Titre : le nouveau Mercer – chapitre 9

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Le soleil brille. Ses rayons lèchent l'immense parc qui est remplit de monde en cette belle après midi. C'est magnifique d'observer les gens de la ville prendre du bon temps dans le même espace. Evelyn observe les enfants qui jouent dans l'aire de jeu. « Tu n'as pas envie de faire de la balançoire ? » Demande Evelyn à Jack qui est couché, le ventre sur la couverture, appuyé sur les coudes, la tête penchée au dessus d'un cahier. Il jette un coup d'œil en direction des balançoires puis il s'applique de plus bel à ce qu'il est en train de faire. Un crayon en main, les sourcils froncés dans la concentration, il dit : « non, je dois finir de faire mes 'm'… » Evelyn le regarde. Il s'applique, mordillant sa lèvre inférieur et comptant méthodiquement à voix basse « un, deux, trois » son crayon traçant en même temps des petits 'ponts' pour former un 'm'.

Si Jack était honnête, il dirait qu'il a envie de faire de la balançoire. Seulement, il y a trop de monde dans l'aire de jeux. Alors, il préfère rester là, faisant semblant d'être très occupé. Evelyn se rapproche de Jack, « montre… » Demande-t-elle, Jack tend son cahier d'exercice. Elle le félicite. Il pince ses lèvres, content. Puis, regardant sa montre, elle demande à Jack de l'aider à sortir les plats du panier en osier. « Les garçons vont arriver, on va déjà tout déballer. » Explique-t-elle. Jack hoche la tête, bien heureux de refermer son livre d'apprentissage à l'écriture.

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Evelyn regarde les doigts de l'enfant qui joue avec une fourmi. L'insecte parcoure des kilomètres, traversant d'une phalange à l'autre, la délicatesse des petites mains de Jack. La première fois qu'elle avait vu ses mains, elle avait été horrifiée. Elles étaient gonflées ce qui les rendait difformes, leurs couleurs étaient un mélange de bleu/pourpre.

De multiples fractures non traitées, c'est ce que lui avait dit la pédiatre. Evelyn s'était donc attendue à des problèmes de dextérités, des douleurs articulaires. Puis le temps avait passé. Les ecchymoses s'étaient envolées, les douleurs taries, laissant place à un doigté habile. Jack faisait de ses mains un outil indispensable pour le vol, ce qui n'enchantait pas Evelyn, et pour la guitare, l'instrument qu'il avait choisi en classe de musique.

Evelyn inspira profondément pour se préparer à la conversation qu'elle devait avoir avec Jack. Elle se doutait que le petit allait se braquer. C'est donc pour cela qu'elle avait choisi cet endroit. Elle savait qu'il n'irait nulle part, trop effrayer par la foule. Il serait donc obligé de rester près d'elle, et de l'écouter pour une fois.

« Jack, je te rappelle que nous devons aller demain à l'hôpital pour faire une prise de sang. » Lui dit-elle calmement.

« Encore ! Mais pourquoi ? » Rouspète le petit qui souffle sur la fourmi pour tourner la tête vers Evelyn.

« Et bien, c'est pour vérifier que tu es en bonne santé. » Résume-t-elle.

« Mais je vais bien… » Jack prend un ton plaintif.

« Peut être… Mais il y a des maladies qui apparaissent longtemps après leur entrée dans le corps. » Commence-t-elle à expliquer.

Jack le sait. Il se rappelle d'une conversation qu'avait eu Evelyn avec la doctoresse.

« Toutes ces analyses sont obligatoires, ainsi que tes examens cliniques. Ils vont compléter ton dossier pour que je puisse t'adopter. A ce propos, tu serais d'accord pour en discuter avec maître Andrew ? » Demande Evelyn, consciente qu'elle commence à marcher sur des œufs.

« Pour dire quoi ? » Demande-t-il, sa voix basse, une douleur dans le ventre.

« Tout… Il va te demander comment tu vivais avant de vivre avec nous. » Lui dit Evelyn. Elle sait qu'elle doit être honnête et franche, pour ne pas perdre sa confiance. Elle ne tourne pas autour du pot : « Il voudrait que tu explique le mal que ces gens t'on fait, pourquoi ils te frappaient, et qui a abusé de toi. »

Ca y est, c'est dit !

Jack devient blafard. Il n'en a jamais parlé. Jamais.

Jack ravale une boule dans sa gorge. Il a envie de partir en courant. Il ne le peut pas. Il ne sent plus ses jambes. Des larmes de frustrations, de peur, de colère viennent bientôt obstruer sa gorge. Il a la sensation dérangeante que son crâne va exploser. Sa mâchoire se contracte fortement, ses dents se serrent. Ses poings se referment. Il n'entend plus rien autour de lui. Il n'y a plus que la colère qui vibre en lui. Il papillonne des yeux tandis que le visage d'Evelyn disparaît devant lui. Il se sent bientôt aspiré dans un trou noir.

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« Je sais tout ça… » Evelyn arpente le couloir de l'hôpital, parlant avec son avocat au téléphone. « Le juge va au moins le condamner pour maltraitance ? » Demande-t-elle. Son front se plisse, elle n'aime pas la réponse de son interlocuteur, « Non ?! » Elle n'aime pas d'avantage la suite, « Tout est remis en cause car Jack ne l'identifie pas… » Elle est outrée. Même si M. Anderson prétend ne pas avoir abusé Jack, il mérite malgré tout la prison pour l'avoir battu, ainsi que ses deux fils. « Et que fait le juge de toutes les expertises médicales ?! Je veux dire qu'il y a assez de preuve, même si Jack ne témoigne pas.» Elle hoche la tête à ce que lui dit son interlocuteur, ensuite elle propose, « Trouvez un arrangement avec son avocat… » Elle se rapproche d'une porte de chambre, celle où est Jack. « Non, il n'en a pas la force… Ils ne savent pas… Une syncope dû au stress.» Dit-elle en observant l'enfant de l'embrassure de la porte. Jack est assis dans son lit. Angel juste à côté de lui. Ils rigolent tous les deux, observant Jerry et Bobby qui se disputent pour une chaîne de télévision. « Ok, merci. » Finit-elle. Elle raccroche son cellulaire, et entre dans la chambre.

« Maman ! Dis à Bobby d'arrêter. » Se plaint Jerry.

« On rentre quand ? » S'enquiert Jack.

« Un à la fois les garçons. » Supplie Evelyn en massant ses tempes. Elle passe près de Bobby, attrape la télécommande des mains de celui-ci, puis elle va s'asseoir sur le bord du lit. Jerry glousse, se moquant ouvertement de Bobby qui fulmine.

« On rentre quand ? » Répète Jack.

« Pas ce soir. Ils vont te garder jusqu'à demain. Ils en profiteront pour faire ta prise de sang. » Répond-t-elle en posant une main par-dessus la couverture qui recouvre les jambes du bambins.

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À suivre… ça faisait longtemps, hein ? Il y a encore des fans ?