Mission de routine

Disclaimers : la base sous la montagne, sa porte circulaire, son vortex bleu et ses équipes d'exploration en goguette appartiennent à la MGM, de même que Jaffas, Goa'ulds et autres peuplades pittoresques mais néanmoins anglophones.

Note de l'auteur : ceci est un one-shot prenant place juste avant le début de Stargate Arcadia 1. Une introduction de l'introduction, en quelque sorte. Par conséquent, il n'y aura aucune allusion à un quelconque pirate de l'espace ni à son vaisseau vert plein de canons.
D'autre part, j'assume totalement toutes les incohérences scénaristiques qui empêchent un raccord parfait avec le premier Stargate Arcadia, et qui concernent notamment Daniel Jackson, des Jaffas, un avant poste et une manœuvre d'exfiltration.

- Attention, présence d'une planète génératrice de voyages temporels incontrôlés -

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— Vous voulez bien me passer le pinceau, Jack ?

Le colonel Jack O'Neill fit mine de ne pas entendre. Il trouvait beaucoup plus amusant de profiter du spectacle de son coéquipier se contorsionnant pour réussir à la fois à décalquer les motifs d'un mur sur une feuille de papier, consulter un bouquin tout écorné, prendre des notes, filmer et épousseter la terre qui s'était infiltrée dans les fissures en quelques dizaines de siècles d'abandon. Daniel Jackson se montrait toujours très passionné lorsqu'il s'agissait d'étudier de vieilles pierres.

— Jack…

Et il se montrait toujours très irritable lorsqu'on le taquinait à ce sujet.
O'Neill hésita à le faire languir davantage, mais il se dit finalement que la confrontation verbale serait plus à même de lutter contre son ennui.

— J'ai beau chercher, je ne vois pas en quoi ce mur est différent d'un autre mur, ni pourquoi il vous fascine autant, déclara O'Neill d'un ton soigneusement blasé tandis qu'il tendait le pinceau à l'archéologue.
— Mais… Bon sang, Jack, vous ne comprenez pas ? s'enflamma Daniel. Ces symboles présentent une similitude évidente avec l'écriture asgard ! C'est une découverte capitale !
— Oh, allez… Encore une planète qui a été sous influence alien et dont les habitants ont gravé les légendes sur un mur.

Le colonel se servit du pinceau pour pointer des symboles au hasard, sans se soucier du regard furibond de son interlocuteur.

— Des petits dieux gris… venus du ciel… dans un chariot doré… nous ont appris… à cultiver… les patates.
— Pff, n'importe quoi.

Daniel récupéra son pinceau d'un geste sec et entreprit de nettoyer une fissure – ou un symbole gravé, Jack était incapable de faire la différence.

— Je reste persuadé que ce texte contient des informations susceptibles de nous aider, grommela l'archéologue.
— Vous voulez dire, autant que votre tablette d'argile qui nous a détaillé la façon de lutter contre la peste des champignons, ou comme ce vase verdâtre et son ode à l'amour ? persifla le colonel.

Mais Daniel ne répondit pas au sarcasme et se contenta de hausser les épaules avant de retourner à son précieux mur. Le colonel grogna. Zut, ce n'était même pas drôle. Si l'archéologue ne réagissait plus à ses provocations, comment allait-il s'occuper ?
Le colonel passa les cinq minutes suivantes à déambuler le long des murs couverts de symboles en soupirant. L'édifice était trop commun pour être intéressant – une énième édition d'un des innombrables temples qu'ils avaient visités lors de leurs explorations – et la planète elle-même était dépourvue de la moindre originalité : une porte des étoiles, une forêt, une ville en ruines…
O'Neill secoua la tête, amusé malgré lui. Quand donc avait-il commencé à considérer les voyages interplanétaires comme banals ?

— Daniel, je sors ! annonça-t-il. Vous allez pouvoir vous débrouiller tout seul ?
— Mmh…

L'archéologue ne lui accorda pas un regard, trop occupé à trier des gravats pour y retrouver un morceau de fresque manquant. O'Neill sourit. Sacré Daniel et ses civilisations disparues ! Alors que bon, tout ce qu'on pouvait en retirer de ces civilisations, en général, c'était qu'elles avaient disparues, justement. Jack était d'avis qu'il fallait plutôt prospecter du côté des civilisations florissantes et technologiquement développées. À condition d'en trouver, bien entendu. Malheureusement, il semblait que cette galaxie comptât beaucoup plus de ruines que de villes encore debout.
Le colonel balaya ces pensées d'un geste. Bah, en attendant de trouver une arme miracle, autant en profiter pour prendre le soleil.

— Alors Carter, quoi de neuf ?
— Oh, rien de bien passionnant, mon colonel, répondit l'intéressée.

Le major Samantha Carter avait déployé son matériel scientifique sur le fronton du temple. Le soleil tapait dur, et la jeune femme blonde avait entrouvert son treillis militaire plus que de coutume, offrant au colonel un aperçu sur un t-shirt moulant et des courbes prometteuses. Le major ne lui laissa cependant pas le temps d'approfondir son examen.

— Les instruments de mesure ont confirmé les enregistrements du MALP, reprit-elle en se redressant. Néanmoins l'analyse spectrale me fait pencher en faveur d'une anomalie d'ordre géologique.

La scientifique fourra une bande de papier entre les mains du colonel.

— Oui, en effet. C'est… évident, fit celui-ci.
— Vous le tenez à l'envers, mon colonel, sourit Carter.
— Ah.

Jack pencha la tête, mais ce truc était tout aussi incompréhensible quel que soit le sens dans lequel il le prenait. De toute façon, il n'était pas venu pour déchiffrer les résultats d'un appareil dont il ignorait la finalité. Il tritura le morceau de papier quelques secondes en s'efforçant de lui accorder l'importance qu'il devait mériter, puis il estima qu'il s'était suffisamment intéressé aux mesures de Carter pour justifier sa présence près d'elle et lui rendit son graphique.

— Bon. Hmm. C'est parfait, Carter. Continuez.
— Bien mon colonel.

À présent que les convenances étaient respectées, O'Neill avisa un muret qui ferait un fauteuil tout à fait convenable et s'installa pour lézarder – et profiter de la compagnie de la scientifique.
Bien sûr, il existait un risque non négligeable que Carter se lance dans un exposé scientifique complet, mais il avait depuis longtemps appris à ne plus l'écouter et à apprécier uniquement le son de sa voix.
Et cette petite moue de concentration était vraiment charmante, pensa-t-il.
Il se demandait s'il allait oser une sieste lorsque sa radio s'anima. C'était Teal'c. Le Jaffa était parti reconnaître les alentours.
Mais ce n'était pas l'heure de son rapport.

— Colonel O'Neill, nous avons de la visite.
— J'arrive.

Jack jeta un coup d'œil à son major, qui leva un sourcil interrogatif. Bon, inutile de s'affoler, ils avaient de la visite, certes, mais la situation n'était peut-être pas catastrophique.
Cependant, dans cette zone à dominante goa'uld, les chances de visites amicales avoisinaient le néant. Le repli s'imposait.

— Remballez votre matériel, Carter, il y a des invités.

Il attrapa son arme et fit un rapide inventaire de ses munitions.

— Et prévenez Daniel, termina-t-il avant de s'éloigner vers la porte des étoiles. Je rejoins Teal'c pour estimer le degré de la menace.
— À vos ordres.

Le Jaffa s'était posté sur un surplomb rocheux, d'où il pouvait surveiller à la fois le chemin menant à la porte des étoiles et les abords de la ville en ruines.

— Deux escouades jaffas complètes viennent de franchir la porte, colonel O'Neill, annonça Teal'c dès que le colonel arriva à sa hauteur. Elles se sont dirigées à l'opposé de notre position.
— Une chance ! fit Jack. Nous devrions pouvoir les contourner sans trop de problèmes. Je suppose qu'ils ont laissé des sentinelles près de la porte ?
— En effet colonel. J'ai compté six gardes, il sera facile de les prendre par surprise. Mais ce n'est pas le plus grave.

Teal'c fit un geste du bras pour ponctuer ses propos : à l'aplomb de leur position, le chemin bifurquait. L'une des branches – celle que SG-1 avait empruntée – conduisait à la ville. L'autre la contournait par le sud et c'était sur cet embranchement que les Jaffas s'étaient engagés.

— Je les ai suivis jusqu'aux abords d'une clairière, expliquait Teal'c. Leur camp est là-bas. Je n'ai pas pu m'approcher : bien que provisoire, il était fortement défendu. J'estime que plus de cinq escouades y sont déjà établies.

Un martèlement de bottes en rythme les fit se baisser vivement.

— Et d'autres suivent, apparemment, continua O'Neill comme une nouvelle escouade jaffa passait en contrebas.

Il recula prudemment, imité par Teal'c.

— Je ne sais pas ce qu'ils font, mais ils ont l'air de vouloir s'installer en nombre, ajouta le colonel. C'est un miracle qu'ils n'aient pas déjà trouvé le MALP.

Jack saisit sa radio. Miracle ou pas, ça ne servait à rien d'éprouver leur chance trop longtemps. SG-1 n'était pas capable de s'opposer à un tel déploiement de forces – il ne leur restait qu'à prendre congé le plus discrètement possible.

— Gan mo'a ! Kelmek !

Oups. Apparemment, ces Jaffas, d'où qu'ils viennent et quels qu'ils soient, n'avaient pas tardé à envoyer des éclaireurs alentours. O'Neill se morigéna : Teal'c et lui s'étaient fait prendre à revers comme des bleus !
Le colonel réagit d'instinct en lâchant une rafale au jugé avant de plonger à l'abri d'une souche. Il entraperçut Teal'c faire de même. En face, le Jaffa qui les avait interpelé s'était effondré, mais des cris, et bientôt des tirs, étouffèrent tout espoir que ce garde eût pu se balader seul.
Autant dire que pour la discrétion, c'était raté.

— Carter, nous sommes attaqués ! cria Jack dans sa radio par dessus le crépitement des armes. Repliez-vous immédiatement à la porte des étoiles !

Il évalua rapidement la situation : au vu de la fréquence des tirs qu'ils essuyaient, il devait bien y avoir une dizaine de Jaffas, un peu plus bas, mais qui étaient heureusement désavantagés par le relief. Tant que leurs adversaires n'étaient pas appuyés par des renforts, Teal'c et lui devraient pouvoir tenir leur position sans grandes difficultés – du moins jusqu'à ce que le reste de SG-1 les ait rejoints. O'Neill visualisa mentalement la distance que ses deux équipiers avaient à parcourir… Bon, il ne faudrait pas qu'ils traînent trop quand même.
Il fit signe à Teal'c, qui était mieux placé que lui pour avoir l'œil sur le chemin venant de la ville en ruines..

— Prévenez-moi dès que vous voyez arriver Carter et Daniel ! fit-il. En attendant, il faut retenir ceux-ci pour assurer notre retraite !
— Entendu, colonel O'Neill.

Imperturbable, le Jaffa continua à ravager les rangs adverses avec sa lance, mais O'Neill savait qu'il pouvait lui faire confiance. Teal'c était bien plus efficace que lui pour à la fois guetter un point dans son dos et viser des ennemis sur l'avant : à la seconde où les autres membres de l'équipe seraient en vue, il l'avertirait.
Comme dans tout combat, le temps sembla s'écouler au ralenti. Le colonel savait d'expérience que sa perception temporelle était faussée, et plutôt que d'estimer les minutes qui restaient avant que son équipe soit au complet, il gradua le temps, comme à son habitude, en nombre de chargeurs vidés.
Il en était à son quatrième lorsque Teal'c l'appela.

— O'Neill ! Le major Carter et Daniel Jackson approchent !

Le colonel leva le pouce pour indiquer qu'il avait entendu, puis activa sa radio.

— Carter, on est juste au-dessus de vous. Poursuivez vers la porte, on vous couvre !

Jack vida ce qui restait de son chargeur, puis, pour faire bonne mesure, lança une grenade en direction des positions estimées des Jaffas. Un hurlement de douleur lui indiqua qu'il avait fait mouche.

— Ça devrait les retarder un peu, glissa-t-il à Teal'c. Ne traînons pas !

Les deux hommes se mirent à courir.

À l'ouvert de l'espace dégagé au milieu duquel se dressait la porte des étoiles, Carter se débarrassait de deux gardes jaffas tandis que Daniel sprintait vers le DHD afin d'entrer les coordonnées de la Terre.
Derrière eux, des éclats de voix leur signifièrent que les Jaffas s'étaient remis de l'explosion de la grenade. Il ne fallait plus s'attarder dans les parages.

— À la porte, Carter ! Vite ! lança O'Neill sans ralentir lorsqu'il arriva à hauteur de la scientifique.

Le colonel assura leur retraite en vidant un nouveau chargeur – son avant-dernier – et accueillit avec soulagement le bruit de l'ouverture du vortex.

— Envoyez le code et traversez ! cria-t-il.

Il balaya la lisière de la forêt d'une dernière rafale puis rejoignit la porte en zigzaguant. Daniel et Carter traversaient déjà le vortex Teal'c le couvrait de sa lance.
Les tirs adverses, encore mal ajustés mais de plus en plus nourris, l'encadrèrent. Quelques uns touchèrent l'anneau métallique de la porte, lequel lâcha des étincelles de protestation.

— Allez-y, Teal'c !

Le Jaffa opina avant de franchir le vortex à son tour.
Jack rejoignit les trois marches qui menaient à la porte en quelques enjambées, et se jeta par réflexe sur le côté pour éviter un tir de lance qui frappa la porte des étoiles de plein fouet.

Puis il plongea à travers la surface aqueuse.