de chez « nous », tu veux dire, corrigea un homme que je reconnu comme étant Harry.

Une larme roule sur ma joue.

- Oui… Oui, c'est ce que je voulais dire, soufflai-je.


Et oui, nous y voilà ! Hermione a quitté Sirius, et elle ne l'a pas fait dans la dentelle ! Je sais c'est vraiment méchant, mais je réserve encore quelques surprises (hé oui ^^)... Notamment un PoV Sirius, pas dans le prochain chapitre, mais juste après.

Pour l'instant, je vais renouer avec des personnages plus connus, vous savez Harry, Ron, Ginny et tout le reste de la compagnie, mais ça, vous vous en doutiez =)

Bon, je compte sur vous pour les reviews, ça me motive toujours à poster plus vite !

Bisous bisous

A très vite, j'espère !