Légendes du Nouveau Monde


Episode 1 : Au Soleil Couchant


Quelque part au cœur de la jungle amazonienne un groupe d'oiseaux perchés sur la branche d'un arbre venait de s'envoler brusquement, effrayés par le passage d'un immense condor qui filait à grande vitesse dans le ciel bleu azur. A bord de cet étrange vaisseau, 3 enfants scrutaient l'horizon sur lequel le soleil commençait à tomber. Dans la cabine silencieuse depuis quelques heures, Esteban, Tao et Zia laissaient errer leurs regards sur la forêt qui s'étendait à perte de vue, à la recherche d'un quelconque signe du destin. Pichu, le perroquet de Tao dormait tranquillement sur le sol et Zia jouait distraitement avec une de ses mèches de cheveux, la mine inquiète.

La jeune inca finit par briser le silence si soudainement que les deux autres sursautèrent : « Où allons-nous ? »

Et c'était vrai…tristement vrai… ou allaient-ils ? Que leur restait-il à faire ? Toujours, ils avaient été guidés par les événements, les rencontres, les légendes. Désormais, après la découverte de la première cité d'or, ils se sentaient perdus dans l'immensité de cette forêt autant que dans l'immensité du monde. Ils avaient d'abord pensé suivre le soleil, celui là même qui les avaient guidés dans le pays inca puis dans le pays maya. Alors qu'ils fendaient l'air en direction de l'ouest ils sentaient que ce guide les abandonnait en même temps qu'il fléchissait dans le ciel.

Esteban qui pilotait l'appareil se tourna vers elle et résuma ce que tous trois savaient déjà.

« On suit le soleil vers le grand océan de l'ouest, le Grand Prêtre des Cités d'Or nous a dit que c'était là que se trouve l'Empire de Mû. C'est là-bas que se trouve la deuxième cité d'or. » Cette sensation qu'il avait déjà ressenti au cours des dix derniers mois et même au cours de toute sa vie lui revenait, la sensation de ne jamais être vraiment maître de son destin, de ne jamais décider, d'être condamné à suivre une prophétie qui annonçait son passage, planifiait sa vie. Il ruminait ce sentiment de frustration lorsque Tao reprit en soupirant :

"Ah il est beau le fils du soleil !"

"Que veux-tu dire Tao ?" répliqua Esteban.

"L'Océan est immense Esteban… et s'il reste quelque chose du continent de mes ancêtres, ce ne sont que des ruines… En plus tu te rappelles que le condor ne peut pas voler la nuit…Aaah Esteban, si cet océan est trop grand on ne pourra jamais le traverser !"

"J'ai confiance en la sagesse de tes ancêtres Tao. Ils ont sûrement envisagé cette situation", assura Zia.

"Ils envisagent… ils envisagent… et nous dans tout ca ? Qu'avons nous fait ? On a ravagé des temples, engloutit un village entier, détuit une cité d'or tout ça parce qu'une prophétie annonçait que des enfants arriverait un jour par la mer de l'Ouest ? Et s'ils se trompaient ? Et si ce n'était pas à nous de révéler les secrets des cités d'or ? J'aurais préféré ne jamais quitter Barcelone !" lacha Esteban.

"Il y a des dates, des lieux ça ne peut pas être un simple hasard ! Et puis vous avez les pendentifs non ?"

"Et si…"

"Enfin Esteban …"

Zia regardait Esteban. Elle savait ce qui le tourmentait vraiment.

"Je suis sur que ton père t'attend quelque part. Si tu marches sur ses traces je suis sûre qu'un jour…"

"Toutes ces choses que l'on a cherchées… Tout ça pour qu'à la fin …"

Esteban se rendit compte de sa maladresse et préféra ne pas achever sa phrase en voyant Zia tourner la tête pour que ses compagnons ne puissent voir son visage. Elle resta silencieuse un moment et Estéban espéra qu'elle ne l'avait pas entendu mais elle répondit finalement :

"Cela vaut quand même la peine de courir après ses choses…"

Esteban n'eut pas le temps de répondre car une violente secousse ébranla tout à coup la cabine du condor. La lumière du soleil déclinait dans le ciel maintenant doré et brûlant. L'oiseau d'or amorça sa décente vers le sol où la forêt avait maintenant fait place à des montagnes rocheuses découpées par des falaises abruptes. Esteban reprit ses esprits et tenta d'apercevoir un plateau pour atterrir. Le paysage désolé semblait se prolonger à l'infini mais ils finirent par distinguer une vaste surface plane qui se déroulait à l'horizon. Les yeux d'Esteban s'agrandirent.

"Aah… J'ai l'impression de connaître ce paysage … "prononça-t-il lentement.

"Ooh...Encore une de tes hallucinations…" commença Tao

"Non ! Moi aussi je reconnais cet endroit !" s'exclama Zia, "Regardez ! Là-bas ! »

Esteban tira sur le levier de commande et dans le soleil couchant, le Condor plongea vers le sol andin.

A une centaine de kilomètres de là, 2 hommes lourdement chargés avec des sacs avançaient péniblement le long d'un sentier qui s'enfonçait au cœur de la jungle. La nature avait commencé à reprendre ses droits et la route était à moitié recouverte par des racines et des plantes rampantes qui rendaient la progression difficile.

"Pouuu… des arbres, des arbres et encore des arbres … "gémit l'un d'eux. "Si on avait eu le condor on aurait quand même pu s'éviter tout ça ...Hé Sancho !", s'adressant à son compagnon qui venait de s'affaler sur lui épuisé de fatigue.

"J'en peux… peux … plus …"

Poussant son camarade qui finit par s'étaler sur le sol renversant le contenu de son sac, le plus grand des deux s'adressa à la silhouette qui marchait à quelques mètres devant eux et qu'ils tentaient de suivre.

"Dis Mendoza …" souffla-t-il dans un gémissement, "Tu ne crois pas qu'on a assez marché pour aujourd'hui ? C'est que j'en ai plein les pattes moi de cette forêt…"

"Oui… oui … on en a plein plein les papattes de cette forêt de mal…malheur… "bégaya son compagnon.

L'homme qu'ils interpellaient portait une longue cape et frayait un chemin à grands coups de sa longue épée. Celui-ci finit enfin par s'arrêter et se retourna pour contempler ses deux compères qui offraient un spectacle plutôt pitoyable. Il ne put s'empêcher de sourire face à cette scène parfaitement ordinaire pour lui.

"Allons, un peu de courage Pedro… si nous marchons vite nous atteindrons la côte avant la tombée de la nuit. Avec un peu de chance on finira bien par tomber sur un port ou un village pour nous reposer."

"Mais pourquoi ne pas être montés avec les enfants ils auraient pu nous prendre avec eux sur le condor…" commença Pedro

"Parce que nous n'allons pas au même endroit qu'eux, et en plus j'ai besoin de retrouver quelque chose ici… "Mendoza laissa en suspend sa phrase, il sondait dans les profondeurs de la forêt semblant y chercher un ennemi invisible. "Tu veux donc laisser cet or ici Pedro ?" reprit-il en désignant les blocs de métal précieux éparpillés sur le sol. L'homme désigné ouvrit grand la bouche d'un air coupable puis la referma et la rouvrit pour déclarer précipitamment :

"Mais…mais… mais pas du tout ! au contraire je l'emmènerais au bout du monde cet or !" il parcourut au pas de course la distance qui le séparait de son meneur.

"Hé, hé! At-At attends moi Pedro!" Se hâta de dire Sancho en rejoignant les deux autres.

...


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