Les Murs de la Prison

(Traduction de The Cell Walls de Surreptitious Chi X)

Note de la traductrice : Ai bien sûr pris des libertés conséquentes à la traduction, comme toujours. L'anglais de Chi est excellent (ça reste le point de vue d'une française), mais difficilement traduisible si on le laisse dans sa pureté première. J'ai donc décidé de rajouter quelques petits détails pour rendre au mieux le ton et l'atmosphère de ce chapitre.

Note de l'auteur : L'idée est celle-ci : que faudrait-il à Drizzt et à Entreri pour qu'ils finissent ensemble ?

Une série de scènes postérieures à la Trilogie des Sellswords pour Artemis, mais pour Drizzt, la continuité a été coupée après la dernière fois où lui et Artemis se sont rencontrés, Retour à la clarté. Pourquoi ? Parce que c'est la fois suivante où Artemis le voit, alors je l'utilise comme socle pour une réalité alternative, puisque Artemis ne sait pas ce qu'il s'est passé depuis leur dernière rencontre. Il s'avère que je n'aime pas les histoires concernant Drizzt après Retour à la clarté.

La petite cellule était sale, et recouverte de paille souillée. Il y avait là deux pots de chambre qui dégageaient une odeur infecte, comme s'ils n'avaient jamais été nettoyés pendant leur courte vie d'objets inanimés, et les deux minuscules fenêtres servant de ventilation étaient garnies de barreaux. C'était un endroit d'une laideur et d'un accablement insupportable.

D'autant plus parce qu'un ex-assassin tourmenté et un elfe noir ranger tournant autour de son nombril avaient été jetés dans cette même cellule, et étaient à présent assis contre des murs opposés, se regardant en chiens de faïence.

« Qu'est-ce que tu fiches ici ? Ton espèce de partenaire ne devrait pas être là aussi ? » Drizzt fit la moue.

Artemis se raidit perceptiblement. « Jarlaxle et moi… nous sommes séparés. »

Drizzt haussa un sourcil. « Séparés ? Dis comme ça, ça ressemble à un accord mutuel. D'une certaine manière, je doute que l'un de vous possède la maturité ou le niveau intellectuel nécessaire pour ça. »

Les yeux d'Artemis s'enflammèrent de colère. « Il faut toujours que tu aies raison, n'est-ce pas ? » cracha-t-il. « Incapable de faire preuve de tolérance, même quand il s'agit d'avoir un échange civilisé. »

« Je devrais avoir un échange civilisé avec toi ? En quel honneur ? »

Artemis se détourna, les mâchoires serrées.

Mieux, pensa Drizzt, surveillant Entreri avec une infinie méfiance. Qu'est-ce qu'il croit en taillant une bavette avec moi, d'ailleurs ? Qu'on va essayer de s'enfuir ensemble ?

« Comment, » commença Artemis, se raclant la gorge. « Comment va Catti-brie ? »

« Quoi ? » demanda Drizzt, abasourdi.

Artemis répondit d'un ton délibérément plus lent. « Comment va la fille ? »

« Ce n'est plus une fille, Entreri. C'est une femme adulte et accomplie. » Drizzt plissa les yeux dans sa direction, irrité. « Qu'est-ce que ça peut te faire ? »

« Dans le cas où une chose dont tu n'aurais pas hérité de ton peuple serait la mémoire elfique, Do'Urden, je me souviens avoir préparé une tentative d'évasion avec elle dans le but de te sauver la peau. »

Drizzt grogna. « Dans le but de t'aider à t'échapper d'Ombre-Terre, tu veux dire. »

« En échange de ta vie. »

« Et de la tienne. »

Artemis grogna contre lui. « Est-ce si terrible de m'avoir autorisé à survivre ? »

« Oui. » Drizzt le regarda droit dans les yeux. « Maintenant que tu en parles, oui. Ça l'est. »

L'ex-assassin porta son regard ailleurs. « D'accord. »

Cette réponse surprit Drizzt. Il avait attendu d'Artemis qu'il fasse un genre de discours sur le fait qu'il était un homme qui faisait ce qu'il pouvait pour survivre, et que personne ne pouvait le juger durement pour survivre avec succès malgré les nombreuses tentatives pour se débarrasser de lui, mais là, il avait à faire avec un homme bien humain et fatigué qui ne se comportait pas le moins du monde comme Artemis Entreri.

Cette réponse le troublait en fait. Il n'aimait pas que ses idées, en tant que fondations, soient secouées.

« Entreri ? »

Le Calishite, contre toute attente, grimaça de douleur. « Pas ça. Jamais ça. Pas maintenant. D… Appelle-moi juste Artemis. S'il te plaît. »

S'il te plaît ? dessina Drizzt avec les lèvres, sans rien dire. Il l'observa intensément. Heureusement pour lui, Artemis n'avait pas remarqué sa réaction. L'ex-assassin était trop occupé à contempler les lézardes entre les pierres qui pavaient le sol.

« Alors… dois-je t'autoriser en retour à m'appeler Drizzt ? »

« Si ça compte pour toi… d'agir de cette façon. »

Drizzt ne tenait pas en place. « Alors appelle-moi Drizzt. »

Artemis acquiesça. Il ne leva pas les yeux. Finalement, il marmonna tout bas, « C'est la fin, on dirait. »

Drizzt bougea encore. « La fin ? Que veux-tu dire ? »

Artemis lui fit l'honneur d'un sourire morne. « Je vais être jugé et exécuté, Drizzt. » Il lui fit même un clin d'œil, même si c'en était un dénué de joie. « Tout juste ce que tu as toujours voulu. T'en satisferas-tu ? »

Drizzt plaqua un air renfrogné sur ses traits. « Même si tu as changé, je ne vois pas pourquoi tu mériterais d'échapper aux conséquences de ton ancien comportement. »

Artemis se mit à rire, un son sans couleur, morne. « Tout juste. Je suis certain que Jarlaxle serait d'accord avec toi. »

Cette réponse rendit aussitôt Drizzt plus méfiant. « Pourquoi ? »

L'ex-assassin frissonna, une réaction venue du plus profond de son corps et surtout incontrôlée. « C'est, tu vois, la raison pour laquelle nous nous sommes séparés, et si tu décides de t'immiscer dans mes affaires, ranger, je vais peut-être épargner à nos ravisseurs la peine de te tuer. »

« Très bien, alors je ne demanderai plus rien, » Drizzt répliqua sèchement. « Qui est impoli à présent ? »

Artemis lui jeta un regard accompagné d'une expression parfaitement digne. « J'étais parfaitement poli. N'est-ce pas un acte de politesse que de te prévenir à propos de telles choses ? »

« Non, ça s'appelle une menace. »

Artemis haussa les épaules. « Autant pour moi. »

Il n'y avait ni eau, ni nourriture. Drizzt vit ce fait comme une confirmation désolée de ce qu'Artemis avait prévu. Ils allaient mourir. Il se recroquevilla et essaya de trouver un peu de paix dans la rêverie.