Après avoir vu l'épisode 4x16 « Wilson's Heart », une vague de morosité m'envahit. Comme si ce n'était pas encore assez, je me fais tout de suite après le DVD de Contre-enquête (de Franck Mancuso), film tout aussi lugubre, pour finir les larmes aux yeux dans mon canapé. C'est alors que germe l'intrigue de cette fic dans ma tête, infiniment sombre et triste. Evidemment, c'est Huddy, mais pas le Huddy que l'on connaît. (Aucun spoiler de la saison 4)

Juste pour le geste

Chapitre 1

House se tenait debout, appuyé sur sa canne, dans une posture à demi cabrée qui lui est propre. Il se tenait dans le hall du Princeton Plainsboro Teaching Hospital, dans un coin. Le reflet de la baie vitrée dissimulait parfaitement son identité, voire sa présence. A travers cette vitre, il observait Cuddy. Elle tenait un dossier ouvert dans ses mains et en expliquait le contenu à un patient. C'était une vision ordinaire, d'une banalité absurde. Mais pas tant que ça. Si House restait caché, c'est parce qu'il savait que dès que Cuddy l'apercevrait, elle l'enverrait en consultation. Il devrait déjà y être depuis une heure. En fait, il la soupçonnait de trainer dans le hall pour l'attraper dès qu'il y pénètrerait. C'était un jeu, en quelques sortes, un jeu qui durait depuis longtemps. Trop longtemps.

Depuis peu, si House restait caché, ce n'était pas seulement pour échapper à sa redoutable patronne. C'était aussi pour la regarder alors qu'elle ne le savait pas. Pas seulement pour reluquer ses fesses et ses seins. Non, la reluquer n'était intéressant que lorsqu'elle sentait qu'il l'observait. Là, il voyait tout le reste. Cuddy était mère depuis trois mois à présent. Il se rappelait encore lorsqu'un an plus tôt, il la soupçonnait déjà d'être enceinte alors qu'elle-même n'en savait rien. Ensuite, elle n'avait pas pu lui cacher plus d'une semaine. Il supposait qu'elle était heureuse ainsi, c'était ce qu'elle avait toujours voulu. Au fond de lui pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était dommage. C'était dommage que cet enfant n'ait jamais de père. En attendant, il ne pouvait que la regarder. Elle était de nouveau mince, sa grossesse ne l'avait pas déformée d'un poil, bien au contraire. Pas de gigantesque prise de poids comme cela arrive parfois. Il la voyait appuyée de ses deux bras sur un bureau, sa posture révélant exagérément ses formes. Un corps de nymphe, comme toujours. Sur son visage, on pouvait lire une joie infinie, la joie d'avoir enfin réalisé son rêve. On pouvait aussi y lire, en y prêtant attention, de la fatigue. Beaucoup de fatigue. Elle avait accouché depuis trois mois et elle était déjà de retour au bureau, telle une acharnée. Extraordinaire. C'est le mot qui venait à l'esprit de House pour qualifier cette femme hors du commun, une femme qui aurait mérité bien plus que de faire un enfant toute seule. Mais il était trop tard pour se dire ça, maintenant que c'était fait. House ne regrettait rien. Lui, il n'aurait jamais pu lui procurer le bonheur d'avoir un enfant. C'était certainement mieux comme ça.

Enfin, il sortit de sa cachette. Il avait eu suffisamment le temps de la regarder. Presque à la seconde où il entra dans la clinique, elle l'aperçut et abandonna son patient précipitamment. Elle se dirigea vers lui, pas de doute, il s'était fait prendre.

« House ! Vous devriez être en consultation depuis une heure ! Il était temps que je revienne !

- Pourquoi ? J'ai fait mes consultations pendant votre absence !

- Dans ce cas, j'en conclus que vous le faîtes exprès pour me faire enrager quand je suis là !

- Alors vous connaissez la solution : ne revenez plus !

- House !!

- Quoi ??

- Consultations, tout de suite ! »

Il fit une moue désespérée, elle leva les yeux au ciel et lui flanqua un dossier dans les mains. Résigné, il prit la direction de la salle d'examen qu'elle lui désignait.

Les patients se succédèrent, des cas toujours plus ennuyants les uns que les autres. Il jetait des regards furtifs à l'extérieur de la salle d'examen de temps à autres, à travers les stores restés ouverts. Plusieurs fois, il aperçut Cuddy. Trop de fois. Elle patrouillait pour être sûre qu'il ne s'était pas enfui entre temps. Ca devenait obsessionnel ! Quoiqu'elle n'eût pas tout à fait tort, il avait essayé de s'éclipser une fois ou deux, sans succès. Il était dix-huit heures. Il était là depuis trois heures, c'était bon, il avait rattrapé son heure de retard. Qu'est ce qu'il pouvait détester les heures de consultation… Il s'apprêtait à sortir lorsqu'un nouveau patient entra. Un drôle de type, un sourire étrange plaqué sur le visage. House le dévisagea un instant : encore un timbré.

« Désolé, mais j'ai fini pour aujourd'hui. Allez voir le Dr. Wilson à côté…

- House ! (c'était Cuddy) Vous prenez ce patient !

- Mais j'ai fini depuis une heure déjà !

- Faux : vous finissez avec ce monsieur. Un point c'est tout !

- Pff, alors qu'est ce qu'il a, l'abruti ?

Cuddy ressortit de la pièce en ignorant l'insulte et ferma la porte derrière elle, satisfaite. Le patient braqua alors son regard pétillant sur le diagnosticien.

- Maux de tête à répétition depuis une semaine, nausées et insomnies.

- Ouach. On va aller loin avec ça !

Le petit homme, légèrement grassouillet, élargit son sourire narquois. Vraiment tordu ce type. House préfèra passer outre l'air moqueur de cet abruti et aller droit au but. Il n'avait pas envie de s'amuser là, il avait juste envie de rentrer chez lui au plus vite.

- Bon, commencez par arrêter de sourire comme un demeuré à longueur de temps, et ensuite prenez ça.

Il avait lancé sa réplique en griffonnant le mot « aspirine » sur une ordonnance, sans le regarder. Il lui tendit et releva son regard vers lui. Son sourire crétin était toujours affiché sur son visage. L'envie d'emplafonner sa face de rat dans le mur le prit soudainement, mais il se retint de justesse.

- Merci docteur !

Son ton enjoué l'exaspéra encore plus qu'il ne l'était déjà.

- Adieu. »

Façon à la House de signifier à la personne en face qu'il ne veut plus jamais la revoir. Ca n'eut pas l'air d'atteindre la cible considérée, mais House s'en contrefichait. Il se leva et quitta la salle d'examen. Il s'apprêtait à retourner chercher ses affaires dans son bureau à l'étage, puis plier bagage sans saluer personne, mais il aperçut Cuddy dans le hall, occupée avec un patient. Il se stoppa et regarda l'heure sur la pendule suspendue au mur. Dix-huit heures dix. Il jeta un regard sur le bureau d'accueil. Une pile de dossier attendait son tour, des patients attendaient patiemment qu'un médecin les prennent en charge. Il ramena son regard vers Cuddy. Ses traits étaient tirés, les cernes commençaient à se creuser sous ses yeux.

« Jolie femme, n'est-ce pas ?

House se retourna vivement. C'était l'autre abruti qui venait de l'interpeller. Il le regarda, son large sourire ne l'ayant pas abandonné. Un sourire presque… malsain. La face de rat tourna son regard vers Cuddy et la lui désigna d'un signe de tête. House revint sur ses pas et rejoignit son dernier patient à la porte de la salle d'examen. Il ne s'arrêta qu'à moins d'un mètre de lui, lui imposant sa taille. Il faisait au moins une tête de plus que lui.

- Je rêve ou vous êtes en train de mater la directrice de cet hôpital ?

Le ton de House s'était voulu sec et cassant, voire menaçant. Le petit homme lui sourit de plus belle. House se retint une fois de plus d'envoyer son poing dans la figure de ce crétin, qu'il savait maintenant pervers.

- Je vous conseille de ne plus jamais remettre les pieds dans cet hôpital. Et surtout, je vous conseille de ne jamais vous approcher du Docteur Cuddy, c'est clair ? »

Cette fois-ci, son ton était clairement menaçant. House lutta pour ne pas laisser transparaître la rage qui l'animait. Il vit des étincelles briller au fond des yeux du demeuré. Il ne savait pas trop ce que ça signifiait, et il s'en foutait. Lentement, le petit homme se dirigea vers la sortie de l'hôpital. House le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'extérieur. Celui-ci ne reviendrait pas de si tôt.

House se retourna de nouveau vers Cuddy. Elle était à l'accueil et composait un numéro de téléphone. Il s'approcha d'elle à grands pas, s'appuya sur le comptoir à côté du téléphone. Elle l'ignora et plaqua le combiné contre son oreille, attendant que son correspondant décroche.

« Allô ? Camille ? Oui, c'est moi. Ecoutez, je suis coincée pour le moment. Ca ne vous dérange pas de garder Tom encore une heure ou deux ? Vraiment ? Je vous remerc… HOUSE !!

- Oui ?

- Pourquoi vous avez raccroché ??

- Moi ?

- House…

Cuddy lui fit un regard sévère et désigna l'index de House posé sur la base du poste, ayant coupé la tonalité.

- Rentrez chez vous.

- Je vous demande pardon ?!

- Cuddy, vous êtes crevée ! Et comme d'habitude, vous allez être de mauvais poil demain matin et c'est sur moi que ça va retomber.

- Ce n'est pas ma faute si vous faîtes tout pour m'énerver dès le matin !

Pour toute réponse, House haussa un sourcil et lui lança un regard signifiant qu'il ne lâchait pas l'affaire pour autant. Cuddy soupira.

- Et qui va finir ici ?

Elle désigna l'ensemble de la pièce d'un geste circulaire de la main. House lui prit son dossier de son autre main et commença à en lire le contenu. Il se rendit à la salle d'attente et appela fortement :

- Madame Malinowski ?

- C'est moi, répondit une dame âgée.

- Je suis le Dr. House et je vais m'occuper de vous. Allez m'attendre dans la salle d'examen numéro 2.

La vieille dame se leva et suivit son instruction. Comme il l'avait deviné, Cuddy l'avait suivi jusqu'ici.

- House, qu'est ce que vous faîtes ?

- Ca se voit pas ? Je finis le boulot de ma patronne acharnée de travail !

- Pourquoi vous faîtes ça ?

House fit mine de réfléchir quelques secondes, fronçant les sourcils.

- Considérez que je prends de l'avance sur mes consultations ? proposa-t-il.

Cuddy resta quelques instants à le dévisager, incrédule. Mais House ne blaguait pas, son regard était sérieux. Alors, après un silence où leurs yeux ne se quittaient plus, elle céda.

- Merci.

House répondit par une moue dégoutée, il était allergique à toute les formules de politesse, et se dirigea vers la salle d'examen. Il ralentit avant d'y disparaître.

- Bonne soirée, Docteur Cuddy. »

Elle s'était déjà retournée et prenait une direction opposée à la sienne. Il lui jeta un dernier regard, par-dessus son épaule. Ca, c'était fait. Mais cinq secondes auparavant il ne rêvait que de rentrer chez lui, alors pourquoi ? Il sourit intérieurement. Pour le geste, tout simplement.

TBC…