Titre : Cinq pas entre les Portes et l'Arbre.
Sous-titre : « Cinq fois où Sirius n'a pas su trouver les mots justes. (Ou juste les mots) » (Cinquième Pas)
Disclaimer : L'univers de Harry Potter et les personnages qui en proviennent sont une création de Rowling. Je ne touche aucun argent avec ce texte.
Rating : PG-13 pour le langage pas toujours très châtié et une situation où le U de UST est quelque peu surfait.
Résumé : Cinq faits sur chaque membre de la famille Finnigan.
Continuité : Ce texte est un prolongement de ma fic, Les Portes. Par conséquent, le canon post-tome4 n'est absolument pas respecté (et il vaut mieux avoir lu ladite fic pour comprendre ce qui est en jeu dans cette histoire).
Note 1 : Cette fic ainsi que "La Sorcière de Cork et l'Évadé d'Azkaban" (un futur bonus pour Les Portes) appartiennent à un ensemble qui servira de transition entre l'univers des Portes et celui de Near the Tree.
Note 2 : Il est laissé à la discrétion du lecteur de considérer cette fic comme la suite des Portes ou non.
Rappel : Lynn Amberson est Mrs Finnigan, mère de Seamus et sorcière.


Cinquième Pas : Cinq fois où Sirius n'a pas su trouver les mots justes. (Ou juste les mots.)

-o-

Amoureux

Sirius est doué pour un certain nombre de choses : changer des chouettes en recueils de poésie et des chauve-souris en manuels d'arithmancie, marcher sur les mains et couper les cheveux. Il a un certain sens des couleurs et une très bonne mémoire. Il sait raconter des blagues cochonnes avec flegme et les tragédies churnappliennes (1) avec dérision. Sirius sait le latin, la table de multiplication de treize et la formule qui fait voir la vie en rose. Littéralement. Mais Sirius ne sait pas flirter.

Du tout.

Il est assis sur un banc de Pré-au-Lard. Lynn est assise à côté de lui. Loin ? Près ? Son opinion sur le sujet change toutes les secondes. Il neige autour d'eux et il a les mains poisseuses. Son cœur bat trop fort, sa gorge lui fait mal et chaque fois qu'il ouvre la bouche, il bégaie des inepties. C'est réellement embarrassant.

« La neige est tellement blanche qu'on dirait qu'elle est bleue. »

Franchement ?

« Le thé, c'est bon quand il fait froid. Surtout avec une madeleine. »

Bravo, champion ! Continue comme ça, elle va te tomber dans les bras.

Peut-être que s'il racontait une histoire drôle… Est-ce qu'on peut raconter une histoire cochonne à une fille ? Non, bien sûr. Evidemment que non. Mais quelle blague raconte-t-on alors à une fille ? « Femme qui rit, à moitié dans son lit », dit le proverbe. Lui, se contenterait déjà de « Lynn qui rit ».

Sirius aime quand Lynn rit. Mais Lynn ne rit pas souvent. Avant oui. Maintenant, elle sourit. Parfois. C'est déjà ça. Quand Lynn sourit, des fossettes se creusent dans ses joues. Sirius aime les fossettes de Lynn, il y pense souvent…

Ils partagent en silence un sachet de mignardises. En fait, il n'y a que Lynn qui mange, Sirius a l'estomac bien trop noué pour avaler quoi que ce soit. Elle a du sucre glace sur le nez et un peu partout autour de la bouche. Il essaie de le lui signaler. « Tu… Le sucre… » Il montre du doigt la zone, il bredouille. Bon sang ! Ce n'est pourtant pas si compliqué de dire qu'elle a du sucre partout sur le nez, si ?

Si.

Lynn sort un mouchoir et s'essuie maladroitement, un peu gênée. Trop rapidement pour être efficace.

« Attends, tu t'y prends mal… Je… » Il fait un geste un peu vague vers le mouchoir. Elle le lui abandonne. Il a les mains qui tremblent un peu, il espère vraiment qu'elle ne va pas s'en apercevoir. Mais juste au cas où…

« Fait froid ! » marmonne-t-il. Maintenant, c'est sûr, elle va s'en apercevoir.

Mais ce ne sont pas ses mains malhabiles que Lynn regarde, ce sont ses yeux – ses yeux fixés sur la bouche rouge glacée de sucre.

– Sirius ?

– Hmmm ?

Il caresse la peau blanche et délicate, il pourchasse le sucre, jusque dans les replis de l'écharpe. Jusque dans son cou.

« Est-ce que tu comptes m'embrasser un jour ? » demande-t-elle, très sérieuse.

Des « quoi ? », « comment ? », « pardons ? » se bousculent dans sa bouche, s'entortillent sur sa langue, se heurtent contre ses dents… et sont avalés par Lynn.

Les lèvres de Lynn contre les siennes.

Des sensations se déversent et l'assaillent et le bouleversent : les mains froides sur son visage, le sucre sur les lèvre de Lynn et dans sa bouche maintenant, la flopée de papillons dans son estomac et le concerto de tambours dans sa poitrine. Et les poumons qui brûlent. Air. Besoin d'air. Respirer.

Lynn recule. Elle a les joues roses, les yeux qui scintillent et la respiration haletante. Ses lèvres sont un peu entrouvertes, il aperçoit le bout de sa langue. Et… Il attrape la tête de Lynn, enfouit ses mains, les doigts, dans ses cheveux. Elle n'est plus si sérieuse, elle… Et il l'embrasse. Avec un peu de précipitation, avec chaleur, avec ferveur. Avec amour aussi.

« J'aime bien aussi quand tu te tais. » souffle-t-elle quelque part dans son cou, pas très loin de son oreille.


Ex

James, Lily, Remus et Peter se sont esquivés, avec des excuses ridicules qui ne trompent personne, qui n'ont même pas vocation de tromper. « Lily, tu sais, le devoir de potions, tu pourrais peut-être m'aider, non ? » Sirius sait que James a déjà fait le devoir : il s'est même « inspiré » de quelques unes de ses réponses. Remus a feint un Syndrome Pré-Lunaire ; la pleine lune est pour dans un peu moins de deux semaines. Peter a été plus honnête : il n'a rien dit.

Et ils sont restés tous les deux sur le canapé. Chacun à un bout : elle, les jambes repliées sous elle, le dos droit et le regard fixe ; lui, penché en avant, le dos voûté et les coudes sur les genoux, il regarde le sol. Sur la table basse, étalés devant eux, il y a les formulaires. Les formulaires d'orientation. Lynn veut être médicomage, Sirius veut être Auror. Ce n'est pas vraiment une surprise, ils avaient déjà évoqué le sujet mais pour toujours le remettre à plus tard. On est plus tard. A la croisée des chemins.

Ils ont discuté, ils se sont disputés, ils ont pleuré, ils ont écouté, ils ont tenté de comprendre, de persuader et, en vérité, ils comprennent la position de chacun. Ils comprennent vraiment. Et c'est peut-être pour cela que c'est aussi douloureux. Ils savent tous deux que la décision de l'autre est légitime, qu'il n'y a rien à convaincre. Sirius a vu son père combattre le cadavre de sa mère. Il était là quand Poudlard a été chargé par les Mangemorts. Il était là encore quand Météra Potter est tombée. Lynn comprend que Sirius veuille se battre – se venger. Lynn a perdu la même année son père, son jumeau et sa meilleure amie. Lynn connaît le besoin de vengeance, mais elle condamne. Et Lynn ne veut plus perdre quelqu'un, elle ne veut plus subir cette souffrance. Sirius comprend. Ils comprennent tous deux que leurs routes se séparent ici, maintenant, devant ce feu, sur ce canapé. Sirius a déjà rempli son formulaire : il sera Auror. C'est irrévocable. Alors ils ne disent rien. Parce que si ils parlent, si ils disent un mot…

Sirius se courbe davantage, se passe la main dans les cheveux et murmure : « Bordel de merde ! ».

Lynn se lève et monte dans sa chambre.

… Parce que s'ils disent un mot, ce sera le dernier. Et qui veut prononcer le dernier mot d'une histoire que personne ne désire finir ?


Amant

Il n'est pas venu seul. Il ne voit pas pourquoi, sous prétexte qu'elle sera là, il devrait renoncer à son privilège de venir accompagné. Sur son carton d'invitation, il y a marqué « Sirius Black et invité(e) ». Nora est son invitée. Nora est drôle et piquante et charmante. Elle est Auror et elle est particulièrement douée pour le corps à corps.

Nora est audacieuse, puissante, sexy.

Lynn n'a, bien évidemment, pas été placée à sa table. Elle est habillée en gris et rose. Ses cheveux sont relevés et exposent son cou de cygne. Les perles de ses boucles d'oreille s'agitent et dansent et l'hypnotisent. Elle ne fait pas attention à lui, elle parle avec ses voisins de table, deux vieux camarades de Poudlard. Ils tentent de la séduire à tour de rôle et elle les laisse faire. Elle n'a pas d'alliance au doigt, pas de diamant non plus. Mais il sait qu'elle n'est pas libre. Pas vraiment. Lily est restée assez vague sur le sujet. Lily est toujours vague sur le sujet, elle pense que ce n'est pas son rôle d'informer Sirius sur la situation de Lynn. S'il tient tellement à savoir ce qui se passe dans sa vie (ce qui passe dans son lit), il n'a qu'à lui envoyer un hibou. Ou l'inviter à boire un verre. Sirius, bien sûr, nie s'intéresser à la vie amoureuse de Lynn, elle peut bien (se) faire (qui) ce qu'elle veut. Il nie, mais n'en pense pas moins. Bon sang, il ne pense qu'à ça !

Nora a posé la main sur la cuisse de Sirius et, lentement, sûrement, elle remonte, glisse, se déplace, se rapproche de son entrejambe. Il tressaille, se tortille sur sa chaise. La main est déplacée, trop haut placée. Nora lui jette un regard surpris, vexé. Il se contente de hausser les épaules.

Nora est entreprenante, sûre d'elle, désarmante.

Lily et James ont ouvert le bal, les couples s'engagent sur la piste. Nora danse, Sirius l'accompagne. Il sait se déplacer sur une piste de danse sans faire trop dégâts mais il ne sait pas pour autant danser. Il est toujours à contretemps, ses mouvements sont raides, mal aisés. Il déteste le cadre rigide des danses de bal. Nora le tient avec une poigne de fer, c'est elle qui guide. Il suit. Habituellement, il n'a aucun problème avec Nora qui guide. Le voisin-de-droite se lève et entraîne Lynn sur la piste. Lynn n'est pas une grande danseuse, elle écrase même le pied de son partenaire, s'en excuse, un peu confuse, un peu rougissante. Le partenaire sourit. Sirius se tend. Le partenaire enserre la taille de Lynn, la plaque contre lui. Elle est très près. Trop.

– Qui est-ce ? demande Nora. Tout près de son oreille. Trop.

– Personne. Il s'éloigne.

– Alors pourquoi la regardes-tu comme si elle était…, Nora laisse traîner sa voix, ne termine pas sa phrase.

– Comme si elle était quoi ?

– Comme si elle était une fontaine dans le désert et que tu étais Tantale.

Sirius ne répond rien. Que pourrait-il répondre ? Les mains de Nora se font plus possessives sur lui. Il sent les ongles s'enfoncer dans sa peau. Il ne tressaille pas. Et Lynn valse et tourbillonne et rit et croise son regard. Et elle arrête de sourire. Et elle arrête de danser. Mais son partenaire l'entraîne dans ses pas, la remet en mouvement, la fait virevolter.

Sirius a perdu quelque part Nora et il boit avec un type qu'il ne connaît pas, dont il ignore jusqu'au nom et qui de toute façon ne parle pas anglais. Allemand, peut-être. Ou Hollandais. Qu'importe ! Ils boivent tous les deux, chacun énonçant dans sa langue tous ses griefs. Sirius croit comprendre que le problème du type s'appelle Igor. Une chaise racle sur le sol, Sirius tourne la tête et voit James en beaux habits de marié s'asseoir à côté de lui.

– Tu comptes lui parler un jour ou bien tu vas l'éviter toute la soirée et te saouler jusqu'au coma éthylique ?

– Ne pas parler et boire, répond Sirius. De toute façon, je n'ai jamais été un bon orateur. Surtout face à Lynn.

– Va lui parler, mec, dit James.

James pose la main sur l'épaule de Sirius, serre un peu de manière amicale et puis se lève et s'en va retrouver sa jolie mariée.

Sirius a rejoint Lynn. Pour parler. Juste parler. Vraiment. « Salut, comment ça va ? Qu'est-ce que tu deviens ? L'intention de te taper l'autre con juste sous mon nez ? » Plus ou moins quelque chose comme ça. Mais il n'a jamais été un bon orateur. Surtout face à Lynn. Il a attendu un moment où elle était seule. Il est arrivé avec deux verres de champagne et un sourire presque charmant sur les lèvres. Il a fait des efforts. « Salut comment ça va ? – Bien. Et toi ? – Beau mariage non ? – Si. – Qui est ton chevalier servant ? – Ajax Troigos. Il était à Poufsouffle en même temps que nous. – Et la raison particulière pour la quelle tu te frottes à lui comme une chatte en chaleur ? Parce que si c'est pour me rendre jaloux, tu peux remballer la marchandise. » Vraiment très mauvais orateur.

Evidemment Lynn s'est mise en colère, évidemment il a renchéri. Evidemment, ils ont tenu des propos cruels, douloureux. Et évidemment, elle l'a embrassé pour le faire taire.

Et il en est là : la bouche de Lynn sur la sienne. Sa langue et ses mains et ses seins et son odeur et… bordel ! Il se presse contre elle. Ventre contre ventre. Il veut peau contre peau. Les mains de Sirius parcourent, palpent, cherchent. Et trouvent. Lynn gémit. Le bruit qu'elle fait, lui fait perdre toute mesure. Il s'écarte de sa bouche, se perd dans son cou, remonte jusqu'à son oreille. Il a envie d'elle. Très. Et elle ? Elle hoche la tête avec ferveur. Il lui prend la main et l'entraîne dans une chambre.

Ils restent quelques secondes, plantés dans la grande chambre vide et sombre. Il n'y a que leurs respirations haletantes. Ils se regardent et, la seconde d'après, ils sont sur le lit. Lynn est sous lui. Ses cuisses pressées contre ses hanches. Ils se déshabillent, s'emmêlent dans les vêtements, s'attrapent et se serrent et s'embrassent et se parcourent. Et se…

Ils passent la nuit à s'aimer, à se le dire, à se le montrer, à se le prouver. Au petit matin, ils se séparent. Parce que s'aimer ne suffit pas toujours. Parce qu'au petit matin, il est toujours Auror.

C'est elle qui quitte la chambre la première. Il veut dire quelque chose. Quelque chose d'important, de significatif. Il essaie mais ne trouve pas de mot. Trop tard, elle a déjà refermé la porte. De toute façon, il n'a jamais été un bon orateur. Surtout face à Lynn.


Ex²

Les jours qui suivent ne sont pas simples. Euphémisme. Les jours qui suivent sont une putain de souffrance. Un tison incandescent dans son flanc. Bordel ! Les minutes qui suivent sont une torture. Il se demande s'il existe des potions antalgiques pour le cœur. Remus assure que non. James propose la vodka, coupée au whiskey.

Il reprend sa vie mais le goût amer ne disparaît pas. Il largue Nora. Il largue ensuite Judith, Constance, Elinore et Joselyne. Il arrête trois Mangemorts, protège la vie du Grand Conseiller Patterson, refait le monde avec ses amis, s'engage dans l'Ordre du Phénix, se dispute avec son père. Parfois, il oublie qu'il est amoureux. Parfois, il croit qu'il n'aime plus. Ça dure quelques jours, quelques semaines même. Et parfois ça lui revient en plein cœur et il se saoule avec Remus et James.

Il n'en veut pas à Lynn. Il en veut à Lynn. Il ne sait pas toujours vraiment. Parce que, putain de bordel de merde, il l'aime et que ça devrait être suffisant. Tous les poètes disent que c'est tout ce qui compte, que c'est tout ce qui est nécessaire. Mais les poètes sont des empaffés qui ne connaissent rien de la vie. Et Sirius déteste les poètes. Et quand il le dit à Lily, elle rit. Elle rit, amère. « Les poètes sont des cons. » Amen. Il aimerait lui demander comment va Lynn. Il lui demande. Elle refuse de répondre. Et il sait ce que ça veut dire. Les poètes sont vraiment des cons.

Un soir (quatre mois, deux semaines et trois jours plus tard), un feu vert s'allume dans sa cheminée. Il attrape sa baguette : réflexe d'Auror. Un papier sort du feu, plane puis se pose devant lui. Méfiant, il le déplie.

Joe Strummer.
Il faut que l'on parle.
Lynn.

Le mot de passe est correct mais caduc. L'écriture semble d'origine. Mais le prénom qui clôt le mot convainc Sirius de baisser le sort de protection. Il aurait suffit de ce simple mot.

Elle surgit dans son salon. Elle est vêtue d'un jean délavé et d'un pull en laine un peu large. Elle a coupé ses cheveux. Un carré qui encadre son visage. Elle est un peu pâle, les yeux cernés.

Sirius ne sait pas vraiment comment ils ont pu passer d'un échange de civilités à des cris et des reproches. Il croit que ça vient de lui : elle lui a demandé comment ça allait, il a répondu « mal ». Parce que c'est vrai, il va mal. Il a le cœur en miettes. Et il lui en veut. Parce que c'est plus simple de lui en vouloir. Parce que ça enlève un peu de cette insoutenable douleur. Et le ton a monté. Fort et vite. Les portraits ont déserté leurs cadres et les fantômes ont cessé d'agiter leurs chaînes.

Il ne se souvient plus exactement de ce qu'il a dit et ça vaut peut-être mieux. Vu comment Lynn est partie, ça ne devait pas être très joli.


Père

Cette fois, elle toque à la porte. Elle a un panier sous le bras. Dans le panier des tas de provisions : du chiffon au cake au jasmin. « Je me suis dit que tu devais manquer de tout. » Elle sourit. Elle a pris le soleil et ses taches de rousseur ressortent. Et il y a ses fossettes. Sirius s'écarte et elle entre dans sa maison. Elle laisse derrière elle une odeur de fleurs. Jasmin. Autrefois, c'était mûre. Les choses changent.

« Sirius Black est blanc comme neige. » Dixit le Ministère. Il a eu le droit à des excuses publiques, on lui a promis une compensation financière et le Ministère serait même prêt à lui offrir son ancien poste d'Auror. Sirius peut surtout de nouveau se déplacer en pleine lumière et sur ses deux jambes. Les scellés sur sa maison (ses maisons) ont été levés et ses anciens amis ne sont plus surveillés. Et il a été rétabli dans son rôle de parrain et de tuteur de Harry. Le fils de James.

C'est un peu étrange de voir Lynn chez lui, aux Ondes Silencieuses. Au milieu des meubles et des souvenirs de famille. Quand il était plus jeune (et un peu con), il croyait que passé vingt-trois ans, les femmes cessaient d'être belles. Lynn a trente cinq ans et elle est superbe. Et mariée.

Il prépare le thé, elle parcourt la grande salle du regard, observe les tableaux et les livres dans la bibliothèque. Il lui apporte sa tasse. Il a le cœur qui bat un peu vite et les mains un peu tremblantes. La porcelaine s'entrechoque. Attention, Sirius, tu vas te brûler ! Est-ce elle qui le dit ou lui qui le pense ?

Ils boivent une gorgée en silence. Lynn fait quelques remarques sur la maison. Il explique que son arrière-grand-père l'avait fait construire pour sa maîtresse, dont son grand-père serait le fils. Ce qui n'a pas arrangé les tensions familiales. Lynn veut bien le croire. « L'histoire de ma famille n'est pas simple. »

Lynn pose soucoupe et tasse sur la table basse. Ses mains tremblent un peu et la porcelaine s'entrechoque.

« Il y a quelque chose dont je dois te parler. Quelque chose que je dois te dire depuis longtemps, en fait. Quinze ans. »

Elle se lève, essuie ses mains sur son jean et se dirige vers la cheminée. Sortie de secours, songe Sirius.

Il lui demande ce qu'il y a. Elle lui parle de la nuit du mariage de James et de Lily. Elle bafouille et murmure. La gorge de Sirius se serre. Comme quand il avait seize ans. Comme quand il avait dix-neuf ans. Parce que c'est Lynn.

« Qu'essaies-tu de me dire ? »

Elle soupire. Elle regarde partout sauf dans sa direction. Elle tremble. Elle se tourne vers le feu, lui présente son dos, fuit son regard.

« Lynn ? »

Elle inspire. Et se retourne.

« Cette nuit, on a… »

Elle s'arrête, relève la tête et le regarde.

« Cette nuit, on a conçu un bébé. »

A cet instant, Sirius a une étrange idée : où est le coup de tonnerre dramatique ? A un moment pareil, dans un film, il y aurait eu un coup de tonnerre, une montée de la musique, un resserrement du cadre, un champ/contre-champ. Dans la réalité, il n'y a que le feu qui ronge le bois, la pendule qui tique et taque. Et les portraits dans leurs cadres qui se sont tus. L'ordinaire le plus anodin.

Et la vie de Sirius vient, brusquement, de…

« Un bébé ? »

Sirius repose sa tasse sur la table. Elle se renverse et le thé chaud se répand sur le bois.

« Qu'est-ce que tu… ? Le bébé, que lui est-il… ? » Il bégaye, balbutie, dérape sur les mots. Il reprend sa respiration. « Tu l'as gardé ? »

Il a le cœur qui bat terriblement fort, qui envoie trop rapidement le sang à ses organes, à son cerveau. Il a la tête qui tourne, les mains qui tremblent, qui s'engourdissent, qui… Lynn s'essuie nerveusement une nouvelle fois les mains sur son jean et hoche la tête : elle l'a gardé.

« Seamus ? »

Elle hoche une fois encore la tête.

« Ton fils ? Mon fils ? » Il réduit ses phrases au strict minimum de mots. Il bazarde la syntaxe : obsolète.

Lynn acquiesce.

Bordel, ne peut-elle pas parler ? Ne peut-elle pas dire les choses ? Pourquoi doit-il tout lui extraire de la bouche.

« Je suis son père ? » tente-t-il. Le père de Seamus ? Il faut qu'elle dise les mots. Il a besoin des mots.

Mouvement de tête.

« Lynn, putain ! Parle ! » explose-t-il. Il s'est levé d'un mouvement, c'est plus un réflexe qu'un acte volontaire : ses muscles sont tellement contractés, ses nerfs tellement tendus qu'ils ne supportent pas la station assise. « Dis-moi les choses ! Est-ce que je suis le père de ton fils ? »

Lynn a un mouvement de recul. Choc. Surprise. Frayeur. Sirius ne sait, tout ce qui compte est qu'elle énonce, qu'elle dise…

– Oui.

– Dis-moi tous les mots !

Fais des phrases. Ne laisse aucun non-dit, aucune place à l'imagination ! C'est un supplice. C'est une supplique.

– Tu es le père de Seamus, Sirius, » déclare Lynn en insistant sur tous les mots. Chaque mot.

– Je…

L'air lui manque. Ses jambes faiblissent.

« Sirius ? »

Il s'assied (se laisse tomber) sur le canapé. Ferme les yeux. Tente de contenir les tremblements, les larmes, les battements de cœur et le vertige. Les émotions. Trop en même temps. Beaucoup trop.

« Sirius ? »

Il est probablement en train de faire une petite crise de panique. Rien de grave. Juste une crise de panique. Est-ce qu'elle peut lui laisser quelques secondes et après ils en discutent vraiment ?

Elle veut bien ?

Lynn s'assied sur le bord d'un fauteuil, les jambes serrées, les mains posées sur les genoux.

Père ?

Sirius songe que son histoire familiale n'est pas prête de se simplifier.


FIN.


Note : Le cinquième pas a été fait, la fic est terminée. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à la lire que j'en ai eu à l'écrire. Il devrait normalement y avoir une suite : Near the tree. Un jour. J'espère. L'idée est de se focaliser sur Sirius et Seamus et l'évolution de leur relation. On y retrouverait également, bien évidemment, quelques personnages familiers : Harry, Remus, les Weasley, les profs et élèves de Poudlard. Mais aussi quelques rescapés des Portes, telles que Moira, Meredith ou Aurora. Il devrait y avoir un peu d'aventure, quelques secrets, des drames évidemment mais surtout de la comédie.

Il ne reste maintenant plus qu'à se mettre au travail.


(1) Bilius Churnapple est un grand dramaturge britannique du 16ème, particulièrement versé dans les tragédies (telles que Julius & Cleopatra, Wizard Real ou Richards ou la potion de démultiplication.