Note de l'auteur : voilà, je finis enfin par publier mes Hogwarts Original Pranksters en français. En fait, la version française est antérieure à la version anglaise ; ça peut présenter certains avantages, à part celui de lire les deux versions (et encore.) Le bon côté, c'est que ceux qui comprennent le français pourront profiter des derniers chapitres en date avant les anglophones. Le mauvais… eh bien, j'ai une pensée pour les anglophones :o)

Have fun anyway ! :o

Disclaimer : Presque tout ici appartient à JK Rowling.

Les Chroniques des Maraudeurs

Première année

Chapitre 1 : Premiers contacts

La lettre arriva vers la fin du petit déjeuner. James finissait son dernier toast quand le hibou se posa sur la table, faisant sursauter sa mère.

Elizabeth Potter tendit une main plutôt nerveuse et détacha le morceau de parchemin élégamment noué à la patte de l'oiseau, qui, sa mission accomplie, se fourra la tête sous l'aile en attendant qu'on lui donne un peu d'eau. Elle regarda l'enveloppe, puis la tendit à son fils, tout excitée :

"C'est pour toi, Jimmy ! C'est de l'école, je le sais ! Lis donc !"

James prit l'enveloppe d'une main hésitante et l'ouvrit.

Collège Poudlard, Ecole de Magie et de Sorcellerie

Directeur : Albus Dumbledore

Commandeur du Grand-Ordre de Merlin

Docteur ès Sorcellerie, Enchanteur en chef, Manitou suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers

Cher monsieur Potter,

Nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficiez d'ores et déjà d'une inscription au collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité.

La rentrée étant fixée au 1er Septembre, nous attendons votre hibou le 31 Juillet au plus tard.

Rowena Walsh

Directrice adjointe.

"Oh, mon Jimmy, c'est formidable !" s'écria sa mère en le serrant dans ses bras. "Même si je savais que tu réussirais, je suis tellement émue, attends que ton père le sache, quel dommage qu'il soit parti avant le petit déjeuner…"

James n'écoutait sa mère qu'à moitié ; il se sentait étrangement crispé, l'estomac noué ; l'excitation grandissait rapidement, au fur et à mesure qu'il retournait l'idée dans sa tête : je vais aller à Poudlard. Je vais aller à Poudlard…

Poudlard, l'école des sorciers. Là où toute sa famille avait été avant lui. Là où tous les jeunes sorciers et sorcières d'Angleterre étudiaient la magie.

James Potter savait qu'il y avait du magique en lui depuis le jour de ses trois ans, quand, ennuyé par un chat aux griffes un peu trop pointues, il s'était soudain retrouvé dix mètres plus loin, sans que personne ne comprenne quoi que ce soit. Cette lettre n'était donc pas vraiment une surprise, mais son arrivée scellait son entrée véritable dans le monde des sorciers. Il écrivit la lettre de réponse juste après le petit déjeuner et la renvoya avec le même hibou, puis partit dehors s'amuser avec le vieux balai de son père, sous le soleil de juillet qui n'avait jamais semblé briller autant.

James venait d'avoir onze ans ; il était déjà plutôt grand pour son âge, en tout cas suffisamment pour que ses camarades d'école primaire n'osent pas lui chercher des noises ; mais ce n'était pas pour cela qu'il était respecté. Il attirait la sympathie naturellement, par son bon caractère, ses manières simples et directes et son sens de l'humour. Les filles aimaient l'air rêveur que lui donnait sa tignasse en bataille, dont les mèches pourtant courtes partaient dans tous les sens, ainsi que ses grands yeux d'un vert sombre qui brillaient derrière ses lunettes. Ses copains savaient qu'il était toujours partant pour une bonne rigolade, ou pour faire une petite farce à quelqu'un tant que ce n'était pas méchant ou humiliant. Bref, James s'entendait avec tout le monde.

Et pourtant, en volant sur le vieux Stratus 60 de son père, James ne pouvait s'empêcher de penser à combien ça aurait été chouette s'il avait eu un frère, ou un ami avec qui partager le vaste Manoir Potter et tout ce qu'il contenait. A l'école, il avait plein de camarades ou de copains qui étaient parfaits pour rigoler un bon coup, ou bien lui prêter leur plume si jamais il cassait la sienne, mais aucun vrai ami. Jamais un de ses camarades n'aurait pensé à l'inviter chez lui pour un après-midi, et, en cas de pépin, James s'était toujours retrouvé seul. C'est pourquoi il était curieux de voir comment les choses se passeraient à Poudlard. Faites que ce soit différent, espéra-t-il. Simplement différent.

Les jours qui suivirent se traînèrent si lentement que James demanda plusieurs fois à sa mère si on ne pouvait pas accélérer le cours du temps. En revenant de son travail le jour où son fils avait reçu la lettre, William Potter avait fait un long discours sur l'héritage des sorciers, l'honneur de la famille – pratiquement tous les Potter étaient passés par la même maison, Gryffondor – et les familles de sang pur à fréquenter ou à éviter. Quant aux autres, disait-il, c'était à voir. On ne pouvait pas savoir s'ils étaient fréquentables ou pas. Dans ce cas, il fallait… James n'écoutait qu'à moitié. Il se demandait à quoi ressemblait le château vu de l'extérieur.

Puis vint le moment d'acheter les affaires d'école dont la liste était arrivée avec la lettre d'admission : l'uniforme (des robes de sorciers noires, une cape d'hiver et un chapeau, noirs également), les livres, et les fournitures, incluant bien sûr une baguette magique. Et pour acheter tout cela, le meilleur endroit était caché au cœur de Londres.

Ce n'était pas la première fois que James allait sur le Chemin de Traverse, et il connaissait le chemin. Une fois arrivés à Londres par la voie Moldue, sous une pluie d'été tiède et battante, Mrs Potter laissa en souriant son fils passer devant elle jusqu'au Chaudron Baveur. Il n'eut aucun mal à le trouver, coincé entre une petite librairie et une boucherie charcuterie.

J'aurais dû prendre un parapluie plus grand, fit Mrs Potter en poussant la porte du petit pub miteux. James haussa les épaules et entra à sa suite, secouant sa tignasse trempée.

James aimait bien le Chaudron Baveur, bien que le pub soit continuellement plongé dans la pénombre, et que la poussière s'entasse en petits tas dans les coins où les araignées seules faisaient la loi… il l'avait toujours trouvé sympathique. Sa mère le traversa non sans distribuer des sourires à des clients qu'elle connaissait ; lorsque le barman lui demanda si elle prendrait son habituel jus de groseille avec des glaçons, elle sourit jusqu'aux oreilles et montra James du doigt ; celui-ci observait avec un intérêt tout particulier un nain debout sur une chaise, des cartes dans la main, braillant à un sorcier assis à la même table :

"Tu as triché ! Sac à serpents, je vous jure qu'il a triché !"

"Mon grand garçon commence Poudlard en septembre," disait fièrement Mrs Potter au barman. "Nous allons acheter ses fournitures."

"Ah," fit le barman avec un grand sourire qui découvrit le trou formé par l'absence de ses deux incisives supérieures. "Ce ne peut être qu'une bonne chose pour lui, madame Potter. Quoique… Je crois que le fils Rogue commence également cette année."

"Rogue ? Ils sont plutôt proches de Celui-Dont-on-ne-Doit-Pas-Prononcer-le-Nom, n'est-ce pas ? Je m'en méfie toujours, on ne sait jamais…"

"C'est ce qu'on dit. En tous cas je l'ai croisé avec ses parents ; ils sont passées en coup de vent sans même m'adresser un regard."

"Aucune politesse, vraiment."

Le sorcier avait fini par apaiser le nain en lui offrant sa propre Bièrauberre ; James se retourna vers sa mère, qui le regarda et s'exclama :

"Oh Jimmy, j'allais t'oublier ! Excusez-nous, Nigel," fit-elle au barman qui souriait toujours derrière son comptoir – un sourire de pirate, pensait James qui l'aimait bien "– mais il faut qu'on y aille ! Voyez, Jimmy ne tient plus en place !"

"Je m'appelle James, maman," fit James d'un ton excédé. Il allait rentrer à Poudlard, il n'était plus un bébé, si seulement elle pouvait arrêter avec ce surnom ridicule…

Ils sortirent tous deux dans la petite cour derrière le bar ; il pleuvait toujours, mais James refusa que sa mère " améliore " son parapluie à l'aide de la magie. Il aimait cette pluie d'été douce et tiède, cela faisait du bien après la chaleur étouffante de ce début d'août – et il se sentait parfaitement idiot sous un parapluie. Toutefois, comme ses lunettes étaient tellement trempées et embuées qu'il ne pouvait pas voir à trois pas, il fut soulagé quand sa mère les lui prit du nez et les tapota avec sa baguette magique en marmonnant :

"Impervius. Franchement, James…"

James remit ses lunettes qui, à présent, repoussaient l'eau de pluie. Il vit clairement sa mère compter les briques du mur devant eux et en tapoter une avec sa baguette ; un trou s'ouvrit, puis s'agrandit, et James et sa mère entrèrent sur le Chemin de Traverse.

Malgré la pluie, il y avait pas mal de gens dans l'allée centrale, et James souriait en voyant le ballet familier de robes colorées. A peu près tous les sorciers et sorcières avaient conjuré un Sortilège Parapluie ou tenaient un vrai parapluie de Moldu, ce qui donnait un tableau assez intéressant ; on voyait la différence avec les quelques parents Moldus venus accompagner leurs enfants apprentis sorciers pour acheter leurs affaires d'école. C'étaient les seuls qui paraissaient ébahis par tout ce qu'ils voyaient.

"Voyons voir cette liste," marmonna Mrs Potter en sortant le parchemin de son sac à main. "Ah oui, les robes. Madame Guipure doit les avoir finies depuis la dernière fois. Pauvre femme, un incendie pareil, ça vous détruit un commerce… Tu vas chercher tes uniformes pendant que je vais t'acheter tes rouleaux de parchemin, tes plumes et ton télescope. Tiens," ajouta-t-elle en tendant à James un petit sac de Gallions d'or avant qu'il aie pu placer un mot, "il devrait y en avoir assez pour les robes et les livres d'école, et tant que tu y es, occupe-toi de ta baguette magique. Après, nous irons t'acheter un chaudron, et tout ce qu'il te faut pour les cours de Potions. Mon Dieu, mon Dieu, je suis sûre d'avoir oublié quelque chose…"

James ouvrit la bouche, mais sa mère le coupa avec un regard sévère :

"Je peux te faire confiance, James ?"

"Oui, maman," réussit enfin à articuler ce dernier, heureux qu'elle ait enfin cessé de le traiter comme un petit garçon à sa maman. "C'est bon, j'irai chez Madame Guipure, chez monsieur Ollivander, puis à la librairie, et on se retrouve devant chez Florian Fortarôme dans trois quart d'heure. Ça te va ?"

Les joues de Mrs Potter prirent une couleur rose vif, et elle embrassa son fils sur la joue en s'exclamant :

"Oh mon Jimmy… je suis si fière de toi !"

James, un peu embarrassé, la regarda ensuite se diriger vers une boutique dont la vitrine montrait des rouleaux de parchemin de toutes tailles et des plumes de toutes sortes ; il soupira. Certaines choses mettent du temps à changer. Puis il tourna les talons et alla vers la boutique dont l'enseigne indiquait : " Madame Guipure, Prêt-à-Porter pour mages et sorciers. "

Le magasin semblait tout à fait normal, pourtant d'après ce que James avait compris, l'arrière-boutique avait brûlé quelques jours auparavant, détruisant pas mal des robes qui y étaient entreposées. Quand Madame Guipure arriva, elle l'emmena dans cette fameuse arrière-boutique et l'assis sur un tabouret à quelques pas d'un autre garçon ; il lui demanda poliment de ses nouvelles, mais la petite sorcière se contenta de secouer la tête d'un air malheureux, avant de prendre son nom et de disparaître derrière un rideau. James jeta un coup d'œil autour de lui, et tomba sur le garçon assis à côté, qui regardait tout autour de lui, le nez en l'air. James ne put s'empêcher de le détailler du regard.

Il devait avoir son âge, et avait à peu près la même taille que lui, grand et plutôt maigre ; il n'était pas habillé avec une robe de sorcier, mais à la manière Moldue – un T-shirt, un jeans et une veste de la même matière, l'air usé mais plutôt cool, encore humide de pluie. Sa tignasse en bataille était presque pire que celle de James lui-même, du même noir de jais, mais dont les mèches humides retombaient plus bas sur la nuque en bouclant même un peu. Sur l'ensemble flottait une impression indéfinissable, semblable au sourire qui se nichait sur ses lèvres, lumineux, plein de sarcasme, d'ironie tranquille et de légère insolence. Et quand il tourna des yeux interrogateurs vers James, celui-ci faillit sursauter : jamais il n'en avait vu de cette couleur. Ils étaient bleus, mais d'un bleu limpide, très clair, et pétillaient de rire, de feu et – à ce moment-là – de curiosité.

"Salut," fit-il en levant un sourcil.

"Salut," répondit finalement James, avant de demander en avançant son tabouret, dévoré de curiosité lui aussi :

"Tu es un Moldu ?"

"Euh… ouais, si on veut. Tu es un sorcier ?"

La question fut suivie d'un sourire ironique, celui de quelqu'un qui ne prend rien au sérieux, et surtout pas lui-même. James lui rendit son sourire :

"Euh… ouais, si on veut. T'es avec tes parents ? C'est tous des Moldus dans ta famille ?"

"Je suis avec ma grande sœur, c'est une sorcière, elle est allée s'acheter de nouveaux livres par là-bas. Elle est déjà à Poudlard depuis quatre ans et c'est une enquiquineuse. Et toi ?"

"Ma mère m'a planté là pour aller m'acheter des plumes, des rouleaux de parchemin et pas mal d'autres trucs qu'il y a sur la liste."

"Alors toi aussi, t'es un abandonné ?"

"On peut dire ça, ouais…"

Les deux garçons se mirent à rire. Puis quand James eut repris son sérieux, il tendit une main que l'autre serra chaleureusement :

"Moi c'est James Potter."

"Sirius Black. Rigole pas, c'est pas moi qui ai choisi mon prénom."

James fronça les sourcils :

"Pourquoi tu dis ça ? J'aime bien Sirius. J'aimerais bien avoir un prénom original comme ça, James c'est d'un commun… Sirius, au moins, c'est cool."

"C'est pas ce que les autres disaient, à l'école, fit Sirius en souriant de nouveau. Ils disaient que, euh… ah oui, que c'était " un nom bizarre pour un type bizarre ". Remarque, c'est pas que ça me déplaisait d'être le " type bizarre ", au contraire ! Puis j'aime bien ce prénom. L'Étoile du Chien. C'est vrai que c'est cool."

"Ça t'es déjà arrivé de jeter un vrai sort ?"

Sirius fronça les sourcils en réfléchissant :

"Euh… ouais, il y a cinq ou six ans, il y avait cette grande andouille qui voulait me piquer mon petit goûter ; il s'est retrouvé par terre, avec les cheveux très longs et très verts. Je ne sais toujours pas comment j'ai fait ça," termina-t-il avec un sourire de loup, "mais ça valait le détour !"

Les deux garçons rirent de nouveau ; Madame Guipure arriva avec deux paquets à la main :

"Tenez, mes enfants, les voilà. Et bonne année scolaire !"

En sortant de la boutique, Sirius eut l'air piteux :

"De quoi je vais avoir l'air, dans ces robes ? Eh, c'est une école mixte ? Les filles vont se ficher de moi, franchement…"

"Il y a effectivement des filles à Poudlard, et elles sont habituées à voir des garçons en " robes ", t'en fais pas," fit James en le frappant amicalement sur l'épaule. "Regarde, moi je suis un garçon, et est-ce que je n'ai pas l'air sublime là-dedans ?"

"Euh, à dire vrai…"

Un coup d'œil suffit à James pour constater que Sirius plaisantait.

"Ma sœur m'a dit d'aller acheter une baguette magique," fit ce dernier. "Tu sais où c'est ?"

"Oui, c'est chez Ollivander, c'est par là…"

Ils descendirent la rue en plaisantant allègrement, sans avoir l'air de remarquer la pluie qui les trempait jusqu'aux os. Une fois arrivés devant la boutique, Sirius s'ébroua à la manière d'un chien avant de rentrer derrière James.

La boutique, vue de l'extérieur, était minuscule, et les deux garçons eurent cette impression qu'on ressent dans une bibliothèque vraiment immense, de ne pas pouvoir parler sans être entendu à des kilomètres. Il y avait une seule chaise, au milieu de la pièce ; James s'y assit après un regard à Sirius, qui secoua la tête. Il préférait rester debout. Pendant quelques interminables secondes, rien ne bougea, puis la clochette de la porte fit entendre un tintement rouillé et une fille entra.

Tout ce que les deux garçons purent voir en premier lieu, ce fut un immense parapluie, et en dessous une jupe mouillée qui collait à deux petites jambes qui tremblaient un peu. Puis le parapluie se ferma, et tout ce que les deux autres purent voir fut une magnifique chevelure d'un roux sombre, qui descendait jusqu'aux épaules de sa propriétaire, cachant à moitié le visage. Puis elle écarta enfin les flammes sombres, et James et Sirius eurent un grand sourire, immédiatement en même temps. Cette chevelure avait caché jusqu'ici les plus beaux yeux qu'ils aient jamais vu – sans exagération. Imaginez deux yeux verts immenses, scintillants, entourés de longs cils sombres, et vous aurez une idée de ce à quoi ressemblait l'apparition. Ces yeux, néanmoins, semblaient un peu inquiets, et regardaient rapidement tout autour d'eux, comme s'ils s'attendaient à voir débarquer un dragon sans crier gare.

"Salut," fit James avec un sourire. La fille se détendit, et dit :

"Salut. C'est bien ici, pour les baguettes magiques ?"

"Ouais, c'est bien là," fit Sirius. "Première année à Poudlard aussi ?"

La fille hocha la tête. Sirius donna un coup de coude à James ; celui-ci bondit hors de la chaise et la montra du doigt à la nouvelle venue :

"Euh, pardon… tu veux t'asseoir ?"

Elle eut un petit rire nerveux :

"C'est ça, t'as qu'à dire que je suis impotente… non, garde-la, va. T'es arrivé le premier."

"Comment tu t'appelles ?" demanda James.

"Lily Evans. Je crois que je suis ce qu'on appelle une Moldue. Enfin, toute ma famille est Moldue."

"C'est vrai ?"

James la fixait avec le plus grand intérêt. Lily se remit à rire, moins nerveusement – son rire était chaud, presque musical :

"Pourquoi tu me regardes comme ça ? Je suis pas une bête curieuse, non ?"

"C'est la première fois que j'en vois un de près," répondit sincèrement James…

Cet aveu brisa le silence qui régnait dans la petite pièce ; les deux autres éclatèrent de rire, et James suivit immédiatement. Puis :

"Au fait, c'est quoi vos noms ?"

"James Potter."

"Sirius Black."

"Comme l'étoile ? Ouah, cool."

"Tu vois, je te l'avais dit. Hé, Lily, tu as quelque chose contre les garçons en robes de sorciers ?"

"Non, de toute façon, là où on va tout le monde en porte."

"Ah, tu vois !"

"Mouais…"

Ils allaient se remettre à rire, mais ils entendirent une porte claquer doucement dans le fond de la boutique, et une voix sourde, comme étouffée, dire :

"Bonjour à vous trois."

Ils sursautèrent : un vieil homme se tenait dans l'embrasure de la porte, ses grands yeux pâles brillants dans la pénombre comme une double lune.

"Bonjour," hasarda Lily. James et Sirius se tortillaient légèrement de chaque côté de la chaise, manifestement mal à l'aise, surtout le deuxième. Monsieur Ollivander fixa le petit groupe pendant quelques secondes puis Lily se risqua à nouveau, en reculant d'un pas :

"Ils sont arrivés avant moi."

Mr Ollivander darda ses yeux d'argent sur elle, mais elle ne cilla pas. Puis il se tourna vers James :

"Mr Potter, voulez-vous être le premier, je vous prie ?"

"Comment il connaît ton nom ?" souffla Lily alors que James faisait un pas en avant. Il répondit sur le même ton :

"Je viens souvent ici, il me connaît."

Mr Ollivander sortit de sa poche un mètre ruban avec des marques en argent et commença à prendre les mesures de James :

"Vous êtes droitier, si ma mémoire est bonne ?" demanda-t-il ; James hocha la tête. Puis le fabricant de baguettes laissa le mètre ruban continuer de prendre les mesures tout seul – Lily ouvrit de grands yeux, en particulier quand il mesura l'écartement des narines – et alla chercher des boîtes sur des étagères.

"Essayez celle-ci, Mr Potter," fit-il en sortant une baguette de l'une des boîtes. "Frêne, 8 ½ pouces, avec un nerf de cœur de dragon à l'intérieur."

James la prit doucement mais fermement dans ses doigts et la fit tournoyer ; rien ne se passa. Mr Ollivander la lui enleva des mains et lui en donna une autre.

"Tenez : pin, 9 ½ pouces, ventricule de dragon également. Un dragon différent, bien sûr. Il n'y a pas chez nous deux baguettes semblables, tout comme on ne trouve pas deux dragons semblables. J'ajoute que vous ne trouverez pas de meilleures baguettes que les nôtres dans toute l'Angleterre. Votre père avait du ventricule de dragon dans sa première baguette, je m'en souviens très bien – du laurier, 9 pouces, légère et flexible. Tenez, essayez plutôt celle-ci. Acajou, 11 pouces, plume de phénix. Excellente pour tout ce qui est Métamorphoses."

James le sentit au moment où il saisit la baguette ; une petite vague de chaleur irradia du bout de ses doigts, et de petites étincelles bleues jaillirent de l'instrument magique. Les yeux de Mr Ollivander brillèrent alors qu'il glissait la baguette dans un sac en papier.

"Cette baguette vous a choisi, prenez-en soin, Mr Potter," fit-il gravement. "Sept Gallions."

James prit le sac et sortit sept pièces d'or de la bourse que lui avait confié sa mère ; puis, alors que le fabricant disait " Suivant, je vous prie " il recula vers Lily et Sirius. Ils se regardèrent ; finalement Sirius s'avança.

"Il me semble que je vous connais," fit Mr Ollivander en fronçant les sourcils. "Vous êtes le deuxième enfant d'Altaïr Black, après Véga Black, c'est bien ça ?"

Sirius hocha la tête. Il était un peu pâle.

"J'avais donc vu juste. Vous avez les yeux de votre mère. Sa première baguette était en noyer, 11 pouces de long, plutôt flexible."

Sirius avait l'air encore plus mal à l'aise que l'instant d'avant tandis que Mr Ollivander prenait ses mesures à son tour.

"Comment va votre sœur ? Elle est toujours satisfaite de sa baguette, n'est-ce pas ? Je me rappelle de chaque client qui a franchi ce seuil, et de chaque baguette vendue. Celle-ci contenait un nerf de cœur de licorne, ce qui est plutôt rare, vous savez. Noisetier, 12 pouces, souple et rapide. Attendez une seconde."

Il disparut dans les étagères ; Sirius eut le temps de souffler à James :

"Il raconte toujours à ses clients toutes les baguettes qu'il a vendues, ou c'est juste pour impressionner les p'tits jeunes ?"

James haussa les épaules avec un sourire ; Mr Ollivander revint, tenant dans les mains à peine deux ou trois boîtes :

"Je crois que j'ai ce qu'il vous faut, Mr Black. Ebène, 11 ½ pouces, ventricule de dragon. Souple, assez puissante. Essayez, pour voir."

Sirius la prit dans ses mains pendant une seconde ; puis il eut un sursaut et lâcha la baguette avec un glapissement :

"Hey ! C'est chaud, ce truc !"

James se mit à rire tandis que Mr Ollivander fronçait les sourcils :

"Si vous ressentez une légère chaleur à vos premiers contacts avec la baguette, c'est qu'elle vous a choisi. Reprenez-la, je vous prie."

Sirius se baissa, un peu penaud, et ramassa la baguette d'ébène. Cette fois, il resserra les doigts autour de l'instrument, et ne broncha pas quand des étincelles d'un rouge doré jaillirent du bout de sa baguette. Il avait même l'air ravi :

"Alors c'est ma baguette ? Et je suis tombé dessus du premier coup ? C'est génial !"

Il fouilla dans ses nombreuses poches et finit par trouver sept Gallions qu'il tendit à Mr Ollivander, avant de retourner vers ses deux nouveaux amis et de lancer un regard gentiment ironique à Lily :

"Bonne chance, ma vieille !"

Lily lui lança un regard meurtrier et s'avança vers Mr Ollivander d'un pas ferme. Celui-ci souriait en la fixant de ses grands yeux pâles :

"Ah, un peu de sang neuf… vous êtes d'origine Moldue, n'est-ce pas, mon enfant ?"

"Oui," répondit-elle sans ciller ; "je m'appelle Lily Evans."

"Très bien, Miss Evans. Voyons voir ça…"

Et le rituel recommença une troisième fois : le mètre ruban, les mesures, la valse des baguettes… Au bout d'une petite dizaine d'essais infructueux, Lily tomba enfin sur sa baguette : 10 ¼ pouces de saule, avec un poil de crinière de licorne à l'intérieur, souple et maniable. Et très efficace pour les Enchantements. Lily en parlait avec une certaine fierté en sortant de la boutique, reprenant son immense parapluie après avoir pratiquement obligé les deux garçons à s'y réfugier également :

"Allez, James, tu es plus grand que moi, prend ce fichu parapluie et qu'on en finisse, sinon je vais finir par éborgner l'un de vous deux. Alors, ça fait quoi d'avoir des morceaux d'animaux magiques dans vos baguettes ? Un phénix, un dragon et une licorne ! Plutôt cool, hein ?"

"Plutôt, oui. J'ai un morceau de cœur de dragon dans la mienne… J'y crois toujours pas…"

Sirius ressortit sa baguette de son emballage et fut légèrement déçu de constater qu'elle ne jetait plus d'étincelles.

"C'est normal, vous croyez ?"

"Bien sûr," fit James. Sinon tu imagines la panique, ces trucs bleus, ou rouges, ou violets, qui jaillissent à chaque fois que tu prend ta bag… hé !"

James venait de se cogner contre quelqu'un ; Sirius poussa un glapissement – il avait failli se prendre le parapluie de l'étranger dans l'œil. Lily observait avec une moue réticente le nez crochu, les yeux sombres et glacés qui lançaient des éclairs et les cheveux noirs et gras :

"Vous pouvez pas faire attention, non ?" aboya le nouveau venu. "Ça vous arrive, de regarder devant vous ?"

"Désolé," fit James en haussant les épaules. Après tout, eux regardaient où ils allaient – enfin, façon de parler, avec ce fichu parapluie. "On ne t'avait pas vu."

"Tu devrais changer de lunettes, toi ! Apparemment, tu es plus bigleux que tu ne crois !"

James n'aimait décidément pas ce type. Il lui jeta un regard noir et fit un mouvement menaçant, mais Sirius parla avant qu'il ait tenté quelque chose :

"Dis-moi, face de rat, avant de continuer sur un ton aussi poli, tu as une baguette magique ?"

"Non, mais…"

"Y a pas de " non, mais. " Toi, t'as pas de baguette, et nous on en a trois. Toutes neuves."

"Et on est trois," d'ailleurs, renchérit James, les sourcils toujours froncés.

"Alors," termina Sirius d'une voix dangereusement calme, "si tu n'as rien de plus intelligent à dire, casse-toi."

Si les regards pouvaient tuer, Sirius et James seraient tombés raides morts. Mais le premier sourit, de son sourire de loup qui découvrait ses canines, et l'autre n'insista pas. Toutefois on pouvait l'entendre pester à haute voix même à une quinzaine de mètres plus loin.

"Un nouvel ami, Sirius ?" fit Lily avec un sourire, alors qu'il entraient dans la librairie en essayant désespérément de fermer le parapluie. "Tu as quand même été un peu loin. C'est pas très prudent, ni sérieux, si tu excuses le jeu de mots minable…"

"J'excuse le jeu de mots, j'ai l'habitude. Mais tu verras vite que je ne suis ni prudent, ni sérieux. En tout cas, je fais tout pour ne pas l'être."

"Parfait, je me retrouve avec deux dingues. Je sens que l'année va être… intéressante."

"Ça, tu l'as dit. Attendez une minute… oh, non !"

"Quoi, James ?"

"Je suis ici pour acheter mes livres et c'est ma mère qui a la liste…"

"Ah, ça c'est bête.

"C'est pas grave, James, moi aussi je dois acheter mes livres. J'ai la liste ici."

"Ah, merci, Lily. Tu me sauves la vie."

"Pas de problème !"

Lily sortit sa liste de son sac, et y jeta un coup d'œil. James fronça les sourcils : cette liste-là était plus longue que celle qu'il avait reçue.

"Pourquoi il y a autant de livres ?"

"Ah, ça c'est ceux qu'on m'a hautement conseillé de lire, et ceux-là, c'est ceux qu'on doit acheter pour l'école."

"Histoire de Poudlard, Encyclopédie des Créatures Magiques, La Magie Noire et comment s'en protéger… Et une Etude de la Société Magique d'Aujourd'hui ? A quoi ça va pouvoir te servir de lire tout ça ?"

Lily rougit un peu :

"Je ne sais absolument rien de votre monde, moi ! Comment vous vivez, l'organisation, l'attitude face aux Moldus… Tout ce que je veux, c'est ne pas débarquer à Poudlard et avoir l'air d'une Moldue ignorante."

"Mais Lily," intervint Sirius, "il y a plein d'enfants de Moldus qui débarquent à Poudlard et qui ne savent presque rien non plus ! Regarde moi, par exemple. Ma mère était une sorcière, mais mon père est tout ce qu'on peut trouver de plus Moldu, c'est lui qui nous a élevé, ma sœur et moi – je ne connais pas le quart de tout ce que sait Jamsie ici présent en matière de magie, mais je ne stresse pas pour ça ! Relax !"

"Sirius a raison, fit James avec un sourire rassurant. Quant à moi, je viens d'une ancienne famille de sorciers, je sais voler sur un balai et je connais pas mal d'histoires en rapport avec la magie, mais…"

"Voler sur un balai ?"

Sirius avait l'air à la fois enchanté et positivement terrifié. Le mélange était intéressant.

"C'est vrai ? On va apprendre ça aussi ?"

"Oui, il y a des cours de vol ; je disais donc… vous avez vu que je sais tenir une baguette… mais c'est tout ce que sais faire ! Je ne sais ni jeter des sorts, ni te citer la moindre date en Histoire de la Magie, et je ne vais certainement pas me transformer en animal sous tes yeux… On commence tous au même niveau."

Lily avait l'air soulagé, mais déterminé.

"D'accord, les garçons. Mais je veux quand même prendre quelques uns de ces bouquins. Ils ont l'air intéressants. Voyons le premier sur la liste… Sirius, tu as déjà acheté tes livres, toi ?"

Sirius eut l'air mal à l'aise :

"Non, ma sœur me passe les siens. De quand elle était en première année."

Lily ne voyait pas ce qu'il y avait de mal à hériter des livres de sa grande sœur, après tout, celle de Sirius ne pouvait pas être pire que Pétunia. Elle était positivement invivable. Elle haussa les épaules et se mit en quête des livres de la liste avec James. Sirius flâna un peu dans le magasin, les mains dans les poches, regardant les titres des livres qu'on y vendait. Il y avait de tout : des manuels de classe, bien sûr, mais aussi des vieux grimoires à l'air vénérable, des petits livres de poche, des livres de recettes qui sentait le chou à dix pas, et on pouvait même voir dans un coin une cage contenant des livres hirsutes, avec des pattes et des petits yeux oranges qui vous regardaient avec insistance… Vraiment de tout.

Il y avait pas mal de monde dans la librairie, la plupart étant des étudiants venus acheter leurs livres, comme eux. Lily faillit trébucher contre un garçon qui lisait, assis par terre ; il se leva d'un bond, et s'excusa, tout confus. Lily lui sourit pour faire signe que ce n'était rien, et elle fut contente de voir un sourire s'épanouir sur le visage du garçon, plutôt pâle au demeurant. Puis il s'adossa au mur et replongea dans son livre.

Quand les trois – ou plutôt les deux – eurent terminé leurs achats, ils sortirent de la boutique ; il pleuvait toujours. Lily soupira et déplia son parapluie encore une fois.

"Vous savez, je commence à en avoir marre. J'adore la pluie, surtout en été, mais là, c'est vraiment abuser."

"A qui le dis-tu. Où on va, maintenant ?"

"Il paraît qu'il y a une boutique d'animaux par là, j'aimerais bien m'en prendre un, puisqu'on a le droit."

"La Ménagerie ? oui, c'est là. Ils pourraient faire une boutique spécialisée pour les hiboux, quand même. C'est le bazar, là-dedans, vous allez voir."

Ils descendirent la rue jusqu'à la Ménagerie Magique ; ils l'auraient repérée à dix mètres rien qu'à l'odeur – une forte odeur de litière de chat, de cage de hibou, de mare d'eau stagnante et de plein d'autres choses auxquelles ils ne voulaient même pas penser. L'intérieur valait le coup d'œil.

Ce n'était pas très grand ; les murs étaient recouverts de cages, contenant des animaux de toutes les espèces. Il y avait des escargots venimeux qui bavaient tant qu'ils pouvaient, des grenouilles-taureaux qui beuglaient, des grands rats noirs qui faisaient les fous dans leur cage, des corbeaux d'un noir de jais… et même quelques petites créatures à fourrure que Lily trouva adorables, qui apparemment tentaient la prouesse de chanter en chœur, et entièrement, le vaste répertoire des Beatles. Alors qu'ils en étaient à Help! elle demanda des conseils pour choisir un animal à la sorcière qui se tenait derrière le comptoir :

"Vous avez le choix entre un crapaud, un chat et un hibou. Je vous dis cela tout de suite, un hibou est bien plus pratique. Il porte le courrier, il ne bave pas, pas de risque d'allergie aux plumes et pas besoin de litière. Tant qu'à avoir un animal, autant qu'il soit utile."

Lily, un peu étourdie par ce flot de paroles, hocha simplement la tête. Elle choisit une petite chouette aux plumage d'un brun presque roux, qui dormait tranquillement, la tête sous l'aile ; elle dormait toujours quand la sorcière sortit sa cage de l'étagère et la tendit à Lily, rougissante de plaisir. Pour elle, sa chouette était une merveille.

La pluie était moins dense quand ils sortirent. Il y avait toujours autant de monde dans la rue, mais Lily put quand même apercevoir le garçon sur qui elle avait failli trébucher chez Fleury et Bott ; il lisait toujours, adossé à côté de la vitrine d'un apothicaire, ses cheveux châtains tombant sur ses yeux.

"Comment tu vas appeler ta chouette ?" demanda James qui tenait le parapluie, cette fois. Tandis que Sirius essayait de caresser les plumes de l'animal, Lily réfléchit une seconde, et dit finalement :

"Nina. J'adore ce nom."

"C'est pas un peu bizarre, Nina, pour une chouette ?" fit Sirius en retirant ses doigts de la cage en un mouvement vif – Nina s'était réveillée et l'avait mordu.

"J'aime bien ce prénom, et puis c'est ma chouette, alors c'est Nina. C'est tout."

"Ok, ok," fit James en rigolant, pour calmer le jeu. "C'est Nina. Où on va, maintenant ?"

"Je sais pas," fit Sirius en haussant les épaules. "Ma sœur m'a dit de l'attendre chez Florian Fortarôme, mais je ne sais pas où c'est, et elle m'a dit qu'elle en aurait pour une bonne heure, alors…"

"Ma mère m'a aussi donné rendez-vous chez Florian," dit James en s'arrêtant près d'un talus herbeux ; "c'est un café, par là-bas, c'est plutôt sympa comme endroit…"

"Ils sont là ! Avec le parapluie stupide !"

James, Lily et Sirius se retournèrent d'un bloc : cinq garçons de leur âge se tenaient maintenant devant eux, mais ils ne reconnurent que le premier, le type aux cheveux gras et au nez crochu contre qui James s'était cogné, et que Sirius avait remis à sa place. Il avait l'air beaucoup plus assuré, maintenant qu'il avait de quoi assurer ses arrières ; il se planta devant James et Sirius, l'air hautain :

"C'est à quel sujet ?" demanda James d'un air innocent. L'autre fronça les sourcils :

"C'est au sujet, comme tu dis, de ce que ton petit camarade et toi m'avez manqué de respect tout à l'heure. Et je n'aime pas qu'on me manque de respect."

"Et t'es qui pour parler comme ça, Voldemort ?" plaisanta Sirius. A la surprise de Lily, les cinq garçons frissonnèrent ; de son côté, James sursauta, et observa Sirius avec attention : pratiquement tout ce qui était lié à la magie craignaient de prononcer le nom de celui qu'on considérait déjà comme le plus puissant Mage Noir du siècle. James lui-même ne voyait pas vraiment pourquoi, il trouvait ridicule d'avoir peur d'un nom, et le disait lui-même assez naturellement, malgré – ou à cause de – la réaction qu'il obtenait à chaque fois. Ici, la réaction ne se fit pas tarder ; le garçon reprit son sang-froid et déclara :

"Je m'appelle Severus Rogue."

Il n'aurait pas dit " le Roi d'Angleterre " avec moins de fierté. James, Sirius et Lily échangèrent un regard sarcastique : ce type tirait apparemment beaucoup d'orgueil de son nom, mais aucun des trois ne semblait le connaître. Voyant le peu de réaction que leur camarade avait obtenue, les quatre autres derrière lui se présentèrent également – pour la forme :

"Evan Rosier, Edward Wilkes, Thomas Avery."

"Lui c'est Michael Nott.

James haussa les épaules :

"James Potter."

"Sirius Black."

"Lily Evans."

Quand Sirius et Lily eurent dit leurs noms, Rogue eut un reniflement de dédain :

"J'ai entendu parler des Potter, mais Black et Evans… vous êtes des Sang-de-Bourbe, c'est ça ?"

Cette fois, James devint très rouge, et alors que Sirius et Lily ouvraient de grands yeux, stupéfaits, il se jeta sur Rogue, le plaqua au sol et lui envoya son poing dans la figure. Aussitôt, Wilkes se jeta sur James à son tour ; Sirius se lança également dans la bagarre, et du coup les deux autres s'en mêlèrent aussi. Lily éloigna rapidement les sacs qui contenaient leurs achats à tous les trois, puis posa la cage de Nina et son parapluie sur le sol, et fit ce à quoi personne ne s'attendait vraiment : elle attrapa Rosier par les cheveux et le tira en arrière. Sans tenir compte le moins du monde de la galanterie, celui-ci contre-attaqua, et bientôt personne ne put rien distinguer. C'était la mêlée complète. Un corps à corps tout ce qu'il y a de plus non-magique. James cognait Rogue, Rogue lui flanquait autant de coups de pieds qu'il pouvait, Sirius mordait Avery de toutes ses forces et faisait un croche-patte à Wilkes, qui essayait d'aider son camarade Rosier qui se débattait, Lily toujours accrochée à ses cheveux, tandis qu'elle frappait du pied Nott pour l'empêcher de venir en aide aux autres…

La pluie et la boue les aveuglaient à moitié, mais ils ne voulaient pas lâcher. Surtout James. " Sang-de-Bourbe " était la chose la plus insultante qu'un sorcier puisse dire à quelqu'un qui avait des origines Moldues. Comme si tout était une histoire de sang " pur " ou " sale ". Et James détestait cet état d'esprit plus que tout. Sirius cognait à l'aveuglette, poussé par un pur instinct d'autodéfense. Il n'avait qu'une vague idée de ce que cette injure voulait dire, mais il détestait qu'on l'insulte lui, ou quelqu'un qu'il aimait bien. Et il sentait qu'il avait trouvé de bons amis avec ces deux-là. Quant à Lily, elle commençait à faiblir. Rosier et Nott étaient tous deux plus grands qu'elle, et plus musclés, et même si elle même était loin d'être faible, elle devait admettre que deux adversaires, cela faisait beaucoup. Elle pouvait également sentir Sirius flancher légèrement, près d'elle, et elle ne savait pas où en était James. Elle mordait, griffait, faisait tout son possible, mais à un moment précis Nott la renversa contre le talus, et Rosier s'approcha. Ses yeux brillèrent férocement derrière son œil au beurre noir ; il s'avança, la main levée, Lily ferma les yeux et serra fort les paupières… Elle entendit un glapissement aigu, et ses yeux s'ouvrirent d'un coup : Rosier était par terre, en train de se débattre contre quelqu'un qui lui avait littéralement sauté dessus, et qui cognait à l'aveuglette, comme elle le faisait cinq secondes auparavant. En voyant ce qui se passait, Wilkes lâcha Sirius et se jeta sur le nouveau venu, venant en aide à Rosier en fâcheuse posture. Lily retomba sur Nott, ragaillardie par cette aide tombée du ciel.

Ainsi équilibrée, la bagarre aurait pu durer encore longtemps si le bruit et les cris n'avaient attiré les parents en même temps que certains des flâneurs du Chemin de Traverse, curieux de voir des gamins se battre à la manière Moldue. Ils finirent par séparer les combattants – assez difficilement, il faut l'avouer – et bientôt les deux parties ennemies se tenaient chacune d'un côté d'une ligne imaginaire, chacun ayant à braver leur propre engueulade…

"James William Potter ! Tu n'as pas honte de te battre comme un chiffonnier ?"

James se faisait tout petit. Sa mère n'avait jamais semblé si furieuse. De son côté, Sirius était en grande conversation avec une jeune fille d'environ seize ans, avec de longs cheveux noirs qui bouclaient légèrement, et des yeux d'un bleu plus sombre que ceux de Sirius – ce devait être sa sœur, Véga. Personne ne grondait Lily – elle habitait à Londres, et était venue seule – mais elle n'en menait pas large.

"Je croyais que tu valais mieux que ça !" grondait un homme au visage en lame de couteau et aux yeux sombres à Severus Rogue qui baissait le nez. "Te battre comme un vulgaire Moldu, toi, le descendant d'une famille qui ne compte que des sorciers au sang pur depuis quatorze générations !"

"Mais Maman," insistait tout de même James de son côté, "ce type a traité mes copains de Sang-de-Bourbe !"

"Et c'est pour ça que tu te jettes sur lui ? Il y a toujours d'autres moyens de régler une affaire comme ça ! Arrête de gigoter ainsi, tu as une coupure juste sur la pommette…"

Véga Black essayait également de soigner comme elle pouvait les nombreux bleus et coupures de son petit frère, tout en le sermonnant – sur un ton légèrement différent néanmoins :

"Franchement, Si, tu crois que ça valait vraiment la peine de réagir comme ça ? Je veux dire, c'est ridicule de déclencher une bagarre pareille parce qu'un petit snob imbécile t'a traité de quelque chose ! Il voulait sûrement vous provoquer, et toi tu démarres au quart de tour ! C'est malin !"

"Excusez-moi…"

Le père de Rogue avait tapé sur l'épaule de Véga ; celle-ci se retourna, les sourcils froncés :

"Il me semble que vous avez traité mon fils de " petit snob imbécile ", je me trompe ?" fit Mr Rogue d'une voix glaciale. Véga haussa les épaules, et Mrs Potter se retourna vers lui :

"Vous feriez mieux de vous faire discret, vous ! Après tout, c'est votre fils qui a commencé, il n'avait qu'à pas traiter ces enfants de Sang-de-Bourbe !"

"Severus ne provoque jamais, madame, sachez-le. Les autres ont dû faire ou dire quelque chose de grave en premier lieu. Et peut-être que c'est votre fils qui ment, tout simplement."

"Sirius a peut-être un caractère de cochon," s'exclama Véga scandalisée, "mais ce n'est pas un menteur !"

"Vous êtes bien naïve, mademoiselle," grinça Mr Rosier en s'avançant à son tour, "on voit tout de suite que votre Sirius n'a rien d'un enfant de chœur…"

"Dites donc, vous !…"

Voyant que la conversation tournait à la dispute entre adultes, James se détacha discrètement de sa mère et se tourna, avec Sirius et Lily, vers celui qui leur avait apporté son aide :

"Merci, mon vieux," fit Sirius avec un grand sourire. "Sans toi, on était mal."

"Je ne sais pas pourquoi tu nous as aidés," ajouta James en écho, "mais vraiment, c'était sympa de ta part."

Lily fixa avec attention le visage un peu pâle, et les cheveux châtains tombant sur des yeux d'une couleur indéfinissable, entre le bleu et le gris :

"Je te reconnais, toi ! Tu étais chez Fleury et Bott, et je t'ai vu devant chez l'apothicaire, en face de la Ménagerie Magique ! Tu nous suivais, ou quoi ?"

"Pas vraiment."

La voix du garçon était basse et douce, et ses yeux souriaient.

"En fait, c'était ceux-là que je suivais. Je vous ai vu vous rentrer dedans devant la librairie, et vu la tête qu'a fait Severus…"

"Tu le connais ?"

"On a été à la même école, pendant un moment. Il traînait toujours avec sa petite bande, et comme je savais qu'ils étaient dans le coin, je me doutais qu'il allait tenter quelque chose. Ils étaient cinq, vous n'étiez que trois, vous aviez tous de bonnes têtes – et j'avais un petit compte à régler avec Rosier."

James leva un sourcil :

"Pourquoi ?"

Le garçon eut un sourire tranquillement sarcastique, comme une sorte de mélange entre les sourires de James et de Sirius, pensa Lily :

"Oh… il s'était assis sur mon hibou, alors je lui avait piqué son rat en peluche."

Puis, devant les expressions surprise et dubitative des autres, il haussa les épaules :

"On était à la maternelle. Mais il avait à moitié étouffé mon hibou, l'animal. Déjà imposant."

Les trois amis pouffèrent de rire, puis Lily demanda :

"C'est quoi, ton nom ?"

"Remus, Remus Lupin. Je sais, c'est bizarre, mais que voulez-vous, j'ai pas choisi. Et les vôtres ?"

Les trois autres se présentèrent :

"James Potter. Ma mère, c'est elle, là-bas, celle qui crie après le père de Rogue."

"Sirius Black, et la fille avec les cheveux noirs qui vient de gifler le père de Rosier – ouais, vas-y, Véga ! – eh ben c'est ma sœur."

"Lily Evans, moi j'habite tout près, alors je suis venue seule. Avec qui tu es venu, toi ?"

Remus ouvrit la bouche, mais il fut coupé par un éclat de voix derrière eux :

"Remus ! Ça m'aurait étonnée ! Qu'est-ce qui s'est passé, cette fois ?"

La femme avait des cheveux blond cendrés, et des yeux d'un bleu de velours sombre, qui lançaient des éclairs à Remus ; celui-ci semblait soudain très intéressé par ses lacets de chaussures. James vint à son secours :

"C'est notre faute, madame. Quelqu'un avait traité Lily et Sirius –" il fit un signe de tête vers eux "– de Sang-de-Bourbe, alors on s'est battus. Remus avait vu ce qui se passait, et il nous a donné un sacré un sacré coup de main. Sans lui, on était trois contre cinq."

"Bon, alors si c'était pour défendre une juste cause…" fit Mrs Lupin d'une voix radoucie. "Dis-moi, tu es le fils Potter, James, n'est-ce pas ? Je connais un peu ta mère, c'est une personne charmante."

James jeta un rapide coup d'œil à sa mère qui criait toujours sur les parents de Rogue et compagnie, avec Véga Black qui semblait aussi grande gueule que son frère. Charmante, pensa-t-il, oui. Tant qu'on ne la met pas en colère.

"Et vous ?"

"Je m'appelle Lily Evans."

"Sirius Black, m'dame."

"Vous êtes des enfants de Moldus ?"

"Oui, je suis la seule sorcière de la famille," fit Lily avec une certaine fierté.

"Moi, c'est moitié moitié," dit Sirius. "Père Moldu, mère sorcière."

Il y eut un petit silence. Remus essuyait le sang qui coulait de sa lèvre fendue ; Lily tentait de se recoiffer un minimum à l'aide de ses doigts, ce qui était une bataille perdue d'avance. Mrs Lupin prit sa baguette et commença à vérifier les quatre enfants l'un après l'autre, soignant entre autres l'œil au beurre noir de Sirius, la lèvre de Remus, la pommette de James – sa mère n'avait pas eu le temps de finir – et le front et les joues de Lily, couverte d'égratignures. On est vraiment dans un bel état, pensa Lily en regardant les trois garçons. Couverts de bleus, de bosses et – aie ! J'y crois pas, cet abruti de Rosier m'a mordue…

Ses articulations lui faisaient mal, elle avait encore une coupure au genou et son visage était couvert de boue et de pluie et sa jupe était sale et déchirée ; alors pourquoi se sentait-elle si joyeuse, si contente ? Et elle n'était pas la seule, apparemment : elle pouvait voir James sourire largement tandis qu'il discutait avec Remus et Sirius. Les yeux bleus gris du premier brillaient doucement, et ceux du second flamboyaient littéralement. Ils parlaient comme s'ils se connaissaient depuis toujours, et Lily sentit que cette bagarre avait formé un lien entre eux quatre. Comme une cause commune qui les aurait rassemblé pour un moment qui durerait pas mal de temps.

C'était plutôt rassurant pour commencer sept ans dans une école dont elle ne savait pratiquement rien. Au moins elle aurait des alliés.

Mrs Lupin les quitta bientôt pour aller, avec l'aide de certains habitués du Chemin de Traverse, séparer les adultes, qui n'étaient pas loin de se battre comme leurs enfants – ou comme son frère, dans le cas de Véga. Pendant qu'ils " discutaient " à grands renforts de gestes et d'éclats de voix, les responsables – James, Sirius, Lily et Remus d'un côté, et Severus Rogue et sa bande de l'autre – regardaient tranquillement. Les premiers commençaient à faire des paris. Puis, peu à peu, la discussion se calma, le ton baissa, et bientôt les deux parties se séparèrent, non sans continuer de se jeter des regards furieux. James dit rapidement au revoir à ses nouveaux amis avant de suivre en courant presque sa mère qui s'éloignait à grands pas, maugréant à voix basse. Véga emmena Sirius.

Lily resta un moment avec Remus et sa mère pour finir ses achats ; Mrs Lupin insista pour l'aider à les porter jusque chez elle. Ils sortirent donc du Chemin de Traverse en passant par le Chaudron Baveur, et quelques rues plus loin, Lily était chez elle, après avoir remercié chaleureusement Remus et sa mère, elle grimpait quatre à quatre les marches de son perron et poussait la porte, encore toute excitée.


Et voilà ! J'espère mettre à jour bientôt. En attendant, profitez-en pour relire mes autres histoires :o)

Bisous de Belphégor la Bizarre ! :o)