The strange journey

La lueur des sorts lancés de toutes parts coloraient le ciel, donnant à la nuit un air de feu d'artifice. Mais certainement pas un air de fête, songea Harry alors qu'il courrait à perdre haleine dans les couloirs du château. Les murs tremblaient sous l'impact des sorts jetés par les assaillants comme par les défenseurs de Poudlard, et il pouvait entendre des cris de rage et de douleur dans chaque couloir qu'il traversait, à l'abri sous sa cape d'invisibilité.

Haletant, il se jeta dans l'escalier qui menait au bureau de directeur avec un simple « Ouvrez ! » pour les gargouilles qui en gardaient l'entrée. Et sans surprise, la porte s'ouvrit aussitôt.

« Harry, mon enfant, tu as pu venir! » fit la voix soulagée de Dumbledore.

« Je dois y retourner ! Les Mangemorts ont réussi à pénétrer dans la salle commune de Gryffondor, McGonagall ne tiendra pas toute seule ! Que voulez vous ? »

« Te mettre à l'abri, » répondit simplement le directeur.

« Il n'en est pas question! » s'insurgea le jeune homme. « je ne quitterai pas Poudlard alors que nous sommes attaqués ! Je ne laisserais pas mes élèves! »

« C'est très noble de ta part, Harry, mais tu n'ignores pas que c'est toi que les Mangemorts sont venus chercher. »

Harry pinça les lèvres.

« Il n'y a même pas un mois que je suis professeur... ils ne me laisseront jamais tranquille! »

« Non, en effet » confirma le directeur. « Et avec le pouvoir que Voldemort a acquis au Ministère, nous ne pouvons réellement compter sur l'aide des Aurors ce soir. Les membres de l'Ordre sont arrivés, mais je ne suis pas certain que nous pouvons encore gagner cette bataille... »

Harry en eut le souffle coupé.

« Comment...? Je n'abandonnerai pas ! Nous pouvons les repousser, mais il faut d'abord mettre les élèves à l'abri ! »

« Je reconnais bien là le professeur de Défense contre les Forces du Mal que j'ai engagé, » fit affectueusement Dumbledore. « Mais le meilleur moyen de mettre les élèves hors de danger est que tu quittes le château. C'est la seule solution, Harry, crois moi... »

Le jeune homme sera les dents.

« Comment ? »

« Transplaner est impossible et les Mangemorts quadrillent les bois. La seule solution serait d'utiliser la poudre de cheminette... mais je crains fort que ce service du Ministère n'ait été infiltré lui aussi. »

« Vous voulez dire que nous ne sommes plus connectés à l'extérieur? » demanda harry.

« En réalité, si. Toutes les cheminées ont été bloquées, en dehors de celle de la salle commune de Serpentard, qui a elle été reliée à l'extérieur. C'est par là que la plupart des Mangemorts sont entrés dans le château. »

Harry siffla un juron.

« J'ai ma cape. Je peux probablement m'y rendre, mais passer la salle sans me faire remarquer, j'en doute... »

« Severus y est, il veillera à ce que tu puisses sortir... mais pas discrètement. Au moment de sortir, tu dois être vu pour que les Mangemorts sachent qu'il ne sert plus à rien de mettre le château à sac. C'est la seule solution, mais ce sera extrêmement risqué... le professeur Snape pense cependant que c'est réalisable. »

« Snape ? » s'insurgea Harry. « Il va me livrer en main propre à Voldemort ! C'est un piège, vous ne le voyez pas ? Un piège grossier, je ne peux pas faire ça ! Mieux vaut que je tente de sortir par l'extérieur, un sombral peut être ? Ce pourrait être assez spectaculaire pour que personne ne le manque... »

Mais Dumbledore secoua la tête.

« Je crains que ce ne soit pas une option. Tu dois me faire confiance, Harry, à moi et au professeur Snape. Je peux t'assurer sur tout ce que j'ai de plus cher qu'il est entièrement loyal et t'aidera de son mieux à t'échapper. »

A nouveau, les murs tremblèrent sous l'assaut des Mangemorts. Un cri aigu retentit sous la fenêtre, aussitôt suivit d'un rire glacial. Harry frissonna; il n'avait pas le temps...

« Je vous fait confiance, » dit il finalement. « Mais je suis convaincu que c'est un piège. »

Dumbledore pressa son épaule, visiblement reconnaissant.

« Tu trouveras un passage menant directement du couloir en bas de ce bureau aux donjons en en demandant l'accès aux gargouilles. C'est un passage secret sombre, mais utilisable et souvent emprunté par Severus. Tu n'auras plus qu'à pénétrer dans la salle commune des serpentard en profitant du passage de quelqu'un, ça ne devrait pas être difficile. Atteint la cheminée, et utilise ceci » fit il en lui tendant une poignée de poudre verte. « Donne l'adresse de Grimmauld Place, où je te retrouverais au plus vite. Des questions, Harry? »

Le jeune homme secoua la tête.

« Si Snape me vends à Voldemort, promettez moi de le lui faire payer cher. »

Dumbledore sourit tristement.

« Il n'en fera rien, mon garçon, je m'en porte garant. »

Harry hocha la tête et enfila à nouveau la cape. Il devait se plier à présent pour être totalement dissimulé sous ses plis.

« A très bientôt, Harry. Sois prudent, et fais confiance à Severus. Je ne devrais pas mettre plus d 'une journée à te rejoindre, d'ici là, ne bouge en aucun cas de Grimmauld Place. »

Avec un grognement, Harry Potter se dirigea vers la porte qui se referma doucement derrière lui, sous les yeux inquiets et fatigués du directeur.

Il ignorait qu'il se passerait bien plus d'une journée avant qu'il ne revoie son nouveau professeur de Défenses...

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Dans la salle commune des Serpentard, Snape tentait de garder un air aussi impassible que possible. Il était chargé de surveiller ses élèves et de veiller à ce qu'aucun d'entre eux ne décide de se montrer... héroïque; mais la tache ne prenait guère d'énergie. Le courage suicidaire n'était pas le fort des serpentards; c'était une tare purement gryffondor.
Et c'est justement ce type de courage qu'il devait chercher à présent, sous la forme d'une présence invisible et étrangère aux lieux.

Remarquer l'entrée de Potter, veiller à ce que personne d'autre ne s'en aperçoive jusqu'à ce qu'il atteigne la cheminée, et empêcher les élèves et Mangemorts de profiter des quelques secondes où il devrait apparaître pour le mettre à mal. Le tout, bien sur, sans donner la moindre impression qu'il pouvait être un traître...
Il grogna malgré lui. Quand Dumbledore estimerait il donc qu'il avait payé sa dette, et cesserait il de mettre sa vie en jeu à chaque tournant ? Non pas que toutes les vies ne soient pas en jeu, ces derniers temps, en particulier celle de Potter...

Un mangemort pénétra dans la salle, et la porte mit une seconde de plus à se refermer qu'elle ne l'aurait du. Potter.
Se crispant imperceptiblement, Snape suivit du coin de l'œil l'évolution de la présence étrangère dans le nid des serpents. Lentement, avec une prudence digne d'un Auror, Potter progressait vers la cheminée, slalomant entre les élèves.

« Chester, McCain, venez ici. » intima t il. Les deux étudiants se dirigèrent vers lui, l'ai interrogatif, laissant le passage libre au gryffondor pour avancer de quelques pas de plus. « Allez chercher des robes de cours dans les dortoirs, » leur ordonna t il. « Elles pourraient servir plus tard pour s'infiltrer chez les gryffondors, si c'est nécessaire. Quel bon gryffondor refuserait l'hospitalité à un élève en détresse? »

Les deux garçons ricanèrent et se précipitèrent vers les dortoirs. Snape, aux aguets, sentit que Potter avait profité de l'opportunité pour s'avancer. Il avait presque atteint la cheminée à présent, il ne lui faudrait que quelques secondes et l'oreille entraînée de l'espion saisit un autre son, de l'autre côté, dans le couloir... des Mangemorts revenaient vers la salle commune et s'apprêtaient à rentrer au moment même ou Potter...

Potter ! Maudit il intérieurement le garçon. Ce stupide gamin n'avait certainement pas entendu ce qu'il avait perçu, quel genre de professeur de défense faisait il ? Il s'avança à grands pas vers la cheminée, conscient du désastre qui se préparait.

Et avec un timing imparable, le groupe de mangemort franchit la porte de la salle commune au moment même où Potter avait atteint son but et laissait glisser sa cape, la main en l'air pour jeter une poignée de poudre, bien en évidence pour tous les serpentards qui se trouvaient là.

Le garçon sursauta en entendant les jurons à l'entrée de la salle et ne put s'empêcher de se retourner. N'avait il donc aucun réflexe ? Fulmina le maître des potions. Il aurait du jeter la poudre et s'enfuir avant que...

Mais déjà les sorts fusaient autour de lui, visant plus ou moins bien Potter devant lequel il s'était subtilement placé. Cela n'empêcha pas l'un des sorts d'atteindre son but, et il vit le jeune homme vaciller, avant de se décider enfin à lancer la poudre de cheminette. Merlin soit remercié, les élèves étaient trop abasourdis par la scène pour se mêler à l'affaire... Mais le garçon était trop lent, bien trop lent. Il entendit Potter crier quelque chose qui ressemblait vaguement au nom du quartier général de l'Ordre et s'élancer, tandis qu'une nouvelle salve de sorts s'apprêtait à l'atteindre.

Avec un sentiment profond de fatalité, Snape prit son élan. Il n'avait plus le choix, et toute sa vie n'avait elle pas tendu vers ce moment précis, après tout ? Prétextant un élan de fureur, il s'élança dans les flammes vertes à la suite de Potter, agrippant le garçon par les épaules.

Alors qu'ils basculaient dans ce qui sembla être un gouffre à Severus Snape, l'espion sentit l'impact d'une demi douzaine de sorts heurter son dos avec la force d'un dragon enragé.
Il eut à peine le temps de songer que c'était probablement là la manière la plus logique et rapide pour un espion et un traître de mourir, avant que les ténèbres ne viennent le réclamer.