DISCLAIMER: Que dire? Voici l'épilogue de cette délicieuse histoire. Vous remarquerez qu'il n'est pas follement drôle, je pense que c'était inévitable. Mais bon, on a quand même fait tout notre possible pour rendre ça lisible.

DN appartient à Ohba et Obata


EPILOGUE

22h Wammy's

« RAS ici. Attendons ton retour ».

L soupira. Il avait relu le sms une dizaine de fois, espérant dénicher dans ces cinq mots l'indice qui pourrait enfin permettre de confondre Light Yagami. Mais il devait avouer que sur ce coup là, sa paranoïa l'emmenait un peu trop loin. C'était tout de même étrange, cette façon que Light Yagami avait de rédiger ses sms, comme s'agissait d'un télégramme. Quelle conclusion devait-il en tirer ?

Il soupira de nouveau et rangea son téléphone tout en plongeant son autre main dans un sac de bonbons. Sa consommation de sucrerie avait augmenté de 18% en un mois.

« Nous ne devrions pas nous attarder encore trop longtemps, L », annonça Watari. Les notes de sa voix étaient toujours plus rondes, plus chaleureuses, quand il était seul avec L.

Le détective hocha silencieusement la tête. Aussi exaltantes qu'étaient les visites à la Wammy's, il n'avait pas de raison rationnelle d'y passer plus de temps. D'ailleurs, il n'avait pas vraiment de raison à cette parenthèse de quelques heures dans l'affaire Kira. Il en avait eu besoin, sans trop savoir pourquoi. Il rêvait beaucoup plus du passé que du futur, ces derniers temps.

« J'ai une dernière chose à faire, Watari. Si vous le voulez bien, je vous rejoindrai en bas ».

Watari acquiesça silencieusement et sortit de la pièce. L résista à la tentation de regarder une dernière fois son téléphone et s'engouffra dans les étages où dormaient (en principe) les pensionnaires de l'orphelinat.

X

Comme tous les autres pensionnaires, il était arrivé à L de se lever la nuit, plus jeune, par défi et par curiosité. Il aimait tout particulièrement se promener dans les couloirs silencieux, seul, observant les grandes ombres des arbres sur les murs. Il s'imaginait parfois en train de combattre les monstres qu'elles figuraient. Comme beaucoup d'enfants, il avait rêvé d'être un héros, un justicier qui utilisait à la fois son esprit mais aussi sa force physique. Dans ses rêves, il était aimé, adoré, admiré mais il restait seul. A la fin, après une vie de batailles, il mourrait en pourfendant le plus affreux des vilains, le méchant ultime que personne d'autre que lui n'aurait pu battre. L'idée de sacrifice l'avait toujours attiré, c'était un étrange instinct, une sorte de pulsion de mort héroïque.

Il en avait parlé à Watari, un jour. Un peu inquiet d'abord, le vieil homme lui avait caressé les cheveux (pourtant, il savait bien que L n'aimait pas ça) et avait dit très calmement :

« Les enfants qui rêvent de tuer le méchant rêvent de surpasser le mal. C'est un fantasme somme toute classique que certains conservent, même adultes. Mais tu as déjà compris que ce rêve serait ta réalité L. Tu pourchasseras les méchants, alors, pourquoi en rêver ? Toi, dans tes rêves, tu ne t'imagines pas survivre, parce que tu voudrais un égal. Or, on ne peut pas vaincre un égal. »

Les mots de Watari lui revenaient très clairement alors qui arpentait le couloir. Mais à la lueur des évènements récents, ils lui semblaient très ironiques. Il avait cru rencontrer son égal en affrontant Kira. Mourir en l'attrapant ne le gênait pas vraiment. Mais si Kira n'était pas son égal ? S'il était inférieur à Kira, que se passerait-il pour lui ?

Ces considérations le mettaient d'humeur maussade.

Il fronça les sourcils et souleva le pied. Il avait marché sur une pièce de puzzle qui traînait juste devant une chambre. Il sourit et entra dans la pièce. Comme il l'avait prévu, Near faisant peu de cas du couvre feu, était en train de lire. S'il était surpris par la venue de L, ce qui était peu probable, il ne le laissa pas paraître.

« Je ne te dérange pas, Near ? »

L'enfant secoua la tête pour dire non sans même lever les yeux vers lui. L avait souvent eu l'impression que Near ne l'aimait pas trop. Et cette impression avait été confirmée par une rapide analyse de la situation.

« Tu sais, Near, je n'ai jamais eu l'intention d'instaurer cette compétition entre vous. J'aimerais très sincèrement que vous travailliez ensemble. Je crois que ce serait une bonne chose ».

L'enfant ne répondit rien, mais L sentit l'air se refroidir. L ne savait pas quoi ajouter, il songea amèrement qu'il serait peut être bon que l'on insiste sur les relations sociales et l'intelligence des relations interpersonnelles à la Wammy's. Si lui-même avait été mieux armé…

« Near, je suis désolé ».

L'enfant, visiblement très surpris, leva enfin la tête.

« Je sais que vous ferez un excellent L, tous les deux ».

Un ange passa, Near soutenait son regard sans ciller, absolument indéchiffrable. L se demanda vaguement si c'était l'effet qu'il faisait aux gens, ou s'il avait plus le regard de Mello, pareil à une forêt en feu.

« Au revoir, Near »

L tourna les talons. Il s'apprêtait à fermer la porte, quand il entendit la voix de Near, claire et déterminée. C'était étrange, qu'un être à l'apparence si fragile ait une voix si puissante :

« Tu n'as pas résolu le puzzle, mais tu n'as pas encore perdu, L ».

Near aussi, pouvait avoir les yeux animés par les flammes. L sourit et hocha la tête, remerciant Near silencieusement.

X

Mello non plus, ne dormait pas. Mais cela aurait étonné moins de monde. Cependant, il n'était pas occupé à détruire quelque chose ou quelqu'un. Il pleurait, ce qui aurait sans doute étonné beaucoup de monde. Mais pas L.

Il s'assit doucement à côté de Mello qui, assit dans son lit, complètement recroquevillé sur lui-même.

Il semblait évident qu'il ne pleurait pas seulement le chat. Sous ses apparences de gros dur, Mello était un composé extrêmement volatile, comme de la nitroglycérine. Mais il était aussi et surtout un enfant esseulé, fragile étranglé par un lourd complexe d'infériorité. Comme Near, il était très sensible, d'une autre manière.

Que dire devant un chagrin pareil ? L n'était pas armé pour ça et le pire était qu'il se sentait atrocement responsable. Il songea à BB et sa gorge se serra.

« Mello. Je sais que tu ne veux pas mal faire ».

Mello s'interrompit un peu, plus pour mieux écouter ce que disait L que parce qu'il était vraiment calmé. L déglutit. C'était tellement compliqué. Il essayait de penser à ce que lui disait Watari quand ça n'allait pas.

« Ca nous arrive à tous, d'être perdus et de mal faire avec les meilleurs intentions »

Mello avait relevé un peu la tête. Il ne regardait pas L dans les yeux, mais il devait avoir du mal à se focaliser sur un point précis tant ils étaient gonflés de larmes. Peut être aussi que Mello ne supportait pas de se montrer sous un jour aussi peu favorable. L comprenait parfaitement cela.

« Je sais que tu … Je sais ce que tu ressens pour moi. »

C'était si difficile. Si difficile. Les conclusions étaient là, les faits aussi mais il n'arrivait pas à employer les termes exacts. Il n'aimait pas être si impliqué, il se sentait terriblement exposé, inconfortable. Mais il devait le faire. C'était son devoir que Mello comprenne. Et bien qu'il n'espérait pas guérir Mello en cinq minutes de conversation, il devait au moins essayer.

« Mais il ne faut pas que tu m'imagines plus fort que je ne le suis. Quand tu deviendras L, Mello, tu resteras vulnérable. »

L n'est pas invincible.

« Et si tu ne deviens pas L, tu resteras Mello »

Et Mello vaut quelque chose, même second.

Mello l'observait, aussi indéchiffrable que Near l'avait été quelques minutes plus tôt. L allait se lever quand l'adolescent dit dans une langue que L avait appris il y a très longtemps :

« Pourquoi tu es si triste, L. Ca me désespère, de te voir triste. »

Les yeux de L, déjà relativement grands, s'écarquillèrent de façon presque comique. Il aurait été sage de nier la réalité, rassurer l'enfant inquiet qui l'admirait tant. Une partie de lui, celle qui avait grandi, lui indiquait qu'il s'agissait de la décision la plus intelligente. L avait un jour dit aux orphelins de la Wammy's qu'il était un de ces monstres menteurs qu'il craignait tant. C'était faux, en vérité. L était resté un enfant, comme tous les êtres qui grandissent de travers. Et cet enfant l'enjoignait de dire la vérité.

« Je ne veux pas que tu t'inquiètes pour moi, Mello », le prévint-il, « mais je ne vais pas te mentir »

Mello essuya ses larmes. Il s'accrochait désespérément à chacun des mots de L. Celui-ci savait que cet instant resterait à jamais gravé dans sa mémoire. L espéra que dans quelques années, avec le recul, ce serait un bon souvenir.

« Kira est beaucoup plus habile que je l'avais imaginé », avoua L. Il trouva extrêmement difficile de soutenir le regard de Mello. L'enfant avait un regard très pesant bien qu'embué par les larmes, le genre qui vous transperçait sans scrupule.

« Tu n'es pas certain de l'attraper ? »

Mello avait posé sa question avec une telle maturité…On pouvait discerner l'homme qu'il deviendrait plus tard, derrière les larmes, par delà le chagrin enfantin.

L considéra un instant l'interrogation de Mello et en tira une conclusion honnête : « Je ne suis plus aussi certain qu'au début de l'enquête. Je suis convaincu d'y parvenir, mais cela va prendre du temps. Et Kira est un individu dangereux, très adaptable et il déteste perdre. Je ne peux pas perdre de temps. Tu comprends ? »

« Oui », souffla Mello. Il semblait réfléchir ardemment.

« Tu es la seule personne au monde qui peut y arriver, L », dit-il enfin, « Il faut simplement que tu te concentre sur l'important. »

Ne pas se laisser distraire. Instinctivement, Mello avait mis le doigt sur un problème de taille. L était assuré qu'approcher le principal suspect de l'affaire avait été le bon choix. Pourtant, c'était contraire aux règles élémentaires de prudence. Il ne devait simplement pas s'éparpiller.

« Merci. »

L lui offrit un sourire. « C'est un excellent conseil »

Il passa une main dans les cheveux de Mello qui ronronnait presque et se leva.

« A la prochaine fois, alors, Mello. »

Il s'attendait à tout de la part du petit génie, mais il devait avouer que sa réponse le déstabilisa un peu.

« Sois prudent, L. Tu es génial, mais ce Kira est complètement malade. Sournois. C'est un menteur, tu sais. Ceux que tu détestes le plus ».

Mello s'était mis en boule sous sa couverture. L l'entendit marmonner quelques mots, juste avant de fermer la porte. 'Tu ne peux pas le laisser gagner'.

Celui qui attaque est certain de gagner, avait un jour dit Watari à L. Il ne devait certainement pas baisser sa garde.

Il éteignit la lumière et sortit de la pièce.

Une fois dehors, il se laissa une minute pour accorder un dernier regard au bâtiment où il avait lui aussi grandi. Plus que jamais désireux de remporter la partie, il chassa la Wammy's, les orphelins, et la campagne anglaise de ses pensées et se concentra de nouveau sur le Japon, et sur Kira.

Son portable vibra mais, étrangement, il s'empêcha de lire le message qu'il venait de recevoir.

X

5 Décembre 2004.

L'anniversaire de Mello approchait mais Roger était persuadé que ce n'était pas cet événement qui l'empêchait de dormir. Il avait un mauvais pressentiment. Le genre de sentiment qui vous agrippe et refuse de vous lâcher, bien qu'il soit parfaitement infondé. Le directeur de la Wammy's House se demanda si tout cela avait un rapport avec la récente démission de Marie-Hélène.

Il devait l'admettre, cela lui avait fichu un coup.

Elle était une des institutions immuables de l'orphelinat, après tout. Elle avait empêché tant de meurtres, tellement de fois (il l'avait toujours dit, les orphelins de la Wammy's étaient instables, limite psychotiques !)… La plupart impliquaient Mello d'ailleurs. A y regarder de plus près, Near lui devait probablement la vie.

Son portable sonna. Mais pas celui à la sonnerie kitsch. L'autre, le téléphone réservé aux urgences, à Watari, à L.

Il le savait qu'il avait un sixième sens.

X

Montmartre, 2006.

« Ce sont de beaux tableaux », dit une voix un peu couinante à l'artiste, « Le bâtiment représenté ici est magnifique ».

La peintre eut l'air un peu nostalgique. « C'est un endroit où je suis allée il y a longtemps »

La signature de l'artiste indiquait Linda. Pas de doute, c'était bien la petite fille qu'elle avait côtoyée.

Marie-Hélène sourit. Elle ne l'avait même pas reconnue. Elle aussi aurait dû devenir détective privé. Mais elle avait une autre idée de carrière en tête.

X

Wammy's, 2008.

La nouvelle de l'arrivée d'un invité de marque à l'orphelinat déclencha un véritable chaos. La femme qui avait remplacé Roger (une rouquine à la voix haut-perchée qui assurait « ne jamais avoir travaillé ici ») avait assuré à ce dernier que leur visite enthousiasmait les élèves.

Roger pénétra dans l'institution fondée jadis par son ami Quillsh Wammy avec l'assurance et la dignité qui allaient de paire avec le rôle de Watari. Il devait cependant l'avouer, sa fonction n'avait rien de comparable à celle de Watari premier du nom. Le nouveau L, comment dire ? Il ne le voyait pas si souvent. Et si c'était possible, il était encore plus distant qu'avant. Lorsque le nouveau L lui donnait des instructions par téléphone, tout ce qu'il entendait, tout ce sur quoi il parvenait à se concentrer, c'était Near qui mangeait du chocolat.

Ils avaient échoué, quelque part.

« Watari est là, Watari est là ! » hurla un chœur d'élèves alors qu'il pénétrait dans le hall, « Et L aussi, et L aussi ! »

Roger ouvrit des yeux ronds. Personne ne le suivait, car il était venu seul.

« Vous ne leur avez pas dit… ? » souffla-t-il à la directrice.

Elle eut l'air gênée. « J'espère toujours, à chaque fois… »

« Cette génération ne verra jamais L. »

« Oui », répondit l'ancienne surveillante, « Je sais. C'est peut-être mieux comme ça »

fin


J'ai une bonne nouvelle pour vous: on va bientôt poster une nouvelle fic DN (c'est une poussée d'adrénaline, je sais pas) donc restez pas loin!
Le lecteur habile comprendra que les morts de Mello, L et Matt ne sont pas mentionnées afin de préserver notre sanité (c'était déjà suffisamment atroce comme ça, merci).