Bonjour bonjour!

Eh oui, je suis toujours en vie... Et me revoilà pour une nouvelle fic, écrite en collaboration avec Tallia (pour ceux qui connaissent, elle a publié un texte dans les "Chroniques" d'Alixe). Cette fic est beaucoup plus ambitieuse que celles que j'ai pu écrire auparavant, mais nous la mènerons à bout en essayant de ne pas vous faire trop attendre entre les chapitres...

L'objectif, donc, ici, est de raconter la vie, à Poudlard et peut-être après, des Maraudeurs, de Lily et de Rogue. Nous avons tenté de respecter au maximum les indications de JKR, que ce soient celles du livres ou les plus de ses interviews ou de son site internet, mais j'avoue que nous avons quand même pris quelques libertés, en particulier en ce qui concerne les parents de James... Et malgré nos 4 mains, nos 2 cerveaux, nos relectures, nos brouillons, nos dossiers et nos tableaux, il est possible que certaines choses nous aient échappé! Auquel cas, j'espère que ça vous plaira quand même, mais n'hésitez pas à nous le signaler.

Enfin, un merci et un clin d'oeil à Alixe, pour ses conseils et sa première relecture... Si vous ne connaissez pas ses fics, courrez les dévorer!

PS: Bien sûr, rien n'est à nous...

Et bonne lecture!


Prologue

Devant la grille imposante, ils marquèrent un temps d'arrêt. Instinctivement, Peter se colla un peu plus contre la jupe de sa mère.

- Je ne veux pas y aller, fit-il d'une petite voix.

- Mon chéri, on en déjà parlé. Je dois aller à la boutique aider ton père.

- Je voudrais aller avec toi.

Sa mère soupira. Elle l'avait déjà eu, cette conversation.

- Tu es encore un peu jeune. Quand tu seras plus grand.

Peter prit une moue boudeuse.

- Et puis, tu l'as déjà rencontré, continua-t-elle. Tu ne t'en souviens pas, mais vous vous étiez bien entendu.

Levant la main, elle fit tinter le carillon qui résonna dans l'air. Il y eut une seconde de silence puis, avec lenteur, les grilles s'écartèrent, dévoilant une longue allée de gravier menant jusqu'au perron.

Serrant la main de Peter, sa mère prit une inspiration et s'avança. Arrivés sur la dernière marche, la porte s'ouvrit et un elfe de maison darda ses grands yeux sur eux. Peter eut un mouvement de recul. C'était la première fois qu'il en voyait un.

- Oui ? fit la créature d'une voix fluette.

- Je voudrais voir Helen Potter, fit sa mère.

L'elfe s'écarta pour les laisser entrer, ferma la porte derrière eux puis les précéda dans un couloir jusque dans un salon où une femme lisait un livre, assise sur un sofa non loin d'une cheminée illuminée par un feu chaleureux. Lorsqu'ils entrèrent, elle releva la tête et sourit quand elle les reconnut.

- Vivian ! Vous vous êtes enfin décidée à venir me voir. Et avec Peter en plus ! James sera content. Je vais le faire venir. Entrez, entrez. Farfadet, va chercher du thé. Et appelle James. Dis-lui que Peter est là.

Gênés devant un tel accueil, Peter et sa mère s'avancèrent lentement et cette dernière s'empressa de tempérer les ardeurs de la maîtresse de maison.

- Helen, ne vous donnez pas cette peine. Je ne fais que passer. Il faut que j'aille aider Sam à la boutique.

- Et comment va-t-il, ce cher Samuel ? Les affaires vont bien ?

- Il va bien, merci. Et les affaires ne vont pas trop mal en ce moment. La rentrée approche et vous savez comment sont les élèves… Chacun veut son animal de compagnie…

- Bien sûr ! Moi-même, je me souviens… Je voulais une chouette hulotte. J'ai mis longtemps à la choisir.

- C'est toujours comme ça. Et c'est pour ça que Samuel a besoin d'aide. Seul, c'est difficile de répondre à toutes les demandes.

- Oui, je comprends. Mais asseyez-vous, Vivian. Farfadet va revenir avec le thé.

- Je ne vais pas rester. Sam m'attend. Je suis venue parce que… Je me demandais…si vous pouviez me rendre un service.

- Mais bien sûr ! De quoi s'agit-il ?

- Voilà… Peter est trop jeune pour aller à la boutique. Et je voulais savoir si…dans les jours qui viennent, je pouvais vous le confier quand je dois y aller.

A ce moment, un garçon de l'âge de Peter entra en trombe dans la pièce, les cheveux en bataille ornés de feuilles et une griffure sur la joue.

- Maman ! cria-t-il. J'ai failli foncer dans un arbre mais j'ai réussi à l'éviter cette fois !

Helen se passa une main sur le visage, dans un geste à la fois découragé et résigné.

- James, combien de fois t'ai-je dit de ne pas faire ce genre de choses ? Si ça continue, je vais te confisquer ton balai. Viens dire bonjour. Tu te rappelles de Peter ? Vous avez joué une ou deux fois ensemble.

Avec un grand sourire déjà charmeur, James s'avança et éleva son visage radieux vers Vivian.

- Bonjour Madame, fit-il. Bonjour Peter.

- Bonjour, répondit Peter d'une toute petite voix.

- Peter va rester avec nous aujourd'hui, expliqua Helen. Et peut-être aussi les jours qui vont suivre.

Vivian eut un sourire soulagé.

- Alors, vous acceptez ?

- Bien sûr ! Je serai ravie de prendre Peter à chaque fois que ça vous arrange. James et lui joueront tous les deux.

- C'est très gentil de votre part, vraiment. Je… A présent, je dois y aller. Désolée de ne pas pouvoir rester pour le thé.

Elle se pencha vers Peter et l'embrassa sur le front tandis qu'il s'agrippait de nouveau à sa jupe.

- Tu vas rester avec Helen et James, d'accord ?

Peter baissa les eux et hocha tristement la tête. Il savait que ce n'était plus le moment de discuter.

- Tu seras sage ? Tu ne feras pas de bêtises, comme la dernière fois avec Tante Mildred ?

- Non, maman.

- Alors, au revoir, mon chéri. A ce soir.

Elle se redressa tandis qu'Helen se levait.

- Je vous raccompagne, dit-elle tandis que toutes deux sortaient du salon.

Resté seul avec James, Peter n'osa pas parler. Il ne savait pas quoi dire. Mais le silence fut de courte durée.

- C'était quoi la bêtise ? demanda James avec un air d'intense curiosité.

- Avec Tante Mildred ?

- Oui.

- J'ai attrapé une araignée et je l'ai mise dans sa tasse de thé. Elle a eu tellement peur qu'elle a failli casser sa baguette.

James eut un petit rire.

- Ç'a dû être drôle.

- Oui mais…après, j'ai été puni. J'ai été au coin pour le reste de la journée.

- Moi aussi, maman me met au coin.

Il y eut un nouveau silence, que Peter décida cette fois de rompre.

- C'est vrai que tu as failli foncer dans un arbre ?

James prit un air satisfait.

- Oui. Mais je l'ai évité au dernier moment.

- Tu devais aller vite.

- Assez, oui. C'est mon nouveau balai. Tu veux le voir ?

- Oui !

- Suis-moi alors, fit James en se ruant hors de la pièce.

Curieux et contaminé par son enthousiasme, Peter courut à sa suite sans se faire prier.

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Lily et Pétunia Evans étaient dans la chambre de cette dernière.

Maman attentive du haut de ses sept ans, Pétunia coiffait une poupée blonde, souriante et joufflue tandis que Lily habillait la sienne. Puis elles installèrent la théière en plastique et les deux tasses sur la petite table et se complimentèrent mutuellement sur la belle santé de leurs bébés respectifs en sirotant un thé imaginaire.

Mais Lily se lassait vite. Elle commença à soupirer et à ne plus répondre aux commentaires de sa sœur. Pétunia, de son côté, s'exaspérait de son inattention.

- Lily ! Je t'ai demandé ce que faisait ton mari comme métier !

- Mais je sais pas, moi !

- Eh ben, invente ! C'est le jeu !

- Mais j'en ai marre de ce jeu ! J'ai plus envie de jouer à la poupée. C'est toujours la même chose.

- Mais Lily ! Ça fait pas longtemps du tout qu'on joue ! Encore un peu !

- Non, grogna la petite.

- Allez Lily ! Tu sais bien que demain on re-va à l'école et que moi je pourrais pas jouer !

- M'en fiche !

- T'es vraiment méchante ! cria l'aînée, au bord des larmes.

- Non je suis pas méchante !

- Si tu es méchante ! Très méchante, même ! Méchante, méchante, méchante !

- Non, non, non, non !

- Si si si si !

- Non ! hurla Lily en tapant du pied par terre.

Au même moment, l'ampoule de la chambre éclata. Les fillettes se regardèrent un instant, rendues muettes par la stupeur, puis elles se précipitèrent toutes deux hors de la pièce en hurlant:

- Maman !

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

- Sirius, emmène donc tes cousines dans la salle de jeux.

- Oui, Mère, fit le petit garçon en se levant précipitamment.

Ses trois cousines, Andromeda, Bellatrix et Narcissa, le suivirent avec le même empressement: décidément, les conversations des adultes, ce n'était pas intéressant.

Dans la grande salle de jeux des Black, Andromeda poussa un profond soupir et prit un livre. Bellatrix s'empara d'un puzzle et Narcissa se mit dans un coin avec sa poupée, qu'elle emmenait partout. Sirius, tout naturellement, se dirigea vers Bellatrix et attrapa quelques pièces qu'il entreprit de comparer attentivement pour aider sa cousine. Mais elle les lui arracha des mains.

- Dégage. Va jouer ailleurs.

- Non, dit Sirius en croisant les bras. Je veux jouer avec toi à faire le puzzle de Poudlard.

- Et moi je ne veux pas jouer avec toi. Dégage.

- Tu DOIS jouer avec moi !

- Ah ouais ? Et pourquoi ?

- Je veux ! Je suis l'Héritier, tu DOIS m'obéir ! Vous devez tous m'obéir et faire ce que je veux !

- Rêve toujours ! J'ai dix ans, tu en as cinq. Je fais deux fois ta taille. Et de toute façon, je ne t'obéirai jamais !

- Tu dois, insista Sirius, sévère. Tu es obligée.

- Il a raison, Bella, intervint Andromeda. Techniquement, tu dois lui obéir. Même si, aujourd'hui, tu es plus grande et plus forte que lui, dans quelques années, il faudra bien que tu te soumettes. Je suis l'aînée, mais l'Héritier, c'est lui.

- Tu vois ! claironna Sirius, triomphant. Je veux !

Avec un cri de rage, Bellatrix se jeta sur lui. Surpris, il ne pensa même pas à se défendre et tomba à la renverse. Ce n'est qu'après qu'il entreprit de lever les bras pour protéger son visage. Toute réplique semblait impossible, Bellatrix ressemblait à une furie. Elle le tapait partout où elle pouvait l'atteindre, elle pinçait, griffait, cherchait les points faibles. Sirius tentait tant bien que mal de lui échapper. Il ne criait pas. Ni l'un ni l'autre n'entendait les exhortations d'Andromeda, ordonnant à Bellatrix de s'arrêter. Narcissa, elle, s'était davantage reculée dans son coin et ne disait plus rien, serrant sa poupée dans ses bras.

Deux mains, fortes, sèches et sévères, séparèrent enfin les deux enfants. Némésis Black était furieuse.

- Bellatrix, dit-elle d'une voix sévère, c'est indigne de votre rang, du nom que vous portez, de votre famille ! Une femme ne se bat pas, et surtout pas avec ses poings comme une vulgaire moldue. Il y a d'autres moyens de frapper et d'exercer une vengeance... Mais jamais, jamais envers l'Héritier ! Vous devez vous soumettre devant lui.

Bellatrix baissa la tête. Sa tante faisait partie des rares personnes pour qui elle éprouvait un respect profond.

- Bien ! Cette histoire restera entre nous, inutile d'embêter les adultes avec vos chamailleries ridicules, mais que cela ne se reproduise plus !

- Oui tante Némésis.

- Et vous Sirius. Merlin merci, vous n'avez pas crié, c'est déjà une bonne chose. Mais n'êtes-vous donc pas capable de vous défaire d'une femme ? N'êtes-vous pas un sorcier ? N'êtes-vous pas l'Héritier des Black ? Savoir vous faire obéir et respecter est le premier de vos devoirs. De la part de vos cousines comme de celles d'elfes de maisons, de moldus, de sang-de-bourbe ou d'un autre sorcier quel qu'il soit!

- Mais Mère !

- Silence ! Et allez vous changer ! On dirait que vous sortez de l'Allée des Embrumes.

Sirius sortit, la rage au cœur. Bellatrix était plus grande, plus lourde, plus forte, et il n'avait même pas de baguette ! Et puis d'abord, pourquoi elle ne voulait pas le respecter ? Mère avait raison, il était l'Héritier, après tout !

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Severus Rogue chantonnait doucement en jouant avec ses petites figurines. Comment disait Papa, déjà? Des conneries pour gosses de riches, oui, voilà, c'était ça. Severus ne comprenait pas très bien ce que cela voulait dire, mais il pensait que ce n'était pas très positif. Oui, parce que quand Papa disait ça, Maman pinçait les lèvres, et en général, elle faisait ça quand elle était fâchée. Peut-être était-ce parce que c'était elle qui avait donné les figurines à Severus.

Enfin bon, Severus était quand même content de les avoir. Il évitait juste de jouer avec devant son père. De toute façon, il évitait de trop attirer l'attention sur lui quand papa était là. Quand il le faisait, ça se retournait souvent contre lui. Son père n'était pas souvent de bonne humeur. Une fois, Severus avait demandé pourquoi à sa Maman. Elle avait soupiré et dit que c'était à cause de son travail et de la conjoncture. Severus n'avait pas compris mais il n'avait pas insisté. Il valait mieux pas.

La porte d'entrée claqua, et Severus se dit que son père devait être rentré. Maman allait l'appeler pour le dîner. Heureusement, il commençait à avoir faim.

- Severus, à table !

Il abandonna ses jouets et descendit l'escalier à tout vitesse, s'assit sur sa chaise et soupira en regardant la soupe qui l'attendait. Son père sembla penser la même chose.

- C'est tout ?

- Non. Il y a aussi des pâtes. Et une tranche de jambon par personne.

- C'est tout ?

- Oui, Tobias, oui ! Je te rappelle que pour acheter ce... cette nourriture, je n'ai que l'argent que tu me donnes ! Alors si ce n'est pas assez, tu n'as qu'à t'en prendre à toi-même, travailler plus, moins boire ta paie !

- Comme si c'était ma faute ! T'es une sorcière, pourtant, hein ? Alors pourquoi tu peux pas... Je ne sais pas, moi, faire apparaître une bonne dinde ? Ou un steak ?

- Parce que la nourriture est la première des cinq principales exceptions à la loi de Gamp sur la métamorphose élémentaire...

- C'est ça, c'est ça... Et alors ?

- Alors, cela veut dire que personne ne peut faire apparaître de la nourriture du néant. Même les plus grands sorciers ne pourraient le faire.

- C'est bien dommage ! Comme quoi, finalement, ce n'est pas si extraordinaire que ça, d'être un sorcier. On crève de faim comme les autres ! Ils ne sont pas meilleurs que nous.

- Bien sûr que si, renifla Eileen. La preuve, tu es absolument incapable d'utiliser de la poudre de cheminette.

- Peut-être bien, mais après tout, toi, la petite princesse sorcière, tu t'es bien enfuie de ton château pour venir m'épouser moi, au lieu d'un de tes prétendants sorciers.

Eileen Rogue baissa la tête et Severus plongea sa cuillère dans sa soupe.

- Je suis désolé, Leen, dit Tobias à voix basse. Je suis bien content que tu m'aies épousé. C'est juste que tout va mal en ce moment.

- Je sais, soupira la jeune femme.

Severus mangea avec plus d'entrain. En ce moment, ses parents criaient beaucoup. Heureusement, ça ne durait jamais très longtemps. Mais Severus n'aimait pas du tout du tout quand ils criaient, même s'il ne comprenait pas bien ce qu'ils disaient. Souvent, papa disait que maman était inutile, et Severus avait l'impression qu'il lui reprochait d'être une sorcière. Oui, parce que sa maman avait une baguette et des pouvoirs magiques, et pas son papa. Et Severus aussi avait des pouvoirs magiques. Alors il espérait quand même que ce n'était pas ce qui fâchait son père, et qu'il l'aimerait encore, même quand il irait à Poudlard quand il serait grand, parce que Severus voulait vraiment y aller. Le seul truc qui lui faisait de la peine, c'était l'idée de ne plus revoir la jolie petite fille aux cheveux roux qui venait faire de la balançoire dans le square, pas très loin de chez lui.

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Dans le jardin de la Ruche, la dernière maison du petit village de Merrytown avant la forêt, dans le nord de l'Angleterre, les trois enfants Lupin faisaient un bonhomme de neige en un froid mais lumineux jour d'hiver.

Persephon et Cassandra roulaient une énorme boule de neige pour faire le corps et Remus, du haut de ses cinq ans, courait autour de ses sœurs en cherchant comment il pourrait participer davantage.

- Remus, arrête donc de sautiller ! s'exclama Cassandra.

- Va donc demander à Maman... heu... des boutons, une écharpe, un balai... ajouta Persephon.

- Pourquoi faire ?

- Ben, pour habiller le bonhomme, tiens ! Allez, dépêche-toi si tu veux qu'on le finisse avant le dîner.

Remus courut à l'intérieur de la maison et réclama ardemment les différents objets à sa mère. Tallis Lupin, souriante devant l'enthousiasme de son petit dernier, abandonna la préparation du repas et tenta de trouver ce qu'on lui réclamait avec tant de vivacité.

- Et l'écharpe ? Hein, Maman, hein, tu n'oublies pas de me donner l'écharpe ? Dis, maman, tu vas me donner une écharpe pour le monsieur, hein ?

- Oui, Remus, oui ! Attends donc un peu ! Merlin, cet enfant n'a vraiment aucune patience !

Enfin ravitaillé de tout le nécessaire, Remus rejoignit ses sœurs qui, entre temps, avaient la tête au-dessus du corps du bonhomme de neige. Cassandra enroula l'écharpe autour du cou du bonhomme, Persephon arrangea le balai puis proposa à Remus, qui ne cessait de sautiller, de le porter pour qu'il puisse poser les yeux. Il accepta avec joie et se mit devant sa sœur, dos à elle, les deux boutons bien serrés dans ses mains. Persephon plaça ses mains sous les bras du garçonnet, comme pour le soulever... Et, les descendant d'un coup, elle chatouilla son frère sans la moindre pitié. Hurlant de rire, il se tortillait en tous sens pour échapper à cette attaque lorsque Cassandra se joignit à la bataille en chatouillant à son tour sa sœur qui, pour se défendre, relâcha Remus. Les deux plus jeunes se jetèrent alors sur l'aînée qui s'enfuit. Après quelques minutes de course effrénée tout autour du jardin, les trois enfants s'effondrèrent dans la neige pour reprendre leur souffle. Ils retournèrent ensuite devant leur bonhomme de neige qui les attendait patiemment, Persephon porta Remus, qui posa les deux boutons, retrouvés dans la neige, en guise d'yeux pour le bonhomme.

-A table ! cria alors Tallis.

Les trois enfants attaquaient le poulet rôti lorsque la porte d'entrée s'ouvrit.

- Tu as passé une bonne journée ? Pas trop de soucis ? demanda doucement Tallis à son mari, visiblement fatigué;

- Ça va, ça va. Greyback a encore fait des siennes, quel pénible ! Mais rien de bien méchant, ajouta-t-il en avisant l'air apeuré de sa femme. Sans doute l'influence de la pleine lune. La nuit va être difficile, je suis content de ne pas être de garde.

- Papa, papa, papa, appelait Remus. Tu as vu ? On a fait un monsieur des neiges avec Perse et Cassy, aujourd'hui ! Il est beau, hein ? Tu l'as vu n'est-ce pas ?

- Oui mon grand, je l'ai vu en passant. Il est très beau, mais il va avoir du mal à sentir : vous avez oublié de lui mettre un nez, non ?

Remus regarda ses sœurs, consterné.

- C'est pas grave, Remus, on le mettra demain, d'accord ? dit Persephon pour le consoler.

- Tu crois ? Mais si d'autres gens viennent, ils vont se moquer de lui s'il n'a pas son nez...

Tallis sourit et tendit une carotte à son fils dont le visage s'illumina d'un énorme sourire.

- Allez, va lui mettre son nez, mais dépêche-toi !

- Oui maman !

Remus se précipita à l'extérieur, courut au bonhomme de neige, se dressa sur la pointe des pieds et enfonça la carotte sous les deux boutons. Il recula ensuite de quelques pas, satisfait. Personne ne se moquerait de son monsieur des neiges ! Il nota, presque inconsciemment, que la lune brillait juste au-dessus de la cime des arbres.

Remus fit demi-tour pour repartir vers la maison et rencontra deux yeux jaunes. Effrayé, il fit deux pas en arrière. La bête hurla et s'avança vers lui, ouvrant la gueule. Remus voulait courir, crier, mais son corps refusa de lui obéir. Ce n'est que lorsqu'il sentit la douleur dans son bras, quand il vit les grandes dents se refermer dans sa chair, qu'il réussit à crier.

Il eu vaguement conscience ensuite qu'il tombait sur le sol enneigé. La bête avait lâché son bras et le surplombait, les babines retroussées, les yeux jaunes, grondant entre ses dents. Remus avait mal au bras. Il regarda. Il saignait fort, le sang coulait sur la neige. Au-dessus de la bête, la lune brillait, claire, indifférente, pleine, illuminant le sanglant de la scène d'une lumière froide. Remus cria encore.

La suite fut très floue. Ses parents sortirent en courant, la bête partit, il fut ramassé, soigné, embrassé, son bras fut bandé. Un médicomage vint même le voir. Puis un autre monsieur, aussi. Ce ne fut que plusieurs jours plus tard qu'il apprit qu'il avait été mordu par un loup-garou, et surtout qu'il sut ce que cela signifiait.

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- James ! Jaaaaaaaames ! T'es où ?

Peter passait de pièce en pièce, un certain sentiment d'inquiétude et de solitude remplaçant presque le jeu. Ce manoir était tellement grand, il se rendait soudain compte qu'il n'était plus si sûr de le connaître assez pour y retrouver James qui, lui, y était né.

- Allez, James, on joue plus ! C'est pas drôle et c'est pas juste ! cria encore une fois Peter dans les escaliers.

Un éclat de rire lui répondit, venant de l'étage supérieur – ou de celui d'encore au-dessus–. Peter se précipita, ouvrit toutes les armoires, regarda sous le lit. James n'y était pas. Il traversa, entra dans une chambre vide, refit le même parcours. James n'y était pas. Il répéta l'opération jusque dans la dernière pièce avant de se résoudre à monter à l'étage supérieur.

Dans la deuxième pièce dans laquelle il entra, il aperçut des cheveux noirs derrière l'armoire. Il éclata de rire, heureux, enfin rassuré - il avait été inquiet ? - :

- James, vu ! Tes cheveux t'ont trahi !

- Zut ! s'exclama son ami en riant. C'est vraiment pas juste ! Bon, allez, je compte, tu vas te cacher. Mais tu sais, tu peux entrer dans n'importe quelle pièce du manoir, tu n'es pas obligé de toujours te cacher dans ma chambre ou au rez-de-chaussée.

- Oui, je sais...

- Allez, cours ! Un, deux, trois...

Peter dévala l'escalier aussi vite qu'il put. Où se cacher pour que James mette plus de trente secondes à le trouver ?

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- Sirius ?

Le petit garçon, qui était vêtu d'une robe de soirée grise, leva la tête vers la femme brune vêtue de vert qui venait de prononcer son nom.

- Oui Mère ?

- Bien, tu vas descendre avec moi. Agrippa, Callisto et leurs filles vont bientôt arriver. N'oublies pas : tu es l'Héritier des Black, le futur de la famille. Tu dois te conduire correctement. Pas de bêtises, pas de farces. Tu sais que Grand-Père ne supporte pas ça. Pas de bataille avec Regulus. Ni avec Bellatrix, d'ailleurs. De toute façon, elle est trop grande, maintenant, elle doit avoir compris. Je veux que tu sois digne.

- Oui Mère.

- Parfait. Descendons.

Sirius suivit sa mère en soupirant. Toujours les mêmes recommandations, d'aussi loin qu'il se souvienne. Noël n'avait jamais particulièrement été une partie de plaisir, pour lui, plutôt une corvée. Malgré les cadeaux. Car en cette occasion, toute la famille Black était présente, donc Sirius devait tenir son rang, comme disait sa Mère, sous peine de représailles...

La cloche de l'entrée retentit, et Kreattur ouvrit la porte aux nouveaux venus. Oncle Agrippa, Tante Callisto, Andromeda, Bellatrix et Narcissa entrèrent, saluèrent la maîtresse de maison et suivirent Sirius qui les mena au grand salon. Son père et ses grands-parents s'y trouvaient déjà.

Comme d'habitude, Grand-Mère fut glaciale avec Tante Callisto. Elle ne se leva même pas. Grand-Père fut à peine plus sympathique. Sirius avait l'impression que cela empirait chaque fois qu'ils la voyaient. Mais il ne savait toujours pas pourquoi. Il devrait peut-être demander à Andromeda. En général, elle répondait gentiment à ses questions. Plus gentiment que Bellatrix ou qu'un adulte, en tout cas.

Les trois jeunes filles étaient restées debout, attendant qu'on les invite à s'asseoir. Mais Grand-Père avait d'autres choses à dire.

- Alors, Andromeda, ta sixième année se passe bien ? J'espère que tu réfléchis déjà à l'organisation de ton mariage avec le jeune Parkinson. Même si c'est ta mère qui s'occupe de tout, je veux que tu participes, c'est un très bon entraînement pour ta future vie de mère de famille. De plus, je veux que cela se fasse dès ta sortie de Poudlard.

- Oui Grand-Père, répondit Andromeda, la tête baissée. J'y réfléchis.

Bellatrix lui jeta un rapide coup d'œil, mais ne dit rien. Grand-Père avait repris:

- Et toi, Bellatrix ? De bons résultats ?

- Oui grand-Père. Et il y avait une once de fierté dans sa voix.

- C'est bien. Il est important de défendre l'honneur des Black, les femmes de cette famille se doivent d'être intelligentes. Ainsi, en effet, les hommes le sont encore plus. Sirius te remerciera un jour : par tes relations, tu lui seras peut-être utile.

A son tour, Bellatrix baissa la tête, non sans jeter à son cousin ce regard qu'elle n'avait que pour lui depuis la première fois où ils s'étaient battus, et qu'il n'avait pas compris à l'époque. Aujourd'hui, il ne comprenait toujours pas.

- Narcissa ? Tu t'habitues bien à Poudlard ? Tes professeurs sont contents de toi ? Tu te fais des relations ?

- Oui Grand-Père.

- Parfait. Asseyez-vous.

La scène fut interrompue par l'arrivée de Némésis accompagnée d'oncle Alphard, le frère cadet de Grand-Père. Comme tout le monde était arrivé, ils passèrent dans la salle à manger pour le dîner.

Avec un soupir, Sirius s'assit à la place qu'il occupait toujours lors des réunions de famille : au milieu. Grand-Père s'assit à un bout, Némésis à sa droite et Callisto à sa gauche. En face de lui s'assit Père, entre Andromeda à gauche et Grand-Mère à droite. Sirius, lui, était entouré de Bellatrix et Narcissa. En face d'eux, les trois cadets avaient pris place: Alphard, Regulus et Agrippa.

Le repas fut d'une lenteur affligeante et habituelle, et Sirius ne put s'empêcher de pousser de longs soupirs. La conversation des adultes ne l'intéressait pas, il ne savait même pas de quoi ils parlaient, et de toute façon, même s'il l'avait su... Il n'avait pas le droit de parler à table, sauf si on lui posait nommément une question, comme tous les enfants, alors... Mère lui lançait par moment des coups d'œil effrayants, et il faisait son possible pour ne pas gigoter, mais c'était difficile. Il s'ennuyait. A ses côtés, Bellatrix et Narcissa ne parlaient pas. Bon, d'accord, elles n'avaient pas le droit, mais de toute façon, elles n'avaient rien à lui dire. Bellatrix avait toujours l'air furieuse et Narcissa... Narcissa était un mystère pour Sirius.

Quel ennui, Merlin ! Il avait fini son assiette depuis longtemps et le dessert ne semblait pas prêt d'arriver. Pourquoi on ne les envoyait pas jouer, comme d'habitude? Morose, il contempla son assiette vide traversée par les couverts. Rien de très intéressant pour occuper ses mains. Et de toute façon, Mère ne voulait pas qu'on joue avec l'argenterie qui était précieuse. Et les verres alors? Est-ce qu'ils étaient précieux ? Est-ce qu'il arriverait à le faire exploser comme une fois avec Kreattur ?

Plissant les yeux, Sirius se concentra sur son verre qui brillait dans la lumière des chandelles.

Le récipient explosa en mille éclats sur la nappe immaculée tandis que tout le monde sursautait ou poussait des cris.

Puis:

- Sirius Orion Black ! s'exclama sa mère.

Sirius se leva de sa chaise, mit les mains derrière son dos et contempla la tablée qui le toisait, consternée.

- Approchez, jeune homme.

Lentement, il contourna la table et s'approcha d'elle tandis qu'elle même pivotait sa chaise pour lui faire face.

- C'est de votre fait, n'est-ce pas ? demanda-t-elle d'une voix glaciale.

- Oui, Mère.

- Pensez-vous qu'il y ait de quoi être fier ?

Oui, il était fier d'avoir réussi à faire exploser le verre. Ça lui avait pris moins de temps que la dernière fois. Mais il savait que pour sortir de table, il aurait du attendre la décision de Grand-Père. Alors, fier d'avoir interrompu le repas ?… Peut-être.

- Non, Mère, répondit-il en baissant volontairement les yeux.

- Alors, pourquoi l'avez-vous fait ?

- Je ne sais pas. J'ai eu l'idée, alors je l'ai fait.

Sa mère poussa un soupir tandis que Tante Callisto et Oncle Agrippa levaient les yeux au plafond. Son père et ses grands-parents l'observaient sans rien dire. Oncle Alphard, quant à lui, eut même un sourire :

- Allons, Némésis. Qu'ils aillent donc jouer. Le repas est long et le dessert est encore loin.

Grand-Père prononça alors les paroles tant attendues:

- Soit. Les enfants, allez jouer. Vous reviendrez pour le dessert.

Ils ne se le firent pas dire deux fois. Némésis se crispa mais se tut. Sirius vit Andromeda interroger Grand-Père du regard. Il hocha la tête, et Andromeda se leva pour suivre les petits. Avant que la porte ne se referme, Sirius saisit cependant la voix de son grand-père :

- Sirius, vous serez puni.

Dans la grande salle de jeux, il se trouva soudain désemparé. De toute façon, ses cousines ne voulaient jamais jouer avec lui, et Regulus était vraiment trop petit. Il ressortit donc de la pièce, dans l'idée d'aller à la bibliothèque, mais une forme assise dans les escaliers l'incita à se rapprocher. C'était Andromeda. Il se rappela soudain qu'il avait une question à lui poser et il s'assit à côté d'elle.

- Dis, Andromeda. Pourquoi est-ce que Grand-Père et Grand-Mère sont aussi... méchants... avec ta mère ?

- Parce qu'elle n'a pas eu de fils.

- Mais... Ce n'est pas si grave, si ? De toute façon, c'est Père l'aîné, donc c'est lui qui héritera de tout, puis moi. Qu'est-ce que ça aurait changé ?

- Rien. Mais une femme doit avoir des fils pour transmettre le nom de son époux, même s'il n'est que le cadet. Du moins, c'est l'avis de Grand-Père et Grand-Mère. Et aussi celui de tes parents et des miens.

Sirius retourna un instant cette réponse dans sa tête. Quelque chose le gênait, sans qu'il réussisse clairement à trouver ce que c'était. Qu'avait-elle dit exactement ?

- Et toi, ce n'est pas ton avis ?

Andromeda cessa de regarder le mur en face d'elle et se tourna pour faire face à son petit cousin, un drôle d'air sur le visage.

- Qu'est-ce que ça peut faire ? Qu'est-ce que ça change, mes idées sur le mariage ou les moldus ? Chez les Black, personne n'a le droit d'avoir son avis, à part le chef de famille, et éventuellement l'Héritier. Je ne suis qu'une fille. Je n'ai qu'un seul rôle : faire un bon mariage pour être la digne représentante de ma famille.

- Oui, je sais, mais...

Sirius cherchait comment exprimer clairement ce qu'il voulait dire :

- Tu as quand même un avis, non ? Tu as dis que... même si tu es une fille, tu sais réfléchir : après tout, tu es à Serdaigle. Et puis, Mère aussi a des opinions, des idées, des avis... Et comment je pourrais mieux savoir que toi alors que tu es plus grande ? Tu connais beaucoup plus de choses que moi, c'est normal...

Andromeda éclata d'un rire qui sonnait faux.

- Oui, Sirius, je sais réfléchir et j'ai un avis. En partie parce que je suis à Serdaigle. Et c'est bien ça le problème.

- Pourquoi ? C'est pas bien, d'être à Serdaigle ?

- Pour eux, non, pas vraiment, fit-elle avec un soupir.

Sirius perçut son désarroi et en fut peiné, même s'il ne comprit pas exactement pourquoi.

- Ça ne peut pas être si mal que ça, fit-il avec un sourire et une assurance feinte. Tu y es, et tu es une Black. C'est plutôt bien, non ?

Andromeda sourit doucement et il en fut satisfait.

- Tu es gentil, Sirius, dit-elle en lui ébouriffant les cheveux. Mais c'est un peu plus compliqué que ça…

- Pourquoi ? demanda-t-il en repoussant sa main.

- Parce que… Toutes les maisons à Poudlard… Tu risques d'apprendre d'autres choses que ce que tes parents t'ont dit jusqu'à présent.

- Comment ça ? A Poudlard, tu crois qu'ils se trompent ? C'est pour ça que personne n'est content ? Ils se sont trompés en te mettant à Serdaigle ?

- Ce n'est pas vraiment le genre de choses sur lesquelles on peut se tromper, Sirius.

Le jeune garçon se gratta l'arrière du crâne, perplexe. Ça devenait bien compliqué…

- Mais alors… Pourquoi… Pourquoi… C'est pas bien d'être à Serdaigle ?

- C'est ce que j'essaie de te dire. On apprend des choses différentes selon les maisons dans lesquelles on va. Ou plutôt, on voit les choses de façon différente. Serdaigle ne dit pas et ne pense pas comme Serpentard. Et les Black vont tous à Serpentard parce qu'ils sont d'accord avec ce qu'on y dit.

- Donc, réfléchit Sirius, toi, tu n'es pas d'accord avec Serpentard ?

Andromeda détourna la tête d'un air gêné.

- Et c'est ça qui pose problème, poursuivait Sirius. Mais alors… ça veut dire que n'es pas vraiment une Black… Si toute la famille va à Serpentard sauf toi… Et pourtant, tu es de la famille… Donc tu es différente… C'est grave ?

- Non, Sirius. Ce n'est pas "grave". C'est juste embêtant. Pour tout le monde d'ailleurs. Cela dit, j'ai de bons résultats, je suis fiancée… Tout le monde est très content. Je reste une Black.

- Et si, moi, je vais pas à Serpentard ? demanda soudain Sirius, fébrile. C'est grave ? C'est embêtant ?

- Peut-être un peu. Qu'est-ce que tu en penses, toi ?

Sirius cligna plusieurs fois des yeux. La question méritait une réflexion profonde.

- Je ne sais pas, finit-il par dire. Mère ne serait sûrement pas très contente… Mais je resterai un Black, non ? Tu l'as dis toi-même. De toute façon, ce qui compte, c'est l'honneur et les grandes valeurs… C'est ce que Père dit toujours. En fait, je crois même que ça m'intéresserait, en y pensant bien…

- Fais attention, Sirius. Ce que tu apprendras ailleurs pourrait te faire changer.

- Mais l'Héritier restera toujours digne de la Famille, hein ?

- Je ne m'inquiète pas pour l'Héritier, Sirius, il sera toujours tel qu'on veut qu'il soit, conforme à l'image des Black. C'est pour toi que je me fais du souci.

Sirius ne comprit pas. L'Héritier et lui, c'était une seule et même personne, non ?

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En silence, Remus pleurait le long des ornières du chemin, le corps encore endolori même deux jours après la pleine lune.

Il détestait les grandes vacances. Tous les élèves partis à Poudlard pendant l'année revenaient et ça en faisait encore plus à éviter de fréquenter. Ça le minait, de ne voir personne et de s'amuser tout seul en courant après des écureuils qui n'en avait rien à fiche de lui et de ses noisettes, et il voyait donc s'approcher la fin du mois d'août avec bénédiction.

En attendant, il préférait rester sur ce chemin abandonné et envahie par les ronces – et donc les mûres – plutôt que d'aller sur la place du village. Ramasser des mûres pour sa mère quand on n'avait cure des griffures lui paraissait être une activité davantage digne de mérite et d'intérêt que de construire un château de sable détruit rapidement par un plus grand que lui.

Alors il alternait la cueillette et les brefs moments de désespoir sur les souches quand il pensait à l'avant-dernière nuit. Non pas qu'il s'en souvînt – il ne se souvenait jamais des nuits de pleine lune – mais à voir les traits tirés de son père le lendemain matin, il avait bien compris que d'une manière ou d'une autre, la nuit avait été difficile. Le silence avait été de mise, comme à chaque fois et, le menton dans une main à regarder un papillon voler sans le voir, il se demanda s'il voulait vraiment qu'on lui décrive ce qu'il faisait.

A la réflexion, non. Il préférait ne pas savoir.

Avec un soupir, il se releva de la souche – du chêne, c'était assez confortable – et attrapa son panier. Presque plein, il pouvait rentrer. De toute façon, la lumière baissait, ç'allait être l'heure du repas.

Balançant le panier à bout de bras, il repartit en sens inverse, longeant les bois, avant de déboucher dans un sentier beaucoup plus praticable, et donc beaucoup plus fréquenté.

Personne à gauche ; personne à droite. Du moins pour l'instant.

Restant dans l'ombre des arbres qui s'étirait au sol, il recommença à marcher et fut tranquille pendant un kilomètre avant de croiser à un embranchement Mme Curring et sa fille, Marilind.

Marilind qu'il trouvait jolie…mais à qui il ne devait pas parler, comme aux autres.

- Bonsoir, Remus, fit Mme Curring aimablement en dévoilant ses dents.

Elle par contre, il ne l'aimait pas. Peut-être à cause de ses dents…ou de son nez, surtout quand elle se penchait vers lui. Il avait l'impression qu'elle le sentait, lui et son sang vicié. Ses yeux aussi ; gris et froids, ils étaient incroyablement mobiles et rien ne semblait pouvoir leur échapper.

- Bonsoir, fit-il doucement, sur ses gardes.

- Tu n'es pas venu jouer, aujourd'hui, remarqua-t-elle.

- J'ai été cueillir des mûres.

- Fais-moi voir ça.

Réticent, il lui montra son panier et elle s'extasia.

- Bravo Remus ! Ta mère a au moins de quoi faire trois tartes avec ce que tu as !

- Oui, peut-être…

- Où les as-tu cueillies ?

- Plus loin, par là, fit-il avec un geste vague de la main.

Elle hocha doucement la tête, songeuse, puis reprit :

- Vas-tu en cueillir demain ?

- Peut-être…je ne sais pas.

- Pourrais-tu en cueillir pour moi ? Tu viendrais me les apporter à l'heure du goûter, et tu pourrais ensuite rester un peu pour jouer avec Marilind. Qu'en dis-tu ?

- Je ne sais pas…répéta Remus.

A la vérité, il aurait bien aimé, surtout pour voir Marilind. Mais il n'était pas sûr que ses parents soient d'accord. Comme lui, ils n'aimaient pas Mme Curring.

- Allez mon garçon, l'encouragea cette dernière. On te voit tellement peu souvent.

Remus se sentait de plus en plus mal à l'aise, surtout qu'elle commençait à se pencher vers lui avec son nez.

- Remus ! hurla-t-on derrière lui.

Il se retourna et sourit de soulagement.

Persephon accourait vers eux à grandes enjambées, les cheveux au vent et sa baguette à la main. Dès qu'elle fut près du petit groupe, elle posa sa main sur l'épaule de son frère et fit froidement :

- Bonsoir Madame.

- Bonsoir Persephon. Vous allez bien ?

- Très bien.

- Vous avez l'air fatigué.

- Je manque un peu de sommeil, répliqua Persphon calmement, ce qui n'empêcha pas Remus de se tendre à ces paroles.

- Je vois, poursuivait Mme Curring. Les nuits sont plutôt agitées en ce moment. Pas plus tard qu'il y a deux jours, il y a eu des hurlements en provenance de la forêt.

- C'est possible, fit courtoisement Persephon tandis que Remus se collait un peu plus contre elle.

Ne pas bouger ; ne rien dire ; laisser sa sœur parler.

- Pour ma part, continua cette dernière, je n'ai rien entendu.

- Curieux. Vous êtes assez éloigné du village et d'autant plus proche de la forêt, vous auriez dû entendre.

- A moins qu'ils ne proviennent de la communauté de l'autre coté, opposé au nôtre. A vol de hibou, ça ne fait que soixante-dix kilomètres. Et quand il y a du vent, le son peut franchir de longues distances.

- Je suis certaine qu'il n'y avait pas de vent cette nuit-là.

- Alors je ne sais pas, fit Persephon en haussant les épaules, comme pour se désintéresser de la question. Vous nous excusez, Maman nous attend pour manger. Bonne soirée.

Elle tourna les talons sans plus de cérémonie, entraînant Remus avec elle, et attendit d'être hors de vue de Mme Curring pour siffler :

- Remus, combien de fois on t'a dit de ne pas aller parler tout seul aux gens ?

- C'est pas ma faute ! C'est elle qui est venue vers moi, avec Marilind.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

- Elle voulait que je lui apporte des mûres.

- Bon. Tu n'iras pas.

- Je n'ai pas dit oui, de toute façon.

- Merlin que je n'aime pas cette femme ! souffla Persephon avec colère. C'est à cause d'elle qu'on déménage à la fin du mois !

- Ah oui ?

- Papa avait prévu de te le dire ce soir. Tu n'auras qu'à faire comme si tu ne savais pas.

- Ça, je sais faire, répliqua-t-il sombrement. Je ne sais faire que ça, presque.

- Qu'est-ce que tu dis ? Rappelle-toi le papillon que tu as coloré en bleu, la semaine dernière. Et Maman est toujours contente quand tu lui rapportes des mûres. Tu vois que tu sais faire plein de choses ! Et il y a des gens qui s'en rendront compte, comme nous. Tout le monde n'est pas comme Mme Curring, à voir le mal là où il n'y en a pas. Du moins, j'espère, ajouta-t-elle plus bas pour elle-même, mais Remus n'entendit pas.

Il savait cueillir des mûres, c'est vrai. Et à voir la tête impressionnée de Marilind quand elle avait regardé son panier, c'était une chose dont il pouvait être fier.

Que Marilind était bien jolie…

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- Les filles, venez goûter !

Lily et Pétunia dévalèrent les escaliers à toute allure, s'assirent sur leurs tabourets et levèrent de grands yeux pleins d'espoir vers leur mère qui leur tendit à chacune un bout de pain et deux carrés de chocolat.

- Pourquoi n'êtes-vous pas allées au parc cet après-midi ?

Lily jeta un bref regard à sa sœur qui s'était renfrognée et dit très vite :

- On n'avait pas envie.

- D'accord. Et qu'est-ce que vous avez fait là-haut, alors ?

Et les deux fillettes de lancèrent dans l'évocation de tout ce qui peut occuper deux sœurs un bel après-midi de juillet, jusqu'à ce qu'elles entendent retentir la cloche de l'entrée.

- Lily, tu veux bien aller ouvrir, s'il te plaît ?

La fillette obéit en grognant. Elle ouvrit la porte, se préparant à aboyer un désagréable "C'est pour quoi encore ?" à la voisine, mais sa voix se bloqua dans sa gorge. Devant elle se trouvait une femme assez belle, les cheveux noirs tirés et attachés dans un chignon serré, l'air sévère, et vêtue d'une longue robe verte. Et d'une cape, verte elle aussi. Après un moment de silence qui parut très long et très court à la petite fille, la dame demanda :

- Lily Evans, je présume ?

- Oui, fit Lily qui ne savait pas si elle devait avoir peur ou être émerveillée.

- Vos parents sont-ils présents ?

- Ma Maman.

- Puis-je entrer, en ce cas ? Je dois lui parler.

Lily ouvrit la porte. La dame entra et la suivit dans la cuisine. Rose Evans vit avec stupéfaction entrer cette femme qui regarda rapidement autour d'elle et qui lui tendit la main en disant "Minerva McGonagall", ce qui devait être son nom. Rose Evans serra la main tendue, se présenta et, ses réflexes reprenant le dessus, proposa à sa mystérieuse visiteuse une tasse de thé et de passer au salon, ce que l'autre accepta, en précisant qu'il serait peut-être bon que "la petite Lily" assiste à leur entretien.

- Madame Evans, commença-t-elle quand elles furent assises, une tasse à la main, votre fille Lily n'est pas comme les autres. Elle possède un don, que nous pouvons lui apprendre à maîtriser dans notre école.

- Je vous demande pardon ? Quel don ? Quelle école ?

- Je suis sous-directrice et professeur de métamorphose à l'école Poudlard, madame. C'est la plus grande école de sorcellerie de Grande-Bretagne. Votre fille étant une sorcière, elle y est inscrite.

Le silence qui plana fut énorme.

- Vous... Vous vous moquez de moi, n'est-ce pas ? dit Rose d'une voix faible.

- Non maman, intervint Lily avant que le professeur McGonagall ne puisse répondre. Je le savais déjà. Je peux faire des trucs... Et puis...

- Quels trucs ?

Lily haussa les épaules et jeta un coup d'œil inquiet à la dame. Après tout, elle était professeur, et Severus avait dit que c'était interdit... Puis, comme elle ne réagissait pas, Lily continua à voix basse :

- J'arrive à faire ouvrir et fermer les pétales d'une fleur tous seuls, je peux faire trembler l'eau... Mais je ne le fais pas exprès ! ajouta-t-elle plus fort en regardant le professeur.

Madame Evans, à son tour, la regarda, avec un air perdu.

- Comment est-ce possible ?

- Il y a toujours eu des sorciers, dans le monde entier, expliqua le professeur McGonagall d'une voix sèche. Cependant, la magie n'est rien si l'on n'apprend pas à la maîtriser, c'est pourquoi il existe de nombreuses écoles de sorcellerie à travers le monde, la plus fameuse de Grande-Bretagne et la plus reconnue étant Poudlard. Il arrive tous les ans, à toutes les générations, que des enfants de moldus - c'est ainsi que nous nommons les personnes dépourvues de pouvoirs magiques - se révèlent être des sorciers. Chaque enfant est alors inscrit d'office dans une école de sorcellerie, et un professeur est chargé d'avertir sa famille et de lui expliquer notre monde. Votre fille Lily est l'une de ces enfants. Rassurez-vous, elle ne sera pas la seule. Elle ne pouvait réellement maîtriser ses pouvoirs jusqu'à maintenant, même si elle avait apparemment conscience d'en avoir. Ils s'exprimaient vraisemblablement dans des moments où elle était effrayée, ou en colère, même si votre fille semble avoir déjà une certaine maîtrise. Pour réellement contrôler son don, il lui faut une baguette magique et l'enseignement de Poudlard.

- Mais... Comment a-t-elle pu les avoir ? Pourquoi elle ? Pourquoi ne l'avons-nous pas remarqué ? Comment se fait-il que nous n'ayons jamais entendu parler de vous ?

- Nul ne sait, à l'heure actuelle, comment la magie surgit chez un enfant de moldus. Certains de nos chercheurs du Département des Mystères s'emploient à trouver une réponse à cette question, mais pour le moment, nous ne savons pas. En ce qui concerne notre existence, nous avons un Ministère de la Magie qui gère tout ce qui concerne notre monde. Ce Ministère est en contact avec quelques hauts représentants moldus, qui connaissent donc notre existence et peuvent faire le lien entre nos deux mondes. Cependant, dans l'ensemble, nous préférons que notre existence ne soit pas connus des moldus, d'abord pour ne pas être embêtés, et puis, il faut le reconnaître, par peur de chasses aux sorcières, comme celles qui ont existé au Moyen-Age. Certes, il était rare que les moldus capturent de vrais sorciers, mais la peur est restée.

- Oui, bien sûr, je comprends... Excusez-moi, je... J'ai quand même un peu de mal à assimiler tout ce que vous me racontez... Heu... Ce n'est pas que je n'y crois pas, mais enfin... C'est quand même surprenant...

- Je l'imagine aisément. Si cela peut vous rassurer, vous le prenez bien mieux que de nombreuses personnes à qui mes collègues ou moi-même apprenons cela depuis toujours.

Rose Evans sourit faiblement.

- Et, heu... Comment cela va-t-il se passer exactement ? Je veux dire, pour l'école...

Le professeur McGonagall sortit une lettre parcheminée de sa cape et la tendit à Lily. La petite fille avait écouté les explications avec un air de plus en plus extatique, et elle ouvrit la lettre avec des étoiles plein les yeux. Severus n'avait vraiment pas menti !

- Cette lettre, expliquait le professeur, contient des informations sur la date de la rentrée et le lieu où elle doit se rendre pour prendre le train qui la conduira à l'école.

- Le train? C'est si loin que ça ?

- Oui. Mais rassurez-vous, il n'y a dans ce train que des élèves pour Poudlard, et il est entièrement sécurisé. La lettre contient également la liste des fournitures dont elle doit faire l'acquisition. Vous pourrez les acheter sur le Chemin de Traverse. Bien entendu, la monnaie moldue n'a pas cours chez nous, mais vous pourrez changer de l'argent à Gringotts, la banque des sorciers.

- Et ce Chemin de Travers, où est-il ? Qu'est-ce que c'est exactement ?

- C'est une rue de Londres qui est exclusivement sorcière. S'ils sont seuls, les Moldus ne peuvent y accéder, et Lily ne pourra pas vous y faire entrer seule la première fois. Je peux vous y conduire tout de suite, ou demain si vous préférez consulter votre époux.

- Oh heu... fit Lily timidement. Maman, je connais un garçon qui est sorcier et qui n'habite pas très loin. On peut peut-être y aller avec lui, comme ça, on ne vous dérangera pas, ajouta-t-elle en se tournant vers le professeur McGonagall.

- Comment s'appelle-t-il ? demanda cette dernière.

- Severus. Severus Rogue.

- Rogue ? Vous êtes certaine ? Ce n'est pas un nom sorcier, pourtant, il me semble.

- Son père est Moldu, mais sa mère est une sorcière.

- Oh, très bien. Alors, madame Evans, si cette solution vous convient, je dois vous avouer que...

- Lily ? Où as-tu rencontré ce garçon ? demanda Rose sans même avoir entendu ce que le professeur venait de lui dire.

- Heu... au parc... répondit la petite fille avec une grimace.

- Bien ! Bravo ! C'est comme ça que je t'ai élevée ? Je t'ai toujours dit de ne pas parler aux gens que tu ne connais pas, et toi, à la première occasion tu...

- Mais Maman ! Il a mon âge ! J'étais avec Pétunia et lui, il était tout seul ! On ne risquait rien !

- Peut-être. Et où habite-t-il ?

- Impasse des Tisseurs, répondit Lily d'une toute petite voix.

Sa mère inspira profondément, plissa les lèvres et se retourna vers le professeur McGonagall.

- C'est entendu, j'irai sur le... Chemin de Travers... se... avec cette madame Rogue, c'est bien cela ?

Lily fit oui de la tête.

- Et avec son fils, continua Rose Evans. Nous irons sans doute ce week-end, je voudrais en discuter avec mon mari, il nous accompagnera peut-être. Lily ? Tu me ramèneras le numéro de téléphone de ces gens, d'accord ?

- Oui maman.

Le professeur McGonagall se leva, reposa sa tasse de thé vide et, tendant la main à madame Evans, lui demanda si elle avait d'autres questions avant de lui assurer que tout se passerait bien. Rose hocha la tête et la raccompagna jusqu'à la porte d'entrée. Là, elle sembla prendre une grande décision et demanda d'une voix timide:

- S'il vous plaît... Pourriez-vous me faire un démonstration de magie ? Juste pour que je réalise vraiment que je n'ai pas rêvé...

Le professeur McGonagall eut un bref sourire, sortit une baguette en bois de sa cape et prononça quelques mots bizarres en la pointant vers le porte-parapluies de l'entrée, qui, aussitôt, commença à s'élever dans les airs. Après un autre mot, il se reposa doucement sur le sol.

- Ce sortilège, expliqua le professeur McGonagall, est l'une des plus simples, que nos élèves apprennent dès le début de la première année. Cependant, je dois vous prévenir que Lily ne pourra pas vous faire de démonstration lorsqu'elle reviendra pendant les vacances : une fois qu'ils ont intégré l'école, les élèves n'ont plus le droit de faire de la magie en-dehors de Poudlard jusqu'à leur majorité, qui est à dix-sept ans chez les sorciers.

- Très bien, fit madame Evans, encore sous le choc.

Puis elle secoua la tête, un peu désabusée :

- Je suppose que je n'ai pas rêvé.

- Non madame.

Et le professeur McGonagall s'en alla, la laissant désemparée. Après un moment à fixer le vide, Rose Evans se tourna vers sa fille et la regarda longuement.

- Tu sais, Lily, tu vas devoir m'aider à convaincre ton père que je ne suis pas folle... N'oublies pas de me rapporter le numéro de ces Rogue, je crois que je vais avoir besoin de plus d'explications. Et samedi, on ira vérifier s'il y a vraiment un Chemin de Traverse, ou si je suis effectivement folle à lier.

- D'accord ! répondit Lily avec un grand sourire.

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Doucement, Peter entrouvrit la cage et saisit avec précaution le rat qui s'y trouvait.

- Bonjour, Star, dit-il en glissant un doigt sur la tête intelligente.

Le rat répondit par un couinement et Peter le percha sur son épaule.

- T'es bien, là, non ? Tu vois le monde.

Le petit animal renifla son lobe d'oreille, provoquant un faible rire, puis passa sur l'autre épaule.

Définitivement, il aimait bien les rats. A vrai dire, il aimait bien tous les animaux, et surtout ceux de l'animalerie : les hiboux et les chouettes, fidèles et si pratiques pour transporter le courrier ; les chats, fiers et indépendants mais affectueux, quand on savait s'y prendre ; les niffleurs, intelligents mais trop avides d'or ; et même les véracrasses qui passaient leur temps à avaler de la salade mais étaient si gentils. Oui, il les aimait tous. Mais ceux qu'il préférait, c'étaient les rats.

Oui, il était bien conscient que c'était bizarre. James le lui avait bien dit, avec une grimace en prime. Mais James ne pouvait pas tout savoir. Les rats étaient des animaux intelligents, discrets, utiles. Sans pitié, aussi, et opportunistes également, il le savait. N'empêche que s'ils étaient plus grands, on en aurait encore plus peur.

Peter sourit au souvenir des cris de madame Potter, lorsqu'elle avait vu un rat traverser son salon. Non pas que Peter n'aimât pas Helen Potter, bien au contraire il l'aimait beaucoup et lui était reconnaissant de l'accueillir aussi souvent chez elle. Mais il avait apprécié le fait qu'elle ait peur des rats: sa mère à lui ne les craignait pas, et il en était fier.

Après cet épisode, Helen Potter s'était précipitée à l'animalerie Pettigrow et avait acheté un chat. Cela l'avait rassurée. Mais Peter était sûr que le rat n'avait pas été attrapé : trop intelligent pour ça.

Un éclat de voix retentit soudain depuis l'avant de la boutique, interrompant ses réflexions.

- Peter ! cria son père. James est là !

Peter se leva précipitamment, s'assura que Star restait accroché à son vêtement et se rua vers le comptoir.

- Salut Peter ! sourit James en le voyant.

- Salut ! Bonjour M. Potter, fit-il à l'adresse de son père.

- Bonjour Peter. Je vois que tu t'es remis de la chute de l'autre jour.

- C'est de votre faute, aussi, se récria-t-il. Si vous ne m'aviez pas poussé, je n'aurai pas failli foncer dans un fenêtre et je ne serais pas tombé !

- Il a un peu raison, Papa, dit James. Tu as quand même triché.

- Je n'étais pas le seul.

- C'est toi qui a commencé ! Tu as eu peur parce que Peter et moi, on allait te battre !

- Et si tu allais choisir ton hibou, toi, au lieu de faire des réflexions stupides, répliqua son père en lui prenant l'épaule et en l'éloignant du comptoir, tandis que Peter, hilare, les suivait dans le rayon des oiseaux.

- Tu veux toujours un grand duc ? demanda-t-il à James tout en prenant Star dans sa main.

- Bien sûr ! C'est le plus beau des hiboux ! Et ce sera le plus beau de Poudlard !

- Peut-être pas. Si quelqu'un se ramène avec une chouette des neiges ?

- Eh bien, on fera en sorte que cette chouette soit moins belle que mon hibou, répliqua James avec un clin d'œil.

Peter eut un éclat de rire. Cette perspective de faire des blagues avec James à Poudlard le ravissait. Qu'est-ce qu'il avait hâte d'y être !

- Alors, fit-il devant le mur de cage. Tu as celui-là… ou bien celui-là.

- Il est tout ébouriffé, remarqua James.

- Il s'accorde avec tes cheveux.

- Hé ! Mes cheveux sont très bien !

- Je suis d'accord avec Peter, fit M. Potter. Prends un hibou qui te ressemble, comme ça, tout le monde saura que c'est le tien.

James parut réfléchir quelques secondes.

- Je ne veux pas un hibou qui me ressemble. Je veux que mon hibou soit le plus beau. En même temps (il eut un large sourire) je suis le plus beau, donc si je prends un hibou qui me ressemble, ce sera le plus beau !

- Euh… T'es sûr de toi, là ? demanda Peter.

- Bien sûr ! Je prends l'ébouriffé.

- Comment tu vas l'appeler ? demanda son père en décrochant la cage.

- Je sais pas encore. Il faut que je lui trouve un nom qui aille avec moi.

- Si tu veux mon avis, appelle-le Bourrasque. On dirait que ses plumes ont été retourné par une tempête qu'il aurait traversé. Je suis sûr que Peter sera d'accord avec moi.

- Papa ! Mes cheveux ne sont pas à ce point décoiffés pour qu'on dise que je sorte d'une tempête ! Peter !

- Ben euh… En même temps, tu es toujours sur un balai.

- Mais je vais pas l'appeler Bourrasque ! C'est trop nul ! Non, il faut un nom comme… Tonnerre…ou euh… Oh je sais ! Zeus !

- Humf ! Zeus ?

James lui jeta un regard et Peter mit sa main sur sa bouche.

- J'ai rien dit, fit-il.

De toutes façons, ça n'aurait servi à rien. James changeait très rarement d'avis.

- Bon, eh bien… Zeus, fit M. Potter, si on passait à la caisse à présent ?

Le hibou lui renvoya un regard olympien de mépris et M. Potter eut un large sourire.

- Zeus, ça lui va très bien, dit-il en s'éloignant.

Peter et James ne le suivirent pas tout de suite. Se rapprochant de lui pour ne pas être entendu, Peter demanda à voix basse :

- Alors, tu en as eu ?

- Oui ! répondit James d'un air surexcité. Mon cousin Philip m'en a donné cinq !

- Cool !

- Par contre, il faudra choisir à qui on les envoie. Mais je nous fait confiance, on trouvera.

- A mon avis…

- Peter ! le coupa la voix de sa mère depuis le rayon des rongeurs. Vas me chercher des graines ! Il n'y en a plus !

Peter poussa un soupir et remit Star sur son épaule. James prit un air navré.

- On en parlera plus tard, fit-il. Au pire, si on se voit pas avant, il y aura le train.

- Ouais. Bon, j'y vais. Salut !

- Salut Peter. Et n'oublie pas. T'en parle à personne !

- A qui veux-tu que j'en parle ? répliqua Peter.

James eut un sourire éclatant et leva le pouce, puis alla rejoindre son père qui l'attendait devant la porte vitrée du magasin.

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Rose Evans arrêta la voiture devant le 3, impasse des Tisseurs et klaxonna avec un serrement de cœur : tout allait beaucoup trop vite, et elle n'était même pas sûre d'avoir tout à fait compris ce qui lui arrivait. Mais là, elle n'allait pas vraiment avoir le choix. À l'arrière de la voiture, Lily paraissait aux anges, et sa mère lui envia un instant son innocence.

La porte d'entrée de la maison s'ouvrit, et Rose vit sortir une grande femme brune, pas très jolie et l'air sévère, accompagnée d'un petit garçon mal fagoté. Elle poussa un soupir. Dans quoi s'était-elle encore embarquée ? Et pourquoi fallait-il que, justement, Chris travaille ce samedi-là ? Elle se força à sourire et serra la main de la femme qui s'était installée à côté d'elle. Derrière, Severus – mon Dieu d'où pouvait venir ce prénom ? – avait l'air enchanté de retrouver Lily. Lorsqu'il souriait, il était transformé.

Pendant le trajet jusqu'à Londres, Rose tenta tant bien que mal de soutenir une conversation, mais Eileen Rogue était peu causante. Elle finit par abandonner, et suivit sans mot dire les indications de sa compagne une fois dans Londres. Elle se gara dans une rue miteuse et regarda autour d'elle, cherchant un lieu quelconque qui pourrait être sorcier, mais elle ne vit rien d'anormal.

Eileen Rogue jeta un coup d'œil méprisant à cette Moldue incapable de voir le Chaudron Baveur et l'entraîna à sa suite, non sans jeter un regard de reproche à Severus qui n'en avait visiblement cure. Elle soupira, excédée, et entra dans le bar. Elle entendit, derrière elle, madame Evans et sa fille s'émerveiller et, une fois de plus, elle pensa que les Moldus étaient décidément très stupides.

Elle traversa le bar sans vraiment se presser mais sans s'arrêter non plus : elle ne voulait pas risquer qu'on la reconnaisse en telle compagnie, déjà que son mariage avait fait scandale pendant de nombreuses années ! Elle tapota sur les briques, dans la cour, et se retourna. Madame Evans et sa filles avaient l'air subjuguées par le spectacle qui s'offrait à elles, et Severus avait l'air aussi heureux qu'il l'était chaque fois qu'il venait ici.

Severus, ravi, observait Lily pendant qu'elle découvrait, ébahie, le Chemin de Traverse. Qu'elle était jolie comme ça ! Il était fier de lui montrer tout ça. Maintenant, au moins, elle ne douterait plus. Sa mère avançait, aussi la suivit-il en entraînant Lily derrière lui. Madame Evans se dépêcha, rejoignit sa mère et demanda où elles allaient. Sa mère répondit d'une voix sèche qu'il valait mieux commencer par Gringotts pour changer de l'argent.

Severus grimaça. La mère de Lily était une Moldue, et même si sa mère en avait épousé un, elle disait sans cesse à Severus que les Moldus étaient des êtres inférieurs, et que les sorciers issus de Moldus étaient impurs et ne devraient pas aller à Poudlard. C'était pour ça que sa mère était aussi froide avec madame Evans qui, effectivement, paraissait particulièrement stupide. Mais Severus aurait aimé que sa mère soit plus gentille avec Lily. Lui, il était très content qu'elle soit une sorcière et qu'elle aille à Poudlard avec lui.

A Gringotts, madame Evans et Lily furent surprises par les Gobelins, mais elle ne se laissèrent pas décontenancées, et Severus en conçu un sursaut de fierté pour son amie. Et pour la mère de celle-ci aussi, il dut bien l'admettre. Madame Evans changea son argent et ouvrit même un compte pour Lily, disant que ce serait bien utile lorsqu'elle serait à l'école. Même la mère de Severus parut impressionnée.

Avec réticence mais sans plus protester, madame Rogue guida le petit groupe dans les différentes boutiques pour acquérir tout ce qui était nécessaire à une première année à l'école de sorcellerie Poudlard, chaque nouvel endroit suscitant l'émerveillement - mais de plus en plus discret, il fallait le souligner – de Rose Evans et de sa fille. Elles achetèrent ainsi des robes de sorcière – noires, trois, chez madame Guipure –, un chaudron – en étain, taille standard –, de multiples ingrédients pour potions qui firent froncer le nez de madame Evans mais qui enchantèrent Lily – yeux de grenouille, foie de morue, scarabées en poudre, etc –, de nombreux ouvrages qui traitaient de sujet tous plus mystérieux les uns que les autres – Métamorphose, Enchantements, Potion et autres Défense Contre les Forces du Mal, chez Fleury et Bott –. Enfin arriva le moment que Severus et Lily attendaient avec le plus d'impatience : l'achat de leur baguette magique.

Eileen Rogue consentit à expliquer à Rose Evans :

- La baguette magique est l'instrument le plus important du sorcier. En théorie, il est possible de faire de la magie sans baguette, c'est d'ailleurs ce que font tous les enfants avant d'entrer à Poudlard, mais la baguette permet une plus grande précision et une meilleure maîtrise. Chaque baguette est unique, et on peut dire que c'est elle qui choisit son sorcier plutôt que le contraire, c'est pourquoi chaque sorcier est particulièrement attaché à la sienne. De plus, si jamais elle se brise, il est difficile d'en trouver une autre qui corresponde aussi bien…

- Et on allons-nous pour trouver ces baguettes ?

- Chez Ollivander. C'est l'un des plus anciens fabricants et certainement le meilleur. De Grande-Bretagne, en tout cas.

En entrant dans la boutique miteuse, étroite et sombre, Rose Evans ne fut guère impressionnée, et Lily et Severus avaient l'air également déçus. Eileen Rogue leur adressa un mince sourire et attendit patiemment que le vieil Ollivander fasse son apparition.

Qui ne tarda pas. Il arriva tranquillement et, reconnaissant Eileen au premier coup d'œil, lui sourit en déclarant :

- Eileen Prince, votre fils a donc l'âge d'entrer à Poudlard, que le temps passe vite. Vous avez toujours cette excellente baguette, 25,3 centimètres, bois de frêne et crin de licorne ?

- Bien entendu.

- C'est bien, c'est bien. Voilà donc votre fils ? Excusez-moi, j'ai oublié le nom de votre époux, un Moldu n'est-ce pas ?

- Oui, Tobias Rogue, répondit Eileen d'une voix sèche.

Elle se tendit, et Rose Evans fit la grimace : quel tact, vraiment, alors que justement cette femme semblait se détendre enfin un peu ! Severus, lui, baissa la tête. Chaque fois qu'il avait rencontré des sorciers, c'est ainsi que cela s'était déroulé, et sa mère était toujours de très mauvaise humeur après.

Sans rien répondre et comme s'il ne s'était rendu compte de rien, le vieux sorcier s'était tourné vers Rose Evans qui attendit ses premiers mots, tendue.

- Madame, je ne vous reconnaîs pas, vous devez être un Moldue ? Votre fille est une sorcière et vous venez pour la première fois lui acheter une baguette.

- C'est exact.

- Parfait, parfait, sachez que quel que soit le temps que cela prendra, nous lui trouverons la baguette idéale.

Il sortit alors un mètre ruban qui entreprit de prendre, tout seul, différentes mesures de Severus et de Lily. Cette dernière, impressionnée, n'osait bouger d'un poil malgré les regards amusés que Severus lui lançait et qui commençaient à l'énerver. Enfin, le ruban s'arrêta et tomba en boule sur le sol après un mot du vieillard qui disparut ensuite dans l'arrière-boutique.

Il revint avec deux boites rectangulaires et en tendit une à chacun des deux enfants en annonçant "19,5 centimètres, bois de rose et ventricule de dragon et 23 centimètres, bois d'érable et crin de licorne". Lily se sentit très bête en prenant la baguette qu'on lui tendait dans la main droite, mais comme Severus avait l'air parfaitement à l'aise et que, après avoir donné un petit coup avec celle qu'il avait dans la main, il la tendait à nouveau au vieil homme, elle fit pareil. Il ne se passa rien et le vieillard lui prit la baguette des mains en marmonnant qu'il trouverait bien.

Il revint avec deux autres baguettes qui n'étaient guère plus efficaces, puis deux autres, et ainsi de suite. A un moment, alors qu'il annonçait à Severus " 32 centimètres, bois d'ébène et crin de licorne, souple et agréable", la baguette crépita et Severus sourit largement. Mais la baguette que Lily avait en main n'avait pas plus réagi que les autres, et après cela, monsieur Ollivander ne s'occupa plus que d'elle. Lily commençait à paniquer, se disant qu'il y avait erreur et qu'on allait bientôt lui annoncer qu'elle n'était finalement pas une sorcière lorsque, une baguette de plus en main, elle ressentit une douce chaleur et vit trois étincelles sortir de sa baguette. Elle sourit, et le vieillard lui rendit son sourire en marmottant "25,6 centimètres, bois de saule et plume de phénix, souple et rapide, idéale pour les enchantements. J'aurais dû y penser plus vite".

Après ça, Eileen Rogue et Rose Evans payèrent et se dirigèrent vers la sortie, ou plutôt, le Chaudron Baveur. Sur le chemin du retour, dans la voiture, personne ne parla. Ils étaient tous épuisés par la journée, Rose Evans essayait de trier toutes les informations des dernières heures et de se persuader que, cette fois-ci, elle devait admettre que c'était bel et bien réel. Quant à Eileen Rogue, retombée dans son mutisme et sa mauvaise humeur, elle ruminait les paroles d'Ollivander en y voyant une méchanceté particulièrement perverse qui n'y était peut-être pas. Lorsque Rose Evans la déposa devant chez elle avec Severus, elle la remercia à peine et descendit précipitamment de la voiture. Rose poussa un soupir : cette femme était quand même vraiment étrange.