Note: cette histoire, dans la chronologie de Fullmetal Alchemist, se place après le Film, Conqueror of the Shambala.
Edward et Alphonse se sont donc rerouvés de l'Autre Côté de la porte, où il leur est impossible d'utiliser l'alchmie.

Sur ce, Enjoy !

Envy vs Jealousy

Edward et Alphonse se tenaient debout, au milieu d'un trottoir, et regardaient avec grand intérêt la boutique ambulante de l'autre côté de la rue.
Leurs bras croisés ne cessaient de se contracter pour lutter contre le froid, tandis qu'ils avaient enfoui leurs mains à un endroit stratégiquement chaud, c'est-à-dire leurs aines. Alphonse claquait des dents. Son grand frère grognait discrètement, alléché par le délicieux fumet de quelques tranches de jambons. Dans la devanture de l'échoppe ambulante, de nombreux pains apetissant, et des ribambelles de saucisses pendant à des crochets, leur faisaient terriblement envie.

- Ed, gémit le cadet. J'ai faim.

- Et moi, alors! renchérit le jeune homme en serrant les dents. Je pourrais manger un buffle entier si j'en avais un sous la main!

Le soir tombait sur la ville de Berlin.
Depuis qu'ils étaient passés de « l'Autre Côté », les deux frères avaient eu beaucoup de mal à se loger et à se nourrir. Alfons Heidrich, qui avait précédemment accueilli Ed dans une demeure qu'il louait, avait hélas péri dans un ultime combat, et sa maison avait été revendue par le propriétaire des lieux.

Quant à Noah et sa troupe de bohémiens, ils avaient repris leur route, laissant les frères Elric's à leur propre quête.

Mais de quelle quête s'agissait-il, déjà ? Retrouver une dangereuse bombe d'uranium tombée aux mains de l'armée, ou découvrir un moyen pour passer une nouvelle fois la porte, et retrouver leur terre maternelle ?

Les frères Elric's ne savaient plus trop. D'autres soucis plus bassement humains préoccupaient pour l'instant leur esprit.

Une flamme de décision brilla subitement dans les yeux d'Edward. Il s'exclama comme à lui-même, en tapant sa main dans la paume de son auto-mail :

- Merde à la fin! J'en peux plus, j'ai trop faim! Y'a qu'à piquer un bout de pain et disparaître!

Alphonse tourna doucement ses yeux vers la figure enflammée de son frère dont les mèches blondes rebelles s'imbibaient doucement de pluie. Doucement, il tenta de calmer les ardeurs de son aîné:

- Ed… Ce n'est pas correct de voler…

- Ouai, mais c'est pas de notre faute si ce monde est pourri! Il ne connaisse pas la charité, ici! C'est correct, ça, peut-être?

- On a connu pire… la traversée du désert sans boire… des jours sans manger… Enfin! Moi, bien sur, j'étais dans mon armure, alors, je ne souffrais pas, mais j…

- Trêve de bavardage! le coupa Edward en s'élançant de l'autre côté de la rue. À la soupe, mon p'tit gars!

En trois enjambées, il atteignit l'échoppe, sauta pour attraper une ribambelle de saucisses, piqua un gros pain, et se tailla aussi sec en courant comme un malade. Alphonse, au début pétrifié, réalisa soudain qu'il était temps de sauver sa peau, et se mit à courir à la suite de son grand frère, sous les hurlements de l'épicier qui criait au vol. Les passants se retournaient sur leur passage, à la fois interloqués et inquiets. Heureusement, la plupart d'entre eux étaient trop occupés à tenir leur parapluie, ou le col de leur veste, pour réussir à arrêter les deux frères.

Ceux-ci finir par se réfugier dans une ruelle sombre, où ils s'écroulèrent à côté de caisses en bois empilées. Edward posa fièrement son butin devant lui, tandis qu'Alphonse, plié en deux contre le mur, reprenait difficilement sa respiration.

- Huuh haa … Huuh haa… Ed… ne… me fait… plus jamais ça! Huuh haa

- On va pouvoir manger, au moins, se félicita l'autre.

- Pourquoi tu n'as pas coupé tes cheveux pour les vendre, comme on a fait avec les miens? Hein? C'est vraiment pas juste!

Edward fit un regard de côté vers son frère et se défendit avec un argument aussi étrange que convaincant:

- Parce que mes cheveux, ce sont mes cheveux. Personne n'y touche.

Un maigre toit protégeait les deux frères de la pluie. L'eau qui coulait dans la gouttière faisait un bruit infernal. Les gargouillements d'estomac d'Alphonse réussissaient néanmoins à couvrir le bruit de la tuyauterie.

Edward rompit le pain en deux, y fourra à chaque fois un bout de viande, et proposa une tartine à son petit frère qui, malgré sa moralité malmenée, accepta cet apetissant sandwich. Mais alors qu'ils s'apprêtaient chacun à mordre dans leur dîner, deux mains blanches, aussi vives que l'éclair, vinrent du ciel et leur arrachèrent sans peine leur repas.
Alphonse et Edward, assis sur leur caisse de bois, levèrent aussitôt les yeux sans comprendre, et tombèrent nez à nez avec…

- ENVY! Hurla Ed en bondissant.

- Lui-même, Fullmetal Shorty! T'a toujours pas grandi, on dirait… hé hé hé…

Comme à son habitude, la voix de l'homonculus résonnait de manière profonde, envoûtante et mesquine. La tête à l'envers, les deux jambes accrochés à une vielle gouttière, le jeune homme aux longues mèches noires les narguait depuis son perchoir, ses yeux brillant de malice. Il fourra dans sa bouche à la mâchoire carnassière le premier sandwich, alors qu'Edward empilait déjà des caisses pour l'atteindre.

- ORDURE! SALE HOMONCULUS DE MES DEUX…! Tu vas voir ce que tu vas bouffer après ça…!

- Ed…! s'exclama Al, en faisant trois pas vers l'arrière, éberlué par l'apparition de leur ancien ennemi. Mais comment est-ce possible?

- Ben alors, tas de ferraille! fit Envy au cadet. T'as retrouvé ton beau petit corps, à ce que je vois! Et t'es plutôt pas mal foutu, pour un avorton de ton âge. Tu dépasses presque Shorty!

Le dit "Shorty" bondit sur son empilement de caisses et attrapa par surprise l'homonculus. Sous leur poids, la gouttière céda, et ils se retrouvèrent tous les deux sur le sol mouillé. Ils se redressèrent aussitôt. Le fullmetal envoya sa jambe vers le visage de l'homonculus, mais ce dernier l'esquiva et fila une bonne droite à son ennemi. Ed, encaissant difficilement le coup, tournoya avant que son pied ne reprenne prise sur le pavé glissant. Alphonse intervint en saisissant Envy par derrière, retenant ses bras. Edward en profita pour foncer vers l'homonculus, et lui envoya vivement son automail surpuissant dans le creux du ventre. Envy se renfrogna en retenant en cri de douleur, puis s'écroula. Le cadet Elric, qui n'avait pas relâché la prise de ses mains, retint leur ennemi pour qu'il ne tombe pas dans la flaque en face d'eux. Au lieu de cela, il le porta contre le mur, et le plaça sur une des caisses en bois. Le visage d'Envy n'exprimait plus rien. Il semblait dormir, comme un enfant vulnérable, la peau ruisselante de pluie. Son ventre, ses bras et ses jambes dénudés tremblaient sous le froid.

- Ed… gémit Alphonse en le dévisageant. Qu'est ce qu'on fait, maintenant?

- Quelle question! On l'attache, on le tue, on le vend, j'en sais rien!

- Et d'abord, pourquoi Envy n'a plus sa forme de dragon? Je… Je croyais qu'il avait fondu dans la porte après avoir dévoré notre père.

- Je n'ai pas tout vu, moi! se défendit Edward avec un regard affolé. Peut-être qu'il est revenu après! En tout cas, si l'alchimie ne fonctionne pas ici, il ne devrait pas non plus pouvoir changer d'apparence.

- Oui, c'est vrai, tenta de se rassurer le cadet. Après tout, y'a pas de raison que ses pouvoirs fonctionnent dans ce monde, et pas les nôtres…

A ce moment, Envy tourna doucement la tête. Il commençait à reprendre pied. Alphonse se crispa et saisit l'automail de son frère:

- Ed! Ed! Il se réveille! Qu'est ce qu'on fait? Qu'est ce qu'on fait?

- Merde! On le bute! décida t'il en s'approchant de l'homonculus affaibli, l'air déterminé.

Mais Envy semblait endormi, inoffensif… Et lui asséné le coup fatal alors qu'il était inconscient, après temps de chassé-croisé, n'aurait pas été loyal.

Ed, le bras tremblant, se tenait face à on pire ennemi sans pouvoir agir. Alphonse se tenait derrière lui. Il murmura à son grand frère:

- S'il n'a plus ses pouvoirs, on devrait peut-être lui laissez la vie sauve… Non…?

- Al, n'oublie pas que cet enfoiré m'a déjà tué une fois! Si tu n'avais pas transmuté mon âme, je serais de la viande-à-verres, aujourd'hui! On ne peut pas laisser ce fumier tenter son coup à nouveau!

- C'est… C'est quand m­ême notre demi-frère, fit timidement remarquer Alphonse.

- Non! Envy est une erreur de la nature, rien de plus! Il faut en finir avec lui, et l'envoyer en Enfer une bonne fois pour toute!

Mais il avait beau lancer de belles paroles, Edward n'en agissait pas pour autant, et Alphonse n'osait plus dire un mot. Les deux frères Elric semblaient être retournés à l'époque de leur enfance, sur cette île déserte, là où leur Professeur les avaient mis à l'épreuve de survivre pendant un mois, seul à seul, avec une énigme à résoudre. Lors de leur chasse, leur première prise vivante avait été un lapin, et ils n'avaient pas osé le tuer… Ni l'un ni l'autre n'en avait eu le courage...

Les yeux de l'homonculus s'ouvrirent doucement. Il sembla surpris de trouver les deux frères face à lui, immobiles.

En essayant de se relever, sans doute pour fuir, il fut pris d'un malaise et cracha du sang. Alphonse crispa ses lèvres et eut un mouvement de compassion pour Envy. Mais Edward l'empêcha d'approcher l'homonculus pour lui venir en aide en interposant son bras.

Après avoir craché son sang, toujours à quatre pattes sur le sol, Envy releva ses yeux ténébreux vers l'aîné des Elric et lui dit:

- Qu'est ce que tu attends, Fullmetal? Un prêté pour un rendu, c'est la loi. Tu n'as qu'à m'achever.

Edward plia ses jambes de côté pour se mettre à la hauteur de sa victime et, sans ciller, lui répondit:

- Non… Je ne vais pas te tuer, Envy. Je ne suis pas comme toi.

Alphonse, de son côté, sourit discrètement, contenté par la décision finale de son grand frère.

- Tu le regretteras, dit Envy en tremblant de froid et de douleur.

- Évidemment, enflure ! lança le jeune Alchimiste en affichant une grimace étrange. Mais quitte à choisir entre les regrets ou te ressembler, je choisis les regrets.

Alphonse sembla s'apaiser. Il s'approcha d'Envy et le remit sur ses pieds en disant :

- On va t'emmener chez nous.

- Pas question! intervint Edward en se relevant à son tour. On lui épargne la vie, c'est déjà bien assez! On va pas, en plus, se le coltiner !

- Mais, Edward; regarde le! Il va mourir si on le laisse ici, dans ce froid. Et puis, il pourrait nous aider à retrouver la porte!

Edward sembla décontenancé. D'un côté, il était vrai que son petit frère avait raison, mais, d'un autre, il ne pouvait s'enlever de la tête que l'unique but d'Envy, durant toute sa pauvre vie d'homonculus, avait été de le mettre en pièce. Héberger chez soi une personne qui vous a joyeusement transpercé le cœur avec un bras d'acier, n'avait rien de très rassurant !

- Je ne sais plus utiliser ma force, expliqua alors Envy. J'ai perdu ma capacité à changer de corps. Je ne vaux plus rien. Ma mort ne serait pas une grande perte.

- N'était-ce pas ce que tu voulais, demanda Alphonse. Devenir humain ?

- Avant, oui… Avant que je ne sache ce que l'on ressent quand on a faim. Le froid qui vous mord la peau. La douleur des pieds qui saignent. La fièvre… La solitude. Je préférais être un homonculus, et je ferai tout pour retourner de l'Autre Côté de la porte.

- Nous aussi, dit Alphonse. Mais il semble ne pas avoir de solution.

Edward s'énerva :

- Ouai, bon ! On va pas glander ici à parler !

Puis il tourna brusquement ses talons.

Alphonse prit le bras d'Envy et le passa par-dessus son épaule, l'aidant ainsi à marcher à petits pas. L'homonculus, qui s'était d'abord laissé faire, eut soudain un regain de fierté et repoussa l'aide son sauveur. Seul, cette fois, il tituba misérablement à la suite d'Edward.

Un quart d'heure plus tard, tous trempés jusqu'au os, les frères Elric ouvrirent leur porte (pourrie et branlante) à Envy.
Ils squattaient pour l'instant le troisième étage d'un immeuble à l'abandon dont les murs fissurés adoptaient tous la même sombre teinte grise. Le plancher miteux du salon craquait sous les pas des jeunes hommes, tandis que le carrelage blanc et noir de la vielle salle de bain avaient légèrement déteint.

Edward et Alphonse conduisirent le blessé dans leur unique chambre, où un lit double occupait toute la place. L'homonculus s'y écroula littéralement, épuisé par la courte marche.

- Je vais faire bouillir de l'eau, prévint Alphonse.

Deux jours plus tôt, Edward avait par chance découvert deux bombonnes de gaz, cachées sous des bâches, à l'arrière de l'immeuble. Il ne s'était pas privé pour en rapporté une à la maison en prétextant l'avoir acheté. Depuis, ils pouvaient faire bouillir des pâtes, réchauffer de la viande, prendre des bains d'eau chaude, et tout cela gratuitement !

Edward ne quittait pas Envy des yeux. Voir son pire ennemi tranquillement endormi dans son lit avait de quoi l'irriter. Néanmoins, il se sentait fier de faire preuve de tant d'humanité, et satisfait de rendre son petit frère heureux.

Alphonse alluma le réchaud dans la cuisine et posa dessus une immense casserole métallique remplie d'eau. Quelques minutes plus tard, celle-ci se mit à bouillir. Le jeune homme prit donc un essuie-main, s'en protégea avec les mains, puis saisit la casserole et la porta jusque dans la chambre. Là, il posa son récipient à côté du lit, puis demanda à son frère :

- Ed, il me semble avoir vu une bouteille de désinfectant dans l'armoire de la salle de bain. Pourrais- tu me l'apporter, s'il te plait ?

Sans quitter son air désappointé et méfiant, le jeune alchimiste sortit de la chambre et alla chercher le matériel requis. Pendant ce temps, Alphonse trempa son essuie-main dans l'eau frémissante et alla nettoyer délicatement la plaie ventrale de l'Homonculus. Edward avait frappé si fort qu'une partie métallique de son auto-mail avait tailladé la peau d'Envy. Le blessé frémit en percevant la douce sensation de l'eau chaude sur sa peau.

Au-dehors, des gouttes de pluies tombaient encore du ciel, et s'écrasaient parfois contre les carreaux de la chambre. Alphonse se rappela soudain que lui-même avait froid et se sentait fiévreux. À ce moment très précis, Edward revint de la chambre ; et posa sur les cheveux de son frère une serviette cotonneuse :

- Tiens, fit-il en lui tendant une petite bouteille d'alcool. Et n'oublie pas de te sécher après. Je ne veux pas me retrouver avec deux infirmes sous les bras.

- Merci, répondit Alphonse en souriant.

Il s'ébouriffa la chevelure en se frottant vigoureusement le crâne. Edward se débarrassa de son manteau trempé, en profita pour prendre celui de son petit frère, et aller les accrocher dans le vestibule.

Alphonse imbiba d'alcool un coton, puis tamponna la plaie d'Envy. Aussitôt, celui-ci hurla :

- HAAAAA !!

- Désolé, fit Alphonse en retirant son coton.

- TU POUVAIS PAS ME PREVENIR, CRETIN ??!

Edward frappa violemment Envy au visage en y prenant un certain plaisir.

- Hé ! Je t'interdis de parler sur ce ton à MON petit frère ! cria-t-il pour justifier son geste.

- Non, Ed, fit le cadet en le repoussant vers l'arrière. Ne le blesse pas plus, il est déjà mal-en-point !

L'homonculus frotta sa joue douloureuse et crispa son visage.

- Tu vas me payer ça, Fullmetal Shorty... Un jour ou l'autre, tu me le paieras.

- Ouh, ouh, ouh ! se moqua l'alchimiste en balançant sa tête de gauche à droite. J'en tremble déjà... !

Puis il quitta la pièce en claquant la porte.
Alphonse ramassa le bout de coton qu'il avait laissé tomber au moment où Envy avait violemment réagi. Calmement, et avec grand soin, il recommença son travail d'infirmier.
Envy grimaçait, mais contenait désormais ses cris de douleur. Il jetait des petits regards suspicieux à son jeune sauveur, comme si sa gentillesse ne lui semblait pas naturelle. Cette bonté cachait sûrement quelque chose… Pourquoi Alphonse se montrait-il si gentil envers lui, un ennemi ?
Pour l'homonculus, ce genre d'attitude n'avait pas de sens et, dans son esprit, cela n'allait pas durer.
Comme il n'avait jamais eu droit à ce genre de délicates attentions dans sa vie, il ne pouvait tout simplement croire qu'on puisse être doux et gentil de nature.

Pourtant, jamais Alphonse ne changea d'attitude : il resta poli et prévenant envers le jeune homonculus. Pour la première fois de sa vie, Envy se faisait soigner, comme par une maman, comme ça, gratuitement. Un sentiment étrange l'envahit. Un sentiment de chaleur, de bien-être et de confiance.

- Dans un ou deux jours, cette méchante entaille sera guérie, le rassura Alphonse.

Avec un long bandage, il finit par panser la plaie. Alors qu'il nouait les deux bouts du tissus pharmaceutique, Envy ne put s'empêcher de lui poser une question :

- Pourquoi tu m'as défendu, tout à l'heure ?

Alphonse, étonné de soudain se voir adresser la parole, releva les yeux, et mit un petit moment avant de répondre :

- Je… Hé bien… Edward réagit parfois un peu trop vite ; sans vraiment réfléchir. J'ai juste tenté de calmer le jeu.

- Il avait pourtant raison ; cela aurait été plus juste que je meurs.

- Mais non, voyons ! Personne ne mérite de mourir !

Envy dévisagea son sauveur avec de grands yeux interdits. Etait-ce possible d'être aussi innocent que cela ? Comment pouvait-on montrer tant d'humanité ?

Les doigts d'Alphonse terminèrent de joliment nouer le bandage. À peine eut-il enlever ses mains qu'Envy regretta déjà leur douce chaleur près de son ventre.
Sans savoir pourquoi, il désirait désormais rendre un service au jeune homme. Ainsi, peut-être arriverait-il à offrir à Alphonse cette même sensation de confiance et de bien-être qu'il avait lui-même ressenti. Ces sentiments méritaient d'être partagé.

- Tu veux que je te soigne ? demanda-t-il sans détour, avec un air très sérieux collé au visage.

Alphonse parut étonné.

- Mais, fit-il en levant les mains… Je ne suis pas blessé.

Envy fronça les sourcils.

Il ne pouvait pas le soigner.
Il ne pouvait pas lui rendre la pareil.

C'était très frustrant.

- Tu es sur ? insista-t-il. Tu n'as mal nulle part ?

Alphonse trouvait le comportement de son ancien ennemi un peu étrange, mais finit quand même par lui répondre :

- Hé bien, je… Mh. Oui, j'ai un peu mal aux jambes. Mais, rien de grave.

Envy, tout content de pouvoir se rendre utile, sourit étrangement au cadet Elric, ce qui eut pour effet d'encore plus l'apeurer.

-Montre ! dit Envy sur un ton qui relevait plus de l'ordre que de la proposition.

- Mais, mais, mais, … balbutia le jeune homme en rougissant. Il n'y a vraiment rien à voir. Ce sont mes muscles qui s… Hééééé !

Envy avait tracté avec force Alphonse sur le lit, et relevait maintenant le bout de son pantalon vers ses genoux. Le jeune Alchimiste se débattit, complètement décontenancé par leur proximité.

La porte s'ouvrit brusquement et Edward se jeta sur le lit pour venir en aide à son petit frère. Leurs trois corps se mirent à rouler d'un côté à l'autre du matelas. Edward tapait Envy en criant « tu vas le lâcher, oui ? Tu vas le lâcher ! », tandis que le jeune homonculus s'acharnait à remonter le pantalon d'Alphonse en répliquant « laisse moi, idiot, je veux le soigner ! je veux le soigner ! », et que le cadet gémissait sans savoir se dépêtrer des draps. Pour finir, ils tombèrent tous les trois sur le sol et purent enfin se séparer. Edward releva aussitôt son petit frère et le protégea en l'intercalant entre lui et le mur. Envy se remit sur ses pieds en maugréant.

- Tu vois ; on aurait mieux fait de le tuer ! cria Edward.

- Non, non, non, c'est un malentendu, répliqua aussitôt Alphonse d'une petite voix encore chamboulée. Il… Il est juste très maladroit dans… dans l'expression de ses sentiments et... euh...

Envy croisa ses bras et leva son menton d'un air très digne. Après quoi il balaya la pièce du regard et alla se recoucher dans son lit, comme s'il eut s'agi d'un trône quelconque.

- Cette enflure voulait te tuer ! cria Edward.

- Non, Ed, non, jura Alphonse. Il essayait juste de me soigner.

- Te soigner ? LUI ?! ha, ha ! Laisse-moi rire !

- Ecoute, il est tard, fit Alphonse en tentant de masquer ses rougeurs aux joues. Allons dormir et reparlons-en demain, d'accord ? Je t'assure qu'Envy ne représente aucune menace.

L'aîné Elric lança un regard suspicieux vers le jeune Homonculus. Celui-ci avait baissé ses paupières et ne parlait plus, les jambes sous le drap de lit. Sa tentative infructueuse à l'égard d'Alphonse l'avait quelque peu refroidi.

- Grrrmmmlll, grommela Ed. Et pourquoi je dormirais parterre et lui dans un lit?

Alphonse proposa aussitôt une alternative :

- Hé bien, va dormir sur le canapé du salon à ma place. Je t'offre ma couche.

- Et toi ?

- Je dormirai parterre dans le salon. Cela ne me dérange pas.

- Tu es sûr ?

- Certain, dit calmement Alphonse en souriant.

Edward finit par souffler bruyamment. Puis, en fermant les yeux, il dit :

- Bien, dans ce cas, j'accepte que l'enflure à tête de palmier reste ici. Mais juste pour cette nuit ! C'est clair ?

Alphonse n'acquiesça pas, sans marquer un refus pour autant, et se contenta de sourire gentiment à son frère. Mais alors qu'ils allaient quitter la pièce, la voix d'Envy se leva soudain, les stoppant aussi sec:

- Tu peux dormir dans le lit, si tu veux.

Edward n'en revenait pas. La bouche grande ouverte, il se retourna par petit accoups nerveux, puis balbutia en pointant l'homonculus du doigt:

- Q.. QU… QUOI ?!?

- Je ne m'adressais pas à toi, crevette, fit Envy en quittant le lit pour se mettre debout face aux deux frères.

Alphonse, extrêmement gêné, déclina poliment l'offre :

- C'est gentil, Envy, mais tu es blessé. Ce ne serait pas correct de te faire dormir sur le sol.

- Mais qui a dit que je dormirai parterre ? On partage le matelas, c'est tout.

La mâchoire d'Ed descendit encore de quelques centimètres vers le bas.

- Hé ! C'est quoi ce bordel ! cria t'il sans y croire.

Depuis quand Envy faisait-il des propositions aussi absurdes ?

- Je donne mon lit à Alphonse, on n' va pas en débattre pendant trois heures! maugréa Envy, en posant ses mains dans le creux de ses hanches, comme il savait si bien le faire quand il jaugeait ses adversaires avec mépris.

- Non ! contra alors Edward. JE cède le canapé à Alphonse, et toi, tu reste dans ton putain de lit, compris ?!

- Tu cèdes rien du tout, nabot; Alphonse va dormir dans ce lit, parce que j'ai été le premier à le lui proposer.

- Et moi je te dis qu'il dormira dans mon canapé ! hurla Ed en avançant d'un pas, les poings serrés.

- Mon lit ! répliqua Envy en contractant férocement ses mâchoires carnassières.

- Mon canapé !

- Mon lit !

Alphonse intervint avant que les deux jeunes hommes ne se jettent dessus :

- Stop ! Cette situation est ridicule ! Ed, tu peux dormir dans le canapé. Le lit est bien assez grand pour deux ; je n'aurai qu'à à prendre le côté droit, et Envy gardera le côté gauche.

- Je t'interdis de dormir avec lui !

- Et pourquoi pas, shorty ? répliqua l'homonculus, largement satisfait par le choix du cadet.

- Parce que, tu es un assassin, voilà pourquoi ! ET JE NE SUIS PAS PETIT !

- Espèce de nain !

- Assassin !

- NAIN !

- ASSASSIN !

- Ha non, ça ne vas pas recommencer ! intervint à nouveau Alphonse. Maintenant vous allez m'écouter ! Je prends le canapé, et vous, vous vous débrouillez entre vous !

- Parfait, je prends le lit, répliqua Edward en s'asseyant dessus.

- Moi aussi ! dit Envy en reprenant sa place entre les draps.

Alphonse regarda son frère et l'homonculus qui se tournaient le dos, couchés dans le même lit, et sourit avec amusement.

- Hé bien, voilà. Il suffisait d'y penser.

Puis il tourna les talons et quitta la pièce.

Edward tira rageusement le drap vers lui, ce à quoi Envy ne se gêna pas de répondre par un coup de pied dans le bassin.

Edward serra les dents, fit comme s'il n'avait rien senti, puis se concentra sur la couleur du plafond.

Envy commença à rire mesquinement face à la situation.

Ed soupira.
La nuit allait être longue…

---------------------------------------------------------------------

Et voilà, premier chapitre empaqueté !

J'espère que ce début vous a plu… qu'en pensez-vous ?

Merci d'avance pour vos critiques

Ciao,

Ainokomiel