Fandom : Alice Nine
Pairing :
Shou / Hiroto
Raiting : PG-13
Disclamer :
Shou, Hiroto, Saga, Tora et Nao ne m'appartiennent pas, par contre Mitsukô si ! Et puis la cabine téléphonique aussi ! è.é
Note : L'idée de cette histoire m'est venue à Londres, pendant mon voyage scolaire. Tout le monde prenait une photo d'une cabine téléphonique et… je sais pas, y'a une p'tite lumière qui s'est allumée dans mon cerveau, fallait que j'écrive un truc sur Pon et Shou dans une cabine XD Ça aura mis pas mal de mois à sortir et à devenir ce que c'est aujourd'hui mais… j'espère que le résultat vous plaira :) Voilà, bonne lecture !

Moshi moshi ?(0)

Je me souviens de ce jour comme si c'était hier. Alpha était sorti depuis presque une semaine, et l'accueil avait été plutôt bon. Nous avions décidé de sortir tous les cinq au restaurant, histoire de fêter ça et d'évacuer un peu tout le stress que nous avions accumulé.

Le repas se déroula dans la bonne humeur habituelle. Se retrouver tous ensemble autour de bons petits plats pour parler de tout et de rien, c'est tellement agréable… Saga en profita pour nous annoncer qu'il avait une petite amie depuis quelques mois… mais nous l'avions déjà tous plus où moins deviné ! Oui vraiment, c'est si rassurant de savoir qu'on peut compter les uns sur les autres, se faire confiance quoi qu'il arrive…

Tora partit le premier, rattrapé une fois de plus par une de ses migraines récurrentes. Saga et Nao suivirent, l'un se justifiant d'un clin d'œil et d'un sourire pervers alors qu'il disait « devoir aller se coucher », l'autre chancelant de fatigue jusqu'à la sortie. J'appréhendais légèrement le moment où Shou me dirait que lui aussi, il devait rentrer. Après tout, Mitsukô l'attendait sûrement. Et moi, je finirais la soirée tout seul quelque part, n'importe où ça n'avait pas vraiment d'importance, à me morfondre étalé sur un comptoir. J'aurai pu appeler Nao, Tora, ou encore Saga quitte à les déranger, mais le problème avait déjà été abordé tellement de fois… qu'il n'y avait plus rien à en dire. Quant à Shou… il savait déjà tout et n'avait pas l'intention de changer quoi que ce soit, alors à quoi bon remettre ça sur le tapis ? Je m'étais fourré dans une situation inextricable, voilà tout.

Mais les minutes filaient, et il ne partait toujours pas. Il restait là à m'écouter, à rire aux phrases sans queue ni tête que je prononçais sans même y penser, d'un rire si franc… pour lequel je donnerais tout. Ce rire si pure qu'on pourrait le croire innocent, si naturel et si sincère qu'il illuminait son visage entier, plissant ses yeux, courbant ses lèvres… dans un mécanisme que je connaissais par cœur mais qui m'ensorcelait chaque fois.

Car le problème était bien là : aussi forte soit ma volonté, je ne pouvais pas lutter contre Shou. Contre son regard charmeur et ses sourires enfantins. J'en finissais toujours par rentrer dans son jeu et prétendre que ça m'amuse, de flirter. Parler par métaphore, effleurer sa jambe puis m'en éloigner, prendre sa main et retirer une de ses bagues pour faire mine de l'essayer, la re glisser doucement sur un doigt en jouant avec les autres… attraper son regard rien qu'un instant… laisser un soupir s'échapper de mes lèvres…

- On y va ? proposa-t-il finalement.

« On ? Où ça ? » j'eus envie de demander. Mais ces mots ne franchirent pas mes lèvres. Au fond, c'était sûrement une façon comme une autre de me dire qu'il en avait assez.

Il sortit dans la rue et je le suivis, obligés de rentrer à pied vu l'heure tardive. Pourtant il marchait lentement, visiblement pas pressé de rejoindre l'appartement de Mitsukô où il dormirait probablement ce soir. Elle habitait à quelques rues d'ici et mon studio étant dans la même direction, nous avions encore un petit bout de chemin à faire ensemble.

Son attitude avait complètement changé depuis que nous avions quitté le restaurant. Son visage semblait à la fois fermé, à la fois pensif. Plus rien à voir avec les sourires radieux qu'il m'adressait cinq minutes plus tôt. Mais ce brusque changement de personnalité ne me surprenait pas vraiment, j'avais fini par m'y habituer. C'était souvent le cas quand nous nous retrouvions seuls tous les deux : à un moment ou à un autre, le si gentil et si joyeux Shou devenait cet homme froid qui jouait avec mon cœur.

- Elle va me manquer quand on va partir en tournée… Mais d'un autre côté j'ai tellement envie d'y aller… C'est bizarre non, de vouloir rester et partir à la fois ?

- Pas vraiment…

Je répondis d'un air presque explicitement désintéressé. Mais il ne s'en formalisa pas.

- Enfin, c'est comme ça… je la retrouverai après de toute façon… J'espère que ça ira pour elle…

Je ne dis rien, après tout il parlait plus pour lui-même qu'autre chose. Puis comme si ça ne suffisait pas, il ajouta avec une moue rêveuse :

- Aaaaah l'amour…

Je me demandai un instant s'il faisait exprès de dire ce genre de choses devant moi, alors qu'il savait pertinemment qu'il me plaisait. Mais peut-être se disait-il que ce n'était qu'une attirance physique, rien de plus, et que tout cela n'avait rien à voir avec de réels sentiments. Moi-même je ne connaissais pas vraiment la nature exacte de ce que je ressentais pour lui. C'est sûr que ce n'était pas purement physique, mais de là à dire que j'en étais amoureux… Disons qu'il me plaisait suffisamment pour que j'aie envie d'être avec lui. Et ça, il ne s'en rendait pas compte. Sinon, pourquoi me parlerait-il sans cesse de sa petite amie ? Il ne me ferait jamais de mal par simple plaisir, parce que quoi qu'il arrive nous sommes d'abord les meilleurs amis du monde.

Finalement, après une dizaine de minutes de marche, il allait falloir se quitter. J'apercevais au loin un carrefour : la rue de gauche menait chez moi, celle de droite chez Mitsukô. Quelque part, une partie de moi espérait qu'il prendrait à gauche et que la soirée durerait encore un peu. Même si tout ça n'était que peu probable. Nous marchions côte à côte dans cette rue presque vide d'un quartier plutôt riche, et soudain le temps me parut passer si doucement que j'eus l'impression de faire un pas par minute. J'avais beau me douter de la suite, j'appréhendais le moment où il tournerait au coin, me lançant un impersonnel « Jaa. »(1) sans même me regarder.

Mais une fois arrivé au croisement, il continua tout droit.

Pris de court, je du accélérer le pas pour le rattraper.

- Ano Shou-chan !

- Pas envie de rentrer. Répondit-il simplement.

La pluie commença à tomber imperceptiblement. Cette soirée prenait définitivement une tournure inhabituelle. Nous marchions tous les deux pour n'aller nul part, sans presque parler, et pourtant cela me suffisait. Moi non plus je ne voulais pas rentrer.

J'allumai distraitement une cigarette malgré les quelques gouttes et tirai longuement dessus. Cette ballade commençait sérieusement à me rendre nerveux. Shou me tendit la main, et je lui cédai le tabac par réflexe. Quelques secondes plus tard, je tournai la tête vers lui.

- Tu fumes, toi ?

- D'temps en temps…

- Comment ça ? Mais oui mais non moi chui pas d'accord ! Jveux pas être responsable d'la perte de voix d'mon chanteur ! Rend moi c'te clope !

Shou rigola et fit un mouvement pour me la rendre, quand une énorme averse s'abattit sur nous. Surpris, je pilai net et levai les yeux au ciel, les paumes ouvertes comme pour attraper la pluie, avant de me rendre compte que le chanteur avait fait de même. Il me regarda et éclata de rire à nouveau, puis nous nous mîmes à courir à la recherche d'un abri.

Et la première chose qui croisa notre chemin fut… une cabine téléphonique.

A bout de souffle, j'en arrachai presque la porte, puis le blond me poussa à l'intérieur. Adossé contre l'une des vitres, je tentai tant bien que mal de reprendre mes esprits. Le chanteur se marrait encore à moitié.

- Putain ça c'est de l'averse ! Désolée pour ta clope, elle a pas survécu au voyage ! Waw…

J'aurais bien répondu que ça n'avait aucune importance, mais j'étais incapable d'émettre le moindre son.

Petit à petit les battements de mon cœur ralentirent, et ma respiration redevint normale.

- On a plus qu'à attendre ici que ça se calme… dis-je.

La pluie martelait la cabine, pourtant le bruit n'était pas assourdissant. L'eau rendait les parois presque opaques, et seules les lumières de la rue étaient visibles, ondulants doucement vers le bas. Enfermés dans une bulle, coupés du reste du monde, j'en oubliai un instant que nous étions au beau milieu de la rue.

Soudain sans prévenir, Shou posa une main sur la vitre derrière moi à hauteur de mon visage, et se rapprocha dangereusement. Il enfouit son visage au creux de mon cou sans me toucher, et je pus seulement sentir son souffle chaud caresser ma nuque. Un frisson m'échappa. Lentement il remonta à mon oreille, jusqu'à en prendre le lobe entre ses lèvres et le pincer légèrement… J'étais figé, incapable de dire ou de faire quoi que ce soit. J'avais rêvé de cet instant tellement de fois qu'il ne me paraissait plus réel ; j'étais dans un autre monde, un petit coin de paradis dans lequel Shou et moi étions libres de faire tout ce dont nous avions envie.
Il se colla un peu plus à moi, puis posa sa main droite sur ma cuisse et la laissa glisser farouchement sur mes fesses, tout en parsemant mon cou de baisers. Je me sentis fondre et soufflai doucement :

- Shou…

Le violent désir qu'il venait de faire naître en moi transparaissait clairement dans ma voix. Il releva la tête et planta son regard chocolat(2) dans le mien. Son visage si proche, ses lèvres courbées en un espiègle sourire… et ses yeux dans lesquels je n'arrivais rien à lire… Il me sembla se rapprocher un peu plus encore, mais mon esprit me jouait peut-être un tour ? Allait-il m'embrasser, ou bien attendre que je fasse le premier pas ? Pourtant il savait que je ne pouvais pas, que je n'en avais pas le droit… Pour lui, pour Mitsukô, parce que faire ça changerait tout, parce que c'était trop de responsabilité pour moi… Son regard brillait de malice, tout ça semblait l'amuser. Était-ce si risible de me voir impuissant ? Après tout, ce n'était qu'un jeu pour lui…

…Un jeu que j'en eus assez de perdre.

Alors en un seul geste je posai fiévreusement ma bouche sur la sienne, mes mains encadrant sa figure, et le forçai à reculer jusqu'à ce qu'il se colle à la vitre opposée. Stupéfait de ce brusque retournement de situation, il mit quelques instants à réagir. Mais il répondit finalement au baiser et enfouit sa main sous mon t-shirt, au creux de mon dos, me laissant me cambrer délicieusement contre son corps alors qu'il jouait avec ma langue. Un gémissement m'échappa. C'était tout simplement trop bon pour moi… Je perdais pied, abandonnant tous repères pour ses bras, même si je savais que je regretterais sûrement ce faux pas toute ma vie. Une vie entière ne vaut pas ce sentiment plénitude. Les questions qui me hantaient s'évanouirent, ma morale et ma raison s'enfuirent, il n'y avait plus que lui et moi glissant divinement dans les abîmes de nos désirs. Cette erreur nous l'avons provoquée, nous l'avons voulue, choisie. Notre douce et enivrante erreur…

Mais il rompit le baiser brutalement, m'envoyant valser de l'autre côté de la cabine. Je retournai sur terre si soudainement que la tête m'en tourna, et je perdis légèrement l'équilibre. Pourtant au fond, je n'étais pas vraiment surpris... Je relevai les yeux et découvris un Shou méconnaissable. Le regard dans le vague, il passa distraitement le bout de ses doigts sur ses lèvres entrouvertes, sans sembler s'en rendre compte. Il avait l'air perdu... presque même anéanti. Je n'avais jamais vu cette expression sur son visage, aussi la décrypter m'était difficile... mais il paraissait si troublé que je m'en sentis mal.

- ... Mi... Mitsu... bégayait-il.

Je serrai les poings... je n'y comprenais plus rien. Où s'arrêtait le jeu, où commençait la sincérité ? Ces doux remords que je lui devinai n'étaient plus feints, pourtant j'ignorais le moment où nos fantaisies lui étaient devenues sérieuses.
Quelque part je ne pouvais m'empêcher de penser qu'à trop jouer avec le feu on se brûlait, et qu'il n'avait eu que ce qu'il méritait. Mais pourquoi avait-il fallu que je sois l'erreur, le faux pas ? Moi qui étais honnête envers lui, qui n'avait fait que le suivre, me livrant tout entier bien malgré moi ?

Je poussai un long soupir ; j'aurais voulu ne jamais avoir à regretter ce moment...

Alors l'expression de son visage changea du tout au tout et il planta son regard, devenu impitoyable, dans le mien. Les sourcils froncés, la moindre de trace de son trouble précédent avait été remplacée par une étrange colère. J'aurais voulu fuir, tellement ces yeux accusateurs m'effrayaient. Pourtant je restai là, attendant la sentence d'un crime que je n'avais pas commis, et dont le premier de mes sons semblait en avoir prouvé la culpabilité.

- Je l'aime. Lâcha-t-il finalement, plus froid que jamais.

Et il partit.

Mon cœur manqua un battement. Peut-être cessa-t-il même de battre pendant plusieurs secondes. Une foule de sentiments se bousculait en moi ; c'était comme un champ de bataille, un Hiroshima intérieur. Il y avait tellement de mots, tellement d'émotions différentes qui éclataient en moi que je ne les distinguai plus les unes des autres. Je restai sans bouger un instant, le souffle coupé par ces explosions que je pouvais presque entendre tout au fond de mon âme.

Le calme avant la tempête.

Puis j'eus chaud, très chaud. Si chaud que l'air me brûlait la peau, le visage, les poumons. Ma respiration s'accéléra, la cabine me parut rétrécir, je suffoquai, tremblai… Je me sentis emprisonné, coincé, il fallait que je sorte, il fallait que ça sorte ! Le sang bouillait dans mes veines, frappait contre mes tempes avec une frénésie incroyable. Et sans ne plus rien contrôler de mes gestes, j'agrippai ma tête des deux mains, les crispant si fort qu'elles m'en faisaient mal. J'aurai voulu m'arracher les cheveux, me briser le crâne, griffer cette peau qui me brûlait encore, toujours, tellement …!

- Aaaaaaaaaaaah !

Balançant mon poing contre la vitre, je hurlai comme un dément jusqu'à ce que ma gorge s'enflamme. Jusqu'à sentir le goût du sang dans ma bouche. Jusqu'à ce que tous ces sentiments se soient échappés.

Rage.

Jusqu'à ce que mes poumons soient vides. Jusqu'à en avoir la tête qui tourne. Jusqu'à avoir envie de vomir.

Dégoût.

Exténué, je m'écroulai par terre. Il a choisi, finalement ! Ce n'est pas ce que tu voulais ? Je… NON !

Je repliai mes genoux contre mon corps, et les serrai comme si ma vie en dépendait. Doucement, ma respiration et mon rythme cardiaque ralentirent. Ma gorge se serra.

Il a choisi…

Une larme roula sur ma joue…

et il a décidé de t'abandonner.

…Puis une autre, et encore une autre… Toutes mes forces s'envolèrent aussi vite qu'elles étaient apparues. La chaleur disparut, et le froid s'engouffra dans la cabine aussi facilement qu'en mon cœur.

Désespoir.

Dehors, la pluie continuait à tomber, insensible. Je laissai un doigt glisser sur la buée sans vraiment m'en rendre compte, fermai les yeux, et resserrai un peu plus mon étreinte autour de mes jambes. Un gémissement de douleur, dernier souffle de vie, se fraya un chemin jusqu'à mes lèvres et acheva de me déchirer l'âme.

- Shou…

°O°O°O°O°O°

A suivre...


(0) Allô ?
(1) « à plus ! »
(2) J'ai supposé que Shou sans lentilles avait les yeux bruns parce que sur les photos où il est le plus naturel ils sont de cette couleur, mais comme Monsieur Lentilles en porte presque tout le temps, chui pas vraiment sûre de mon coup...