Une semaine plus tard, il rentra chez lui. Elle ne le revit plus pendant de longs mois, déléguant ses soins à Wilson qui la tenait régulièrement informé de son état. De temps en temps, Stacy arrivait à son bureau, souvent en pleurs, en déclarant qu'elle n'y arrivait plus, qu'il lui faisait trop de mal. Elle faisait de son mieux pour réconforter la jeune femme et la convaincre qu'il avait besoin d'elle. Elle continuer à prendre soin de lui de loin. Finalement, ses efforts finirent par échouer et Stacy le quitta.

Elle hésita à aller le voir ce soir là, mais repoussa cette idée. Il venait de perdre la femme qu'il aimait, inutile de lui rappeler qu'il l'avait perdu, elle aussi.

A partir de là, Wilson vint la voir de plus en plus souvent, toujours plus inquiet de l'état de son ami. Il buvait trop, prenait trop d'antidouleurs, n'essayait pas de s'en remettre, ne s'acceptait pas, paraissait-il. Wilson croyait bien faire en lui racontant tout ça, mais chaque fois qu'il quittait son bureau, elle se sentait encore plus mal que la veille.

Elle pleura beaucoup. Vomis aussi, dans l'espoir de faire sortir un peu de cette peine et de cette culpabilité qui lui étreignaient l'estomac. Rien n'y fit, elle ne pouvait l'oublier. Elle ne pouvait oublier ce qu'elle avait fait.

Certains soirs, elle en venait amèrement à penser qu'elle avait finalement eu sa vengeance. Elle se haïssait particulièrement ces soirs là, se demandant à quel moment du parcours elle avait perdu son cœur.

Un matin, plusieurs mois plus tard, un infirmière l'informa que House était réapparu à son bureau. Elle n'alla pas le voir, n'étant pas sûre de sa réaction en le voyant, n'étant pas sûre de ce qu'elle allait voir. Elle lui envoya un cas pour l'occuper, sachant qu'il voudrait noyer le chagrin dans le travail. Le soir même, le cas était résolu. Elle lui envoya un cas tous les jours par l'intermédiaire d'un subalterne et fut surprise de son efficacité.

Un soir, il se pointa à son bureau, ouvrant magistralement les portes d'un coup de canne et s'avança vers elle, visiblement en colère. Elle se tassa involontairement dans son siège, heureuse qu'il y ait un bureau entre eux.

« Vous vous foutez de moi, c'est ça ?! »

Elle ne répondit pas, ne sachant pas vraiment de quoi il parlait. Elle laissa glisser son regard sur lui. Il avait perdu beaucoup trop de poids, ses vêtements n'étaient pas repassés, ses cheveux pas lavé, et son visage blafard n'était pas rasé depuis au moins une semaine. Elle se rassura en se disant qu'il était en vie. Ces derniers temps, c'était devenu un mantra pour elle.

« Vous m'avez enlevé un muscle pas mon cerveau ! », cria-t-il, la faisant sursauter.

La rancune était toujours présente et elle aurait définitivement du mal à se faire au vouvoiement. Mais elle les acceptait. Elle fut ressortie de ses pensées par un bout de bois qui se déposait violemment sur son bureau. Ses yeux longèrent le long de la canne pour remonter jusqu'au regard foudroyant de l'homme. Elle sentait la culpabilité se peindre sur son visage et elle se mordit la lèvre. Il secoua la tête devant son manque de réaction.

« Arrêtez de m'envoyer des cas stupides ! », déclara-t-il finalement avant de faire volte-face jusqu'à atteindre la porte.

Elle se sentit soudain paniquer. Il fallait qu'elle se reprenne, se dit-elle, il fallait qu'elle cesse d'être intimider par sa douleur.

« Si vous êtes capable de résoudre des cas compliqués, alors vous devez être capable de reprendre votre travail à la clinique », le défia-t-elle sans vraiment s'en rendre compte.

Il se figea, la main sur le poignet et elle serra les dents, ne sachant à quoi s'attendre. Il se retourna finalement vers elle et elle vit une lueur plein de défiance, de curiosité et d'une certain incertitude dans ses yeux bleus. Elle comprit qu'il la testait.

« Je ne ferais pas de consultation », tenta-t-il en penchant la tête sur le côté.

« Alors les cas intéressants finiront sur d'autres bureaux », trancha-t-elle.

Ils se jaugèrent un long moment où les limites de leur nouvelle relation semblèrent se créer.

« Deux heures par semaine », conclut-il.

« Rien d'intéressant pour moins de six. »

Elle releva le menton, déterminée. Il plissa les yeux et fixa sa canne qui tapotait sur le plancher. Elle devina qu'il tentait de la faire culpabiliser en lui rappelant son handicap, mais elle comprit que s'en vouloir ne les mènerait à rien professionnellement.

« A prendre ou à laisser », insista-t-elle.

Il passa la langue à l'intérieur de sa joue.

« On verra ! », s'exclama-t-il finalement en pivotant sur lui même.

Il sortit sans un mot de plus et elle sourit tristement. Aussi facilement que ça, la dynamique de leur nouvelle relation était née.

Protestations, marchandages et menaces devinrent leur quotidien et même si elle regrettait leur complicité de naguère, elle apprit à se satisfaire de sa seule présence. Après tout, leur amitié était née dans le conflit, peut-être renaitrait-elle dans la bataille…

Fin de la partie 1.

A suivre : Anamnèse d'un amour entre deux imbéciles

Je me motive grâce aux feedbacks, alors si vous voulez la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire 