Résumé : Au cours des précédents chapitres, la situation semble difficile pour les habitants du manoir des Tonks, devenu également dispensaire pour les « permanents », victimes des différentes attaques des Renégats. Harry met toute sa magie de calice en œuvre avec Drago pour venir en aide à ses patients ainsi qu'à ceux de Sainte-Mangouste, et conséquence de leur réussite : Ombrage s'intéresse de plus en plus aux deux prétendus sorciers irlandais, Damhnait O'Connor et Elgnat Broderick, au grand désarroi de leur vampire respectif. Lucius tente par tous les moyens de dissuader Harry de poursuivre son subterfuge, en vain. Alors que Severus et lui doivent rencontrer un groupe d'aurors susceptibles de rejoindre l'ordre, recommandés par Jack et Kingsley, Harry et Drago se rendent à Sainte-Mangouste pour leur visite quotidienne quand ils sont accueillis par le pédiatromage Walter Springer qui leur apprend que cette réunion secrète a tourné au cauchemar…

Et un nouveau chapitre de la quête des temps nouveaux… J'espère que ce nouveau développement vous plaira… Pour ceux qui sont en vacances, profitez-en bien ! Bonne lecture et à bientôt, Lilywen.

La quête des temps nouveaux

Chapitre 38 : Tel est pris…

Lucius regardait tout autour de lui, guettant le moindre mouvement suspect. Tout comme lui, Severus avait dégainé sa baguette et scrutait attentivement l'horizon brumeux. Le silence presque irréel qui régnait dans la campagne environnante ne faisait que renforcer les craintes sourdes qui l'habitaient depuis qu'il avait dû laisser Harry dans leur chambre du manoir au petit matin.

Avec lenteur, le maître des potions se tourna vers lui et murmura :

« Tu sembles inquiet ?

- Oui.

- Parce que c'est anormalement calme…

- Sans aucun doute.

- Kingsley et Williamson devraient être déjà là.

- Logiquement.

- Que fait-on ?

- On attend encore quinze secondes. Pas une de plus. »

Severus acquiesça à la décision de Lucius. Il n'eut cependant pas l'occasion de commencer le décompte dans son esprit qu'un craquement sonore rompit le silence des lieux.

Un groupe de trois sorciers venaient de transplaner à une cinquantaine de pas tout au plus des deux vampires. La silhouette massive et imposante de Kingsley au centre dominait assez largement celles des hommes qui l'accompagnaient : l'un d'eux était plutôt grand, mais fluet et un peu de guingois. Lucius eut aussitôt l'image d'un Arthur Weasley brun en l'observant. Quant au second, il était courtaud, râblé, une sorte de force colossale ramassée aux cheveux blonds cendrés. Ils s'avancèrent d'un même pas décidé vers eux et lorsque l'ancien ministre de la magie tendit une poignée de main ferme à Severus, Lucius prit conscience qu'il avait retenu sa respiration depuis leur soudaine apparition.

« Perry Jackson et Doug Peaks, je vous présente Lucius Malefoy et Severus Snape. »

Le maître des potions se contenta d'incliner légèrement la tête en signe de salut.

« Où est Williamson ? Et les deux autres hommes dont tu nous avais parlés ? Y a-t-il eu un problème ? », questionna vivement Lucius dont l'étrange sentiment d'inconfort grandissait à chaque instant.

Ils avaient effectivement bien quelques minutes de retard, cependant, rien qui ne justifie aux yeux de Kingsley l'emportement de l'ancien mangemort. Le grand sorcier noir sembla un instant désarçonné par le ton abrupt de Lucius. Pourtant, il avait réellement appris à connaître le vampire en luttant à ses côtés contre les Renégats et il pensait honnêtement pouvoir jongler avec ses airs péremptoires et cassants car il avait compris au fil des mois que Lucius cachait, derrière cette méfiance agressive, un réel souci pour ces proches, Harry et Drago en tête. Sa réaction lui parut d'autant plus inquiétante et soucieux d'apaiser la tension quasi palpable, Kingsley reprit calmement :

« Ils devraient arriver dans un instant. Nous avons pris la liberté de transplaner dans plusieurs lieux de Londres avant de vous rejoindre, pour éviter toute mauvaise surprise… Juste au cas où un des sbires d'Ombrage nous aurait suivis. Pourquoi ?

- Vous étiez en retard, répliqua laconiquement Severus, comme pour excuser l'attitude trop brusque de Lucius.

- Quelques minutes, pas plus. »

Une seconde plus tard, un second groupe apparaissait dans la verdoyante campagne galloise. De part et d'autre de Jack Williamson, se tenaient deux autres sorciers et ils se dirigèrent dans un même ensemble vers le lieu de rassemblement improvisé. Quand ils arrivèrent à leur hauteur, Kingsley se décala légèrement et présenta les nouveaux venus :

« Voici l'auror Jimmy Slate et là, c'est Edward Wastings. »

Lucius ne laissa pas le temps aux autres de respecter les règles de politesse élémentaire car alors que le jeune Slate, un gamin qui devait tout au plus avoir une petite vingtaine d'année, tendait la main pour les saluer, il l'interrompit dans son geste d'un ton impératif :

« Ecoutez, messieurs … Prenez ça pour une folie, une prémonition… Que sais-je… Mais je ne veux pas rester ici une seconde de plus. »

Il n'en fallut pas plus pour Severus qui se redressa à l'affut d'un mouvement, d'un bruit témoignant de l'arrivée d'un espion d'Ombrage ou d'un des Renégats. Ses sens de vampire ne percevaient pourtant rien, le vent léger qui balayait la campagne ne ramenait à lui aucune odeur suspecte, trahissant la présence d'un sorcier malintentionné.

« Tu es sûr… Tu sembles tellement inquiet depuis ton départ du manoir…

- Je ne pourrais absolument pas te l'expliquer mais je sens qu'il faut qu'on rentre. Immédiatement. »

L'ordre ne laissait aucun doute et Lucius se tourna aussitôt vers Jack et Kingsley.

« Vous leur faites suffisamment confiance pour aller au dispensaire. Oui ou non ? »

Si les deux sorciers parurent une seconde déstabilisés, Jack fut le premier à réagir et à déclarer :

« Nous avons vérifié qu'ils n'étaient sous aucun imperium… Pas de polynectar… Si j'avais le moindre doute, jamais je ne permettrai qu'il aille dans un endroit où se trouvent ma femme et ma sœur, d'autant plus que Lisbeth est loin d'être encore totalement rétablie. Non… Franchement, Lucius, jamais je ne prendrai ce risque si j'avais la moindre incertitude.

- Et toi, Kingsley ?

- Entièrement d'accord. J'ai travaillé avant mon éviction du ministère avec Peaks, Jackson ainsi que Wastings et je n'ai jamais eu la moindre raison de douter de leur intégrité chacun d'entre eux m'avaient alerté à différents moments que les méthodes d'Ombrage leur paraissaient contraires à l'éthique des aurors. Quant à Slate, il était encore une recrue trop jeune pour que je lui confie directement une mission. Je sais cependant qu'il est sorti major de sa promotion à l'école de formation des aurors et il aurait pu choisir la brigade la plus prestigieuse, y compris intégrer la garde rapprochée du ministre de la magie, pourtant, il a tenu à être affecté au sein de l'équipe de Jack parce que c'est celle où se trouvait son grand frère, mort en service, il y a trois ans de cela.

- Et sans compter que c'est grâce à Jimmy que j'ai pu regrouper autour de nous Peaks, Jackson et Wastings. Aucune hésitation à son sujet, poursuivit Jack.

- Bien. Je suppose que si mon fils et Harry ont réussi à me convaincre de laisser pénétrer dans l'enceinte du manoir, le neveu de Thorfinn comme permanent, quatre aurors à la réputation irréprochable ne devraient pas me poser problème. Sachez cependant… »

Lucius s'avança vers le dénommé Jimmy et fit mine de sourire, dévoilant ouvertement ses canines protubérantes et sa réelle nature.

« Je n'hésiterai pas une seule seconde à vous déchiqueter tous si je pense que l'un d'entre vous peut être un danger potentiel pour Harry. »

Si les trois aurors plus âgés reculèrent d'un bon pas face au vampire clairement menaçant, le plus jeune laissa échapper un « putain » impressionné, avant de rougir furieusement.

« Désolé, M'sieur… Je veux dire, c'est la première fois que… Enfin, en vrai.

- Au moins, Jimmy, cela vous permet de compléter votre formation d'auror, se moqua Kingsley.

- On peut y aller maintenant, répliqua Severus, ou vous préférez qu'il vous réduise en charpie pour parfaire vos connaissances.

- Non… Non… Ca ira très bien comme ça…, bégaya le plus jeune.

- Bien. Alors, même formation. Severus et moi transplanons d'abord au manoir. Kingsley, tu nous suis aussitôt et tu te charges de Peaks et Jackson. Jack, vous fermez la troupe avec Slate et Wastings… Des questions ? »

Aucun des sorciers présents ne songea à s'opposer au discours autoritaire du vampire. Lucius inclina donc légèrement la tête pour faire signe à Severus et une seconde plus tard, les deux hommes réapparaissaient devant le manoir. Presque dans le même instant, ils se retrouvèrent tous devant les grilles de la vaste propriété qui était devenue au fil des mois leur repaire.

Sans attendre et donner la moindre explication, Lucius s'engouffra et remonta le chemin pierreux jusqu'à la porte de la demeure. Il allait entrer mais s'interrompit en voyant Weasley et Granger venir vers lui. Il ne prit pas le temps pour les formules de politesse d'usage et demanda d'un ton impératif :

« Où est Harry ?

- Vous l'avez loupé de peu, il vient juste de partir avec Drago pour Sainte-Mangouste. Nous étions dans notre tente et Stanley vient de nous prévenir pour que nous nous occupions des permanents en leur absence. »

La jeune fille s'arrêta, perplexe.

« Qu'est… Lucius, il y a un problème ? La rencontre avec les aurors ne s'est-elle pas déroulée comme vous l'escomptiez… »

L'ancien mangemort n'eut pas l'occasion de répondre que déjà arrivaient à sa hauteur Severus, Kingsley, Williamson et les nouvelles recrues.

« Non, tout s'est déroulé comme nous l'avions escompté, asséna le maître des potions. A ce propos, voici, Perry Jackson, Doug Peaks, Edward Wastings et Jimmy Slate. Rien à signaler depuis notre départ ? »

Le questionnement de l'ancien directeur des Serpentards ne fit que confirmer les craintes d'Hermione :

« Si vous nous disiez plutôt quel est le problème…

- Aucun à notre connaissance, du moins pour l'instant j'apprécierai que vous répondiez à ma question cependant.

- Inutile de parler sur ce ton à Mione et non, nous n'avons rien noté de particulier depuis votre départ : Harry est resté dans votre chambre jusque très tard ce matin, Drago et lui ont ensuite prévenu Stanley qu'ils partaient rejoindre Walter pour qu'on se charge des permanents en attendant leur retour, exactement comme vient de vous le dire Hermione. Maintenant, si vous nous disiez plutôt ce qui ne va pas ?

- L'instinct de Lucius semble être en alerte depuis un bon moment.

- Et vous ?

- Pas exactement… Je ne peux pas dire que je suis très confortable alors que Drago est loin de moi, mais rien qui… »

Severus se tordit brusquement de douleur devant l'entrée du manoir et Lucius se précipita vers lui aussitôt.

« Severus ! Qu'est-ce qui se passe ?

- Drago… Il… Il essaye de m'appeler…

- Rentrez tous !, ordonna de sa voix puissante l'ancien ministre de la magie. Hermione et Ronald, conduisez les nouveaux membres jusqu'au salon. »

Alors que les quatre aurors s'engouffraient aussitôt dans la demeure à la suite du jeune couple, Kingsley reprenait d'un ton qui trahissait clairement l'urgence de l'instant :

« Severus, est-ce que vous pouvez marcher tout seul ?

- Je… Je ne suis pas sûr…

- On va vous faire léviter jusqu'à l'intérieur. Jack, tu t'en charges ! »

Williamson n'eut pas le temps de soulever leur baguette que Severus se pliait à nouveau, sa respiration coupée par une seconde vague de souffrance incommensurable :

« Merlin, Dray ! Je… Je ne comprends pas… Je ne comprends pas…

- Dis-moi qu'Harry est toujours avec lui ! Demande lui, Severus, par pitié…

- Jack, occupez vous de lui ! Tout de suite ! Je vais retenir Lucius loin de lui quelques instants… Autant que je pourrais ! Allez ! »

Ce fut le déclic. Dans le même instant, Jack utilisa un 'levicorpus' informulé pour soulever le corps tordu par la douleur du maître des potions tandis que Kingsley hurlait un 'petrificus totalis' pour bloquer Lucius.

La trêve ne dura cependant que quelques secondes, juste assez pour que Williamson disparaisse dans le hall du manoir, en direction du salon où les autres les attendaient déjà, juste un moment avant que -Lucius ne se libère du sortilège et ne repousse brutalement l'ancien ministre de la magie contre la porte d'entrée de la vaste demeure.

Sonné, Kingsley tarda avant de reprendre ses esprits et de partir à la poursuite du vampire. La situation était sans doute pire que tout ce qu'il avait pu imaginer depuis le début de leur lutte contre les Renégats et Ombrage, car privé de leur calice respectif, il n'avait aucune idée du temps que les deux vampires pourraient tenir en gardant leur sang-froid. Lorsqu'il pénétra dans le salon, il fut stupéfait de voir que Lucius ne dégageait plus cette force incroyable qui l'avait laissé à moitié évanoui… Tout au contraire, l'ancien mangemort paraissait perdu, assommé.

Hermione se tenait à ses côtés, une main posée sur son épaule et lui parlait doucement, sans doute pour le rassurer quant à la situation d'Harry. Les autres s'étaient écartés tandis que Severus était assis sur le sofa, les yeux fermés en signe de concentration. Kingsley comprit aussitôt que le maître des potions tentait d'entrer en contact psychique avec son calice et cela lui fut confirmé par la jeune sorcière :

« Il essaye de parler avec Drago.

- Et vous, Lucius, vous croyez… Vous croyez que vous pourriez atteindre Harry par votre lien. »

Le vampire blond secoua la tête de désarroi et finit par murmurer :

« Non… Je n'entre dans ses pensées que lorsque nous sommes à proximité. Je lui avais dit une fois que nous devrions nous entraîner à cela mais sa magie était tellement épuisée par les soins qu'il prodiguait aux patients de Sainte-Mangouste et aux permanents que je n'ai pas insisté…

- Ne vous en voulez pas, Lucius. Nous savons tous dans quel état il se trouve depuis des mois et vous vouliez seulement lui épargner une raison de s'épuiser davantage…

- Mione a raison, poursuivit Ron en s'avançant vers sa petite-amie. Harry refuserait que vous ayez des remords à ce sujet. Il ne supporterait pas que vous vous rendiez coupable d'une situation contre laquelle vous ne pouviez rien. »

Même s'il sembla lui en coûter, Lucius marmonna un « Merci, Weasley… ».

L'attention de Kingsley se reporta vers Severus qui paraissait de plus en plus agité, grognant des borborygmes incompréhensibles. Tout son corps reflétait une tension extrême et sa voix se faisait de plus en plus forte et claire :

« Tu deviens plus gryffondor que Potter ! Je te répète que nous ne sommes pas en danger… Est-ce que tu m'entends ? DRAGO MALEFOY… EST-CE QUE TU M'ECOUTES ? »

Il s'écroula contre le dossier du sofa, terrassé. Visiblement, la conversation avec le calice s'était interrompue brusquement. Aucun des sorciers présents n'osa bouger et encore moins, questionner Severus, pourtant, tous retenaient leur respiration, attendant que le maître des potions reprenne suffisamment ses esprits pour répondre à leur légitime interrogation.

Ce fut Lucius qui rompit le pesant silence dans le salon. Le vampire blond se leva péniblement et se dirigea vers la cheminée. Il s'appuya lourdement contre le mur voisin et asséna froidement :

« Ils nous pensent donc en danger, c'est cela ?

- C'est ce que j'ai cru comprendre mais… Je n'ai pu pénétrer dans son esprit que quelques secondes et il était tellement paniqué que je ne suis même pas sûr qu'il m'ait senti, encore moins entendu.

- Alors, il n'y a que deux possibilités, répliqua Hermione avec cette assurance qui la caractérisait depuis toujours.

- Qui sont…, répliqua d'un air las Severus.

- Première possibilité : il dit vrai et vous êtes en danger ce qui impliquerait une seule chose… »

Kingsley, Jack, Ron et les deux vampires braquèrent dans un même instant leur baguette vers les quatre aurors qu'ils bloquèrent de « ligare » et de « petrificus totalus », sans que ces derniers n'aient eu le temps de réagir.

« Nos invités ne sont pas ce qu'ils paraissent être, gronda Lucius.

- C'est effectivement une possibilité, poursuivit Hermione. Ne vous inquiétez pas, messieurs, nous vous libèrerons aussitôt que nous saurons exactement de quoi il retourne.

- Et d'après vous, quelle serait la seconde ?, soupira Severus.

- Ils sont persuadés que vous êtes en danger et si l'on part cette fois du postulat contraire, à savoir que ce n'est pas le cas, cela implique qu'une personne leur a malheureusement fait croire que vous l'étiez.

- Mais, enfin… bafouilla Ron, avec leur foutu instinct de calice, ils sont capables de suivre n'importe qui aveuglément s'ils pensent que vous risquez de… »

Lucius gronda. Jamais il n'avait ressenti un tel bouillonnement en lui. Il était certain depuis ce matin quand il avait laissé Harry qu'il n'accomplissait pas comme il le devait son devoir de vampire, un malaise qui avait été grandissant tout au long de la journée et il était maintenant là, écoutant Weasley bégayer ses théories insipides sur l'instinct des calices, comme s'il pouvait ignorer ce fait. Rien ne lui serait donc épargné.

Par Salazar, il savait qu'il avait choisi le plus gryffondor des gryffondors. Son amant n'en avait jamais fait qu'à sa tête depuis le début de leur relation et il reconnaissait désormais son erreur : il avait été trop conciliant au fil des semaines, acceptant malgré lui les projets toujours plus hasardeux et intrépides d'Harry il avait renoncé à entraîner Harry à développer leur lien spirituel en raison de l'épuisement perpétuel du jeune sorcier et maintenant, il ignorait avec qui il se trouvait, il ignorait même s'il allait bien. N'en pouvant plus, il se mit à arpenter le salon, en marmonnant pour lui-même :

« Tu vas le payer cher cette fois, Harry ! Je te jure sur Salazar que je vais t'attacher à notre lit et que tu n'iras plus nulle part si tu tombes dans un piège aussi grossier !

- Voilà une punition qui devrait vraiment l'effrayer, répliqua sarcastiquement Severus.

- Je ne vais certainement pas rester là sans rien faire, poursuivit Lucius. Vous dites qu'Harry et Drago venaient de quitter le manoir pour Sainte-Mangouste, n'est-ce pas ?

- Oui, répondit Hermione, Stanley est passé nous prévenir seulement quelques instants avant votre arrivée.

- Soyez plus précise ! Combien de temps s'est-il écoulé avant que vous ne nous rejoignez ? Une minute, dix minutes, plus encore ?

- Cinq, je dirai, au plus… Ron ?

- Oui, Mione a raison, cinq minutes au maximum…

- Alors depuis ce moment, on peut dire qu'il s'est écoulé environ vingt minutes… Au pire, une demi-heure ! Il ne nous reste plus qu'une petite trentaine de minutes pour les retrouver avant que le polynectar ne fasse plus effet et que leur couverture tombe. KREATTUR ! »

Le vieil elfe grisâtre s'inclina devant Lucius après être apparu dans un pop sonore caractéristique :

« Maître Malefoy, que puis-je pour vous ?

- Va dans la réserve de Severus et ramène-nous les six fioles de polynectar à nos noms, immédiatement ! »

L'elfe transplana aussitôt et Lucius poursuivit :

« Nous partons tous les six pour Sainte-Mangouste. Nous sommes des collègues de Damhnait et Elgnat. Nous les cherchons car un grave incident s'est produit dans notre dispensaire irlandais. Nous improviserons sur place. Des questions ? »

Kingsley, Jack, Severus, Ron et Hermione n'eurent même pas le temps de s'opposer ou d'acquiescer alors que Kreattur réapparaissait avec les fioles de polynectar et chacun s'empara de la sienne avec empressement.

« Kreattur, nous allons avoir aussi besoin de toi ! Tu vas prévenir tout de suite Arthur Weasley, dis-lui qu'il doit venir ici et si nous ne sommes pas tous revenus dans une heure, il devra traiter avec nos nouvelles recrues et prendre la tête de notre organisation. »

L'elfe observa un instant les quatre aurors figés que venait de lui désigner le vampire, puis s'inclina respectueusement en signe d'accord tandis que Lucius avalait sa fiole de polynectar. Le goût infâme lui tordit les entrailles jusqu'à ce qu'il se sente enfin dans le corps de substitution qui lui avait été attribué, il y a des mois de cela, quand avait été mise en place le projet du dispensaire. A la place du grand sorcier blond, se tenait désormais un homme aux cheveux châtains qui ondulaient en de légères et soyeuses boucles. Il releva la tête et vit que les cinq autres s'étaient aussi transformés et attendaient maintenant ses ordres :

« Severus, tu transplanes devant Sainte-Mangouste avec notre jeune couple, je prends Kingsley et Jack avec moi. Kreattur, tu peux y aller également de ton côté. »

Plusieurs cracs retentirent dans le salon du manoir et un instant plus tard, le groupe se retrouva devant la vitrine du magasin moldu qui cachait la célèbre institution de médicomagie. Sans se concerter, ils s'avancèrent vers le local qui paraissait abandonné avant d'émerger au cœur d'un hall bruyant où allaient et venaient des sorciers de tous horizons. Lucius ne perdit pas une seconde et se dirigea vers une femme qui s'occupait de l'accueil :

« Nous sommes des collègues de Damhnait O'Connor et Elgnat Broderick. Il faut que nous les contactions immédiatement, il y a eu un incident au dispensaire, en Irlande. »

Lucius crut maudire la jeune écervelée qui prit tout son temps, en feuilletant une liste où elle inscrivait les entrées et les sorties. Son index glissait lentement sur le parchemin alors qu'elle mordillait sa plume à papote.

« Ah… Les voilà ! Effectivement, Messieurs O'Connor et Broderick sont avec Monsieur Springer. Ils sont… »

Elle tapota un plan magique à sa droite où des petites lumières clignotaient frénétiquement, jusqu'à ce que trois points se stabilisent.

« Ils sont tous les trois dans le bureau de Monsieur Springer, au service de pédiatromagie… Il faut que vous preniez…

- Inutile ! Je sais où il se trouve. »

Lucius ne prêta pas attention au « Malotru ! » que siffla la sorcière et s'engouffra dans le corridor de l'aile ouest. Les autres le suivaient et il se doutait que chacun d'eux craignait de voir se déclencher une bataille dans ce lieu plus que dans tout autre : les conséquences d'une opposition frontale avec les Renégats seraient dramatiques pour les patients, sans nul doute, mais, quand bien même il avait conscience de cela, Lucius pensait avant tout à Harry. S'il était blessé… S'il était capturé… Il gronda, la créature en lui prenait le dessus, il savait qu'il pourrait torturer quiconque se mettrait en travers de son chemin et l'empêcher de retrouver son calice.

Ce fut une tape discrète sur son épaule qui le fit s'arrêter. Severus le fixait avec inquiétude et murmura :

« Lucius, fais attention. Il faut que tu gardes le contrôle !

- Je sais. »

Arrivé au bout du corridor de l'aile ouest, ils s'engagèrent dans l'escalier, montèrent encore deux étages à vive allure et atteignirent enfin le service de pédiatromagie. Lucius se tourna et observa les cinq sorciers sous leur trompeuse apparence. Ils lisaient sur chaque visage une détermination qui le rassura quelque peu et il souffla légèrement :

« Je passe devant et tout le monde prend sa baguette en main. D'accord ? »

Il leur restait tout au plus une dizaine de mètres pour atteindre le bureau de Walter et quand ils se positionnèrent tous autour de l'entrée, Lucius entama un décompte silencieux puis poussa d'un puissant 'alohomora' la porte.

Dire qu'il ne s'attendait pas à ce qu'il allait découvrir aurait été un doux euphémisme. Harry, sous l'apparence de Damhnait, était assis sur le bureau du médicomage et lança à tous les nouveaux arrivants :

« Bonjour tout le monde ! »

Lucius balaya d'un regard la pièce : Drago se tenait près de la bibliothèque du médicomage et paraissait plongé dans la lecture fascinante d'un ouvrage sur la potion de régénération sanguine, ce que démentait clairement son sourire moqueur. Walter était assis derrière dans un fauteuil, à la droite d'Harry et tenait sa tête entre ses mains d'un air désemparé, mais ce fut surtout quand il avisa les deux silhouettes féminines ligoter au fond de la pièce qu'il questionna furieusement :

« Tu peux nous dire ce qu'il se passe encore ?

- Oh… Tu parles de nos deux visiteuses surprises…

- Oui, Harry, c'est exactement de cela dont je parle ! Bon sang, qu'est-ce que mon fils et toi avez encore imaginé ?

- Hé !, s'écria le gryffondor, pourquoi m'accuses-tu ? Je n'ai rien fait…

- Pas encore, beau-papa, mais je serai toi, j'attendrai d'avoir présenté mon merveilleux projet avant le mettre hors de lui.

- Drago, pourquoi n'as-tu pas répondu à mes appels ?, demanda Severus.

- Oh… Je n'ai pas réussi à comprendre ce que tu essayais de me dire… Enfin… Au début…

- Par Salazar, nous sommes venus sous couverture, en urgence il nous reste à peine une vingtaine de minutes avant que vous ne retrouviez votre apparence réelle et nous avons laissé seul au manoir Kreattur, Rocade et Arthur alors cessez tous les deux de jouer comme des gamins !

- Lu… Lucius…, bégaya faiblement le médicomage qui se releva légèrement. Ce n'est pas eux, tout est de ma faute, je ne me le pardonnerai jamais… Jamais…

- N'importe quoi, rétorqua Harry, tu n'es pas responsable de ces deux saletés ! Tu as été piégé, c'est tout !

- Euh… Pas que je veuille spécialement prendre la défense de ton vampire, Harry, mais, là, des explications ne seraient pas pour nous déplaire, je pense.

- Ron est d'accord avec mon homme ! C'est vraiment une journée à marquer d'une pierre blanche. D'abord, on met fin au règne de cette pustule rose et maintenant, ça !

- Fais attention, beau-papa, père me paraît quelque peu courroucé à ton encontre et ton châtiment risque d'être fort sévère… Quoi que je doute que tu sois très effrayé par ta punition à venir… », ricana Drago sous le regard médusé des autres.

Alors qu'Harry riait franchement à la remarque de son complice, Lucius hurla, exaspéré :

« DRAGO !

- On se calme… Je m'en voudrais trop que tu déshérites ta progéniture à cause de ces deux garces. »

Le gryffondor se releva et s'avança vers Lucius :

« Nous sommes arrivés peu de temps après avoir quitté le manoir pour notre visite quotidienne à Sainte-Mangouste mais, à peine étions-nous dans le hall que Walt nous a rejoint en nous expliquant qu'il s'était passé un drame lors de la réunion avec le groupe d'aurors. J'étais complètement paniqué et Drago aussi, il n'arrivait pas à entrer clairement en communication avec Severus ce qui nous a encore plus effrayés. On a donc suivi Walt qui se dirigeait vers son bureau pour tenter de vous rejoindre par sa cheminette… On était presque arrivé au bout de l'aile ouest quand tu m'as appelé.

- Comment ça, je t'ai appelé ? »

Harry souriait moqueusement quand il reprit en imitant excessivement la voix du vampire :

« 'Tu vas le payer cher cette fois, Harry ! Je te jure sur Salazar que je vais t'attacher à notre lit et que tu n'iras plus nulle part si tu tombes dans un piège aussi grossier !'

- Vous nous aviez pourtant dit que vous ne vous étiez jamais entraîné au lien psychique.

- C'est… C'est le cas, Miss Granger, bégaya Lucius. Comment… Comment as-tu pu m'entendre ?

- Sais pas…, marmonna Harry, aucune idée, vraiment ! Mais je te jure que j'ai eu l'impression que tu étais juste derrière moi tellement ta voix était nette. Je me suis arrêté et j'ai scruté tout le corridor pour te voir.

- Tu aurais dû le voir, père, on aurait dit un petit chaton perdu…

- Pfff, souffla Harry. Bref, Drago est venu vers moi et m'a demandé ce qui m'arrivait et je lui ai répété ce que tu venais de me dire, que l'on était en train de tomber dans un piège.

- On s'attendait vraiment à une attaque d'un sorcier qui nous aurait suivis…

- On a guetté le moindre mouvement suspect pendant de longues secondes, jusqu'à ce qu'on réalise au même instant, que Walter n'avait pas bougé, il ne nous avait même pas rejoints. Il nous regardait mais sans nous voir réellement. Il était sous l'emprise d'un imperium… Pas besoin de vous préciser que l'on n'a pas mis longtemps à trouver l'empreinte magique de ce sortilège et que Drago a libéré Walter aussitôt.

- Je suis tellement désolé de m'être fait avoir comme un débutant par cette femme ! Ce n'est pas comme si j'ignorais qu'elle voulait vous avoir grâce à moi…

- Hé, c'est bon, Walt… On sait que tu n'es en rien responsable et puis, tel est pris qui croyait prendre !

- Ah… Enfin beau-papa, vas-y ! Explique à Sev et à mon père ta nouvelle grandiose idée… Je suis sûr qu'ils vont adorer, ricana moqueusement Drago.

- Pfff…, souffla Harry. Je te rappelle que tu étais entièrement d'accord à la base. Bref… Quand Walt a repris ses esprits, il nous a dit qu'Ombrage et sa journaliste adorée nous attendaient dans son bureau. A nous trois, on pouvait facilement les maîtriser d'autant qu'elles ne s'attendaient pas à ce que Walter ne soit plus sous leur contrôle. Deux 'expelliarmus' et un 'ligare' et l'affaire était close mais c'est là que les choses deviennent intéressantes… Kings', Mione, ça vous dirait de rétablir un peu la vérité…

- Comment ?, demanda aussitôt Hermione.

- Ombrage est ministre de la magie mais il me semble que Kingsley a brillamment occupé cette fonction avant elle… Alors, s'il prenait sa place sous polynectar, disons pendant deux ou trois mois, il pourrait mettre fin à son odieuse politique et mener une véritable lutte contre les Renégats avant qu'Ombrage ne renonce officiellement à son poste pour organiser des élections libres et démocratiques, élections pour lesquelles tu pourrais te présenter sous ta véritable identité, bien sûr…

- Oh… C'est intéressant, murmura Kinglsey.

- Et toi, Mione, tu pourrais remplacer Terrie Skate… Ou plutôt Rita Skeeter de son vrai nom… Tu l'as suffisamment mise en garde par le passé sur ses méthodes. Alors, si tu pouvais lui succéder à l'aide également du polynectar pendant quelques mois, les sorciers auraient des informations beaucoup plus justes et pertinentes quant aux Renégats. Vous ne croyez pas ?

- C'est génial…, balbutia Hermione, mais…

- Oui, Miss Granger, c'est un projet incroyable, hormis sur un point. Si tu penses utiliser du polynectar sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, c'est que tu espères les garder à notre disposition comme l'avait été Maugrey pour Barty Croupton Junior lors du tournoi des trois sorciers… Ne me dis pas que tu pensais au manoir ou je te jure que je t'étrangle, répliqua Lucius.

- De toute façon, il faut que l'ordre ait le temps de monter un dossier d'enquête complet au sujet de leurs diverses manigances pour pouvoir obtenir un procès juste et équitable lorsqu'elles seront enfin présentées au magenmagot et en attendant, Stan n'arrête pas de se plaindre de n'être pas suffisamment utile, il travaille un peu au dispensaire mais c'est tout, alors, si l'on s'organise bien, on pourrait créer une pièce qu'il serait chargé de garder, dans les sous-sols du manoir.

- A côté de mon laboratoire de potions ?, demanda incrédule le maître des potions. Dray, jure-moi que tu t'es opposé à cette folie furieuse !

- Tu veux rire, c'est lui qui a suggéré le lieu, répliqua Harry.

- Merci, beau-papa, merci beaucoup…

- De rien. Alors, tu en penses quoi, Lus ? »

Le gryffondor adressa à son vampire un sourire doux et complice pour le convaincre définitivement. Après quelques instants, Lucius se retourna et observa les autres sorciers présents : Severus et son fils, Walter, Jack, Kingsley, Weasley et Granger. Tous attendaient son assentiment comme s'ils avaient déjà accepté le plan d'Harry.

« Vous êtes tous d'accord, je suppose ? »

Les uns après les autres, ils acquiescèrent silencieusement et Lucius reprit :

« Pourquoi ne suis-je même pas surpris ? »

Harry adressa un clin d'œil à son vampire et se mit sur la pointe des pieds pour susurrer à l'oreille du sorcier :

« Tu sais que je t'aime plus que tout au monde, Lucius Malefoy… Oh… Et puis, une dernière précision, il suffit de me demander si tu veux me rendre complètement fou en m'attachant à notre lit… »

A suivre…