Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling.

Auteur : Deeble.
Titre original : Wandless Magic.
L'original de cette fiction est disponible entre autres sur ashwinder. Elle a été posté en 2004, ce qui nous fait… après le tome 5 ?
Traduction benebu, octobre 07 - ?


« De l'air, bannis l'air,
Si tu l'oses,
Divise la lumière. »

Emily Dickinson

1. Une belle façon de remercier un héros de guerre.

Il avait comparu devant le Magenmagot deux fois déjà, et aucune ne lui avait laissé de bon souvenir.

La dernière, trois ans plus tôt, il était au milieu d'une longue rangée de sorciers et de sorcières distingués par la haute assemblée pour leurs efforts contre Voldemort – comme le moindre péquin et son elfe de maison, apparemment, et pour la plupart, il ne les avait jamais vu lever le petit doigt contre le Seigneur des Ténèbres – et on lui avait tendu sans rougir à lui, espion pour la Lumière, un Ordre de Merlin Quatrième Classe.

C'était six mois après qu'il ait comparu pour donner son témoignage concernant la mort d'Albus Dumbledore, et à cette occasion, il était encore trop tôt pour qu'il puisse laisser échapper le moindre mot sur ce qu'il avait vraiment ressenti pour cet homme, de peur de compromettre sa position alors qu'il y avait toujours des Mangemorts à pourchasser.

Ce qui se passait là, maintenant, était indescriptiblement pire.

« Severus Domitien Snape, pour vos crimes contre la sorcellerie, nous vous condamnons par la présente au bannissement à vie, » déclama une sorcière rondelette à laquelle il se souvenait vaguement avoir enseigné à ses débuts à Poudlard. « Remettez-nous votre baguette. »

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Snape savait que ce n'était qu'une question de minutes avant que le troll de sécurité n'entre de son pas lourd pour l'escorter dehors, mais comme il était occupé à se retenir de vomir dans les toilettes du Ministère, il décida que la brute épaisse n'aurait qu'à l'attendre. Ce craquement du bois à donner la nausée… plus insoutenable qu'un Doloris, qui, après tout, finissait bien par se terminer ; plus horrible qu'un membre cassé, qu'on pouvait guérir rapidement. La tige d'ébène, contenant un nerf de cœur de dragon – trente centimètres et demie, rigide – était une extension de lui-même, la seule vraie belle part de lui, et elle avait disparu pour toujours.

Le son de la porte des lavabos s'ouvrant lui parvint au milieu de ces réflexions pitoyables. « Sors de là, espèce de crapaud stupide, » croassa-t-il, s'écartant du siège de porcelaine pour se relever, tremblant.

« Allons, allons, Severus, » répliqua une voix pleine d'assurance. « Je n'ai toléré ce genre de familiarité que de la part d'une seule personne, et tu le sais bien. »

« Lucius ? » Snape éprouva une vague de soulagement, rapidement suivie par de la colère. « Tu es venu me donner des astuces sur la façon de vivre parmi les moldus ? »

« Assez curieusement, c'est le cas, » affirma Malefoy. « Ouvre-moi, tu veux. Je n'aime pas discuter avec des portes. »

Il envisagea de refuser, par caprice. Il n'avait pas particulièrement envie de recevoir de conseils de l'homme qui avait joué pour lui le rôle de Lucifer pour Dante, le guidant dans le cercle trois fois damné des Mangemorts. D'un autre côté, ils étaient parvenus à mi-chemin d'une sorte d'amitié au fil des années, et c'était de cette façon qu'il avait pu convaincre Malefoy dans les derniers mois frénétiques de la guerre de devenir espion.

Snape soupira. Ce qui comptait, c'était qu'il avait désespérément besoin d'aide, ayant perdu son travail, sa maison et son compte chez Gringott en même temps que sa baguette. Quelque chose valait mieux que rien du tout.

La voix de Malefoy lui parvint à l'intérieur, impatiente. « Je pourrais te faire léviter à l'extérieur. Ce n'est pas comme si tu avais les moyens de lancer un bouclier de protection. »

« C'est tellement typique de ta part de remuer le couteau dans la plaie, » dit Snape, poussant la porte et traversant la pièce jusqu'à un lavabo. « Alors ? Dépêche-toi, je suis impatient de quitter le seul monde que j'aie connu pour une société incompréhensible de gens qui voyagent en se claquemurant dans des boîtes métalliques. »

« Charmant, comme toujours. Laisse couler l'eau, et retourne-toi, » dit Malefoy en baissant la voix.

« Oh, laisse tomber les inepties d'agent-double, tu n'as pas été espion si longtemps que ça… »

« Je n'ose pas lancer de sort, et le troll, dehors, pourrait nous écouter, » expliqua Malefoy d'un ton urgent. « Tiens – de l'argent moldu pour prendre l'une de ces boîtes métalliques sur lesquelles tu trouves tant à redire. Et là – l'adresse à laquelle la boîte devra t'emmener. Ne laisse personne voir ça. File. »

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Snape à voix basse.

« Tu verras. Fais-moi confiance. »

Snape dévisagea Malefoy. Une conversation sommaire dans les toilettes de la Tête de Sanglier alors qu'il était en septième année à Poudlard lui revenait : Maintenant que tu es majeur, tu peux nous rejoindre…

« Je crois que tu en demandes un peu beaucoup… » commença-t-il, sentant venir une autre vague de nausée.

« C'est parfaitement sûr, je te l'assure, encore que tu ne sois pas en positon d'être difficile. Mais comme je n'ai pas l'intention d'utiliser moi-même cet endroit, je ne peux pas être vu en train de discuter avec toi, alors sors d'ici avant que quelqu'un d'autre n'entre. »

« La dernière fois que j'ai suivi tes conseils pour découvrir un nouvel endroit génial, je me suis retrouvé avec un tatouage sur l'avant-bras, » lança Snape avec hargne. « Pardonne-moi si je pense que je m'en sortirai mieux sans ton aide. »

Malefoy pinça les lèvres. « J'admet que je me suis… fourvoyé au sujet du Seigneur des Ténèbres. D'après mes calculs, je te suis redevable, pour m'avoir aidé à voir que ses excentricités étaient telles que même un disciple loyal se retrouverait en danger. Je ne peux pas te tenir rigueur du fait que les choses ne semblent pas se passer très bien ; personne n'aurait pu prévoir que les choses tourneraient de cette façon. »

« Tu es au courant pour le Ministère… ? »

« Oui. Alors considère que je rééquilibre la balance. »

« Je suis sûr que ça t'ôte un poids des épaules, » dit Snape sans cacher son ironie, mais il empocha le billet à l'allure étrange et le morceau de papier avec une écriture nette et vaguement familière sur laquelle était écrit : numéro 27, Allée Delphique, Londres.

« Les Malefoy paient toujours leurs dettes. »

« Oui, » convint l'ex-Directeur de Poudlard, se tournant vers la porte dans un tourbillon de robes noires. « Evidemment, d'habitude, cette phrase est une menace. »

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Snape sentit les yeux des sorciers et des sorcières curieux dans son dos alors qu'il empruntait l'ascenseur pour rejoindre l'atrium. Son bras gauche était pris en étau, assez douloureusement, par la main démesurée de l'officier de sécurité ; ça ne faisait pas de doute, le Magenmagot tenait à s'assurer qu'il ne causerait pas d'ennuis.

Aussitôt que les portes s'ouvrirent, il sortit d'un pas ample – plus ou moins ; c'était difficile d'ajuster l'amplitude de ses foulées quand on était lesté d'un troll – et leva un peu plus la tête. Il avait beau avoir mal au cœur, et à l'estomac, il n'avait pas l'intention de laisser quiconque ici s'en apercevoir, et certainement pas après que le Ministère ait fait de son mieux pour le dépeindre comme un pervers afin de se débarrasser de lui. Il ne lui aurait servi à rien de penser qu'il pourrait s'en sortir sans attirer l'attention, en tout cas. Un silence de mort s'abattit sur la pièce au moment où il y mit le pied.

Sa lèvre supérieure se retroussa en un rictus.

Juste avant d'arriver à l'ascenseur en forme de cabine téléphonique menant au Londres moldu, Snape décida d'utiliser la corpulence du troll à son avantage et se baissa soudainement, déséquilibrant son garde et l'envoyant cogner un bon coup contre un mur. Snape pivota, appréciant pour la dernière fois la sensation de ses volumineuses robes de sorcier battant autour de lui, et arracha le vêtement qui avait été à la fois pour lui un bouclier, et un point d'exclamation durant toute sa vie d'adulte.

« Il se trouve que je n'ai plus besoin de ça, » lança-t-il calmement à la foule, pliant ses robes sur un bras. « J'ai peur qu'il ne soit qu'une question de temps pour que vous vous retrouviez à ma place – ou tout aussi mal lotis que vous ne l'auriez été avec Voldemort. »

La porte de l'ascenseur se referma sous les exclamations étouffées de l'assemblée, et les grognements du troll, et Snape laissa un rictus amer prendre place sur son visage alors qu'il s'élevait vers le niveau du sol. Mais même le plaisir d'une sortie dramatique ne pouvait pas calmer le sentiment de rage et de vide qu'il ressentait alors que l'ascenseur le déposait dehors.

« Vous quittez maintenant le Monde Magique, » annonça une voix féminine dépourvue d'émotion qui sonorisait la cabine de façon magique. « Merci de ne jamais y revenir. Bonne journée. »

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Notes originales de l'auteur :

- 'Severus Domitien Snape' : Domitien était un empereur romain – l'un des pires. Il était décrit comme froid, dépourvu d'humour, soupçonneux, réservé et cruel. On disait qu'il épinglait les mouches avec son stylet.

- 'le même rôle que Lucifer pour Dante' : en fait, c'est le poète Virgile qui mène Dante à travers l'enfer, avant de remonter vers des lieux plus cléments. Mais bon, n'en demandez pas trop à Snape, c'est un sorcier, pas un professeur de lettres.