J'ai un vide au fond de moi.

Je sens encore l'humidité et la douceur des lèvres sur mon front

Alexane me regarde de ces sombres yeux verts. L'incompréhension perce son regard, et m'atteint.

Elle flotte tout autour de moi, m'emprisonne. Je n'ai pas compris, je ne comprendrais jamais.

J'essai de rattraper le passé qui s'échappe.

Mais il s'est enfui si vite.

Pourquoi ?

Qu'est je fais ?

Pourquoi suis-je ici ?

Si jeune ?

Alexane a tant changée, et moi suis-je restée même.

Ce vide qui emplit mon être, ce manque.

Qui m'échappe, c'est l'eau de vie que je ne peux retenir.

Et puis les gouttes s'accrochent.

Elles pénètrent et ravivent en moi un feu de souvenirs oubliés.

Les images défilent comme défilent les feuilles si jolies de l'automne.

Elles prennent place et créent un courant.

Je vois tout. Me souvient de tout.

Pourtant si loin. Je ne sais pas. Je ne peux pas.

Chaque chose reprend place. Mais rien ne vient combler le vide qui emplit mon cœur.

Alexane me regarde.

Elle non plus ne comprend.



Elle se pose des questions.

Je les vois. Une tempête. Un vent violent de questions. La nature qui se déchaîne. Elle essaie de comprendre mais n'y arrive pas. Elle me ressemble dans ces moments de doute.

Nous sommes liées. Liées par l'amour que l'on s'offre. Liées par cette magie qui nous habitent.

Elle me comprend. Moi aussi.

Je m'assoie sur l'herbe florissante. Si douce pour notre vue. Mais pourtant si froide au toucher. L'étoffe de ma robe couvre la terre. Et mes yeux se perdent dans l'horizon.

Tout est si sombre.

Je ferme les yeux et essaie. Essaie de comprendre le gouffre qui me ronge. Je le sens mais je n'arrive pas à l'attraper. Il s'échappe. Au si rapide, clair, et vif qu'un morceau de paradis déchirant le ciel lors des nuits d'orage.

Une main caresse doucement. Tendrement. Elle effleure mes boucles aux couleurs clairs. Alexane s'assoit à mes côtés.

Elle presse gentiment ma main. Elle ne parle pas. Ce n'est pas nécessaire. Ses interrogations flottent autour de moi.

Je rencontre ses yeux verts. J'y lis la pitié.

Elle verse quelques gouttes salées.

Un bruit de sabot se fait entendre. Résonnant dans la campagne déserte.

Ce bruit caractéristique.

Je baisse la tête. Je me relève. Je fais face. Face à ces soldats. Baïonnettes en mains.

Je regarde Alexane, je ne comprends pas. Elle se disait mon amie. Elle se disait ma sœur, ma confidente. Elle me livre.

Son regard de désolation me surprend. Mais ne m'atteint pas. Plus rien ne m'atteint. Je croyais avoir un espoir. J'y ais cru.



Mes mains sont liées. J'y suis. Je suis face à mon jugement. Face à mes erreurs. Face à mon crime. La condamnation est tombée. Tout comme mes cheveux à l'instant.

Mon cou libre. Mes cheveux si longs. Ne sont plus qu'un champ de blé.

J'ai peur. Le prêtre est venu. Il a parlé, je ne l'ai pas écoutée. J'écris ces mots. Tous ces mots depuis le début. L'heure sonne au clocher de la ville.

La charrette m'emporte. Les gens m'acclament ou me dénigrent. Je ne sais pas, je ne veux pas savoir.

Je monte sur l'échafaud de bois. Je sens la planche. La planche de bois qui me maintient. Ces cordes, ces liens de l'enfer.

L'on m'installe sur mon lit de condamné pour un dernier sommeil.

Les souvenirs m'assiègent. Ils remontent en moi.

Lui, son visage, son odeur, son corps. Tout.

Je suis morte une fois.

Je n'ai pas compris la chance.

La lame tombe dans un sifflement. Le sang gicle.

Je meurs pour la seconde fois.

Sans avoir compris et eu le temps d'apprendre à vivre.