« Potter ? » fit Snape d'une voix râpeuse, avant de regarder autour de lui. « Qu'est-ce que… »

Incapable de poursuivre, il s'interrompit et cligna des yeux plusieurs fois pour tenter de dissiper le brouillard qui l'entourait.

« Vous voulez un peu d'eau ? » demanda Harry.

Le sorcier hocha la tête, les sourcils froncés, peinant à reprendre ses esprits.

Le jeune homme lui tendit un verre d'eau et il en but quelques gorgées avant de tenter de se redresser. Il parvint à s'asseoir à moitié et renonça à aller plus loin. Son corps ne le suivrait définitivement pas aujourd'hui.

« Est-ce que je peux faire quelque chose ? » demanda Harry prudemment.

« Dumbledore… » grogna Snape « allez le chercher. »

Le garçon pâlit et il sentit son mal de crâne augmenter brusquement.

« Il n'est pas là, » répondit Harry. « Vous ne vous rappelez pas ? L'attaque de Mangemorts… la tour d'astronomie… »

Des images passèrent comme des flashs devant les yeux de Snape. Les souvenirs lui revinrent avec la brutalité de coup de masses sur le crâne.

« Maître, » commença-t-il, le mot épais sur sa langue.

« Non, s'il vous plait, pas de ça. Je préfère encore que vous m'appeliez Potter. Il faut que nous parlions, mais tout d'abord… comment allez-vous ? »

L'esclave lui jeta un regard sceptique et ferma les yeux un instant.

« Je survivrai, apparemment. »

Il semblait tout sauf ravi, et Harry grimaça.

« Est-ce qu'il y a quelque chose que je puisse vous apporter, ou faire ? N'importe quoi. J'ai tout un sac de potions que m'a donné Madame Pomfrey... »

Snape lui fit signe de le lui apporter et se mit à fouiller avidement parmi les flacons. Revitalisant… soins… parfait. Poppy avait pensé à tout.

« Avec votre permission ? » demanda-t-il au gamin qui le regardait, les sourcils froncés.

« Bien-sûr. Faites ce qu'il faut. »

Il ne perdit pas une seconde pour gober le contenu de quatre potions, avant de repousser le sac à regrets.

« Vous êtes sûr que ça suffira ? » demanda Potter d'un air sceptique.

« Je ne peux pas dépasser les doses, » expliqua Snape. « Rien d'autre avant plusieurs heures. »

« Oh. Comme l'aspirine. Hum… vous devez mourir de faim, qu'est ce que je peux vous apporter ? »

Il ne put s'empêcher de dévisager le garçon, suspicieux. Que lui valait ce changement d'attitude ?

« Du pain fera l'affaire, si c'est une option. »

« Nous avons mieux que ça, » fit Harry. « De la soupe, des légumes, du porridge, je crois qu'il reste un peu de gâteau… »

Secouant la tête, Snape plissa les yeux pour observer la pièce où il se trouvait. Ce n'était pas le Terrier, ni Poudlard, il en était sûr…

« Qui a fait la soupe ? » demanda-t-il dans l'espoir de recueillir un indice.

« Mme Weasley. Elle est bonne, vraiment. Nous avons un peu de tout, vous n'avez qu'à demander, Dobby pourra sûrement nous avoir n'importe quoi, d'ailleurs ! »

« Dobby ? L'elfe ? Nous ne sommes pas à Poudlard, » pensa Snape à voix haute.

« Non, mais il nous a accompagnés. Nous sommes de retour à Mist Shack, c'était l'endroit le plus sur. Je… je vous ai rendu votre chambre. Je suis désolé pour… avant. »

Mist Shack ? Sa chambre ? Snape tenta une nouvelle fois d'identifier les lieux, sans succès.

« Est-ce bien protégé ? » demanda-t-il. Il n'était absolument pas certain de pouvoir défendre l'endroit si les Mangemorts décidaient d'attaquer maintenant.

« Comme vous le savez, » fit Potter, visiblement étonné.

« Je regrette, » fit Snape en secouant la tête. Inutile de prétendre plus longtemps, la tactique ne lui attirerait que des ennuis. « J'ignore où nous nous trouvons. Je ne me souviens pas d'être venu ici auparavant. »

Il vit l'adolescent se figer à ses côtés, bouche bée. A l'autre bout de la pièce, la porte s'était ouverte et les deux autres membres du trio infernal s'étaient glissés silencieusement dans la chambre, l'observant comme s'il était un animal étrange susceptible d'exploser à tout instant. Rien à voir, cependant, avec l'ancienne crainte tout professorale qu'il leur inspirait, réalisa-t-il à regret.

« Mais… C'est Mist Shack, vous savez ? La cabane au bord de la mer. C'est chez vous, » tenta d'expliquer Potter.

Chez lui ? Ca n'avait aucun sens. Quelque part, dans sa mémoire, un vague écho lui répondit que le gamin ne mentait pas, mais il ne put rallier aucune connexion logique.

« Mes appartements se trouvaient à Poudlard, M. Potter, » fit-il prudemment. « Je n'ai pas eu d'autre logement fixe en dehors de Godric's Hollow, et cet endroit ne lui ressemble pas. »

« Non ! » s'écria Harry, « votre maison, celle que vous avez acheté après la mort de mes parents, avec votre première paie ! Une ruine, vous avez tout reconstruit, il y a un potager dehors… vous savez, au bord de la falaise ! »

Le gamin avait l'air presque désespéré, mais il n'y avait rien qu'il puisse faire pour cela.

« Je regrette, maître, » fit Snape. « Je n'ai pas la moindre idée de ce dont vous parlez. »

Potter sembla à la fois blessé et confus et il recula sensiblement dans son lit, anticipant la réaction de l'adolescent. Mais Granger, heureusement, s'était avancée pour poser une main sur l'épaule de son maître.

« Rappelle-toi ce qu'a dit Dobby, » fit-elle doucement. « Le professeur a effacé ses propres souvenirs. »

Effacé ses souvenirs ? Snape considéra un instant l'idée. Il se rappelait des cachots de Lucius, de sa trahison, de l'interrogatoire… il n'avait rien eu d'important à leur dire. Il avait prit ses précautions. Granger avait raison, il avait effacé toutes les informations compromettantes de sa mémoire, ne pensant de toute façon pas survivre la journée.

Apparemment, il avait du supprimer cette maison également. Il regarda autour de lui, tentant de trouver des indices. Le bruit de la mer, le bois de la charpente qu'il devinait, la pierre patinée… non, rien ne lui revenait. Il avait bien fait les choses.

Son regard flou se posa à nouveau sur les adolescents qui le regardaient, attendant sa réaction.

« Je regrette, cet endroit ne me rappelle rien. Je peux sentir que les sorts de protection sont en place, cependant. Je crains de ne rien pouvoir faire de plus pour l'instant. »

« Il n'y a rien à faire dans l'immédiat, » le rassura Granger. « Reposez-vous, professeur. Nous reparlerons quand vous vous sentirez mieux. A moins que vous ne préfériez avoir de la compagnie ? »

La réponse dut se lire sur son visage, car un instant plus tard, les deux garçons quittaient la chambre, suivis par leur compagne.

« N'hésitez pas à nous appeler si vous avez besoin de quoique ce soit. Vous êtes en sécurité ici, » ajouta-t-elle avant de refermer la porte derrière elle.

Au loin, il pouvait entendre le bruit étouffé de leurs trois voix qui débattaient probablement de l'intérêt de le garder en vie dans son état actuel. Parfait. Avec un peu de chance… mais non, il était revenu pour une raison.

Lily. Harry. Il devait se rappeler cela… expliquer au garçon… demain. Quand il aurait dormi. Demain serait un autre jour.

« Il ne se souvient pas de sa propre maison, » murmura Harry d'un air déprimé. « Si ça se trouve, il a oublié toutes les autres informations aussi. Il ne doit même plus savoir ce qu'est un horcruxe. Et le journal de Regulus ! »

« Harry, ce n'est pas si important, » fit doucement Hermione. « Nous lui réexpliquerons. »

« Tu crois qu'il a pu oublier que je… non, je suppose que non, » s'interrompit Harry.

« Que tu l'as frappé ? » suggéra la jeune fille. « Tu vas devoir le lui demander. »

« Ca devrait être une discussion intéressante, » grommela le garçon. « C'est mon père, bon sang. Je ne sais même pas par où commencer. Est-ce que ma vie pourrait être un minimum normale, pour une fois ? Je n'ai jamais été aussi horrible avec qui que ce soit, Hermione, je te le jure… et il faut que cette personne s'avère être mon père ! »

« Tu pourras toujours prendre l'excuse d'une crise d'adolescence difficile, » fit elle en tentant de sourire. « Je sais, Harry, la situation toute entière est horrible. Tout au moins, tu n'es plus sous l'emprise de ce sort d'Inimicus. »

Harry sentit ses épaules s'affaisser et dirigea son regard vers la fenêtre.

« Harry ? » demanda la jeune fille. « Harry ! »

« Je ne sais pas, Hermione ! Je sais que McGonagall a dit qu'il avait disparu, mais je le sens toujours… du moins je pense. Je sais tout ce qu'il a fait pour moi, je veux le lui rendre et faire au mieux pour lui, je sais qu'il n'est pas un traitre, que mon… que James a tout truqué, je sais tout ça. Je sais qu'il est mon père biologique. Mais… mais… je ne peux pas m'empêcher… je ne sais pas pourquoi, je voudrais le changer, mais je suis tellement en colère contre lui, et il n'y a plus de raison à présent… je ne sais pas quoi faire. »

Hermione resta un instant silencieuse.

« Je ne m'en serais jamais doutée, à te voir. Tu t'es très bien conduit avec lui, depuis son retour. »

« Je ne me suis pas forcé, je le pense. Je suis juste… en colère. Je peux la contenir, cela dit. Du moins, je crois. Je sais que ce n'est pas vraiment moi. »

« Nous devons en parler au professeur McGonagall, » fit Hermione. « Dès que nous en aurons l'occasion. Pour l'instant… je t'en supplie, Harry, fais de ton mieux. Tu as été très bien jusqu'ici. »

« Mais qu'est-ce que je vais faire, Hermione, sérieusement ? Sort ou pas, il reste mon esclave, ce n'est pas comme si je pouvais avoir une relation normale avec lui ! »

« Vous improviserez. Après tout ce qui est arrivé… j'ai confiance en vous. Vous allez vous en sortir. »

Harry, lui, était loin d'être aussi optimiste.

Personne, ce jour là, ne trouva le courage de lancer une discussion sérieuse. Tous mangèrent, se reposèrent et tentèrent de se préparer aux discussions à venir.

Le lendemain, cependant, Harry renonça à attendre qu'un meilleur moment se présente et alla trouver Snape qui reprenait des forces, doucement, du fond de son lit.

« Professeur ? »

« Je ne suis plus votre professeur, M. Potter. A moins que ce ne soit un nouveau nom que vous souhaitez me donner ? »

« Non, je… ne sais juste pas comment vous appeler. Qu'est-ce qui vous conviendrait le mieux ? »

« Je suis assez habitué à mon nom, » fit Snape avec une étincelle d'humour dans le regard.

« Snape, vous voulez dire ? Ou Severus ? »

« J'ai une préférence pour ce qui me tient lieu de nom de famille. »

« Ca semble juste un peu… irrespectueux, » fit remarquer Harry.

« Une notion qui n'a pas semblé vous déranger jusque là, » fit remarquer Snape.

Harry ne put s'empêcher de rougir.

« Je regrette. Entre autres choses. Tout ce qu'il s'est passé entre nous depuis mon anniversaire, professeur, je voulais vous dire… ce n'était pas entièrement de ma faute. Je le regrette vraiment, je me suis comporté comme un parfait crétin, mais il y avait une raison… j'aurais besoin de vous en parler, de ça et de pas mal d'autres choses. »

Snape hocha la tête en se redressant sur son lit.

« Vous sentez vous assez bien pour prendre l'air ? » demanda Harry.

« Tout dépend du type de voisinage… sommes-nous en pleine ville ? »

« Non, nous sommes sur la côte. De la lande, des falaise, une plage de galets en bas. Il n'y a personne à des kilomètres à la ronde. »

« Très bien. Dans ce cas, une sortie me semble envisageable, » acquiesça Snape.

« Couvrez-vous bien, il y a du vent dehors. »

Le sorcier jeta un regard incrédule à son maître. Harry Potter qui s'inquiétait qu'il prenne froid ? Voilà qui était nouveau. La main que lui tendit le jeune homme pour l'aider à se lever manqua de le faire avaler sa salive de travers. Il tenta de dissimuler sa surprise et accepta l'aide, tressaillant au contact de cette paume.

Potter semblait aussi mal à l'aise que lui, cependant, tandis qu'ils se dirigeaient vers la porte d'entrée.

« Ron et Hermione sont sortis pour nous laisser de l'air, » expliqua le jeune homme. « Si vous ne vous sentez pas bien dehors, nous pourrons discuter ici. »

Snape hocha la tête et suivit le garçon à l'extérieur de la petite maison. Potter n'avait pas menti, l'endroit semblait désertique et le paysage aride lui rappelait… de vagues souvenirs de moments paisibles au bord de la mer. L'air été chargé d'iode et le bruit des vagues s'écrasant sur la falaise leur parvenait d'ici. Le jeune homme du sentir sa curiosité, car il prit la direction de l'océan, en lui indiquant d'un geste de le suivre.

L'endroit était définitivement loin d'un paradis touristique, mais l'austérité de l'endroit lui plaisait, décida Snape. Il pouvait comprendre qu'il ait acheté cette petite maison ridicule au milieu de nulle part.

« Toujours rien ? » demanda subitement Potter.

« Pardon ? »

« La maison, tout ça… ça ne vous rappelle rien ? »

« Je regrette, non, » répondit Snape. « Mais je vois ce qui a pu m'attirer dans cet endroit. »

Harry hocha la tête.

« C'est apaisant, n'est ce pas ? J'aime beaucoup aussi. »

Ils restèrent un instant en silence, avant que le garçon ne décide de s'asseoir, lui indiquant de faire de même.

« J'ai beaucoup de choses à vous dire, mais je ne sais pas par quoi commencer, » soupira Potter.

« J'en suis à peu près au même point, » admit Snape. « Certaines choses importantes dont je dois vous parler risquent de vous sembler… déplaisantes. »

« Vous avez des choses à me dire vous aussi ? Des choses importantes ? »

Snape hocha lentement la tête, sans quitter le garçon du regard.

« Des choses que vous avez appris chez Malfoy ? » demanda Harry.

« Je crains que non. Certaines choses me sont revenues lorsque… eh bien, je présume que mon cœur a du cesser de battre suffisamment longtemps pour provoquer un état comparable à la mort, » expliqua Snape.

Potter le regarda d'un air incrédule.

« Vous avez un message de l'au-delà ? »

« C'est une façon de voir les choses. Je sais que mes paroles peuvent sembler assez difficile à croire mais…»

« Non, » interrompit Harry, « je vous crois. Ne serait-ce que parce-que j'ai plus ou moins le même genre de message, moi aussi. »

Snape resta un instant à le regarder.

« Avez-vous été blessé, M. Potter ? »

« Non, ce n'est pas tout à fait dans les mêmes circonstances. Mais il se trouve qu'à Gringotts, j'ai trouvé une pensine, contenant des souvenirs de mon… de James. Il y expliquait… pas mal de choses, qui en expliquent beaucoup d'autres. La raison pour laquelle vous et moi ne pouvions pas nous entendre, par exemple. »

« Vraiment ? »

Le garçon hocha la tête.

« Inimicus. Je ne sais pas si vous connaissez ce sort… »

« J'en suis familier, oui, » murmura Snape. « James l'aurait jeté sur l'un d'entre nous ? Non, les deux, plus probablement. »

« Exactement, » acquiesça Harry. « Et sa mort n'y a rien changé. Maintenant, le sort devrait avoir disparu… en principe. »

Snape chercha le visage du garçon et y trouva plus d'anxiété que de rancœur. Quelque chose avait définitivement changé chez lui, et pourtant…

« Vous me détestez toujours ? » demanda nerveusement le jeune homme, quand le silence s'étira de manière oppressante entre eux.

Severus prit un instant pour considérer sa réponse.

« Non, » admit-il finalement, « mais il est difficile de discerner ce qui a changé. Par ailleurs… vous êtes toujours mon maître, et le sort biaisera toujours notre relation. »

« Merlin, » souffla Harry, « vous n'allez certainement pas aimer ce qui va suivre. »

Snape se crispa, mais attendit.

« Dans la pensine, » continua le jeune homme, « il y avait tout un récit, en plus des souvenirs de James Potter. Ca vous concernait… vous, moi, ma mère… »

L'esclave hocha la tête sans dire un mot.

« Est-ce que vous vous en rappelez ? » demanda nerveusement Harry.

« Certaines choses me sont revenus lors de mon passage dans l'autre monde, » confirma Snape. « J'ai pu discuter brièvement avec Lily. Certaines révélations… »

Il s'interrompit, cherchant ses mots et luttant contre la fatigue.

« Vous savez, n'est-ce pas ? » demanda doucement le garçon. « Pour vous et moi ? »

Plus troublé qu'il ne voulait l'admettre, Snape leva les yeux pour rencontrer son regard. Le jeune homme était anxieux et soulagé à la fois.

« Oui, Harry, » acquiesça t il. « A présent, je le sais. »

Le jeune homme continuait à le fixer, l'angoisse visible dans son regard à présent. Sans un mot, il prit la main de son père, posée sur ses genoux, et l'inspecta pendant une longue minute avant d'y superposer la sienne.

« Je ne vous ressemble pas, » murmura-t-il, « je ne vous ressemblerai jamais. »

Snape regarda les doigts courts et carrés du garçon, si semblables à ceux de James Potter, et si différents des siens, longs et fins.

« Non, » admit-il, « James a bien fait les choses. »

L'amertume perçait à travers ses mots, le surprenant lui-même.

« C'est probablement mieux ainsi, » fit il en secouant la tête.

« Pourquoi ? Vous ne voulez pas que je vous ressemble ? »

« Je ne vois pas quelle personne saine d'esprit souhaiterait me ressembler. »

« Je suppose que je ne suis pas trop mécontent pour le nez, » murmura Harry avec un demi-sourire. « Mais je… je ne sais pas. J'aurais préféré… j'aurais voulu savoir… à quoi je devrais vraiment ressembler. »

« Ne pas avoir les gènes d'une longue lignée d'esclaves est probablement une bonne chose, » fit remarquer Snape. « je dois admettre que le résultat du mélange entre Potter et Lily est assez réussi. Il en aurait été heureux. »

Harry secoua la tête, incrédule.

« Comment pouvez vous prendre les choses de cette façon ? Vous devriez être furieux, ne serait-ce que pour ma mère ! »

Snape hocha la tête.

« Ce qu'a fait James à Lily était impardonnable… mais James aurait du me tuer pour la transgression que j'ai commise. C'était absolument inqualifiable. »

Une idée traversa subitement l'esprit d'Harry.

« C'est une trahison, n'est-ce pas ? Ca aurait du compter, pour le sort ! »

« En effet, » acquiesça Snape. « Mais Lily a trouvé un moyen de le contourner. »

« Comment ? »

L'esclave hésita un instant.

« Elle m'a ordonné de le faire. »

« Pardon ? » s'étrangla Harry. « Vous… elle… ce n'est pas possible ! »

« Ce n'était qu'un moyen de contourner le sort, Harry, » expliqua Snape. « Légalement, j'appartenais à James, mais en sa qualité d'épouse, Lily était également ma maîtresse et avait à peu de choses près les mêmes pouvoirs sur moi. Nous souhaitions tous les deux… ce qui est arrivé, mais le fait de m'ordonner de passer à l'acte m'a dédouané vis-à-vis du sort. Ce n'était qu'un simple tour de passe passe. »

« Mais vous l'aimiez, n'est- ce pas ? » demanda Harry, misérable.

« Plus que tout au monde, » répondit Snape sans hésitation. « J'aurais fait n'importe quoi pour elle. Même infliger cela à James. »

« Il a été horrible avec vous, » murmura Harry. « Je l'ai vu dans la pensine. »

« Seulement après, » soupira Severus. « Avant de nous surprendre en pleins ébats, James avait toujours été un très bon maître, compréhensif. Il ne méritait pas ce que nous lui avons fait. »

« Il aurait pu vous laisser, tous les deux. Il le savait. Il me l'a dit. Dans la pensine, il me l'a dit, il était… il regrettait ce qu'il avait fait. Et tout le reste aussi, Sirius en particulier. »

« Black ? » demanda Snape en fronçant les sourcils. « Que vient-il faire là-dedans ? »

« Vous ne vous rappelez pas ? Il vous a laissé avec Sirius, pendant que ma mère était enceinte. Apparemment, les choses se sont très mal passées. »

« Je n'en ai aucun souvenir, » admit Severus. « Mais cela expliquerait pourquoi nous n'avons jamais pu nous supporter une fois adultes. Notre mésentente à Poudlard n'était pas aussi intense… Cette pensine, est-elle toujours en votre possession ? »

« Oui, elle est dans la maison. Pourquoi ? Vous voudriez la voir ? »

« Je pense qu'elle peut contenir des souvenirs m'appartenant. Probablement beaucoup de choses déplaisantes, mais je préfèrerais cependant les avoir. »

« Je comprends, » acquiesça Harry. « Je vous la donnerai. »

Les deux sorciers se regardèrent un moment, la confusion visible sur leurs deux visages.

« Je regrette que vous ayez du apprendre tout cela, » fit finalement Snape. « Il aurait été souhaitable que ces informations restent cachées. »

« Non, je suis… certaines choses dans cette histoire sont horrible. Sordides. Je n'aurais jamais imaginé… mais… ça veut aussi dire que vous êtes là et que… eh bien, mon père est vivant, au final. Ca change beaucoup de choses. »

« Vraiment, M. Potter ? » demanda Snape. « Ne croyez-vous pas qu'il est un peu tard pour cela ? »

« Je suis sincèrement désolé pour ce que j'ai fait, » dit aussitôt Harry. « Vous frapper. Vous traiter de cette façon. J'étais tellement en colère… mais je n'aurais jamais du. Le sort y était certainement pour beaucoup, mais ça ne m'excuse pas pour autant. »

« Et maintenant ? »

« Maintenant ? Qu'est ce que vous voulez dire par là ? »

« Maintenant que le sort n'est plus en place, comment voyez vous les choses ? »

« Le… il… en fait… »

Le jeune homme prit une grande inspiration.

« Je ne sais pas comment vous le dire, mais je crois que le sort n'est pas parti. Pas tout à fait. C'est étrange parce que je vois les choses différemment, vous, ce que j'ai fait… mais malgré tout, je suis toujours très, très en colère. Il n'y a rien que je puisse faire contre ça, du moins pour l'instant. »

Snape recula machinalement et Harry grimaça.

« Je suis désolé, une fois de plus. »

L'esclave hocha la tête, mais sans le regarder.

Harry prit une grande inspiration, cherchant le courage d'annoncer ce qui restait encore le pire.

« Il y a autre chose. Et vous n'allez pas aimer ça, pas du tout. Seulement, ça pourrait expliquer des choses… et vous aurez peut-être une idée… »

Il s'interrompit, tentant de trouver une façon d'approcher le sujet sans faire fuir Snape à l'autre bout du pays.

« M. Potter ? »

« Vous pouvez m'appeler Harry, » fit ce dernier d'un air fatigué. « Et me tutoyer, aussi. Vous êtes mon père, après tout. »

« Harry, » reprit Snape, « Je t'écoute. S'il y a quelque chose que je puisse faire, je le ferai. »

Le jeune homme hocha la tête, tentant désespérément de croire que l'homme ne faisait pas cela par obligation.

« Vous vous rappelez de toute cette histoire d'horcruxes ? » demanda-t-il.

« Evidemment. »

« Eh bien, la bonne nouvelle, c'est qu'on en a localisé un autre. La mauvaise nouvelle, c'est que c'est moi. »

Le jeune homme ne put s'empêcher d'éclater d'un rire nerveux, la fatigue et la tension des derniers jours ayant raison de ses nerfs. Au bout de quelques minutes, il sentit une main se poser sur son épaule et releva les yeux, plein d'appréhension.

« Harry… »

La voix de l'homme qui était son père était blanche.

« Je suis désolé, » marmonna Harry.

« Pardon ? »

« Vous êtes coincé là dedans. Vous n'avez pas le choix. Vous êtes mon père et vous êtes mon… mon… »

« Esclave. »

« Oui. Et je suis un monstre. Je suis désolé. »

« Tu n'es pas un monstre, » soupira Snape. « Tu es mon fils, oui, et mon maître, et un jeune sorcier qui a plus de problèmes que quiconque ne devrait en avoir, à n'importe quel âge. Je savais, quand j'ai choisi de revenir, qu'il y avait quelque chose en toi de sombre. Dans un sens, je suis presque soulagé d'avoir enfin la réponse : ce n'est pas de toi que cela vient, mais de l'horcruxe… et j'ignore encore comment, mais nous allons trouver un moyen de t'en débarrasser. »

« Vous… avez choisi de revenir ? » fit Harry, stupéfait.

Snape ne put empêcher l'ombre d'un sourire de toucher son visage. De tout ce qu'il avait dit, c'était la seule chose que le garçon avait retenu. Il jouait à l'adulte, mais Harry n'était réellement qu'un adolescent, encore si proche de l'enfance…

« Oui. J'ai eu le choix. Lily m'a demandé de revenir t'aider, et j'ai accepté. »

« Vous auriez pu rester avec elle, » murmura Harry. « Vous auriez été libre. »

Snape hocha la tête.

« Pourquoi ? » demanda le garçon. « J'ai été horrible avec vous depuis le début ! »

« Tu ne te souviens pas du début, » objecta Snape. « Je t'en ai montré quelques images, mais tu ne peux pas te rappeler, tu étais trop petit. Je m'occupais tout le temps de toi. Tu ne te calmais que dans mes bras, tu n'acceptais de manger de légumes que si je te les donnais. Tu étais… plutôt intéressant, pour un bébé. Et quoiqu'il en soit, tu étais ce qu'il y avait de plus important pour moi avec ta mère. Le sort de James a changé ces choses, mais cela n'a plus d'importance à présent. J'ai un double devoir envers toi, et j'ai bien l'intention de les tenir. »

Oui, réalisa Harry, il avait un double devoir, en tant que père et esclave. Deux rôles qui n'auraient jamais du aller ensemble. Une situation qui n'aurait jamais du exister. Mais ils en étaient là, tous les deux, et ils allaient devoir en tirer le meilleur parti. Une chose était sûre à présent, il n'était plus seul, quelqu'un allait l'aider, quelqu'un qui savait ce qu'il faisait…

Il aurait pu, à cet instant, se laisser aller et prendre la main qui était restée sur son épaule. Il aurait pu tomber dans les bras de cet homme qui était revenu de l'autre côté du voile pour lui.

Il aurait pu, mais il ne le fit pas. Il chercha le regard de Snape et le fouilla pour y lire le calme, la lassitude, et, oui, quelque chose comme de l'amour que l'homme tentait de lui communiquer.

Mais de tout cela, il ne trouva en lui que l'écho de la lassitude. Snape allait l'aider et il en était reconnaissant. Reconnaissant et furieux à la fois. Son père le regardait, tentant de lui transmettre un peu de courage et de sérénité, et il avait envie, une fois de plus, de le frapper pour cela. Pour ne pas avoir été là avant. Pour avoir été à l'origine de tout cela en couchant avec Lily. En ne mourant pas. En ne comprenant pas plus tôt. En étant lui-même.

Il tenta de secouer ces pensées et s'efforça de sourire. Il était heureux que Snape soit là. Bien sûr qu'il l'était. Tout cela était derrière eux, comme il le disait.

Ils allaient trouver un moyen de détruire l'horcruxe et tout irait bien.

Tout irait bien.


Merci à tous pour votre patience ! La bonne nouvelle ? NaNoWriMo a commencé, et cette année encore je vais tenter de faire moitié moitié original fic/fanfic !Donc vous devriez avoir des chapitres de toutes mes fics en vrac bientot :-) et pour ceux que ca interesse, demandez moi par MP et je vous donnerai l'adresse où lire mes original fictions!

A bientot !