Epilogue - Trois jours plus tard

" Non mais c'est pas vrai ! Je ne vais jamais y arriver !" s'écria un Don exaspéré en refaisant son noeud de cravate pour la troisième fois devant la glace de l'entrée. Le coup de téléphone qu'il avait reçu de Megan Reeves quelques minutes auparavant aurait pourtant dû l'aider à se détendre. Sa collègue lui avait annoncé que le petit Charlie était sorti du coma et qu'avec une rééducation adaptée, il retrouverait normalement sa motricité. Par contre, il ne retournerait pas à l'école tout de suite: il était toujours en état de choc et les médecins voulaient s'assurer qu'il n'y avait aucune séquelle neurologique.

L'agent du FBI était nerveux, on était samedi soir, et il avait prévu de sortir... à condition que sa cravate arrête de jouer les rebelles ! Alan, qui entendait son fils pester depuis un moment, se décida alors à intervenir:

" Laisse-moi faire fiston... Dis-donc, Don, à te voir, on pourrait croire que je ne t'ai jamais appris à faire un noeud de cravate ! Et puis détends-toi, ce n'est pourtant pas la première fois que vous sortez ensemble !

- Je sais bien, papa, mais... Enfin... Si, c'est la première fois qu'on sort ensemble... en amoureux..."

Alan ne répondit pas à son fils, il comprenait parfaitement le trouble qui s'était emparé de Don: le stress du premier rendez-vous, il avait connu ça lui aussi avec Margaret, et son père - tout comme lui en cet instant - avait également dû lui donner un coup de main pour nouer sa cravate ! Une fois cette dernière correctement mise, Alan demanda à son fils qui vérifiait ses cheveux:

" Dis-moi, si c'est pas indiscret... Je peux savoir où vous comptez aller tous les deux ce soir ?

- Oh, on a prévu d'aller au resto puis de se faire un ciné. D'ailleurs, en parlant du restaurant, il faudrait que Charlie se dépêche, sinon on va être en retard et après ce sera la course pour aller voir un film ! Charlie ! T'es prêt ?

- Bouge pas Don, je vais aller voir... Si Charlie est dans le même état de nervosité que toi, je crois que mes services seront les bienvenus !"

Pendant que Don était en train de se battre contre sa cravate, le jeune mathématicien, lui, se trouvait dans la salle de bains à l'étage en train de batailler ferme contre... ses cheveux ! D'habitude, Charlie se contentait de passer la main dedans pour les démêler, ce qui lui donnait un petit côté "artiste", alors que cette fois il voulait être VRAIMENT coiffé correctement. Hors de question d'avoir une tête de "chien fou" pour sa première sortie en tête-à-tête avec Don ! Mais il était tellement nerveux qu'il n'arrivait à rien ! Alors qu'il désespérait d'obtenir un résultat satisfaisant, il entendit la voix d'Alan dans le couloir:

" Charlie ! Besoin d'un coup de main, fiston ?

- Oh que oui ! Les équations à six inconnues sont plus simples à résoudre que le problème posé par mes cheveux !

- Eh bien ! Heureusement que je ne suis pas sorti avant vous ce soir ! Vous auriez été bien tous les deux ! Don incapable de faire son noeud de cravate et toi qui n'arrives pas à te coiffer ! Vous êtes sûrs d'être adultes, tous les deux ? On dirait deux gamins !"

Et Alan, tout en parlant, avait fini par coiffer correctement les boucles de Charlie, lequel poussa un soupir de soulagement:

" Pfou... Merci papa... enfin... je... je ne sais pas si le terme de "papa" est encore approprié pour moi...

- Dois-je comprendre que tu voudrais m'appeler "beau-papa" maintenant, Charlie ?

- Euh... Pas spécialement, mais comme je sors avec Don... il se pourrait bien qu'à l'avenir, ça arrive...

- Non mais t'as pas bientôt fini de dire des bêtises ! s'exclama Alan en riant. Quoique... c'est vrai que maintenant j'ai comme qui dirait un "gendre" ! Et j'ai un sacré avantage par rapport aux autres beaux-pères: je dois probablement être le seul à connaître mon beau-fils sur le bout des doigts ! C'est vrai, qui à part moi pourrait se vanter d'avoir donné le biberon ou changé les couches de son futur gendre ? "

Pour toute réponse, Charlie pouffa de rire et sortit de la salle de bains, non sans avoir pu s'empêcher de lâcher un "bonne soirée, beau-papa !". Il inspira un grand coup avant de descendre les escaliers: ses cheveux étaient en ordre, sa tenue... bien. Charlie avait opté pour des vêtements à la fois habillés pour une soirée et décontractés: une chemise blanche, un jean noir qui faisait pantalon de ville, une veste noire, et des chaussures de ville. Si on lui avait dit qu'un jour il serait nerveux à l'idée de sortir avec Don !

flash-back

Après sa discussion quelque peu animée avec Don dans le jardin, Charlie était revenu avec celui-ci vers la maison. Ils avaient aperçu Alan qui les regardait avec inquiétude. Les trois hommes avaient échangé quelques paroles avant de rentrer dans la maison. Ils avaient mangé leur dessert en silence, puis s'étaient mis d'accord tous les trois pour crever l'abcès une bonne fois pour toutes.

Ils s'étaient exprimés chacun leur tour, surtout Charlie: il avait d'abord été abasourdi, puis révolté, et enfin perdu. Pour ce qui était de son adoption, il saurait y faire face, il n'était très certainement pas la seule personne dans ce cas. Le jeune mathématicien avait également émis le désir de rechercher un jour sa mère biologique, lorsqu'il serait prêt à le faire. Alan lui avait assuré qu'il serait toujours son petit garçon "à la bosse des maths grosse comme un oeuf de pigeon" et que la maison où il avait grandi serait toujours son foyer... surtout maintenant qu'il en était le propriétaire !

Puis Alan était parti se reposer dans sa chambre, il avait eu assez d'émotions pour la journée et il n'avait plus vingts ans. Charlie et Don s'étaient alors retrouvés seuls dans la salle à manger. L'agent du FBI était embarrassé, il avait avoué ses sentiments à l'homme qu'il aimait mais ignorait tout de même à quoi s'en tenir. Le mathématicien lui avait répondu qu'il ne pouvait pas être très clair pour le moment vu que lui-même ne savait plus très bien où il en était ! Don lui avait demandé de sortir avec lui, mais en lui disant que ce serait en toute amitié, et que si les choses devaient se faire entre eux, elles se feraient. L'aîné avait eu à ce moment-là unregard plein d'espoir qui avait profondément ému Charlie, et celui-ci avait passé une bonne partie de la nuit à s'interroger sur ses sentiments pour Don...

Au petit matin, le mathématicien n'était toujours pas définitivement fixé, mais il savait déjà que son frère adoptif l'aimait vraiment et que lui aussi tenaiténormément à l'agent du FBI. Il avait cogité sur cette drôle d'équation - "Charlie + Don ??"- pendant deux jours entiers et ce n'est qu'à la fin de la seconde journée qu'il avait demandé à son aîné si une sortie "resto-ciné" en sa compagnie l'intéresserait.

fin du flash-back

"Charlie, ça y est, tu es prêt ? Parce que si tu ne te dépêches pas, on va être en retard au restaurant ainsi que pour le ciné ! Charlie, tu viens ?"

Don venait d'apercevoir le jeune homme. Charlie était on ne peut plus séduisant vêtu comme il l'était, et il avait un sourire... à tomber... L'agent du FBI sentit une légère rougeur apparaître sur son visage et il se gifla mentalement car des idées un peu "spéciales" étaient en train de germer dans son esprit...

Le jeune mathématicien descendit les escaliers et une fois en bas, il regarda plus attentivement Don: celui-ci était en costume-cravate comme d'habitude, mais ce soir il émanait de lui comme un charme particulier... Charlie sentit son pouls s'emballer, il éprouvait une irrésistible envie de l'embrasser et de se blottir dans ses bras... Les deux hommes se retrouvèrent face à face, et le mathématicien approcha timidement ses lèvres de celles de Don. Ce dernier avait deviné les intentions de son cadet, mais il ne voulait pas l'effrayer et encore moins lui mettre la pression. L'agent du FBI se contenta de répondre au baiser et quand Charlie l'enlaça, il referma doucement ses bras sur lui.

Alan était en train de descendre les escaliers lorsqu'il vit les deux hommes s'embrasser. Voyant l'étreinte se prolonger, il crut bon de faire redescendre les deux tourtereaux sur terre afin qu'ils ne se mettent pas en retard: il toussota afin de manifester sa présence. Charlie et Don cessèrent leur baiser, un peu confus:

" Oh, désolé, papa, on n'avait pas vu que tu étais là..., s'excusa Don.

- T'en fais pas pour moi, Don, vous n'êtes pas le premier couple que je vois s'embrasser ! Mais si vous ne vous dépêchez pas, je crois que vous pourrez dire adieu à votre soirée cinéma !

- T'as raison. Après toi, dit Don en ouvrant la porte à son cadet.

- Merci, Don.

- Bonne soirée, les garçons.

- Merci, papa."

Don et son père se regardèrent un instant, et l'agent du FBI ne put s'empêcher de murmurer "merci" à Alan: grâce aux révélations de son père, il pouvait enfin laisser s'exprimer ses sentiments, et il savait qu'avec Charlie, il avançait sur le chemin d'un amour possible...

FIN 1er VOLET