NUMBERS TRILOGIE: "PASSE, PRESENT, FUTUR"

Disclaimer: les personnages ne m'appartiennent pas, ils restent la propriété de leurs créateurs. J'écris pour le plaisir et ne perçois aucune rémunération.

Genre: slash PG-13 / NC-17, romance + un poil de drame + un zeste d'humour

Pairing: Don / Charlie

Remarques de l'auteur:

Don et Charlie ont 5 ans d'écart et dans ma fic ils ont 35 et 30 ans (leurs deux anniversaires seront les vraies dates de naissance des acteurs)

Les flash-back sont en italique, de même que les pensées des personnages.

Les personnages de Carolina Johnson, Gabriella et Paolo Vezziano, Maggie, Daniel Repston, John Tanner et ses enfants Laura et Anthony sont des inventions de mon cru.

Allusion à plusieurs épisodes, AUCUN SPOILERS.

I - PASSÉ: "Un secret libérateur"

Résumé: Alan Eppes s'apprête à révéler à ses fils que l'un d'eux a été adopté...

Chapitre I - Gabriella Vezziano :

De grands yeux noirs, des yeux de biche, qui reflétaient la bonté, l'amour et l'intelligence. De longs et beaux cheveux noirs, légèrement ondulés. Une peau blanche, laiteuse, sans défaut. Un sourire magnifique, celui d'une jeune femme de 19 ans enceinte de 8 mois. Mais dans le regard, une sourde douleur...

Alan Eppes soupira en regardant cette photo: cette jeune femme, il l'avait rencontrée avec Margaret il y avait de cela plus de 25 ans, ils avaient été en contact pendant un peu moins d'un mois, mais jamais il n'avait pu oublier le visage radieux et en même temps si triste de Gabriella Vezziano...

Flash-back

Alan et Margaret Eppes, après plusieurs tentatives infructueuses, avaient décidé de faire une demande d'adoption. Alan n'était pas très partant au début, mais Margaret lui avait dit : "Puisque Dame Nature n'a été guèregénéreuse avec nous, il vaut mieux accueillir un enfant déjà tout fait. Je ne nous vois pas essayer des traitements et fécondations in vitro à n'en plus finir... Ils ne présentent aucune garantie de réussite et je n'ai aucune envie que nous y laissions notre santé."

Ils s'étaient donc lancés dans la procédure d'adoption, avec des étapes plus ou moins joyeuses: interrogatoire serré par des assistantes sociales ("Pourquoi voulez-vous adopter ? Etes-vous sûre, Madame Eppes, d'être vraiment stérile ? Et vous, Monsieur Eppes, l'incapacité à concevoir un bébé vient peut-être de vous ?Saurez-vous élever convenablement l'enfant qu'on vous confiera ? Gagnez-vous correctement votre vie ?"), des tas de formulaires à remplir, la visite d'une assistante sociale à domicile pour juger du lieu de vie des parents potentiels, et enfin l'examen du dossier par une commission d'adoption qui délivrait le fameux sésame, c'est-à-dire l'agrément d'adoption.

L'assistante sociale qui défendait leur dossier devant la commission, Carolina Johnson, était ressortie de la salle d'audience rayonnante. En la voyant, les Eppes avaient bondi de leur siège et Margaret lui avait sauté au cou, les larmes aux yeux, en murmurant "Merci... Merci..."à s'en étrangler. Carolina repoussa gentiment Margaret et, regardant le couple, leur dit d'une voix un peu plus grave qu'à l'ordinaire:

"Je sais que je ne devrais pas vous en parler et encore moins le faire, puisque je suis tenue au secret professionnel, mais il y a une personne que je voudraisvous présenter."

Et c'est ainsi que Carolina Johnson, jeune femme blonde aux cheveux courts, d'allure sportive mais féminine, avait mis les Eppes et Gabriella Vezziano en contact. Cette dernière, étudiante, avait eu une aventure avec un bellâtre de son campus qui s'était empressé de la larguer lorsqu'elle lui avait fait part de sa grossesse. Ses parents l'avaient tout d'abord exhortée à avorter - même si cela leur en coûtait de prononcer de telles paroles - en arguant qu'elle était trop jeune pour être mère, qu'elle allait gâcher son avenir et qu'elle aurait ainsi des difficultés à mener à bien des études. Gabriella avait refusé de sacrifier son bébé, elle voulait qu'il vive, aussi avait-elle pris rendez-vous avec une assistante sociale pour lui faire part de sa - déchirante - décision de faire adopter son enfant.

Carolina avait été très émue par l'histoire de la jeune femme et très impressionnée par la détermination et la maturité dont elle faisait preuve. A 19 ans, c'était encore une enfant mais en même temps on sentait qu'elle deviendrait une femme formidable, de celles que l'on n'oublierait pas et que l'on souhaiterait avoir comme amie. Gabriella l'avait suppliée de la laisser rencontrer les couples qui seraient susceptibles d'adopter son bébé, elle voulait savoir à qui elle allait confier pour toujours ce qu'elle avait de plus précieux. Carolina avait cédé aux supplications de la future mère, malgré les risques encourus. En effet, la loi interdit de mettre en rapport les mères qui abandonnent leurs enfantsavec les couples candidats à l'adoption, et Carolina avait heureusement pu compter sur une de ses collègues, émue elle aussi par l'histoire de la jeune étudiante, pour les aider à chercher le couple qui élèverait l'enfant.

L'assistante sociale emmena donc les Eppes dans l'autre partie du bâtiment, réservée aux femmes qui confiaient leurs enfants à l'adoption - Carolina détestait le terme "abandon", elle avait appris par expérience qu'une mère ne se sépare jamais de son enfant de gaieté de coeur sauf en de rares exceptions. Au moment où ils arrivaient à destination, une porte s'ouvrit, et un homme et une femme sortirent rapidement de l'un des bureaux, l'air scandalisé. Le couple passa près du petit groupe sans lui jeter un seul regard et disparut au détour du couloir. Une autre femme sortit à son tour de la pièce et, en voyant Carolina, lui dit d'un air désabusé:

"Ta petite protégée a encore envoyé promener un couple, Carolina. Il va pourtant bien falloir qu'elle se décide un jour à choisir des parents pour son bébé, il ne restera pas éternellement dans son ventre !

- Je vous ai dit et redit que je ne les sentais pas ceux-là !, cria une voix mélodieuse et fâchée. "Vous ne les avez pas vus avec leur air suffisant et leur regard qui disait: "Et encore une fille-mère de plus ! Heureusement qu'on est là pour éventuellement élever leur progéniture, mais ça serait tellement mieux si ce genre de filles pouvait éviter de se faire engrosser à tout bout de champ!" Je ne confierai mon enfant qu'à un couple pour lequel je ressentirai une sympathie profonde, le genre d'intuition que seule une mère peut éprouver: savez-vous au moins ce que c'est que l'instinct maternel ?" lâcha la propriétaire de cette voix de femme-enfant, au moment où elle parvenait à la porte d'entrée du bureau. La jeune femme allait à nouveau parlerlorsque son regard se posa sur Carolina et le couple Eppes.

La collègue de Carolina Johnson, piquée au vif, ne prit même pas la peine de lui répondre et les laissa non sans avoir regardé auparavant les Eppes d'un air qui disait "Et encore un couple de plus qui va se faire jeter !". Mais elle ne putse retenir de lâcher à Carolina: "Si tu ne l'avais pas prise sous ton aile, il y a longtemps que j'aurais fait signer les papiers d'abandon à cette petite pimbêche !"

Carolina, pourtant habituée au tempérament parfois fougueux de Gabriella, était pour une fois restée muette devant tant de véhémence. Elle se reprit néanmoins pour empêcher la jeune fille de riposter et faire les présentations:

" Gabriella, ne fais pas attention à ce que vient de dire Maggie; elle a balancé ça parce qu'elle en a marre de voir défiler plein de gens. Mets-toi un peu à sa place, cela fait maintenant trois mois que tu recales tous les couples qui se présentent à toi... Et elle a raison quelque part... Il va bien falloir que tu te décides un jour à choisir des parents pour ton bébé ! Aussi laisse-moi te présenter Alan et Margaret, ils sont originaires de Pasadena, près de Los Angeles, et...

- Alan et Margaret comment ?, demanda Gabriella, un peu radoucie mais les nerfs encore à fleur de peau.

- Non, Gabriella, nous en avons déjà discuté plusieurs fois, et je ne reviendrai pas sur ce principe: PAS DE NOMS DE FAMILLE ! Je prends déjà un énorme risque professionnel en plus de faire une entorse à l'éthique de mon métier - "pas de contact entre les parents adoptifs et les parents biologiques".

- Tu n'as pas confiance en moi et en mes choix alors ? Tu as peur qu'un jour je regrette ma décision, et que je me mette à harceler ceux qui auront adopté mon fils, c'est ça, Carolina ? Dis-le !

- Mais non Gabriella, ce n'est pas que je ne te fasse pas confiance, seulement...

- Seulement quoi ?

- Mademoiselle Johnson est une assistante sociale formidable qui essaie juste de faire du mieux possible un métier difficile, l'interrompit une voix douce, celle de Margaret Eppes.

- ... euh..."

Margaret Eppes s'avança vers Gabriella et prit une de ses mains dans les siennes. "Toutes les mères souhaitent ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants, et c'est ce que vous essayez de faire... Mais Mademoiselle Johnson essaie aussi de faire ce qu'elle pense être le mieux pour tous ces petits garçons et toutes ces petites filles. Je ne peux pas savoir ce qu'une femme peut ressentir lorsqu'elle se retrouve contrainte àconfier son enfant à d'autres parents, mais je crois que je peux comprendre les sentiments et les émotions qui vous traversent en ce moment même."

Et Margaret, tout en faisant rentrer Gabriella Vezziano dans le bureau, lui raconta toutes les années passées avec son mari à espérer une grossesse.Elle lui confia ses chagrins, ses angoisses, et aussi ses disputes avec son époux...

Alan Eppes observait sa femme et la jeune fille, et il remarqua une fois encore l'empathie dont Margaret était douée: jamais il n'avait rencontré une femme aussi intuitive et compréhensive que celle qui était devenue son épouse. Ils s'étaient connus à 19 ans - l'âge de Gabriella justement - lors d'une sortie entre amis: la soeur d'Alan, Hilda, l'avait harcelé pour qu'il les accompagne, son fiancé, une amie et elle, à une soirée dansante. Alan avait fini par céder en disant à sa soeur qu'il ferait la conversation à son amie pendant quelques minutes et qu'il l'inviterait à danser deux ou trois fois, mais que ce serait par pure courtoisie. Lorsqu'il avait aperçu la jeune Margaret Eleanore Mann, il avait alors subitement oublié ses bonnes résolutions de politesse, et ne l'avait pas lâchée de la soirée, ce que ne manquèrent pas de souligner Hilda et celui qui allait devenir son beau-frère, Daniel Repston.

Trois ans plus tard, Alan Eppes demandait la main de Margaret: un bouquet de fleurs à la main, endimanché au possible, il était venu faire sa demande dans les règles de l'art à ses - futurs, il l'espérait de tout coeur - beau-parents. Ces derniers, qui appréciaient le jeune homme, ne purent s'empêcher de rire du pauvre Alan qui n'arrivait pas à prononcer trois mots sans rougir ni bafouiller. Le père de Margaret, qui avait voulu lui faire la scène du "père-de-famille-très-digne-qui-n'accorde-pas-la-main-de-sa-fille-au-premier-venu", avait renoncé devant la candeur désarmante de son futur gendre. Et par une belle matinée de juin, les amoureux s'étaient dit un grand "oui". Ils voulaient fonder une famille, mais pas tout de suite, avant de bercer un jour un petit ou une petite Eppes-Mann qui, ils en riaient parfois, "aurait les yeux d'Alan et les cheveux et le sourire de Margaret, ou bien l'inverse".

Pendant qu'Alan était plongé dans ses souvenirs, Gabriella et Margaret avaient discuté à bâtons rompus sous le regard bienveillant de Carolina Johnson: quel prénom pour l'enfant, quelle éducation souhaitaient-ils lui donner, pensaient-ils adopter un autre enfant plus tard, envisageaient-ils de lui révéler un jour son adoption ?

"Ne croyez pas que je veuille me débarrasser d'un poids, ou que je veuille vous décourager d'adopter l'enfant auquel je vais donner naissance dans un mois, dit Gabriella à Margaret et Alan. Je ne sais pas encore de quoi ma vie sera faite, mais si un jour j'ai d'autres enfants, je leur dirai qu'avant eux, il y a eu un petit garçon que je n'ai pu garder auprès de moi. Quant à l'enfant, j'aimerais qu'il sache qu'il a deux mamans et que celle qui lui a donné le jour l'aime même si elle n'aura pas pu le lui prouver autrement que par des objets."

Gabriella sortit alors de son sac une petite boîte en bois peinte, ornée de notes de musique, et la tendit à Margaret: "Lorsque j'ai découvert ma grossesse, ma première pensée a d'abord été d'avorter, mais j'ai fini par me dire que ce bébé n'avait pas demandé à être conçu et que je n'avais pas le droit de décider de sa vie ou de sa mort. J'ai donc choisi de le faire adopter, et un jour, lorsque vous jugerez le moment opportun, il découvrira le contenu de cette boîte."

Margaret et Alan Eppes regardèrent la jeune fille; Margaret se demandait si elle devait prendre ce que Gabriella avait à la main. Celle-ci reprit: "J'ai écouté votre histoire, vous avez répondu à mes questions avec autant de franchise que de gentillesse, et pas un seul instant je n'ai eu l'impression que vous me jugiez. Je crois que j'ai confiance en vous, vous saurez aimer et protéger cet enfant comme s'il étaitle vôtre".

Puis, se tournant vers Carolina: "Je les ai trouvés, enfin, les parents de mon petit Tonio Carlo".

Fin du flash-back

Alan Eppes revoyait encore le visage épanoui de Margaret et celui – radieux également mais un peu moins enthousiaste - de Gabriella, lorsqu'elle leur avait dit qu'ils étaient les parents qu'elle attendait pour son bébé, un petit garçon qui devait naître en mai. Il était venu au monde sous leurs yeux, Gabriella avait insisté pour qu'ils assistent à l'accouchement, ainsi que son frère Paolo, avec lequel elle avait toujours été très proche. C'était un beau bébé, qui était né avec quelques cheveux, et Alan Eppes s'était surpris à penser ce jour-là que ce petit garçon aurait probablement les cheveux de sa mère et pourquoi pas aussi ses yeux. Soupirant à nouveau, il rangea la photo dans la petite boîte qui contenait également une autre photo, une lettre et un pendentif, puis remit le tout dans le tiroir de sa table de nuit.

Margaret et lui avaient attendu que leurs fils soient suffisamment mûrs tous les deux pour leur parler de l'adoption. Avec Don, pas de souci, il en avait suffisamment vu et entendu au FBI pour être capable d'encaisser ce genre de nouvelle. Mais Charlie s'était révélé être un surdoué pour les mathématiques, et même s'il était très intelligent, en revanche sur le plan affectif il n'avait pas du tout la même maturité: lorsqu'il avait 25 ans, il avait la mentalité d'un adolescent de 15 ans et la mort de Margaret quatre ans plus tard ne l'avait pas aidé à grandir, bien au contraire. Cette douloureuse disparition était survenue alors que Margaret et Alan avaient enfin décidé de dire la vérité à leurs fils sur les origines de l'un d'eux. Mais aujourd'hui, Charlie allait sur ses 30 ans et Don sur ses 35, et Alan Eppes s'était dit qu'il serait grand temps de parler à nouveau de Gabriella Vezziano.