Chapitre I Le dernier départ

Tout était calme au 4, Privet Drive, en cette nuit du 15 juillet. Harry Potter, jeune sorcier de 16 ans, passait en revue une nouvelle fois tous ses bagages pour être sûr qu'ils seraient prêts quand son départ pour le Terrier serait enfin venu. Il avait vérifié qu'il n'avait pas oublié ses plumes, ses livres et quelques parchemins. Il remarqua un vieux livre qui traînait sous son lit et le jeta négligemment dans la valise. Il s'apprêtait à passer sa toute dernière semaine dans cette maison qu'il avait tant haïe, il allait enfin quitter son oncle, sa tante et son cousin pour de bon. Harry avait évidemment espéré au fond de lui ressentir de la tristesse en s'apprêtant à laisser derrière lui son foyer, cette maison dans laquelle il avait vécu pendant onze ans. Il aurait voulu partir en emportant avec lui quelques bons souvenirs. Mais il ne se rappelait que les humiliations qu'il avait subies, l'isolement permanent qu'il avait ressenti dans l'école moldu à cause de Dudley et de sa bande, les privations de toute sorte que son oncle et sa tante s'étaient amusés à maintenir pendant toute son enfance. Harry ne voyait aucun souvenir heureux dans cette maison.

Pour tout dire, il n'avait aucune pensée positive depuis qu'il était arrivé chez les Dursley en début d'été. Ce n'était pas tant dû au fait de devoir vivre trois longues et pénibles semaines chez eux qui l'embarrassaient, ni le fait qu'il était loin de Ron, d'Hermione, de Ginny et du monde de la magie en général. En fait, même la mort de Dumbledore n'était pas la cause principale du malaise qui l'habitait. Non, ce n'était pas cela. En fait, Harry ne savait plus très bien où il en était. Il avait l'impression d'être abandonné, sans aucune aide sur laquelle il puisse compter. Il se retrouvait face à un problème qu'aucun sorcier n'avait jamais eu à résoudre, à un problème auquel même Dumbledore avait échoué en cours de route. Détruire les Horcruxes. Trouver et détruire les Horcruxes de Voldemort. Et cela sans aucune aide, mise à part celle de ses amis. Harry aurait tout donné pour bénéficier du soutien de celui qu'il considérait auparavant comme étant invincible. Mais ce n'était plus possible, sauf si Dumbledore pouvait communiquer avec lui outre-tombe. Harry avait eu beau observé le problème sous tous les angles, il se sentait complètement perdu, incapable de voir comment il devait agir.

En fait, une seule chose était claire dans l'esprit de Harry. Rogue. Ce nom hantait constamment ses pensées. Le soir, pendant ces longues heures où il ne parvenait pas à trouver le sommeil, il revoyait nettement Rogue lancer l'Avada Kedavra qui avait tué Dumbledore tandis qu'il était immobilisé sous la cape d'invisibilité, totalement impuissant. Il le revoyait fuir lâchement de Poudlard dans l'impatience d'annoncer la bonne nouvelle à son Maître. Harry éprouvait pour Rogue une telle haine qu'il n'aurait eu aucun mal à lancer un sortilège de la mort. Ce même sortilège qui avait tué Dumbledore… ou ses parents, trahis par Rogue. Ce traître qui lui avait ôté les personnes qui lui étaient les plus chères au monde. Oui, Harry était certain d'une seule chose. Qu'avant d'avoir atteint la fin du chemin, et cela peu importe la manière dont il l'atteignait, il croiserait Rogue. Il le croiserait, et il lui ferait payer pour ses crimes.

- A table, beugla l'oncle Vernon d'en bas de l'escalier.

Harry fut soudain tiré hors de ses pensées, et maugréa quelque chose qui ressemblait vaguement à un oui. Il se leva péniblement de son lit, chercha ses chaussures à tâtons dans l'obscurité de sa chambre et descendit les escaliers. Il arriva dans la salle à manger qui était si étincelante comme à son habitude. Il s'assit à table, ruminant ses pensées sur Rogue, tandis que les trois Dursley l'ignoraient superbement, comme ils l'avaient faits depuis presque 17 ans.

Les jours s'écoulèrent lentement, rapprochant Harry du moment qu'il tant avait espéré depuis ses plus jeunes années. Le temps avait l'impression d'avoir perdu toute consistance. Il semblait parfois filer à toute vitesse, pour traîner ensuite avec une lenteur exaspérante. Harry essayait le plus possible de ne pas rester à la maison. Il ne supportait plus la présence de son oncle ou de sa tante. Quant à Dursley, son équilibre mental semblait s'être détérioré depuis sa rencontre avec le Détraqueur. Il était plus stupide et violent que jamais, terrorisant sans cesse les plus jeunes. Harry sortait donc le plus souvent dans un grand parc, assez proche de la maison, qu'il appréciait afin de profiter le plus possible du soleil d'été. Les quelques nouvelles qu'il avait réussi à avoir par l'information moldue n'étaient pas bonnes. Une vague de meurtres semblait frapper le pays, des meurtres qui étaient pour la plupart du temps inexpliqués. La police était en état d'alerte et le gouvernement soupçonnait une implication terroriste. Harry soupira, impuissant face aux évènements en cours. Il aurait tant aimé faire quelque chose. Il aurait tant aimé se battre contre des Mangemorts. Essayer d'améliorer la situation. Mais ce n'était pas son rôle. Son rôle était tout autre.

Les informations des sorciers, en revanche expliquaient très bien ce qui se passait. Les attaques de géants, de Détraqueurs et de Mangemorts étaient permanentes et frappaient aussi bien les sorciers que les Moldus. Selon la Gazette du Sorcier que Harry recevait tout les jours afin de se tenir informé, le Ministère était très actif et préparait une vaste opération contre Voldemort. Officiellement évidemment. Dans les faits, Harry ne savait pas très bien si l'action du Ministère était efficace. Evidemment, le Ministre Rufus Scrimgeour était l'homme de la situation dans ces temps de crise. Il savait comment gérer des problèmes. Son expérience de directeur du Bureau des Aurors l'aidait grandement. Même si Harry n'avait pas aimé certaines de ces méthodes, il devait admettre que Scrimgeour ne baisserait jamais les bras et qu'il continuerait la lutte quelque soit la fin.

Il avait d'ailleurs reçu une lettre du Ministre il y a quelques jours qui souhaitait encore une fois que Harry soutienne l'action du Ministère. Scrimgeour espérait probablement qu'il ait réfléchi, qu'il se soit calmé après le choc de la mort de Dumbledore. En effet, Harry s'était calmé et il avait réfléchi à sa proposition. Celle-ci n'était somme toute pas trop exigeante. Il lui suffisait d'accepter que son portrait soit placardé partout accompagné des mots :

« OUI, JE SUIS PERSUADE QUE LE MINISTERE VAINCRA » ANNONCE CELUI QUI A CONFIRME ETRE L'ELU.

Harry se tenait assis face à son bureau, une plume dans la main suspendue au-dessus d'un parchemin vierge. Il hésitait sur la conduite à tenir. Qu'allait-il répondre au Ministre ? Après tout, Scrimgeour n'était pour rien dans ce qui lui était arrivé avec Ombrage. Que pouvait-il faire en tant que Directeur du Bureau des Aurors face à un Cornelius Fudge borné et incapable de voir la vérité et une Grande Inquisitrice despotique? Il était temps pour Harry de tourner la page, d'éliminer certaines rancoeurs qu'il avait pu avoir. Les évènements récents, et ceux à venir, avaient eu le mérite de mettre en perspective de nombreux éléments. Dumbledore n'aurait sûrement pas apprécié. Il aurait même désapprouvé. Mais peu importe ce qu'il aurait dit, Harry prit sa décision et commença à écrire le plus soigneusement possible.

« Monsieur le Ministre de la Magie,

J'ai longuement réfléchi à votre proposition et j'accepte finalement ce que vous attendiez de moi. J'espère pouvoir lutter plus efficacement contre Voldemort et je serais heureux de vous aider.

Cordialement,

Harry Potter »

Cette lettre était courte mais ça n'avait pas d'importance. Scrimgeour n'était pas le genre d'homme à utiliser de grandes phrases. Il n'allait pas utiliser trois mots s'il n'en avait besoin que de deux. C'était direct et il allait aimer ça. Harry relut sa lettre puis la plia et se leva de sa chaise. Il ouvrit la porte de la cage de sa chouette et donna le parchemin à Hedwige qui sembla heureuse de se dégourdir un peu les ailes. Elle poussa un faible hululement puis se mit sur le bras de Harry.

- Sois prudente, lui dit-il. Et reviens vite.

Il ouvrit la fenêtre, et la chouette blanche comme neige s'envola en direction du Ministère de la Magie.

Dès le lendemain matin, il pu constater que le Ministre avait effectivement reçu sa lettre. Il profitait de la matinée en restant confortablement couché sur son lit lorsque la sonnette d'entrée retentit et à entendre les cris de l'oncle Vernon, Harry s'attendit au pire. Il était assez tôt. Lorsqu'il descendit les escaliers à toute vitesse en se demandant si Mr Weasley était finalement venu plus tôt que prévu en faisant exploser la cheminée une nouvelle fois, il aperçut un sac en peau de crocodile et n'eut aucun mal à imaginer ce qu'il y avait à l'autre bout.

- Harry, je suis heureuse de te revoir, s'exclama Rita Skeeter en écartant l'oncle Vernon d'un geste brusque. Cela faisait si longtemps.

- Pourrais-je savoir …, commença l'oncle Vernon.

- Cette maison n'est pas superbe, mais j'imagine que tu t'y plais, continua-t-elle.

- Comment cette femme ose-t-elle débarquer de la sorte ? s'offusqua l'oncle Vernon, son visage commençant à tourner au rouge. C'est encore quelqu'un comme toi ? rugit-il en s'approchant de Harry comme s'il était responsable de ce qui se passait.

- C'est une journaliste, répondit-il calmement. Et de la pire espèce.

- Harry, voyons, s'amusa Rita. Tout ne s'est pas toujours passé parfaitement entre nous mais te souviens-tu de cette interview que tu m'as donnée sur le retour de Tu-Sais-Qui ? C'était l'une des plus belles de ma carrière.

- Madame, je ne sais pas qui vous êtes mais je vous prie de sortir de chez moi, hurla Vernon qui passait du rouge au violet.

- Ce gros moldu a un problème ? chuchota-t-elle à Harry, suffisamment fort pour que tout le monde puisse l'entendre.

Pétunia et Dudley étaient entrés à leur tour dans le hall d'entrée afin de voir ce qui se passait. Dudley, quand il comprit difficilement qu'il y avait un autre sorcier sous son toit, poussa un cri apeuré et s'enfuit dans la cuisine dévorer quelque chose pour le remettre de ses émotions. Pétunia, elle, n'avait pas bougé d'un millimètre mais elle fixait Rita comme si un dragon était apparu dans la maison. Elle souhaita que personne n'ait aperçu cette femme rentrer dans leur maison.

- Harry, je pense que tu sais pourquoi je suis là ? demanda-t-elle.

- Me gâcher la matinée ? répondit-il.

- Je suis ravi que tu ais changé d'avis car je vais enfin pouvoir refaire une interview avec toi, continua-t-elle sans avoir entendu la réponse. Imagine ma joie lorsque le Ministre m'a contacté en plein milieu de la nuit afin de préparer une interview avec Harry Potter. Préparer une interview ! Tu imagines ? Rita Skeeter n'a pas besoin de préparer ses interviews, elle sait improviser face à n'importe quelle situation, comme la fois où j'ai rencontré ce vampire et alors qu'il …

- Euh, nous devrions monter, coupa Harry qui craignait une explosion imminente de l'oncle Vernon.

Celui-ci jugea pourtant préférable de la laisser monter afin de ne plus supporter la vision de son horrible sac en crocodile. Il secoua la tête puis retourna au salon en maugréant sur le manque de respect « qui caractérisait ces gens-là ». Harry et Rita entrèrent dans la chambre qui faisait passer la Salle sur Demande où Harry avait caché son livre de potion pour un lieu propre et bien rangé. Rita n'y accorda pas d'importance et elle s'assit immédiatement sur le lit en invitant Harry à s'asseoir auprès d'elle. Il préféra néanmoins prendre une chaise afin de rester à bonne distance. Rita ouvrit son sac et sortit sa Plume à Papotte. Harry l'arrêta immédiatement, exigeant qu'elle utilise une vraie plume.

- Mais je n'en ai pas Harry.

- Je vais vous prêter la mienne, répondit-il en se levant en direction de son bureau pour aller ramasser une vielle plume qui devait dater de sa deuxième année.

- Harry, je veux tout savoir, commença-t-elle en prenant la plume de Harry de mauvaise grâce. Le public doit savoir. Il en a le droit. Voyons, que s'est-il passé le soir de la mort de Dumbledore ?

- Je croyais que vous étiez ici pour parler de mon soutien au Ministère !

- Bien sûr Harry, mais tout est lié, vois-tu ?

- Je ne crois pas, désolé, répondit-il cyniquement. Bon, quelle est votre première question censée ?

Rita préféra ne pas relever la remarque pour ne pas ouvrir les hostilités trop tôt. Elle fit mine de ne pas avoir entendu.

- Quelle mission t'a confié Dumbledore dans ses derniers …

- Ecoutez, s'impatienta Harry en se levant, si vous continuez à …

- Très bien Harry, je comprends que tu ne veuilles pas en parler. Nous en resterons là, lui dit-elle en forçant Harry à se rasseoir.

Elle attendit que ce soit fait puis commença.

- Admires-tu Rufus Scrimgeour ?

- Je soutiens ce qu'il fait contre Voldemort, répondit Harry décidé à jouer son rôle.

Rita frémit en entendant ce nom, mais commença à écrire. Harry pu lire ce qu'elle griffonnait rapidement: « Le Ministre de la Magie, que j'apprécie particulièrement, m'a toujours soutenu dans les moments les plus difficiles, en particulier après la mort de Dumbledore … »

- Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Vous n'allez pas recommencer ? s'écria-t-il.

- Harry, tu es aussi loquace qu'un Botruc croisé avec un Nifleur. Il faut bien que je développe ce que tu dis. Les gens ne se contenteront pas de tes réponses.

- Très bien, dit Harry qui commençait à désespérer. Dans ce cas, reprenez votre plume.

Rita jeta négligemment la plume de Harry par terre et reprit la sienne.

- Penses-tu que nous avons une chance de gagner cette guerre ?

- Je crois, oui, répondit Harry en voyant la plume de Rita écrire des lignes entières de ses paroles imaginaires.

- Est-ce que les nouveaux Cours Pratiques de Combat à Poudlard qui sont inaugurés cette année constitue une bonne initiative ?

- Les Cours Pratiques de quoi ? s'exclama Harry qui pensait avoir mal entendu ce qu'elle avait dit.

- Je vois que tu n'es pas au courant ! s'étonna Rita qui savait parfaitement qu'Harry ne pouvait pas le savoir. C'est vrai que cette information est restée confidentielle. Les Cours Pratiques de Combat. Il s'agit d'un cours uniquement destiné à l'utilisation pratique de la magie de défense et d'attaque.

Harry trouvait que ces Cours Pratiques de Combat ressemblait furieusement à une AD officielle. Néanmoins, il se félicita de cette initiative.

- Je pense que c'est une bonne idée d'apprendre à tous les élèves comment se défendre, dit-il. Surtout actuellement.

L'interview se poursuivit pendant une bonne heure lorsque Rita sortit enfin de la chambre en y laissant un Harry épuisé par des questions interminables et plus tordues les unes que les autres. Il espéra qu'il n'aurait jamais à la recroiser, ou tout du moins, sans avoir à donner d'interview. Pour le plus grand plaisir des Dursley, elle quitta la maison lorsque la rue était déserte. Harry se coucha en se demandant jusqu'à quelle ampleur ses propos avaient été déformés.

Le lendemain, Harry se vit faire la une de la Gazette du Sorcier, avec un article de six pages consacré à des propos qu'il n'avait jamais évoqués. Un immense portrait de lui-même couvrait la première page. Sa cicatrice était parfaitement visible. Il feuilleta le journal et constata qu'il n'avait pas prononcé la moitié de ce qu'on lui attribuait. Il jeta la Gazette par terre pour la lire un autre moment. L'après-midi même, il reçut une lettre du Ministre par l'intermédiaire d'Hedwige.

« Cher Harry,

Je te remercie pour l'interview que tu as donnée et du soutien que tu témoignes à présent publiquement pour notre action. Je ne l'oublierai pas.

Cordialement,

Rufus Scrimgeour

Ministre de la Magie »

Harry doutait que cela leur fasse gagner la guerre mais il avait au moins fait quelque chose, aussi faible soit-elle. A présent, il fallait attendre pour voir ce que ça allait donner. Il reprit la Gazette qui était étalée par terre depuis le matin afin de voir s'il y avait d'autres nouvelles dignes d'intérêt. Il la feuilleta rapidement. Apparemment, sa décision de soutenir le Ministère se répercutait dans tous les articles. Il s'arrêta un instant sur un passage qui parlait de Poudlard.

« MINERVA MAC GONAGALL CONFIRME AU POSTE DE DIRECTRICE DE POUDLARD

C'est en début de matinée, nous rapporte notre envoyé spécial qui se trouve au cœur du Ministère de la Magie, qu'a été attribué définitivement le poste tant convoité de Directrice de l'Ecole de Sorcellerie de Poudlard à Minerva Mac Gonagall, qui n'assurait jusqu'à présent qu'une fonction temporaire en attendant qu'un Directeur officiel soit nommé après la mort d'Albus Dumbledore. Sa nomination par le Conseil d'administration a été votée à une écrasante majorité.

Mais qui est donc Minerva Mac Gonagall, cette femme qui s'apprête à prendre les rennes de l'une des plus grandes écoles de magie ? Elle fit ses études à Poudlard et fut particulièrement remarquée pour tout ce qui concernait la métamorphose. Elle est d'ailleurs un des rares Animagus actuellement déclarés et a la capacité de se transformer en chat. Cette femme très exigeante envers ses élèves a occupé le poste de directrice adjointe de Poudlard depuis de très nombreuses années ce qui la désignait naturellement pour le poste de directrice de la prestigieuse école de sorcellerie. Elle y enseigne la métamorphose depuis trente neuf ans et a toujours obtenu d'excellents résultats avec ses élèves.

Elle a assuré qu'elle continuerait à exercer son rôle de professeur à la différence du regretté Albus Dumbledore qui avait cessé toute forme d'enseignement lors de sa nomination au poste de Directeur. La difficulté de trouver des enseignants actuellement a sûrement joué un rôle. Nous avions tous craint le pire lorsqu'elle fut l'objet il y a deux ans d'un regrettable incident qui ne fut jamais élucidé malgré les enquêtes approfondies qui furent menées. Elle reçut quatre rayons de Stupéfixion de la part de certains membres du Ministère dans d'étranges circonstances, et qui la conduisirent à Sainte-Mangouste, d'où elle reçut en bonne santé et prête à reprendre son rôle.

Ne doutons pas qu'elle sera tout à fait apte à diriger cette école en ces temps incertains et qu'elle fera tout son possible pour assurer aux élèves le maximum de sécurité. Elle aura la lourde tâche de recruter de nouveaux professeurs compétents, en particulier en ce qui concerne la Défense contre les Forces du Mal, et à sécuriser l'école.

Le Ministre de la Magie en personne a apporté de façon importante tout son soutien à Mme Mac Gonagall et s'est félicité de sa nomination dès qu'elle fut annoncée de manière officielle. Le jeune Gryffondor Harry Potter est lui aussi enchanté que sa directrice de maison soit le nouveau Directeur et a remercié chaleureusement tout le Ministère d'avoir soutenu massivement son professeur de Métamorphose.

Nous n'avons malheureusement pas pu connaître la réaction de la principale intéressée car elle se trouve actuellement à Poudlard afin de superviser sa protection.

Pour une biographie plus complète sur Minerva Mac Gonagall, rendez-vous en page douze»

Harry fut soulagé en lisant cet article. Poudlard restait ouvert, ce qui était une très bonne chose, et Mac Gonagall en serait la directrice. Il ne pouvait pas voir de meilleur choix. Après tout, elle allait sûrement aussi prendre la tête de l'Ordre du Phénix. Harry continua de feuilleter le journal et tomba sur un titre qui retint son attention.

« ROGUE COURT TOUJOURS

L'ancien Maître des Potions, qui occupa l'année dernière le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal, est toujours introuvable. Cet ancien Mangemort, comme cela a été confirmé par plusieurs Aurors, est désormais l'une des personnes les plus activement recherchée par le Ministère. Avec Lucius Malfoy et Bellatrix Lestrange, ils forment les plus dangereux éléments de l'armée de Vous-Savez-Qui. De moyens considérables sont mis en œuvre pour les neutraliser.

Sa fuite de l'école de sorcellerie date de la tragique attaque du mois dernier, durant laquelle plusieurs Mangemorts se sont mystérieusement infiltrés dans l'école en vue d'assassiner probablement le Directeur. Les évènements qui sont survenus cette nuit-là ont été longuement débattus dans ces mêmes pages sans parvenir à une réponse satisfaisante. De flagrantes failles dans la sécurité qui auraient dû expliquer l'intrusion de Mangemorts n'ont pas été trouvées. Tout laisse donc à croire qu'ils ont bien dû bénéficier d'une complicité interne à l'école. Ainsi, il ne fait aucun doute que Rogue y a joué un rôle capital, tout comme le jeune Harry Potter qui se trouvait vraisemblablement en haut de la tour où Dumbledore fut assassiné, mais qui a refusé de nous en dire plus. L'ensemble de la communauté magique a été profondément étonné, se demandant comment Dumbledore avait pu être trompé de cette façon, lui qui était connu pour être un puissant legilimens.

Evidemment, nous n'insisterons pas sur le fait que Severus Rogue est extrêmement dangereux et que vous devez à tout prix alerter des membres du Ministère si jamais vous l'apercevez. Ayant enseigné à Poudlard depuis de nombreuses années et ayant réussi à tromper la vigilance d'Albus Dumbledore, il est à craindre qu'il soit au courant des nombreux sortilèges qui assurent la sécurité de l'école. Ce fut d'ailleurs l'un des principaux arguments pour ceux qui souhaitaient fermer Poudlard. Néanmoins, un travail exceptionnel est actuellement accompli par le Ministère. Il entreprend pendant ces deux mois de vacances de modifier totalement la sécurité de l'école afin de parer à une éventuelle attaque en cours d'année. Harry Potter a d'ailleurs félicité le Ministère d'une telle initiative. D'autres changements auront lieu pour la rentrée prochaine, mais ceux-ci sont encore confidentiels et constitueront une surprise pour les élèves. »

Harry ne s'attendait évidemment pas à voir Rogue derrière les barreaux aussi rapidement. Il était bien trop malin et bien trop puissant pour se faire attraper aussi facilement. Après avoir passé autant de temps auprès de Dumbledore et avoir réussi à tromper sa vigilance, après avoir eu un rôle si important au sein de l'Ordre du Phénix sans que personne ne s'aperçoive de son double jeu, Rogue allait être extrêmement difficile à attraper. Il devait sûrement être en sécurité auprès de son maître afin de profiter de ses enseignements.

Harry sursauta lorsqu'il entendit un bruit sourd provenir de la fenêtre. Instinctivement, il sortit sa baguette qu'il gardait en permanence auprès de lui, et s'approcha avec précaution de la vitre. Il ne vit rien. Il entreprit d'ouvrir la fenêtre et regarda par terre, où il aperçut dans l'obscurité le minuscule hibou de Ron qui s'était précipité contre la vitre dans son trop grand enthousiasme. Il reprit faiblement son envol et vint se poser doucement près de la cage d'Hedwige. Harry donna un peu d'eau et à manger à Coqcigrue, puis ouvrit la lettre qui était évidemment de Ron.

« Cher Harry,

J'espère que tes vacances se passent bien et que tu ne souffres pas trop auprès des Dursley. Je t'aurais bien emmené quelques provisions mais seul Coqcigrue était disponible. Je crois qu'il devient aveugle. Il se cogne sans cesse contre les murs ou les fenêtres. Je ne sais pas ce que je vais en faire.

J'ai vu que tu as décidé de soutenir le Ministère. Je ne pense pas que ce soit très utile mais tu fais comme tu veux. Après tout ce qu'il t'a fait subir, je n'aurais pas accepté. Je pense que tu as appris la nomination de Mac Gonagall. D'ailleurs, je suis au courant d'une des mesures confidentielles du Ministère à propos de Poudlard mais je te le dirai quand tu arriveras. Papa viendra te chercher après-demain normalement. J'espère que tout se passera bien.

A bientôt,

Ron »

Harry n'était pas étonné de la réaction de Ron. Celui-ci n'avait pas aimé l'attitude du Ministère et ne leur pardonnait encore pas. Surtout les retenues avec Ombrage qu'il n'avait jamais digérées. Après avoir relu une nouvelle fois sa lettre, il ouvrit la fenêtre pour que Coqcigrue puisse d'envoler puis se coucha sur son lit, en attendant avec impatience le surlendemain.

Harry fut frappé de léthargie jusqu'à sa dernière journée au 4, Privet Drive. Le manque de nourriture jouait peut-être un rôle, mais ce n'était évidemment pas le seul. Il restait étendu sur le lit, se levant uniquement pour manger ou s'occuper d'Hedwige qui commençait à se vexer d'être ainsi abandonné. Les Dursley étaient pires que jamais, critiquant à haute voix ses parents et ses « semblables ». Ils semblaient regretter le départ prochain de Harry et tentaient de profiter de sa présence jusqu'à la fin en ayant pour objectif de lui faire perdre ses moyens. Ils s'en donnaient à cœur joie et ne laissaient passer aucune occasion. Mais Harry n'allait pas se risquer à faire de la magie avant ses dix-sept ans et laissa passer les attaques sans y prêter attention, comme il l'avait si souvent fait. Malgré sa récente collaboration avec le Ministre qui lui aurait sûrement évité d'avoir des ennuis et une audience disciplinaire, il préféra éviter de faire le test.

Néanmoins, étant donné qu'il était arrivé au bout de sa longue et douloureuse cohabitation avec les Dursley, il décida qu'il n'y avait plus vraiment de risques de se disputer à nouveau avec eux. Il entreprit donc de poser une ultime question qui lui était revenu en mémoire récemment. Une question à la tante Petunia à propos d'une lettre, une Beuglante qu'il avait entendue le soir de l'attaque des Détraqueurs il y a deux ans et qui l'avait très étonné. Car la voix qu'il avait entendue semblait appartenir à Dumbledore.

- Tu te rappelles de la Beuglante que tu as reçue il y a deux ans, demanda-t-il soudainement à sa tante assise dans le salon en train de lire et qui faisait semblant de ne pas le voir. Elle venait de qui ?

- En quoi cela te regarde ? répondit-elle d'une voix sèche sans lever les yeux de son livre.

- Je crois qu'il s'agit de Dumbledore. J'aimerais savoir ce qu'il te disait.

- Ce qu'il me disait ! ironisa-t-elle. « Souviens-toi de ma dernière, Petunia » Ce vieil imbécile était incapable de faire des phrases compréhensibles.

- Etait ? Donc vous lui aviez déjà parlé ?

Petunia sembla regretter ce qu'elle avait dit. Mais elle se ravisa rapidement. Après tout, elle allait bientôt être débarrassé de Harry pour toujours. Et Dumbledore était mort. Pourquoi devait-elle d'inquiéter du moment qu'elle ne disait pas tout. Elle ferma violemment son livre.

- Oui, nous avions déjà parlé.

- De quoi ? demanda rapidement Harry.

- Laisse ta tante tranquille ! hurla l'oncle Vernon qui venait d'apparaître dans le salon. Ce qu'elle avait dit avec ce malade ne te concerne pas !

- Ne vous avisez jamais plus de l'insulter ! cria Harry. Il est bien plus grand que vous ne le serez jamais !

- Comment oses-tu ? aboya Vernon en se rapprochant de Harry.

- Laisse Vernon, dit calmement Petunia. Après tout, il a le droit de savoir.

Harry était étonné de ce changement de comportement mais ne répondit rien, attendant que la tante Petunia parle.

- Tu veux savoir de quoi nous avons parlé avec Dumbledore ? dit-elle en fixant Harry dans les yeux. Tu veux savoir ce qu'il nous a fait à nous deux ?

- Nous deux ? s'étonna Harry.

- Moi et Petunia, dit l'oncle Vernon. Il y a presque seize ans.

- Il est venu dans cette maison, un soir d'hiver, poursuivit Petunia. Sans nous prévenir. Nous ne l'avions jamais rencontré. Il ne nous a pas dit grand-chose, mais ce qu'il a dit était suffisant.

- Il n'était pas seul, continua Vernon. Tes parents étaient avec lui.

- Quoi ?

- Ils n'ont presque rien dit. Dumbledore nous a demandé à tour de rôle de serrer la main de ton père et de ta mère. Ils nous ont alors demandé de ne jamais parler de quelque chose. Puis il a sorti sa baguette et des flammes en sont sorties, enlaçant nos poings.

- C'est impossible ! cria Harry. Vous vous trompez.

- Je sais ce que j'ai vu, cria Vernon. Et aussi ce que j'ai entendu …

- Il nous a dit de ne jamais répéter quelque chose, ou le sortilège qu'il avait utilisé nous tuerait tous les deux, sanglota Petunia.

- Dumbledore ne vous aurait jamais fait faire un Serment Inviolable ! Il ne vous aurait jamais menacé.

- C'est pourtant ce qu'il a fait, poursuivit Petunia faiblement. C'est ce qu'il a fait.

Harry n'en croyait pas ses oreilles. Dumbledore utiliser un Serment Inviolable ! Il n'aurait jamais fait ça. Et pourquoi avec les Dursley ?

- Qu'est ce qu'il vous a interdit de dire ? demanda Harry qui réalisa la stupidité de sa question après l'avoir posé.

Petunia le regarda froidement.

- C'était quelque chose te concernant. Toi et quelqu'un d'autre, répondit-elle.

- Me concernant …, répéta Harry.

Qu'est-ce que Dumbledore avait interdit aux Dursley de dire à Harry ? Quelque chose qui avait sûrement un lien avec ses parents. Et avec les Durlsey. Mais ils n'avaient jamais eu le moindre contact avec le monde de la magie. Il n'arrivait toujours pas à réaliser que Dumbledore ait pu utiliser un Serment Inviolable. Il lui aurait caché quelque chose ? Dumbledore aurait dit toute la vérité à Harry en voyant qu'il était mourant. Qu'avait-il voulu lui cacher ?

- J'aimerais que tu nous laisses seuls à présent, dit calmement Petunia.

Harry ne répondit rien et retourna dans sa chambre, incapable de croire à ce qu'il venait d'entendre.

Il regarda sa montre. Plus que quelques heures. Plus que quelques heures et il rejoindrait le Terrier avec la poudre de cheminette. Il était convenu que Mr Weasley vienne seul en fin d'après-midi pour l'accompagner, afin que cela soit le plus discret possible. Un bataillon d'Aurors aurait certes éveillé l'attention, mais Harry aurait préféré éviter d'utiliser la poudre de cheminette. Il s'y sentait trop vulnérable. Il craignait que Voldemort ne soit au courant du raccord de la maison des Dursley au réseau de cheminette. Il aurait nettement préféré transplaner. Mais Mr Weasley n'était pas aussi inconscient et il n'aurait jamais risqué la vie de Harry. Mme Weasley aurait tué son mari pour moins que cela. Harry n'avait désormais pas d'autre choix que d'attendre, couché sur son lit comme à son habitude, repensant à ce qu'on lui avait dit dans le salon.

Il égrenait les minutes, se tournant et se retournant sur son lit, poussant des soupirs à fendre l'âme. Et à 18h30, Mr Weasley, vêtu d'une cape de voyage, apparut joyeusement au milieu du salon des Dursley de manière tout à fait naturelle. Lorsqu'il l'entendit, Harry descendit rapidement ses affaires dans l'espoir de partir immédiatement. L'avantage des adieux entre Harry et les Dursley, c'est qu'il fut bref, au grand étonnement de Mr Weasley. Harry ressentait à présent de la pitié pour eux, se demandant si le traitement qu'il avait subi pendant son enfance était dû à ce mystérieux Serment Inviolable fait six mois avant sa naissance. Il préféra ne pas leur en reparler, et de toute façon, que pouvaient-ils dire ? Il était mal à l'aise lorsqu'il s'apprêta à partir.

- Bon, ben… Adieu, dit Harry.

- Ouais, apparemment, grogna l'oncle Vernon.

Et avant que Mr Weasley ait eu le temps de s'offusquer d'un tel manque de savoir-vivre face à un moment si émouvant, il avait d'ailleurs sorti son mouchoir, Harry avait déjà attrapé ses affaires, sa cage avec Hedwige à l'intérieur, et avait pénétré dans la cheminée en direction du Terrier.