Frères alcoolisés
Fin 2
3/3


Nous avons ramené Jo chez sa mère, notre vie de chasseurs reprend lentement. Rien a changé depuis, nous continuons à nous chamailler, à nous faire des blagues pas drôles, même à faire chambre à part une ou deux nuits à cause d'une violente dispute. Et puis, pourquoi ça changerait ? Les frères Winchester ont un destin presque immuable. Pourtant, plus d'une fois dans la semaine, on dort dans le même lit, sans forcément faire quoi que ce soit, je vous vois venir avec vos yeux remplis d'intérêt et vous sourires remplis de sous-entendus, je ne suis pas forcément un chaud lapin, pas comme lui ; et puis, avec moi, il n'est pas comme ça, Dean est un tombeur sans aucun sentiment, mais lorsqu'il en éprouve pour la personne, il ne la touche presque pas. Mon frère est vraiment étrange…
Nous dormons simplement dans les bras l'un de l'autre. Vous savez ce genre de moment tendre, quelques caresses, deux trois baisers, et mon corps qui se niche contre le sien, aspirant sa vie, drainant sa chaleur. Quand il me fait l'amour, il plonge toujours la chambre dans un noir complet, il me touche, sans me toucher, m'embrasse, sans m'embrasser, je ne saurais exprimer ça avec des mots, mais à chaque fois je ressens quelque chose de négatif, comme si au fond de lui il détestait ça. Peut-être trouve-t-il ça abjecte, voire même répugnant : aimer et consommer son propre frère ! J'aimerais vraiment arrêter cette machine, mais je n'y parviens pas, je n'arrive pas à saouler mon corps de ce plaisir, même si il n'est que physique. Et que deviendrais-je sans lui, sans son amour et son corps contre le mien ?! Je ne veux pas revivre cet enfer seul, je suis peut-être égoïste… peut-être… Pourtant, pour lui, si il me le demandait, j'endurerais n'importe quoi. Rien que pour lui… rien que pour ses beaux yeux. Je l'aime, et encore, ce mot n'est rien à comparer de ce que je ressens. Lui, il ne m'aime pas, pas comme ça. Je le sais, il le sait, mais nous continuons ce faux semblant tout de même. J'ai compris… ça ne vient pas du faite que je sois un homme. Ça, il s'y est habitué, ça, il commence à y prendre réellement goût…
Je sais que lorsqu'il ne rentre pas de la nuit, il doit être dans le lit d'une femme, mais ça ne dérange pas plus que cela. Je veux qu'il soit heureux, avant tout, et si pour ça il a besoin d'aller jouer le joli cœur ailleurs…
Je suis incapable de le faire sourire comme avant, pas depuis ce que l'on vit en secret, et tout ce que je ressens pour lui et lui pour moi. Après une longue dépression, découlant de nos deux vies distinctes, celle de frères chasseurs, et celles d'amants nocturnes, et surtout par rapport à Dean qui tente vainement d'être ce qu'il n'est pas, j'ai fini par m'habituer à ce rythme, et peut-être que lui aussi. Il me revient toujours, il m'embrasse et se fait vite pardonner de ses escapades. Il fait ça pour moi, par amour, je sais qu'il m'aime, d'un amour presque aussi fort que le mien, même si au fin fond de lui, consommer cet amour est un acte qu'il aurait préféré ne jamais réaliser. Maintenant c'est trop tard, nous le savons, mais tant qu'il ne se lasse pas de moi, tant qu'il ne regrette pas au point de se sentir coupable de me pénétrer, je dis amen. Perso, moi, je ne peux plus trouver la jouissance sans lui. Je ne peux plus imaginer vivre sans lui.

Pourtant depuis quelque jours, il a changé, il n'est plus le même, il ne me sourit plus, il ne me parle plus, on partage encore le même lit, mais il s'endort toujours rapidement, ou se saoul, afin de minimiser tout acte sexuel, afin qu'il ne vire pas au catastrophique. Il ne me touche presque plus. Je sais ce qui se passe, mais je ne veux pas y penser. Non ! Je ne voulais juste qu'un peu de bonheur, pourquoi me le refuser ? Pourquoi j'ai l'impression que le monde m'en veut.

Cette nuit, son va et vient est vif et ardant, je ne peux m'empêcher de gémir comme un bien heureux, malgré le fait qu'un frisson désagréable me grimpe le long du dos. Au diable la voisine de chambre qui a couiné toute à l'heure… Je sens que ses mouvements se font plus lents, moins fougueux et sans un mot, il sort de mon corps en soupirant. Je l'ai senti, il a débandé. Cela arrive de plus en plus fréquemment maintenant. Son esprit se noie sous ses propres doutes, tu ne crois pas en Dieu, mon frère, alors pourquoi ? Il n'y a aucun pêcher dans ce qui nous unis, même si… les bonnes mœurs diraient le contraire. Ça m'énerve !
- Désolé… »
- Dean… on devrait peut-être en discuter. »
- J'ai juste la tête ailleurs. » Pourquoi ne le dit-il pas ? Qu'il n'en peut plus, qu'il ne veut plus de cette vie ! Je le serre contre moi, coupable jusqu'au fond du cœur et alors qu'une larme glisse sur mon visage, mes yeux prennent une teinte jaune. Il l'a fait pour moi, c'est à moi de payer la conséquence de cet acte. C'est moi le monstre, le frère incestueux. C'est moi qui devrais me mettre dans cet état, pas lui ! Je caresse ses cheveux, l'embrasse une dernière fois, comme si j'allais mourir demain, et là au creux de la nuit, je glisse en lui, pour la toute première fois, mais aussi pour la dernière. Son corps est léger, comme sans vie, mon sexe s'introduit en lui, chaud, vibrant, alors qu'il pousse un soupir de plaisir. Si je ne peux rien faire pour son âme, je peux saouler son corps de plaisir. Ce que je fais, lentement, affectueusement, chaque coup de rein est calculé, savamment dosé, rien que pour son bienêtre, jusqu'à ce que son corps s'extasie de ce que je lui prodigue. Il murmure mon nom, alors que mes lèvres parcourent son corps. Et puis nos lèvres se sellent, pour un baiser sulfureux. Là dans la nuit, son corps me crie toute l'envie qui le ronge, son âme s'est évaporée, il n'y a plus qu'un corps qui me tue de plaisir. Toute une nuit de jouissance, pour nos deux corps, imbibés dans une vapeur bacchanale. Son souffle contre mon cou, ses mains le long de mes cuisses et ces vaguelettes de plaisir immaculées souillant notre lien fraternel. Débauche et obscénité, pulsion et convoitise, mon corps marqué par son feu, le sien marqué par ma soif insatiable : son corps entre mes lèvres et la vie de Dean qui jaillit au creux de ma gorge. Son corps semble satisfait, un sourire sensuel étire ses lèvres, c'est un ange à mes yeux ! Le soleil commence à illuminer la pièce, c'est là que je vois ces prunelles bleutées vides et sans vie, son âme a repris le dessus. Cette image me fend le cœur… Sa main frotte ma joue, une moue plisse son visage, elle aurait voulu être sourire… et moi, de mes prunelles jaunes j'observe ce frère, l'ombre de l'homme que j'aime.
- Sam… je… je peux plus… j'arrive pas. Je ne sais plus où j'en suis. Faut… faut que j'arrête. Tu es mon frère, et chaque jour je vis avec. Sammy, ce n'est pas normal ce qu'on fait. » Des larmes lui montent aux yeux, je les écrase de mon pouce et je me baisse pour cueillir ses lèvres.
- Dean… je te libère… » Il me sourit, avec douceur, il semble triste, il semble regretter ses paroles, et au fur et à mesure que j'efface ces nuits qui nous ont unis, je vois ses yeux s'embuer de larmes.
- Pardon… Sam ! »
Le lendemain, Dean me réveille en me donnant une claque magistrale dans le dos, il fait jour, je me retourne dans les draps.
- On y va, y'a encore de la route. »
- Dean ? »
- Hum ? »
- Ça va ? »
- Pourquoi ça n'irait pas ? » Je lui souris tristement, et lui me rend un sourire radieux. Ça fait longtemps que je n'ai plus vu ce sourire, que je n'ai plus vu ce Dean fort et bien dans sa tête. Il grignote un de ces trucs immangeables et me fixe avec curiosité.
- On y va ? Ou tu vas passer ta journée à m'observer comme une rareté. Je veux bien que sois canon, mais quand même, t'es mon frère ! »
- J'arrive… » Que personne ne me dise que je n'aime pas Dean autant que lui, que personne ne me dise que je suis un cadet borné et égoïste, car j'ai offert ce que j'ai de plus cher pour lui. Pour qu'il aille mieux. Il ne me reste que souvenirs… Je suis heureux, car si j'ai réussi à sauver Dean… je ne me sauverais pas moi-même ! Je viens d'arracher mon cœur, comment pourrais-je vivre avec cette douleur au fond de la poitrine, alors que lui, il ne se souvient déjà de plus rien. Cet amour a définitivement disparu.

Mes yeux se font lourds, la pluie tombe sur mon corps, je ne sais plus très bien ce qui est arrivé. On traquait un démon, lequel ? Je ne sais plus. Et pourquoi tout à coup mon visage ne sent plus le contact de l'eau ?
- Sam ! Sammy ! » Dean ? Dean est penché sur mon corps, il semble terrorisé. Qu'a-t-il ? « Sam, me laisse pas ! Me fait pas ça Sam ! Je ne veux pas continuer cette vie sans toi ! Pas de chasse en solitaire, pas ça ! Me fait pas ça. Sam… je t'en prie. Si tu meurs, je meurs avec toi ! » Sa voix est douce, brisée par la tristesse. Je me souviens maintenant… Je l'ai protégé, instinctivement. Peut-être que c'est la fin que j'ai toujours désirée. Mourir en le protégeant, comme il l'avait toujours fait auparavant. « Sam ! Je t'aime, SAM ! »
- Moi aussi… » Je t'aime, comme j'ai jamais aimé personne, et cet amour a précipité ma fin. Pour toi, j'ai donné l'amour de ma vie. Cela devait arriver. Vivre auprès de toi, sans que tu n'aies aucun souvenir de tout ça. Vivre à tes côtés en te voyant sauter toutes ces filles. Je n'en peux plus. Mes yeux se ferment, et tes lèvres chaudes embrassent les miennes. Un dernier souvenir avant que la vie ne quitte mon corps. Je l'ai cru, car la dernière chose que j'ai sentie de cette vie, ce fut un bruit sourd. Le bruit d'un fusil et la chaleur d'un corps qui s'écroule contre le mien…


2007 Merci pour vos reviews.
Iva-chan: désolé, pour une fois, je me disais qu'un happy ending, ça le faisait pas. C'est quand même des frères, faut bien que quelques fics fassent un peu plus réalistes.
Corrigé 2009