La lumière d'une vieille lampe à huile baignait Misty Shack d'une lumière douce, et seul le bruit de la radio à transmission magique se faisait entendre dans la petite maison.

Le calme régnait ce soir là, et si le repas fut pris dans un quasi-silence, le soulagement et la satisfaction étaient palpable dans l'atmosphère. Snape avait, pour la première fois en ces murs, mangé avec ses anciens élèves. Ses mouvements lents et hasardeux ne laissaient pas de doute sur le fait qu'il était encore faible et aurait besoin de beaucoup de repos, mais il était là, parmi eux, vivant… et c'était tout ce qui importait pour l'instant.

Les adolescents parlèrent peu, l'ancien professeur encore moins. Les questions, pourtant, brulaient les lèvres d'Hermione qui tentait fréquemment de capter le regard de Snape, sans succès. Dès qu'il eut fini son repas, l'homme se leva et fit mine de débarrasser la table, aussitôt arrêté par Harry.

Son fils, songea la jeune fille… c'était tellement improbable, tellement difficile à admettre. Elle peinait à imaginer la tempête qui devait faire rage dans l'esprit des deux hommes.

« Vous êtes fatigué ? » demanda Harry d'une voix nerveuse. « Votre lit est de l'autre côté, si vous voulez. »

Snape hocha la tête.

« y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ce soir ? »

« Reposez-vous, professeur, nous nous occupons de tout, » assura Hermione. « Il y a une lampe à huile dans la chambre, si vous souhaitez lire. »

« Merci. Avec votre permission, je vais me retirer. »

Des murmures de bonne nuit furent échangés, mais une heure plus tard, Hermione ne put s'empêcher de remarquer qu'un rai de lumière filtrait toujours sous la porte.

Discrètement, elle s'approcha de la chambre.

« Professeur ? »

Sa voix n'aurait pas suffit à réveiller l'homme, mais devrait être suffisante pour attirer son attention.

« Oui, miss Granger ? »

« Vous permettez que j'entre ? »

Une seconde de silence.

« Je vous en prie. »

Assis sur son lit, l'homme semblait très occupé à regarder dans le vide. Il avait vieillit, réalisa soudain Hermione ces derniers mois, Snape avait acquis une fatigue nouvelle dans ses traits, et quelques cheveux blancs. Rien de bien surprenant…

« Comment vous sentez-vous ? » demanda-t-elle en s'approchant.

« Fatigué, je suppose. Je regrette, je crains de n'être pas d'une grande utilité ce soir. »

« Ne vous inquiétez pas pour ça. Je crois qu'Harry vous a rendu votre baguette ? »

Snape hocha la tête.

« Je préfère ne pas lancer de sort pour l'instant, mais je la garde sur moi.»

« Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire pour vous, professeur ? »

Le sorcier tourna un regard las vers elle.

« Merci, miss Granger, mais j'ai simplement besoin de repos. Les potions de Mme Pomfrey feront le reste. »

Ce fut au tour d'Hermione de hocher la tête.

« Nous avons donné les papiers de Regulus au professeur McGonagall. Vous savez, ceux qui concernent le sort d'esclavage. »

« Je vois. »

« Si quelqu'un peut en sortir quelque chose, je suis persuadée que c'est… mais vous auriez peut-être préféré les étudier vous-même ? »

« Non, c'est une excellente idée. Je vous remercie, » fit Snape d'une voix plate vaguement polie.

Merlin, l'homme était tellement différent de celui qu'ils avaient connu toutes ces années…

« Professeur, puis-je vous poser quelques questions ? » lança Hermione, incapable de se retenir plus longtemps.

« Uniquement si mon maître m'autorise à y répondre. »

« Votre… mais… je croyais qu'Harry vous avait parlé ! » s'exclama Hermione.

« Les dernières révélations de James Potter ne changent rien aux faits, miss Granger. »

« Ce n'est pas… sain ! »

Le sorcier haussa les sourcils.

« Probablement. Il n'y a cependant rien à faire pour changer cela. Tout du moins, tant que le professeur McGonagall n'aura pas effectué une percée révolutionnaire sur un sort vieux de plusieurs milliers d'années. »

L'ironie était perceptible dans le ton, et Hermione serra les dents à plus d'un titre.

« Les choses vont changer, maintenant, » fit-elle.

« Croyez-vous, » murmura Snape.

« Vous ne pensez pas qu'Harry en soit capable ? »

« Je ne sais pas, miss Granger. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ? »

« Je vais vous laisser vous reposer. Je voulais simplement vous laisser ces papiers, ils concernent, eh bien… les horcruxes. »

Snape prit la liasse de parchemins qu'elle lui tendait et leur jeta un regard circonspect.

« Je crains de ne pas pouvoir lire correctement sans mes lunettes. »

« Oh, j'oubliais ! Accio lunettes ! »

L'instant d'après, une paire de lunettes volait vers la jeune fille qui les attrapa au vol avant de les tendre au professeur.

« Le professeur McGonagall les a laissées pour vous, elle les a trouvées dans votre bureau. »

« Merci, » fit Snape, le visage figé. « Je crains cependant de ne pas être d'une grande aide ce soir. Si cela ne vous ennuie pas, je me pencherai sur la question dès demain. »

« Bien entendu ! Reposez-vous bien, nous serons de l'autre côté si vous avez besoin de quoique ce soit. Vos potions sont ici. Je vous laisse tranquille, bonne nuit !»

Elle eut le temps d'apercevoir, en refermant la porte, que le professeur avait posé les feuillets sur la table de nuit sans y avoir jeté un regard et elle sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.

Les jours suivants se passèrent dans le même calme gêné et studieux, tandis que chacun tentait de trouver une place dans le nouvel ordre. Snape passait le plus clair de son temps dans sa chambre, navigant d'un pas peu assuré entre le lit et le bureau, tandis que les adolescents vaquaient à leurs occupations.

Le troisième jour, Hermione n'y tint plus et se décida à tenter à nouveau le dialogue.

« Professeur ? »

« Miss Granger ? »

L'homme était assis son bureau, ses lunettes sur le nez, des parchemins éparpillés sur la table.

« Avez-vous pu tirer quelque chose de ces documents ? »

« Rien de bien concluant pour l'instant. Regulus n'était pas un esprit brillant, même si ses recherches sont intéressantes. Une étude d'Albus aurait été plus utile. »

Il retira ses lunettes pour se frotter les yeux, visiblement fatigué.

« Il vous manque, n'est-ce pas ? » demanda doucement la jeune fille.

« Pardon ? »

« Le directeur. Il doit vous manquer terriblement. »

Le visage de Snape resta impassible, mais ses yeux semblèrent se durcir un peu plus.

« Nous étions assez proches, sa mort est une grande perte. »

« Je suis vraiment désolée… il n'aurait jamais du vous demander cela. »

« C'était le seul plan viable. »

« Malgré tout… »

« Avez-vous pu avancer de votre côté sur le sujet qui nous préoccupe ? » coupa Snape.

« Non, je n'ai rien trouvé de plus dans les livres. Les garçons non plus, pourtant ils y mettent du leur… incroyable, n'est-ce pas ? Je pensais que nous pourrions peut-être en parler ensemble ce soir, faire le point. Ils sont en train d'expérimenter des sorts de construction, à ce sujet… seriez vous opposé à ce que nous construisions une nouvelle chambre ? »

« Mon maître fera comme il l'entendra. »

« Ce n'est pas ma question… »

« Cela m'est totalement égal, miss Granger. Cette maison m'est totalement inconnue, bien que m. Potter m'ait informé de son histoire. »

« Je suis vraiment désolée pour cela aussi, » murmura Hermione. « Je… oh, je vous que vous avez lu le passage sur les horcruxes vivants. Que pensez vous des corrélations avec… attendez, je vais vous montrer ! »

Un instant plus tard, elle était de retour, un grimoire à la main.

« Voyez, ce passage. Je ne sais pas si un lien peut-être établi où s'ils se contredisent. »

Le sorcier observa un instant le grimoire avant de se retourner, avec un vague geste de la main.

« Je ne sais pas, miss Granger. Laissez-le moi, j'étudierai la question. »

« Mais pensez vous que l'un soit plus juste que l'autre ? »

« Comment pourrais-je le savoir ? »

« Vous avez forcément une opinion sur la question… »

« Merlin, miss Granger ! Ne pouvez donc vous pas me laisser me concentrer sur mon travail au lieu de demander des jugements à l'emporte pièce ? J'en attendais plus d'une élèves avec vos capacités, nous ne sommes pas en train de parler de tactique de Quidditch ! »

« Non, bien sûr, » fit Hermione, surprise. « Mais il s'agit d'une théorie assez basique, je pensais que vous… »

« Visiblement, cet esclave n'a pas le niveau intellectuel d'une Gryffondor de 6eme année, veuillez accepter mes excuses pour mon incompétence, » cracha Snape.

« Ce n'est pas du tout ce que j'ai voulu dire ! » protesta la jeune fille. « S'il vous plait, ne vous fâchez pas, je… »

Elle s'interrompit brusquement, relisant le passage incriminé, les sourcils froncés.

« Professeur, avez-vous vu l'auteur de l'article ? »

« Je n'ai pas fait attention, non. »

« Vraiment ? Regardez. »

A nouveau, elle lui présenta le volume. Snape lui jeta un rapide coup d'œil avant de détourner le regard.

« Le connaissez-vous ? » demanda Hermione.

« Je n'ai pas cet honneur. »

« Vraiment ? Vous ne connaissez pas Horace Slugghorn ? »

Elle vit la mâchoire de l'homme se contracter brutalement.

« Professeur, » reprit-elle doucement, « vous ne pouvez pas lire. »

« Miss Granger… »

Mais la phrase resta en suspens, le regard de Snape perdu à travers la fenêtre de la chambre. Quand il se décida enfin à la regarder, un air de profonde résignation était peint sur son visage.

« Je vous en prie, miss Granger, gardez cette information pour vous. »

« Depuis quand ? » souffla-t-elle.

« Mon dernier séjour au Manoir Malfoy a été plus éprouvant que mon maître ne l'a anticipé. »

« Fils. Votre fils, professeur ! La vérité, dites-moi la vérité, pouvez-vous lire ne serait ce qu'un peu, à la lumière du jour ? »

Il secoua la tête, une moue amère sur le visage.

« Vous prétendez simplement lire ces parchemins, depuis le début ? »

« Non, bien sur que non. J'ai utilisé des sorts de lecture. »

Hermione ferma les yeux un instant, sentant un poids lourd tomber sur ses épaules.

« Que pouvez-vous voir exactement ? »

« Des formes. Les variations de lumière. »

« Les couleurs ? » demanda la jeune femme.

« Non. Seulement des teintes de gris. »

« Je suis désolée, » souffla Hermione.

« Vous n'y êtes pour rien. »

« Pourquoi ne pas l'avoir dit à Harry ? »

« Il ne doit pas savoir, » siffla Snape. « Miss Granger, je vous le demande comme une faveur : promettez-moi de ne rien lui répéter ! »

« Je ne peux rien promettre, » protesta-t-elle. « Pourquoi voulez vous lui cacher cela ? »

« Je suis quasiment aveugle, stu…. Merlin, qu'est-ce qui vous échappe ? Dans cet état, je n'ai pour ainsi dire aucune valeur, aucune utilité. Je ne pourrai plus préparer de potion. Mon efficacité au combat sera très réduite. Il n'est pas question qu'Harry soit au courant… »

« Qu'est-ce que vous vous imaginez, qu'il va vous renvoyer chez Malfoy ? » demanda Hermione, abasourdie.

« En réalité, je n'ai pas de réponse à cette question. Qu'il souhaite me mettre à l'écart définitivement ou refuser de me laisser le protéger, les options sont vastes entre les deux… mais toutes inacceptables. M. Potter doit absolument penser que je suis simplement fatigué. »

« C'est totalement ridicule ! Harry ne vous ferait pas de mal ! »

« Vraiment ? » ricana Snape.

« Je sais qu'il vous a frappé, cette fois-la, et je ne l'excuse absolument pas, mais il a changé… il sait la vérité, à présent. »

« Il est aussi conscient que le sort d'Inimicus n'a pas disparu. »

« Mais il en est désolé, » fit Hermione. « Malgré cela, il a changé… il… »

« Il est sous l'emprise d'un sort d'Inimicus dirigé contre moi et se trouve être l'hôte de l'horcruxe d'un puissant mage noir. Mais vous avez certainement raison, j'ai tort de m'inquiéter. »

« je comprends, » soupira Hermione. « Simplement, il me semble qu'Harry a besoin de savoir ce genre de chose. Lui cacher des informations n'a fait que conduire à de parfaits désastres jusqu'ici. »

« Il s'agit de mon fils, miss Granger, » fit doucement Snape. « Mon fils. Je suis revenu pour lui. Laissez-moi le protéger, du peu dont je sois encore capable. »

A contrecœur, la jeune fille hocha la tête.

« Tant que je le pourrai, je me tairai. »

« C'est tout ce que je vous demande. »

« J'ai parfois l'impression que ça ne s'arrêtera jamais, » murmura Hermione.

« Quoi donc ? »

« Toutes ces horreurs. Chaque fois que j'ai l'impression que nous avons touché le fond, que nous avons atteint une sorte de trêve… quelque chose de nouveau arrive. »

« Certaines histoires prennent des chemins tortueux pour arriver à une issue heureuse, » fit Snape.

« Vous y croyez vraiment ? Pensez-vous qu'il puisse y avoir une fin heureuse à tout ceci ? Nous finissons par venir à bout de Vous-savez-qui, l'horcruxe d'Harry est détruit, le sort qui vous lie à lui annulé, et nous vivons tous une vie heureuse dans un monde en paix ? C'est ainsi que vous voyez les choses ? »

« Je ne les vois pas, miss Granger, » fit Snape avec un fin sourire.

« Merlin, je suis désolée, je… »

« J'ai parfaitement compris ce que vous vouliez dire. Je n'ai pas de réponse à cette question non plus, et je le regrette. La seule ambition d'un esclave doit être de servir celles de son maître, et de ne pas se préoccuper de lui-même. Dans notre situation actuelle, il me semble que nous sommes tous dans ce cas de figure. Albus disait qu'il faisait tout cela pour le plus grand bien… quoiqu'il en soit, notre seule option actuelle est de nous battre pour y parvenir, sans trop espérer pour nous même. »

« Pourtant, il y a tellement de possibilités… mais aucune ne ramènera ce qui a été perdu, n'est-ce pas ? Le professeur Dumbledore, Sirius… Lily. »

« C'est dans l'ordre des choses. Vous pouvez pourtant être certain d'une chose, miss Granger, c'est que contrairement à ce que craignez, les choses finissent par s'arrêter. D'une façon ou d'une autre. »

Hermione secoua la tête.

« Ne vous isolez pas. Je vous en prie. Harry a besoin de vous plus que jamais. »

« J'entends bien faire de mon mieux, » fit Snape entre ses dents. « Aidez-moi en tenant votre promesse. »

« Tant que ce sera possible, » acquiesça Hermione.

Et, posant délicatement le grimoire sur le bureau du sorcier, elle referma la porte derrière elle.

La construction de la nouvelle chambre semblait avancer de manière satisfaisante, et les trois adolescents dormaient désormais dans leur dortoir sommaire, de l'autre côté du salon. La configuration permettait plus de discrétion, et Snape ne fut pas étonné quand il entendit taper à la porte quelques nuits plus tard.

« Entrez. »

Sans surprise, ce fut Harry qui se glissa silencieusement dans la chambre, la démarche hésitante.

« Hum, je ne vous dérange pas ? »

La question faillit lui faire lever les yeux au ciel, mais il parvint à garder un visage impassible.

« Que puis-je pour vous, M. Potter ? »

« Harry, rappelez-vous. »

« Toutes mes excuses, Harry. »

« Je voulais… nous n'avons pas beaucoup l'occasion de parler. Je pensais qu'il était temps de faire quelque chose, peut-être. »

Que d'hésitations, pour un adolescent qui il y a quelques semaines à peine ne perdait pas une seconde à donner des ordres…

« Je t'écoute. »

« Je ne sais pas si je me suis vraiment excusé pour… pour tout, en fait. »

« C'est inutile… »

« Non, non, ce ne l'est pas. Ecoutez… je ne me cherche pas d'excuse, d'accord ? Mais ce sort, Inimicus, il me rend dingue. Vraiment. Je sais qui vous êtes, ce que vous êtes, je sais que vous n'avez pas réellement tué Dumbledore, qu'il était sûrement votre ami, je sais pour ma mère, pour James… et malgré tout, je n'y arrive pas. »

Snape sentit son estomac se nouer. Il ne s'était pas attendu à tant de franchise…

« Je veux que ça change. Je vais y arriver. Mais j'ai besoin de votre aide. »

« Tout ce que tu voudras. Commence par me tutoyer, si tu le souhaites. »

Mais le garçon secoua la tête.

« Non, ce serait un manque de respect. Je suis désolé, ce n'est pas très clair… je ne veux pas retomber… vous comprenez ? »

Oui, l'ancien professeur comprenait. Et il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de fierté pour son fils.

« Une autre suggestion ? » demanda-t-il à son maître.

« Peut-être… si ça ne vous dérange pas, j'aurais aimé voir plus de souvenirs. De nous, cette fois. Juste vous et moi. Peut-être maman aussi, mais pas… pas James Potter. »

Snape hocha la tête.

« Une idée en particulier ? »

« Non… vos moments préférés, peut-être ? Si vous en avez. Je ne veux pas dire… je sais que je suis un pauvre type, mais quand j'étais bébé… »

« Harry, » interrompit Snape, « j'ai de nombreux très bons souvenirs te concernant. Je suis à ta disposition. »

Déglutissant péniblement, le garçon hocha la tête et s'installa face à son père. Cherchant son regard, il formula le souhait silencieux de voir ces fameux souvenirs d'un bonheur oublié.

Aussitôt, il fut pris dans le tourbillon familier.

« Là, au dessus, pose le bloc dessus. Voila, très bien, doucement. »

Le jeune homme aux cheveux noirs faisait preuve d'une patience qu'Harry ne lui connaissait pas tandis qu'il montrait aux bébé comment empiler ses cubes. Quand il y parvint enfin, l'enfant lui adressa un sourire désarmant, et le sorcier le lui rendit.

« C'est très bien Harry. Un autre ? »

Le bébé se concentré férocement, ses petits sourcils froncés, mais sa coordination n'était pas encore suffisante et la pile de cubes s'effondra. La déception était visible sur son visage.

Aussitôt, la jeune version de Snape le prit dans ses bras.

« Ce n'est rien, c'était déjà très bien. »

Le bébé se laissa un instant aller dans son étreinte avant se mettre à gigoter pour se tourner vers les cubes.

« Acore ? »

« Tu veux réessayer ? Très bien. Vas-y, je te regarde. »

Cette fois, le premier bloc fut posé du premier coup, et le deuxième ne manqua sa cible que de peu. Un sort discret suffit à le stabiliser sur la pile, et Harry se retourna vers son baby-sitter en souriant jusqu'aux oreilles.

« Bravo ! C'est excellent, Harry ! Tu es persévérant, comme ton papa, il serait fier de toi ! »

Une petite main vint atterrir sur sa joue.

« Je sais que je le suis, moi, » fit doucement Snape.

Et il l'était. Harry, à des années de là, pouvait ressentir toute l'affection et la fierté que l'homme avait pour ce bébé qui n'était pas le sien… pensait-il.

Mais tout le monde, apparemment, ne pensait pas de la même façon. Quand une nouvelle vision se dessina, Snape se trouvait à Diagon Alley, un bébé sur le dos bien installé dans un porte bébé. La vue de Severus, même plus jeune, avec un tel équipement avait quelque chose de tout à fait surréaliste, songea Harry.

Le sorcier était concentré sur les ingrédients de l'étal du magasin et ne semblait même pas remarquer que le bébé lui tirait les cheveux à pleines poignées, babillant joyeusement.

« Vous pouvez laisser le petit ici, si vous voulez, » suggéra le vendeur de la boutique en montrant un parc à bébé.

« Ca ira, » répondit machinalement Snape, en serrant une menotte de l'enfant pour l'assurer qu'il ne l'avait pas oublié.

« Il est sage, vot' gamin, » fit le vendeur, amusé. « Y' en a qui braillent tout le temps. Je sais pas comment font les parents. »

« Hum, » fit Severus sans lever le nez de la marchandise. « Il est assez sage. Il a l'habitude des sorties. »

« Avec un papa Maître des Potions, je me doute. Les ingrédients, hein. Il vous ressemble, en tout cas. Peut-être un futur client ! »

Snape jeta un regard incrédule vers son reflet dans la vitrine. Par-dessus son épaule, une petite tête brune lui souriait, et il ne put s'empêcher de rendre le sourire. En cherchant bien, on pouvait imaginer une ressemblance…

« Peut-être, » fit-il prudemment. « Mais plus probablement attrapeur de quidditch, » conclut-il en empêchant à temps la main du bébé de se refermer sur une queue de Niffleur desséchée qui pendait.

La scène changea à nouveau et Harry put voir un salon éclairé doucement d'une bougie, un grand sapin de noël dressé en son centre. Snape avançait sans bruit vers la femme qui se tenait assise là, sur le tapis, dévorant le tas de cadeaux du regard. Sur ses genoux, un bébé aux yeux émerveillés contemplait la scène avec elle.

« Lily, il n'est même pas quatre heures du matin, » murmura Severus.

La jeune femme et le bébé se retournèrent d'un même mouvement, avec un même sourire. Harry lui tendit aussitôt les bras et Snape le prit, avant de s'asseoir aux côtés de Lily.

« Je sais, » fit la jeune femme, « mais je n'ai pas pu m'empêcher. Harry s'était réveillé de toute façon. Son premier noël ! Et regarde comme c'est beau ! »

Severus hocha la tête et, levant sa baguette, illumina le sapin d'une multitude d'étoiles. Un petit cheval à bascule se mit à danser et le bébé poussa un cri de joie, tentant de l'attraper. Ravi, l'enfant se retourna soudain pour lui passer les bras autour du cou, enfouissant son visage dans son cou.

A ses côtés, Lily, les yeux mi-clos, avait posé sa tête sur son épaule.

Cet instant, sentit Harry, avait été le moment le plus parfait, le plus précieux de la vie de l'homme.

La scène disparu, à son grand regret, et Misty Shack réapparut, si sombre et terne en comparaison. Réalisant qu'il avait les yeux humides, le jeune homme passa rapidement une manche sur son visage.

Quand il osa enfin lever les yeux vers Snape, celui-ci semblait à la fois plus fatigué et plus détendu tandis qu'il le regardait d'un air rêveur.

« Je regrette qu'il n'y ait pas eu plus de ces noël, » fit l'esclave. « J'imagine que les Dursley avaient un sens de la fête différent. »

« On peut dire ça, » murmura Harry. « Mais il y aura le prochain. Peut-être qu'on pourrait… je ne sais pas, si on est encore vivant, tous, on pourrait essayer de faire un vrai noël. Avec un sapin et… »

Il s'interrompit, incapable d'imaginer ce qui pourrait transformer leur situation actuelle en ce noël parfait des souvenirs de Snape.

« C'est une excellente idée, » fit l'homme. « Souhaites-tu voire d'autres souvenirs ce soir ? »

Harry secoua la tête.

« Ca sera dur de faire mieux, pas vrai ? »

Un fin sourire effleura les lèvres de Snape.

« Une autre fois, » continua Harry. « Et je vais y arriver, vous savez. Le sort, l'horcruxe, tout ça. Je vais m'en débarrasser. Même si ça prend du temps, ça ne durera pas éternellement. »

« Ce n'est pas le plus important pour l'instant, » fit Severus. « Mieux vaut se concentrer sur la guerre et les moyens d'en finir avec Voldemort. »

« Je sais, je ne suis pas stupide, mais c'est important pour moi. Vous êtes censé être mon père, vous devriez comprendre ! »

« Je comprends, » répondit Snape. « Mais le sort du monde… »

« Le sort du monde ! Vous êtes bien comme tous les autres, » cracha Harry en faisant un pas en arrière. « Il n'y a que ça qui compte, pas vrai ? Que je tue Voldemort, que je fasse mon travail, que je sois le type qui fait le sale boulot, que je trouve des solutions ! Même Dumbledore, même vous… il n'y a vraiment que ça qui vous intéresse ! »

« Ce n'est pas vrai, » protesta Snape mais Harry avait déjà tourné le dos.

« Laissez tomber. Je vais me coucher. Et ne vous inquiétez pas, je me remets au travail dès demain. »

La porte se referma, laissant Severus médusé. Tous les adolescents avaient ces changements d'humeur, tenta-t-il de se raisonner.

Tous les adolescents du monde, et Harry avait plus de raison qu'un autre d'y être sujet. Demain, il s'excuserait auprès de son maître pour ses paroles déplacées. Demain, quand le garçon serait mieux disposé.

Pour l'heure, il ne pouvait rien faire de plus que de dormir, tentant de se remémorer la voix hésitante qui, quelques minutes plus tôt, lui avait promis que tout irait bien… et d'ignorer le filet glacé qui semblait glisser le long de sa colonne vertébrale.


Merci à tous pour votre patience, j'ai mis un moment à vous donner un nouveau chapitre! Life, life...

Cela dit, une bonne nouvelle: une version en anglais existe depuis quelques jours ! Grace à Dash11, 3 chapitres sont déja traduits et en ligne ! En espérant que ce chapitre vous aura plu... et je vais essayer de promettre de mettre moins de temps pour le prochain :-)