Le gobelet est chaud contre ses doigts. Le cappuccino dégage une douce odeur caféinée. Le muffin aux myrtilles sent délicieusement bon. Dehors, il ne fait pas très beau ; et il y a peu de monde dans le café.

Bill se sent bien.

Personne ne le connaît, ici. Le serveur qui lui a demandé son nom pour l'écrire sur son gobelet ne l'a pas regardé de travers, n'a pas alerté ses collèges ; il s'est contenté d'écrire et de le servir.

Il jette un regard aux alentours. L'endroit est presque vide, à part deux couples, une petite poignée de personnes solitaires, et Gustav, Georg et Tom quelques tables plus loin.

Bill baisse les yeux sur son muffin et enlève pensivement un grain de sucre. Il s'est volontairement assis loin de ses amis, sans vraiment savoir pourquoi. Les Etats-Unis lui plaisent beaucoup, bien sûr, et les vacances sont bienvenues, mais il se sent un peu mélancolique.

Au même moment, un gobelet est posé bruyamment sur sa table, et une personne s'assied en face de lui. Il soupire et relève la tête.

« Tom… »
« Quoi ? »

Son frère sirote son moka en l'observant d'un air interrogateur.

« Tu as l'air bizarre depuis qu'on est arrivés. »

Bill hausse légèrement les épaules et commence à émietter son muffin.

« Le public me manque. »
« C'est normal, on est habitués à être suivis 24h/24…mais justement, c'est cool, un peu de repos, non ? Et puis on ne reste pas longtemps, tu reverras bientôt toutes tes fans hystériques, tes caméras et ton micro chéri. Profite tant qu'on est là de pouvoir te balader sans te faire reconnaître. On va au restaurant, ce soir, et…et arrête de détruire ce pauvre gâteau !"

Le chanteur rit et attrape un morceau du muffin avant de le porter à sa bouche. Tom soupire doucement et lui sourit.

Rapidement, Bill engloutit le quart de son gâteau. Ses lèvres sont tachées de myrtilles, et quelques miettes sont tombées sur son menton. Il les chasse d'un geste de la main avant de prendre une gorgée de cappuccino.

Tom observe sa jolie bouche tandis qu'il mord dans le muffin. Il lève une main pour essuyer un morceau de myrtille au coin de sa lèvre, et laisse ses doigts caresser la joue de son jumeau. Bill sourit et se laisse faire.

Mais pas quand le dreadé se penche vers lui pour l'embrasser.

« Tom. Non. Pas ici. »
« Mais personne ne nous connaît ! »
« Ils nous regardent. »
« Non. Et on s'en fiche, on ne reviendra jamais. »
« Mais Georg et Gustav sont là, eux ! »
« Ils sont occupés. Allez, Bill… »

Soupirant, Bill jette un regard vers G's. Effectivement, ils ne font pas attention à eux, ni à personne d'autre d'ailleurs. Leurs bouches sont collées l'une à l'autre, par-dessus leurs gobelets de café, et la main de Gustav fait tranquillement son chemin dans la queue-de-cheval de son ami.

La mâchoire du chanteur tombe, et son frère saisit cette occasion pour saisir son visage entre ses mains et l'embrasser.

Avant d'abandonner toute résistance, Bill regarde une dernière fois autour de lui. Dans ce pays qui ne sait rien d'eux, pour une fois, personne ne les regarde, personne ne les reconnaît, personne ne les voit. Il y a de la douleur et de la victoire qui se mêlent dans le creux du ventre de Bill, et il se rend compte qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il veut.

Ce n'est que dans la main de Tom se glisse dans la sienne qu'il trouve, peut-être, un début de réponse.