- LES SURVIVANTS -

Cette histoire se base sur les sept volumes du cycle de Harry Potter écrits par la talentueuse Joanne K. Rowling et le chat du 30 juillet 2007 au cours duquel elle a révélé ce qu'elle imaginait pour ses personnages.

Relecture : Fenice, Andromeda, Monsieur Alixe, Steamboat Willie

Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
1er septembre 1998 — 30 juin 1999 : Harry est en septième année
6 septembre 1999 : Harry devient aspirant Auror
2 mai 2000 : Naissance de Victoire
31 décembre 2001 : mariage de Ron et Hermione
Période couverte par le chapitre : 26 aout au 22 septembre 2002


XXXIII : La Harpie et le Survivant

Une semaine après la victoire de son équipe à la Coupe de la Ligue, Ginny reçut la confirmation qu'elle était pressentie pour faire partie de l'équipe nationale, ainsi que treize autres joueurs, deux par postes. Gwenog Jones l'était aussi, dans l'équipe du pays de Galles. Ces nominations étaient indicatives et ne seraient confirmées que quelques semaines avant le début du championnat du monde. Harry ne vit pas une seule fois son amie durant les deux semaines qui suivirent, tant elle fut monopolisée par un tourbillon d'obligations sportives et de conférences de presse.

Ironie du sort, Harry en fut réduit durant cette période à suivre la vie de sa petite amie par l'intermédiaire des journaux. Un matin, il réalisa avec horreur que la situation risquait de durer encore un bon moment. Pendant de nombreux mois, Ginny ferait partie des personnalités les plus médiatisées d'Angleterre et ils devraient faire doublement attention de ne pas être vus en public ensemble. A moins que...

Après tout, Ginny avait atteint les objectifs qu'elle s'était fixés trois ans auparavant : être connue du grand public en tant que joueuse de Quidditch. Trois ans, justement le délai qu'elle lui avait demandé de lui accorder. Harry ne se donna pas le temps de réfléchir. Il envoya immédiatement un message à sa dulcinée, lui demandant s'il pouvait venir la chercher pour dîner avec elle. Il passa sa journée à attendre sa réponse, exécutant ses tâches professionnelles de façon machinale. Alors qu'il était l'heure de quitter son bureau, son hibou avait enfin rejoint la volière du Ministère et on lui fit parvenir le message de Ginny. Elle lui faisait savoir qu'elle l'attendrait à dix-neuf heures devant le portail du parc de la propriété des Harpies à Holyhead.

Harry sourit avec satisfaction. Sans même saluer ses collègues, il courut plus qu'il ne marcha vers les cheminées de l'atrium. Il prit une cheminée jusqu'à chez lui et se saisit du panier que lui avait préparé Kreattur selon ses instruction matinales. Ensuite, il retourna au Ministère, se précipita vers l'aire de transplanage — on ne pouvait toujours pas transplaner du square Grimmaurd — et réapparut dans le jardin du Terrier. Sans passer saluer personne, il alla dans la cabane de jardin récupérer sa moto, celle de Sirius qu'il avait reçue en cadeau de Noël lors de sa dernière année d'école.

Il désillusionna son véhicule ainsi que lui-même et fit décoller l'engin. Il aperçut Molly sortir la tête de la fenêtre de la cuisine, alertée par le bruit, mais elle ne put évidemment pas le voir. Une fois qu'il fut à une altitude suffisante, il mit plein gaz jusqu'à Holyhead. Bien qu'il eut une dizaine de minutes de retard, il n'y avait personne devant les grilles du parc. Il craignit un instant que Ginny ne se soit lassée de l'attendre, puis il songea qu'elle avait sans doute opté elle-même pour la discrétion. Il attendit qu'il n'y ait plus aucun passant à proximité et fit vrombir la moto, sachant que son amie en reconnaitrait le rugissement du moteur.

Effectivement, une silhouette sortit du couvert des arbres et s'élança vers lui. Il la guida de la voix, et elle parvint à s'installer à tâtons sur le siège arrière. Il la désillusionna à son tour et ils décollèrent. Harry survola un moment la forêt qui se trouvait à proximité du stade d'entraînement, puis atterrit dans une clairière qu'il avait repérée en venant.

Il leur fallut un bon quart d'heure pour se dire bonjour, heureux de se retrouver après ces semaines de séparation. Finalement, Harry se rappela la raison de son invitation et la repoussa doucement. Désireux de s'en tenir aux différents points de son programme, il sortit des sacoches de la moto le pique-nique préparé par son elfe.

Tandis qu'ils mangeaient, le soleil commença à sombrer, bordant les nuages de rose. Harry alluma un feu avec sa baguette et regarda le profil pur de son amie qui admirait le ciel. Enfin, il se rapprocha d'elle et lui prit la main :

— Ginny, est-ce que tu veux bien m'épouser, maintenant ?

Elle tourna brusquement la tête vers lui. La lumière faiblissait mais il vit à quel point elle ne s'attendait pas à cette question à ce moment précis. Voyant ses joues se colorer, il craignit qu'elle ne refuse. Ce ne fut qu'au bout de longues secondes de supplice, qu'elle répondit gravement :

— J'en serais très honorée, Monsieur Harry Potter.

Avant qu'il ait pu s'étonner de cette réserve qui cadrait si peu avec son caractère, elle éclata d'un rire heureux et elle lui sauta au cou, les faisant basculer dans l'herbe. Sous les baisers passionnés de sa belle, Harry songea que les fiançailles étaient une invention merveilleuse. Soudain, Ginny se redressa :

— Elle est où la bague ?

— Quelle bague ? demanda Harry, en réajustant ses lunettes sur son nez.

— B'en la bague de fiançailles ! s'exclama-t-elle comme si c'était la chose la plus évidente du monde.

- Y'en a pas, indiqua Harry l'attirant à lui pour l'embrasser dans le cou.

— Comment ça, y'en a pas ? s'insurgea-t-elle en le repoussant.

— Si j'avais su, j'aurais rien demandé, protesta-t-il frustré.

Elle le considéra quelques secondes puis en prit son parti :

— Tant pis, je la choisirai moi-même, décréta-t-elle, en se penchant vers lui.

ooOoo

Le lendemain au QG, Harry consulta la liste détaillée des commerçants à laquelle les Aurors avaient accès pour faciliter les enquêtes. Owen, qui faisait également une recherche, s'étonna :

— Tu dois aller chez le bijoutier ?

— Ouais.

— Y'a du mariage dans l'air ! devina Owen. Félicitations, mon vieux.

— Merci. Mais il parait qu'il fallait une bague ! soupira Harry.

— Tu veux dire que tu lui as demandé avant d'acheter la bague ?

— Tu vas pas t'y mettre aussi !

— Et elle a quand même dit oui ? s'étonna Owen.

— Evidemment, confirma Harry avec satisfaction.

— Je me demande ce qui a bien pu la décider, dit Owen d'une voix qui se voulait incrédule.

— Très drôle. Bon, y'en a six, t'irais auquel, toi ?

Owen regarda la liste, et montra le troisième :

— C'est là que j'irais, mais je ne te le conseille pas.

— Pourquoi ?

— C'est là que vont les fonctionnaires en début de carrière, pas les héritiers des grandes familles de sorciers.

— C'est quoi la différence ? demanda Harry qui détestait tout ce qui s'apparentait à la discrimination sociale.

— Le prix, explicita Owen.

Harry admit qu'il n'avait pas l'intention de se montrer radin sur la bague de fiançailles de sa future femme.

— Et où vont les héritiers des grandes familles? s'enquit-il.

— Là, montra Owen.

Harry nota le nom et l'adresse.

— Bon, y'a plus qu'à trouver un moment où on sera libre tous les deux, soupira Harry.

— Oh mon pauvre ! s'apitoya Owen.

— Pourquoi ?

— Tu vas souvent faire des courses avec elle ?

— Non, admit Harry.

— Faut que tu te prépares, alors. Elle va te montrer différents modèles et te demander celui que tu préfères ou, pire, celui qui lui va le mieux.

— C'est celui qu'elle préfère que je veux acheter, remarqua Harry.

— C'est pas comme ça que ça marche. Elle insistera jusqu'à ce que tu répondes. Mais si ce n'est pas la réponse attendue, elle va te dire :"Oh non pas celle-là, elle me grossit !"

— Une bague ? demanda Harry incrédule.

— La dernière fois que ça m'est arrivé, c'était un chapeau. Enfin bref, elle s'arrangera pour te faire comprendre que tu as fait le mauvais choix. Et ça dure jusqu'à ce que tu désignes le modèle qu'elle veut.

— C'est une perte de temps, jugea Harry.

— Tu prêches un convaincu, soupira Owen.

— Tant qu'on ressort avec la bague qu'elle aura choisie..., fit Harry philosophe.

— Malheureux ! Tu crois que c'est si simple ? Une fois que tu as enfin déterminé celle qui lui a tapé dans l'œil, elle va revenir sur la première et dire :'Tu es sûr ? On peut prendre celle-là, si c'est vraiment celle que tu préfères !' Ça peut durer des heures ! Pourquoi tu crois qu'on achète la bague avant ?

Harry comprit enfin le bien-fondé de cette coutume.

— Le mieux est d'avoir un bijou récupéré par héritage, indiqua Owen. Là, pas de discussions, c'est ton arrière-arrière-grand-père qui s'est dévoué pour éviter ce calvaire à tous ses descendants. C'est ce qu'on appelle avoir l'esprit de famille, conclut-il en repartant avec la référence qu'il était venu chercher.

ooOoo

Convaincu de la justesse du conseil d'Owen, Harry envoya un hibou à Bill. Ce dernier lui répondit qu'il l'attendait à son bureau en fin de journée. Harry s'y rendit dès qu'il eut terminé son travail. Il eut encore à subir l'hostilité des Gobelins avant de parvenir dans le cagibi où l'aîné des Weasley travaillait.

— Tu as besoin de quelque chose, Harry ? lui demanda ce dernier après les salutations d'usage.

— Un inventaire a-t-il été fait du contenu de mon coffre ?

— Oui, je l'ai fait faire quand tu as demandé qu'on fasse celui des Black pour le donner à Teddy. Tu souhaites effectuer un achat important ou investir une partie de ton argent ?

— Pas vraiment. Je veux juste savoir si j'ai des bijoux dedans.

— Un cadeau en vue ?

— Peut-être, répondit Harry.

— Quelqu'un que je connais ? insista Bill.

— Pas du tout. Je viens juste de la rencontrer, prétendit Harry.

— Tu es un homme mort, assura Bill. Mais si tu me la présentes, je te tue avant que Ginny s'en charge pour que tu souffres moins.

— Merci Bill, tu es un frère, remercia gravement Harry avant qu'ils n'éclatent tous deux de rire.

— Tu vas lui demander quand ? s'enquit Bill une fois calmé.

— C'est déjà fait. Oui, normalement, il faut prévoir la bague avant, reconnut précipitamment Harry quand il vit Bill ouvrir la bouche. Bon, je savais pas, c'est pas la fin du monde, quand même !

— Non, mais c'est le genre de trucs qui ressortent après dix ans de mariage, le prévint charitablement Bill.

Sur ces bonnes paroles, il sortit chercher les documents. Harry se demanda d'où lui venait cette connaissance des prescriptions conjugales, compte tenu que cela ne faisait que cinq ans qu'il était marié. Quand Bill revint avec une liasse de parchemins, ils se partagèrent le paquet et entreprirent tous les deux de rechercher une mention de l'objet désiré par Harry.

— C'est quoi un hanap ? demanda-t-il à Bill.

— Une sorte de cruche, répondit ce dernier sans lever les yeux de sa lecture.

— Et une ménagère ?

— Un ensemble de couverts. J'ai comme l'impression que tu as hérité d'un service de table.

— En vermeil, déchiffra Harry. C'est quoi exactement ?

— De l'argent recouvert d'or. Je suppose que tout ceci représente pas mal de Gallions.

— Ah ! s'exclama Harry avec satisfaction. Bague or blanc, émeraude sertie de diamants. Ça devrait aller, non ?

— Faut voir. On n'est jamais à l'abri des gouts bizarres d'un ancêtre, le mit en garde Bill.

Il se faisait tard et Harry ne se voyait pas fouiller tout son coffre le soir même à la recherche d'un objet aussi petit.

— Je pourrais revenir samedi matin ? Si par le plus grand des hasards Ginny arrive à se libérer, je lui dirai que je suis de garde. Ça t'ennuie de venir avec moi ? Je crois qu'on ne sera pas trop de deux.

— Si ça peut te rendre service, sourit son futur beau-frère.

ooOoo

Ce ne fut pas une mince affaire. Outre les milliers de Gallions que s'égaillaient dans tous les coins, il y avait de nombreux coffres et des objets pendus au mur. En contemplant les épées, poignards et boucliers, Harry se dit que le passé de la famille Potter avait été plus guerrier qu'il ne l'avait jusque-là soupçonné. Bill et lui durent utiliser leur baguette pour se frayer un chemin parmi les pièces d'or.

Les premiers coffres qu'ils atteignirent contenaient la fameuse vaisselle en vermeil. Harry trouva les plats, couverts et aiguières plutôt jolis, mais un peu ostentatoires.

— Non mais tu t'imagines manger là dedans ? demanda-t-il à Bill.

— C'est pour les grandes occasions, lui expliqua celui-ci. Les mariages, par exemple.

— Ça peut servir, effectivement, convint-il.

Harry venait d'ouvrir une malle pleine de livres et envisageait de les confier à Hermione pour qu'elle en fasse l'inventaire, quand Bill le héla :

— Je pense que tu devrais venir voir ça, Harry.

Surpris par le ton employé, le jeune homme obtempéra. Il mit quelque temps à identifier les divers objets qu'il eut alors sous les yeux : des lettres, des livres de compte, des albums de photos. C'étaient les archives de sa famille.

— Par Merlin, murmura-t-il en contemplant Dorea et Charlus Potter qui le saluaient de leur photo jaunie.

Il ferma les yeux pour endiguer la vague d'émotion qui le submergeait. Sa famille. Il pourrait désormais mettre un visage, des mots, des émotions sur ceux qui étaient venus avant lui. Il eut une pensée pour les Gaunt qui faisaient passer l'origine de leur famille avant tout le reste. Harry était trop ancré dans le présent et l'avenir pour partager leur obsession pour le passé, mais il comprenait mieux qu'à seize ans l'importance qu'ils attachaient à leurs ancêtres.

Il referma le coffre, désirant prendre son temps pour découvrir ces trésors.

— Je pense que j'ai trouvé ce qu'on cherchait, indiqua Bill qui s'était discrètement éloigné.

Ainsi qu'ils l'avaient déjà constaté sur l'inventaire, les Potter avaient acquis un certain nombre de bijoux. Ils étaient soigneusement disposés dans une cassette aux multiples compartiments amovibles. Harry en fit coulisser plusieurs avant de tomber sur la bague qu'il cherchait. Sur l'anneau, les pierres étaient disposées de façon à former une fleur, l'émeraude se trouvant au cœur de ses pétales de diamant.

— Elle est pas mal, remarqua Harry en l'élevant pour mieux la contempler.

— Pas mal ? s'exclama Bill, les yeux rivés sur le bijou. C'est une pièce inestimable ! Ginny va s'évanouir de joie en la voyant.

Harry songea que, tout compte fait, il avait bien fait de ne pas prévoir de bague le soir de sa demande. Une Ginny en pleine possession de ses moyens lui avait parut bien préférable à une Ginny pâmée d'admiration.

ooOoo

Le lendemain, avant d'aller au déjeuner dominical du Terrier, Harry demanda à Ginny qui s'était libérée pour l'occasion :

— Tu préfères le dire toi ou que ce soit moi ?

— Fais-le, ce sera mieux, décréta-t-elle après quelques moments de réflexion.

— Tu crois que je dois demander ta main à ton père ? s'inquiéta soudain Harry.

— Non, je ne pense pas que cela se fasse encore, le rassura-t-elle.

Harry laissa passer quelques instants avant de demander :

— Et après ?

Ginny le regarda et eut un petit sourire pour lui faire comprendre qu'elle voyait parfaitement où il voulait en venir :

— Je suppose qu'il faudra qu'on fasse une sortie publique, admit-elle.

— Pas de regrets ? s'assura-t-il.

— Je savais ce que cela impliquait quand j'ai dis oui, Harry. Si j'avais pensé ne jamais le supporter, je te l'aurais dit avant. Ça aurait été malhonnête, sinon.

Le ton de Ginny était serein et Harry se dit que cela avait valu le coup d'attendre. Elle s'engageait en connaissance de cause et se sentait prête à en assumer les conséquences. Machinalement, il tapota la poche dans laquelle il gardait la bague qu'il lui destinait. Il ne la lui avait pas encore montrée car Bill avait su le convaincre d'attendre le repas de famille pour la lui donner.

— Tu gagneras le titre de gendre préféré auprès de mes parents si tu fais comme ça, avait-il assuré.

Harry avait décidé de suivre ce conseil, son inexpérience en la matière n'étant plus à démontrer. Bill lui avait soigneusement expliqué à quel doigt de Ginny il devrait la passer et l'avait obligé à répéter la scène, prenant le rôle de sa sœur. Harry espérait que son futur beau-frère emporterait dans la tombe le secret de cet épisode. Si le ridicule ne tue pas, il est des cas où c'est bien regrettable.

Ce jour-là, la famille était au complet quand Harry et Ginny arrivèrent chez Arthur et Molly. Chacun ne venant que dans la mesure où son emploi du temps le permettait, il n'était pas rare qu'un ou deux Weasley ne manquent à l'appel. Même Charlie qui ne brillait pas par son assiduité était présent, ainsi que Percy qui, excessivement investi dans son travail au Ministère, limitait souvent sa venue à une apparition après le déjeuner. Harry soupçonna Bill d'avoir sonné le rappel.

Ni Ginny ni lui ne purent placer un mot avant la fin du repas. Entre l'installation autour de la grande table, le service — qui n'était pas simple pour treize adultes et deux enfants — et les interventions de chacun, il était impossible de lancer une conversation importante. Finalement, ce ne fut que lorsque les enfants furent envoyés jouer dans le salon— Victoire, du haut de ses deux ans, refusait de faire la sieste quand elle était avec Teddy — et que chacun savourait son café en commençant sa digestion que Harry parvint à interrompre Charlie et Percy qui discutaient d'un règlement sur l'importation des peaux de dragon pour se lever et demander le silence d'une voix forte :

— Excusez-moi… (Il attendit quelques secondes que le bruit des conversations retombe). Ginny et moi avons décidé de nous fiancer, annonça-t-il.

— Enfin ! fut le cri du cœur de Molly, déclenchant un fou-rire général.

Pendant que tout le monde s'esclaffait et que Molly confuse s'excusait du regard auprès de sa fille, Harry sortit de sa poche la bourse où il avait mis la bague. Bill, qui le regardait faire avec un sourire complice, tapota son verre avec son couteau pour inciter sa famille à reporter son attention sur Harry. Ce dernier prit la main gauche de sa fiancée et indiqua :

— J'ai retrouvé les bijoux qui me viennent de ma famille. Cette bague est pour toi, Ginny.

Il lui glissa la bague à l'annulaire. Sa fiancée lui adressa un sourire ravi puis, après avoir regardé de plus près son présent, ses yeux s'écarquillèrent et elle s'exclama :

— Oh Harry, elle est trop belle, je ne peux pas la porter !

Pour prendre sa famille à témoin, elle tendit la main dans leur direction. Alors que tous se penchaient pour se rendre compte par eux-mêmes, Harry se dit qu'il avait vraiment bien fait de dissocier sa demande et la formalité de la bague. Puis il se sentit mal à l'aise du fait de l'atmosphère spéciale qui régnait dans la pièce. Il lui fallut deux secondes pour analyser ce qui n'allait pas.

Le silence. Fait extraordinaire, plus personne ne parlait. C'était très rare chez les Weasley. Tous contemplaient avec émerveillement les pierres qui brillaient sur la peau hâlée de Ginny. Finalement Arthur, qui faisait face à sa fille, prit la main de celle-ci dans la sienne et tendit l'autre en direction de Harry. Instinctivement, le jeune homme la saisit. Lié aux deux fiancés, le père de famille dit avec un grand sourire :

— Permettez-moi d'être le premier à vous souhaiter beaucoup de bonheur.

Cela mit fin à la réserve de chacun. Harry passa les minutes suivantes à recevoir les félicitations de l'assistance. Dans la mêlée, il reconnut l'embrassement maternel et larmoyant de Molly, le baiser parfumé de Fleur, l'accolade complice de Bill, le sourire ravi d'Angelina, la tape dans le dos bourrue de Ron, l'étreinte fraternelle d'Hermione, les félicitations compassées mais sincères de Percy, le sourire d'approbation d'Andromeda, la gaité mesurée de George, les plaisanteries du célibataire endurci qu'était Charlie. Puis, attirés par le charivari, les sauts d'excitation de Victoire et de Teddy.

Enfin, il put se rapprocher de sa fiancée et la serrer contre lui. Ginny leva sa main baguée et répéta :

— Elle est magnifique, Harry. Je ne vais jamais oser la porter.

— C'est pas moi qui l'ai choisie, commença-t-il par se défendre.

Il ajouta après réflexion :

— Moi, je trouve qu'elle semble avoir été faite pour toi.

Arthur sortit un vieil hydromel et tous burent à la santé des futurs époux.

— A quand le mariage ? demanda Ron.

— Il faut peut-être commencer par une cérémonie de fiançailles, non ? remarqua Molly.

— Les fiançailles sont faites pour que les familles se rencontrent, remarqua Harry. Toute ma famille est là aujourd'hui.

Il eut une pensée pour Dudley mais, malgré leur récent rapprochement, il ne pensait pas que sa place était parmi eux.

— Et comment allez-vous l'annoncer publiquement ? demanda Hermione.

— Je suppose que nous promener main dans la main dans un lieu public suffira, exposa Ginny. Et avec ça, continua-t-elle en levant sa main, personne n'aura de doute sur la nature de notre relation. Dis, Harry, on devrait y aller tout de suite.

— Quoi, maintenant ?

— Je ne sais pas quand je pourrai de nouveau avoir une journée de libre, indiqua-t-elle.

— Ah ! répondit Harry qui avait oublié l'agenda chargé de Ginny dans l'euphorie des fiançailles.

— Pré-au-Lard me semble parfait, proposa-elle. Y'a plein de gens qui se promènent en famille le dimanche après-midi.

— On peut venir ? demanda George.

— Non, vaut mieux qu'on ne soit que tous les deux, décida Ginny. Vous lirez le compte rendu dans la presse demain matin ! grimaça-t-elle.

Elle se dirigea vers la cheminée suivie de son fiancé. Son geste pour jeter la poudre de cheminette était assuré mais quand il la retrouva devant l'âtre de la poste de Pré-au-Lard il la trouva très pâle.

— Le trac ? demanda-t-il.

— Ça va ! répondit-elle avant d'admettre : Non, j'ai la trouille.

— C'est normal, assura-t-il. Mais on s'habitue un peu, après.

Elle eut une moue incrédule puis respira un grand coup.

— Alors, demanda-t-il. Les Trois Balais ?

— Piedodu, contra-t-elle. Ça ira mieux avec la bague.

Ginny lui prit la main et ils s'avancèrent dans la grand-rue. L'effet fut immédiat. Leurs visages étant connus de tous dans le monde des sorciers, on les remarqua dès qu'ils eurent mis le pied dehors et leur association fut aussitôt commentée avec plus ou moins de discrétion. D'un pas tranquille, feignant de ne pas remarquer l'agitation qu'ils créaient, ils continuèrent leur chemin.

— Un jour, alors que tout le monde me regardait, j'ai glissé sur une crotte de bique et je me suis étalé de tout mon long, confia Harry.

— C'est vrai ? s'étonna Ginny.

— Oui, je te dis pas le travail que ça a donné aux Oubliators !

Ginny éclata de rire.

— Tu me fais marcher !

— Tu te sens mieux, maintenant ? sourit Harry.

— Oui, merci, mon chéri, le remercia-t-elle les yeux pétillants.

Parmi les personnes qu'ils croisaient, ils reconnurent Lee Jordan. Ce dernier les remarqua mais n'osa venir les saluer. Harry lui fit un signe de la main et obliqua dans sa direction.

— Salut Lee ! Tu vas bien ?

— Oui, ça baigne, et vous ?

— Nous aussi.

Lee les examina :

— C'est euh… officiel, vous deux ?

— Ça le sera d'ici ce soir, confirma Harry. Tu peux en parler dans ton émission si tu veux.

— Je ne suis pas supposé bosser cet après-midi, tempéra Lee.

— Franchement, je préfère que ce soit toi qui aies le scoop plutôt que Skeeter !

— Ah celle-là ! Ça me plairait bien de lui brûler la politesse pour une fois, admit Lee. Tu sais qu'elle m'assassine régulièrement dans ses critiques d'émission ? Je crois qu'elle ne m'a jamais pardonné l'interview que tu m'as accordée il y a quatre ans.

— Désolé !

— Pas moi, assura Lee. Ça a lancé ma carrière. J'espère que cela t'a donné ce que tu voulais, ajouta-t-il après réflexion.

Cela n'avait pas vraiment redoré le blason de Rogue qui restait un grand oublié parmi les héros de guerre, mais cela avait donné à Harry une bonne raison de refuser tout autre entretien avec des journalistes. Le jeune homme prétendait à chaque sollicitation n'avoir rien à ajouter à ce qu'il avait révélé lors de l'émission de Lee.

— Ta nouvelle émission du matin marche bien ? demanda Harry, se rappelant ce que George leur avait appris à ce sujet quelques semaines auparavant.

— Tu l'écoutes ? demanda Lee, manifestement flatté par l'intérêt de son interlocuteur.

— Désolé, je pars trop tôt le matin. Mais Molly l'adore, se rattrapa-t-il.

— Tant mieux, avec tout le monde qu'elle connaît, cela va me faire de la pub, positiva le reporter.

— Et tu as un sujet tout trouvé pour demain matin, fit remarquer Ginny en levant sa main jointe à celle de son fiancé.

— Je peux vous poser une ou deux questions ? en profita Lee.

— Si tu veux, sourit Harry, amusé par la situation.

— Comment vous êtes-vous rencontrés ?

— Version officielle ou officieuse ? plaisanta Harry.

— Celle qui augmentera l'audience, répliqua Lee avec un grand sourire.

— Je suis fan des Harpies, exposa Harry.

— C'est vrai que ta présence à tous leurs matchs a été remarquée, souligna Lee. Etait-ce l'amour du sport ou celle de la poursuiveuse vedette de l'équipe qui t'y attirait le plus ?

— Les deux, soutint Harry. Le bonheur parfait, quoi !

— Je ne veux pas vous décourager, remarqua Lee, mais les langues vont forcément se délier à propos de votre idylle à Poudlard.

— Tu veux dire la fois où il s'est jeté sur moi dans la salle commune après qu'on a gagné la coupe ? demanda Ginny.

— Quoi ? Mais c'est toi qui t'es jetée dans mes bras, la contredit Harry.

— Pas du tout ! Tu as foncé sur moi et tu m'as embrassée devant tout le monde.

— C'est pas comme ça que je me rappelle les choses !

— B'en, tu te rappelles mal !

Ils se tournèrent vers Lee pour le prendre à témoin. Ce dernier riait de bon cœur.

— L'ordre dans lequel ça s'est passé n'est peut-être pas si important, fit Harry, penaud.

— Ce qui compte c'est qu'on ne se soit pas trompés de personne, renchérit Ginny.

— Je résume fit Lee. Coup de foudre à Poudlard après une victoire commune au Quidditch, passion pour ce sport qui continue à vous réunir.

— Ginny est venue à Poudlard aussi, rappela Harry d'une voix plus sérieuse qui rendait inutile de préciser à quel évènement particulier il pensait.

— J'en parlerai, leur assura Lee rendu grave par cette allusion. Une dernière question : Ginny vas-tu continuer à jouer pour les Harpies et préparer le championnat du monde ?

— Evidemment, répondirent en même temps Harry et Ginny.

— Je ne vous retiens pas plus longtemps, dit Lee. Félicitations et bonne chance à vous deux.

— Merci Lee.

Ils prirent congé et continuèrent leur route. Harry et Ginny parvinrent sans encombre au salon de thé. Ils y firent une entrée remarquée et passèrent leur commande.

— C'est mignon, ici, non ? dit Ginny.

— Il paraît, admit Harry. Je ne suis pas un spécialiste en salon de thé pour amoureux.

Autour d'eux les couples parlaient bas en leur jetant des regards en coin.

— La première fois que je suis venu ici, se rappela Harry, je trouvais très embarrassant de voir les gens en train de s'embrasser dans un lieu public.

— Harry, t'es pas supposé me raconter ce que tu as fait avec les autres, lui signala Ginny.

— Ce que je voulais dire, c'est que j'ai totalement changé d'état d'esprit. Tu vois, là, j'ai très envie de t'embrasser.

— Tu vas oser ? demanda Ginny avec curiosité.

— Peut-être pas pour notre première sortie, admit-il. Mais je peux faire ça.

Il avança son bras à travers la table pour lui prendre la main et la porter à ses lèvres. En se remémorant ses manœuvres — infructueuses — pour poser sa main sur celle de Cho, il se dit qu'il était bien plus agréable d'être amoureux à vingt-deux ans qu'à quinze.

Ce fut madame Piedodu en personne qui leur apporta leur commande. Elle leur adressa ses félicitations, les yeux rivés vers la bague de Ginny qui étincelait de mille feux sous le soleil qui entrait par les larges baies. Ensuite elle refusa catégoriquement que Harry règle leurs consommations.

— C'est un honneur pour moi de recevoir le Survivant, assura-t-elle.

Harry la remercia sans insister. Cette situation lui était familière et l'expérience lui avait appris qu'il valait mieux accepter ces cadeaux s'il ne voulait pas blesser ses interlocuteurs. Pour éviter d'abuser de la situation, il se sentait obligé d'effectuer la plupart de ses achats par correspondance sous le nom de Ron Weasley ou de se métamorphoser avant de faire ses courses.

— Rassure-moi, lui chuchota Ginny quand leur hôtesse s'éloigna, tu t'es pas fait offrir la bague par le bijoutier, hein ?

— Je t'ai dit que je l'avais trouvée dans mon coffre ! répondit Harry un peu vexé.

Ginny lui adressa un clin d'œil pour signaler qu'elle plaisantait puis demanda d'un air rêveur :

— Tu crois que ta mère l'a portée ?

— Je ne sais pas. Mais j'ai retrouvé toutes les archives de ma famille tu sais ? J'y trouverai peut-être la réponse.

Ginny lui lança un regard empli de compassion, regrettant visiblement d'avoir posé la question.

— Harry, oublie les autres et embrasse-moi, suggéra-t-elle.

Harry se pencha et obéit.

– FIN DE LA PARTIE I –


Ne partez pas, j'ai plein de choses à vous dire !

La suite s'appellera Les Bâtisseurs et paraîtra au début du mois de janvier.

Je sais que certains d'entre vous seront déçus de ne pas avoir la réaction du public à l'annonce des fiançailles de Harry et Ginny dans cette partie-ci, mais il y a trop à dire sur le sujet pour que je le traite rapidement. Ce sera donc l'objet du début de la partie II.

J'ai déjà commencé à travailler sur la suite. J'en ai écrit l'équivalent de plusieurs chapitres, n'hésitez pas à venir m'encourager.

Je ne peux pas vous dire quand elle paraîtra. Je veux avoir de l'avance et l'écrire sans contraintes. Je veux avoir le recul nécessaire sur les sujets que j'aborde sans me sentir piégée par le calendrier (ne vous faites pas d'illusions, toutes mes lacunes ne s'expliquent pas par les impératifs de délais).

Je vous souhaite donc une bonne fin d'été et vous retrouverai sans doute au cours de l'automne. J'indique l'avancement de mon écriture sur mon live Journal (voir l'adresse sur mon profil). Pas besoin d'être inscrit pour lire mes billets ni pour me laisser de messages, profitez-en.

Pour ceux qui s'ennuient, j'ai aussi mis des liens vers des sites ou des histoires intéressantes, sur mon profil.

Vous étiez en France, Belgique, Canada, Maroc, Suisse, Grande-Bretagne, Réunion, USA, Norvège, Algérie, Martinique, Guinée, Allemagne, Espagne, Bolivie, Grèce, Argentine, Danemark, Israël, Guadeloupe, Laos, Japon, Portugal, Italie, Chine, Suède, Finlande, Polynésie, Tunisie, Emirats Arabes Unis, Hollande, Sénégal, Philippines, Madagascar, Hongrie...

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... merci de tout coeur pour vos commentaires. Bien entendu, j'ai particulièrement apprécié ceux qui se sont donné la peine de laisser de longues missives ou qui ont fait l'effort de laisser un mot à chaque chapitre, même bref.

Et puis quand même un petit coucou à tous ceux qui sont venus lire en silence (les trois-quart d'entre vous selon mes statistiques), c'est aussi pour vous que j'écris.

Sur ce, portez-vous bien et à la prochaine !