Chapitre 25 : Séquelles

Elliana Epps était inquiète. Et c'était même un euphémisme. Elle tournait en rond dans le bureau de la directrice, insensible aux injonctions lui intimant de s'asseoir. Minerva Mcgonagall était là, discutant à voix basse avec Laura Madley, la directrice adjointe. Dans un autre coin de la pièce, Rose s'était réfugiée dans les bras de Steeve, Albus calmait sa sœur et Takauji avait les yeux plongés dans le vide.

Ellia savait qu'il était effrayé, plus qu'il ne leur avouerait. Les soraï protégeaient sa famille depuis presque un millénaire. Chaque attaque du Temple Soraï menaçait la famille impériale elle-même car, pour une raison qu'elle ignorait, les soraï étaient prêts à mourir pour protéger leur temple. C'est ce qui lui faisait supposer qu'un objet très précieux pour l'ordre devait se trouver caché dans leur temple. Sinon pourquoi protéger un vulgaire bâtiment ? Toujours était-il qu'à chaque attaque, beaucoup des protecteurs de l'Empereur rejoignaient le Temple pour le défendre, certains n'en revenaient jamais, laissant la famille impériale un peu plus en danger. Et c'est pour cela que Takauji s'inquiétait.

Mais la jeune fille avait d'autres raisons de s'inquiéter. Car Andrew, son Andrew, était lui aussi partit se battre. Dés que Sylvia Hopkins avait dit que le Temple était attaqué, elle avait compris que son petit-ami irait se battre. Et elle savait qu'elle ne pourrait pas l'en empêcher. Andrew était un soraï. Son appartenance à l'ordre était une des choses les plus importantes de sa vie. Il ne lui avait jamais dit comment ni pourquoi il avait rejoint l'ordre. Mais elle avait rapidement deviné qu'Andrew était très attaché à l'ordre. C'était un guerrier avant tout. Ses entrainements quotidiens, ses réflexes acérés, ses mouvements fluides, sa démarche toujours équilibrée. Andrew savait se battre, et elle savait qu'il avait quelques hauts faits d'armes à son actif même s'il n'en parlait jamais.

Il était le garçon le plus mystérieux qu'elle ait rencontré. D'habitude, elle perçait rapidement les secrets des gens car elle était observatrice et perspicace, deux qualités qui se mariaient à merveille. Mais Andrew savait brouiller les pistes de façon experte et il était très dur à percer à jour ; il était son plus grand challenge. Il n'en restait pas moins la personne la plus incroyable qu'elle ait rencontrée. Studieux et observateur (même s'il voyait les choses comme un guerrier, comme s'il était toujours prêt à se battre), il était toujours apte à aider son prochain malgré qu'il soit lui-même tourmenté. A sa connaissance, il ne se confiait à personne, pourtant Ellia savait qu'il en avait beaucoup à lui raconter. Mais elle ne le forcerait pas, car lui non plus ne la forçait pas à révéler son secret.

Elliana était tombé amoureuse d'Andrew. Elle n'avait aucun doute sur ses sentiments. Et pour cette raison, elle avait peur de ne plus le revoir, peur qu'il ne revienne pas de cette foutue bataille, peur que l'image de lui disparaissant avec le professeur Kaliato et le professeur Hopkins soit la dernière image qu'elle ait de lui.

Malgré la peur et l'inquiétude, malgré cette contraction qui lui tenaillait les entrailles, un petit sourire se dessina sur son visage alors qu'elle repensait à leur sortie. Ils n'avaient pas fait dans la demi-mesure. Ils avaient tous les trois révéler leur appartenance à l'ordre soraï, même Sylvia Hopkins surprenant ainsi presque toute l'école. Mcgonagall elle-même ne se doutait pas que le professeur Hopkins était soraï. Andrew avait fait très attention à ne jamais parler d'elle. Ellia ne l'avouerait jamais, mais elle était jalouse qu'Andrew soit aussi proche d'une telle jeune femme, belle, célèbre et soraï.
Leur sortie avait été très théâtrale : dégainer leur sabre au milieu de la Grande Salle et se téléporter à l'aide d'un animal magique inconnu ; ils venaient de marquer les esprits pour encore plusieurs générations. Un silence de mort avait suivit leur disparition. Tout le monde restait abasourdi. Puis un immense brouhaha de conversations avait envahi la Grande Salle avant que Mcgonagall ordonne à tous les élèves de rejoindre leur dortoir. Elle avait également fait venir Takauji et tous ses amis dans son bureau. Et maintenant ils attendaient qu'on leur donne des nouvelles.

Heureusement pour les nerfs d'Elliana, les nouvelles arrivèrent enfin. Harry Potter entra dans le bureau de la directrice de Poudlard : il était couvert de sang et de poussière, sa robe était déchirée au niveau de l'épaule et quelques entailles récentes parsemaient son visage. Il était clair qu'il avait été pris dans la bataille. A la seconde où il entra, Albus et Lily se jetèrent sur lui et il sembla soulagé de pouvoir serrer ses enfants dans ses bras. Ellia fut troublée un instant : pourquoi Harry Potter s'était-il battu pour défendre le Temple Soraï ? Il n'était pas soraï lui-même donc que faisait-il là-bas ?

Derrière lui venait Sylvia Hopkins : ses vêtements étaient aussi sals que ceux d'Harry Potter, mais elle avait également été sévèrement blessé au bras gauche et à la cuisse droite : ses blessures avaient apparemment été guérie à la va-vite. Ce qui marqua le plus l'assistance était son visage grave : il était défait, son regard était inquiet, presqu'éteint. Et le cœur d'Ellia s'emballa lorsqu'elle vit que la soraï fermait la porte : personne ne revenait avec eux.

- Andrew ? demanda-t-elle aux nouveaux arrivants avant qu'ils n'aient le temps de parler.

- Il va… plutôt bien étant donné les circonstances, répondit lentement Potter. Il est inconscient pour le moment. Il est épuisé, physiquement et magiquement, mais il se remettra vite. Il a vu bien pire, crois-moi…

- Et Shiwo ? demanda alors Takauji.

Ce fut Sylvia qui répondit. Son ton était triste, morne ; elle n'essayait même pas de cacher sa douleur :

- Shiwo est dans le coma. Il… il a perdu beaucoup de sang à cause de ses blessures et… il… il était épuisé magiquement…. On ne sait pas s'il se réveillera un jour….

Harry Potter posa une main réconfortante sur l'épaule de Sylvia. Et cette dernière sembla se reprendre.

- Prince Takauji, reprit-elle durement, vos protecteurs vont arriver d'un instant à l'autre. Je vais vous accompagnez à votre dortoir pour récupérer vos affaires.

Takauji ne protesta pas. Il savait qu'après une attaque du Temple, lui et sa famille étaient systématiquement envoyés dans un lieu sûr pendant quelques jours, le temps que l'ordre se rétablisse complètement. Aucune protestation n'empêcherait cela.

- Sylvia, intervint Minerva d'une voix calme, vous n'êtes pas en état de quoi que ce soit. Vous devriez plutôt vous rendre à l'infirmerie. Laura accompagnera Monsieur Itashi à son dortoir.

Sylvia regardant un instant la directrice, puis acquiesça lentement. Takauji salua ses amis un par un, puis suivit Laura Madley et sortit du bureau. Sylvia s'en alla également pour l'infirmerie.

- Bon sang Harry, qui s'est-il passé ? tonna la directrice une fois qu'elle fut sortie, perdant son apparente amabilité.

- Le Temple Soraï a été attaqué. On a repoussé l'assaut de justesse.

- On ? Qu'est-ce que tu faisais là-bas ?demanda Lily.

Harry grimaça.

- Je… je rendais un service à l'ordre quand s'est arrivé. Mais je n'ai pas le droit d'en dire plus, désolé. Minerva, on m'a demandé de venir ici pour vous dire que Maître Shinobu vous contactera sous peu pour vous expliquer tout ce que vous aurez besoin de savoir.

Mcgonagall ouvrait et fermait la bouche. Ellia pensa narquoisement qu'Harry Potter venait habilement de s'éviter un long et pénible discours explicatif.

- Très bien, concéda la directrice, mais il aura intérêt d'être convainquant.

Harry Potter salua la directrice avec un léger sourire et sortit de la pièce, vite imité par tous les étudiants présents. Dés qu'ils furent dans le couloir, Ellia demanda :

- Monsieur Potter, est-ce que je pourrai voir Andrew ?

Il grimaça.

- Pas pour le moment, je suis désolé. Il est soigné dans un endroit qui doit rester inconnu. Mais je lui dirai de t'envoyer Musi.

Ellia parvint un sourire. Elle attendrait l'aigle magique avec impatience. Harry Potter resta un instant avec ses enfants avant de repartir quelques minutes plus tard pour rejoindre sa maison. Ellia rejoint lentement son dortoir : Andrew allait s'en tirer, c'était le plus important. Mais elle avait besoin de le voir pour en être parfaitement sûr, besoin de se réfugier dans ses bras, de l'embrasser.

Cette nuit-là, Elliana Epps ne parvint pas à trouver le sommeil.

&&&

Des corps jonchaient le sol… L'air empestait le sang et la sueur… La mort planait au dessus des décombres. D'autres tombaient. Sa lame était souillée de sang. Ses vêtements étaient devenus rouge, maculés par le liquide vital. Mais son sabre continuait sa besogne. Inconscient de la mort et de la douleur qu'elle infligeait. Inconscient de la souffrance qu'endurait le jeune homme qui le tenait.

Un profil se dessina devant lui. Un profil déjà vu. L'homme avait un air rondouillard, des cheveux bruns emmêlés, de petites lunettes. Il lui planta son sai dans l'abdomen. Son premier meurtre.

Andrew se réveilla en hurlant.

Il se redressa vivement dans son lit. Son cœur battait à toute vitesse, son souffle était court. Ses yeux, pourtant ouvert, ne voyaient rien d'autre que les tourments de son esprit. Sa mémoire lui infligeait les remords : il renvoyait sans cesse les personnes qu'il avait tuées. En deux guerre successives, il avait tué plus de personnes qu'il ne pouvait en compter, pourtant tous ses visages étaient encore là, présent dans les tréfonds de sa mémoire. Andrew leur avait ôté la vie, parfois de façon horrible. Et il en était traumatisé. Comment avait-il pu tuer aussi facilement ? Etait-il un meurtrier, un assassin ? Méritait-il de vivre lui qui avait pris la vie de dizaines de personnes, voire de centaines ?

Andrew se maudissait, se dégoutait. Il avait envie de vomir. Comment avait-il pu faire ça ?

Puis une autre question lui vint à l'esprit. Pourquoi s'en rendait-il compte aujourd'hui ? Les remords auraient dû venir dés son premier meurtre, non ? Pourquoi maintenant ?

Et il comprit. Il n'y avait pas qu'une sensation de dégoût en lui, il y avait un manque. La manticore. Andrew ne la sentait plus. Il ressentait toujours une force magique à l'intérieur de lui qui ne lui appartenait pas, la force qui lui permettait de faire des choses bien au-delà de son potentiel. Mais la haine, la rage de la manticore ne faisait plus pression sur les barrières de son esprit. L'esprit de la manticore était-il partit ? Son esprit était-il définitivement à lui ? Il lui semblait que oui, il était libéré de toute influence extérieure. Il n'y avait plus qu'une petite trace magique, un résidu à l'intérieur de son esprit. Rien de vraiment dérangeant comparé à une manticore rageuse.

Mais cette nouvelle ne le réjouissait pas. Car il venait de comprendre qu'il allait désormais affronter les remords que la manticore n'avait pas. Et son esprit d'enfant avait mémorisé tous les visages de personnes qu'il avait tuées. Il ne connaissait pas leur nom, leur histoire, leur famille, leurs amis. Mais il les avait tués. Et il devrait vivre avec ça. La manticore l'avait préservé de cela, au moins. Maintenant que l'animal mythique était partit, il se rendait compte qu'il lui avait permis de survivre malgré tout.

Aujourd'hui son esprit était de nouveau libre. Libre d'avoir des remords.

Ses sens se remirent enfin en marche.

- Andrew tu m'entends ? lui demandait Natanielle, le visage inquiet.

- Oui, souffla Andrew.

Il inspecta la pièce. Il reconnut immédiatement le centre des Remédias d'Elfendiès : il s'agissait d'une grande salle taillée dans un immense chêne de la cité sylvestre. Il était en ce moment dans une des salles réservées aux malades. La salle était pleine : presque tous les lits étaient occupés par un blessé. Andrew regarda aux abords immédiats de son lit. Il vit Natanielle qui le regardait toujours inquiète, et Mayusilva, la princesse des elfes, qui semblait soulagée. Elle ne tarda pas à le prendre dans ses bras.

- Oh Andrew tu nous as fait si peur !

- J'ai été inconscient combien de temps ?

- Une petite douzaine d'heures, répondit la Remédia.

- Le Temple ?

- L'attaque a été repoussée, en partie grâce à toi. Il paraît qui tu as été impressionnant.

Andrew grogna alors que la bataille lui revenait en mémoire. Et surtout la fin. Oh ! Voilà pourquoi la manticore était parti : elle s'était sacrifiée pour le protéger du sort de la mort. C'était le genre de comportement héroïque qu'il n'attendait pas d'un tel animal mais il ne s'en plaindrait pas : il était toujours en vie. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Andrew avait survécu au sortilège de mort.

- Il essaya de se lever de son lit mais la poigne ferme de Natanielle le retint.

- Tu ne bouge pas d'ici avant demain matin.

- Quoi ? Mais pourquoi ? je vais très bien, protesta le jeune homme, causant ainsi la consternation de sa remédia attitrée.

- Tu fais ce que je te dis et tu ne discute pas.

Andrew se renfrogna. Puis un autre souvenir de la bataille lui vint en mémoire : Shiwo !

- Comment va Shiwo Kaliato ?

Mayusilva et Natanielle échangèrent un regard lourd de sens.

- Il est dans le coma, répondit lourdement la remédia. Son état est critique. Il a perdu beaucoup de sang, et sa jambe gauche a été sectionnée. On ne peut pas la faire repousser tant qu'il ne se réveille pas, et s'il ne se réveille pas bientôt, on ne pourra peut-être même plus la remplacer. On a fait tout ce qu'on a pu pour lui, maintenant il faut attendre.

Andrew accusa lentement le coup. Son ami, son grand-frère était dans le coma, entre la vie et la mort. Et il ne pouvait même pas se lever pour aller à son chevet. Alors il décida de feinter. Il fit croire à Natanielle et Mayusilva qu'il ne bougerait pas de son lit, en se montrant suffisamment de mauvaise humeur pour qu'elles ne soupçonnent rien. Puis, lorsqu'elles furent toutes les deux partie, il s'échappa.

Il était encore un peu fébrile suite à la bataille. Il avait épuisé beaucoup de magie lors de la confection de son bouclier runique. Ce bouclier n'utilisait pas sa puissance propre, mais il lui fallait une décharge magique assez conséquente pour s'activer. Ça plus l'épuisement physique des combats, il n'était pas étonnant qu'il se sente si faible. Evidemment, recevoir un Avada Kedavra en pleine poitrine n'arrangeait pas les choses. Mais c'était un détail comparé aux visages de ses victimes qui revenaient inlassablement dans sa tête.

Andrew se dirigea lentement vers les arches de téléportation et emprunta la porte pour Hayaslima. Il faisait encore nuit au Temple, si bien que personne ne le vit passer dans le hall. Il alla dans une salle à côté du réfectoire où se trouvait tout un tas de vêtements et d'arme de rechange pour les soraï en visite au Temple. Andrew troqua son uniforme déchirés contre un tout neuf. Il enfila le pantalon blanc et la veste bleue grise des guerriers soraï. Il attrapa un nouveau sabre, car apparemment son ancien n'avait pas survécu à la dernière bataille. Puis il partie pour la cour du Temple.

L'étendue d'herbe entre le Temple et la forêt était méconnaissable : la terre était retournée ici, noircie là-bas. Des flaques de sang et des traces d'explosion étaient encore visibles par endroit. Andrew tendit le bras droit et disparut au moment même où Musi se posait dessus.

Il réapparut dans le parc de Poudlard. Il se dirigea vers les portes. Il était 3 heures de l'après-midi en Angleterre, les élèves avaient donc désertés l'école depuis quatre bonnes heures. Andrew se dirigea rapidement vers la tour des Serdaigles pour y récupérer ses affaires qui furent emballées en trois coups de baguettes. Puis il ouvrit la fenêtre du dortoir et sauta par la fenêtre. Quelques minutes plus tard, Musi le téléportait à nouveau.

Cette fois il réapparut devant son chalet. Il entra à l'intérieur d'un pas lent et douloureux. D'un geste de la main, il alluma un feu dans la cheminé. Il s'assit dans le canapé, en face du feu qui crépitait. Et il laissa ses souvenirs le tourmenter, incapable de penser à autre chose. Incapable de détourner ses songes des images de massacre, de ses massacres.

Cette nuit-là, Andrew ne parvint pas à trouver le sommeil.

&&&

- Comment va-t-il, demanda Harry Potter alors que son regard se portait en contrebas, sur une des cours d'entrainement de Nidavelle. La robuste capitale du royaume des nains était enneigée, pourtant les combattants étaient légèrement vêtus.

- Pas très bien, répondit Shinobu qui se tenait les bras croisés et ne quittait pas son élève des yeux.

Andrew pivota sur lui-même pour esquiver un coup d'épée et réattaqua d'un même geste.

- Il est encore plus tourmenté qu'avant. Le départ de la manticore lui pose quelques problèmes.

- Quels problèmes ? questionna l'auror.

- Il se souvient de toutes les personnes qu'il a tuées, et éprouve les remords que la manticore n'avait pas. Il a aussi perdu son instinct meurtrier. Ça paraît être une bonne chose, mais Andrew a peur d'être beaucoup moins bon lors d'un combat. Il faut le comprendre, cet instinct meurtrier lui a sauvé la vie de nombreuses fois.

-C'est pour cela qu'il s'entraine ? Regagner le niveau qu'il pense avoir perdu ?

- Entre autres.

- Alors quoi d'autres ?

- Il met en application une nouvelle technique. L'utilisation de la magie pour accélérer ses mouvements. On appelle ça les canaux magiques. Andrew avait déjà travaillé sur cette technique quand il avait huit ans, mais comme il était jeune il n'avait pas pu la développer correctement. Puis, avec la manticore, ça lui était impossible. Beaucoup de soraï connaissent cette technique, c'est un très grand avantage dans un combat.

- A huit ans, répéta Harry dans un murmure. Shinobu sembla comprendre son trouble.

- Harry, je sais que pour vous Andrew est avant tout le fils de Marc et Amelia. Mais il est bien plus. Depuis ses 7 ans, il s'est promis de les venger, il s'est promis de devenir puissant pour vaincre le Mage Noir. Vous devez comprendre que depuis ce jour Andrew a travaillé sans relâche pour devenir un grand guerrier. Cela fait neuf, presque une décennie, qu'il s'entraîne à l'épée tous les jours. Chaque jour il apprend de nouveaux sorts, de nouvelles techniques. Il a reçu l'éducation d'un guerrier, et c'est ce qui le rend si puissant, c'est ce qui l'a maintenu en vie. Il a grandi pour se battre !

- Comment se fait-il que seul lui ait réussit à atteindre le Mage Noir, alors que nous 4 réunis l'avions à peine touché ?

La question le perturbait depuis des jours. Deux maîtres soraï, un autre soraï extrêmement doué en sortilège et lui-même n'avaient même pas effleuré leur ennemi alors qu'Andrew avait réussi à le faire saigner, et mieux encore à la faire fuir.

- Je pense que ce combat ne se joue pas à notre niveau, répondit lentement le soraï.

- Pardon ?

Andrew se lança en salto par-dessus de son adversaire et atterrit derrière lui. Mais sa lame fut bloquée avant d'avoir pu inquiéter le nain.

- Andrew est puissant, c'est vrai, pourtant sa puissance brute n'est pas plus grande que celle d'un autre sorcier. Il sait simplement très bien l'utiliser. Mais il sait surtout utiliser des forces qui ne sont pas les siennes. Voyez comme les choses sont étranges :
Andrew a toujours été passionné par la magie runique. Et c'est grâce à cette magie qu'il a pu utiliser ce qu'on appelle l'énergie du vide. C'est une forme d'énergie très complexe que personne à part lui n'arrive vraiment à comprendre. Toujours est-il que dans un combat, la différence est colossale. L'énergie du vide est bien plus puissante que celle d'un sorcier normal. C'est pour cela qu'il peut paraître, au premier abord, extrêmement puissant. Et c'est vrai que lors d'un combat, il peut déployer beaucoup plus de puissance que la plupart des sorciers, vous-compris.

- Mais alors pourquoi n'a-t-il pas réussi à battre le Mage Noir ?

- Parce que lui aussi utilise une puissance qui n'est pas la sienne. On ne sait pas encore quelle est cette puissance, ni comment la contrecarrer, mais seule l'énergie du vide semble en mesure de lui résister un tant soit peu.

- Donc pourquoi n'apprenez-vous pas cette forme de magie ?

- Parce qu'elle ne peut être utilisée que par le biais des runes ; une histoire de faille spatio-temporelle et de catalyseur. Je dois avouer n'avoir rien compris des explications d'Andrew à ce sujet. Peu de personne savent utiliser cette magie.

- Andrew n'est sûrement pas le seul.

- Oui, mais il est le seul qui la maîtrise à ce point. Voyez comme les choses sont étrangement faite : il est le seul capable d'utiliser une magie qui lui permette de contrer le Mage Noir. Parce qu'il a toujours été passionné par les runes et qu'il a reçu l'éducation du plus grand expert du siècle. Pouvons-nous croire qu'il s'agisse d'une coïncidence quand on sait qu'il est l'objet d'une prophétie ?

La question était purement rhétorique. Harry grogna.

- Ces prophéties… Quoiqu'on fasse, c'est comme si on ne décidait rien nous-mêmes.

- Andrew s'interroge sur ça aussi. C'est un des sujets qui le tourmentent. Vous devriez peut-être en parler avec lui. Mais pour l'instant, les remords sont son principal souci.

- Le connaissant, je pari qu'il travaille deux fois plus pour les oublier.

- Malheureusement, mais ça ne suffit…

Shinobu ne termina pas sa phrase car au même moment, Andrew s'était jeté sur le côté, puis relevé dans le même mouvement et enfin avait lancé son sabre d'entraînement sur l'épaule de son adversaire nain. Celui-ci n'avait même pas eu le temps d'esquiver. Andrew avait bougé avec une rapidité inouïe, presque magique.

- Ça a marché, souffla Shinobu. Il a réussi à améliorer sa rapidité.

Harry était subjugué par la rapidité du mouvement. Il avait déjà vu des soraï utiliser ce genre de magie, mais Andrew n'avait commencé cet apprentissage que le lendemain de son réveil, soit trois jours plus tôt. Comme disait Shinobu : il avait un talent inné pour le combat. Encore une autre coïncidence. « Satané prophétie ! »

Le combat s'était arrêté là. Andrew avait salué son adversaire et était parti. Harry continua à discuter encore un peu avec Maître Shinobu puis il décida de rejoindre son invité de Noël. Alors qu'il parcourait l'avenue principale de Nidavelle, il ne cessa d'être impressionné par ce qu'il voyait. Depuis qu'il avait retrouvé Andrew, il avait découvert beaucoup de choses qui restaient cachées au commun des sorciers. Ainsi, Harry Potter pouvait se vanter d'être un des rares humains, non soraï, à connaître l'existence des nains et des elfes et à pouvoir aller et venir chez eux comme il lui semblait. Bien sûr il devait garder le secret, et c'était particulièrement difficile avec Ginny, mais c'était nécessaire.

La rumeur disait qu'on retrouvait souvent Andrew sur une des plateformes dominant la ville d'Elfendiès. Mais Harry savait qu'aujourd'hui, il retrouverait son jeune ami dans le centre des Remédias. Andrew passait de nombreuses heures au chevet de Shiwo qui ne s'était toujours pas réveillé. Les remédias étaient très pessimistes. Natanielle lui avait confié qu'il pourrait mettre des semaines à reprendre conscience.

Après un petit temps de marche, Harry entra dans le centre des Remédias. Deux médicomages elfes tournèrent instantanément le regard vers lui, mais aucune ne vint vers lui lorsqu'elles constatèrent qu'il n'était qu'un visiteur. Andrew était là, assis dans un fauteuil à côté du lit de Shiwo. Sylvia Hopkins dormait dans le lit d'à côté ; elle avait l'air plus blanche que son compagnon inconscient. Sylvia semblait être encore plus dévastée par l'état de Shiwo qu'Andrew lui-même. La jeune femme passait presque ses journées entières au centre des Remédias, dormant et mangeant sur place.

Harry posa une main sur l'épaule d'Andrew :

- Comment vas-tu ? lui demanda l'auror.

- J'ai connu des jours meilleurs, avoua le soraï dans une pitoyable tentative de sourire.

Harry laissa passer un silence, ne sachant trop quoi dire.

- Tu sais que l'offre pour Noël tient toujours ?

- Oui. Je dois passer le réveillon ici, mais je serais chez toi vers 10 heures.

L'auror ne put s'empêcher de froncer les sourcils :

- Avec le décalage horaire, il sera à peine 4 heures du matin ici lorsqu'il sera 10 heres en Angleterre. Tu n'auras pas le temps de dormir !

- Mes transes sont beaucoup plus reposantes depuis…

Pas besoin d'un dessin pour comprendre qu'il faisait référence au sort de la mort qu'il avait reçu et au départ de la manticore.

- Et bien au moins, tu entre dans le club très fermé de « ceux-qui-ont-survécu ». C'est plutôt prestigieux, confia Harry très sérieux.

- Oh, tu compte m'offrir une carte de membre ? rit le jeune homme. C'était la première fois qu'il riait depuis la bataille.

- Je comptais plutôt te léguer le surnom de Survivant, rétorqua Potter avec le sourire désormais.

- Tut tut, c'est ton surnom ça ! Tu l'as gagné, tu le garde !

- Très bien, grogna Harry. Et comment veux-tu être surnommé alors ?

- On m'appelle déjà Soraïsin…

- Je ne sais même pas ce que ça veut dire !

- Ça perd beaucoup à la traduction, avoua simplement le soraï.

Et la conversation retomba. Harry patienta, comprenant que le soraï hésitait à aborder un sujet particulier.

- Harry, tu as été l'objet d'une prophétie, pas vrai ? (Harry hocha de la tête) Comment t'en es tu sorti ?

- Avec un Expelliarmus, se moqua-t-il.

Andrew roula des yeux.

- Tu sais très bien ce que je veux dire. Comment sais-tu que tu as fait tes propres choix plutôt qu'accomplir aveuglément ce qui a été décidé avant ?

- Je ne le sais pas. Ecoute, la prophétie me concernant disait que j'avais le pouvoir du tuer Lord Voldemort. Elle disait qu'aucun de nous ne pourrait vivre tant que l'autre survit. Pour une raison obscure, Tom a donné beaucoup d'importance à cette prophétie. Lorsqu'il s'est senti menacé en 81, il a essayé de me tuer, mais le sort n'a pas marché, comme tour le monde le sait (il montra sa cicatrice sur le front) A partir de là, il n'a cessé de vouloir me tuer. De mon côté, je voulais aussi qu'il meurt, il avait tué trop de gens, dont mes parents. Je ne pouvais pas laisser ce monstre en vie. Bien sûr que je pouvais oublier cette prophétie. Mais je voulais l'accomplir. Et tant que Voldemort était en vie, je ne pouvais pas vivre moi-même, parce qu'il n'avait de cesse de vouloir me tuer. Tu saisis ? Aucun de nous ne pouvait vivre tant que l'autre survivait.

- Ce que tu veux dire, c'est que peu importe la prophétie, si je ne veux pas l'accomplir, elle ne s'accomplira pas.

- Oui, mais le veux-tu ?

- Evidemment non, je veux le voir mort !

Harry sourit : il avait réagi de la même façon en son temps.

- L'avenir est difficile à prédire, il est toujours en mouvement et ne se fixe réellement que lorsque le moment devient présent. Nos choix peuvent toujours changés. Mais ils sont dictés par notre personnalité, et donc reflètent nos idéaux. Ses idéaux ne changent pas du jour au lendemain. Mais il suffit d'un rien pour changer l'avenir. C'est plutôt complexe.

- Selon toi, je dois oublier la prophétie et faire mes choix comme je l'entends ?

- Oui, plus ou moins. Mais garde là en tête, elle pourra toujours t'éclairer sur certains points en temps utile.

Harry se permit un sourire : le visage d'Andrew restait fermé, pourtant l'auror sentait qu'il était moins tendu.

- As-tu envoyé Musi à ton amie Ellia ?

Cette fois, le visage du soraï s'éclaira d'un sourire malin.

- Oui. Mais Ellia semblait déçue par la longueur extrêmement réduite de ma lettre.

- Tu ne peux pas la blâmer pour ça. Elle était très inquiète. Je pense qu'elle tient beaucoup à toi.

- Heureusement que je ne lui aie pas dit que je passais toutes mes soirées avec mon ex-copine. Je crois que là, elle voudrait carrément me tuer.

« Marc tout craché » pensa l'auror. Cette pensée lui arracha un sourire, juste avant que le souvenir de sa mort ne fasse revenir la peine…

&&&

Andrew se tenait droit et fier dans une petite clairière jouxtant Elfendiès. A sa gauche se tenaient Shinobu et Alsestia, dans leurs plus belles robes de soraï. Andrew lui-même avait revêtu une des toutes nouvelles robes de cérémonie de l'ordre.

En effet, une jeune guerrière soraï de Tokyo trouvait qu'une tenue de cérémonie serait beaucoup plus adéquate pour la rencontre de personnages importants tels des rois ou des empereurs. Elle avait donc conçu toute une gamme de robe sorcière aux couleurs des soraï avec le symbole des soraï sur le torse : l'aigle tenant en ses serre la baguette et le sabre. Aujourd'hui, Andrew savait que cette aigle représentait Rowena Serdaigle, celle qui avait inspiré Soraïbatsu, le fondateur de l'ordre.

Ces robes étaient faites sur mesure, de façon à avantager les soraï qui les portaient. Car il fallait parfois jouer sur les apparences pour impressionner certaines personnes.

Toutefois, Andrew doutait que les esprits des précédents chefs des elfes des bois se laisseraient abuser par quelques bouts de tissu.

A quelques pas des soraï, Hinar était assis en tailleur sur le sol, en compagnie des ses deux principaux lieutenants : Nagan, qui était l'équivalent d'un chef des forces armées, et Tagnus qui était devenu administrateur de Nidavelle. Il semblait que la collaboration de ce dernier avec Andrew sur les arches de téléportation avait été extrêmement bénéfique pour ça carrière.

En réalité, les nains ne connaissaient pas les notions de carrière et d'ambition. C'était sûrement pour cette raison qu'il n'y avait presqu'aucun protocole dans le royaume de Mesilian : personne ne voulait le pouvoir. S'il avait à parier, Andrew dirait qu'Hinar échangerait volontiers sa charge de roi contre une bonne bière. De ce fait, on se comportait avec les dirigeants comme avec n'importe qui. Tous les nains respectaient leur hiérarchie, qui n'était pas vraiment contraignante. D'ailleurs la plupart du temps, les nains semblaient agir comme un seul homme.

Au milieu de la clairière se tenaient Dame Vanualë et sa cour : Sylnar le Harbard, Rollone le Daarlin, Elring le magicien et Mayusliva, princesse d'Elfendiès. Les cinq elfes conversaient tranquillement, même si une certaine tension était palpable.

Puis, semblant répondre à un signal invisible, les elfes bougèrent. Sylnar, Rollone et Mayusliva s'éloignèrent de la reine pour venir se placer à droite des soraï. Vanualë s'était assise en tailleur, dos aux invités, et semblait se plonger en Celta. Elring restait debout, face à elle et murmurait une incantation si complexe qu'Andrew n'en comprenait que quelques mots : esprits des anciens, sagesse des temps anciens, origine et avenir, choix, confiance…. Rien qui ne semblait compréhensible pour lui.

Elring réalise l'incantation sacrée. Les anciens se manifesteront dans la Celta de notre reine et communiquerons avec elle, expliqua calmement Sylnar.

Andrew hocha légèrement de la tête, captivé par l'incantation. Brusquement, Elring se tut. Il y eut un léger instant de flottement, durant lequel personne n'osa parler, bouger et même respirer. Puis, une multitude de boules blanches se manifestèrent dans les airs et entourèrent Vanaluë. Les boules tournaient autour de la reine avec légèreté dans une danse hypnotique et merveilleuse. Andrew ne pouvait détourner son regard d'un tel spectacle. Dame Vanaluë commença à s'élever dans les airs, toujours assise en tailleur. Il y avait tellement de boules blanches qu'il en était difficile de voir la reine.

Bien qu'il ne fût pas en transe, le soraï ressentait l'accumulation de magie autour de la reine. C'était une magie pure et chaude qui allait bien au-delà de tout ce qu'il connaissait.

- La magie des esprits, souffla Shinobu, presque imperceptiblement.

Ils restèrent ainsi de longues minutes, à contempler le spectacle. Ils étaient muet, immobile. C'était à peine s'ils osaient respirer. Au bout d'une dizaine de minutes, le nombre de boules sembla diminuer, et Vanualë redescendit progressivement vers le sol.

Lorsqu'elle retouche le sol de la clairière, la dernière boule s'évapora, et la reine se releva. Son visage était un masque de neutralité. Elle regarda directement les soraï, son regard semblant accrocher celui d'Alsestia. D'une voix solennelle, elle affirma :

- Les ancêtres ont parlé. Le conseil des forêts a décidé. Je vais vous raconter l'histoire de mon peuple…


Tout d'abord, je suis mille fois désolé pour le temps d'attente depuis le dernier chapitre. Je suis très occupé en ce moment, et j'ai en plus un nouveau projet de fic à côté. J'aimerais vous dire que le prochain chapitre arrivera bientôt, malheureusement je ne sais pas du tout quand je pourrai l'écrire.
J'avais dit que je répondrais aux reviews individuellement, mais je n'ai pas le temps non plus. Donc je reprend le système des RAR en fin de chapitres :

Merlin Potter : je crois que ce chapitre répond à certaines de tes objections. J'imagine Harry comme un sorcier au dessus de la moyenne certes, et avec beaucoup de talents, mais pas du niveau de Dumbledore pour autant. Andrew lui-même n'est pas aussi puissant que Dumbledore ou Voldemort, il utilise seulement une puissance extérieure à sa magie. Quand à mon mystérieux mage noir... vous allez devoir attendre pour la réponse. Merci pour ce commentaire, et à bientôt j'espère.

Elladora Narcissa Black : Salut! Oui je suis sadique et fier de l'être. Mais estime toi heureuse : Shiwo devait mourir à la base pour amener le changement de mentalité d'Andrew. Mais j'ai décidé de le garder en vie, et d'en faire un personnage du genre de Keyoke dans la trilogie de l'Empire (encore du Raymond Feist). Encore désolé pour le retard et à bientôt!

Valabo : merci beaucoup pour cette review, à bientôt pour la suite.

Kisscool : non pas d'horcruxes à l'horizon, mais les ténèbres prennent bien des formes...

Mr Dumby : merci pour ta review, à la prochaine

Klaude : encore merci pour tes reviews. Oui Andrew va revenir changer de cet affrontement. C'est pour ça que je met de plus en plus de temps à écrire, c'est que c'est de moins en moins facile...

Yza : Merci beaucoup pour ce commentaire et tes encouragements ; je fais du mieux que je peux. j'espère que ce chapitre t'a plus autant que les 24 autres. A+

Potter241 : merci, je suis flatté. Mais j'écris bien moins biens que certains autres auteurs de fic. A bientôt.