Mauvaise herbe

Avant-propos

Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas lancée dans l'écriture d'une fic en solo... J'espère donc qu'elle vous plaira.

Chapitre premier:

Perce-neige

Quelle merveilleuse journée que le lundi. Rose adorait les lundis. Chaque fois que la semaine recommençait, elle sentait l'excitation lui picoter le corps des orteils à la pointe des cheveux. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, elle quittait la Grande Salle en ayant à peine touché à son petit-déjeuner et se précipitait dans le parc en direction des serres. Elle semait Morgan et Phylis à chaque fois, et les deux jeunes filles devaient courir pour réussir à la rattraper. Rose virevoltait dans la brise écossaise, tentant de dissimuler un sourire qui ne demandait qu'à éclater au grand jour, les yeux rivés sur les grandes serres de Poudlard. Qui aurait cru que la fille d'Hermione et Ronald Weasley aurait eu un goût aussi prononcé pour la Botanique?

- Rose s'est surpassée cette année, avait confié Neville lors d'une de ses visites au mois de juillet. Elle était déjà une très bonne élève, mais on dirait que la Botanique est devenue de loin sa matière préférée!

Ron avala son thé de travers et il lui fallut plusieurs minutes pour réussir à contrôler son fou-rire sans que le liquide ambré ne lui jaillisse du nez. Hermione lui lança un regard outré et, par égard pour le sourire décomposé de Neville, s'exclama:

- Mais c'est merveilleux de t'être trouvé une passion, Rosie! Quand je pense à tout le mal que j'ai eu, moi, pour trouver ma voie...

Neville se détendit un peu. Mais Rose ne pouvait pas quitter son père du regard, les joues rouges. Elle tenait à lui faire comprendre à quel point une matière en apparence aussi ennuyante pouvait s'avouer excitante!

- Vous vous rendez compte qu'une simple plante peut être plus puissante, plus bénéfique ou plus dangereuse que le pire des sortilèges? On a tort de les sous-estimer... J'ai réalisé, cette année, à quel point la connaissance parfaite de la flore magique pouvait être utile au sorcier désireux de se surpasser. Et quand le Profes... Neville nous a dit qu'à peine dix pour cent des capacités des plantes magiques étaient connues, je n'en ai pas cru mes oreilles! Tu savais, Papa, que même la Branchiflore, tu sais, la plante qui...

- Je sais ce qu'est la Branchiflore, merci, avait coupé Ron.

Bizarrement, il ne riait plus du tout et observait sa fille, les sourcils froncés. Ron Weasley n'aimait pas être pris pour un imbécile, et ça, Rose le savait très bien.

- Quoiqu'il en soit, j'imagine parfaitement Rose parcourant le monde à la recherche de plantes rares, étudiant leurs propriétés, écrivant des livres entiers sur la flore magique!

Rose avait lancé un regard à Neville, qui semblait savourer cette idée avec extrême délectation et dont les yeux trahissaient l'envie de devenir le mentor personnel de la petite Weasley. Elle avait baissé les siens vers son verre à moitié-vide. S'ils avaient su...

- Je n'ai que quinze ans, j'ai le temps, non? Hasarda-t-elle d'une petite voix. Je veux dire... On verra... Je ne sais pas...

Elle avait évité de regarder Neville, cette fois-ci, mais quand il reprit la parole sa voix ne montra aucun signe de déception.

- Quoiqu'il en soit, Rose est une véritable experte. Je ne pourrais par contre pas en dire autant de ce jeune homme... avait-il ajouté en pointant un doigt accusateur sur le jeune Hugo.

- Neville! On avait dit qu'on ne parlerait pas de ça pendant les vacances! Avait geint le cadet de la famille en tassant sa tête couverte de taches de rousseur dans ses épaules.

- Rose! Hey, Rosie!

Ce matin-là, Rose était sur le point de quitter la Grande Salle, un toast à peine beurré dans la main, quand ses yeux se posèrent sur son petit frère.

- Qu'est-ce que tu veux? Je vais être en retard à cause de toi.

Hugo ouvrit la bouche, apparemment prêt à déblatérer un joli flot d'injures, mais se renfrogna.

- Je voulais savoir si tu pouvais m'aider, ce soir, en Métamorphose... Le Professeur Swearing m'a menacé d'écrire à Papa et Maman si j'avais encore un seul « P » d'ici la fin du trimestre, alors vu que t'es plutôt douée...

Rose soupira en levant les yeux au ciel.

- D'accord, si « aider » ne signifie pas « faire à ta place », comme la dernière fois. Sinon c'est moi qui écrirai à Papa et Maman. Compris?

Hugo acquiesça d'un signe de tête, marmonna un « merci » et retourna vers leur cousine Lily qui l'attendait pour rejoindre la classe d'Enchantements. Rose termina son toast et se dépêcha de sortir du château.

Il neigeait d'énormes flocons. Le sourire qui se battait avec ses zygomatiques depuis plus de vingt minutes gagna un round et Rose le laissa s'épanouir quelques instants sur ses lèvres, savourant avec délice la sensation de se plonger dans la fraîcheur de janvier bien emmitouflée dans une cape épaisse. La neige parsemait son épaisse chevelure rousse et son écharpe de petites taches blanches. En d'autres circonstances, la jeune fille aurait ôté ses gants et se serait arrêtée pour observer ces étoiles de glace fondre sur sa peau rose.

Mais pas le lundi matin. Le cours de Botanique n'attendait pas. Il fallait qu'elle arrive avant tout le monde, qu'elle montre au Professeur Londubat qu'elle était la meilleure de son année et qu'elle snobe ces quelques Serpentard moqueurs qui prenaient d'ordinaire plaisir à lui lancer des piques.

- Entrez... Ah, c'est toi, Rosie? Qu'est-ce que tu fais encore là?

En effet, il était rare que Neville voie quelqu'un lui rendre visite dans son bureau le week-end, à part les quelques élèves à qui il avait donné des colles. Encore moins ces jeunes gens qu'il considérait comme des neveux, eux qui préféraient éviter les ambiguïtés au collège pour ne pas susciter la moquerie de leurs camarades. Alors voir la jeune Rose venir tous les week-ends frapper quelques coups à sa porte avait de quoi l'étonner.

- Je voulais savoir si t... si vous n'aviez pas des documents à me prêter sur l'utilisation multiple des racines de Mandragore... J'ai déjà terminé tous mes devoirs, avait-elle ajouté devant l'air étonné de Neville, et je me disais que ce serait peut-être une des questions possibles lors des BUSEs...

- Mais enfin, Rosie, tu es déjà parfaite partout... Tu te donnes tellement de mal pour avoir d'excellentes notes dans toutes les matières... Tu n'as pas besoin de faire de devoirs supplémentaires!

Rose avait tortillé ses mains en silence avant de lever ses grands yeux bleus sur son professeur de Botanique, d'un air si perdu et angoissé qu'il ne put que céder. Il soupira.

- Vous n'êtes pas la fille d'Hermione Granger pour rien, Miss.

Quand Rose pénétra dans la serre n°4, elle ôta son écharpe et passa une main dans ses cheveux pour en déloger quelques flocons de neige. Il faisait une chaleur étouffante et le rouge lui monta aux joues avant qu'elle n'ait fait trois pas.

- Ah, Rose! Tu es déjà là... la première, comme toujours, constata Neville en se dégageant de l'emprise d'une immense plante qui semblait prête à le prendre passionnément dans ses longues tentacules.

Il était vêtu de son habituel long tablier couvert de terre et portait ses gants protecteurs en cuir de dragon.

- Tiens, puisque tu es là, tu vas m'aider à mettre un sac d'engrais devant chaque pot que tu vois là.

Il indiqua à Rose une série d'énormes pots en terre cuite desquels dépassaient d'immenses tiges d'un vert très clair, au bout desquelles d'énormes fleurs fleurs rouge s'étaient épanouies. Rose ne put s'empêcher d'être étonnée de voir de telles fleurs au beau milieu de l'hiver. Leur forme lui était familière sans qu'elle puisse se souvenir de quelle espèce il s'agissait... Elle venait de mettre le dernier sac d'engrais au pied d'un des pots quand les portes de la serre s'ouvrirent de nouveau sur tout un groupe d'élèves.

Rose enfila son tablier et ses gants et alla se poster dans le petit espace dégagé où Neville commençait toujours ses cours, observant les autres élèves entrer avec les yeux brillants. D'abord Morgan et Phylis, qui lui lancèrent leurs regards exaspérés hebdomadaires, puis le reste des cinquième année de Serdaigle, et enfin les Serpentard. Le cours allait commencer. Le cœur de Rose se mit à battre un peu plus vite.

- Bonjour à tous ! J'espère que vous avez passé un bon week-end, commença Neville avec un sourire. Bien, avant que nous passions à la pratique, quelqu'un pourrait me dire quelles sont les plantes qui se trouvent derrière vous?

- Ce sont des amorillers, répondit aussitôt une petite voix parmi les Serdaigle.

Le ventre de Rose se serra un instant. Bien sûr! Des amorillers! Comment avait-elle pu ne pas les reconnaître?

- Très bien, Robert, cinq points pour Serdaigle. Et qui peut me dire quelles sont ses principales propriétés magiques?

La lueur dans les yeux de Rose s'intensifia alors qu'elle levait la main.

- Ses racines, ses feuilles et ses fruits, les amorilles, entrent principalement dans la composition des philtres d'amour. Les fruits peuvent aussi être utilisés pour une potion d'Allégresse ou d'Apaise-Méninges grâce à leur vertu apaisante. Sa tige, en revanche, contient un poison puissant qui peut tuer par un simple contact.

- Excellent, Rose! S'exclama Neville, apparemment fasciné par le mortel poison que contenait ces plantes. Dix points de plus pour Serdaigle. Votre travail d'aujourd'hui sera de récolter les amorilles qui sont à peine mûres, et de pratiquer des incisions dans les tiges afin de récolter assez de sève pour que le Professeur Biddle compose des antidotes. Je vous demanderai bien évidemment de prendre toutes les précautions nécessaires, bien que ces plants soient encore trop jeunes pour être mortels... Bien, maintenant, faisons les équipes.

Neville avait puisé dans sa propre expérience pour se rendre compte qu'une équipe marchait mieux quand elle était équilibrée : il mettait donc ensemble des élèves qui n'avaient pas les mêmes lacunes afin que chacun enrichisse les connaissances de l'autre.

- Morgan, mettez-vous avec Jack... Oui, voilà, et faites attention à votre baguette, cette fois-ci... Robert, vous vous mettrez une fois de plus avec Hilda...

Rose sentit ses joues prendre de plus en plus de couleurs chaque fois qu'une équipe se formait. Elle vit Phylis grimacer en se retrouvant pour la énième fois avec un gros Serpentard qu'elle n'appréciait pas du tout. Enfin, il ne resta plus que deux élèves, et Rose planta son regard bleu dans les yeux gris du dernier Serpentard. Son cœur explosa.

- Et bien entendu, au vu de tes piètres résultats, il n'y a qu'avec Rose que tu puisses te mettre, Scorpius.

Scorpius Malefoy fit un petit sourire résigné à Rose en la rejoignant près du dernier amoriller de libre. Le visage de la jeune fille afficha un véritable feu d'artifice de rose et de rouge.

Merlin bénisse la Botanique...