Coucouuuuuu les Répulsionnaires !

Tout d'abord, je voulais vous souhaiter à tous et toutes une très bonne année 2015. Qu'elle soit synonyme de bonheur, de joie, de santé, et surtout de sorties entre amis, de moments tendres en famille ou en amoureux et puis de lemon, beaucoup, tout le temps ;-)

Bon, comme vous pouvez le voir, je ne ne suis pas morte ... ;-)

Aujourd'hui est un jour très important car c'est le jour de l'anniversaire de ma si précieuse Eli ! Alors, rien que pour elle, j'ai travaillé d'arrache-pied pour finir ce chapitre qui n'avançait pas. Je dois vous dire que Répulsion est un peu une épine dans mon pied pour le moment ... L'envie d'écriture m'a désertée et si je continue, c'est pour vous. Aujourd'hui, c'est spécialement pour Eli, cette amie si adorable, si merveilleuse, si géniale, qui m'aide à continuer, qui me fait passer des moments géniaux et que j'aime très très fort. Eli, ce chapitre est pour toi, encore un très joyeux anniversaire !

Ce qui veut dire en gros que ce chapitre (à part le début) est complètement dénué de bêta-reading donc ne me lancez pas des cailloux pour tout un tas de petites fautes ou incohérences par ci, par là, j'ai écrit dans l'urgence et ma relecture a été ... moyenne !

Je vous laisse avec Lili, vous allez voir, c'est une Hale, à n'en pas douter ;-)

Bonne lecture !

Votre dévouée AuteuZe

Jess


Chapitre 46: "Allons ! Des vies brisées et des effusions de sang ?"

U-turn (Lili) - Aaron

"There is a reason I said I'd be happy alone.
It wasnt because I thought I would be happy alone.
It was because I thought if I loved someone and then it fell apart, I might not make it.
It's easier to be alone. Because what if you learn that you need love? And then you don't have it.
What if you like it? And lean on it? What if you shape your life around it? And then it falls apart?
Can you even survive that kind of pain?
Losing love is like organ damage.
It's like dying.
The only difference is, death ends.
This? It could go on forever.
"
—Meredith Grey - Grey's Anatomy

Lili Annie Blackwell commençait sérieusement à en avoir marre de ces foutus cours. Enfin, ce n'était pas vraiment qu'elle pouvait dire qu'elle y assistait assidûment. Pas du tout même. Si elle allait au premier de la journée, c'était déjà un gros effort. Ce qui l'emmerdait, par contre, c'était que cette foutue secrétaire du Doyen ait osé appeler Charles et Monica pour tout leur raconter. Tout ! Les cours séchés, les problèmes de discipline, le bordel dans le dortoir, … TOUT ! Franchement, elle aurait pu se la fermer, cette grogn*sse ! Elle shoota dans un caillou tout en remettant son sac sur son épaule et pestant. C'était évidemment inutile de dire que Charles allait lui faire un sermon, lui expliquant que son avenir se jouait maintenant et qu'elle ne devait pas foirer cette chance énorme qu'elle avait d'être à Columbia. Enfin … Il ne dirait certainement pas "foirer". Non, ce serait plus un "Annie, ma chérie, tu sais qu'on sera fiers de toi, quoique tu fasses … mais Columbia est une opportunité dont on n'aurait jamais pu rêver et tu l'as, profites-en …". Car oui, pour ça, c'était plutôt clair que c'était une opportunité unique. Disons même une opportunité usurpée. Après avoir FOIRE en beauté ses années de lycée, il ne restait plus à Lili qu'à se trouver un petit job dans l'espoir de faire quelque chose de sa vie. Mais Charles et Monica étaient riches et influents … Un petit don à l'Université de prestige de Columbia et la porte lui était grande ouverte.

Monica, elle, était bien plus tendre avec sa petite Annichou, comme elle ne cessait de l'appeler, quitte à faire grincer les dents de la jolie brune. Bon sang ce que ce surnom pouvait l'énerver! D'abord, elle s'appelait Lili, peu importait ce que ces deux énergumènes s'évertuaient à lui dire. Annie était le prénom de la mère de Charles. Femme que Lili détestait au plus haut point ! Elle était austère, toujours emplie de réprimandes, elle vivait constamment avec un bâton dans le c*l (au sens métaphorique du terme, évidemment) et surtout, elle la détestait tout réciproquement. Franchement, se faire appeler Annie rendait Lili malade. On lui avait choisi un prénom, pourquoi passait-on donc son temps à en changer ?

Mais bon, elle ne pouvait pas se plaindre non plus. Charles et Monica étaient des parents très aimants. Adorables. Un peu surprotecteurs, toujours sur son dos mais ils la conseillaient, l'écoutaient et faisaient tout pour qu'elle soit heureuse. Leur seul problème était qu'ils n'étaient pas ses vrais parents.

Oh bien sûr, ils ne le lui avaient jamais dit. Non non, c'était un secret mieux gardé que celui du Saint-Graal. Mais Lili savait. D'abord, elle avait épié des conversations entre eux, quand ils parlaient de son vrai père qui souhaitait visiblement continuer à la voir, à avoir de ses nouvelles. Et puis, elle le sentait, tout au fond d'elle. Elle n'appartenait pas à cette famille. Elle n'en ferait jamais partie. Alors, au fil des années, elle s'en était distancée, elle avait mis un fossé entre Charles, Monica et elle. Elle ne leur en voulait pas, loin de là. Mais dans un sens, elle les prenait pour responsables de cet éloignement avec ses parents. Surtout après les avoir entendus dire qu'ils devaient tout faire pour que son père ne la voit plus. C'était d'ailleurs à cette époque qu'ils avaient commencé à l'appeler Annie. C'était à cette époque qu'ils avaient déménagé … Ils avaient tout fait pour que ce père biologique dont elle ne savait rien ne la retrouve jamais. Ils l'avaient peut-être aimée de tout leur coeur, mais là, ils brisaient le sien.

Parce que c'était bien quelque chose à laquelle Lili croyait fermement. Les origines, les liens du sang. Ainsi, elle avait l'impression de n'appartenir à personne, d'être la fille d'un peu tout le monde sans être la fille de personne en particulier. Elle avait besoin de ce lien, avec sa vraie famille. Elle le sentait tout au fond d'elle. Elle n'en voulait donc pas à ses faux parents mais c'était tout de même, dans un sens, de leur faute. Du coup, elle leur faisait payer de la seule façon qu'elle connaissait: en foirant tout ce qu'elle "entreprenait". Dès qu'elle avait été en âge de raisonner par elle-même sans être éblouie par l'amour inconditionnel de Monica, elle avait commencé sa petite croisade. Alors qu'avant, elle suivait des cours d'équitation, de piano, de danse classique, de français, etc. en plus de ses cours à l'école, elle avait commencé à l'âge de 11 ans à tout laisser tomber petit à petit. Et pourtant, elle était plutôt douée pour toutes ces choses.

Car oui, Lili avait un don. Et pas n'importe lequel. Elle pouvait lire les pensées des gens. Mais pas seulement. Elle pouvait aussi communiquer avec eux sans parler. Y compris avec les bêtes. Ça aurait pu être un avantage énorme, mais pour elle, c'était l'enfer. Être branchée en continu sur ce que les personnes avaient dans la tête, connaître leurs pensées les plus profondes, les plus noires, c'était … usant. Surtout pour une gamine qui ne comprenait pas bien ce qui lui arrivait. Quand elle en parlait à Charles, il la rabrouait en disant qu'elle arrête de s'inventer des choses, que ce genre de pouvoir n'existait que dans les livres pour enfants qu'elle lisait et qu'il était temps qu'elle arrête de mentir. Monica, elle, se contentait de lui frotter le sommet du crâne affectueusement en lui disant qu'elle avait toujours su qu'elle était exceptionnelle. Ce qui n'apportait pas vraiment de réponse à la petite fille apeurée qu'elle était alors. Surtout que, plus le temps passait, plus ce don se développait. Elle entendait tout, elle savait tout. Et au fil du temps, elle parvenait même à contrôler les gens. Elle avait le pouvoir de leur faire faire quelque chose en pensant que c'était de leur volonté propre. Oui, Lili pouvait manipuler l'esprit de tout le monde. Et ce n'était pas du tout un avantage. Quand elle avait été en âge de s'intéresser aux garçons, elle était également capable de moduler les gens de la manière dont elle les voulait. Et quand son premier coup de coeur, Alexander, l'avait invitée à aller au cinéma, elle n'avait pas pu accepter, la mort dans l'âme. Tout simplement parce qu'elle savait que c'était elle qui avait implanté cette idée dans la tête du garçon, sans même l'avoir décidé. Désormais, chaque relation que Lili entretenait la faisait douter. En fait, non. Elle savait. Que les gens ne l'approchaient que parce qu'elle voulait que ça arrive. Elle savait qu'ils n'agissaient pas selon leur libre arbitre. C'était désespérant. Elle tentait tout pour se défaire de cette tare, de cette malédiction comme elle l'appelait. Elle sentait que ses parents biologiques pourraient lui apporter des réponses mais, pour cela, il aurait fallu les retrouver.

Elle n'avait finalement trouvé qu'une seule solution pour parvenir à canaliser ce "don". Une seule qui fonctionnait vraiment, qui la libérait de ce poids. Elle s'anesthésiait l'esprit en prenant drogue sur drogue. Du cannabis, de l'ecstasy, des champignons hallucinogènes ou même en buvant de l'alcool jusqu'à oublier son prénom. C'était vraiment la seule chose qui lui permettait de vivre plus ou moins normalement. Shootée en permanence, certes mais sans les pensées des autres qui la harcelaient toute la journée. C'était à partir de là que tous ses problèmes de comportement, de discipline, de communication avec les autres commençaient. Lili n'avait plus que des amis comme elle, des drogués qui ne vivaient heureux que quand ils avaient leur dose. C'était un prix dur à payer mais c'était ce qui lui permettait de ne pas se tirer une balle. D'ailleurs, elle était en train de finir son joint quand elle arriva devant la salle de cours où elle devait absolument se présenter, sous peine de se faire renvoyer définitivement. Elle maugréa à nouveau en entrant dans la salle et alla se poser au dernier rang, l'air maussade. Un peu plus loin, un groupe de filles BCBG la regardèrent en ricanant. Evidemment, avec son jean élimé, troué aux genoux et son top gris avec l'inscription "What now?" trop large, qui dévoilait son soutien-gorge rouge qui aurait bien besoin d'un remplaçant, elle n'entrait pas dans le moule de ces connasses. Et, parce qu'elle était ce qu'elle était, elle ne put s'empêcher d'attaquer:

- Ne fais pas la maligne, Tiffany, je me suis faite ton mec ce w-e et il n'a pas arrêté de me dire que ça faisait du bien de se taper une fille qui n'était pas coincée du cul.

La jolie blonde stoppa instantanément de rire et Lili eut un sourire mauvais. Quant aux autres, elles baissèrent les yeux pour éviter qu'elle ne s'en prenne à elles également. Une bonne chose de faite.

Le prof entra alors et démarra son cours. La jolie brune était en train de sérieusement envisager de mettre son Ipod dans les oreilles quand celui-ci s'adressa directement à elle:

- Mademoiselle Blackwell, puisque vous nous faites l'honneur de votre présence, pourriez-vous également nous faire part de votre avis éclairé sur l'expérience de Milgram ?

Lili leva les yeux au ciel, complètement emmerdée. Il pouvait pas lui foutre la paix non ? C'était une victoire qu'elle soit là, fallait pas non plus exagérer. Le prof s'appuya contre son pupitre, croisa les bras et attendit, un sourcil arqué. Bon, elle ne s'en sortirait pas aussi facilement. Déjà, elle entendait les murmures des connasses du rang un peu plus loin. Elle aurait pu tenter de lui faire un sourire charmeur ou de brouiller ses pensées mais ça, elle s'y refusait catégoriquement. Le premier, parce qu'elle savait qu'elle était mignonne et qu'elle obtiendrait ce qu'elle voudrait par un peu de flirt mais c'était en quelque sorte tricher et elle détestait cela. Le deuxième, pour toutes les raisons évoquées plus haut. Ce pouvoir, elle n'en voulait pas et elle n'en abuserait pas. Tout simplement. Alors elle soupira un bon coup et lâcha, glaciale:

- Mon avis sur cette expérience était que ce fichu Milgram était complètement taré.

Des rires s'élevèrent partout dans la salle et elle griffonna une flèche sur son bloc de feuilles vierge, ravie de son petit effet. Monsieur Gilbert grimaça avant de dire, d'une voix tout aussi glaciale que la sienne:

- Eh bien, pas étonnant que le Doyen de cette Université cherche à vous faire virer, Mademoiselle Blackwell. Le nom de votre père ne vous sauvera pas la mise éternellement, savez-vous …

Elle aurait voulu se lever et lui dire, à cet imbécile, que Charles n'était pas son père, qu'elle n'avait pas besoin qu'il lui sauve la mise, que tout ce qu'elle voulait, c'était ses vrais parents et une chance de les rencontrer. Mais elle se contenta de lui offrir un sourire mielleux avant de répondre:

- Oh vous savez, je pense qu'il n'y a rien que l'argent ou l'autorité dans le cas présent, ne puisse acheter.

Le prof la regarda intensément mais elle continua:

- Quant à mon avis sur Milgram, il n'est pas faux. Ce type devait être complètement dingue pour avoir l'idée d'une telle expérience. Désolée si ça ne vous plaît pas.

Elle venait de lui clouer le bec et en beauté. De nouveaux murmures s'élevèrent autour d'elle et elle se mordilla la lèvre d'impatience. Pourquoi fallait-il que cette enfoirée de secrétaire ait appelé Charles ?

- En réalité, je trouve qu'elle a raison.

Lili se retourna vers la voix qui venait de s'élever à sa gauche, deux rangs plus loin qu'elle. Elle appartenait à un beau mec blond, pâle comme la mort, qu'elle n'avait jamais vu avant. En même temps, elle ne passait généralement pas une heure sur le campus ou dans une salle de cours, c'était peut-être la raison. Le jeune mec se retourna sur elle et lui offrit un sourire entendu avant de continuer:

- Même si l'expérience de Milgram ouvre des perspectives énormes sur ce que l'Homme est capable de faire à son semblable parce qu'on l'y pousse, expliquant par là bon nombre de comportements horribles comme chez les nazis, il faut tout de même se demander si ce Stanley n'était pas lui-même un peu malade pour penser à un tel processus d'expérimentation.

Non seulement ce mec était beau comme un Dieu mais en plus, il semblait intelligent et cultivé. Lili repoussa une mèche de ses cheveux derrière son oreille et l'étudia plus attentivement. Mâchoire carrée, nez aquilin, un profil plus qu'avantageux, des cheveux blonds savamment décoiffés et des bras, apparaissant grâce aux manches de sa chemise retroussées, musclés. Tout ce qui pouvait lui plaire. Et il était d'accord avec elle, ce qui était définitivement un plus. Surtout que sa méthode pour canaliser son don semblait fonctionner, elle pouvait désormais tenter d'approcher un mec sans risquer de l'influencer et il était le premier depuis longtemps à lui donner envie de se lancer.
Le professeur sembla désarçonné par le discours du mec et toussota avant de froncer les sourcils et de demander:

- Excusez-moi, jeune homme, mais je ne pense pas avoir saisi votre nom.

Le beau blond lui offrit un sourire faux comme pas possible et rétorqua du tac au tac:

- C'est peut-être parce que je ne vous l'ai pas donné.

Décidément, il plaisait de plus en plus à Lili. Elle sourit, portant totalement son attention sur lui sans chercher à s'en cacher alors que la joute verbale continuait:

- Et que faites-vous donc à mon cours?

- A priori, je dirais que je cherche à étudier l'histoire de la psychologie.

Les belles mains se saisirent d'un fascicule et le mec l'observa une minute avant de le lever pour le montrer à Monsieur Gilbert.

- C'est bien ce que vous êtes sensé enseigner, non ?

- Ca, j'ai bien compris que vous assistiez à mon cours, je ne suis pas débile non plus !

Le sourire que le beau mâle offrit au prof voulait clairement dire poliment qu'il n'en croyait pas un mot mais qu'il ne dirait rien à ce sujet. Lili sourit d'autant plus, adorant ce mec et la manière qu'il avait d'agir. Ses mains se mirent en plier gentiment le fascicule alors qu'il reprit:

- Je me suis inscrit cette semaine. Je cherche encore mes options.

- Et vous êtes ?

- Jasper Whitlock. On ne vous a pas prévenu de mon arrivée ?

Jasper … Ce prénom donna des frissons à la petite brune. Ce n'était absolument pas courant mais drôlement sexy pour ce mec qui le portait parfaitement selon elle. Elle l'étudia plus encore, le dévorant littéralement du regard quand il se retourna vers elle. Leurs yeux se croisèrent et elle trembla d'excitation. Il la regardait avec une telle intensité que les choses étaient plutôt claires, sans même avoir besoin de fouiller dans sa tête pour connaître ses pensées. Il la voulait. Et elle se donnerait sans concession. Pourtant, pour la première fois de toute sa vie, Lili eut envie d'utiliser son don. Elle eut envie de savoir ce que ce mec avait dans l'esprit. Elle voulait savoir s'il la trouvait jolie, ce qu'il comptait lui faire. Elle voulait tout savoir de lui, comme si c'était devenu vital pour elle. Et ces pensées lui firent peur. Elle ne le ferait pas. Jamais. Si ce Jasper était son âme soeur, celui qu'elle attendait depuis toujours, elle voulait que ce soit pour de vrai. Et elle ferait tout pour que ça reste ainsi.

XoXoX

A la fin du cours, alors que le fameux Jasper avait encore donné son avis sur un tas de choses erronées que le prof disait, elle le vit se hâter vers la sortie sans plus un regard pour elle. Elle se dépêcha donc d'empaqueter ses affaires, descendit les marches de l'amphi à la hâte et courut presque pour sortir de la salle. Elle se mit à sa hauteur alors qu'il marchait dans le couloir, l'air perdu dans ses pensées. Quand elle arriva à ses côtés, elle lâcha essoufflée:

- Merci de m'avoir sauvée tout à l'heure.

Il darda un coup d'oeil sur elle et sa bouche dessina un superbe sourire en coin qui la fit à nouveau frissonner. Il y avait quelque chose chez lui qui la retournait complètement mais elle ne savait pas mettre le doigt dessus. Il continua à marcher sans rien dire et elle remarqua qu'il était grand. Très grand. Pas trop musclé mais juste assez, imposant de hauteur. Et beau. Incroyablement beau. Quand il parla, sa voix de velours la grisa plus encore que quand il avait pris la parole en classe:

- Avec plaisir. Je déteste ce genre de mecs qui profitent de leur statut de prof pour combler la frustration qu'ils ont envers les jolies filles qui les ont rejetés toute leur vie parce qu'ils étaient trop moches pour en emballer une.

Elle s'arrêta, statufiée et il fit de même, quelques pas plus loin, la regardant avec un sourcil arqué.

- Je … Wow. C'était quoi cette phrase à rallonge ? Et euh … tu me trouves jolie ?

- Désolé, j'ai un problème avec mon filtre à paroles. Et bien sûr que tu es jolie, même un aveugle le reconnaîtrait.

Lili Blackwell pouvait se vanter de plaire. Elle avait eu nombre de propositions, même les non-désirées qu'elle avait réussi à repousser avec son don. Elle savait qu'elle était belle et que les gens le remarquaient. Mais se l'entendre dire de cet Apollon qui lui disait ça comme s'il lui disait "oh, t'as vu, il pleut", c'était désarçonnant. Et elle adorait ça !

- Je … Hum! … Merci.

- Avec plaisir, je crois aux vertus d'une vérité bien dite.

Il lui offrit à nouveau ce sourire charmeur et elle fondit totalement. Bon sang, elle pourrait tout aussi bien tomber amoureuse, là, de suite. Elle qui ne croyait pas au coup de foudre, c'était incroyable !

- Je … Je suis Lili.

Elle lui tendit la main avant de se rendre compte que c'était ridicule. Mais, contre toute attente, il la prit et elle sentit un frisson lui prendre le corps entier, comme si celui-ci le reconnaissait. Ce qui était impossible puisqu'elle n'avait jamais eu la chance de rencontrer ce mec. Peut-être que c'était ça de rencontrer l'homme de sa vie ? Sa main était glaciale dans la sienne, il la serra brièvement en disant:

- Je suis Jasper. Et je suis enchanté de faire ta connaissance, Lili.

Quand il la relâcha, elle se délectait encore de son nom dans sa bouche. C'était parfait, tout simplement. En fait, c'était même trop beau pour être vrai. Elle venait de trouver l'homme parfait, il tombait là, dans son cours, comme destiné à se trouver sur son chemin. Lili ne croyait pas vraiment aux signes alors elle voulut pousser sa chance et dit:

- Alors comme ça, tu sondes tes options ?

Il arqua un de ses sublimes sourcils et demanda de sa voix profonde:

- Mes options?

Elle ne put empêcher le sourire qui découvrit ses dents d'apparaître. Il était si mignon que c'en était presque douloureux.

- Je parle de tes cours. Tu disais ne pas savoir ce que tu souhaitais faire.

Il lui offrit un sourire en retour, entendu, et rétorqua:

- Oui, je ne sais pas bien dans quelle filière je veux me lancer.

S'enhardissant, elle posa la main sur son bras et, à nouveau, ce courant électrique passa entre eux. Elle frissonna:

- Je trouverais ça bête que tu ne mettes pas ton intelligence particulière dans la psychologie, tu sais ?

- Mon intelligence particulière ? demanda-t-il avec un nouveau sourire à faire fondre le Pôle Nord.

- Allez, tu sais bien que tu es incroyablement intelligent et que les profs de cette Université prestigieuse se battraient pour t'avoir dans leurs rangs.

- Ah bon ?

Il n'avait pas l'air de frimer. Pas du tout. En fait, il semblait même plutôt amusé par ses compliments. Ce qui lui plut, évidemment, d'autant plus.

- Je pense vraiment que tu devrais rester ici.

- En psychologie, tu veux dire ?

Elle lui offrit son plus beau sourire et lui avoua:

- En fait, peu importe, tant que tu es à la majorité de mes cours !

Elle venait d'attaquer en force et elle se félicita mentalement. Quand elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille tout en se mordillant la lèvre, elle vit son sourire devenir un peu nostalgique et elle se demanda pourquoi. Mais il ne lui laissa pas explorer plus avant cette question quand il lâcha de but en blanc:

- Alors, il est où ton prochain cours ? Je t'y accompagne !

Elle qui avait prévu de sécher le reste de la journée, elle se prit à lui désigner un bâtiment au loin en disant:

- Histoire de la psychanalyse. Tu viens ?

XoXoX

Jasper regardait de loin sa fille, couchée dans l'herbe du campus de la célèbre université de Columbia, un joint entre les lèvres, au milieu d'un groupe de gars plus louches les uns que les autres. Appuyé contre un arbre, le blond soupira un bon coup, dépité. Il savait que Lili n'allait pas bien. Il n'avait pas imaginé à quel point ce serait.

Lili

Take another walk out of your fake world
Please put all the drugs out of your hand

You'll see that you can breath without not back up

So much stuff you got to understand

Un peu plus tôt dans la journée, il avait réussi à lui parler et à susciter son intérêt. Ce qui n'était visiblement pas chose aisée. Il avait promis d'être de retour dans moins de 48 heures à Forks mais force lui était de constater qu'il allait devoir revoir ses plans. Il sortit son portable et composa le numéro de sa femme qui décrocha à la première sonnerie:

- Jasper ?

- Comment vas-tu petite calamité ?

- Tu me manques …

La petite voix boudeuse le fit sourire. Surtout qu'elle ressemblait étrangement à celle de la petite brune un peu plus loin. Mère et fille ne pouvaient décidément pas se renier. Tout, dans l'attitude de Lili, lui rappelait Bella. Un peu plus tôt, quand il l'avait vue repousser une mèche de ses cheveux derrière son oreille tout en se mordillant la lèvre, Jasper avait été saisi de se rendre compte à quel point les deux femmes de sa vie se ressemblaient en un tas de facettes. Dommage qu'elles soient à jamais autant éloignées l'une de l'autre. Si seulement Bella savait à quel point sa fille était mal, peut-être déciderait-elle d'intervenir elle aussi … Il décida de tenter sa chance :

- Et tu me manques aussi. Mais …

- Ne me dis pas que tu ne rentres pas demain, Jasper.

Il soupira à nouveau et confirma dans un murmure :

- Je ne rentre pas demain, petite calamité.

- On a besoin de toi, tu sais ? Ta sœur ne tient pas en place.

- Je sais. Mais les choses sont compliquées ici. Lili ne va pas bien et …

- Je ne veux pas savoir.

- Je sais …

S'il avait cru que son instinct maternel se réveillerait aussi facilement, il était vraiment idiot. Cela faisait 17 ans qu'il se battait chaque jour pour faire naître un sentiment chez Bella envers sa fille. Mais c'était inutile. Une vraie perte de temps. Et il ne pouvait s'empêcher de réessayer, encore et encore. Inlassablement.

- Combien de temps ? demanda sa femme à l'autre bout de la ligne, alors qu'il ne rajoutait rien.

- Bella, je sais que tu penses que …

- Combien de temps ? l'interrompit-elle d'une voix glaciale qui ne lui ressemblait pas.

Elle lui en voulait, c'était bien clair. Mais il n'abandonnerait pas sa fille. Pas maintenant. Pas dans l'état dans lequel il l'avait trouvée.

- Je ne peux pas le dire. Une semaine, peut-être deux.

- DEUX SEMAINES ?!

- C'est compliqué, petite calamité !

- On a une guerre à mener, Jasper. Je ne sais pas si tu l'as oublié mais …

- Je ne l'ai pas oublié. Mais si je dois combattre, je veux être au moins sûr que ma fille s'en sortira bien. Et ce n'est pas le cas pour le moment …

- Mais Rose …

- … patientera pour Lili. Elle fera l'effort pour sa nièce.

Un silence lui répondit et il sut qu'elle était arrivée au bout de ses idées pour le convaincre de revenir. Et que ça la contrariait qu'il ne cède pas. Pourtant, Dieu seul savait à quel point il avait envie d'être près de sa femme et de sa soeur. Cela le minait de les laisser ainsi, dans une période aussi difficile. Surtout au vu de ce qui les attendait. Il savait que leurs jours à tous pouvaient être comptés. Que c'étaient peut-être les derniers qu'ils passeraient tous ensemble. Mais abandonner Lili dans l'état dans lequel elle se trouvait n'était pas une option. Comme il venait de le dire à Bella, s'il allait risquer sa non-vie dans quelques jours, ce ne serait pas sans s'être assuré au préalable que leur merveilleuse fille s'en sortirait convenablement. Or, il y avait du boulot. Aussi, il reprit la conversation:

- Je rentrerai le plus rapidement possible. Quand les choses seront arrangées ici.

- Bien.

- Je sais que tu m'en veux, petite calamité mais il y a 20 ans, j'ai fait l'erreur de t'abandonner alors que tu apprenais être enceinte de moi. J'ai failli à mon rôle de père et de petit ami. Je passerai l'éternité à essayer de faire amende honorable pour cette faute auprès de toi mais je dois être là pour elle. Elle est ma fille, mon sang, mon miracle … je ne l'abandonnerai pas une deuxième fois.

Un nouveau silence se fit à l'autre bout de la ligne et il soupira, sachant qu'elle ne comprendrait jamais cet amour inconditionnel qu'il portait à Lili. Parce qu'elle s'était mise des barrières dès qu'il était parti pour ne plus rien ressentir pour cet enfant. Toute cette situation était de sa faute à lui, après tout. Il le savait et ne pouvait pas lui en vouloir pour ça.

- Très bien. Fais ce que tu as à faire et … reviens vite.

La voix de sa femme était plus douce, plus compréhensive et il fut soulagé. D'une certaine manière, même si elle lui en voulait, elle pouvait lui laisser faire ça. C'était une petite victoire en soi.

- Je t'aime, Bella Hale, tu le sais, n'est-ce pas ?

- Et je t'aime aussi Jasper. Pour tout ce que tu es.

- Je te laisse …

- Mon coeur ?

- Oui.

- Sois prudent.

- Toujours.

Il raccrocha, un sourire tendre sur les lèvres. Le regard rivé sur sa fille qui blaguait avec ses amis, il prit un moment pour penser à un angle d'attaque. La toucher ne serait pas chose simple mais il devait le faire, il devait arriver à percer le mur de béton qu'elle mettait autour d'elle. Au fil des ans, il était allé la voir. D'abord, il l'avait approchée, il avait pu partager des moments uniques avec cette petite fille exceptionnelle. Et puis il avait du l'observer de loin, la voir grandir sans pouvoir communiquer avec elle. Parce qu'elle se serait demandée pourquoi cet homme qui venait la voir de temps à autre ne vieillissait pas. Elle aurait posé des questions. Ou … ou elle aurait utilisé le don fabuleux dont elle avait hérité pour sonder son esprit. Il ne pouvait pas prendre le risque. Jamais avec elle. Elle était trop fragile, trop à fleur de peau. Et ce depuis son plus jeune âge. Depuis qu'elle avait été en mesure de comprendre que quelque chose était différent chez elle. A partir de ce moment-là, elle s'était refermée sur elle-même. Jusqu'à récemment, Monica et Charles étaient parvenus à la guider au mieux, à la canaliser. Mais aujourd'hui, elle était hors de contrôle. Les drogues qu'elle prenait en pensant atténuer son don la rendaient bien plus dangereuse. Une vraie bombe à retardement. Il devait l'aider, l'épauler, lui faire comprendre que ce pouvoir n'était pas une malédiction. Qu'elle pourrait le contrôler sans devoir s'anesthésier l'esprit. Il devait être le père qu'elle n'avait jamais eu. Dans le corps d'un jeune homme de 19 ans. C'était ce qui se révélerait le plus compliqué. Parce qu'elle devait comprendre que ce qu'elle faisait était mal mais il ne pouvait lui dire sur le ton de la réprimande. Il n'avait aucun ascendant sur elle, aucun. Elle devrait vouloir le faire par elle-même. Il allait être nécessaire qu'il trouve un moyen qu'elle en ait l'envie.

For every step in any walk

Any town of any thought

I'll be your guide

Il s'approcha alors du groupe dans lequel elle se trouvait et, dès qu'elle l'aperçut, le visage de la petite brune s'illumina dans un sourire radieux. Peut-être qu'il y parviendrait finalement. Peut-être qu'elle voudrait le faire pour lui.

- Jasper, je suis contente que tu sois venu !

XoXoX

Après avoir passé l'après-midi en compagnie de ses amis et de Jasper, Lili devait bien reconnaître qu'il était plus que son genre. Désormais, elle était persuadée qu'il pourrait être le bon. Il était entré dans le groupe sans le moindre souci, se fondant parfaitement dans la masse, malgré les caractères forts, différents et parfois insupportables qu'avaient ses copains. Jasper était véritablement exceptionnel. Il ne jugeait pas, l'acceptait telle qu'elle était, malgré tous ses vices et ses noirceurs. Au cours de la journée, ils avaient pu faire un peu plus connaissance, même si, au final, elle ne savait pas grande chose de lui. Il était assez réservé mais elle avait comblé les blancs, ne voulant surtout pas qu'il décide de partir. Et, étonnamment, il n'avait pas eu l'air de vouloir fuir. Là, ils se trouvaient dans un recoin sombre de Central Park, à la nuit tombée, et se faisaient une orgie de substances plus illicites les unes que les autres. Alors que Mark, le tombeur de la bande qui tentait tant bien que mal de draguer Lili, lui tendait une ligne de coke dont elle allait se saisir, la main de Jasper se posa sur son bras et il lui sourit quand elle leva les yeux vers lui.

- Tu viens faire un tour avec moi, avant ?

- Bien sûr.

Elle refusa donc d'un signe de tête l'offre du beau brun et se leva pour suivre celui qui faisait désormais battre son cœur. Ils marchèrent côte à côte, en silence, pendant quelques minutes puis Jasper s'arrêta sur un banc et elle se posa à ses côtés.

- Alors, c'est ton genre de soirée habituel ?

- Pas vraiment. D'habitude, on se cherche un cimetière pour entrer plus encore dans le cliché de la bande de délinquants qui emmerde le monde.

Il ne dit rien et détourna les yeux. Soudain, elle se demanda si il acceptait finalement aussi bien les choses qu'elle l'avait pensé au départ.

- Jasper ?

- Hum ?

- A quoi tu penses ?

Il ne lui répondit pas tout de suite, le regard toujours perdu dans le vague. Elle se mordilla les lèvres, perdue et il sembla remarquer son mouvement car il posa des yeux tendres sur elle.

- Je me demandais ce qui te poussait à t'infliger ça.

- M'infliger ça ?

- Tu sembles être une fille intelligente. Non, excuse-moi, je vois que tu es une fille intelligente. Et j'ai du mal à comprendre pourquoi tu … tu agis de la sorte.

- Je ne fais rien de mal. Je n'emmerde personne.

- Mais tu te fais du mal à toi, Lili. Pourquoi ?

- Tu ne me connais pas.

Elle le vit réprimer un sourire contrit et s'enflamma directement, son tempérament prenant le pas sur l'envie de lui plaire.

- Tu ne me connais pas et je refuse que tu me juges. Ce que je fais ne regarde que moi !

Lili voulut se lever et mettre de la distance entre eux mais il lui attrapa le poignet et, malgré ses manches longues, elle sentit la froideur de sa main. Alors qu'elle fronçait les sourcils en regardant l'endroit où il la tenait, il la relâcha brusquement, comme s'il l'avait brûlée en la touchant.

- Désolé. Ne … ne pars pas. Parle-moi.

Elle se laissa retomber contre le dossier du banc et soupira. Il était tellement adorable avec son regard de chien battu et tellement beau qu'il lui était impossible de lui résister. Et, en plus, elle sentait qu'elle pouvait lui faire confiance.

- De quoi veux-tu que je te parle ?

- De toi. De ta vie. De tes projets.

Il s'était tourné vers elle, un coude sur le dossier du banc, une jambe relevée sur l'assise, plus beau que jamais dans la lumière douce du réverbère un peu plus loin d'eux. Elle rit, repoussant une mèche de cheveux derrière son oreille.

- N'est-ce pas des conversations bien trop sérieuses pour un mercredi soir ?

- Rien n'est trop sérieux s'il s'agit de toi. Dis-moi quelque chose que je ne sais pas.

Lili réfléchit rapidement à la question du beau blond. Et parce qu'elle avait envie de lui faire plaisir, qu'elle avait envie de lui confier quelque chose, elle choisit de revenir sur leur discussion d'un peu plus tôt :

- Je prends tous ces trucs parce que ma vie est compliquée.

- Compliquée ? Tu es jeune, belle comme un cœur, intelligente et réfléchie … Il me semble que tu te rends la vie compliquée.

- Pas forcément … Je … Je vis des choses que peu de gens vivent et je ne peux en parler à personne.

- Pas même à ta meilleure amie ?

- Je n'ai pas d'amie, je ne sais pas si tu as remarqué, je ne traîne qu'avec des mecs.

- J'ai bien remarqué oui.

Il y avait dans sa voix une note de désapprobation qu'elle interpréta pour de la jalousie, ce qui lui réchauffa le cœur.

- A ton journal intime alors ?

- Ai-je la tête d'une fille qui tient un journal intime ?

Ce fut au tour de Jasper de rire, rejetant la tête en arrière et souriant de cet air si magique qui donnait envie à Lili de sourire de toutes ses dents à son tour.

- Pas vraiment.

- Comme tu vois, Lili Blackwell, seule contre le monde.

Il fronça les sourcils et demanda d'une voix profonde :

- Et tes parents ?

- Oh, eux … Le pire de mes problèmes.

- Comment ça ?

Bon sang, elle n'avait pas envie de s'engager dans pareille conversation. Et pourtant, Jasper lui donnait envie de se confier, de décharger un peu ses problèmes sur les épaules de quelqu'un d'autre. Et il semblait vouloir réellement l'aider, l'écouter, la comprendre … Peut-être pouvait-elle faire un effort.

- Ne me malinterprètes pas, Charles et Monica sont adorables mais …

Quand elle s'interrompit, le regard perdu dans le vague, il dit :

- Charles et Monica ? Tu appelles tes parents par leurs prénoms ?

- Parce que ce ne sont pas mes vrais parents.

- Lili …

Elle secoua la tête, voulant le dire une bonne fois pour toutes à quelqu'un.

- Je … Ils sont adorables mais … je ne leur appartiens pas. Je ne suis pas à eux. Et si je ne suis pas à eux, à qui suis-je ? Tu sais quoi, ça n'a aucune importance …

- Hey …

Il voulut lui prendre la main mais elle se leva au même moment, faisant les cent pas devant le banc où il était toujours posé.

- Charles dit que ma mère biologique ne voulait pas de moi. Que ma simple vue la …révulsait. Dès qu'elle a pu se défaire de moi, elle m'a donnée sans la moindre hésitation. Et sans le moindre regret.

Maintenant que les mots s'échappaient de sa bouche, elle ne pouvait plus rien faire pour les arrêter. Elle avait besoin de décharger sa peine et Jasper, cette personne qui parvenait enfin à faire craqueler le mur qui entourait son cœur, semblait la personne toute indiquée pour cela.

- Quant à mon père biologique, il paraît qu'il l'a quittée quand il a su qu'elle était enceinte. Avoir un enfant avec une telle femme le dégoûtait. Alors voilà, Jasper, je suis l'enfant de la répulsion. Je suis un monstre dont on a voulu se débarrasser.

Et, aussitôt les mots sortis, elle sentit une immense colère l'assiéger. Elle se laissa tomber sur le banc, presque terrassée.

- Ne t'énerve pas ainsi, Jasper !

- Je … je ne m'énerve pas.

- Bien sûr que si, je te sens …

Elle fronça les sourcils, un peu perplexe. Cette rage qu'elle avait ressentie, ce n'était pas la sienne, elle en était sûre. Non, dire ces choses avait plutôt été un soulagement. Or, cette fureur qui s'était abattue sur elle devait venir de lui. Ce qui était incroyable non ? Comment pouvait-elle le sentir alors que son don était « anesthésié » ? Et soudain, elle réalisa ce qu'elle venait de lui dire quand il rétorqua, perdu :

- Lili, que … ?

- Non, je … je raconte n'importe quoi. Tu sais quoi ? Je vais … je vais rentrer.

Quand il mit la main sur son bras pour l'empêcher de s'en aller, cette fois sur sa peau nue, elle sursauta. Cette froideur n'était pas normale. Elle se releva d'un bond, toujours en prise à la colère qui venait de lui :

- Tu es glacé. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?!

- Lili …

- Non je … je deviens dingue. Je … aurevoir Jasper.

Et, sans se retourner, ne lui laissant pas la chance d'en placer une, elle partit en courant, mettant le plus de distances possibles entre lui et elle. Quand elle sortit de Central Park, elle lui fut reconnaissante de ne pas avoir cherché à la suivre.

XoXoX

- Merci d'être venue.

Sur le toit du plus haut bâtiment de la prestigieuse Université de Columbia, Jasper restait appuyé contre la rambarde, n'ayant même pas pris la peine de se retourner pour voir arriver la sublime vampire qui se trouvait derrière lui. Il l'attendait et, de toute façon, l'avait vue arriver en bas.

- Cela avait l'air d'être urgent.

- Cela ne pouvait effectivement pas attendre.

Il se détourna du spectacle de sa magnifique fille en train de se faire à nouveau du mal à elle-même en prenant toutes ces substances illicites. Bientôt, il pourrait enfin s'occuper d'elle comme il faut. Il pourrait être là pour elle comme elle en avait besoin. Il prenait un risque énorme. Mais il ne pouvait faire autrement. Lili avait besoin de lui et il était plus que temps qu'il soit le père qu'elle méritait.

For every street of any scene

Any place you've never been

I'll be your guide

- Pourquoi m'avoir appelée moi ?

Il dévisagea la jeune femme devant lui. Des cheveux couleur de miel, des yeux mordorés et un visage angélique, Eléa était définitivement un risque à elle toute seule. Pourtant, aujourd'hui, il avait besoin d'elle. Et il espérait ne pas se tromper en remettant son éternité entre ses mains, une fois de plus.

- Tu le sais parfaitement.

- Mon pouvoir …

- Bien sûr. Ce n'est pas que je ne t'apprécie pas mais … j'ai surtout besoin de ton don aujourd'hui.

- Ahhhh, Jasper Hale, quand m'aimeras-tu enfin pour mon immense charme ?

Il sourit, incapable de résister à ce regard adorable qu'elle lui offrait.

- Dans une autre vie peut-être, où je n'aurais pas encore rencontré mon âme sœur.

- Bella Swan, cette petite chanceuse ! rit-elle en secouant la tête pour rejeter sa longue chevelure derrière son épaule.

- C'est Bella Hale désormais.

- C'est ce que j'ai entendu dire.

Il fronça les sourcils, perplexe.

- Sephora ?

- Je n'ai plus de contact avec cette malade mentale, Jasper. Je te l'ai déjà dit. Elle a la folie des grandeurs et je veux seulement la paix.

- C'est ce que nous voulons tous. Ce que voulait Emmett. Malheureusement, nous ne l'avons pas eue.

- Je te l'ai dit également : je ne souhaite rentrer dans aucun conflit. Je veux vivre ma vie, profiter de mon éternité et juste être bien. Votre guerre ne m'intéresse pas.

- Pourtant, tu es là.

- Tu m'as dit nécessiter mon aide plus que tout au monde. Et que tu ne me demanderais pas de prendre parti. J'ai choisi de te faire confiance.

- En te demandant d'user à nouveau de ton don sur moi, je fais le même choix.

- Et j'en suis honorée. Mais avant toute chose, je dois t'avouer quelque chose …

- Tu l'as amélioré, n'est-ce pas ?

- En effet. Quand j'ai enfin compris la faille dans mes "retransformations", grâce à toi, j'ai voulu rendre une portion de vie à certains vampires peu contents de leur condition. Tant que je ne ressentais rien pour ceux-ci, je ne risquais pas de les tuer dans la foulée.

Jasper s'adossa à la balustrade en souriant :

- Ravi d'avoir pu t'être d'une quelconque utilité.

- C'est pour ça que je suis là également, tu sais ? Tu m'as aidée à venir en aide à d'autre personnes. Il est normal que je te rende la pareille.

- Tu sais que mes motivations d'alors étaient purement égoïstes, n'est-ce pas ?

- Peu importe. J'ai changé. Ce que je prenais pour une malédiction est devenu un vrai don. Aider ces gens à redevenir normaux, c'est … grisant. Je sens que je leur donne quelque chose. Et je ne laisse jamais les choses aller trop loin. Ils savent qu'ils n'ont droit qu'à deux chances. Qu'ensuite, c'est terminé.

- C'est très altruiste de ta part.

- J'ai longtemps regretté mon statut d'humaine, tu sais ? J'adore être une vampire. Vraiment. Mais sentir son cœur qui bat, c'est une sensation qui me manque. Avoir le cœur qui s'emballe quand tu vois quelqu'un qui te plaît et à qui tu sembles plaire. Avoir besoin de respirer, de dormir … Dormir … Ahhhh, j'en rêve, à jamais éveillée.

Il la regarda parler avec passion de ce qu'elle pouvait donner aux autres mais n'aurait jamais pour elle. Et il la trouva tout de suite beaucoup moins risquée. Quelqu'un qui prenait tant soin d'inconnus ne pouvait lui faire du mal. Pas intentionnellement. Il voulut tout de même savoir :

- A quel point a-t-il évolué ?

Elle perdit instantanément son sourire et il regretta presque sa question. Presque. Parce qu'il devait savoir avant de s'engager là-dedans.

- Eléa, à quel point ?

La jolie brune prit encore un moment pour répondre, pinça les lèvres dans une mine boudeuse adorable avant de dire d'une toute petite voix :

- Justement, pas tant que ça. A l'heure d'aujourd'hui, je n'ai réussi qu'à faire disparaître les périodes de black-out.

- Quoi ? Plus 24 h d'attente ?

- Non. Je t'embrasse, tu es inconscient une dizaine de minutes et boum, te revoilà humain.

- Si rapidement ?

- Oui … Mais ce n'est pas assez. Ce que je voulais, vraiment, c'est étendre la durée de l'état humain. Apparemment, ce n'est pas possible.

Elle baissa les yeux et il sentit à quel point elle regrettait amèrement cela. Elle était totalement honnête avec lui, elle ne pouvait mentir à son don d'empathe. Et cela la minait visiblement. Aussi, il rétorqua :

- Et si on faisait un deal ?

- Un deal ?

- Oui, tu m'aides à redevenir humain pour 24 heures, je n'en attendais pas plus de toute façon.

Elle grimaça tout de même, alors qu'il la rassurait du mieux qu'il pouvait.

- Et ?

- Et, quand je redeviens celui que je suis à l'instant, je te promets un entraînement intensif.

- Intensif ?

- J'étais un soldat autrefois. Je sais comment travailler un don pour qu'il s'étende. On pourrait essayer, voir quels résultats on peut obtenir.

Eléa porta les mains à sa bouche et il put dire à sa posture qu'elle se retenait à grande peine de sautiller sur place d'excitation :

- Vrai ?

- Vrai.

- Vrai de vrai ?

- Je ne sais pas ce qu'on peut en tirer mais je me dis que ça vaut la peine d'essayer. Qu'en penses-tu ?

- J'en pense … j'en pense que … viens là Jasper Hale que je t'embrasse.

Elle se jeta alors à son cou et posa la bouche sur la sienne avidement. Quand il sentit sa langue s'insinuer, il se dit qu'elle abusait un peu mais se laissa faire. Et il sut qu'elle avait dit vrai car quand les ténèbres commencèrent à le happer, il sentit déjà son cœur recommencer à battre.

- A tout de suite, beau blond ! soupira-t-elle en s'écartant de lui.

XoXoX

- Ah te voilà !

Lili se tenait dans l'encadrement de la porte de son dortoir, ouverte, où elle découvrait Jasper plus beau que jamais. Le jour précédent, il y avait eu un malaise entre eux et elle était persuadée qu'elle ne le reverrait plus jamais. Ou tout du moins qu'il ne viendrait pas à la fête dont elle lui avait parlé. Et pourtant, il était là, à la porte de sa chambre, dans une chemise violette à croquer et avec un sourire à damner un saint. Franchement, il aurait du y avoir une loi empêchant d'être aussi beau pour la santé mentale de la gente féminine.

- Je t'ai dit que je viendrai. Je tiens toujours mes promesses, dit-il de sa voix suave, si magnifique qu'elle faillit défaillir de plaisir.

Elle osait à peine imaginer ce que serait cette voix susurrée dans son oreille alors qu'il entrait en elle … Euuhh … Brrrr. Elle eut un frisson qui lui parcourut le dos, comme si c'était contre nature de penser à de telles choses. Or, son instinct était toujours le bon. A nouveau, pour lui, elle eut envie d'user de son don. Mais il était le premier depuis des lustres à attirer son attention, à lui donner envie de plus le connaître, de faire que les choses fonctionnent. Utiliser ce pouvoir serait à l'encontre de tout cela. Elle ne voulait pas que cela vienne gâcher ce qui débutait entre eux. Elle choisit alors d'ignorer ce que son esprit cherchait lui crier et de voir ce qui se passerait. S'ornant de son plus beau sourire, elle rétorqua :

- Voyons voir si tu peux faire d'autres promesses que tu tiendrais …

Il arqua un sourcil, visiblement déstabilisé et elle adora être capable de laisser bouche bée un tel mec.

- J'attrape ma veste et on peut y aller.

Quand elle eut refermé la porte de son dortoir, il la guida le long du couloir tout en posant une main dans le bas de son dos. Ce contact lui fit encore une fois l'effet d'un électrochoc et le frisson qui la parcourut fut délicieux.

- Alors, où se trouve donc cette petite fête ?

- Dans le dortoir du quartier est. Ce sont les débiles d'une confrérie qui l'organise.

- Et, s'ils sont si débiles, on y va parce que … ?

- Parce qu'ils sont connus pour amener un tas d'alcools sympas et que je compte bien te saouler, Jasper Whitlock.

Il sourit d'un air entendu et elle ne put s'empêcher de trembler d'impatience …

Impatience qui fut rapidement mise à l'épreuve par l'essaim de blondasses qui essayèrent en vain de capter l'attention du beau blond pendant la première heure de leur arrivée à la soirée. Il riait à leurs blagues débiles, buvait les verres qu'elles lui offraient et poussa même le vice jusqu'à danser avec l'une d'elles. Tout en gardant soigneusement un œil en permanence sur Lili, comme pour voir l'impact qu'il avait sur elle. Loin du garçon sûr de lui qu'elle avait rencontré, il semblait désormais perdu. Comme si … comme s'il ne savait pas bien ce qu'elle ressentait. Or, dès leurs premiers instants, elle s'était figuré qu'il y avait une connexion entre eux. Peut-être l'avait-elle tout simplement inventée. Et pour combler cette frustration de le voir parler ainsi avec toutes ces filles plus belles les unes que les autres, la petite brune descendit verre après verre jusqu'à ne plus bien savoir ce qu'elle foutait là, ni même avec qui elle était venue.

- Tu sembles vouloir noyer ta peine, ma belle …

Elle se tourna vers la voix grave qui semblait s'adresser à elle et tomba sur un mec plutôt pas mal, brun, les cheveux mi-longs, avec un style de rocker. Mouais, pas trop mal …

- Noyer ma peine ? Pas du tout. Je cherche à établir un record.

- Un record ? Rien que ça ?

- Oui, je suis sûre que je suis capable de boire plus que le débile qui se dit leader de cette confrérie.

- Sebastian ? Tout le monde boit plus que lui.

- Tu le connais donc ?

Le gars lui offrit un sourire ravageur et annonça d'une voix calme.

- C'est mon frère.

- Oups, désolée.

- Pas du tout, ne t'excuse pas. C'est assez rafraîchissant de voir que tu n'es pas comme toutes ces gamines folles amoureuses de lui parce qu'il fait partie de l'équipe de basket de l'Université.

- Je déteste le basket-ball.

Le fameux inconnu sourit de plus belle:

- Je crois que je suis amoureux. Je suis Ethan.

Il lui tendit la main mais elle l'ignora. Généralement, c'était plus facile pour son don de s'activer quand elle avait un contact avec les gens. Et aujourd'hui, elle n'avait pas pris grand chose, voulant être au sommet de ses capacités pour s'il se passait quelque chose avec un quelconque beau blond pour qui elle craquait vraiment.

- Lili.

- C'est un diminutif ?

- Pas du tout, mon prénom tout entier.

- C'est magnifique. Très doux. Même si tu n'as pas l'air de l'être …

- Bien visé.

Il regarda autour de lui puis soupira en voyant les potes de son frère soulever celui-ci pour le faire boire à l'envers au tonneau de bière.

- Ces attardés mentaux me rendent marteau. Ca te dit d'aller prendre un verre dans un endroit un peu plus calme ?

Elle porta son attention sur son cavalier de la soirée qui l'avait honteusement laissée tomber. Il était au milieu d'un groupe de filles qui riait à ses blagues et de mecs qui voulaient son attention. Et oui, le charme de Jasper était sans limites. Et visiblement, son attention à lui n'était pas porté sur elle. Sa décision, fortement dictée par l'alcool qui courait désormais dans ses veines, fut rapide.

- Avec plaisir, tant que tu as de l'alcool à me proposer.

- J'ai un petit rhum cubain qui fait des merveilles !

Elle le suivit alors, jetant un dernier coup d'oeil au blond qui ne remarqua même pas son départ.

XoXoX

Jasper avait détourné son attention cinq minutes. Pas plus. Il en était certain. Et pourtant, elle avait disparu. Lili était partie. Il essaya de la joindre sur son portable mais elle ne répondit pas. Angoissé, il trouva Mark des yeux et fendit la foule pour le rejoindre. Mais le mec était engagé dans une conversation houleuse et ne lui prêtait aucune attention. Cela faisait plus de trente minutes maintenant qu'il cherchait frénétiquement sa fille et l'angoisse commençait à prendre le pas sur tout le reste. Surtout maintenant qu'il était humain et donc ne pouvait pas s'aider de ses pouvoirs, sa vitesse, son don, pour la localiser. Il fallait absolument qu'il la retrouve !

Son téléphone sonna alors qu'il l'avait toujours en main et il décrocha rapidement, voyant le nom de sa fille s'y afficher.

- Lili ?

- Jasper …

Sa voix était ralentie, elle avait du prendre quelque chose. Bon sang ! Il avait essayé de chasser son petit béguin pour lui en s'intéressant à d'autres filles, il voulait qu'elle comprenne qu'il n'était pas sérieux, qu'il ne voulait pas l'aimer comme elle le souhaitait. Et elle était partie, blessée. Comme toute bonne droguée qui se respectait, elle avait donc choisi de se mettre une dose. Décidément, elle était aussi difficile que sa mère !

- Lili, où es-tu ?

- …

- Lili !

- … sais pas … peur …

- Peur ? Tu as peur ? De quoi ?

Elle sanglota et son coeur d'humain s'emballa sous la pression. Il se sentait suer à grosses gouttes, signe que le stress prenait possession de son corps. Bon sang, qu'avait-elle fait ?

- Lili, où es-tu, dis-le moi, je viens te chercher …

- … le mec … Ethan … il revient …

Soudain, il entendit une voix masculine qu'il n'identifia pas et la communication fut coupée. P*t**n de b*rd*l de m*rde ! Sa fille avait des problèmes et il n'était même pas là pour elle. Et le foutu humain qu'il était ne pouvait rien faire. Il chercha des yeux une solution et ceux-ci se posèrent sur le fameux Mark qui parlait toujours avec agitation. Il l'attrapa par le col et le tourna vers lui.

- Oh, mais t'es malade ou quoi ?

- Tu connais un Ethan ?

- Hein ? Mais c'est quoi ton problème ?

- Tu connais un Ethan, Mark ?

- Nan, je connais pas d'Ethan. Maintenant tu me lâches connard ou ça va mal se finir !

Il voulut lui mettre son poing dans la figure mais une fille, avec qui il parlait un peu plus tôt, y mit son grain de sel:

- Moi je le connais Ethan. C'est le frère de ce malade de Sebastian. Il est fou ce gars, tu verrais comment il traite les filles … On dit même qu'il en a violé une …

Son sang ne fit qu'un tour alors qu'il regardait le mec que la fille pointait du doigt. Il traversa la pièce telle une furie, priant pour ne pas être trop tard.

XoXoX

Quand il jeta son téléphone contre le mur, rageur, Lili ne comprit pas ce qui lui arrivait. Elle avait certes bu quelques verres, dont un qui était le rhum qu'Ethan lui avait promis mais là, elle était dans un état anormal. Comme si elle planait sans les avantages. Et elle était si fatiguée …

- Qu'est-ce que … qu'est-ce que tu m'as donné ?

Elle était assez habituée pour reconnaître une drogue qui courait dans son système. Le mec sourit, un air froid, calculateur et affamé sur le visage alors qu'il s'approchait du lit où il l'avait étendue.

- Du GHB. Tu vas être très détendue pour ce que je vais te faire ma jolie. Je vais te baiser jusqu'à ce que tu puisses plus marcher demain …

Il glissa alors sa main sous son top, happant dans la foulée son sein pour le presser durement. Elle voulut protester mais n'en avait pas la moindre force. Elle s'était mise dans une saleté de situation et cette fois, elle n'allait pas en ressortir indemne. Le pire, c'est qu'elle aurait voulu être capable d'utiliser son don mais avec les drogues et l'alcool qui couraient dans son corps, c'était juste impossible. Elle ferma les yeux, priant pour que ça se termine vite.

Pourtant, aussi vite que la main était apparue sous son t-shirt, elle disparut et Lili se sentit quitter le lit. Elle vit alors que Jasper l'avait soulevée dans ses bras et la portait, telle une princesse, vers l'extérieur de la chambre où elle s'était retrouvée enfermée. Elle ne put s'empêcher d'enrouler ses bras autour de son cou et de nicher son nez contre son torse, inspirant à grandes goulées son odeur si virile qui la faisait vibrer.

Alors qu'il la ramenait chez elle, la petite brune passait par des moments de conscience et d'autres moments où son don faisait une brève réapparition. Collant plus encore son visage contre le beau blond qui la portait, elle eut une brève vision. Fugace, intangible. Et pourtant si réelle. Cette odeur, elle l'avait déjà sentie …

- Que …

- Shhht, je te ramène à ta chambre.

Elle voulut relever la tête mais n'en eut pas la force. Pourtant, son éclair de lucidité ne la lâchait pas. Elle pouvait sans le moindre doute affirmer avoir déjà senti ce parfum si particulier, si … Jasper. Elle ne savait pas où, elle ne savait pas comment, ni quand mais cela faisait remonter en elle un sentiment d'appartenance, de bien-être, d'amour. Alors qu'elle s'interrogeait, l'alcool et la drogue reprirent une nouvelle fois le dessus et elle sombra dans l'inconscience.

Lili émergea alors qu'il était en train de la poser sur son lit. Elle soupira, la tête douloureuse, avant de l'entendre murmurer :

- Pourquoi t'es-tu mise dans un état pareil, Lili ? Je ne suis pas venu pour que tu tombes amoureuse de moi … je suis là pour t'aider …

Lili,

You know there's still a place for people like us

The same blood runs in every hand

You see its not the wings that makes the angel

Just have to move the bats out of your head

Elle ouvrit péniblement les yeux et le vit penché sur elle, un air indéfinissable sur le visage. Il ne voulait pas qu'elle tombe amoureuse de lui mais c'était trop tard. C'était déjà fait. Voulant faire disparaître le pli entre ses deux yeux, elle posa la main sur sa joue et murmura :

- Jasper …

- Shhhht, repose-toi, Lili. Tu es en sécurité et ce gars ne posera plus jamais la main sur toi, je t'en fais la promesse …

- Je … je suis désolée …

- Shhht, ce n'est pas grave. Dors. Demain est un autre jour.

Alors qu'il se relevait pour partir, elle paniqua. Elle ne voulait pas qu'il disparaisse déjà. Et elle gardait cette peur viscérale, tout au fond d'elle, qu'il ne revienne pas. Elle ne savait d'où ça lui venait mais elle voulait le garder tout près d'elle, encore un peu. Elle lui attrapa alors la main et dit rapidement :

- Ne pars pas ..

- Lili, sois raisonnable …

- Reste, Jasper …

Et puisqu'elle avait parfaitement entendu ce qu'il lui avait dit, elle décida, même dans la brume alcoolisée dans laquelle elle flottait, de ne pas faire semblant.

- En ami ? Je … je ne veux pas rester seule. S'il te plaît … En ami …

Il sembla peser le pour et le contre puis céda, s'asseyant à côté d'elle sur le lit, passant une main dans ses mèches brunes pour l'apaiser.

- Je ne vais nulle part. Dors maintenant, tu en as besoin.

Et, posant la tête sur ses genoux, retrouvant ce sentiment d'appartenance qu'elle ne trouvait qu'auprès de lui, elle sombra de nouveau, un grand sourire aux lèvres.

XoXoX

Jasper flottait dans une espèce de brume de bien-être qui le laissait heureux et reposé. Un doux mouvement contre son torse, peau contre peau, lui arrachait des frissons. Sa femme était définitivement parfaite et un tel réveil était idyllique. Soudain, tout se remit en place. Un réveil ? Impossible ! Il était un vampire, un vampire ne dormait pas ! Et pourtant, c'était bien ce qu'il faisait: se réveiller. Il sentit de nouveau cette caresse sur lui et ouvrit les yeux en sursautant, tombant ainsi du lit dans lequel il s'était endormi.

- Hey, ça va ?

Il porta son attention sur la petite brune, penchée sur le lit, le regardant l'air inquiet. Lili. Sa fille. Les choses devinrent un peu plus claires rapidement. Il avait sauvé la jeune fille d'une tentative de viol, comme il l'avait fait bien des années plus tôt avec sa mère puis il l'avait ramenée à son dortoir et elle l'avait supplié de rester avec elle. Comme Bella l'avait fait après être tombée sur le lac. Et comme à l'époque, il n'avait juste pas pu lui résister. Alors il était resté et s'était endormi, comme l'idiot qu'il était. Bientôt, les 24 heures qui lui avaient été allouées seraient terminées et ce temps humain qu'il partageait avec Lili n'avait servi à rien. Elle s'était mise dans un état pas croyable hier soir et tout cela à cause de lui. Sa propre fille était tombée amoureuse de lui. Comment cela était possible? Pourquoi fallait-il que les gênes des Swan sont irrémédiablement attirés vers lui ? Il avait tout essayé pour qu'elle ne s'attache pas de cette façon à lui mais c'était sans compter le caractère têtu qui semblait s'être transmis de mère en fille. Lili était amoureuse d'un mec qu'elle ne savait pas être son père. Quelle ironie ! Et quoiqu'il fasse maintenant, il ne pourrait pas l'aider. Pas comme ça, alors qu'elle nourrissait ces sentiments à son sujet. Bon sang … Ce voyage n'aurait vraiment servi à rien.

- Jasper, tu vas bien ? Tu t'es tapé la tête à terre ou quoi ?

Il lui sourit et se releva, passant une main dans ses cheveux en essayant de les dompter.

- Désolé, je ne m'attendais pas à être accompagné en me réveillant.

Elle sourit à son tour puis tapota le lit à ses côtés:

- Quand j'ai ouvert un oeil ce matin, je t'ai vu allongé contre moi. Adorable !

- Je … heumm … Lili, ne te fais pas d'illusions …

- Je sais, j'ai compris Jasper. On est amis.

- Je …

Elle leva les yeux au ciel et soupira:

- Arrête de jouer le mec super mal à l'aise à te dandiner comme ça à côté du lit. J'ai pigé, je suis pas une débile.

- Je ne veux juste pas que tu te fasses de fausses idées.

- Je ne m'en fais pas. Maintenant que dirais-tu d'un bon déjeuner ?

Il hésita un moment, complètement pris au dépourvu. Sans son don d'empathe, il lui était complètement impossible de savoir si elle était sincère ou non. Le pire était que sa fille semblait être la reine pour cacher ses émotions. Mais il lui restait quelques heures d'humain à vivre et il voulait tenter une dernière approche. Il voulait la sauver, coûte que coûte. Il pouvait leur laisser une dernière chance, pas vrai ?

For every step in any walk

Any town of any thought

I'll be your guide

For every street of any scene

Any place you've never been

I'll be your guide

- Je pense que c'est une super idée, je meurs de faim.

Un énorme sourire franc et empli de tendresse s'afficha sur son beau visage et elle se leva à la hâte, en chantonnant:

- J'étais sûre que cette idée te tenterait. Après tout, j'écoute ton ventre qui gargouille depuis près d'une heure.

Quand elle disparut dans la salle de bains pour se préparer, il soupira, espérant avoir pris la bonne décision. Sinon, ce soir, il rentrerait à Forks, bredouille, sans être parvenu à aider la deuxième personne la plus importante de sa vie.

Un peu plus tard, après avoir ingurgité un énorme menu au Mc Donalds du coin, ils étaient désormais sur le ferry qui les emmenait vers Liberty Island, appuyés contre la rambarde, regardant la ville de laquelle ils s'éloignaient. Lili avait absolument tenu à aller la visiter.

- Je n'arrive pas à croire que ça fait des mois que tu es dans cette ville et que tu n'as encore jamais posé le pied près de la Statue de la Liberté.

- Hey ! Ne fusille pas une fille qui a peu de temps pour elle.

Il lui offrit un sourire amusé quand elle le fusilla du regard, vexée.

- Je pense pourtant que tu avais tout le temps pour le faire, tu ne l'as juste pas pris.

Elle sourit à son tour, portant son regard vers les vagues que créait le bateau puis soupira:

- Coupable … Je dois t'avouer que je n'ai jamais eu envie d'y emmener quelqu'un avant toi.

- Lili …

- Oh ne commence pas Jasper, je parle d'un mec que je trouverais assez intéressant pour l'emmener visiter avec moi cet îlot aussi symbolique de notre histoire.

- Tu as l'art de tourner n'importe quelle conversation à ton avantage, tu le sais ça ? dit-il en ne lâchant pas son profil du regard.

Elle leur ressemblait tellement. Elle avait la bouche en coeur de sa mère et ses longs cheveux bruns, tout comme son air espiègle. Pourtant, la droiture de son nez et sa mâchoire butée étaient en tous points semblables à ceux de Jasper. Quant à ses yeux, ils étaient définitivement acquis du côté paternel. Comment pouvait-elle ne pas noter la ressemblance, cela lui échappait vraiment.

- C'est un don. Un de mes trop peu nombreux, si tu veux mon avis, mais le plus sympa de tous.

- J'ai pourtant l'impression que tu es une fille exceptionnelle, Lili. Et que tu caches bien plus de qualités que tu ne veux bien en montrer.

Elle le regarda intensément un long moment avant de reporter son attention au loin, perdue dans ses pensées. Finalement, il arriverait peut-être à quelque chose avec elle. Une après-midi, c'était tout ce qui lui restait pour se faire entendre. Et il allait la mettre à profit.

Lili,

Easy as a kiss we'll find an answer

Put all your fears back in the shade

Don't become a ghost without no colour

Cause you're the best paint life ever made

XoXoX

Après être montés tout en haut de la Statue et avoir découvert longuement le panorama, sous les yeux effarés et ravis de Lili, ils étaient redescendus se poser dans l'herbe de Liberty Island. La petite brune avait pensé à emmener un plaid et ils étaient désormais étendus sur le ventre, cueillant des marguerites en blaguant gentiment. Elle ne cessait de lui lancer des coups d'oeil, dévorant son profil si beau dès qu'il ne regardait pas. Elle lui avait dit qu'elle savait parfaitement qu'ils n'étaient qu'amis mais ça lui brisait le coeur. Elle tombait vraiment amoureuse de Jasper et elle le voulait vraiment. Genre vraiment vraiment. Et s'il y avait bien quelque chose que Lili Blackwell savait, c'était qu'elle obtenait toujours ce qu'elle souhaitait.

- Alors, tu vas enfin me dire pourquoi tu as choisi psychologie ?

Il la sortit de ses pensées de sa voix suave et elle lui sourit mystérieusement, replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Quoi, je n'ai pas l'air d'une future psy ?

- Pas le moins du monde. Ne le prends pas mal mais j'ai comme l'impression qu'écouter des inconnus te raconter leurs problèmes toute la sainte journée n'est pas vraiment ta tasse de thé.

- Tu me perçois bien, dis donc.

- J'essaie de te percer à jour, oui.

- Eh bien, tu as du boulot.

Il se pencha un peu vers elle, cognant son épaule de la sienne en riant:

- Je ne rebute pas à la tâche.

Avec son visage parfait aussi proche du sien, elle y vit la parfaite occasion de se lancer. S'approchant plus encore, elle avança ses lèvres vers celles de Jasper, espérant de tout coeur que ça débloquerait la situation. Mais il vit son intention avant qu'elle ne puisse l'embrasser et se recula en soupirant:

- Lili, non …

Elle réouvrit les yeux qu'elle avait fermés et se redressa en position assise, vexée.

- A quoi tu joues, Jasper ?

- Quoi ? Mais je ne joue à rien. Je pensais que j'avais été clair.

- Tu as dit qu'on devait être amis, oui mais je pensais que tu disais ça pour mieux me plaire encore.

- Mais pas du tout!

Il s'était lui aussi relevé et passait les mains sur son visage, visiblement horriblement fatigué.

- Je ne comprends pas à quoi tu joues. Tu m'aguiches, tu me repousses, tu reviens vers moi …

- Lili, tu interprètes mal mes actions. Je veux seulement être ton ami …

Elle en avait plus que ras-le-bol de ce mot. "Ami". Elle n'en voulait pas, mais alors pas du tout. Se relevant d'un bond, elle annonça, glaciale:

- J'en ai rien à foutre de ton amitié. Je te veux toi. Si t'es pas capable de me donner ça, tu me fiches la paix, point barre.

Et sur ces mots, elle tourna les talons et décampa, espérant de tout coeur qu'il ne la suivrait pas.

Assise sur un des garde-fous qui empêchaient les touristes de se jeter à l'eau, Lili regardait les vagues qui clapotaient doucement en dessous de ses pieds. Un gardien avait bien essayé de la dissuader d'être là mais elle l'avait renvoyé chez lui d'un simple coup de son don. Cela faisait 10 minutes qu'elle était là, en fureur, et Jasper n'avait pas osé montrer le bout de son nez. Il valait mieux pour lui sinon elle en ferait de même pour lui. Il n'avait qu'à aller se faire voir, une bonne fois pour toutes. Elle sortit l'héroïne qu'elle gardait dans sa veste, pour les grandes occasions. Ceci semblait en être une. Elle était complètement à cran et complètement sobre également. Ce qui ne laissait rien présager de bon. Elle sentait son pouvoir crépiter sous sa peau, cherchant à s'échapper de quelque manière que ce soit. Or, elle ne pouvait pas risquer de le laisser prendre le pas sur elle, car, depuis le temps qu'elle le muselait, il allait être sans limites et elle ne pourrait pas le contrôler. Il fallait qu'elle prenne sa dose, et vite. Alors qu'elle se penchait pour sniffer la poudre qu'elle tenait sur son petit paquet, ravie qu'aucune petite brise ne vienne troubler son moment de shoot, elle l'entendit (le sentit même plutôt) arriver derrière elle.

- C'est la solution à tous tes problèmes ? Te droguer ?

- Fiche-moi la paix, Jasper.

- Je ne te laisserai pas te détruire, Lili.

- J'ai été claire, pourtant, non ? Si tu es là, c'est que tu es revenu sur ta stupide idée d'amitié ?

- Lili …

- Je t'ai posé une question. Oui ou non ?

- …

- Oui ou non, Jasper ?

- Non.

- Alors dégage.

- S'il te plaît, écoute-moi …

Elle se retourna pour le voir, à quelques pas d'elle, les mains dans les poches et un air suppliant et triste sur le visage. Sauf qu'il ne la touchait plus le moins du monde. Elle était en colère et elle n'arrivait pas à se défaire de cela. Heureusement, la drogue qu'elle avait en mains ferait l'affaire pour ce petit problème. Mais avant, elle avait quelque chose à faire:

- Tu sais quoi, je te déteste. En fait, je ne te déteste pas, je ne peux juste plus supporter ta présence. Je suis tellement à part, tellement éloignée des autres …

- Je sais ça …

- Non, tu m'écoutes, maintenant. Je … Je ne m'intéresse à personne, vraiment. Mais toi, je t'ai laissé m'approcher … J'ai voulu croire qu'il y avait quelque chose. Quelque chose de fort ! Et regarde-moi, quelle idiote ! Il n'y a juste rien …

- Bien sûr que si, il y a quelque chose.

- Non, je ne veux pas de ta stupide amitié.

- J'ai bien compris, merci.

- Alors pourquoi tu ne me fous pas la paix ?

- Je refuse de te regarder te détruire, Lili.

N'en pouvant plus, elle descendit de la balustrade et lui fit face, à nouveau emplie de fureur.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre, putain ? T'es pas mon père à ce que je sache

Il sembla pris au dépourvu pendant de longues secondes. Si la grimace qu'il fit quand elle lui balança cela à la figure voulait dire quelque chose, c'était qu'elle avait visé dans le mille. Ce qui semblait complètement absurde, non ? Il retrouva pourtant vite son sang-froid et lâcha, glacial à son tour:

- Eh bien, pour ce que j'en vois, le tien ne fait pas convenablement son boulot.

- Fiche-moi la paix, connard !

XoXoX

Jasper regarda la petite tornade brune qu'était sa fille passer à côté de lui sans lui adresser un regard, fulminante de rage. Elle serrait dans son poing sa dose d'héro qu'il avait réussi à la dissuader de prendre. Pour le moment. Il n'arrivait décidément à rien avec elle, en tout cas pas aujourd'hui. Il allait redevenir vampire et revenir demain pour essayer à nouveau. Mais là, tout de suite, il allait la laisser s'en aller et souffler un peu. Ce n'était pas le moment de taper sur le clou. Il soupira un bon coup alors qu'elle s'éloignait, fatigué que tout soit aussi compliqué avec elle. Pourtant, il était bien parvenu à quelque chose avec Bella et sa fille semblait aussi caractérielle qu'elle. Il lui faudrait juste un peu de temps, voilà tout.

For every step in any walk

Any town of any thought

I'll be your guide

- Tiens, tiens, tiens … Qu'est-ce que nous avons là ?

- Edward ?

Quand il entendit Lili prononcer le nom bien connu du premier vampire que sa petite calamité avait aimé, il fit volte-face pour se retrouver devant une véritable vision d'horreur. La petite brune se trouvait face à Edward Cullen, son ex-beau-frère et semblait heureuse de le voir. Elle lui offrait un sourire que le roux ne lui rendait pas, car il avait les yeux rivés sur Jasper. Celui-ci fit un pas en avant, prêt à intervenir mais l'autre eut un sourire vicieux et attrapa Lili par le bras pour la retourner face à lui, la maintenant contre son torse marmoréen.

- N'avance pas, Jasper. Tu ne voudrais pas que je blesse ta précieuse fille, pas vrai ?

- Que … que racontes-tu ? Et lâche-moi, Edward, tu me fais mal.

Le blond était figé sur place, cherchant une solution au problème qui se présentait devant lui.

- Tu la connais ?

- Bien sûr, mon vieux, ça fait des mois que je la côtoie.

Lili tourna la tête pour regarder le vampire roux qui la maintenait, semblant réaliser que quelque chose clochait entre les deux hommes qui lui faisaient face. Mais Jasper ne lui laissa pas le temps d'en placer une pourtant, cherchant lui aussi à comprendre ce qui se passait là tout de suite.

- Qu'est-ce que tu cherches Cullen ?

- Je cherche ce que tu m'as volé, Hale. Ma femme.

- Et en quoi t'approcher de Lili te donnerait cela ? Bella ne veut rien entendre d'elle …

- Oh mais tu sais, j'avais une vie de rêve toute tracée. Je devais me marier avec Bella, avoir un enfant avec elle moi aussi. Et c'est toi, celui qui l'aimait le moins, celui qui la supportait le moins, c'est toi qui as eu tout ça ! C'est toi qui vis la vie que je devais avoir ! C'est toi qui es heureux. Je n'en peux plus de te voir profiter de tout ce qui m'appartient.

- Eh bien prends-en toi à moi, bon sang ! Pourquoi venir ici pour être en contact avec Lili qui ne nous connaît même pas ?

Sa fille buvait leurs paroles sans dire un seul mot mais elle n'était pas bête. Et si elle utilisait son don, elle pourrait bientôt comprendre de quoi il retournait. Ce qu'il ne voulait absolument pas.

- Ne t'en fais pas, elle ne risque pas d'user de son don.

- Qu'est-ce que tu sais de mon don ? intervint la jolie petite brune, butée.

Jasper intervint à nouveau:

- Pourquoi pas ?

- Et si tu saluais mes amis, Hale ?

Aussitôt, deux vampires sortirent des buissons, deux roux qui ressemblaient comme deux gouttes d'eau aux vampires que Bella avait décrits comme étant ceux qui avaient participé au meurtre d'Emmett. Qu'avait-elle dit ? Un qui vous empêchait de bouger et l'autre de parler. En vérité, ils n'étaient pas vraiment utiles pour lui, vu sa condition temporaire d'humain. Ce qui ne disait pas pourquoi le don de Lili ne pouvait pas fonctionner.

- Oh, allez, ne me dis pas que tu as oublié Oliver …

Le blond se retourna pour voir Oliver planté derrière lui, un vague sourire sur le visage. Si ces meurtriers étaient là, avec Edward, ça voulait forcément dire qu'il était coupable lui aussi de ce qui était arrivé à Emmett. Jasper sentit une fureur grimper en lui alors que l'autre éclatait de rire.

- Eh oui, on ne peut rien te cacher. Tu comprends vite, mon frère.

- Pou … Pourquoi ?

- Oh, c'est simple. Je voulais te faire passer un message. Sephora veut que tu nous rejoignes. Mais même la mort d'Emmett ne t'a pas mené à nous. Alors j'ai du prendre le taureau par les cornes et toucher à ce qu'il y a de plus précieux pour toi. Evidemment, je ne pouvais pas m'en prendre à Bella car je tenais absolument à la récupérer …

- Ca n'arrivera jamais, Cullen.

- Que tu crois. Oublies-tu donc qui est à mes côtés depuis le début ?

Il ne fallut qu'un moment à Jasper pour comprendre et il baissa les yeux, complètement abattu de toutes ces vérités qui s'affichaient devant lui désormais:

- Alice.

- Bien sûr, ta précieuse et adorable Alice.

- Mais pourquoi, bordel, POURQUOI ?! On ne vous a rien fait !

- Je te l'ai dit, Jasper. Tu m'as tout pris. Tu as brisé ma soeur. Laisse-moi donc te rendre la pareille.

Il dégagea alors les cheveux du cou de Lili, les remettant sur son autre épaule et Jasper fit un pas, retenu très vite pourtant par Oliver derrière lui.

- Tu te demandes certainement pourquoi elle ne dit rien ? C'est grâce à mes amis. Inerte et muette, parfaite. Elle ressemble tellement à sa mère …

Jasper sentit les larmes lui monter aux yeux quand il comprit que la vie de sa merveilleuse fille était plus qu'en danger. Edward allait la tuer. Et il ne pouvait rien faire pour empêcher ça.

- Oh, mais avant toute chose, je trouve que cette petite a le droit à la vérité. Lili, mon coeur, tu cherches depuis toujours tes parents. Eh bien, ma douce, je te présente ton père. Jasper Hale. Si tu te demandes pourquoi il est si jeune, c'est parce que c'est un vampire. Un suceur de sang. Un monstre. Tout comme ta mère …

Les yeux bruns de Lili se remplirent de larmes qui roulèrent allègrement sur ses joues.

- Il s'est joué de toi, mon ange. Il est venu te faire souffrir de manière délibérée. Il t'a menti, comme tout le monde t'a toujours menti … Il n'est pas mieux que les autres …

Jasper voulait parler mais ne le pouvait pas. Visiblement, les comparses d'Edward l'avaient lui aussi rendu muet. Il mima tout de même un "Je suis désolé" des lèvres et les larmes redoublèrent dans les yeux de sa fille. Le coeur du blond se brisait de la voir si démunie, prise au piège, aux portes de la mort. Et il ne pouvait rien faire pour l'aider. Tout comme Bella avait dû regarder Emmett se faire assassiner, il allait devoir regarder sa fille si précieuse perdre la vie. Il pourrait en mourir sur place, s'il n'était pas habité par un tel désir de vengeance et de rébellion. Edward, face à lui, maintenant toujours Lili contre lui, éclata de rire, ne loupant rien de ses pensées. Quand il parla de sa voix glaciale, Jasper se figea:

- Tu ne te vengeras pas. Tu nous rejoindras. Sinon, tous ceux à qui tu tiens disparaîtront, les uns après les autres. Rose, Damon … même ta précieuse Bella. On les tuera tous, jusqu'au dernier. Dis aurevoir à ta fille, Jasper. Dis-lui adieu.

Il voulut parler mais rien ne sortait de sa bouche et il était maintenu par la poigne de fer d'Oliver derrière lui. Il vit les lèvres d'Edward se poser délicatement sur le cou fragile de Lili. Le coeur de Jasper battait à tout rompre, prêt à exploser. Et soudain, les crocs du roux percèrent la peau de sa fille, aspirant ainsi la vie qu'il avait si miraculeusement créée. Elle ferma les yeux, comme pour ne pas le voir. Il baissa la tête une fraction de seconde, touché par ce refus qu'elle avait de le regarder pendant qu'elle mourait. Quand il releva les yeux, ils avaient tous disparu, sa voix était revenue et son corps était libre. Tombant à genoux, il hurla à tous poumons.

- CULLENNNNNNNNNNNNN !

Mais il n'était déjà plus là. Et sa sublime fille non plus.

For every street of any scene

Any place you've never been

I'll be your guide


Je sais, je sais, je suis horrible. Mais il reste deux chapitres et la fin est proche, les intrigues se dénouent peu à peu !

Je ne dirais pas "à très vite", sachez que je n'abandonne pas mais il n'est pas question que je vous livre un chapitre dont je ne suis pas contente donc je posterai dès que je serai contente de la suite pondue !

D'ici là, ne faites rien que je ne ferais pas (ce qui vous laisse une bonne marge d'action, croyez-le bien ;-) ) et quoique vous fassiez, faites-le bien !

Des bisous mes Répulsionnaires !