Je ne me voyais pas manquer de faire une traduction sur mon autre fandom favori... Avec la permission de l'auteur, je vous propose donc une version du Livre 4 d'Avatar: The Last Airbender. L'histoire comptera 25 chapitres en tout, le dernier étant en voie de publication du côté de la fiction originale.

Je n'ai pas grand chose d'autre à ajouter... à part, bonne lecture !


Disclaimer : Rien ne m'appartient, si ce n'est la traduction en elle-même. Avatar: The Last Airbender est la propriété de Michael Dante DiMartino, Brian Konietzko, et Nickelodéon. La fanfiction originale est l'oeuvre de Kojab8890.


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Livre 4

Air

Chapitre Premier

Feuilles d'automne

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L'automne est la saison de mon peuple...

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La sérénité de cette saison reflète l'état du monde. Et le monde est en paix avec lui-même. L'effervescence familière est toujours présente ça et là. Le bruit provenant des marchés du Royaume de la terre est perpétuel. Le Pôle Sud se reconstruit et retrouve sa gloire d'antan. Et des centaines de soldats rentrent chez eux.

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Une brise souffle au milieu des arbres nus. Des tas de feuilles sont éparpillés à travers la plaine, recouvrant la terre d'un manteau jaune brillant sous le soleil d'après-midi.

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Des enfants rient. Leur gaieté est vite étouffée par leurs mères toujours vigilantes qui leur disent de rentrer pour diner. «On mange du poulet, aujourd'hui», disent les mères.

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Juste à l'orée du village se trouve une longue file toujours croissante de gens transportant toutes leurs affaires: lances, pots, épées, et parfois même du cochon fumé. Des sourires sont gravés sur leurs visages et ils se saluent les uns et les autres, le cœur léger.

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Personne ne se cache, tremblant de peur.

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Je vois le soleil disparaître rapidement dans l'horizon, comme pressé par une autre entité. L'été est arrivé à sa fin et une nouvelle saison s'installe. L'automne s'installe.

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Mais la paix n'advient pas toujours entièrement.

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La longue file de soldats prenant la route du foyer a attiré quelques voleurs qui les mettent à sac et leur prennent leur nourriture. Le monde est toujours plein de gens désespérés que la désolation a réduit à la malhonnêteté. Ces soldats n'ont donc pas peur, mais sont vigilants. L'un d'eux vient de perdre son cochon. Une femme en uniforme s'est fait arracher la bourse à sa ceinture. Je sais que je dois m'en occuper mais je suis fatigué. L'Avatar est fatigué.

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Il y a aussi des rumeurs qui circulent autour d'un village du Royaume de la terre. Ce sont des nouvelles inquiétantes. Un homme se serait évanoui dans la nature en rentrant chez lui. Ses connaissances sont parties à sa recherche et lorsqu'ils ont trouvé le corps, ce fut une vision atroce. Ses yeux et sa bouche étaient grands ouverts, mais dans des proportions si étranges qu'il semblait n'avoir cessé de crier même après avoir perdu connaissance. A première vue, il n'y avait aucun signe de lutte, juste un nombre important de lignes sur le sol. Ils pouvaient voir sa cage thoracique saillir de sa peau, aussi creuse qu'une barrique vide.

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J'irai étudier l'affaire sur l'heure, si ce n'est plus tôt.

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J'espère simplement que ce n'est pas trop grave. Après tout, qu'est-ce qui peut être pire que d'empêcher la fin du monde?

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Ba Sing Se, Cercle Intérieur, le salon de thé du Dragon de Jasmin

« Tu pars déjà ? Tu ne peux pas rester encore un peu ? »

Zuko se tourna une nouvelle fois vers son oncle et lui adressa un sourire sincère. « Je dois y aller, mon oncle. La Nation du feu a besoin de moi. Il reste encore beaucoup de choses à régler. Savez-vous que nous démolissons les Grandes Portes d'Azulon pour permettre le libre-échange ? »

Le visage d'Iroh rayonnait d'une fierté sans égal. Cependant il agita la main d'un air détaché, l'empêchant d'en dire plus. « Je laisse la politique au Seigneur du Feu. Mais ne pourrais-tu pas rester un jour ou deux. Le grand festival approche et les clients affluent quand tu es là. » Iroh montra les clients juste derrière Zuko.

Zuko se retourna pour voir entre autres une douzaine de filles se tassant autour des tables, se tortillant pour arriver à le saluer bêtement. Elles battaient des cils, lui faisaient des clins d'œil, des signes de la main, et lui souriaient. Le rouge lui monta au visage et il se détourna, se frottant la nuque, gêné.

Iroh rit et lui donna une claque dans le dos, lui faisant perdre l'équilibre. « Ne sois pas aussi embarrassé, mon cher neveu ! Elles viennent depuis un moment déjà. »

Zuko ne put s'empêcher de bégayer. « M-Mais... ne savent-elles pas que j'ai déjà... vous savez – une petite amie ? »

Iroh attrapa la tête de Zuko et la baissa de manière à ce qu'ils soient face à face. « Pas si fort ! Elles ne savent pas vraiment qui tu es. Elles pensent que tu es mon beau serveur, Lee. Si elles savaient que le Seigneur du Feu est ici, cela rendrait mon salon trop surfait. »

Zuko fut horrifié. « Quoi ? »

Iroh prit un air rusé. « Pour tout avouer, les affaires marchent un peu au ralenti. Quand j'ai rouvert le salon, peu de gens seulement semblaient venir. Mais la première fois que tu es venu, des filles de nobles sont passées pour te voir. Elles étaient enchantées et je leur ai parlé de toi. C'est une stratégie sur laquelle je travaille. Si des filles de nobles venaient voir le salon, alors elles en parleraient à leurs parents et j'aurais plus de clients ! »

Zuko regarda de nouveau les filles et réalisa combien c'était une mauvaise idée. Elles semblaient plus intéressées par lui que par le thé. « Mon oncle... ? Y a-t-il une porte de service dans ce salon ? Je ne suis pas certain de pouvoir passer par l'entrée sans être... attaqué... »

Iroh rit. « Bien sûr. Mais une des filles demande à avoir une mèche de tes cheveux avant de partir, en échange d'une visite de toute sa famille.

- Je ne donnerai mes cheveux à personne ! » s'exclama Zuko en se prenant la tête des deux mains pour protéger ses cheveux.

Iroh gloussa d'une manière qui lui était propre. « Je ne faisais que plaisanter, Zuko ! Tu peux passer par derrière. Fais attention à ne pas déranger les employés. Ils sont facilement distraits. »

Zuko sourit. « Au revoir, mon oncle. »

Iroh étreignit son neveu chaudement. « Au revoir, Seigneur du Feu Zuko. Restaurez la Nation du Feu à sa gloire d'antan. Et revenez dès que vous pouvez. »

Zuko serra une dernière fois la main de son oncle et partit, passant par la porte de derrière et évitant les regards déçus d'une douzaine de clientes qui firent triste mine en le voyant partir.

Iroh regarda Zuko s'éloigner du coin de l'œil. Il leva une mèche de cheveux à la lumière du soleil et un large sourire malicieux fendit son visage.

« Les filles vont adorer ça. »

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Ba Sing Se, Cercle Intérieur, la nouvelle propriété Bai Fong

Il ne faisait nul doute que quiconque possédait cette immense demeure devait être aisé. Les gongs dorés suspendus entre les piliers étincelaient à la lumière du soleil d'après-midi. Le toit semblait plus grand encore que la maison en elle-même ; il montrait clairement qu'elle n'était pas seulement un refuge, mais aussi une forme d'ornement pédestre.

Quelqu'un frappa à la porte boisée.

« Oui ? Qui va là ? » s'enquit le garde.

Il aperçut un petit garçon, à peine aussi grand que la fille de l'homme à qui appartenait la propriété. Il portait une cape nouée autour du cou ainsi qu'un casque de guerrier sur la tête. Le garde aurait ri devant l'accoutrement du garçon s'il n'avait pas remarqué la présence du géant derrière lui.

« Bonjour, fit le garçon en souriant joyeusement. Toph est là ? Elle a dit qu'elle viendrait jouer avec nous. »

Le garde s'apprêtait à dire que les roturiers n'étaient pas autorisés à approcher des membres de la famille Bei Fong. C'est ce qu'il était supposé dire, quand quelqu'un le poussa brusquement sur le côté.

« Désolée ! dit Toph. Dites à ma mère et à mon père que je serai de retour pour le diner ! »

Le garde voulut dire quelque chose mais la fille et les deux autres personnes avaient déjà disparu dans une allée.

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« Alors qu'est-ce tu avais à me dire de si urgent ? demanda immédiatement Toph. Et pourquoi as-tu écrit le message sur une feuille de papier ? Il a fallu que je demande à un serviteur de me le lire, tu sais. »

Le Duc lui fit un sourire d'excuse. « Désolé. Mais on a besoin de toi. C'est une question de vie ou de mort.

- De vie ou de mort ? » demanda Toph. Ces mots ne lui faisaient pas peur. Au contraire, elle n'en était que plus excitée. Retourner vivre avec sa famille était sympa et tout, mais personne ne pouvait vraiment garder une aventurière comme Toph enfermée.

Cela avait été dur au début. Ses parents avaient accepté de déménager à Ba Sing Se pour que Toph puisse être plus proche de ses amis. Mais ils avaient tous dû reprendre leurs vies et partir chacun de son côté. Ils s'étaient mis d'accord pour se retrouver une fois par mois au Dragon de Jasmin, mais attendre les réunions l'obligeait, la majeure partie du temps, à s'ennuyer à ne rien faire chez elle.

« Qu'est-ce qui se passe cette fois ? Des maîtres du feu qui attaquent ? Des agents du Dai Li qui hypnotisent des gens ? » demanda Toph avec enthousiasme.

Le Duc secoua la tête. « On a besoin d'une troisième personne pour jouer au Earthball. »

Le sens de l'aventure de Toph ne fut pas vraiment satisfait. « Tu m'as fait sortir pour ça ? »

Demi-portion secoua sa large tête et dit de sa grosse voix grave. « Le Duc et moi avons parié de la nourriture dans une partie de earthball avec une bande de gamins il y a deux jours.

- On pensait que ce serait facile, poursuivit Le Duc. Après tout, Demi-portion gagne toujours à tous les jeux. Mais leur maîtrise de la terre était bien meilleure que ce qu'on pensait. On a perdu... » Les yeux de Le Duc se remplirent soudain de larmes et il sanglota : « Ils ont pris mes cacahuèèèèètes ! Wah ! Wah ! Mes petites cacahuèèèèètes ! Mes pauvres chéries ! »

Toph poussa un soupir devant son cirque mélodramatique. « Donc vous m'avez appelée pour que je récupère vos cacahuètes ? »

Le visage de Le Duc exprimait une détermination féroce. « Non ! Ils me les ont volées ! On doit leur voler ! Ha ! »

Demi-portion soupira. « Le Duc a parié que s'ils gagnaient la revanche, ils pourraient nous prendre plus de nourriture. Il leur a raconté qu'on ajouterait une aveugle dans l'équipe et les gamins se sont moqués de lui. »

Le Duc se frotta les mains d'un air assez inquiétant. « L'heure de la vengeance a sonné ! Ils ne le verront pas venir ! »

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« Vous pensez sérieusement nous battre avec une aveugle ? demanda le capitaine de l'autre équipe. J'espère que vous avez apporté la marchandise parce que vous n'allez pas la garder longtemps. »

Toph prit l'air le plus naïf de son existence. Elle joua avec ses orteils et fit la moue en faisant ressortir sa lèvre inférieure. Si on ne la connaissait pas, on aurait juré avoir sous les yeux une gentille petite fille comme les autres dans une belle et élégante robe.

« C'est vous qui commencez… comme vous avez perdu la dernière fois », déclara le leader. Il arborait un sourire orgueilleux. « Espérons que vous arriverez à marquer cette fois. »

En trente secondes, l'équipe de Le Duc menait trente à zéro.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda un gamin, l'air hébété.

- Je n'ai jamais rien vu de pareil... » fit un autre, impressionné.

Le capitaine n'était pas du genre à reculer devant un combat. « Relevez-vous, bande d'idiots ! Elle est aveugle ! Et retournez à vos positions. La partie n'est pas terminée ! »

Le Duc courut vers la balle et shoota violemment dedans. Le capitaine l'attendait. Il projeta ses deux poings sur le sol. Un mur de terre s'éleva d'un coup et dévia la balle vers un de ses coéquipiers à l'autre bout du terrain.

Soudain, Toph sauta.

L'aveugle se réceptionna lourdement sur ses pieds et donna un coup de pied, haut dans les airs, envoyant un pilier de terre frapper la balle. Celle-ci reprit sa course originale, volant au-dessus des têtes stupéfaites des gamins.

Un joueur de l'équipe adverse gardant les buts utilisa la maitrise de la terre pour se propulser dans les airs. Il attrapa la balle au vol et la renvoya au capitaine. Ce dernier l'attrapa du pied.

Et l'espace d'un instant, le temps sembla se figer.

Le capitaine tenait la balle au pied.

Toph ne bougeait pas, attendant.

Puis le capitaine se décida, reculant d'un pas, choisissant d'attaquer. Il se prépara à tirer, balançant son pied en arrière.

Toph sentit son mouvement une fraction de seconde avant qu'il ne l'ait achevé. Sa main droite était déjà tendue en avant, paume vers le bas. Elle baissa la main et sentit le glissement de la terre.

Quand le capitaine shoota, son pied vola trop haut. Il ne toucha rien et perdit l'équilibre, tombant durement sur le dos. « Où est passée la balle ? » eut-il à peine la force de crier.

Le Duc avait vu ce qui s'était passé. Toph avait enterré la balle. Il se tourna vers elle et agita les mains en l'air. « Passe-la-moi ! »

Toph fit un pas, sauta, et retomba lourdement. Alors que ses pieds rencontraient le sol, elle fit un puissant uppercut et la balle jaillit hors du sol. Elle monta haut – trop haut pour Le Duc.

Toph était une experte. « HA ! »

Une colonne de terre se dressa sous Le Duc, le projetant dans les airs, sur la trajectoire de la balle. Il tourna sur lui-même en plein vol et frappa la balle.

Demi-portion s'était déjà mis à courir. Le gardien de but tremblait de peur à chacun de ses pas. Quand la balle atterrit devant Demi-portion, tout ce qu'il restait à faire était de shooter et de la rentrer dans les buts.

« YES !! » s'exclamèrent-ils tous les trois à l'unisson. Et ils se serrèrent les uns contre les autres, célébrant la gloire d'une victoire facile.

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Pôle Sud, à quelques kilomètres de la Tribu de l'Eau du Sud

Pour la première fois depuis longtemps, Katara et Sokka ressentirent une extrême fatigue. Combien de temps avait passé depuis la dernière fois qu'ils avaient vu leur foyer, senti l'air glacé, ou humé l'odeur de prunes de mer fraîchement cuisinées ? Cela faisait-il vraiment aussi longtemps ? Avaient-ils vraiment changé la face du monde ?

« Je peux déjà sentir le doux parfum de poisson à la graisse de baleine », dit Sokka, en faisant un signe victorieux à sa sœur. Il se frotta les mains en se léchant les lèvres. « J'en salive déjà, dit-il d'un air béat. Poisson fumé, prunes de mer, et viande de phoque. Mabouba est en train de nous préparer un festin ! Je le sais ! »

Katara sourit, partageant l'enthousiasme de Sokka. « J'ai hâte de voir Mabouba. Elle m'a tant manqué que... »

Soudain, le catamaran de la Tribu de l'Eau sur lequel ils étaient fut secoué d'un soubresaut et s'arrêta. La flotte s'était arrêtée au milieu d'une petite crique. Sur les navires, quelques personnes avaient perdu l'équilibre.

Sokka se tourna vers son père qui était au gouvernail. « Papa... pourquoi s'est-on arrêté... ? »

Le général Hakoda montra quelque chose devant eux. « A cause de ça. »

Un immense glacier surplombait la petite flotte de navires. Mais gravé sur cette montagne se trouvait le symbole de la Tribu de l'Eau.

Katara contempla la montagne, sidérée. « Comment c'est arrivé là, ça ? »

Maître Pakku s'avança avec un sourire. « C'est l'une des choses que nous avons ajoutées quand quelques maîtres de l'eau et moi-même sommes venus au Pôle Sud. »

Le général Hakoda vint à sa hauteur. « Comment allons-nous rentrer ? »

Maître Pakku porta ses doigts à sa bouche et en tira un sifflement fort et aigu. Un par un, des gens dans des combinaisons d'eskimaux bleues apparurent de chaque côté de la montagne, surgissant de nulle part.

Ils se rassemblèrent autour de la crique, encerclant la flotte de navires.

Deux maîtres de l'eau se tenaient de chaque côté de l'ouverture de la crique et, d'un geste ferme de la main, semblable à un coup de fouet, un mur de glace scella l'entrée et les enferma, s'étendant jusqu'au niveau de la mer. D'autres maîtres de l'eau qui encerclaient la flotte tendirent leurs bras vers le ciel et abaissèrent lentement leurs mains. Le geste baissa le niveau de l'eau de la crique, emmenant la flotte sous le niveau de la mer. Le déplacement évident d'eau à l'intérieur de la crique la fit monter à l'extérieur.

Katara, Sokka, Hakoda et ses hommes étaient époustouflés par ce qui se déroulait autour d'eux, n'en ratant pas une miette, les yeux ronds. Maître Pakku arborait un sourire suffisant.

Le niveau de l'eau continua à baisser encore et encore. Puis cessa de tomber.

Rien ne se passa.

Sokka fixait le mur de glace qui se trouvait juste devant eux. « Bon... et maintenant... ? »

Cela ne prit pas longtemps. Un immense trou s'ouvrit dans le mur de glace et le courant soudain précipita la flotte dans l'ouverture. Lorsque tous les navires furent à l'intérieur, des maîtres de l'eau scellèrent le passage.

Ce qu'ils avaient sous les yeux leur coupait le souffle.

La Tribu de l'Eau du Sud ne ressemblait en rien à ce qu'elle avait pu être. La cité était nichée en plein cœur du glacier, en-dessous du niveau de la mer. Une immense fenêtre à tabatière (1) au sommet du glacier procurait à la cité air et lumière. La cité en elle-même était éblouissante. Le centre de la ville était un large igloo. D'autres igloos plus petits l'entouraient. Des quais de glace avaient été construits pour permettre à la flotte de jeter l'ancre dans le port artificiel.

Femmes et enfants les attendaient là, leur faisant signe. Ils versaient des larmes de joie. Les hommes à bord du navire ne purent s'empêcher de leur répondre. Ils revenaient de la guerre, fatigués mais victorieux.

Sokka essayait frénétiquement d'attirer l'attention de leur grand-mère. « Mabouba ! Par ici ! On a sauvé le monde ! On est GÉNIAUX !! »

Le général Hakoda se tint à côté de Maître Pakku et tenta maladroitement de faire la conversation.

« Je suppose que vous êtes un peu comme mon père maintenant, non ? » dit Hakoda, se tenant droit mais évitant de regarder le maître de l'eau.

Maître Pakku toussota et tira sur son col. « Oh... Oui...

- Hum… Bienvenue dans la famille… euh… papa… »

Maître Pakku se sentit embarrassé comme jamais. « Oh. Non. Appelez-moi juste Pakku... »

Tous les deux regardèrent ailleurs, essayant de trouver quelque chose d'intéressant. Katara, qui avait été témoin de la scène, sourit intérieurement. Son père et son maître s'entendaient bien. Voir ça rendait son cœur incroyablement léger.

Sokka gâcha tout lorsqu'il l'éclaboussa avec une eau terriblement froide.

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Un village du Royaume de la Terre

« Bonjour, Avatar Aang », salua la femme quand il entra dans l'infirmerie. Elle se courba et montra son respect à l'enfant.

Aang lui sourit gentiment. « Ce n'est pas la peine, madame. Où est-il ?

- Il est par ici.

- Est-il mort ? »

L'infirmière gardait les yeux baissés et on pouvait comprendre qu'elle ne préférait pas en parler. « Il est en vie, mais dans son état, le contraire aurait été préférable. Nous avons dû éloigner les enfants de la famille parce que... eh bien... si on le regarde... »

Elle conduisit Aang à travers l'infirmerie. D'autres blessés se trouvaient là, pour la plupart, rescapés de la guerre. Aang pouvait voir des brûlures et de profondes cicatrices. Certains avaient des entailles béantes et d'autres des jambes amputées. Des bandages trainaient sur le sol, tachés de sang. Mais en dépit de la douleur physique certaine qu'ils ressentaient, il ne faisait aucun doute que ces gens avaient finalement trouvé la paix. La guerre les avait blessés intérieurement, infligeant des blessures que personne ne pourrait jamais guérir.

Aujourd'hui, la guerre était terminée. Leurs visages étaient sereins, paisibles.

Puis l'infirmière s'arrêta devant un lit, et Aang vit un visage qui n'était pas aussi serein.

Les yeux de l'homme étaient grands ouverts. Ils étaient veinés de rouge et semblaient sortir de leurs orbites. La peau de son visage paraissait avoir été tirée et remontait sur son crâne. Et sa bouche formait un « O ». Aang pouvait y voir sa langue desséchée. C'était un cadavre vivant. Aang n'osa pas regarder sous les couvertures.

Aang grimaça et se sentit révolté. « Qu'est-ce qui a pu lui faire ça ? »

L'infirmière continua à fixer le visage épouvantable de l'homme. Elle secoua la tête. « Je ne sais pas. Il était si bon. Il vendait les meilleurs bêtes parce qu'il savait toujours où le gibier allait et ne voulait jamais le dire à personne. Lorsqu'on l'a trouvé, il était en route pour le village. Il ne saignait pas, pourtant son visage montrait une grande souffrance. Il avait l'air de suffoquer, mais je ne saurais dire pourquoi. Il n'a pas arrêté de nous demander de l'air, comme s'il n'arrivait pas à respirer. »

Aang fut surpris. « Il pouvait parler ? »

Elle acquiesça. « Mais peu. Lorsqu'il parle, c'est douloureux pour lui. Il parle en aspirant de l'air. C'est pour cette raison que nous lui laissons la bouche ouverte de cette façon, pour qu'il puisse respirer profondément. J'ai peur que s'il reste dans cet état trop longtemps, il meure. Le nourrir ou lui donner à boire est presque impossible. »

Aang s'approcha de l'homme. « Avez-vous essayé de lui demander ce qu'il s'est passé ?

- Oui, dit-elle. Mais il n'a pas voulu le dire. La peur l'a réduit au silence. »

Aang se baissa pour examiner le visage de l'homme. Il pouvait entendre sa respiration profonde. Elle était terriblement forcée, comme si l'homme avait oublié comment respirer et devait se concentrer pour ne pas arrêter.

Puis les yeux de l'homme s'orientèrent vers Aang.

« Ahhh… Ah… Ahhh… » émit-il dans un râle. Son mouvement était gauche, mais il était évident qu'il se débattait. Sur son visage avait pris place une terreur immense.

« Et là, que fait-il ? » demanda Aang.

L'infirmière fronça les sourcils d'un air confus. « Je... je ne sais pas. »

Aang baissa les yeux sur le visage de l'homme qui le regardait. C'était un visage horrible, apeuré. Et ce visage le fixait intensément. « Qu'est-ce qui vous a fait ça, vieil homme ? »

L'homme leva un doigt osseux avec difficulté, assez haut pour atteindre le front d'Aang, puis parla à nouveau ; sa voix était rauque et tremblotante.

« Ahhh… Arrr… Va-t-en… Homme… à la flèche… »

Aang ne comprenait pas ce qu'il disait. « Qu'est-ce qui vous a fait ça ? » répéta-t-il.

L'homme écouta à peine ses mots. Il répéta juste sa dernière phrase.

« Homme… à la flèche… »

Puis ses yeux se fermèrent et sa bouche tomba mollement. Le bruit de sa respiration avait disparu. L'infirmière s'en rendit compte et se pressa à ses côtés, vérifiant son pouls et ouvrant ses yeux. Mais il n'y avait rien. Le dernier soupir de l'homme avait vraiment été son dernier.

Il était mort.

Aang sortit de l'infirmerie et la femme le suivit.

« Un enterrement aura lieu, maintenant qu'il est décédé. Viendrez-vous ? demanda-t-elle.

- Oui. Bien sûr », dit Aang.

Et l'infirmière pleura. Des larmes ruisselaient le long de ses joues. « Merci... C'était mon père... »

Aang hocha solennellement la tête mais ses pensées étaient toujours absorbées par les mots de l'homme. « Que voulait-il dire par 'Homme à la flèche' ? Parlait-il d'un archer ? Un archer l'aurait attaqué ? »

Elle secoua la tête. « Je n'ai trouvé ni flèches sur le sol ni marques sur le corps. Rien ne l'a attaqué. »

Aang n'en était pas si sûr. L'homme avait été effrayé par quelque chose. Et cette peur était revenue lorsqu'il l'avait vu. Qu'est ce que cela voulait dire ? Et pourquoi avait-il montré son front ? Tout ça avait si peu de sens.

Aang poussa un profond soupir et se gratta la tête.

Il aperçut un miroir non loin de lui. Il se sourit un instant, jouant avec son reflet. Il admira ses tatouages bleus.

Puis il se rendit soudain compte.

Il avait une flèche tatouée sur le front…


(1) Fenêtre à tabatière : fenêtre percée sur un toit et dont le châssis d'une seule pièce s'ouvre comme le couvercle d'une tabatière.


Les reviews sont toujours appréciées. ;)