Harry Potter et la Rive des Âmes

Disclaimer: Tout cet Univers appartient à J.K.Rowling.

Cette histoire a été créée purement pour le plaisir d'écrire sur ce fabuleux monde. Elle se partagera en trois Volumes, dont le premier durera pratiquement un an de la vie de Harry et le second plusieurs mois. Ils se déroulent à partir de la toute fin (excepté l'épilogue) de Harry Potter et les Reliques de la Mort, donc, gare aux Spoilers! Vous êtes avertis. Pour ceux qui ne veulent pas voir de morts du tome 7 revenir à la vie, ne lisez pas. J'ai eu du mal à accepter celle de Fred Weasley. Cependant, j'essaie de rendre son retour le plus crédible possible en tenant compte des règles de magie dans le monde qu'a su créer pour nous J.K.Rowling.

Aussi, apprenez que j'ai lu le Tome 7 en anglais et ai donc commencé à écrire cette histoire il y a assez longtemps. A ce jour, j'ai 258 pages (31 Octobre 2007 : Happy Halloween!) brouillonnées écrites à mon actif sur mon ordinateur et c'est loin d'être fini (je n'ai pas écrit la moitié de ce que j'avais prévu...). Donc, si vous n'aimez pas les longs romans, passez à une autre fiction. Celle-ci a, je vous le garantie, une intrigue je pense complexe qui ne prendra véritablement forme que dans le deuxième volume. Le premier se la coule davantage, disons. Je n'ai attendu la sortie du Tome 7 français que pour être certaine de la traduction de termes purement Rowliens. Je posterai les chapitres assez lentement, je pense. Ma correction automatique d'orthographe et de grammaire ne fonctionne pas, alors soyez indulgent, je relie mes chapitres assez souvent pour diminuer les fautes. Voilà, ce sera tout.

Sans vous ennuyer plus longtemps dans mes commentaires, Très Bonne Lecture à Tous.

Volume Un : Une Paix Mouvementée.

Chapitre Un : Le jour d'Après.

Le trajet du bureau de Dumbledore au dortoir des Gryffondors prenait un malin plaisir à se rallonger indéfiniment, semblait-il à Harry. Son cerveau avait fermé ses portes dès qu'il avait compris que plus rien n'était planifié dans l'emploi du temps du jour qui ne lui coûte la vie s'il ne restait pas en éveil. Ron et Hermione n'étaient pas plus enclins à bavarder que lui, à l'évidence. Et, passant un portrait vide de la Grosse Dame laissé ouvert, ce fut dans des murmures rauques épuisés qu'ils se séparèrent au pied des dortoirs. Ron et Harry grimpèrent sans conviction les marches qui menaient au dernier étage quand une étrange clarté jamais présente dans la sombre tour les fit ralentir. Encore quelques pas dans l'escalier en colimaçon, et ils réalisèrent pourquoi.

- Euh... tu crois qu'il reste des places chez les Première Année, Harry?..., déglutit Ron devant l'horreur de la destruction du dessus de la tour.

Celle-ci avait subi un sérieux coup de géant, le passage entier bloqué par du roc et des poutres. Le soleil levant baignait ce qui restait méconnaissable de leur ancien dortoir, un lit surplombant cependant à moitié dans le vide, en équilibre précaire, couvert de débris et de poussière.

- Mmh... allons voir..., grimaça Harry en revenant sur ses pas, Ron sur ses talons.

Ils ne rajoutèrent pas un mot, sans doute temporairement cédâtés.

- Pas ici, prévint Olivier Dubois en indiquant le dortoir des Deuxième Année. On se charge d'enlever une sorte de gaz mauve étrangleur..., fit-il alors que Harry baillait ostensiblement.

Le dortoir des Première Année libéré par leurs élèves échappés par la Tête du Sanglier n'avait qu'une vitre brisée: il fit émettre un soupir de soulagement et d'épuisement chez Ron.

- Je ne veux qu'un lit..., marmonna-t-il devant les cinq vides en se laissant tomber ventre en premier sur le plus proche de tout son poids.

- Kreattur?, souffla Harry en ouvrant sans conviction la porte de la salle de bains.

Un crac retentit sans plus attendre et, faisant sursauter Ron qui dégaina sa baguette, l'elfe explosa aussitôt en pleurs bruyants, à la grande horreur de Harry.

- Maîîître Harry, sanglota grandement Kreattur en se jetant vers les genoux de Harry, des épaisses larmes coulant sur son vieux visage. Kreattur vous pensait mort! Kreattur ne comprend rien! Kreattur ne sait pas ce qu'il doit faire maintenant! Kreattur est perdu sans monsieur Harryyyy!

Ron jura, les yeux écarquillés devant l'elfe.

- Kreattur, l'appela Harry à travers les pleurs de l'elfe en le saisissant par les épaules. Kreattur! Calme-toi!

Kreattur tenta de se calmer un peu, puis, sembla réaliser quelque chose et repartit de plus belle.

- Kreattur ne se sent plus obliger d'obéir à son maître! Kreattur n'a plus de lien à son maître! Kreattur l'a perdu quand son maître était mort!

Ron et Harry ouvrirent grand la bouche devant la révélation. Quelques secondes passèrent avant que Harry n'ose reprendre la parole.

- Kreattur... tu es... libre?

Ce ne fut pas la bonne chose à dire, réalisa de suite Harry devant l'elfe qui se jeta à terre, submergé par le chagrin, en tapant de ses petits poings sur le sol, ses pleurs plus forts que ceux d'un bébé en détresse.

- Kreattur, Kreattur, tenta Harry de le calmer. Ce n'est pas grave, Kreattur! (Kreattur redoubla de sanglots mais Harry ne s'arrêta pas) Non, tu ne comprends pas, ce n'est pas grave, tu peux toujours m'aider, si tu en as envie! Dobby le faisait! Dobby était mon ami! Tu peux être mon ami, Kreattur, fit Harry, désespéré de le faire taire.

Des coups frappèrent à la porte du dortoir.

- Vous avez besoin d'aide, là-dedans?, lança la voix étouffée d'Olivier Dubois, alerté par les bruits de Kreattur. Ca va comme vous voulez?

- Ça va, répondit Ron d'une voix forte assurée. Enfin, ça va mieux, maintenant!

Kreattur s'était arrêté net.

- Bon..., fit la voix d'Olivier. Mais si jamais... pas hésiter...

- Merci, Olivier, lança Harry à son tour.

Olivier partit et Ron souffla avant de se masser ses tempes. Kreattur releva ses grands yeux globuleux noyés de larmes, les cligna deux ou trois fois pour mieux voir Harry, puis tenta incrédule:

- Kreattur peut rester, monsieur Harry?, croassa-t-il timidement.

- Bien sûr que tu le peux, dit fermement Harry.

- Mais le lien est rompu, monsieur Harry... Peut-être que les amis de Harry Potter au ministère pourrait le replacer?...

Harry joua au poisson hors de l'eau devant la suggestion. Kreattur se remit laborieusement debout en s'appuyant sur son genou noueux, les yeux plein d'espoir.

- C'est comme un serment inviolable, monsieur Harry, le renseigna-t-il pour le convaincre. Ce sont les gens du département de régulation des Créatures Magiques qui s'en occupent... Ils le font souvent quand il n'existe plus d'héritier dans une famille et qu'un elfe est envoyé dans une autre nouvelle...

- Tu en as vraiment besoin, Kreattur?, demanda faiblement Harry, pas convaincu par toutes ces magies limitant les libertés, le souvenir de Dumbledore gravé dans sa mémoire.

Kreattur cligna les yeux, apparemment pris au dépourvu.

- Comment monsieur Harry voudrait-il que ça fonctionne, autrement?, dit-il, éberlué devant la proposition.

- Comme maintenant, répliqua Harry en ne lui laissant pas le temps. Ron et moi voudrions des affaires pour dormir, des sandwichs et à boire, s'il te plaît, Kreattur, énonça-t-il clairement.

Kreattur cligna de nouveau les yeux, puis, réalisant subitement, partit dans un « crac ». Ron et Harry fixèrent un instant l'endroit d'où était parti l'elfe.

- Bon gars, marmonna Ron en se recouchant d'un coup dans le matelas moelleux.

Harry se dirigea avec peine vers la salle de bain aux lanternes vacillantes, en songeant qu'il n'y serait probablement pas rendu s'il n'était pas certain que toute sa saleté accumulée l'empêcherait de récupérer normalement. Il retira cape et chemise avant d'émettre un grognement face à sa réflexion dans le miroir.

- C'est pas vrai..., marmonna-t-il en traçant légèrement une grande plaie douloureuse en forme d'éclair sur le torse.

Un second « crac » le fit presque tomber en arrière dans la douche.

- Sandwichs et jus de citrouille prêts, monsieur Harry, annonça Kreattur, qui regardait toujours Harry d'un air éberlué, ne comprenant évidemment rien de ce qui se passait entre eux.

- Super..., souffla Harry en se massant le coeur. Mais la prochaine fois, ne me suis pas dans la salle de bains, ok? Tu peux les laisser dans le dortoir avec Ron...

- Bien, maître, dit Kreattur sans cesser de le fixer en débattant intérieurement, semblait-il. Maître Harry?..., reprit-il timidement.

- Oui, Kreattur, l'encouragea Harry en laissant tomber sa cape et sa chemise avec dégoût dans un coin et posant ses habits apportés par l'elfe sur le rebord du lavabo.

- Monsieur Harry saurait-il si le mauvais médaillon de M.Regulus a été ouvert et détruit?

Harry aurait presque laissé éclater un rire. Cette histoire lui paraissait si loin maintenant...

- Il est bel et bien détruit, Kreattur, ne t'inquiète pas, le rassura-t-il en passant inconsciemment ses doigts sur la brûlure du médaillon au niveau du cou et du coeur. Je te le montrerai, si tu veux.

Des larmes de libération montèrent aux yeux de Kreattur qui hocha la tête.

- Kreattur fait confiance à M.Harry..., souffla-t-il en ayant du mal à exprimer sa gratitude.

Il y eut un silence.

- Maître Harry?

- Oui, Kreattur, fit Harry d'une voix plus épuisée.

- Qu'est-ce qu'est Kreattur pour Maître Harry, maintenant?

Harry sourit. La réponse était facile.


En considérant le temps où il s'était reposé pour la dernière fois, Harry songea que son sommeil avait été étonnamment court devant ses prédictions. Lui et Ron étaient restés les seuls à partager ce dortoir, Neville, Dean et Seamus peut-être dans un autre, ou revenus auprès de leurs familles. Il n'empêchait à Harry d'avoir la bizarre impression de s'être réveillé comme après avoir reçu un coup de massue le faisant tomber dans l'inconscience. Se demandant pourquoi il était debout maintenant, alors qu'il aurait pu à l'évidence rattraper davantage de sommeil, il fauta cette bizarrerie sur le compte de ses habitudes de tours de gardes nocturnes qui ne l'avaient jamais quitté. Harry savait que la guerre était finie. Encore en fallait-il convaincre son corps.

Abandonnant un Ron ronfleur confirmé au monde des rêves et certain qu'il y rejoindrait à nouveau avant une journée entière, Harry se prépara lentement, courbaturé, et descendit péniblement les escaliers du dortoir. Il faisait presque nuit, remarqua-t-il de suite par les fenêtres de la salle commune vide. Il retint alors une exclamation devant son rythme de vie délirant et complètement sans dessus-dessous puis longea les couloirs du château dans lequel il avait passé tant d'années, en retenue ou prêt pour un entraînement de Quidditch, épuisé de sa journée, ou riant joyeusement en groupe. Le visage de Fred apparut dans le groupe et celui de Harry se referma durement. Les corps reposés dans l'ancienne salle où s'étaient réunis les quatre champions devaient être rendus peu à peu à leurs familles maintenant, ceux de Tonks et Lupin y compris. Harry se passa une main massante sur la nuque et leva la tête au plafond, se préparant à vivre des moments encore douloureux et témoigner de scènes plus douloureuses encore pour d'autres.

Quand il commença à percevoir le début d'applaudissements de personnages de tableau se promenant et l'apercevant, Harry passa presque aussitôt dans un passage secret dépourvu de décoration. Mais bientôt, il entendit au-delà des conversations hautes entre sorciers organisés à la réparation du château. Et il réalisa qu'il avait raison en soulevant la tapisserie de fond.

En bas de l'escalier de marbre, des hommes et des femmes d'un uniforme bleu de maintenance magique s'entraidaient, à droite, comme à gauche, levant leurs baguettes vers de lourdes poutres élevées dans les airs ou des tourbillons aspirant de débris, des elfes circulant à petits pas rapides entre eux. Harry reconnut également quelques personnes déjà présentes la veille dans le combat, changées et revigorées, prêter une main forte. Un corps couvert d'un drap blanc fut lévité à travers le grand Hall par Olivier Dubois vers la sortie, une mère et une fille se tenant l'une à l'autre en suivant, des larmes sur leurs joues. Un auror, que reconnut Harry comme être Dawlish, les dépassa en sens inverse, crispant un peu plus la mâchoire se faisant. Harry, les mains jointes et les coudes sur le rebord de l'escalier, resta là à les observer quelques instants en clandestin avant de se décider à descendre, évitant les creux et les débris.

- Passe pas là-dessous, Bernie, c'est pas solide!, l'avertit un collègue. Ca pourrait te tomber dessus à tout moment!

Un demi-balcon restait dans le vide en équilibre précaire et Bernie l'évita soigneusement en portant avec lui une radio au volume à fond, répandant à tous les dernières nouvelles dans le monde des sorciers.

- La statue de la Toute Puissante Magie à terre depuis bientôt neuf heures ne semble pas pourtant être voulue déplacée par les employés du ministère dont certains n'hésitent pas à euh... cracher dessus..., commentait une voix d'homme qui s'efforçait de ne pas rire.

Dean Thomas jura. La balustrade céda. Lui et deux autres qui la retenaient déjà magiquement furent rejoints par Hannah Abbot qui leva sa baguette pour les aider. Le balcon ralentit sa chute mais son poids gagnait malgré tout sur eux. Puis le balcon revint à la bonne altitude. Dean, qui transpirait, chercha des yeux avec étonnement et trouvèrent Harry qui s'avançait, lui aussi la baguette levée.

- Harry!, l'accueillit-il avec un large sourire. Tu arrives bien!

- Tu es là depuis longtemps, Dean?, lui demanda Harry en retour en lui faisant signe de sa main libre de s'éloigner du lieu de chute, des têtes de tout côté se retournant vers lui.

Sans aucun doute, la Baguette de Sureau faisait des prouesses, songea Harry qui avait pris la première des trois baguettes dans sa poche.

Trois heures environ, répondit Dean en reculant, observant leur travail. J'ai rendu visite à ma mère avant qu'elle ne me fasse une crise cardiaque d'angoisse et je suis revenu après. Mes soeurs ne voulaient pas me laisser repartir.

- Comment ça avance ici?, enchaîna Harry en recollant magiquement le balcon, les yeux fixés sur les pierres qui reprenaient leurs places.

- A petits pas, admit Dean en suivant la trajectoire des poussières de la balustrade du regard. La plupart de ce qui se répare n'est que temporaire. Ca ne tient pas indéfiniment il paraît, quand ça a été arraché par la magie noire. Mais il faut bien libérer du chemin...

- Et pour les victimes?, demanda Harry, moins attaché aux dégâts matériels.

- Les familles vont et viennent pour les récupérer, renseigna Dean avec un voile subitement posé sur le visage. Ils ont annoncé tous leurs noms par la RITM et la gazette du jour. La plupart sont partis maintenant, j'imagine. Il ne va y avoir bientôt plus que son corps à lui qui va rester, finit-il sombrement.

Harry baissa les yeux vers Dean à sa déclaration. Jedusor...

- Il est toujours dans la pièce tout au fond?..., dit-il à voix plus basse.

Il y eut un crac de fin de tâche du côté du balcon et Dean acquiesça avant de lever sa baguette.

- On peut prendre la suite à partir de là, le rassura-t-il. Merci du coup de main.

Harry répondit à son sourire et reprit sa marche, acquiesçant brièvement de la tête devant d'autres remerciements, plus tellement pour le balcon.

Il savait où allait, songea Harry en traversant la grande salle, provoquant de nouveau des torticolis, des sourires et quelques acclamations. Des élèves plus jeunes renvoyés à la Tête du Sanglier la veille étaient revenus, parfois même accompagnés d'un membre de leur famille, pour aider à la reconstruction générale.

- Hé Harry!, le salua Ernie avec enthousiasme en tendant la main, courant pratiquement à sa rencontre en sens inverse. Tu restes avec nous?, demanda-t-il en faisant un geste vague vers tous les bénévoles.

- Je n'en ai aucune idée, honnêtement, répondit Harry en serrant sa main et poursuivant sa marche sans arrêt. Je viens à peine de me réveiller et je reste aussi réactif qu'un verracrasse.

Même quelques personnes à l'opposé de la salle eurent un petit rire, c'était très bizarre. Harry observa distraitement Alicia Spinnet, une jeune femme et une fillette de onze ans, lui tournant toutes le dos, et qui devaient être soeurs. Elle replaçaient les tables à nouveau réparées à leurs anciennes places. Alicia se tenait sur des béquilles et la plus jeune avait une espèce de pâte verte guérisseuse sur le côté de la tête.

- Tu veux de l'aide?, proposa énergiquement Ernie, ayant deviné que Harry planifiait quelque chose.

- Ça ira, je te remercie, Ernie, sourit Harry en atteignant la porte du fond et tournant la poignée. Mais je préfère t'éviter un retournement d'estomac inutile, finit-il de marmonner.

Et abandonnant temporairement un Ernie perplexe, Harry traversa la salle où ne reposaient plus que sept corps dont celui de Colin, le sourire glissant du visage aussi brusquement que s'il venait de traverser un fantôme. Résolu à ne pas rester là plus longtemps que nécessaire, il traversa la pièce en quelques grandes enjambées et poursuivit son chemin vers le fond de l'école avant d'entrer dans celle où reposait Voldemort.

- Mr Potter!, s'exclama l'un des deux brigadiers auparavant mornes, qui s'étaient relevés comme avec un électro-choc à son arrivée.

- Bonsoir..., fit un Harry mal à l'aise qui ne s'était pas attendu à voir qui que ce soit de vivant dans cette pièce.

- Je suis Andrew Salmon et voici Terrence Raven, nous sommes brigadiers au service des tireurs d'élite, se présenta précipitamment Salmon. Nous étions chargés de garder le corps.

- Ah, dit Harry, un rien ennuyé par la nouvelle. Et vous savez ce qui est prévu pour...?

- Non, renseigna cette fois Raven de dessous sa trop longue frange noire baignant ses yeux. Mais on sait en revanche que vous avez tout droit dessus, c'est ce qu'a fait savoir le ministre.

Harry haussa les sourcils. Ça, il n'allait pas s'en plaindre...

- Dans ce cas, je vais vous libérer de vos fonctions, je pense, annonça-t-il aux deux hommes tout en regardant le visage livide de Voldemort d'un air pensif.

Il perçut un soupir de soulagement de Salmon.

- Je ne suis pas contre, admit-il avec un éclat de rire forcé. Je préfère de loin quitter cette pièce...

Harry tendit sa baguette et fit léviter le corps de Voldemort sous les yeux des deux gardes.

- Après vous..., offrit-il en montrant la porte d'un geste de la main.

Les travaux prirent une pause spontanée sur le passage du corps. De partout, des regards se tournaient : certains exprimant la stupéfaction, d'autres le dégoût ou la satisfaction. Ernie eut la mâchoire décrochée et Minerva MacGonagall, qui descendait l'escalier de marbre en compagnie Flitwick, certainement le nouveau vice-directeur, s'arrêta deux secondes à sa vue. Elle accéléra ensuite l'allure à la rencontre d'un Harry qui restait les yeux fixés sur le corps, passant les grandes portes d'entrée.

- Bonsoir, Potter, fit-elle directement en se plaçant à sa hauteur, vous vous débarrassez du corps?, demanda-t-elle de la même manière qu'ils auraient discuté de la météo.

- Oui, Professeur.

- Vous avez l'intention de simplement l'enterrer ou de recourir à une solution plus sordide comme le métamorphoser en un os?, fit-elle avec une pointe de répugnance devant sa propre proposition.

- Je ne veux pas le transformer en quoi que ce soit, non, assura fermement Harry en marchant dans l'air frais du crépuscule. Voldemort n'a eu besoin que d'un os, un peu de sang et de chair pour revenir il y a trois ans. Je n'ai pas envie qu'un de ses anciens copains joue au hocus pocus un jour avec ses restes et arrive à un résultat, aussi médiocre soit-il.

MacGonagall approuva de la tête.

- Il ne reste plus que le feu dans ce cas, fit observer Flitwick de sa petite voix en réfléchissant, une oreille à la conversation.

- Le feu, confirma Harry avant de déposer les dépouilles de Tom Jedusor au bord du lac, à l'opposé de la tombe de Dumbledore, sur un carré d'herbe.

Il recula un peu avec les deux professeurs et n'hésita pas. Des flammes rugissantes prirent vie et s'élevèrent dans la soirée, consumant dans d'épaisses fumées noires ce qui n'était plus du plus grand mage noir de l'histoire.

Des curieux s'avancèrent sur les marches du grand Hall, observant les trois grandes ombres mouvantes des deux professeurs et Harry dessinées par les flammes montantes. Harry regarda la tombe de Dumbledore déformée par l'air chaud au travers et songea qu'il lui faudrait attendre encore quelques jours avant de rendre la baguette à son maître, loin de tout oeil curieux. Ses doigts se refermèrent sur les trois baguettes de sa poche. Hagrid et Graup apparurent de derrière une tour, attirés par les fumées noires montant au ciel, Graup avec une partie de mur en mains.

- Le corps de Severus Rogue est dans la cabane hurlante, se souvint soudainement Harry en s'adressant à ses anciens professeurs. Je n'ai pas eu la force ou le temps de vous avertir hier...

MacGonagall acquiesça brusquement avant de l'informer à son tour.

- Les gobelins souhaitent prendre contact avec vous, Potter, dit-elle en continuant d'observer le corps tombant en cendres. L'un d'eux se montre particulièrement exigeant à parler de l'épée de Gryffondor avec vous.

Le visage de Harry se contracta de colère. Il n'avait pas oublié la traîtrise de Gripsec.

- Neville Londubat me l'avait d'ailleurs rapporté avant de rejoindre sa grand-mère hier s... euh, ce matin, poursuivit-elle, hésitante. Il l'avait déjà vu appartenir au décor du bureau des directeurs. Le portrait de Dumbledore m'a conseillé de vous la remettre. Que vous sauriez quoi en faire, finit-elle, un peu irrité par ses devinettes de toujours.

Elle agita sa baguette d'un air sec et l'épée apparut, resplendissante. Mais la voir ne procura aucune joie à Harry.

- Merci, ronchonna-t-il presque en la prenant de MacGonagall et la rangeant sous sa ceinture.

- Ils voudront certainement savoir si vous savez où pourrait se cacher le dragon que vous leur avez euh... emprunté hier, supposa Flitwick en observant d'un air appréciatif l'épée de Gryffondor.

Et le visage de Harry se contracta davantage devant le souvenir du traitement infligé au dragon. Que Hagrid finisse sa marche vers eux lui donna une idée.

- Hé Hagrid, l'accueillit-il joyeusement malgré tout.

Hagrid s'avança en deux pas de géant -de vrai géant- et, à la grande stupéfaction de Harry, le prit dans ses bras et le serra à s'en briser les côtes.

- Euh Hagrid?..., tenta MacGonagall. Hagrid! Vous allez tuer ce garçon!

Hagrid relâcha Harry qui prit instantanément une grande bouffée d'air. Le demi-géant rougit.

- Oh euh... désolé Harry, marmonna-t-il, embarrassé.

- Y'a pas de mal, rassura Harry dans un sourire en se massant les côtes.

MacGonagall leva les yeux au ciel et fit signe à Flitwick de la suivre de retour au château, reprenant leurs affaires.

- J'ai toujours du mal à croire que tu sois en vie, avec ce qui s'est passé dans la forêt la nuit dernière, avoua Hagrid avec un frisson, après le départ des deux professeurs.

Cela n'avait été que la nuit dernière, seulement, pensa Harry avec incrédulité.

- Vous aussi, vous m'avez fichu une sacrée trouille à disparaître comme ça au milieu des araignées, admit Harry en retour. Jamais je n'aurais cru voir le jour où des créatures magiques se retourneraient contre vous...

Hagrid prit une expression féroce à ce souvenir.

- Sales bêtes, gronda-t-il à la surprise de Harry. Les centaures les tiennent en laisse jusqu'à ce que des gens du ministère les expulsent toutes définitivement des propriétés de Poudlard.

- Oh..., fit Harry, inquiet. Et où iront-elles?

Hagrid haussa les épaules avec indifférence.

- Vers les montagnes, sûrement, grogna-t-il. Bah, il en restera toujours ici quand même. Les plus petites se cachent bien.

Harry eut la vision d'une araignée géante passant sa retraite dans la cave de Sirius. Il se secoua la tête.

- Euh... écoutez, Hagrid, reprit Harry en se concentrant à nouveau. En parlant de créatures en fuite... les gobelins veulent apparemment que je les aide à retrouver un dragon qui nous a sauvés, Ron, Hermione et moi, un dragon qu'ils maltraitaient et à moitié aveugle...

Hagrid se gonfla d'indignation.

- Fichus gobelins, gronda-t-il cette fois-ci. Ils ne peuvent pas protéger leurs précieux trésors sans faire passer tout le monde à la broche!

Harry ne put retenir un sourire devant sa réaction.

- Bah, continua Hagrid avec dégoût. Je serais toi, Harry, je contacterais Charlie pour qu'il retrouve ton dragon avant eux. Il pourrait le faire passer incognito dans une réserve étrangère de dragons où il y serait bien plus heureux, crois-moi, ça leur apprendrait!

- Bonne idée, Hagrid, approuva Harry, les yeux brillants.

- S'il le veut, je l'aiderais d'ailleurs, ajouta-t-il même. Comme ça, je pourrai demander des nouvelles de Norberta... Qui sait, elle fera copain copain avec ton dragon...

Du mouvement au bord de la forêt interdite attira les regards de Harry et Hagrid qui virent alors cinq aurors et deux centaures (qui, eux, se tenaient plus à l'écart, spectateurs) sortir des sentiers. Les cinq aurors forçaient deux mangemorts aux mains liées à avancer brusquement.

- Par ma barbe! Ils en trouvent encore!, s'exclama Hagrid, les yeux écarquillés.

Tous deux les observèrent contourner le lac, les centaures à la lisière de la forêt demeurant, et, remarquant Harry devant les restes fumants de Voldemort, saluèrent brièvement de la tête, Harry répondant de manière similaire. Les aurors maintenant presque à leur hauteur le virent à son tour, détachant momentanément leurs regards de leurs prisonniers.

- Mr Potter, le salua l'un d'eux, les traits de visage grognon, dont le badge indiquait « Ulpert ».

- Mr Potter, répéta un autre à l'air épuisé mais satisfait, un léger air arrogant à la Sirius sur le visage. Hagrid, ajouta-t-il.

- Y'en a encore beaucoup, des comme ça, Fergurson?, lança Hagrid sans s'en empêcher, les yeux toujours écarquillés de surprise, à l'auror à la longue tresse brune dans le dos.

- Aucune idée, admit Fergurson avec un haussement d'épaules en soulevant un peu plus son mangemort rudement. Ça faisait plus de six heures qu'on n'en trouvait plus et pouf! Trois surprises!

Harry vit que les mangemorts n'aimaient clairement pas être nommés des « surprises ». L'un d'eux le fixait. Son regard vira une fraction de seconde sur les restes fumants de Voldemort avant de se reposer sur lui, luttant pour que la prise de Fergurson sur ses poings soit plus confortable. Harry l'observa en retour, puis, comme dans une conversation silencieuse, se retourna vers le corps brûlé avec un air de « quoi? Oh, lui, tu veux dire? » et agita sa baguette avant que les cendres ne soient emportées par plusieurs courants de vent divergents. Il refixa sereinement le visage crispé du mangemort retenu.

- Fergurson! Ulpert! Miller, s'exclama un nouvel auror arrivant de derrière, le souffle coupé à courir depuis les sangliers ailés de Poudlard. J'ai reçu le message!..., ajouta-t-il en se tenant les côtes. Trois?, fit-il, incrédule, en sortant un sac de sa poche interne.

- Trois, confirma Miller en laissant le nouveau, assez jeune, s'avancer, et commencer sa fouille sérieuse du mangemort grimaçant de fureur. C'est Fergurson qui a leurs baguettes, Elliot. On a pu trouver que quelques détonateurs sur eux, mais rien de spécial.

Elliot prit montre, chaîne et jeta divers sortilèges révélateurs dont un se révéla efficace quand une nouvelle poche se fit visible dans la cape du mangemort. Il la fouilla, en sortit un canif et plaça toutes ses trouvailles dans son sac. Il recommença son travail sur le deuxième qui, cette fois-ci, se révolta.

- Ça va! J'ai rien!, dit-il de sa voix grasse en se démenant.

- Ça, c'est à nous d'en juger, rétorqua durement Ulpert en tenant bon et le remettant dans les rangs.

- Oh, joli cagnotte, commenta Elliot en trouvant une bourse sur le mangemort.

- Hé, on se calme, Dolohov!, avertit Fergurson en saisissant fermement le sien. C'est pas un Stupefix, ma spécialité, le menaça-t-il.

Harry eut presque un torticolis à sa mention. Il le regarda plus attentivement.

- Dolohov..., répéta-t-il pour lui-même.

- Le petit frère, précisa Fergurson en devinant bien. Il a toujours bien effacé ses traces contrairement à l'aîné. Toujours soigneux, pas vrai Dolohov?, fit-il entre ses dents.

- Il a en tout cas du goût en matière de luxe, murmura Elliot d'un air intéressé en prenant dans ses gants le pendentif de Dolohov, très particulier à Harry...

- Hé!..., souffla Harry en s'approchant, reconnaissant l'objet.

Elliot, étonné par sa réaction, se mit sur le côté. Harry se saisit à son tour du pendentif.

Sans aucun doute, Harry en avait déjà vu. Autour du cou d'Hermione, dans la salle du Temps du Département des Mystères... Il releva des yeux sérieux vers Dolohov.

- Où est-ce que vous avez eu ça?, lui demanda-t-il fermement.

- Qu'est-ce que ça peut te fou...

- On peut attendre que vous soyez complètement imbibé de Véritaserum au ministère ou je peux entrer de force dans votre esprit maintenant, le coupa Harry. Votre choix.

Les autres restèrent silencieux. Dolohov jugea Harry au regard invariant. Il parut avaler ensuite un citron bien amer.

- Rookwood nous avait laissé des instructions pour tenter d'en reconstituer un, avoua-t-il avec réticence à travers ses dents serrées.

- Qui est dans le coup?

Dolohov hésita et Harry ressortit sa baguette.

- Mon frère, Rookwood et moi, maintenant, marmonna-t-il.

- Maintenant?, répéta Harry.

Dolohov lui lança un regard noir et Harry sut qu'il voulait dire que Voldemort avait été au courant.

- Maintenant, gronda-t-il.

Harry réfléchit.

- Vous ne l'avez pas utilisé de la nuit dernière, demanda-t-il, un peu étonné.

Dolohov avait avalé deux citrons, à présent.

- Non...

- Pourquoi?

- Je n'ai pas la clef, c'est Avery qui l'avait.

Clef? Quelle clef? Tout rendait Harry de plus en plus perplexe. Cependant, il se montrait réticent à tout dévoiler devant les aurors alors que Dolohov et lui parlaient d'une arme qui, utilisée entre de mauvaises mains, pouvait très bien rallumer la guerre. Elliot conjura un nouveau sac empli de petits biens personnels et fouilla à l'intérieur.

- Une clef comme celle-là?, fit-il en la sortant de la poche étiquetée « Avery ».

Dolohov devint livide. Encore plus livide quand Harry la prit doucement des mains d'Elliot après une demande de permission silencieuse et enleva la chaîne du retourneur du cou de Dolohov. Maintenant qu'il l'analysait de plus près, Harry se rendait bien compte d'une serrure au centre du sablier doré.

- Ils n'ont pas besoin de clefs habituellement..., fit-il remarquer dans un souffle en observant la réaction de Dolohov.

Celui-ci regardait maintenant vers le lac comme s'il n'acceptait pas ce cauchemar sous ses yeux et dit, résigné mais plein de rancoeur:

- C'est un modèle rudimentaire, expliqua-t-il. Il ne peut remonter que de quarante-huit heures au lieu de quatre-vingt seize maximum. C'est même pas sûr et c'est qu'une seule fois avant de tomber en morceaux. Tous les autres avaient été détruits, leur savoir avec, il y a deux ans...

Harry eut les yeux qui s'agrandirent de compréhension. Les aurors échangèrent des regards perdus.

- J'imagine que vous et Avery ne vous entendiez pas du tout..., réalisa Harry.

Dolohov tourna brusquement la tête vers lui, stupéfait.

- Comment...

- C'est ce que j'aurais fait à la place de Voldemort, dit Harry avec une exclamation dédaigneuse en plaçant le retourneur de temps et sa clef soigneusement dans son poing. Histoire que vous ne jouiiez pas au double-jeu avant que je ne décide où et quand m'en servir à mes propres fins.

Dolohov eut un regard de révélation ahuri.

- Je prends ça, annonça Harry aux aurors en montrant son poing plein. Et je ne veux pas que lui ou son frère, ou Rookwood, soient interrogés dessus. Si ça pose un problème, parlez-en à Kingsley, je lui donnerai des raisons très valables, croyez-moi.

Il rangea le tout dans sa poche interne sous le regard éberlué des autres. Harry sut en ce moment même, que seul le fait qu'il ait tué Voldemort quelques heures plus tôt le laissait en droit de faire ça. Pas qu'il les aurait laissé emporter le retourneur dans l'autre cas... Harry soupira de soulagement, imaginant une personne autre s'en servant bientôt et les conséquences...

- C'est le seul exemplaire?, tenta finalement de faire confirmer Harry à Dolohov.

Celui-ci acquiesça avec un air de haine pour lui-même en répondant. Satisfait, Harry reprit la parole vers Hagrid, qui le regardait bouche bée.

- Vous passerez le bonjour à Firenze de ma part, Hagrid?, demanda-t-il avec un air de finalité en apercevant Hermione, Hannah Abbot et Slughorn dans le grand Hall ouvert.

Hagrid cligna des yeux puis se secoua la tête.

- Bien sûr, dit-il d'un ton enthousiaste, compte sur moi!

Avec un salut de la main, Harry s'éloigna vers le château, avec l'intention de retrouver Hermione pour en savoir plus.

- Harry!, l'appela Slughorn en se séparant des deux filles qui poursuivaient leur discussion. Votre chère amie a entendu dire que vous étiez déjà debout et dehors. Je cherchais à vous retrouver, non pas que ce soit urgent...

Harry le regarda avec curiosité. Slughorn lui tendit un petit coffret séparé en six compartiments à fioles.

- Voici un présent de ma part, marmonna-t-il avec, pour la première fois depuis que Harry le connaissait, une pointe de timidité.

Harry baissa les yeux sur le cadeau. Il reconnut clairement du polynectar, du veritaserum et quelques autres potions utiles ou inutiles (Que pourrait-il faire d'Amortencia!), sa bouche s'ouvrant lentement.

- La plupart des réserves de potions que j'avais, ont été jetées ou détruites la nuit dernière, élabora-t-il avec amertume, mais je tenais tout de même à vous offrir quelque chose de valeur...

Harry leva son visage vers celui de son professeur.

- Ne me regardez pas comme ça, Harry! Il m'arrive d'offrir des cadeaux sans demander quelque chose en retour, vous savez, se renfrogna subrepticement Slughorn. Quoi qu'avoir pu terminer cette guerre pourrait sans peine être ce retour, fit-il après réflexion, son énorme ventre se dégonflant.

Harry sourit à son expression.

- J'ai un aveu à vous faire, Professeur, dit Harry en refermant le coffret avec précaution.

Un petit vent d'air chaud fit frissonner les arbres de la forêt interdite.

- C'est moi qui vous aie rendu ivre chez Hagrid pour l'enterrement d'Aragog, l'année dernière... du moins, j'ai aidé en remplissant sans cesse la bouteille d'hydromel...

Le visage de Slughorn se fit soudain très attentif.

- Et c'est de cette façon que j'ai pu vous convaincre de me laisser le souvenir de Jedusor parlant des Horcruxes..., continua Harry à voix basse.

Les yeux de Slughorn s'écarquillèrent un instant, avant qu'une terrible expression de culpabilité et de dégoût pour lui-même n'imprègne son visage. Il se mit à observer le lac calme de Poudlard avant de soupirer très profondément.

- Et bien... dans ce cas..., dit-il d'une voix soudain rauque d'émotion, je ne vous en veux pas, au contraire... Si c'était à refaire, je vous l'aurais même donné moi-même dès que Dumbledore me l'avait demandé...

- Mais on ne peut pas passer son temps sur des « si », dit doucement Harry en l'observant et devinant juste le cours de ses pensées. Croyez-moi, j'ai essayé...

Un flash de Sirius lui souriant la nuit dernière lui traversa l'esprit. Slughorn sembla lire quelque chose en Harry qui l'apaisa sur son propre sort.

- Vous êtes réellement une personne remarquable, Harry, lui confirma-t-il de dessous sa moustache de morse, sa voix redevenant stable. Et j'ai été honoré d'avoir été votre professeur.

- Oh, fit Harry qui combattit des roseurs aux joues dans un sourire tremblant, et moi votre élève, assura-t-il en retour. J'ai hâte de faire usage de ces potions, Professeur..., dit-il avec plus d'entrain enfantin qui valut un éclat de rire chez Slughorn.

- Vous comptez soumettre les mangemorts au Veritaserum ou quelque chose dans ce genre?, fit Slughorn avec les yeux pétillant d'amusement.

- J'avais plus en tête une dose d'Amortencia pour Rusard, en fait, répliqua malicieusement Harry. Vous savez, pour l'aider dans ses relations avec Peeves...

- Harry!..., s'exclama Hermione en s'approchant à grands pas, pendant que Slughorn pouffait dans sa belle tunique de velours doré. J'ai du te retrouver avec la carte du maraudeur, haleta-t-elle en la lui montrant et lui donnant. Professeur Slughorn, le salua-t-elle de nouveau rapidement. Tiens, prends ton sac!

- Ron n'est pas avec toi?, demanda Harry, surpris de son énergie, et profitant de ranger le coffret de potions dans son sac.

- Excusez-moi..., les interrompit Slughorn dans un sourire, une main sur leurs deux épaules, avant qu'Hermione ne puisse répondre, mais je dois m'occuper de récupérer ce qui peut être récupérable dans mon laboratoire, à présent...

- Oh, bien sûr Professeur, comprit Harry dans un acquiescement. Merci encore pour tout!...

- Vous m'avez volé ma ligne, mon cher ami, répliqua Slughorn, les yeux brillants, en s'éloignant. Je vous souhaite une bonne soirée, vous aussi, Miss Granger...

- Merci Monsieur, répondit-elle poliment en le regardant partir avec Harry.

Elle se retourna vers ce dernier quelques secondes plus tard.

- Non, Ron n'est pas avec moi, fit-elle comme si elle n'avait jamais été interrompue. On a vu Bill et Ginny en chemin, le renseigna-t-elle avec un voile se posant sur le visage. Ils rentrent tous au Terrier, la maison avait été toute retournée par les mangemorts... Ils nous ont dit de venir, bien sûr, mais sur le moment, j'ai préféré les laisser parler entre eux, euh... tu sais...

Harry acquiesça, compréhensif. Ses yeux vagabondèrent un peu sur sa carte, remarquant toujours les sept corps, avant de la plier et la ranger dans son sac.

- Et toi, comment te sens-tu?, demanda-t-il alors en la regardant de près pour la première fois.

Elle avait toujours des cernes et ce léger rouge dans les yeux présents de tous ceux qu'il croisait depuis son réveil.

- Oh, et bien, un peu dépassée, pour tout te dire..., avoua-t-elle un peu timidement.

Elle semblait ne pas vouloir importer trop de temps à ses sentiments quand elle avait perdu si peu par rapport à d'autres...

- Tu vas bientôt pouvoir retrouver tes parents, lui dit alors dans un sourire Harry tandis qu'elle le menait vers l'immense portail de Poudlard.

Hermione garda son air timide.

- Oui... mais pas avant quelques jours encore, dit-elle en hochant la tête, décidée. Après les enterrements, les mémoriaux...

Tonks, Lupin et Fred revinrent en tête chez Harry qui eut le visage à nouveau refermé. Les prochains jours allaient être difficiles, surtout quand il réaliserait vraiment...

- Tu ne saurais pas si les corps de Rémus et Tonks ont été récupérés par Andromeda Tonks, par hasard?, demanda-t-il d'une voix plus basse.

Hermione hocha la tête.

- J'imagine que c'est fait, supposa-t-elle. Ils ne sont plus dans l'anti-chambre et je crois que Rémus n'a pas de famille à part Tonks et... et Teddy...

Teddy...

La nuit dernière, Harry avait pensé, en parlant pour la dernière fois avec Rémus, que lui aussi les rejoindrait dans la mort, que Teddy serait élevé par Mrs Tonks seule... Mais il avait survécu...

- Qu'est-ce que tu vas faire, Harry?, demanda d'un ton inquiet Hermione qui l'avait observé avec sollicitude.

Il n'avait pas besoin de lui demander des précisions sur sa question. Il haussa les épaules et regarda au loin les traits flous de Pré-Au-Lard baignant dans la lumière rouge du crépuscule bientôt passé.

- Je ne sais pas, Hermione, soupira longuement Harry. Mrs Tonks est la grand-mère de Teddy et je suis son parrain. Je crois qu'il vaut mieux que je vois ça avec elle...

Hermione approuva silencieusement.

- Elle risque d'avoir besoin de beaucoup de soutien ces temps-ci, dit-elle d'un air triste. J'espère qu'elle a des amis chez elle... Je ne voudrais à personne qui a subi autant de pertes d'être seule...

Harry fronça les sourcils. Dis de cette manière, il se demandait si sa place actuelle n'était pas aller la voir directement plutôt que de se rendre chez les Weasley qui avaient, si ce n'était qu'une maigre consolation, les uns et les autres au moins...

- Je n'y connais rien aux bébés, dit-il abruptement.

Hermione tourna brusquement la tête vers lui, surprise, et éclata d'un rire franc.

- Oh, Harry!, s'exclama-t-elle, comme gentiment exaspérée. Personne n'y connaît grand chose au début, le rassura-t-elle, le prenant par la taille et le serrant brièvement. On apprend avec l'expérience...

- Vraiment, fit Harry sarcastiquement. Et moi qui espérais que tu me prêterais un livre intitulé « le manuel du parfait petit parrain », je suis déçu...

Il reçut une petite tape à la tête.

- Ne crois pas que je ne t'en trouverais pas un..., le menaça-t-elle.

Harry eut un sourire puis ils repartirent dans un silence confortable, appréciant le peu de temps qu'il leur restait avant d'être confrontés à la peine, à la détresse et au deuil.

- Je venais de confisquer un retourneur de temps à Dolohov, avant que tu ne me retrouves..., lui informa subitement Harry.

Hermione se tourna vers lui, stupéfaite.

- Un retourneur..., souffla-t-elle.

- Un modèle rudimentaire avec une clef, élabora-t-il en contemplant le paysage. C'est un autre mangemort, que Dolohov détestait, qui avait la clef pour que Voldemort soit sûr qu'ils n'aient pas tous deux l'idée de l'utiliser avant l'heure, vu qu'il ne peut fonctionner qu'une seule fois et qu'il est le seul à exister, à présent.

Il y eut un silence contemplateur pendant lequel Harry sut qu'Hermione réfléchissait à toutes les possibilités de ce qui aurait pu se produire.

- Il faut avouer que nous avons eu de la chance qu'ils ne l'utilisent pas, sur ce coup-là, finit-elle par dire dans un petit éclat de rire très nerveux.

- Oui...

Harry regarda brièvement une Hermione toujours un peu incrédule aux révélations puis osa:

- J'ai même pensé à l'utiliser, un instant..., confia-t-il.

- Quoi, s'exclama Hermione, de suite effrayée. Pourqu... Non, Harry, il ne faut pas!

- Je sais, c'était juste une...

- Non, tu ne comprends pas, dit précipitamment Hermione en devinant que Harry ne s'était confié que pour qu'Hermione ne lui donne les bonnes raisons -qu'il voyait mal- de ne pas le faire... . On ne peut pas ramener les morts à la vie, Harry, euh... enfin sauf toi, mais c'est particulier! On ne peut pas parce qu'on les a déjà vu morts, tu vois, donc on a l'idée de se servir du retourneur... Mais en les sauvant, on n'aurait plus l'idée, donc on ne partirait pas les sauver et ils mourraient...! Ca constituerait un paradoxe temporel, Harry, tu saisis?

Harry la voyait marcher rapidement, accélérant pour la suivre, ayant du mal à la calmer.

- D'accord, d'accord, Hermione! Je vois... Je vois, c'est vrai!, cria-t-il presque pour la faire ralentir et la rassurer.

Elle stoppa net devant lui et sembla le soumettre à la légilimencie. Harry la regarda en retour sans ciller. Elle sembla trouver quelque chose de satisfaisant car elle laissa échapper un grand soupir de soulagement.

- Sans compter que Voldemort risquerait de profiter des changements apportés pour pouvoir survivre finalement..., finit-elle par marmonner, obligée de dire tout ce qui lui pesait sur la conscience.

Harry grimaça. Non, ils ne voulaient pas ça... Ils passèrent enfin le portail.

- On transplane au Terrier, s'assura-t-elle.

- Euh..., hésita Harry. Écoute Hermione, se décida-t-il à l'instant même, je crois que je devrais passer chez Andromeda Tonks avant, ok? Pour voir si tout va... si elle n'a pas besoin d'aide. Je pourrais ensuite te rejoindre au Terrier, non?

Hermione réfléchit et acquiesça.

- D'accord, Harry, dit-elle en s'approchant pour l'embrasser rapidement sur la joue. Je préviendrai Ron et les autres... Ne tarde pas trop, si tu le peux...

Harry la regarda transplaner dans un bruit faible puis l'imita, la maison qu'il avait rapidement visité il y avait presque un an en tête.


La première pensée de Harry en la voyant fut qu'elle n'avait pas changé d'un pouce, si ce n'était qu'il pouvait mieux contempler les détails cette fois-ci, car il n'était pas sur le point de s'évanouir. La seconde fut qu'on n'aurait jamais imaginer les tragédies qui s'étaient abattues sur la famille vivant ici. Le visage refermé, résistant à la tentation de simplement s'en aller et retourner dans un lit en toute sécurité, Harry alla frapper à la porte. Personne ne vint. Harry refrappa, songeant qu'il y avait plus de chance que Mrs Tonks ne veuille voir personne plutôt que d'être véritablement absente. Décidant après une minute ou deux de voir si au moins elle était là, il tourna la poignée. La porte s'ouvrit.

Parcourant prudemment et à pas de loups le couloir principal, Harry tendit l'oreille, observant de tous côtés, s'attendant à un gazouillement de bébé ou des pleurs qui trahiraient leurs présences. Il rajusta son sac à dos et se prépara au pire. Harry entra alors dans le salon et les perçut enfin. Des gémissement étouffés venaient de la cuisine.

Après une prise d'inspiration pour se donner du courage, il entra dans la cuisine, ne voyant ni Teddy, ni Andromeda Tonks. Des restes de repas et couverts avaient été laissés tels quels ainsi que deux couches pleines commençant à dégager de fortes odeurs. Harry réalisa rapidement que les pleurs provenaient de derrière le comptoir et finit en quelques enjambées de le contourner.

- Andromeda..., souffla Harry en s'agenouillant et voulant éclater lui-même en pleurs à sa vue.

Elle se balançait à la manière d'un autiste, assise contre le comptoir, la tête fourrée contre les langes de Teddy, resserré contre elle, étouffant ses pleurs et ses larmes. Teddy, qui commençait à trouver la position inconfortable, gesticulait de plus en plus et ne tarderait pas lui aussi à éclater. Andromeda avait plus l'air d'une enfant en détresse que d'une jeune grand-mère, à ce moment-là.

- Mrs Tonks, donnez-le moi..., murmura gentiment Harry en tentant de prendre Teddy dans ses bras.

Sentant que Teddy et ses langes étaient les seules choses empêchant Andromeda d'éclater bruyamment en pleurs, Harry jeta un assurdiato à Teddy avant de le retirer à Andromeda qui réagit suivant ses prédictions.

- Oooh bon sang!..., pleura Andromeda, le visage baigné de larmes, les mains plaquées sur la bouche puis le visage, incapable de se cacher de Harry. Oh oooh oooh...

Harry posa Teddy dans son couffin, ce dernier sourd à la détresse de sa grand-mère, et revint du côté d'Andromeda, ne sachant pas vraiment quoi faire. Ce n'était pas comme s'ils se connaissaient vraiment...

Il se laissa glisser contre le placard d'en face, les genoux comme elle, repliés vers lui, mal à l'aise. Andromeda ne trouvait pas la force de s'arrêter et Harry celle de la prendre dans ses bras. Elle ne semblait pas non plus vouloir désormais se cacher de lui et Harry était déjà reconnaissant de ce simple fait. Mais ce n'était pas comme s'il ne l'avait pas trouvé dans la meilleure des positions, songea-t-il misérablement.

Cependant, malgré toute la détresse et le malheur du monde, personne n'était capable de pleurer indéfiniment sans succomber à l'épuisement. Andromeda finit par se calmer, Harry toujours silencieux, elle toujours plus bas que terre.

Il s'agenouilla vers elle.

- Je vais vous mener à votre chambre..., lui murmura-t-il en prenant ses coudes avec prudence pour l'aider à se relever.

Andromeda hocha vigoureusement la tête.

- Pas là-haut, protesta-t-elle en ravalant des larmes. Ils sont en haut!

Harry blanchit. Il se recontrôla vite.

- D'accord... vous avez une chambre en bas?

Hochement négatif de la tête sans croiser son regard.

- Le sofa?..., proposa-t-il en ne voyant rien d'autre.

Un geste vague qui était un début de haussement d'épaules ou d'acquiescement. Harry eut un acquiescement énergique de la tête pour se donner plus de courage à elle et à lui, avant de la mener dans le salon. Il l'abandonna brièvement pour retirer une peluche et un tricot et ses aiguilles de dessus les couffins qu'il posa sur la table basse avant de lui reprendre l'avant-bras, mais elle trouva suffisamment de force pour aller s'y installer elle-même.

- Je vais vous trouver une couverture ou deux, puis je m'occuperai de Teddy, lui fit part Harry alors qu'elle se protégeait les yeux d'une main, le coude en l'air.

Elle acquiesça puis hésita:

- Je n'ai pas donné à manger à Color de la journée...

- Color?

- Le furet de Dora...

Elle eut une grimace qui la fit repartir dans une vague de malheur. Harry ne demanda pas où était Color, ni où étaient les couvertures. Il partit en s'engageant à les trouver, même s'ils devaient tout retourner de fond en comble. Le premier étage restait cependant moralement inaccessible à Harry. Il s'activa, trouvant le furet (qui portait un tricot aux rayures de l'arc-en-ciel) et une boîte de croquettes pas loin avec sa gamelle, puis se mit à la recherche des couvertures, réalisant bientôt qu'il allait devoir monter, car elles se trouvaient certainement dans les armoires des chambres. La main tremblante, il grimpa l'escalier et ouvrit la première poignée qui s'offrit à lui. Priant pour ne rien voir, il jura intérieurement en étant témoin de sa malchance.

Là, sur le lit fait, Tonks et Rémus reposaient tous deux, immobiles et indifférents à la visite de Harry. Le visage se crispant involontairement, la poitrine compressée, Harry se détourna, déterminé, et ouvrit la penderie pour en retirer des couvertures difficilement cachées au fond, derrière les draps. Des images des parents de Teddy dans la Salle sur Demande, la nuit de la bataille, prêts au combat, s'emparèrent de son esprit. Harry ne voyait plus que flou à présent, les yeux remplis de larmes, et les couvertures refusaient de venir. Il tira violemment dessus, un terrible sanglot en profitant pour s'échapper, et les saisit. Alors il referma tout, ressortit rapidement, laissa échapper des pleurs bruyants en arpentant le sol en un cercle, repoussant le moment où il devrait descendre, puis s'obligea, reniflant un bon coup et luttant férocement pour reprendre le contrôle. C'étaient de Teddy et d'Andromeda dont il fallait s'occuper maintenant, pas de lui.

Andromeda fut couverte, Harry ne croisant pas son regard alors que ses yeux demeuraient humides, ignorant si elle pouvait le regarder ou pas, puis se chargea de jeter les couches, et de faire un rapide ménage de ce qui ne pouvait pas attendre. C'est ainsi qu'il découvrit une lettre du ministère ouverte, près du couffin de Teddy, demandant une réponse pour une date et un lieu de l'enterrement des parents de Teddy. Elle signalait que ces informations seraient reportées dans la gazette, de sorte à avertir tout le monde plus efficacement, comme cela était organisé pour chacune des victimes de la bataille de la veille. Harry lut le début de la réponse d'Andromeda où reposaient les informations les plus importantes avant qu'elle ne succombe aux larmes.

Se passant une main sur le visage, il chercha encre, plume et parchemin, avant de tirer une chaise et prendre place à côté de Teddy aux paupières lourdes. Il reprit la réponse et acheva la lettre.

- Harry!, s'exclama Bill, sortant d'un état de transe, en voyant la tête de Harry apparaître dans le feu émeraude du Terrier. Tout va bien?

- Euh... on s'en sort, répondit Harry en se raclant la gorge et cherchant à voir un maximum du Terrier mais seul Bill restait le seul Weasley qu'il pouvait proprement voir. Mais j'ai un peu besoin d'aide, en fait...

- Je t'écoute, lui dit Bill en se positionnant plus confortablement et se passant une main sur le visage comme pour mieux se réveiller.

- Je viens d'envoyer une lettre au ministère pour confirmer la date et l'heure de l'enterrement de Tonks et Rémus... ils sont efficaces d'ailleurs, j'ai trouvé..., grimaça-t-il.

Un voile se posa sur les yeux de Bill qui prit un air résigné.

- Apparemment, il s'agit du même prêtre qui s'occupera de tous les enterrements des victimes..., continua Harry, mal à l'aise. Mais je n'ai aucune idée de la façon dont je dois m'y prendre pour euh... organiser leur enterrement. Tu sais, le choix des tombes et tout ça...

- Andromeda Tonks n'est pas avec toi?, demanda Bill en fronçant les sourcils.

- Si, mais... elle n'est pas vraiment en euh... en état...

Il n'en fallut pas plus pour Bill.

- Je te fournis l'adresse, d'accord, dit Bill en se relevant pour partir à la recherche d'un parchemin. Ce n'est pas loin de Gringotts et c'est là où nous irons pour Fred...

Harry regarda le salon libéré par Bill. Seuls les plus gros meubles étaient à leurs bonnes places. Son regard tomba sur Mr Weasley, assis sur le sofa, qui caressait d'une manière consolatrice l'avant-bras de sa femme au visage endormi et épuisé contre son épaule.

- Bonsoir Harry, sourit-il faiblement.

- Bonsoir Mr Weasley, répondit Harry d'une voix comme prise dans une impasse.

- Comment vont Andromeda et Teddy?, demanda-t-il avec fatigue.

- Ils dorment tous les deux, l'informa Harry qui se demandait combien de temps il supporterait des scènes aussi malheureuses. Co... comment vont les autres?

- Tous dans les chambres, à part Charlie. Il est parti faire une promenade dehors avant de revenir.

Harry acquiesça. Bill revint, un bout de parchemin en mains.

- Les pompes funèbres ouvrent à partir de neuf heures, je pense, renseigna-t-il à Harry. Tu voudras que je t'y accompagne si tu es seul?

- Oh, c'est comme tu veux, vraiment, affirma Harry, touché. De toute façon, je te verrai sûrement à Gringotts, les gobelins veulent me voir.

Bill fronça les sourcils. Mais à un grincement de porte, il détourna la tête avec son père et virent Charlie rentrer.

- Re-salut, marmonna ce dernier d'un ton morne en posant sa cape.

Bill l'observa deux secondes puis se reconcentra sur Harry.

- Tu n'as pas besoin d'aide avec les gobelins?

- On verra, dit Harry qui commençait à sérieusement se sentir mal à l'aise, agenouillé dans le feu. Flitwick pense qu'ils veulent que je leur dise où est le dragon qui m'a sorti du pétrin, là-bas. Je voulais d'ailleurs parler à Charlie pour ça.

- Parler pour quoi?, intervint Charlie qui était allé prendre un verre dans la cuisine.

- Hagrid m'a conseillé de te contacter pour faire passer incognito un dragon dans ta réserve, résuma aussitôt Harry à Charlie.

- Tu ne veux pas leur rendre...?, sourit presque avec malice Bill.

Charlie lança un regard noir à son frère.

- Après ce que tu m'as dit sur leur traitement!, s'insurgea-t-il dans un sifflement.

Il se tourna vers Harry.

- Où, quand et je m'occupe du comment, fit-il directement savoir à Harry en faisant sourire ce dernier doucement.

- Pour le où, je te ferai transplaner avec moi là où je l'ai vu pour la dernière fois, pour le quand, il faudrait que je prévienne Andromeda... Attends un peu, réfléchit soudain Harry, à moins qu'Hermione ne puisse se charger de t'y emmener. Elle est douée pour le transplanage d'escorte...

- Demain, ce serait un peu trop tôt avec tout ça mais après demain matin, je peux, je lui demanderai. Autrement, je te recontacterai...

- Ok, ça marche, s'accorda à dire Harry.

- Tu ne viens pas à la maison dormir, alors, demanda Bill pour confirmation.

- Pas ce soir, non, fit un Harry désolé. Mais je passerai peut-être demain.

- Sinon, Fleur vous rendra visite de toute façon, annonça de manière inattendue Bill à Harry. Il lui tardait de voir le petit Teddy l'autre jour, mais avec la bataille, on n'a jamais eu le temps de déménager proprement chez la Tante Muriel. Non pas que ce soit nécessaire, maintenant, disait Bill qui devait voir un point positif dans ces nouvelles-là.

- Je ne sais pas si Andromeda..., commença Harry qui ne voulait pas s'imposer ou imposer d'autres sur la grand-mère de Teddy.

- Je sais, je sais, fit Bill, plus compréhensif en secouant la tête. C'est ce que j'ai dit à Fleur. Mais elle a insisté qu'Andromeda avait besoin de toute l'aide disponible et que le bébé, euh... que ça ne la dérangeait pas, au contraire.

- Bon, dit Harry qui ne voyait pas de contre-arguments. Bon, ben on verra demain, alors...

Bill s'approcha et lui fourra le bout de parchemin contenant l'adresse dans la bouche.

- A demain, Harry, le salua Charlie et Bill lui sourit.

- A debain batin, articula Harry avant de partir du feu.


Il existait un livre sur les bébés, découvrit plus tard Harry dans le salon d'Andromeda, l'ouvrage griffonné de remarques de Tonks (« Dire à maman de ne pas lui donner de Dragoncellite préventive avant d'avoir passé quelques tests: ça contient de l'argent ») . Andromeda se tournait et se retournait dans son sommeil agité et même Teddy commençait à faire savoir qu'il était là. Harry se dit que ça n'avait été qu'une question de temps avant qu'il n'affronte les couches et le biberon mais cela ne l'empêcha pas de grimacer. Il était trop jeune pour sentir la fibre paternelle, décida-t-il. Le problème de la couche fut résolu par le mode d'emploi schématisé sur le côté du paquet de couches. Harry parvint à un résultat tant bien que mal. Il s'y était quand même repris à plusieurs fois. Celui du biberon en revanche...

- Mrs Tonks, appela doucement Harry en la remuant un peu à l'épaule. Mrs Tonks... Andromeda...

Celle-ci se passa la main sur les yeux avant de les cligner pour mieux l'apercevoir.

- Désolé de vous réveiller mais... je ne sais pas... pour préparer le biberon de Teddy...

Une lueur de compréhension traversa le regard d'Andromeda et la réalité sembla la frapper de plein fouet tandis qu'elle se relevait, plus éveillée. Elle prit un air miséreux en entraînant Harry dans la cuisine.

- Tu remplis le biberon d'eau..., lui instruit-elle d'un ton d'outre-tombe, les gestes mécaniques. Tu chauffes (elle agita sa baguette contre)... une dose de poudre..., lui montra-t-elle en se servant dans un pot adapté. Tu mélanges... (elle le secoua, un pouce sur le bouchon) tu vérifies que ce soit à la bonne température, qu'il ne se brûle pas (elle lui montra comment, un peu de lait sur le dos de la main) et tu sers à Teddy, la tétine tournée sur le 1, pour que le lait ne coule pas trop vite..., finit-elle, émotionellement épuisée.

- Ok..., fit Harry en déglutissant, plus inquiet pour Andromeda que la méthode du biberon, mais il tenta un sourire rassurant. C'est bon, alors, je peux prendre la suite maintenant, je pense... merci...

Et Teddy dans les bras, Harry chercha à le nourrir. Andromeda le contempla un instant puis s'avança, prenant une décision.

- Il t'a réveillé?

- Je dormais à côté de lui au cas où..., informa Harry, observant Teddy téter d'un air endormi.

- C'est toujours dans ses environs-là qu'il prend son biberon, fit-elle en montrant l'horloge qui allait bientôt sonner quatre heures. Un autre à neuf heures puis à midi...

Elle commença à raconter le quotidien de Teddy, des couches (dont Harry confia sa maladresse et Andromeda lui dit comment s'y prendre plus efficacement, en évitant tout « accident » de la part de Teddy. Harry avait d'autant plus oublié de rajouter du talc) aux siestes, de ses pleurs aux façons de l'endormir. Elle s'arrêta net quand elle s'aperçut que quelque chose manquait dans la cuisine.

- J'ai envoyé la lettre, ne vous inquiétez pas, dit de suite Harry en lisant dans ses pensées. Et j'ai un ami qui m'emmènera là, après demain, peut-être, dit-il en faisant un signe de tête vers le parchemin de Bill. Si vous voulez, je vous y emmènerai...

Andromeda acquiesça de cet air malheureux et Harry pensa qu'elle se forçait à le faire, comme par respect pour sa fille et son gendre. Harry retint un soupir et se remit à contempler Teddy, aux mains trop petites et trop faibles encore pour saisir lui-même le biberon.

- Hé, il tête vite, mine de rien...

Andromeda eut un sourire aimant malgré tout, la tête reposante dans sa main.