Chapitre 25

« Quelques potions pour soulager la douleur et une Pimentine, s'il vous plait, » demanda Severus en tentant de retenir une grimace de douleur, tandis qu'il rejetait sa couverture.

« Et pourquoi donc ? »

« Je dois aller voir le garçon, » répondit-il, sur le ton qu'il aurait employé avec un enfant très jeune et stupide.

« Vos blessures à la tête sont plus graves que je ne le pensais si vous vous imaginez que je vais vous laisser quitter cette pièce ; vous avez été touché par ce que je présume être un sort de cruciatus, sans compter les diverses autres blessures que vous semblez avoir gagnées. »

Vous devriez voir Quirell, ne put-il s'empêcher de penser avec un petit sourire. Ou du moins, ce qu'il en reste. Tout haut, il répondit : « Je suppose que c'est une bonne chose que je ne vous demande pas votre permission, dans ce cas. Je m'en irais de toute façon, que vous me donniez la potion ou pas. »

« Ne soyez pas ridicule, le directeur peut s'occuper d'Harry. Il l'a probablement déjà trouvé à l'heure qu'il est. »

Severus entreprit de sortir de lit. Lentement. Il tressaillit exagérément de douleur, espérant que cette vue pousserait Pomfrey à lui donner une potion contre la douleur. Sans succès. « Les efforts du directeur seront insuffisants, je peux vous l'assurer. Maintenant allez-vous m'aider, oui ou non ? »

« Certainement pas ! Vous n'êtes absolument pas en état de quitter l'infirmerie. Je ne comprends pas pourquoi vous êtes aussi incroyablement entêté, même selon vos critères. Harry ira bien, il s'en sort toujours. »

« Et 'bien' vous suffit ? Parce que je peux vous assurer que 'bien' n'est pas suffisant pour moi dès lors qu'il s'agit de mon enf… »

« Je suggère que vous vous arrêtiez là, Severus. »

Il devait admettre que jusqu'à cet instant, il avait totalement occulté présence de Minerva McGonagall dans la pièce. La seule réaction à laquelle il put penser face à cette interruption fut de lever un sourcil interrogateur.

Elle le prit pour ce qu'il était et répondit : « Il y a eu beaucoup de mots plutôt surprenant lancés ici aujourd'hui, à la fois par vous et par M. Potter, aussi bien que vous concernant, vous et M. Potter. Je comprends que votre relation ait évolué, et bien que la réaction d'Harry soit compréhensible, votre façon de faire référence à lui comme à votre enfant me pose problème. Il mérite mieux que cela ! »

Tandis qu'il enregistrait les mots, la rage monta en lui. En dépit de son habituelle faculté à masquer ses émotions, il fut incapable d'empêcher sa colère de s'afficher. Comment osait-elle ? Et pourtant, il aurait du s'y attendre : personne n'imaginerait qu'un ancien Mangemort était une figure parentale appropriée pour Harry Potter, le Précieux Sauveur du monde des sorciers.

« Je vous demande pardon ? » Le ton dangereux de sa réponse était impossible à ignorer.

« Répondez-moi, Severus ; avez-vous contracté quelque arrangement légal que ce soit pour adopter le garçon, ou même obtenir sa garde ? »

Ah. Il ne s'était pas attendu à cela.

« Je ne peux pas prétendre que ce soit le cas. Et je ne vois pas en quoi les questions légales devraient importer. »

« Elles n'importent pas pour vous, et je suis sure qu'un morceau de papier ne change rien aux responsabilités que vous vous sentez vis-à-vis du garçon. Et il est fort possible que les « question légales » n'importent pas pour Harry ; pour l'instant. Mais un jour il en viendra à questionner l'arrangement, quel qu'il soit, que vous avez tous les deux. Il se demandera pourquoi, si vous vous souciez réellement de lui, vous n'avez jamais fait l'effort de vous assurer qu'il reste confié à vos soins. »

Snape se surprit à la dévisager, effaré, dans une imitation tout sauf comique d'un élève de première année. Il… n'avait pas pensé à cela. L'idée de formaliser la situation entre lui-même et Harry ne lui était tout simplement pas venu à l'esprit ; il avait à peine eu le temps de s'ajuster à la somme remarquable de sentiments mièvres qui passaient entre lui et le garçon.

Pour être honnête, il devait admettre que l'utilisation que le garçon avait fait de ce mot particulier l'avait mis… mal à l'aise. Une effrayante quantité de réactions l'avaient traversées en entendant le mot 'papa', depuis l'habituel et donc automatique ricanement ( 'Grandissez, Potter, vous vous conduisez comme un bébé' ) à la panique et à une peur d'une intensité qu'il n'avait pas connu depuis l'époque où le Seigneur des Ténèbres avait décidé de s'en prendre à Lily ; et enfin un sentiment plus doux qu'il rechignait à examiner de plus prêt.

Repoussant cette nouvelle et exaspérante tendance à l'introspection, il réalisa que sa collègue attendait une réponse.

« J'entends bien ce que vous voulez dire, Minerva. »

Heureusement, cela sembla suffire à la satisfaire.

Il se dirigea vers la porte, décidé à accomplir sa tache, et ne s'interrompit que pour prendre les flacons de potions que lui tendit une Poppy à l'air irrité.

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Quand il trouva Dumbledore et Harry dans le bureau du vieil homme, il fut plutôt étonné de voir à quel point le garçon semblait calme. De toute évidence, ce n'était qu'une façade. De là où il se tenait, à l'abri des regards, Severus fut surpris de retrouver le masque familier en place sur le visage du jeune sorcier, celui qu'il avait vu pour la première fois à la fête de bienvenue en septembre. Il lui semblait que des années s'étaient écoulées depuis lors.

Il ne pouvait qu'imaginer ce que cela devait être pour un enfant. Un autre éclair de compréhension concernant son écart de langage à l'infirmerie le frappa.

« Je pense que tu ne fais pas assez confiance au professeur Snape, Harry. Je sais de source sûre qu'il ne s'effraie pas facilement. En particulier à cause d'un simple mot. »

« Je ne pense pas que ce soit un simple mot, professeur, » murmura Harry, baissant brièvement le regard vers ses mains.

Snape retint un reniflement amusé. Il était tout à fait d'accord avec le garçon sur ce point. S'il y avait bien un mot de la langue anglaise qui était pétri de complexité et d'émotion, c'était bien 'papa'. En particulier venant de la bouche d'un enfant terriblement maltraité qui n'avait absolument aucune raison d'attribuer ce nom à qui que ce soit, et encore moins à lui… C'était tout Albus de qualifier le mot de 'simple'.

Harry poursuivit, « J'ai été stupide et tellement bébé. Je m'entendais si bien avec lui et j'ai baissé ma garde. Ca n'arrivera plus. Je n'aurais jamais du laisser cela arriver pour commencer. De toute façon, c'est la fin de l'année scolaire et je vais m'en aller et tout cela… » il fit un vague geste de la main « prendra fin de toute façon. »

Severus apposa un masque de neutralité sur son visage et s'avança, faisant connaître sa présence.

« Eh bien, je suppose que si c'est ainsi que tu vois les choses, je n'ai plus de raison de te faire l'offre que je m'apprêtais à te proposer. » Il s'assura que son ton ne trahisse rien ; si Harry voulait prétendre que les choses étaient de retour à ce qu'elles étaient avant son attaque, alors ainsi soit-il. Jusqu'à ce que le garçon ne craque, évidemment, et il était certain que cela ne prendrait pas longtemps.

Comme il s'y était attendu, Potter le dévisagea avec un mélange de surprise, de confusion et bien sûr d'embarras avant de rapidement réussir à discipliner son expression.

« Pr… professeur, » bafouilla Harry en rougissant. « Vous allez bien ? » l'anxiété était évidente dans sa voix, même pour lui-même, et ses mains se serrèrent en deux poings.

« Je le serais bientôt. Ne t'en soucies pas. »

Harry ne pouvait parvenir à décider s'il avait cherché à le repousser ou à le réconforter et il fronça les sourcils. Il ne put, en revanche, museler complètement sa curiosité.

« Quelle offre, monsieur ? »

Severus faillit sourire. Il avait compté sur cette réaction. Il répondit, d'une voix faussement dégagée : « Je m'apprêtais à te demander si tu souhaitais venir passer l'été avec moi. J'ai présumé que tu accepterais, mais il semble que tu préfères reprendre un peu de ton indépendance. » Là-dessus, il pris une gorgée du thé qu'Albus avait fait apparaître pour lui, continuant à jouer son rôle.

Albus, pour sa part, semblait hésiter entre tourner son exaspérant regard pétillant vers le Maître des Potions et lever les yeux au ciel. De toute évidence, le directeur trouvait le petit jeu de Severus excessivement transparent. Bah, il n'allait pas gâcher son talent pour la manipulation subtile avec un enfant. Il ne savait que trop bien que c'était inutile.

« Vous… vous alliez me proposer quoi ? » Ah, comme les murs construits à la hâte sont faciles à percer !

« J'allais te demander si tu voulais rester avec moi pour l'été. »

« Vous alliez me ramener chez vous ? »

« Oui. » Il ne l'aurait pas formulé de cette façon. Cela faisait un peu trop ressembler Potter à un chiot. Mais une fois de plus, une telle description n'aurait pas été inappropriée à certains moment de l'année scolaire qui venait de s'écouler.

« Et vous alliez me le demander quand vous êtes venu ici ? »

« Oui, mais comme tu l'as fait remarquer, tu considères que tout ceci est une perte de temps ; je ne m'en préoccuperais donc pas. »

Harry sentit la rage monter en lui. Il avait été si prêt du but ! Si seulement il n'avait pas dit cet horrible mot, si seulement Snape n'avait pas entendu ce qu'il venait de dire à Dumbledore ! « De toutes les choses stupides à dire. Maintenant, j'ai gâché ma seule chance, » murmura-t-il pour lui-même.

Severus pouvait voir que le garçon était ferré. C'était si évident à la vue de ses poings et de sa mâchoire crispés… sans compter le fait qu'il marmonnait tout bas. Snape ne put comprendre que quelques mots, mais ils étaient suffisamment parlants.

« Tu es en colère. »

« Oui ! Comment avez vous pu penser… » Harry poussa un cri de rage avant de se reprendre et de se rappeler que ses compagnons étaient deux professeurs. « Désolé. Alors, professeur, je veux dire, vous alliez me le demander même après… après ce qui s'est passé tout à l'heure ? Après ce que j'ai fait ? » Comment cela pouvait-il être possible ?

« Et que penses-tu avoir fait, Harry ? »

L'enfant sembla surpris par la question, comme s'il était totalement stupide de demander une chose pareille.

« J'ai dépassé les limites, j'ai pris des libertés. J'ai du vous ficher la trouille. Je vous jure que je n'essayais pas de m'insinuer à vos côtés, monsieur ! »

Severus nota la manière dont il prononçait soigneusement le mot, in-si-nu-er ; il était clair qu'il ne faisait pas partie de son vocabulaire, bien qu'il l'ait très certainement entendu de nombreuses fois. De la bouche de Vernon et Petunia Dursley, sans aucun doute. Et peut-être même de la sienne, dût-il admettre en repensant à ses anciennes relations avec le garçon.

Se forçant à revenir au présent, il trouva le regard d'Harry.

« Tu n'as rien fait de tel. Si je dois répéter notre conversation concernant le fait de vouloir et d'avoir besoin de parents, je le ferais ; je pensais ce que j'ai dit quand je t'ai offert de remplir ce rôle pour toi, Harry. Comment pourrais-je te reprocher de mettre des mots dessus ? »

Il était clair qu'Harry était tout simplement perdu. Il soupira, résigné à abaisser son discours d'un niveau pour le garçon. Et c'était difficile ; il avait appris tôt qu'un vocabulaire long et compliqué était parfait pour masquer toute sentimentalité. L'émotivité brute le mettait terriblement mal à l'aise. Mais s'il voulait qu'Harry comprenne ce qu'il essayait de lui dire, c'était inévitable.

« Même si j'admets avoir été surpris par la formulation que tu as choisi, je ne suis pas surpris de t'entendre référer à moi comme à un père. Tu ne m'as pas, comme tu l'as dit, 'fichu la frousse'. »

« Pourquoi pas ? »

« Je crois que tu t'adresses déjà à moi de cette façon depuis quelques temps, n'est ce pas ? »

Pour la seconde fois en l'espace d'une heure, Harry sentit le sang refluer de son visage. Il ne pouvait pas…

« Je ne sais pas de quoi vous voulez parler. »

Sentant sa patience s'effriter, Severus leva les yeux au ciel. « Quel est ton signe pour moi, Harry ? »

« Peu importe, ce n'est pas important… » De toute évidence, la panique commençait à le gagner.

« Peu importe que tu me le montres ou pas, Harry. La question est les mots en eux-même. » Il fit une pause significative, pour donner une chance au garçon de reprendre son souffle. « J'ai crée un signe pour toi aussi, Harry. Veux-tu le voir ? »

Sa seule réponse fut un regard écarquillé de la part du garçon. Il fit donc le signe pour les deux mots, et les cita verbalement pour le public.

[[Elève]] « Elève. » [[Fils]] « Fils. »

Harry était littéralement affalé contre le mur à présent, l'effarement peint sur son visage. Il n'y resta pas longtemps, et Harry l'effaça aussitôt qu'il eu retrouvé la parole.

« Vous n'aviez pas à faire ça. Un signe pour moi. Vous n'avez pas besoin de faire tout ça. »

Ce n'avait pas été suffisant, il n'avait pas suffisamment atteint l'enfant.

« Viens ici, Harry. » Il attendit qu'il fasse son chemin, lentement, comme sous l'emprise d'un Imperius, incapable de résister.

« Tu sembles te méprendre sur mes intentions. Tu penses que j'ai fait tout cela, que je t'ai offert ces choses par pure compassion, sympathie ou pitié. Tu penses que tout ceci est à sens unique. Ce n'est absolument pas le cas. Je n'ai pas crée ce signe uniquement pour te montrer que je connaissais la signification du tiens. »

Harry écoutait avec une telle attention qu'il ne sembla pas même remarquer que les mains de l'homme étaient venu entourer son visage. Il pouvait juste sentir que quelque chose d'énorme se préparait.

« Tu es comme un fils pour moi, Harry. »

Il ne pouvait pas le croire, c'était tout simplement impossible.

« Vraiment ? »

« Non, je fais ces petits discours mielleux à propos de la famille à tous mes élèves. »

Harry ne put s'empêcher de rire. Il venait de marquer un point.

« Je vais donc te le demander, Harry, veux tu passer l'été chez moi ? »

« J'adorerais ça ! »

Et pour la première fois depuis qu'Harry le connaissait, Snape sourit pleinement et librement.

« Dans ce cas, je crois que nous avons un accord acceptable. »

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Peu de temps après, le directeur renvoya Harry à la tour de Gryffondor. La journée avait été longue et tout ce que Severus souhaitait était de regagner son lit lui-même. Mais il savait qu'Albus voudrait savoir ce qu'il s'était passé dans la chambre.

Il n'attendit pas que l'homme le lui demande.

« Ce que vous craigniez est arrivé. Le Seigneur des Ténèbres était bien après la Pierre. »

La tension épaissit l'atmosphère tandis qu'il attendait que son mentor médite cette information. Ce que cela signifiait pour le monde des sorciers en général, et pour Harry en particulier.

« Ainsi donc, Voldemort est de retour. »

Severus ne put s'empêcher de tressaillir, mais tenta d'ignorer le nom.

« D'une certaine façon. Il n'a pas totalement regagné sa forme corporelle. Tous ses méfaits ont été accomplis via Quirrell, à travers une sorte de pseudo possession que je n'avais jamais rencontré auparavant. Il était… » Snape se retrouva sans mot. Comment pouvait-on ne serait-ce que commencer à décrire le mélange des deux hommes ? Il supposait que parfois, la seule manière était la manière brute. « Il émergeait de l'arrière de la tête de Quirrell. D'où le turban. »

Même Dumbledore fut passablement ébahis en apprenant cela, il pouvait le sentir au léger haussement de sourcils, mais ce fut le seul signe que l'homme laissa transpercer.

« Il vous a donc vu ? Il sait ? »

« Oui. »

« En êtes vous tout à fait certain ? »

« Je pense que quand j'ai récupéré la Pierre et cependant refusé de la lui donner, il a déduit que j'étais un traître, oui, » répliqua-t-il sèchement. Il fouilla sa poche et déposa la Pierre Philosophale sur le bureau de Dumbledore. Il était soulagé de se débarrasser de la chose, pour être honnête.

« Je suppose que c'était inévitable. Il est regrettable que nous ayons perdu notre source d'information concernant les activités de Voldemort. »

Je dirais qu'il est encore plus regrettable que Voldemort soit revenu, songea Severus. « Je n'aurais de toute façon pas pu continuer dans mon rôle d'espion, Albus. »

« Puis-je vous demander pourquoi ? »

« j'ai l'intention d'obtenir la garde permanente d'Harry. Si vous n'y voyez pas d'objection ? »

Dumbledore rit doucement à ces mots.

« Cela vous arrêterait-il vraiment si j'en avais ? »

« Pas le moins du monde. » Snape se leva pour quitter la pièce, pensant que la conversation était terminée, mais alors qu'il atteignait la porte, le directeur posa une dernière question. »

« Vous le protègerez et prendrez soin de lui, n'est-ce pas, Severus ? »

« Avec ma dernière once de force et jusqu'à ce que le dernier souffle quitte mon corps. »

Et sur ces mots, il sortit. Après tout, il avait une procédure à entamer.

The End.