Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : M.

Salut les d'jeuns !

Lys : Hello la compagnie !

Je sais, tout le monde pensait que je suis morte, mais je suis vivante ! Et vu le longueur du chapitre (43 pages O_O) vous me pardonnerez mon retard je pense :D.

Lys : Et elle a la pêche ! Mercredi elle passe sur son exposé sur les Erastes et les Eromènes, ça va être fun !

Je vais me faire démolir…

Lys : XD

Bref. Voici un nouveau chapitre qui, je l'espère, vous plaira…

Lys : Sors ton testament, je vais pas risquer ma vie pour te protéger.

… J'aime me sentir soutenue.

Lys : T'as vraiment un côté sadique, toi…

Mais c'était prévuuuu depuis le débuuuut !

Lys :

MOUHAHAHAHAAAAA ! Ca va être fun !

Lys : ...

Oui bon, bref .. Un GRAND merci à Ammara, ma bêta, qui a su corriger en un temps record ce chapitre (sauf les bouts intéressants, mais c'est pas MA faute si j'écris le lemon en dernier et si la fin était top secrète ! XD), elle est trop adorable :D.

Lys : Elle corrige plus vite que son ombre :D.

Je remercie aussi la charmante Mugen qui m'a fait un superbe dessin, présent dans cette fic ! :D

Lys : L'adresse du blog où il est possible de voir le dessin : http : / didi-gemini . skyrock . com (retirez les espaces et mettez bien un double "/" après http)

Je voudrais remercier tous ceux qui m'ont laissé des reviews au chapitre précédent et qui m'en laisseront encore pour celui-ci. Je vais atteindre les 1000 reviews et j'ai encore du mal à m'en rendre compte. Un grand merci à vous, qui me soutenez, qui me laissez des petits mots (certains sont balèzes quand même Oo) qui me font chaud au cœur :-).

Lys : Pour vous remercier de votre fidélité, chaque personne qui laissera une review aura un petit bout du chapitre suivant en avant première :-).

Et la personne qui postera la 1000e review aura le chapitre en entier en avant première :-). Je vous embrasse tous très très fort, merci encore !

Bonne lecture !


Chapitre 31

Leur maison comportait une seule salle de bain qui se trouvait à l'étage. Pour des raisons évidentes, elle avait été entièrement changée par une équipe d'ouvriers qui avait changé la couleur du carrelage, de la moquette fixée au sol ainsi que la baignoire pourtant peu abîmée et le lavabo. Le plafond avait été repeint et ils avaient monté les quelques meubles de la pièce. Aucun n'avait compris pourquoi cet homme tenait tellement à refaire entièrement sa salle de bain alors que tout était nickel. Mais bon, leur boulot n'était pas de dissuader les clients de demander leurs services mais plutôt de les contenter.

Sirius fut loin d'être déçu quand il découvrit sa nouvelle salle de bain, le jour de son retour dans sa maison. Il n'avait rien dit à Severus qui avait répugné à lui parler des changements dans la salle d'eau, notamment à cause des coûts que cela avait engendrés. Pour payer les travaux, Severus avait puisé dans ses économies et, surtout, dans leur compte commun. Il savait pertinemment que Sirius, ni lui-même, ne pourrait jamais se laver dans une baignoire ou l'écrivain avait tenté de mettre fin à ses jours. Severus avait même pensé que, une fois la pièce transformée, il n'en serait pas non plus capable.

En voyant la nouvelle salle de bain, Sirius s'était pourtant senti bien mieux. C'était comme si ce qui s'était passé ce soir-là n'avait jamais existé, en quelque sorte. Il pouvait se laver dans la baignoire sans frissonner d'horreur. Au fond de lui, il avait pourtant pensé qu'il ne pourrait jamais revivre dans cette maison, après ce qu'il y avait fait. En revenant, il envisageait déjà de déménager, et les premiers jours, il s'était lavé chez Remus, de peur d'entrer dans la salle de bain. Severus avait fini par l'y attirer de force et, depuis, Sirius se sentait un peu plus libéré.

Sa vie avait repris un cours normal. Sirius mangeait plus, avait retrouvé sa bonne humeur et il était retourné à la salle de sport, où ses potes lui sautèrent dessus comme la misère sur le monde, ne sachant où il était passé depuis tout ce temps.

Quant à sa relation avec Severus… c'était un peu plus délicat. Enfin, en soi, tous deux faisaient des efforts. D'un accord tacite, ils avaient décidé de se redonner une chance et d'agir dans ce sens-là, sans pousser l'autre à bout, comme cela avait été le cas avant cette fameuse nuit. Cela dit, voir son compagnon aussi distant et silencieux, déjà qu'il n'était pas démonstratif et bavard, devint vite insupportable pour Sirius. Un soir, ce dernier n'en put plus de voir la culpabilité ronger le cœur de Severus, il prit alors son oreiller et se laissa tomber dans leur lit commun, ce qui réveilla le professeur en sursaut. Il était quand même presque minuit, quoi… Coupant court aux interrogations d'un Severus à moitié dans les vapes, Sirius rabattit la couverture sur eux deux et le prit dans ses bras. Sans chercher plus loin, le professeur se rendormit : il aurait les idées plus claires le lendemain.

Depuis cette nuit-là, leur relation s'était améliorée, mais uniquement parce que Sirius faisait tout pour détendre Severus et arrêter de le faire passer pour le coupable. Même s'il avait ses tords, Sirius l'aimait comme un fou et il ne voulait pas qu'il se sente coupable. Il voulait retrouver le Severus Rogue ronchon qui corrigeait ses copies sur la table du salon pendant que son compagnon regardait Rambo à la télé.

Petit à petit, leur relation s'était reconstruite et s'en était trouvée renforcée. Ils avaient refait l'amour, aussi. Ce fut laborieux car, malgré tout, Severus se sentait coupable : il avait fait croire à son compagnon qu'il le trompait avec une femme et cela l'avait conduit à s'ouvrir les veines. Mais la chair est faible… et Sirius était homme particulièrement convainquant, surtout sur ce sujet-là.

Ainsi, dans sa vie intime, Sirius se portait comme un charme, faisant face petit à petit au traumatisme. Il passait parfois des soirées à parler avec Severus, ce qui lui faisait du bien, et il avait souvent le plaisir de voir son compagnon s'ouvrir un peu, ce qui était bien rare. Cela dit, actuellement, c'était bien la seule chose qui allait bien dans sa vie.

Rares étaient les membres de sa famille que Sirius pouvait tolérer dans son existence. Il aimait son frère, et bien sûr ses deux enfants. Il avait aimé Andromeda qui était à présent décédée et sa fille Nymphadora était un pilier de son existence. Ses autres cousins et cousines, Sirius ne les avait jamais aimé et c'était réciproque.

D'une certaine façon, Draco Malfoy était son cousin au second degré, mais Sirius ne le considérait pas du tout comme un membre de sa famille, pas plus que Nymph' qui était pourtant sa cousine, leurs mères à tous les deux étant sœurs. Cela dit, Sirius aimait beaucoup ce gamin et il savait que, si par malheur il venait à se séparer de Harry, il resterait quand même quelqu'un de cher pour lui, notamment parce qu'il avait permis à son filleul de s'épanouir. Et il était impossible d'oublier toutes ces soirées et ces évènements passés ensemble…

Pourtant, il n'aurait jamais pensé s'entendre aussi bien avec un garçon pareil. Et il aurait encore moins pensé qu'il se serait adressé directement à lui au lieu de se diriger vers Isaline pour lui parler de Cédric.

Honnêtement, Sirius n'aurait jamais cru que Draco lui raconterait que cette ordure était venu le menacer devant sa faculté, espérant ainsi lui faire peur et l'éloigner le plus possible de Harry. Car Cédric avait bien compris qu'il était inutile de s'en prendre physiquement à Draco : d'une, Harry réagirait au quart de tour, et de deux, des gardes-du-corps le suivaient. Cela dit, il était bien meilleur pour lui de semer le doute dans son esprit, ce qui était à la fois vicieux et efficace.

La guerre était lancée entre les deux hommes. Draco ne pouvait parler de cela à Blaise, refusant de le mêler à cette histoire qui ne le regardait pas, et en parler à Isaline était exclu car elle leur avait bien fait comprendre qu'elle ne se mêlerait pas de cette histoire, c'était à eux de combattre Cédric s'il le fallait. De façon plus ou moins naturelle, Draco s'était tourné vers le parrain de son homme.

Cependant, Sirius ne savait quoi faire. Severus non plus ne savait pas, Remus encore moins. Les trois hommes s'étaient concertés et, malheureusement, ils étaient incapables d'agir dans cette situation. Ils pouvaient toujours porter plainte contre Cédric mais cela ne résoudrait pas le problème à sa source, car il reviendrait, plus enragé encore, et ce serait peut-être encore plus dangereux. C'était triste à dire, mais il fallait que Cédric s'en prenne à Harry ou Draco pour que quelque chose d'efficace soit vraiment mis en œuvre. Draco était d'accord avec eux. Mais attendre une « offensive » de cet homme l'angoissait. Non pas pour lui, mais pour Harry, et ce à différents points de vue…

Et réconforter ce jeune homme de presque vingt-trois ans était difficile car, même s'il connaissait Harry comme sa poche, il était difficile pour Sirius d'apaiser les angoisses cachées de Draco. Ses réactions étaient compréhensives et il ne pouvait s'appuyer sur personne car il gardait tout pour lui, essayant de se montrer fort alors que, au fond de lui, il avait peur.

Peur de perdre un homme qu'il aimait et avec qui il avait tout vécu et tout appris.

Peur que cet homme le quitte pour un autre qui lui avait fait du mal ou parce qu'il ne supportait pas la pression et les doutes de Draco.

Peur que cette personne souffre à cause de cet homme dangereux qui l'avait pris pour cible…

Avec son langage sec, un peu trop franc et voire même blessant, Severus avait entrepris de mettre un peu de plomb dans la cervelle de son élève mais même ça, ça n'avait pas suffit pour apaiser Draco. Le professeur estimait que c'étaient des réactions excessives, que Cédric Diggory aurait trop à perdre à faire du mal à Harry et qu'il ne lui ferait donc rien.

Mais… c'était mal le connaître.

OoO

Dans son dos, il sentait le corps de son amant allongé tout contre lui. Son bras était posé négligemment sur sa hanche, en un geste naturel qui se voulait possessif. Il sentait son souffle contre sa nuque. Cette étreinte avait quelque chose de rassurant.

Ils avaient fait l'amour. Une banale sortie en tête-à-tête qui s'était terminée de façon plutôt tendue, surtout pour Draco, qui était nerveux ces temps-ci, aussi bien à cause de Harry que de ses examens qui approchaient. Ils étaient rentrés chez le blond et avaient passé un long moment dans son lit à faire oublier à l'autre les soucis qui lui encombraient l'esprit. Cela avait été tendre, puis avec une passion presque désespérée.

Harry aimait faire l'amour avec Draco, parce qu'à chaque fois, cela lui donnait une étrange sensation d'apaisement. Un peu comme s'il s'accordait un répit, c'était de cela dont il avait besoin en ce moment : quelques minutes à lui où il oubliait tout sauf la personne qui l'étreignait.

Allongé dans ce lit, nu, avec Draco allongé contre lui dans son dos, Harry se sentait bien, en sécurité, même s'il savait que ce n'était qu'une illusion. Car ce soir, contrairement aux autres fois, son esprit n'était pas vidé de toutes ses préoccupations.

Il ne dormait pas.

Il était fatigué, son corps était épuisé.

Mais il ne dormait pas.

Alors que le souffle régulier de son amant contre sa nuque montrait bien que, lui par contre, il dormait à poings fermés. Inconscient des tourments de son compagnon qui gardait les yeux bien ouverts dans l'obscurité de la chambre, devinant les formes autour de lui à peine éclairées par les lampadaires dehors, les rideaux n'ayant pas été tirés et les volets rabattus.

Harry attendit quelques secondes, écoutant la respiration de Draco. Puis, il souleva doucement son bras et le posa le long du corps du blond, qui ne réagit pas. Enfin, le tatoueur poussa la couette et se leva sans bruit, marchant nu dans la chambre jusque la porte pour prendre un peignoir dans lequel il s'emmitoufla.

A pas de loup, le jeune homme s'approcha enfin de la fenêtre et poussa le rideau pour regarder dehors. Evidemment, il n'y avait personne en bas. Il était tard, et Cédric avait cessé de le suivre. Ou, du moins, il ne se montrait plus. Cela faisait quelques jours qu'il ne l'avait pas vu, et Harry ne savait s'il devait se sentir déçu ou inquiet.

Harry se mordilla la lèvre. Malgré lui, il se demandait où pouvait bien être Cédric. Non pas qu'il lui manquait, mais… autant être honnête, il le troublait. Le revoir après toutes ces années le troublait. Et… même s'il avait eu peur… il sentait qu'il craignait bien moins cet homme qu'il ne l'eut cru de prime abord.

En même temps, Harry vivait avec Draco une relation fusionnelle qui lui avait permis de faire face à ses démons, à les accepter et à vivre avec sans les repousser dans un coin de son esprit et faire comme s'ils n'avaient jamais existés. Après ce temps d'adaptation, Harry pouvait apercevoir Cédric dans la rue sans s'enfuir à toutes jambes.

Et cela l'inquiétait. Cédric le troublait, parce qu'il avait moins peur de lui, mais aussi parce qu'il lui faisait pitié. Lors de cette confrontation, Harry avait senti que son ex petit ami était survolté, tellement il était heureux de l'avoir en face de lui. Malgré son sourire, son visage ne pouvait cacher ce désespoir qui le bouffait de l'intérieur, et il l'avait exprimé par ses yeux qui reflétaient l'état de son âme. Cédric était perdu et il avait mal.

A la fois, Harry avait aimé Cédric, et en même temps, il était quelqu'un de foncièrement gentil. Il ne pouvait donc pas le repousser éternellement s'il sentait que Cédric avait besoin de soutien, d'un vrai soutien. En étant honnête, Harry savait qu'il ne pourrait jamais fréquenter cet homme car il avait perdu tout espoir et tout sentiment pour lui, mais tolérer sa présence, savoir qu'il était là, dans la rue, à attendre un regard ou un petit signe de lui… Oui.

Oui.

Il l'accepterait.

Harry le savait : il tolérerait sa présence jusqu'à ce que Cédric comprenne que tout cela ne servait à rien.

Certes, il avait eu un geste déplacé qui révélait l'étendue des sentiments qu'il éprouvait encore pour Harry, alors que ce dernier avait longtemps craint que son ex n'entretienne une haine tenace à son encontre pour l'avoir conduit en prison. Mais le tatoueur y accordait peu de crédit. Jamais plus il ne lèverait la main sur lui.

Plus jamais.

Plus jamais il ne le frapperait avec toute l'énergie du désespoir.

Plus jamais il ne l'enfermerait dans une petite chambre où il mourrait à petit feu.

Plus jamais…

Heureusement, Draco dormait. Ses yeux demeuraient clos, son corps détendu au possible et son esprit loin du monde réel. Car s'il avait été éveillé, si quelque chose l'avait titillé et forcé à ouvrir les yeux, il aurait sans doute eu peur.

Debout devant la fenêtre de cette grande chambre impersonnelle, Harry regardait dehors la rue vide à peine éclairée par les lampadaires. Son regard s'était voilé, il semblait parti loin, très loin de là…

Si Draco avait été éveillé, il aurait presque pu l'imaginer basculer en avant et tomber en bas.

Il aurait pu voir son corps se tendre et sa tête plonger tête la première dans le vide, le papillon bleu battant à toute vitesse contre son cœur…

Le passé rattrapait Harry.

Et avec lui… ses idées noires…

Et ce vicieux papillon qui s'était accroché à son cœur…

OoO

« Hors de question !

- C'est trop tard de toute façon !

- Je veux pas ! Tu peux toujours rêver !

- Harry ! »

Mais trop tard, le jeune homme s'était enfui dans sa chambre qu'il ferma à clé. Et Isaline eut beau frapper contre la porte et le menacer, Harry ne réagit pas, boudant comme un gosse de quatre ans.

« Ryry, t'as aucun rendez-vous, ta journée est terminée ! Alors tu vas arrêter de faire le bébé et tu vas venir avec moi !

- Je veux pas !

- Mais c'est que tu commences à me gonfler, espèce de sale gosse ! Je prends soin de ta santé et voilà à quoi j'ai droit : du caca boudin !

- M'en fous !

- Heu… Un problème ? »

Isaline, énervée, fit volte-face et Nymph' regretta amèrement la question qu'elle venait gentiment de poser, ne comprenant pas pourquoi ces deux-là gueulaient de cette façon. Surtout que Harry s'était enfermé dans sa chambre et ça faisait un petit bout de temps qu'il ne leur avait pas fait ce genre de scène.

La patronne poussa un soupir à fendre l'âme et se passa une main fatiguée sur son visage.

« Harry fait du boudin.

- Et pourquoi il boudine ?

- J'ai pris rendez-vous chez l'ophtalmo'. »

Nymph' ouvrit de grands yeux avant d'acquiescer et tourner les talons, l'air de dire : eh bah, bon courage à toi. La patronne grogna quelque chose comme « on est jamais aidé » et se demanda comment elle pourrait convaincre son neveu de sortir de sa chambre sans avoir à défoncer la porte, parce que mine de rien, la réparation n'était pas donnée, ou alors il fallait qu'elle bricole et elle n'avait pas envie de passer son après-midi sur une serrure pour un bête rendez-vous chez l'ophtalmologiste.

Elle se dit que Sirius n'était absolument pas une bonne idée, il braquerait encore plus Harry. Ce dernier avait horreur de l'ophtalmologiste parce qu'il lui tripotait les yeux, constatant à chaque fois que sa vue était mauvaise, et en plus, il devait changer de lunettes, ce qui relevait du parcours du combattant. La dernière fois que Sirius avait accompagné Harry à son rendez-vous, c'était limite s'il n'y avait pas eu une baston dans la boutique parce Harry refusait d'essayer ou d'acheter les paires de lunettes de Sirius qui voulait à tout prix lui faire abandonner ses lunettes rondes, ce qui, du point de vue d'Isaline, n'était pas une mauvaise chose.

Pendant quelques minutes, appuyée sur le battant de la porte, Isaline rumina jusqu'au moment où elle eut l'illumination. Comme une folle, elle dévala l'escalier puis attrapa le combiné du téléphone, composa un numéro écrit sur un des nombreux petits papiers épinglés sur le panneau de liège cloué au mur et attendit. Quelqu'un ne tarda pas à décrocher.

« Allô ?

- Beau blond, c'est Isaline. Tu vas bien ?

- Oui et toi ?

- Mieux si tu me disais que tu es libre cet après-midi.

- Alors tu vas te sentir mieux parce que c'est le cas. Pourquoi ? Tu as un problème ?

- Un énorme.

- Ah bon ? »

La voix de Draco sonna plus inquiète et Isaline eut un sourire ironique : évidemment, il ne pouvait pas avoir conscience du poids de ce problème. Ce n'était pas lui qui avait pris rendez-vous des mois à l'avance en hésitant à prévenir Harry avant le jour-même de peur qu'il lui fasse une crise de nerfs parce qu'il ne supportait pas qu'on lui mette de la lumière dans l'œil et qu'on lui répète qu'il avait une vue de merde.

« Ouais. Il a rendez-vous cet après-midi chez l'ophtalmo'. »

Isaline s'attendit à beaucoup de réactions venant de Draco et elle ne fut guère étonnée quand elle l'entendit éclater de rire au téléphone. Elle attendit que son hilarité passe avant de lui comprendre que, non, ce n'était pas rigolo.

« Sans rire, Draco, il faut absolument que tu me l'emmènes.

- Pourquoi ? Tu ne peux pas le faire ?

- Heu… En fait, je viens de lui apprendre qu'il a rendez-vous cet après-midi, à dix-sept heures. J'ai pas osé lui dire avant… Et là, il s'est enfermé dans sa chambre et il me fait du boudin. J'ai pas envie de défoncer la porte, ça va me faire du travail en plus, et encore, je suis pas sûre de le convaincre d'y aller.

- En gros, tu es désespérée et tu penses que personne d'autre que moi pourra le sortir de sa chambre et l'emmener là-bas ?

- Bah disons que si tu y arrives pas, je vais devoir employer la manière forte.

- C'est-à-dire ?

- Tu savais qu'il avait peur des grenouilles ?

- Non, pas du tout.

- Maintenant tu le sais. J'ai un ami qui en élève. L'autre fois, j'en avais lâchées quelques-unes dans sa chambre. Réussite garantie. »

Mais c'est quoi cette famille de fous…

« Mais tant qu'à faire, je préférerais éviter de tout laver. Comme il y avait une grenouille sur son lit, j'ai dû laver tous les draps avant qu'il accepte de s'y recoucher… La moquette y est passée, aussi, mais là, je l'ai carrément changée. Bref, tout ça pour dire que je préfère ne pas arriver à cette extrémité.

- Tu es sadique.

- Et alors ?

- J'arrive tout de suite. »

Et en effet, Draco ne tarda pas à arriver à bord de sa voiture qu'il gara comme d'habitude devant la porte du garage d'Isaline avant de sonner à la porte et être accueilli par la patronne en personne. Il monta les escaliers tandis qu'Isaline retournait dans la boutique pour travailler et toqua à la porte.

« Tata, laisse-moi tranquille !

- C'est moi, Harry.

- Oh non, putain…

- Langage, chéri. Tu peux m'ouvrir ?

- Nan ! Je sais pourquoi t'es là, et c'est hors de question que j'y aille !

- Arrête, ça ne peut pas être aussi terrible.

- Tu peux pas comprendre !

- Ce que je comprends, c'est qu'Isaline est prête à relâcher des grenouilles dans ta chambre si jamais tu n'y vas pas. D'ailleurs, tu ne m'as jamais dit que tu avais cette phobie.

- M'en fous, j'y vais pas !

- Harry, arrête de faire le gamin. Je te promets que je ne te ferai pas essayer toutes les paires de lunettes du magasin et qu'on prendra ce qui te plaira. Je t'ai déjà dit que je t'aimais avec tes lunettes rondes, donc si tu ne veux pas changer de monture, tu prendras les mêmes. Allez Harry, ouvre-moi la porte. »

Le blond attendit quelques minutes avant d'entendre le verrou tourner et la porte s'ouvrir. Harry apparut, la mine boudeuse, comme s'il venait de se faire avoir, ce qui n'était pas faux.

« T'es chiant. »

Draco lui fit un sourire angélique, puis se pencha vers lui pour planter un baiser sur ses lèvres. Mais quand il releva la tête, Harry semblait toujours boudeur.

« Ca change rien, ça. »

L'étudiant eut un petit rire puis entra dans la chambre, tandis que son petit ami fermait la porte derrière eux. Ils se retrouvèrent assis sur le lit et, histoire de détendre un peu son amant, Draco lui demanda d'où venait cette peur panique des grenouilles. Le blond en avait disséqué plus d'une et il ne voyait pas ce que ces bestioles avaient de spécial.

Harry eut un frisson de dégout et lui raconta que, quand il était plus jeune, Isaline les avaient envoyé, lui et Nymph', en vacances chez une de ses vieilles tantes parce qu'elle ne pouvait pas se permettre, à l'époque, de prendre quelques jours de congés et Sirius ne voulait pas qu'elle reste seule à Londres. A l'époque, Nymph' était en formation pour devenir tatoueuse et elle avait essayé de faire comprendre à Isaline qu'il valait mieux qu'elle reste avec elle plutôt que de partir, mais la patronne ne voulait pas que la jeune fille demeure à Londres mais plutôt qu'elle change d'air. Et, entre autre, qu'elle arrête de fréquenter un petit voyou qu'elle ne pouvait pas blairer.

Pendant un mois, Harry et Nymph' vécurent dans une vieille maison mal isolée et pas toujours très propre avec la tante d'Isaline, une femme un peu rude et sèche. Nymph' était une adolescente rebelle en passe de devenir majeur, et même si elle s'était assagie, elle ne pouvait supporter la rigueur de cette femme qu'elle ne connaissait pas, même si Isaline la suppliait presque de ne pas faire d'éclats.

« Je suppose que Nymph' n'a pas vraiment obéi.

- Non. Tata n'a pas toujours été tendre avec elle, mais Nymph' la respectait et elle savait que Tata ne voulait que son bien-être. Cette vieille me faisait peur, aussi, tu sais. »

Draco sourit en imaginant l'enfant que Harry lui décrivait, ce garçon qui baissait les yeux et se réfugiait dans les jupes de Nymph' à chaque fois que la bonne femme le reprenait parce qu'il parlait mal ou pas assez fort, parce qu'il faisait une faute de langue ou une petite bêtise.

Histoire de passer le temps, Nymph' allait souvent crapahuter dans le coin avec Harry sur les talons. Elle s'amusa avec les autres adolescents du village sans jamais se séparer de celui qu'elle présentait comme son petit frère. Entre autre, ils conduisirent un tracteur, montèrent sur une moto dont rien n'était d'origine et, surtout… ils allèrent pécher dans une rivière. En soi, cela n'avait rien de méchant. Ce jour-là, ils avaient prévu de faire du camping. Ils eurent la chance d'attraper quelques grenouilles dans la rivière. Harry n'aimait pas du tout ce genre de bestioles, et encore moins quand, le lendemain matin, il se réveilla dans la tente, seul, entouré de ces bestioles qui coassaient en le regardant avec leurs yeux vitreux.

« Non… T'as quand même développé une phobie à cause de ça ?

- Hey, j'avais neuf ans ! Et j'étais un garçon craintif, tu peux pas imaginer le choc quand j'ai vu toutes ces bestioles dans ma tente. Et le pire, c'est que les autres les ont fait cuire. Les français mangent les cuisses de grenouille. »

Draco ne put s'empêcher de rire en imaginant un mini Potter blotti dans les bras de Nymph' adolescente en train de regarder avec horreur les cuisses de ces batraciens rôtir au-dessus d'un feu de bois. Sachant pertinemment que l'autre se moquait de lui, Harry lui donna un coup de coude dans les côtes : ça n'avait rien de marrant, il avait été traumatisé !

« Et Isaline, elle la tire d'où, sa phobie des serpents ?

- Elle était partie en vacances avec ses parents chez cette tante et elle s'est fait mordre par une vipère.

- Tu peux la taquiner là-dessus, aussi.

- Ah ça non ! S'écria Harry. Théo a ramené un de ses serpents, un jour, et quand elle a vu la bête dans son salon, sa première réaction n'a pas été de fuir mais de la tuer. Draco, arrête de rigoler ! Théo était à deux doigts de la crise d'apoplexie, un peu plus et Sahara y passait… »

Même s'il essayait de rester sérieux, Draco ne pouvait s'empêcher de rire en imaginant Isaline avec un couteau de cuisine ou saisissant au vol sa lampe pour abattre, dans la panique, cette chose qui se trainait nonchalamment dans son salon.

Draco aimait bien quand Harry lui parlait de son enfance ou de ce genre d'anecdotes. Il avait l'impression de se rapprocher toujours un peu plus de son petit ami qui parlait bien plus librement de son passé qu'au début de leur relation. Draco n'avait pas ce genre de choses à lui raconter, son enfance était somme toute banale, et jamais il n'avait pataugé dans une rivière pour pêcher des grenouilles. Pas qu'il en aurait eu envie. Mais… cela aurait rendu son enfance moins… caricaturale.

« Bon jeune homme, on va se préparer et aller…

- Je suis vraiment obligé ?

- Tu veux que j'imite les grenouilles ou le message est passé ?

- Oh oui, imite-moi une grenouille !

- Harry, arrête de faire le gamin ! »

Mais Draco ne put faire le moindre geste pour se défendre : Harry attrapa ses poignets et le plaqua sur le lit, montant sur ses hanches. Ca avait l'air de le faire marrer, l'avoir ainsi sous lui et incapable de bouger. Harry avait trop de force pour que le blond puisse libérer ses poings, à moins de se faire mal, et ce constat l'exaspérait au plus haut point.

L'étudiant ferma les yeux quand le visage de son amant se rapprocha du sien. Il sentit une paire de lèvres toucher les siennes légèrement, puis plus franchement. Il répondit au baiser, entrouvrant les lèvres quand une langue taquine vint demander leur accès. Les deux jeunes hommes échangèrent un baiser des plus amoureux, le blond se laissant faire avec un plaisir non dissimulé, savourant le contact de cette langue qui jouait avec la sienne, l'électrisant par la tendresse dont elle faisait preuve.

Ce baiser faisait fondre Draco. Lui qui avait toujours aimé contrôler les baisers, il avait découvert avec Harry à quel point c'était bon d'être embrassé. Sa façon si passive de répondre à ses échanges, cette tendresse qu'il mettait dans cet échange… C'était bon à faire trembler son corps de frissons… Draco aurait voulu noyer ses doigts dans les cheveux noirs de son petit ami, mais il avait peur de briser ce moment presque magique, alors que ses poignets étaient pourtant libres, Harry les massant doucement.

Quand ils se séparèrent, un peu haletants et avec le goût de l'autre dans la bouche, ils se regardèrent intensément, droit dans les yeux. D'un geste un peu hésitant, Draco retira les lunettes rondes de Harry de sur son nez. Des lunettes qu'il ne trouvait pas très belles mais qui donnaient un air un peu gamin à son visage d'homme qu'il avait appris à aimer. Harry se laissa faire et son regard se troubla quand ses yeux ne furent plus cachés derrière les verres de ses binocles.

Pendant quelques instants, Draco put admirer la couleur verte des yeux de son petit ami. Un vert qui ne tirait pas vers le bleu ou le doré. Un vrai vert, couleur de menthe à l'eau, d'émeraude, d'herbe folle. Un regard intense quoiqu'un peu hésitant car le jeune homme ne voyait pas grand-chose, distinguant relativement bien le visage de l'étudiant allongé sous lui.

Il paraissait innocent, sans lunettes. Un peu comme si on avait retiré quelque chose de son visage. Il était toujours aussi beau, peut-être même plus qu'avec ses lunettes. Sans doute plus, même. Les lentilles lui iraient mieux que des lunettes, très certainement. Pourtant…

« Tu me préfères avec ou sans lunettes ?

- Je te trouve plus beau sans. Mais je te préfère avec.

- Tu m'as déjà sorti ça, un jour, dit Harry avec un sourire. Je te séduis plus avec ces trucs-là ?

- Bizarre, n'est-ce pas ? »

Le brun pouffa et le bond esquissa un sourire amusé. Son Harry, il avait des cheveux mal coiffés avec des mèches bordeaux et des yeux verts cachés derrière des lunettes rondes. Ce n'était pas un homme aux cheveux bien coupés qui retombaient le long de son visage qui portait des lentilles pour ne rien gâcher de son visage souriant. Son Harry, ce n'était pas un homme parfait, surtout concernant ses habitudes vestimentaires, mais c'était son homme à lui.

« On devrait y aller, dit le blond. Sérieusement.

- Si tu réponds à ma question.

- Vas-y, je t'écoute.

- Tu as déjà porté des lunettes ? Demanda Harry d'un air curieux.

- Jamais. J'ai une bonne vue et j'en prends soin, contrairement à certains. »

Alors que le blond s'appliquait à lui remettre ses lunettes en place sans lui faire mal, le tatoueur grognait que ce n'était pas sa faute s'il avait une vue pareille, c'était son père qui le lui avait transmise. Draco le garda pour lui, mais il pensa que vu le physique que son père lui avait laissé, il pouvait bien supporter cette petite imperfection.

Ils finirent par enfin se lever. Draco ouvrit la porte de l'armoire et se regarda dans la glace fixée à la porte, histoire de remettre ses cheveux en place et défroisser ses vêtements. Le tatoueur leva les yeux au ciel en le voyant faire et le blond lui dit sèchement que ce n'était pas parce que lui était mal fringué que l'étudiant devrait négliger sa tenue. Sans trop comprendre où il voulait en venir, Harry se regarda : un jean un peu grand qui lui tombait sur les hanches parce qu'il ne savait pas où était passée sa ceinture et un tee-shirt noir Nike© qui avait connu des jours plus… noirs. Bon, d'accord, Draco était une gravure de mode à côté de lui… mais en même temps, il devait bosser, il n'avait pas pensé à sortir hors de la boutique. Et on ne pouvait pas dire que les clients étaient sur leur trente-et-un, loin de là…

Ensemble, ils sortirent de la chambre et descendirent les escaliers avant de sortir de la maison. Draco lui proposa de prendre la voiture et Harry haussa les épaules : c'était soit la voiture, soit le bus. Le blond n'aimait pas le bus et il n'avait pas de titre de transport sur lui, alors ils décidèrent de monter dans le véhicule de Draco pour faire le trajet, assez court pourtant.

Le cabinet de l'ophtalmologiste, tenu par une charmante vieille dame, Mme Lepommier, fit froid dans le dos à Harry qui répugnait à s'y rendre à chaque fois que sa tante prennait rendez-vous. Draco lui attrapa le bras, voyant sa volonté déjà bien maigre fléchir, et le tira dans le hall du bâtiment. Puis, ils prirent l'ascenseur, même si le cabinet était à l'étage du dessus, parce qu'il était évident que jamais Harry ne pourrait monter les marches, se dirigeant alors vaillamment vers cette vielle bonne femme, qui pourtant n'avait rien de terrifiant.

Draco avait été chez un spécialiste une seule fois dans sa vie, et il devait avoir à peine treize ans. C'était une simple visite, sans véritable motif, et la personne qualifiée n'était pas désagréable. Et en même temps… il ne pouvait pas détester cette personne, étant donné qu'elle ne cessait de faire des éloges sur sa vue.

Ce ne fut pas le cas de Harry qui dut subir les remontrances plus ou moins cachées de Mme Lepommier qui le força à poser son visage contre des appareils de façon à prendre des photos de son œil et de bien le regarder sous toutes les coutures, avant de lui faire essayer des lunettes dont elle changeait les verres, lui faisant lire une série de lettres. Et Draco se rendit compte à quel point la vue de son petit ami était mauvaise, car souvent, il se trompait de lettres ou avouait à contrecœur que, après un changement de verre, c'était pire.

Draco finit par se demander si c'était vraiment une bonne idée de l'avoir suivi dans ce cabinet alors que le tatoueur lui avait demandé un peu timidement s'il ne préférait pas rester dans la salle d'attente. Son petit ami ne lui jeta pas un regard, concentré sur sa tâche, supportant plus ou moins les remarques de l'ophtalmologiste qui lui disait que son activité professionnelle et le temps passé devant l'écran de son ordinateur ne pouvaient l'aider à améliorer sa vue et qu'il devait donc se relaxer davantage les yeux. Et, aussi, penser à nettoyer ses lunettes ! Harry ne répondait rien, déjà assez humilié comme ça, et il ne dit que le strict nécessaire au spécialiste. Elle lui fit une ordonnance afin qu'il puisse se refaire faire des lunettes adaptée à sa vue : elle avait un peu baissée sur son œil droit, mais pas de quoi en faire une maladie. Puis ils sortirent du cabinet.

Une fois dehors, Harry poussa un soupir à fendre l'âme, apparemment aussi épuisé qu'énervé après ce rendez-vous qui n'avait pas été des plus agréables. Draco ne dit rien mais lui prit la main pour l'emmener dehors. Il ne savait pas vraiment quoi lui dire et il ne sut pas plus quand ils furent dans sa voiture. Harry fixait la feuille où étaient écris quelques chiffres, indiquant quel type de verre il faudrait utiliser pour ses prochaines lunettes. Finalement, le blond brisa ce silence pesant.

« Ce n'est pas une surprise.

- Pardon ?

- Tes verres. Ta vue a légèrement baissé, mais pas de quoi en faire un drame.

- C'est quand même humiliant quand on te dit pour la énième fois que tu as une mauvaise vue, tu sais, répliqua Harry. Je porte des lunettes depuis que je suis enfant et on me dit rarement que ma vue va bien.

- On ne va pas te mentir, Harry… »

Mais à peine commença-t-il sa phrase qu'il l'interrompit. Un rapide coup d'œil vers le brun lui indiqua qu'il semblait prêt à lui dire quelque chose de personnel, qui avait un peu de mal à sortir. Alors le blond attendit quelques secondes, le temps que son petit ami décide de lui dire ce qu'il avait vraiment sur le cœur.

« Oui, je sais… Mais… Quand j'étais petit, j'avais une mauvaise vue, et ma tante a mis longtemps avant de le comprendre. Elle pensait que j'exagérais quand je disais que je ne voyais pas… Et j'ai toujours gardé les mêmes lunettes. Mais je les cassais tout le temps, et je mettais du scotch autour en espérant que ça tienne… Mais qu'est-ce que tu veux, c'était une maison, et comme j'étais maladroit, je tombais souvent dans les escaliers… »

Un sourire amer orna ses lèvres. Draco eut un pincement au cœur, revoyant une photo de Harry quand il avait à peine cinq ou six ans, maigre dans ses vêtements trop grands, ses lunettes un peu rafistolées posées sur le bout de son nez.

Dans un geste qu'il voulut tendre, Draco posa sa main sur la cuisse de son petit ami, mais sans le regarder car il fixait la route. Ce ne fut qu'arrêté à un feu rouge qu'il tourna la tête vers le brun qui lui fit un sourire, caressant le dos de cette main blanche et peu abîmée par les années.

« C'est de l'histoire ancienne. Désolé.

- Tu n'as pas à t'excuser. »

Le blond passa sa main dans la tignasse mal coiffée de son petit ami, puis redémarra.

« Au fait, ils ne t'ennuient plus avec cette histoire d'héritage ?

- Ils ont essayé de contester le testament, mais ils ont échoué. J'ai vendu la maison à un vieux couple et l'argent est allé à une association pour la protection de l'enfance.

- Eh bien, ils n'ont pas dû être déçus, fit Draco d'un air admiratif.

- Que veux-tu que je fasse de cet argent ? J'en ai bien assez pour moi. Et puis… Je ne voulais rien de ma grand-mère. Je préfère tout donner.

- C'est généreux quand même, reconnais-le. Ah, nous arrivons. »

En effet, le centre commercial était visible. Draco s'engagea sur la droite pour entrer dans le parking et garer sa voiture. Quand il coupa le moteur, Harry poussa un gémissement : venait l'étape la plus terrible, celle où il devait choisir ses nouvelles lunettes. Direction Optic 2000…

Il y avait un peu de monde dans la boutique de lunettes, ce qui permit à Draco de s'occuper personnellement du cas de son petit ami sans que personne ne vienne les déranger, et autant dire que ce fut compliqué. Les lunettes rondes, il y en avait, mais les montures lui paraissaient toutes plus hideuses les unes que les autres, alors que quand son amant les mettait sur son nez, bizarrement, ça allait… Il se dit qu'il était condamné à sortir avec un homme qui portait des lunettes rondes comme des rapporteurs et ne voulut pas lutter, comme n'importe qui de sensé l'aurait pourtant fait.

Cela dit, alors que son petit ami était soulagé parce qu'il n'avait pas passé des heures à choisir des lunettes, Draco ne pouvait s'empêcher de regarder les autres montures et ses yeux s'arrêtèrent sur une paire aux verres ovales.

« Harry ? Fit le blond en prenant la paire sur le présentoir.

- Hm ?

- Tu voudrais pas essayer ça ? Continua le blond en lui tendant les lunettes.

- Ah non ! Tu as promis ! Objecta le tatoueur avec un regard affolé.

- Allez, juste une. Pour voir. »

Harry croisa les bras et le regarda d'un air peu avenant, têtu comme une mule, mais il finit par céder devant le regard de son petit ami qui eut un petit sourire victorieux quand Harry enfila les verres.

C'étaient des lunettes simples aux verres ovales entourés d'un métal noir. Le changement n'était pas renversant, mais il fallait avouer que ça lui allait bien. Draco décida d'être franc.

« Ca te va très bien.

- Non.

- Tu ne t'es même pas regardé…

- J'aime pas.

- Regarde-toi, au moins ! »

Un vrai gamin, celui-là…

Harry tourna la tête et jeta un regard peu avenant au miroir, se décortiquant le visage avec un sens critique plus que relevé. De son côté, Draco soupirait : Harry était quelqu'un qui n'aimait pas le changement, en particulier sur sa personne, il était donc inutile d'insister sur ce point-là.

Et pourtant…

« Tu trouves vraiment que ça me va bien ? »

Le tatoueur tourna la tête vers son petit ami et le regarda en haussant un sourcil, l'air peu convaincu. Le blond vit là une ouverture, sans pour autant nourrir de vrais espoirs.

« Oui.

- Je croyais que tu m'aimais bien comme j'étais.

- C'est le cas, mais j'aime bien aussi avec ces verres-là. Mais ne te prends pas la tête. On va prendre les lunettes que tu as choisis et on va rentrer, d'accord ? »

Harry tourna à nouveau la tête vers le miroir, semblant hésiter. Draco se mit derrière lui et croisa son regard à travers la glace.

« Tu es bien comme tu es. Ne change rien.

- Mais tu aimes bien.

- Le plus important, c'est que tu te sentes bien comme tu es.

- Je vais les prendre.

- Harry…

- Viens, on va reposer l'autre paire. »

Et ce fut ce qu'ils firent avant que leur numéro ne soit appelé et qu'une jeune femme ne vienne s'occuper d'eux. Draco avait du mal à croire que Harry se laisse faire aussi facilement et il ne manqua pas de le lui faire remarquer quand ils se retrouvèrent dans la voiture, une fois les lunettes commandées et les frais réglés. Harry haussa les épaules : il n'avait jamais cédé aux supplications d'Isaline, Sirius, Nymph' et même Cédric parce qu'il n'était qu'une tête de mule, mais il avait envie de lui faire plaisir. Le cœur du blond se mit à battre la chamade en réalisant ce fait : Harry avait refusé de changer de lunettes quand Cédric le lui avait demandé. Même si c'était puéril, Draco ne put s'empêcher d'être fier de lui.

« Mine de rien, depuis qu'on se connait, tu as fait des efforts.

- Mouais… Toi aussi, remarque.

- Pardon ?

- Tu n'es plus horrifié par la taille de mes pulls. Tu en enfile parfois à la maison. »

Bêtement, Draco rougit et Harry eut un grand éclat de rire. L'étudiant tenta de se recomposer un visage plus sérieux en bougonnant, refusant de reconnaître que, en effet, les vêtements de Harry étaient chauds et confortables. Mais, surtout, il se refusait à avouer qu'il le mettait aussi par-dessus ses vêtements parfois parce qu'ils portaient son odeur. Il passerait pour une midinette s'il disait ça…

Il préféra donc se taire alors que Harry, confortablement assis dans le siège passager, comptait sur ses doigts toutes les choses que Draco avait pu faire depuis qu'ils se fréquentaient et qui était indigne de son rang, tels que se laisser aller entre ses bras ou encore…

Draco ramena Harry chez lui et accepta de le suivre à l'intérieur, histoire de terminer leur après-midi ensemble. En entrant, ils passèrent devant la cuisine et, là, Draco Malfoy, du haut de ses vingt-deux ans, écarquilla les yeux de stupeur. Harry, voyant qu'il n'était pas suivi, se retourna et ne comprit pas quand il vit le regard halluciné de son petit ami. Il fit quelques pas et manqua d'éclater de rire en voyant l'état de la cuisine.

Quasiment chaque année, Sirius organisait ce qu'il appelait une « Soirée Star Wars ». Fan de cette série et de son univers, il organisait tous les ans une petite soirée où ils regardaient un des films, en famille, autour d'une sorte de pique-nique posé sur la table basse du salon. Et, chaque année, Sirius faisait des pieds et des mains pour convaincre Isaline de lui faire un gâteau.

Et là, les mains sucrées et le regard sévère, elle s'évertuait à recouvrir de pate d'amande bleue ce qui ressemblait beaucoup à un robot R2D2. De la pate d'amande blanche trainait encore dans un bol et de la bleue était étalée sur la table, découpée en morceau, attendant patiemment que la patronne fixe les bouts sur l'androïde. Non loin d'être, les sourcils froncés, Teddy décorait méticuleusement des gâteaux au chocolat qui semblaient faits maison bien qu'ils soient entourés de papier comme dans les magasins.

Soudain, Isaline se rendit compte qu'elle était observée. Le plus naturellement du monde, elle demanda :

« Y'a un problème ? »

Mise à part que tu es en train de recouvrir de pate d'amande ce qui ressemble beaucoup à un robot de science fiction, non, tout va bien.

« C'est quoi, ça ?

- Ca ? Bah écoute beau blond, chez moi, on appelle ça un gâteau.

- Hm Dray, je peux tout t'expliquer.

- Draco ! Regarde ! »

Teddy, fier comme tout, tendit un gâteau au chocolat à Draco qui entra alors dans la cuisine et prit la pâtisserie dans sa main. En fait, le petit garçon mettait sur les gâteaux une sorte de chocolat très noir, découpé et recouvert de traits blancs de façon à ressembler à la tête de Dark Vador. Des sabres lasers rouges et sucrés se croisaient dessous. Cette fois-ci, Harry éclata de rire en voyant la tête de son amoureux alors que Teddy le regardait d'un air dubitatif.

« Pas beau ?

- Si, c'est très beau, Teddy. »

Le petit garçon sourit et lui dit qu'il pouvait le manger, s'il voulait. Mais pour le moment, la priorité de Draco n'était pas de manger la pâtisserie mais plutôt de comprendre pourquoi donc Isaline s'amusait à créer un tel gâteau, et surtout, comment elle avait pu cuisiner cette tour dans son petit four.

« Bon, je t'explique, fit la patronne en soupirant. Il se trouve que le type qui sert de parrain à ton copain est un fana de Star Wars et, comme chaque année, il est venu me bassiner les oreilles pour que je lui fasse un gâteau pour la soirée qu'il organise ce soir.

- Et, bien sûr, elle a accepté, ajouta perfidement Harry.

- C'était donc ça, la bonne odeur de tout à l'heure…

- Et ouais, je cuisine depuis ce matin ! Tu peux pas savoir le temps que ça prend, ces choses-là…

- Je ne savais pas que tu savais faire des gâteaux pareils… »

Une ombre passa sur le visage d'Isaline.

« Draco, je crois que t'as pas encore bien saisi dans quelle famille tu viens d'entrer.

- Une année, Nymph' lui a demandé une manette de Nintendo et Sirius un hamburger.

- Oh Harry, toi tu m'as demandé un gâteau en forme de guitare, alors pouet pouet ! »

Draco, à court de mots, retira le papier blanc du gâteau et mordit dedans, ce qui fit rire Isaline et Harry. Le brun l'embrassa sur la joue, glissa son bras autour de sa taille et lui dit qu'il s'y ferait. Le blond haussa les épaules : Isaline était décidément une femme pleine de ressources.

« Et tu as réussi à faire cette chose avec ton four ?

- Il est vieux comme le monde, mais je peux tout faire avec ! Il est bon, mon gâteau ? Et est-ce que c'est ressemblant ? Lui demanda-t-elle en montrant son androïde.

- Oui, très bon. Et c'est ressemblant. Mais tu as l'habitude, non ?

- Bah y'a deux ans, j'ai fait une tête de Yoda et l'année dernière, c'était un vaisseau. J'ai un peu perdu la main. »

No comment.

« Bah tiens, tu veux pas venir ? Y'aura Remi et Allan aussi. Et puis Nymph', Remus… La totale quoi. T'inquiète pas, mon R2D2 est comestible. »

Draco réfléchit quelques secondes avant de lui dire qu'il vaudrait mieux, dans ce cas, passer chez lui pour prendre quelques affaires pour le lendemain. S'il n'avait pas eu cours, il ne serait pas rentré, vu qu'il laissait toujours quelques vêtements dans l'armoire de Harry et une brosse à dents. Il était presque chez lui, dans cette maison. Isaline haussa les épaules et revint à son gâteau alors que Harry lui disait qu'il vaudrait mieux partir tout de suite.

Ils repartirent donc et revinrent une petite heure plus tard avec les affaires de Draco, ayant un peu trainé en route à cause de la mère de l'étudiant, retenue en Ecosse, qui appela son fils pile au moment où ils comptaient partir. Draco prit donc de ses nouvelles, demandant si son père allait bien et si son grand-père était de mauvaise humeur due à l'absence pourtant annoncée et évidente de son petit-fils. Narcissa lui répondit que la seule fois où elle avait vu ce vieux monsieur de bonne humeur, ce fut quand son fils lui annonça qu'il rompait leurs fiançailles. Draco pouffa et sa mère, complice, ajouta que c'était bien dommage que son fils n'ait pas vu la tête de Malfoy Senior quand Lucius lui avait annoncé que, en fait, il aimait trop son ancienne fiancée et il voulait l'épouser.

Assis dans la voiture, Harry s'étonna beaucoup quand il entendit son petit ami lui raconter cela. Jamais il n'aurait cru que ses parents avaient rompus leurs fiançailles, notamment parce que ni l'un ni l'autre ne supportaient leurs beaux-parents respectifs. Il pensait que c'était un couple assez soudé et, vu leur milieu social, leurs parents auraient dû être contents de leur union.

« Mon père ne supporte pas ma grand-mère, il ne l'aime bien que quand elle se tait, ce qui arrive rarement, et je sais qu'elle ne l'aime pas non plus parce que ma mère est sa fille préférée, et il la lui a prise.

- Et pourquoi ta mère n'aime pas le père de ton père ?

- Parce que c'est un vieux ronchon jamais content qui n'aime pas quand on ne suit pas ses idées et encore moins quand on le contredit ouvertement, et ma mère n'a pas sa langue dans sa poche. En plus, mon père est fils unique, alors le choix de sa future femme était très important. »

Le mariage de ses parents était souvent passé pour un mariage d'intérêt parce qu'ils venaient de famille fortunées et montraient peu de signes d'affection en public. Cela dit, tous deux s'aimaient sincèrement et ils se le montraient, d'une certaine manière. Lucius avait finalement refusé à épouser Narcissa à cause de son père, des tensions de son travail et des disputes continuelles avec sa future belle-mère et donc de sa fiancée, mais désirant fonder une famille et amoureux de cette femme qui lui correspondait si bien, il avait fini par s'imposer et envoyer valser tous ceux qui s'opposaient à leur union.

« Mais les relations entre mon grand-père et ma mère se sont détériorées quand il a appris que j'étais bisexuel. Pour lui, ma mère a engendré un pédé. Mon père a beau lui dire que, tout ce qu'il veut, c'est que je vive heureux avec la personne que j'aime, et donc accessoirement qu'il a aussi participé à ma naissance, mon grand-père fait porter tous les tors à ma mère.

- Elle doit être malheureuse…

- Bof. Tu sais, je crois que ça l'amuse de passer pour la coupable de ma bisexualité : au moins, elle a de bonnes raisons pour riposter aux pics de mon grand-père, et même si mon père ne le montre pas, je suis sûr qu'il doit trouver leurs disputes divertissantes. »

Harry rigola, imaginant Lucius Malfoy confortablement assis dans un canapé en tissu, les jambes croisée, une main tenant une soucoupe et l'autre une tasse de thé portée à ses lèvres, regardant avec intérêt son épouse et son père se crêper le chignon.

« On ne choisit pas sa famille, énonça Harry d'un air philosophe.

- Non, on doit faire avec. Mais je vis en France, donc je ne les ai pas dans les pattes. »

Ce n'est pas faux, pensa Harry en regardant par la fenêtre. Il se dit que jamais la famille de Draco ne l'accepterait, mis à part ses parents, mais son petit ami ne semblait pas du tout se soucier de cela, fuyant ses grands-parents et tout ce qui s'y apparentait, chérissant sa vie parisienne. Et ce n'était pas Harry qui allait s'en plaindre : s'il avait dû se faire accepter des Black et du vieux Malfoy, il aurait fini par jeter l'éponge, malgré sa volonté.

Quand ils revinrent à la boutique, Isaline en avait terminé avec son gâteau. Entre temps, après un long débat intérieur, elle avait décidé de mettre son gâteau dans la cave où il faisait frais, ce qui n'était pas le cas de la cuisine et son réfrigérateur n'avait pas une taille industrielle. Draco déposa ses affaires dans la chambre de son amant qui entreprenait de commencer le rangement de la boutique. Le blond les aida un peu afin d'aller plus vite, puis ils se rendirent chez Sirius et Severus.

La soirée fut agréable et intime. Ils dînèrent dans le salon, Sirius entreposant des choses sur la table basse où tout le monde pouvait se servir. La pièce était assez grande et meublée simplement mais avec goût. Nymph', Remus et leur fils unique furent bien sûr de la partie, Rémi et Allan également. Le grand canapé en angle droit et le fauteuil furent investis par les invités et on ramena des chaises par manque de place. Le repas fut bon, fait de grignotage, mais Sirius s'était vraiment investi dans ses nombreux petits fours, certains découpés en forme d'étoiles. Il avait également pris un choux, l'avait coupé en deux et avait planté sur la surface ronde des pics avec au bout des tomates cerises, créant une sorte de tortue avec une tête et des pattes. Des carottes, des dés de fromage, du saucisson…

Avant de lancer le film, on amena le gâteau et tout le monde siffla, ou explosa de rire, quand Isaline et Sirius amenèrent l'androïde sur son plateau argenté, alors que Nymph' posait sur la table les petits gâteaux au chocolat décorés par son fils avec les têtes de Dark Vador. Allan manqua de s'étouffer avec son jus d'orange quand il vit la grande pâtisserie et Harry dut lui taper dans le dos pour qu'il reprenne son souffle, pleurant à moitié de rire. Les petits gâteaux Dark Vador firent aussi leur effet. On prit des photos de R2D2, Isaline admirant fièrement avec son filleul son gâteau. Puis, Nymph' et Sirius entreprirent de le massacrer, pardon, de le découper dans toutes les règles de l'art, armés des plus grands couteaux qu'ils purent trouver. Malgré lui, pourtant confiant dans les talents de cuisinière d'Isaline, Draco hésita à prendre l'assiette que Teddy lui présentait, peu attiré par cette montage de pate d'amande blanche. Pourtant, il ne fut guère déçu, le gâteau était bon.

Ils passèrent le reste de la soirée devant le quatrième film de la saga, parce que c'était le préféré de Sirius. Harry, assis sur le canapé, se blottit contre Draco qui entoura ses épaules de son bras, l'accueillant contre lui, alors que tout près d'eux, Isaline était encadrée par Rémi et Allan, le premier l'enlaçant pour l'avoir près de lui et le second pelotonné contre sa belle-mère. Sur le seul fauteuil du salon, Severus était installé avec son amant assis sur lui, tous deux à l'aise dans cette position qui aurait pourtant pu être inconfortable. Enfin, sur un amoncellement de cousins et de couvertures, Remus était assis par terre, le dos contre le canapé, vu que Harry avait replié ses jambes, sa femme entre ses cuisses et son fils blottit contre elle.

Pendant quelques instants, Draco eut l'impression de regarder la scène sans être totalement dans son corps. Le salon était plongé dans la pénombre, seule la télévision à écran plat éclairait leurs visages et les meubles de la pièce. Ce moment passé ensemble était assez intime, familial. Jamais il n'avait regardé quelque chose à la télévision avec ses parents, encore moins un film tel que Star Wars. Il n'avait jamais été passionné par cet univers mais il devait avouer que regarder ça avec tous ces gens autour de lui, entendre les commentaires d'Isaline et Nymph', Allan qui en rajoutait une couche, les rires étouffés de Rémi, Severus et Remus et les protestations de Sirius, cela donnait une autre connotation au film, cela lui attribuait un souvenir à la fois banal et sentimental.

D'une certaine manière, il avait l'impression de faire partie d'une famille. Personne n'avait semblé étonné en le voyant là, alors qu'il s'invitait sans demander l'autorisation à Sirius. Ce dernier l'avait accueilli comme si c'était normal qu'il soit là et ils avaient plaisanté avec le même naturel. Nymph' lui avait ébouriffé les cheveux, Isaline s'était goinfrée avec lui de petites tartines de rillettes de saumon, Severus lui avait parlé des partiels…

Avec Harry, Draco avait gagné cette famille qui l'acceptait et le voyait comme un membre à part entière de leur groupe, et il savait que si un jour, par malheur, il se séparait de Harry, il souffrirait beaucoup de perdre tout cela. Et en même temps, tous deux en avaient déjà parlé : s'ils devaient se séparer, il y aurait peut-être des pleurs et des cris, mais pas de déchirure. Ils ne feraient pas tout pour pourrir la vie de l'autre. Draco était un homme important pour Harry : il pouvait tout lui dire et il l'avait aimé, il ne voulait pas détruire leur complicité. Et quant au blond, perdre la famille du tatoueur lui ferait beaucoup de mal.

Alors ils seraient intelligents, respectueux.

Mais ils se refusaient à imaginer un tel moment. Ils s'aimaient, ils avaient confiance l'un en l'autre, et pas une seule seconde ils n'imaginaient un avenir différent que celui qu'ils prévoyaient, à savoir une vie de couple, dans un appartement ou dans une petite maison. Harry voulait acheter, Draco aussi, mais pas loin de la boutique.

Enfin… ils n'y étaient pas. Pour le moment, Draco était toujours étudiant, et il était en train de regarder Star Wars en grignotant un gâteau Dark Vador, alors que son petit ami mangeait une énième part de R2D2.

OoO

« Et celui-ci, qu'est-ce que tu en penses ? … Non, j'avoue, pas terrible. Et celui-ci ? C'est mignon avec le p'tit champignon rouge et blanc au bout ! … Et celui avec… Putain de merde Harry ! Tu peux pas rester sérieux deux minutes ? »

A ces mots, le pauvre Harry explosa de rire, rapidement suivi par sa cliente qui se cachait la main devant sa bouche pour tenter de cacher son hilarité, mais le tatoueur en était incapable, tenant son appareil et son autre main étant recouverte d'un gant en latex. Rebecca lui lança un regard mauvais et se désintéressa de lui, grognant un « espèce de pédé prude qui connait rien à l'érotisme ». A ses mots, ils rirent de plus belle alors qu'Isaline haussait un sourcil perplexe.

« Bon, revenons à nos moutons. Nous disions…

- Personnellement, je ne disais rien. C'est toi qui parlais.

- Ca revient au même !

- Et entre nous, je pense pas que ce soit un bon endroit pour vendre ta merde.

- Ma merde ? S'étrangla la bonne femme, carrément outrée. Mais ce sont des objets d'art ! D'art !

- Oui ça va, j'ai compris ! »

Rebecca lui mettait quasiment sous le nez sa came et autant dire qu'Isaline ne voulait pas ne serait-ce qu'effleurer ces choses que son ancienne cliente osait appeler préservatifs. Cette femme travaillait dans un sex shop et, apprenant qu'Isaline avait un amant, venait lui proposer quelques échantillons en espérant en faire une de ses propres clientes, mais elle ne semblait pas du tout intéressée par ses condoms.

« Regarde celui-là ! Il est mignon avec le petit chapeau au bout ! Ou celui-là avec le ballon de foot…

- Mon copain est plutôt rugby…

- Ah merde, j'ai pas ça en stock… Et l'éléphant ? »

Elle lui montra ledit préservatif avec, en effet, un éléphant sur le bout et les yeux d'Isaline se révulsèrent. Elle devait être vieux jeu car elle ne voyait pas en quoi enfiler ce truc sur l'engin d'un homme et se faire pénétrer était érotique. Pas plus que le petit chapeau ou le ballon de foot…

« Et celui-là ? Il est génial !

- Ah non !

- Harry, la ferme ! »

En fait, il n'avait rien dit, mais Rebecca l'entendait encore rire comme une baleine derrière elle, incapable de reprendre son travail malgré toute sa volonté. En face d'elle, Isaline avait tourné la tête sur le côté, tout simplement écœurée par cette chose noire à picots rouges que son ancienne cliente osait lui montrer. Oui, elle devait être vieux jeu, il n'y avait pas d'autres explications…

« Oh, arrête un peu de jouer la sainte nitouche ! Si tu veux des trucs plus simples, j'ai des fluos aussi.

- Sabre laser !

- Harry ! »

… Pas faux.

« En fait, je n'ai besoin de rien, moi ! C'est toi qui essaie de me vendre tes trucs, mais j'en ai pas besoin pour avoir une vie sexuelle !

- Mais c'est pour épicer cette vie sexuelle que je te propose ces trucs, comme tu dis ! Ton mec va se lasser, si… »

Cela ne faisait pas si longtemps que ça qu'elle fréquentait Rémi, mais Isaline était prête à mettre sa main à couper que jamais, même avec beaucoup de volonté et du chantage affectif, elle ne parviendrait à lui faire enfiler un de ces préservatifs.

« Ecoute Rebecca, tu sais que je t'aime bien, mais franchement, j'ai pas besoin de ça. Alors maintenant tu me ranges toutes ces conneries ou sinon on va croire que j'ai reconverti cette boutique en sexshop.

- C'est bien dommage, je suis sûre que tu aurais de la clientèle », fit-elle avec un sourire entendu.

Isaline leva les yeux au ciel. Elle connaissait Rebecca quasiment depuis qu'elle s'était installée à Paris. Cette femme voulait se faire tatouer une fresque un peu hard rock sur le bras et, à peine son tatoueur commença-t-il un vieux micro sur son épaule qu'il rata déjà le dessin. Furieuse, la femme d'une trentaine d'années changea de tatoueur et tomba sur cette petite boutique tout juste ouverte. Après quelques regards sur les photos de leurs « albums », elle demanda à Isaline de réparer les dégâts, si c'était possible, et elle s'en sortit très bien. Très professionnelle, la patronne charma aussitôt Rebecca qui se fit tatouer une bonne partie de son corps dans le salon.

En somme, Rebecca aimait bien cette femme qui avait une bonne dizaine d'années de plus qu'elle mais qui les portait très bien, restant assez jeune dans sa tête, et surtout, incroyablement douée avec ses mains. Elle enviait son travail et sa façon de le mettre en œuvre, de faire de telles œuvres d'art sur la peau de ces femmes et de ces hommes. Alors même si elle n'avait pas en tête un nouveau tatouage, elle venait de temps en temps discuter à la boutique, et accessoirement, proposer ses produits à la patronne qui refusait obstinément de lui acheter un vibromasseur, qui lui ferait pourtant oublier son célibat, ou des préservatifs amusants.

Qu'est-ce qu'elle était vieux jeu…

« Bon Rebecca, si ton seul but est de me vendre ces choses-là, tu peux rentrer chez toi. A moins que ce soit juste une petite blague.

- Harry, tu serais pas intéressé ?

- Alors là non.

- Quoi ? Tu mets pas de capotes ?

- Mon copain ne serait pas intéressé. »

Ou, plutôt, Harry serait incapable de rester sérieux une seconde si jamais Draco osait porter ce genre de choses. Cela dit… La tête de Draco serait hilarante si Harry lui proposait ce genre de préservatifs… Mais ce n'était pas vraiment le moment de le taquiner avec ça.

« Oh la la, vous êtes pas marrants !

- Allez avoue Rebecca : t'as des problèmes financiers.

- Bingo. Si jamais les ventes de la boutique ne s'arrangent pas, je risque de me retrouver à la porte, et va retrouver un travail quand t'as bossé dans un sexshop. Et en plus, j'ai aucune formation, j'ai trouvé ce boulot grâce à un pote. J'essaie de postuler autre part mais c'est pas facile, crois-moi. Si ça continue, je vais me retrouver caissière chez Carrefour… »

D'une, Isaline ne voyait pas pourquoi Rebecca grimaçait en pensant à cette optique car ce n'était pas un métier dégradant, et de deux, dans le cas où être hôtesse de caisse était en effet un métier stupide, elle ne savait pas si vendre des jouets intimes était plus valorisant que de biper des articles devant des lasers rouges.

« Bref, tout ça pour dire que je suis dans la merde.

- Et tu t'es dit : Tiens, et si j'allais vendre des préservatifs à Isaline ! T'as de ces idées, toi…

- T'inquiète pas, t'es pas la seule que je suis allée voir. J'ai fait le tour de mes potes, je suis allée chez un autre tatoueur que je connais bien, et puis je…

- C'est bon, j'ai compris ! »

En somme, elle était allée dans tous les lieux louches qu'elle connaissait et elle avait fait le tour de ses amis pour essayer de vendre un peu de sa came. Harry se fit la réflexion que cette cliente était vraiment louche et il n'en voudrait pas pour amie, et en même temps, il y avait un petit quelque chose chez elle qui n'entraînait pas une répulsion pourtant compréhensible.

Ils en voyaient de toutes les couleurs, dans cette boutique : les bikers amoureux de leur moto, les gothiques aux idées noires, des étudiantes curieuses, des passionnés de tatouages… Ce travail requérait un certain sens de la communication et de la répartie. Il leur arrivait de faire face à des pervers, à des timbrés, des originaux… Cela faisait partie du charme du métier, et ils en avaient vu, des spécimens. Le tout était de ne pas les juger, ou du moins, d'accepter leurs particularités dans la limite du possible.

Cette boutique était à la fois spécialisée dans les tatouages et les piercings, ce qui attirait plus de clients : une personne venant se faire tatouer pouvait être attirée par un piercing et vice versa. Cela aussi leur permettait de rencontrer encore plus de clients : vendre des écarteurs de huit centimètres ou se faire placer des piercings au creux des seins ou sur les pommettes avaient beau les étonner à chaque fois, cela faisait partie de leur business et ils s'efforçaient d'accepter tout cela. Même si Harry avait du mal à comprendre en quoi se faire des piercings sur les côtes et les relier par un ruban pour former une sorte de bustier était quelque chose de beau… Nymph' soutenait que c'était vraiment joli, Harry fronçait le nez.

Rebecca faisait partie de ces clients un peu particuliers avec son écarteur à l'oreille droite, son piercing à l'arcade gauche et ses multiples tatouages. Et contrairement à la plupart des gens, les tatoueurs de la boutique ne la regardaient pas vraiment et écoutaient ses bavardages sans les prendre au premier degré, parce qu'ils en avaient vu trop pour s'en formaliser.

« Bon ma grande, c'est pas que tu m'ennuies, mais j'ai un rendez-vous dans moins de cinq minutes.

- Donc je dois m'en aller.

- C'est une bonne conclusion.

- Et tu dois lui tatouer quoi, à ton client ?

- Un dragon sur l'épaule droite.

- Quelle originalité… »

Rebecca soupira et se leva. Elle dit « au revoir » à tout le monde et s'attarda sur Harry, regardant le bras de sa cliente : le jeune homme dessinait une branche de cerisier et des fleurs d'une belle couleur bordeaux le long du bras de la femme. C'était du beau travail, il fallait le reconnaître.

Ils étaient doués, tout de même, ces tatoueurs…

OoO

Sur son bureau, un tas de photos étaient étalées. Le plus souvent, des clichés sur du papier glacé, mais il y avait aussi quelques photocopies de coupures de journaux.

Tant de documents accumulés… C'était bien son genre, ça. A chaque fois qu'il voulait des informations sur quelqu'un, il faisait appel à des détectives privés et il étalait à chaque fois les photographies du dossier sur son bureau, les triant : les compromettantes, les familiales…

Cette fois-ci, il n'avait pas trié. Ou plutôt, il avait essayé, mais il n'avait pas réussi.

C'était étrange. Jamais il n'avait enquêté sur quelqu'un qu'il connaissait ou ayant un lien avec sa famille. Jamais il n'aurait pensé faire des recherches sur Harry Potter, déjà parce que jamais il n'aurait cru qu'il puisse un jour sortir avec son fils, et aussi parce qu'il estimait savoir assez de choses sur son enfance pour ne pas avoir à chercher autre chose.

Autrefois, Lucius Malfoy avait enquêté sur Isaline Anderson, et sur son ancien bureau à Londres, en compagnie de sa femme, il avait étalé les photographies. Elles montraient une enfant apparemment épanouie, malgré le travail de son père, qui cachait derrière son sourire des blessures qui ne guériraient sans doute jamais et qu'elle accepterait comme faisant partie intégrante de son être. Il y avait aussi l'adolescente qu'elle avait été, un peu rebelle, pas bien habillée et qui se faisait déjà des mèches noires dans ses cheveux bruns, flanquée de James Potter, Lily Evans, Remus Lupin et Sirius Black, parmi tant d'autres. Enfin, ils montrèrent une femme-enfant plus sérieuse, dirigeant une entreprise au bord de la faillite, alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Une femme qui tentait de sourire sur les photos, malgré la mort de ses amis, l'enfermement d'un autre, et enfin le décès d'un père qu'elle avait tendrement aimé et pour qui elle avait sacrifié une partie de sa vie, pour quelques années à peine.

Cette femme lui avait fait pitié, d'une certaine façon, car Lucius pensait qu'elle n'avait pas un mauvais fond, bien au contraire, et qu'elle avait souffert alors qu'elle aurait sans doute mérité mieux. Dans le cadre de l'enquête, il avait aussi appris qui était cet enfant qu'elle avait recueilli : Harry Potter. Victime de sévices, c'était un enfant battu qui parlait très mal, avec des difficultés scolaires importantes car peu intelligent, maigre et avec des lunettes. Un enfant maltraité, en somme, qui lui avait fait pitié, aussi : il avait grandi dans un placard à balais et n'en était sorti qu'avec l'intervention de cette femme qui deviendrait sa mère. Cependant, tout cela ne l'empêcha pas d'agir : il devait récupérer Nymphadora.

Des années plus tard, il découvrit un homme de vingt-et-un ans, pas spécialement grand mais bien bâti, avec des cheveux toujours aussi mal coiffés, des yeux verts et des lunettes rondes sur le bout du nez. C'était vraiment un beau garçon, bien que tatoué et pratiquant ce métier peu recommandable. Cela dit, il n'avait jamais manqué de respect au père de Draco, ni à sa mère d'ailleurs, bien que sa politesse, au début, soit plus que forcée.

Qui aurait pu croire que Lucius en viendrait un jour à enquêter sur lui et sur son ex-petit ami, Cédric Diggory ? Qui aurait pu croire qu'il serait là, dans son bureau, avec son épouse devant les photographies, à les regarder avec des yeux douloureux ?

Personne. Et surtout pas lui.

Pourtant, il était évident que Lucius devait agir : le petit ami de son fils était harcelé par son ex, il était évidement qu'il devait faire quelque chose. Il appréciait Harry, même s'il ne le montrait guère, et il rendait son fils heureux. Alors il avait cherché qui était cet homme, et son lien avec Harry.

Les photos étaient diverses. Un bébé souriant aux anges avec la bouche luisante de bave, un petit garçon chétif avec parfois un air un peu bête, avec des lunettes rafistolée. Un enfant entouré par un oncle et un cousin obèse et une tante rachitique… Harry était un intrus. Il n'avait rien à faire dans cette famille de cachalots qui levait la main sur lui et l'enfermait dans un petit placard sous l'escalier, comme le montrait une des photos prise pendant l'enquête, des années auparavant.

Il y avait aussi l'adolescent qui avait mûri. Un Harry de dix, treize, seize ans. Un garçon qui grandissait, au milieu d'une famille de bras cassés mais unie. Il souriait dans les bras de sa tante, cramponné sur le dos de son parrain ou plaquant Nymph' sur le canapé.

Et il y avait aussi…

Et surtout…

Un gamin allongé dans un lit d'hôpital, blanc comme la mort, regardant vaguement le plafond, avec des coups visible sur son visage amaigri et sur ses bras fins comme les branches d'un jeune arbre. D'autres clichés, ce même garçon méconnaissable. Il s'était coupé les cheveux à ras à cause d'une blessure à la tête qu'il avait subie. Rien de grave, à peine quelques points de suture, mais au lieu de couper ses cheveux sur un côté, il avait tout rasé. Ses yeux verts étaient éteint, il ne souriait pas, et regardait souvent devant lui sur les clichés. Parfois, il était debout, nageant dans des vêtements trop grands pour lui, se tenant à sa tante comme à une canne.

Ce n'était plus le même garçon. En résumé, il avait été séquestré pendant un mois et il avait été battu. Souffrant de claustrophobie, qui ne le gênait pourtant pas au quotidien, il en avait souffert comme jamais dans cette petite chambre et il se nourrissait à peine. Sans doute Diggory l'avait-il nourri de force, vers la fin.

En voyant ces photos, Narcissa n'avait pu s'empêcher de verser quelques larmes, car elle ne parvenait pas à reconnaître ce garçon détruit qu'elle voyait pourtant régulièrement aux côtés de son fils. Harry Potter ne ressortait pas de ce long mois avec des séquelles physiques mais plutôt morales, psychologiques. Le procès trainait en longueur, la presse s'intéressait à son cas, et lui se renfermait derrière lui.

Du jour au lendemain, Isaline Anderson plia bagages et emmena sa famille à Paris, ouvrant une nouvelle boutique de tatouages. Cela permis au jeune homme de se reconstruire. Cependant, Lucius se demanda pourquoi donc cette femme avait quitté son pays et ce fut Draco qui lui apporta la réponse, un soir, alors qu'il lui avait présenté les photos. D'ailleurs, pour la première fois depuis très longtemps, Lucius avait eu la désagréable surprise de voir son visage se brouiller et ses yeux s'embuer de larmes.

Une fois calmé, Draco avait expliqué pourquoi elle était partie sur un coup de tête.

« Harry avait une idée fixe en tête : il voulait qu'elle lui tatoue un papillon bleu sur le torse, à l'endroit du cœur. Nymph' et Sirius étaient contre, c'était une obsession et ils savaient qu'il le regretterait. Il ne savait pas… ce qu'il disait… Isaline ne voulait pas non plus. Et puis elle a craqué, et un soir, elle l'a emmené dans la boutique et l'a tatoué, en lui promettant qu'ils s'en iraient, pour qu'il puisse se reconstruire, loin de Londres.

- Mais je ne comprends pas, Draco, insista son père. Ce papillon… »

Alors Draco l'avait regardé, et pendant un instant, Lucius avait cru avoir Isaline Anderson devant lui, le regardant droit dans les yeux avec ses yeux clairs, quelque chose de brisé au fond de ses prunelles.

« Harry voulait être un papillon. Il voulait être capable de sauter par la fenêtre et ne pas tomber en bas. »

Le suicide. Harry avait eu des envies de suicide, tout là-haut, dans cette chambre de bonne où il pouvait regarder la ville à travers la fenêtre, sans pour autant pouvoir l'ouvrir.

Alors Isaline Anderson avait fui avec son enfant sous le bras, avec son papillon sur le cœur, pour qu'il oublie tout ça.

A côté de toutes ces photos, se trouvaient celles de Cédric Diggory. C'était un bel homme, le genre de personnes parfaites qui n'existaient que dans les films, ou les hautes scènes de la société. Il avait grandi dans une famille riche qui l'avait chouchouté : il était fils unique et rien ne lui avait été refusé. Enfant souriant, gracieux, il apparaissait sur les photos comme un ange tombé du ciel. Puis, il devint un adolescent charmant et intelligent qui ne déçu jamais ses parents. Inscrit dans un club de football, Cédric semblait avoir un avenir prometteur dans ce sport, jusqu'au jour où une grave blessure à la jambe détruisit ce futur tant rêvé.

Aucune photo ne montra de changement dans son attitude, mis à part une profonde déception bien compréhensible. Il y avait des photos avec ses amis, de la fac d'économie où il poursuivait ses études, ou d'autres qu'il connaissait depuis longtemps.

Harry Potter en fit partie.

Si le couple Malfoy ne le savait pas, jamais ils n'auraient cru que ces deux hommes avaient été en couple. Qu'ils s'aimaient.

Car, sur les photos, il y avait juste deux amis qui souriaient à l'objectif.

Peu de personnes savaient que Cédric Diggory avait des tendances homosexuelles, vu qu'il n'avait jamais fréquenté aucun homme et qu'il sortait toujours avec de jolies femmes. Harry avait été son seul petit ami, et dans le secret, il avait supporté ses sautes d'humeur, une dépression cachée, un désir refoulé et une honte innommable.

Il avait été courageux, ce môme. Il faisait partie de toutes ces personnes battues qui se prenaient pour les victimes et pardonnaient toujours, supportant leurs blessures en silence. Il était comme ces épouses bafouées qui accusaient les coups puis séchaient les larmes de leurs maris repentis.

Il n'était qu'un homme parmi tant d'autres, une personne parmi toutes les autres. Il n'avait rien fait de particulièrement remarquable, agissant comme nombre de personnes dans ce monde.

Mais quelque chose le rendait différent, aux yeux de Lucius Malfoy : il était la personne que son fils aimait.

Et ça…

Ça faisait toute la différence.

OoO

Machinalement, Seamus baissa les yeux vers le tableau de bord et regarda l'heure. Puis, il coupa le contact, sortit de la voiture et claqua la porte avant de verrouiller le véhicule. Il s'était garé dans un parking public, souvent envahi par un peuple inimaginable. Par chance, l'irlandais avait trouvé une place entre une voiture et un mur, ce qui évitait un certain nombre de coups de portière.

Et il avait horreur des coups de portière. Bien qu'il ait son permis, il n'avait pas de voiture. Ses parents et grands-parents mettaient de l'argent régulièrement sur son compte afin qu'il puisse s'acheter une voiture mais Seamus avait pioché dedans pour payer les frais de ses études et ses frais pour sa mutuelle étudiante. Néanmoins, il désirait vraiment avoir une voiture, en ayant assez de prendre les transports en commun alors que Théo se déplaçait en voiture. Finalement, Ron lui avait proposé quelques voitures d'occasion d'une qualité correcte et qu'il avait révisée lui-même. Seamus en avait achetée une, le remerciant mille fois de s'assurer que le moteur ou d'autres pièces ne lui feraient pas défaut.

Posséder un véhicule lui donnait une certaine liberté et, surtout, lui permettait de ne plus se taper le métro tous les jours et de partir tôt pour être bien à l'heure pour les petits qu'il gardait tous les jours. Et, accessoirement, cela lui permettait de se rendre au marché où Théo travaillait sans être dégouté par le temps passé dans les transports en commun.

Et il avait vraiment envie de le voir. Depuis qu'il avait parlé avec Draco, sans toutefois donner de nom, il s'était comme senti libéré d'un poids. Oui, il était attiré par ce mec à 100% hétéro, même s'il n'en avait pas le droit. A une époque, rien n'aurait pu l'empêcher de draguer ce type exaspérant qui parlait comme un charretier, mais les choses étaient différentes car il était ce qu'il pourrait appeler son meilleur ami. Il pouvait lui parler de tout et se reposer sur lui, il savait que Théo était un homme solide et loyal qui ne le laisserait pas tomber.

Souvent, il s'était insulté et avait repoussé ce qu'il ressentait pour lui. Malgré tout, il ne pouvait empêcher son regard de dévaler le torse parfois dénudé de son colocataire quand il sortait de la douche ou quand il se levait, portant seulement un caleçon.

Théo n'était pas un bel homme, dans le sens strict du terme. Draco était un bel homme. A côté, Théo paraissait presque fade : il avait un visage assez clair, des traits stricts, et des cheveux bruns presque noirs qui encadraient sa figure. De même, son corps n'avait rien de spécial : Harry était musclé, Théo sec et mince. Cependant, le jeune homme était charismatique. Il avait ce petit quelque chose qui faisait toute la différence. Il était à la fois exaspérant et attachant, banal et séduisant en même temps.

Cela dit, Théo était un homme rempli de paradoxe, et l'un d'eux était ses moyens financiers. En effet, son père était riche, ce qui l'amenait à être invité à pas mal de soirées auxquelles il se rendait rarement. Cependant, il ne payait que son loyer et tous les autres frais étaient à la charge de Théo qui galérait dans les marchés à se geler les miches. Et en même temps… à force de charger et décharger les cageots remplis de victuailles, ses bras étaient musclés et il avait des mains fermes, viriles…

Et le revoilà qui fantasmait sur ses mains, soupira intérieurement Seamus en marchant dans la rue. C'était plus fort que lui, tout chez ce crétin lui plaisait. Certes, ce n'était pas un grand sentimental et il avait compris qu'il n'avait pas une libido débordante. Cela dit, l'irlandais l'avait vu avec sa copine et sa façon de se comporter avec elle lui faisait envie.

Seamus avait envie de Théo. Il avait envie qu'on lui résiste, qu'on le traite de tapette et qu'on pose subtilement une main sur sa hanche, en un geste à la fois discret et révélateur. Mais il ne l'aurait jamais, parce qu'il aimait l'impossible, parce qu'il briserait tout. Parce qu'il n'était pas un homme sérieux, parce que son cœur faisait des bons et refusait de se stabiliser sur quelqu'un définitivement.

C'était un homme facile, capable de coucher avec un type pour qui il n'éprouvait qu'une attirance purement physique pour oublier celui avec lequel il vivait.

Au loin, il vit le long et large stand où Théo travaillait avec le fils du patron et d'autres employés, dont la plupart avait moins d'expérience que lui. En fait, Théo n'avait pas commencé à travailler sur ce marché mais sur un autre plus proche de chez lui et son patron avait décidé d'ouvrir un autre stand où il avait placé son fils, qui hériterait de l'affaire, et Théo qui était livreur, embraquant le responsable tous les jours avec lui dans le camion de l'entreprise. Ainsi, tous deux avaient commencé sur un nouveau marché avec de « vieux » employés, histoire de faire démarrer le stand, puis le patron avait embauché. Sa dernière fille, notamment, travaillait à la caisse tous les samedis pour se faire un peu d'argent.

Seamus longea le stand en cherchant son colocataire des yeux. Le stand était constitué comme une sorte de couloir où les clients pouvaient se servir eux-mêmes, sous le regard attentifs des maraichers qui circulaient comme si de rien n'était.

Tout à coup, il percuta violemment quelqu'un, complètement perdu dans ses pensées. La personne poussa un petit cri de surprise et en lâcha son sac. Surpris, Seamus revint sur terre et croisa les yeux mordoré de l'homme en face de lui et se baissa aussitôt pour ramasser ce qu'il avait fait tomber. Mort de honte et écarlate, l'étudiant s'accroupit à son tour.

« Pardon, je m'excuse ! Je ne vous avais pas vu ! »

Rapidement, les pommes de terre tombées sur le sol furent ramassées et ils se relevèrent. Seamus s'attendit à ses remontrances bien compréhensibles mais l'inconnu, qui était très beau jeune homme, secoua la tête en souriant et paru un peu gêné. Seamus haussa un sourcil.

« Hm… Do you speak english ? »

Ah, il était là, le problème… Il avait affaire à un anglais. De suite, le jeune homme esquissa un sourire et lui répondit dans cette langue par l'affirmative, ce qui sembla détendre de suite l'homme.

« Je suis vraiment désolé, je ne vous avais pas vu…

- Ce n'est pas grave, ça arrive. Je ne regardais pas non plus où je marchais. Vous ne vous êtes pas fait mal, au moins ? »

La question était loin d'être bête : ce type était plus grand que lui et semblait musclé, ou du moins, il n'avait pas la silhouette d'une femmelette. Il était vraiment beau d'ailleurs, pensa Seamus, et il lui aurait sans doute plu dans une autre vie : le genre d'homme parfait au sourire Colgate©, ça ne l'avait jamais botté.

« Non, ça va.

- Je vous paie un café ?

- Eh bien…

- Seamus ! »

L'irlandais sursauta et tourna la tête si vite qu'il aurait pu se faire mal au cou. Il esquissa un vrai sourire en voyant Théo, habillé comme un campagnard avec son polaire très épais acheté à Décathlon et son pantalon marron un peu large, sans oublier ses grosses baskets. Il fronça néanmoins les sourcils en le voyant arriver, le regard peu avenant, l'air même énervé.

Et les yeux rivés vers l'inconnu.

Il se posta près d'eux, sans lâcher l'homme des yeux. Ce dernier esquissa un sourire poli, sans comprendre la raison de son mécontentement.

« Hm, Bonjour ?

- Bonjour.

- Nous nous sommes déjà vu quelque part ?

- Je ne crois pas. »

Mais je sais qui tu es.

Et tu sais qui nous sommes.

« Mais je pense que vous n'avez rien à faire ici. »

Théo jeta un regard à son sac puis releva les yeux vers lui. Ils faisaient la même taille, mais l'étudiant était plus mince. Néanmoins, Seamus le trouva plus imposant que l'autre, voire même… inquiétant.

Seamus ne comprenait pas. Ou, plutôt, il avait peur de comprendre, en voyant le sourire de l'inconnu se crisper et le regard de Théo détailler son visage, le défiant en silence.

Sans un mot de plus, l'homme tourna les talons et s'en alla. Nerveux, n'osant y croire, Seamus prit le bout de la manche de son colocataire qui le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la foule.

« Théo, qu'est-ce…

- Rentre à la maison.

- C'était lui ?

- Oui. Rentre, maintenant. »

Le regard pressant de Théo ne le fit pas hésiter une minute. Des sueurs froides coulant dans son dos, l'irlandais rentra chez lui.

OoO

Après un soupir dépité, Harry se leva et quitta le salon, Liloute sur les talons, et entra dans la cuisine. S'appuyant contre l'encadrement de la porte, il se demanda qu'est-ce qu'il pourrait bien manger ce soir-là.

Une heure auparavant, Rémi était venu chercher Isaline pour l'emmener dîner, ce qui n'était pas une mauvaise chose. Cela lui changerait les idées et leur permettrait de parler un peu. Bien que leur dispute soit réglée, ils avaient besoin d'un peu de temps pour l'effacer complètement. Harry ne doutait pas une seule seconde que sa tante ne rentrerait pas ce soir et passerait la nuit chez le médecin, Allan étant chez sa mère pendant quelques jours.

Tant mieux si elle passait du temps avec lui. Au moins, elle ne serait pas à la maison à ruminer. Même si elle avait dit qu'elle ne s'occuperait pas de toute cette affaire, Harry savait parfaitement qu'elle surveillait le quartier et qu'elle avait averti les commerçants du coin qu'elle connaissait très bien. Et Isaline se faisait du souci, quoi qu'elle dise, parce qu'elle était comme ça et ce n'était pas la colère et la lassitude qui allait éteindre l'amour qu'elle éprouvait pour ce jeune homme qu'elle avait élevé comme son fils.

Alors ce soir, Harry se retrouvait seul. Il n'avait pas envie de sortir, alors que Ron lui avait proposé quelque chose, et il ne voulait pas non plus déranger Nymph' en s'invitant chez elle, alors que ni elle ni Remus n'y aurait vu d'objection, bien au contraire. Le tatoueur n'avait envie de déranger personne. Il en avait assez de toutes ces histoires. Il n'avait pas vu Cédric depuis des jours et ça l'intriguait plus que ça ne l'inquiétait.

Cédric était un homme perdu et blessé qui s'accrochait à ce qui avait été autrefois sa vie, ou plutôt, au dernier vestige de son ancienne existence, qui paradoxalement l'avait détruite. Plus les jours passaient, et plus Harry avait pitié de lui. Stupidement, il avait envie d'aider un peu Cédric, ou du moins faire en sorte que son obsession pour lui s'amenuise jusqu'à disparaître. Le repousser sans cesse l'amènerait à s'accrocher encore plus à lui, alors le mieux était de l'aider un peu pour qu'il comprenne. C'était ce que Harry pensait, alors que Draco imaginait le contraire. Ce dernier disait à Harry, et à juste titre, qu'il était trop gentil. Le brun répondait qu'il était comme ça, et qu'il ne pourrait pas changer. Draco avait répliqué que, si jamais il se rapprochait de son ex, il n'était pas sûr que leur couple puisse tenir.

C'était sans doute cela qui faisait le plus peur à Harry : Draco faisait partie de sa vie et rien ni personne ne pourrait l'en déloger. Mais les doutes de Draco étaient compréhensibles : malgré ses promesses, Harry ne pouvait le rassurer totalement, et fréquenter son ex n'était pas la meilleure solution, pour eux. Mais Harry était aussi têtu que Draco était jaloux, et là était le plus grand problème…

Machinalement, Harry secoua la tête, comme pour remettre ses idées en place. Dans la cuisine, il ouvrit les placards mais rien ne lui faisait envie. Il avait bien envie de manger des pâtes à la sauce bolognaise, mais ils en avaient déjà mangé au début de la semaine. Alors Harry alla dans l'entrée. Il enfila sa veste en jean, les premières chaussures qu'il vit, puis il sortit de chez lui, fermant la porte d'entrée derrière et marcha en direction de la supérette.

Ses pensées divaguèrent et il pensa à son petit ami qui passait encore des examens afin d'obtenir sa première année de master. Harry essayait de l'encourager mais ce n'était pas facile : il avait quitté les études très tôt et il ne savait pas vraiment ce que c'était que de passer des partiels, ni comment les cours se passaient. Il fallait le vivre pour comprendre. Le jeune homme ne pouvait donc que soutenir son petit ami en espérant qu'il ait son année. Il était persuadé qu'il la réussirait, il faisait partie des meilleurs éléments de sa promotion, et même s'il ne l'avait pas, Harry serait quand même fier de lui.

D'une certaine manière, sortir avec Draco lui avait apporté une certaine fierté. Voir son petit ami étudier autant et être aussi intelligent le rendait fier parce qu'il n'était pas capable d'en faire autant. Cela pouvait paraître étrange, mais il aimait bien le regarder étudier, relire ses fiches, ses cahiers, taper sur l'ordinateur d'un air concentré ou feuilleter des livres aussi gros que lui. Harry était tombé amoureux d'un étudiant studieux et, le jour où Draco deviendrait véritablement médecin, il en serait tout chamboulé et sans doute plus démonstratif et heureux que son petit ami. Il imaginait bien Draco récupérer son diplôme comme s'il s'agissait d'une simple formalité alors que, lui, il sauterait partout.

La fête qu'ils donneraient à son honneur, et à celui de Blaise, très certainement… Isaline serait peut-être encore plus folle que lui. Sans doute même… Un léger sourire effleura les lèvres de Harry en s'imaginant des années plus tard, dans un appartement ou dans une maison, avec Draco…

« Bonsoir, Harry. »

Aussitôt, il sursauta, revenant sur terre, et son regard tomba sur Cédric. Son cœur fit un bon dans sa poitrine et quelque chose en lui se rétracta, comme un animal vouterait le dos dans la peur d'une menace. Le regard de Cédric se fit triste et il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis il se ravisa. Alors Harry prit les devants.

« Bonsoir, Cédric. Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Pas grand-chose, je me balade. »

Ses yeux étaient illuminés et il affichait un joli sourire, un peu rassuré. Le cœur de Harry battait toujours aussi fort.

« Mais tu n'as rien à faire ici, énonça Harry en le regardant droit dans les yeux.

- Je sais. Mais ça fait plusieurs jours que je te laisse tranquille…

- Je devrais te remercier ? »

Cédric se mordilla la lèvre, embarrassé, sous la pertinence de sa question.

« Non.

- Alors va-t-en et rentre chez toi. »

Harry lui parlait avec douceur, comme s'il s'adressait à un enfant, sans la moindre agressivité ou peur.

« J'ai besoin de te voir, Harry.

- Mais j'ai une vie, Cédric. J'ai une vie à moi, une vie que je ne veux pas perdre. Tu comprends ça ?

- J'ai du mal, avoua-t-il à contrecœur. Tout est… si différent, maintenant. Tout a changé, en quatre ans…

- Rien n'a changé, Cédric, répliqua Harry. Les années sont passées, c'est tout. J'ai grandi, j'ai mûri, et ça doit aussi être ton cas. Après tout ce qui s'est passé, j'ai tourné la page, et je ne reviendrai jamais en arrière. Ce que j'ai aujourd'hui me satisfait et je n'ai besoin de rien d'autre. »

Cédric hocha la tête. Harry rougit mais il était impossible pour l'autre de le voir à cause de l'obscurité de la vue et ce n'était pas la lumière des lampadaires qui allait le trahir. Il baissa pourtant un peu la tête pour cacher son embarras, et il se maudit.

C'était quasiment le même homme qu'il avait connu et qu'il avait aimé autrefois. Le même qui lui demandait pardon après lui avoir donné un coup un peu trop fort, le même qui venait vers lui timidement de peur qu'il s'enfuie.

Le même qui lui glissé au creux de l'oreille qu'il tombait amoureux, et qu'il voulait plus qu'une simple amitié, et que quelques baisers volés.

« J'aime Draco. »

Il avait dit plus cela pour lui que pour l'autre. Harry fit à peine attention à l'expression de douleur et de colère mêlées sur le visage de son vis-à-vis, concentrant ses pensées sur l'homme qu'il aimait pour chasser ces putains de troubles.

« Je sais. Tu me l'as dit. Et il a l'air de t'aimer aussi. »

Harry hocha vaguement la tête et Cédric, aux aguets, sentit son trouble. Harry n'était plus aussi sûr de lui, il semblait pensif. A juste titre, l'ancien prisonnier pensa que le tatoueur se posait des questions, notamment sur lui, sa relation avec Draco, et celle qu'il avait eue avec Cédric. Mais Draco surtout. Ce connard d'étudiant trop beau pour être vrai. Ce salopard qui lui avait fait du charme et qui était capable d'assez le manipuler pour l'empêcher de voir Cédric, sans que Harry ne s'aperçoive vraiment du pouvoir que Draco avait sur lui.

Et il fallait en profiter, de ces doutes qui s'insinuaient doucement en Harry. Cela prendrait du temps, mais c'était un homme fondamentalement gentil et, à un moment ou à un autre, il lui pardonnerait et reviendrait vers lui. Il faudrait être patient, ne surtout pas toucher à son copain sous peine de se mettre le couple à dos, et donc agir dans le dos de Draco, car de toute façon, c'était le plus efficace. Le plus perfide, aussi… Mais Draco Malfoy devait payer…

« Tu allais où, comme ça ?

- A la superette.

- Je peux t'accompagner ? »

Harry marqua une hésitation, pour le moins révélatrice, puis il haussa les épaules et le dépassa. Cédric tourna les talons et le suivit. Ils ne prononcèrent pas un mot jusqu'à la superette, mais une fois à l'intérieur, l'ancien prisonnier tenta d'engager la conversation. Harry répondit sans grande conviction, attrapant au vol un flacon de sauce tomate avant de passer à la caisse pour payer. Puis, ils rentrèrent ensemble en marchant lentement, enveloppé dans une étrange complicité qui semblait pourtant avoir disparu depuis très longtemps.

OoO

Le téléphone sonna. Une fois. Puis deux. Puis trois.

« Vous êtes bien sur le portable de Draco Malfoy, je ne suis… Allô ?

- Draco, c'est Ron. Je te dérange ?

- Hm… non. Tu vas bien ?

- Bof. En fait, aujourd'hui, y'a un type qui est venu me demander de réparer sa voiture, qu'il apparemment louée, elle a un phare de cassé.

- Et alors ?

- Devine qui c'était. »

Un silence au bout du fil.

« Et devine quoi : hier, Théo et Seamus l'ont vu au marché. Je l'ai eu au téléphone tout à l'heure, Théo était fatigué et il a complètement oublié de t'appeler.

- C'est pas grave.

- Qu'est-ce qu'on fait ? On le dit à Harry ?

- Je vais voir. Mais vous lui avez fait comprendre que vous le connaissiez ?

- Théo, oui. Cédric a bousculé Seamus et il a jamais vu son visage, et apparemment, ils sympathisaient. Théo n'a pas réfléchi et il lui a fait comprendre qu'il n'avait rien à faire là.

- Mais pas toi.

- Non, je lui ai rien dit. J'ai quand même prévenu Neville.

- Bien. Continue comme ça. »

OoO

« Fais attention, Harry.

- Je fais attention.

- Pas assez. »

Le tatoueur poussa un soupir exaspéré, las, sans quitter des yeux le dessin qu'il effectuait. Accroché à sa feuille, une photo montrait un tigre avec la bouche à demi ouverte, son corps gracieux légèrement arqué sur le côté. Assise près de lui, Cho le regardait dessiner la tête avec un crayon bien taillé, un peu mordillé.

Elle s'inquiétait. Beaucoup, même. La veille au soir, elle avait appelé Harry, un peu tard, pour lui proposer une petite sortie tous les deux, histoire de se changer les idées. La conversation avait dérivé sur Cédric et le jeune homme lui avait avoué à contrecœur avoir rencontré son ex dans la rue, en allant à la supérette. A sa façon de parler, la chinoise avait compris qu'il se passait quelque chose. Il avait énoncé ce fait comme si c'était banal et non avec crainte.

Harry n'avait plus peur de Cédric, et Cho ne savait pas si elle devait s'en rejoindre ou s'en inquiéter. Elle avait opté pour la seconde option : ne plus avoir peur de ce fou revenait à dire qu'il tolérait son existence, et ça, elle ne pouvait pas l'admettre. Pas après tout ce qu'il avait vécu. Harry était trop naïf ou trop gentil. Et, encore une fois, elle choisissait la seconde option.

« Que veux-tu que je fasse ? Il va bien finir par comprendre.

- Tu es troublé.

- J'aime Draco et Cédric ne pourra jamais…

- Tu es troublé. »

Il se tut. Elle avait raison.

Cruellement raison.

OoO

Le téléphone sonna. Une fois. Puis deux. Puis trois…

« Allô ? »

La voix typique du type qui a manifestement décroché sans regarder qui l'appelait.

« C'est moi.

- Ah, bonjour Draco. Tu vas bien ?

- On fait aller. Et toi ? Tu t'attendais à avoir quelqu'un d'autre au téléphone ?

- Non, personne en particulier.

- On peut se voir ?

- Si tu veux bien que les deux types qui surveillent ma rue s'en aillent, pourquoi pas ?

- On en a déjà parlé, Harry.

- Je vais te dire un truc : j'ai rencontré Cédric avant hier soir et aucun de tes gorilles n'étaient là pour me protéger d'une éventuelle menace. »

Le silence se fit à l'autre bout du combiné. Harry attendit, imaginant son petit ami dans sa chambre ou à la faculté, contenant sa colère.

« Tu ne m'en as pas parlé.

- Non.

- Tu comptais le faire ?

- Oui.

- Arrête ça, Harry…

- Dis-leur de s'en aller.

- Non. »

Nouveau silence. Enième dispute. Harry en avait assez, à chaque fois qu'ils s'appelaient, c'était toujours pareil.

« Tu m'agaces. Pour ne pas dire autre chose.

- Pareil pour moi.

- Dans ce cas, je raccroche.

- Je le prendrais très mal.

- J'en ai marre, Draco. J'en ai marre de cette situation, j'en ai marre de…

- Tu es libre ce week-end ? »

Un peu étonné, Harry fronça les sourcils, alors qu'il sentait son cœur battre un peu plus vite dans sa poitrine.

« Je suis pris samedi…

- Merde.

- Mais je peux me libérer. Pourquoi ?

- Je voulais t'emmener quelque part.

- Mais et tes partiels…

- C'est bon, ils seront terminés.

- Et on va où ? »

Les voix de Harry et de Draco s'étaient adoucies, et même s'ils ne pouvaient se voir, leurs visages aussi.

« Un été, je suis allé à Morzine avec Blaise. C'est assez joli.

- C'est où ?

- Près du lac Léman. Tu sais, près de la Suisse. On partirait peut-être le vendredi après-midi en train et on rentrerait le dimanche soir. Je sais que tu n'aimes pas la voiture et je ne peux pas conduire aussi longtemps sans quelqu'un à qui parler. Te savoir endormi à côté de moi va m'endormir aussi. Qu'est-ce que tu en dis ?

- Ce serait génial. »

A présent, Harry souriait. Et Draco aussi.

« Vraiment ?

- Ouais. Je vais aller regarder l'agenda pour déplacer les rendez-vous.

- D'accord. J'ai déjà tout réservé, il ne nous reste plus qu'à partir. »

L'atmosphère s'était détendue. Ils s'étaient réconciliés.

OoO

Il y avait des moments dans la vie où l'amitié qui nous liait à certaines personnes était mise à rude épreuve. Bien qu'on apprécie beaucoup la personne et que nous soyons prêts à faire beaucoup de choses pour elle, il arrivait des moments où des dilemmes se posaient : devait-on suivre notre cœur ou agir au nom de cette amitié, si dure à construire et pourtant si essentielle à notre vie ?

« Et si je me mets à genoux ?

- Honnêtement, ça changera rien.

- Allez, s'il te plait ! Tu es mon ami, non ? Je peux plus faire ce genre de truc, moi, j'ai une image maintenant ! Et puis je sens que Théo atteint ses limites : si jamais Cho vient encore le voir, il en fait de la bouillie.

- Heu, Olivier…

- Et puis tu sais, si elle te l'a pas encore demandé, c'est simplement parce qu'elle pense que tu n'as pas la tête à ça en ce moment, mais c'est toi qu'elle veut, en fait.

- Mais…

- Et puis c'est sorcier je pense…

- Olivier, à la limite, je veux bien poser pour elle, mais je ne pense pas du tout, mais alors pas du tout, que Draco sera d'accord. »

Afin d'oublier quelque peu sa douleur, due à sa rupture définitive avec Marietta, Cho s'était mise à écouter de la musique japonaise et elle était tombée sur le groupe Vocaloid, et notamment sur la pochette d'une de leurs chansons, Magnet. Dessus, dessinée dans un style manga, deux jeunes filles de profil se regardaient, très proches l'une de l'autre. La première avait les cheveux roses et la deuxième les avait bleus, et elles portaient des casques audio, une aile de papillon cousue à l'écouteur. Absolument charmée par cette image, Cho avait décidé d'en faire le sujet de son prochain travail. Elle aurait souhaité prendre Harry comme modèle, d'une parce qu'elle le trouvait beau, mais aussi parce qu'il avait un papillon sur le cœur, et également Draco parce que, autant le dire, ils étaient aussi différents que le jour de la nuit. Et ça faisait classe.

« Je pourrai jamais convaincre Draco de poser pour elle.

- C'est quand même pas compliqué.

- Draco n'aime pas être pris en photo. Alors pour ce genre de truc…

- Allez Harry ! Si tu tiens à moi et si tu tiens à Théo, tu dois le faire ! Il en peut plus, le pauvre, Seamus le harcèle pour qu'ils fassent la photo ensemble… »

Soudain, l'illumination parvint à Harry qui, sa cuillère remplie de crème Mont Blanc© à la vanille, regarda Olivier d'un air éberlué. Le sportif se demanda bien ce qui pouvait rendre son ami ainsi, et il ne tarda pas à le savoir.

« Attends une minute, Cho, elle a besoin d'une seule ou plusieurs photos ?

- Trois, je crois. Je sais plus. Ah ouais, elle a demandé aux filles de poser pour elle, aussi. Y'a Ginny et Angelina.

- Ah bon ? »

Cette fois-ci, Harry paraissait carrément éberlué, et il y avait de quoi. Cho avait beaucoup pas mal d'amies et il était vraiment surpris qu'elle ait demandé à Ginny de poser pour elle, mais pas vraiment à Angelina, la petite amie de Fred Weasley. Olivier lui expliqua que son but était toujours le même : photographier trois couples avec des écouteurs-papillon ; mais elle voulait une sorte de contraste entre les deux, soit dans le corps lui-même, soit dans l'expression du visage. Autant dire qu'une rouquine à la peau bien blanche et une noir aux cheveux tressés, il n'y avait pas mieux…

« Donc là, elle est à la recherche de quatre hommes, ou si vraiment elle en trouve pas, elle va demander photographier un couple hétéros.

- Ca ne serait pas plus logique de faire justement deux couples homos et un hétéro ?

- Tu sais bien que Cho préfère photographier les couples d'homos. Et puis, reconnait que si elle a tendance à aimer les femmes, elle adore prendre les hommes en photo. »

Ce n'était pas faux, mais Harry ne savait pas vraiment si elle parviendrait à convaincre ses amis pour cette photo. Il dit néanmoins à Olivier qu'il en parlerait à Draco, mais pour cela, il fallait que Théo participe. Son petit ami était assez proche de Théo, ils s'étendaient bien, et savoir que ce dernier ferait cette photo encore plus à contrecœur que lui pourrait le faire changer d'avis.

« Donc, en gros, tu veux que je dise à Théo que Draco fera la photo et tu fais pareil avec ton copain ? Ils vont pas être contents quand ils vont apprendre qu'ils se sont fait rouler.

- Pas faux. Mais au moins les photos seront faites.

- C'est bizarre que tu te laisses faire aussi facilement, toi.

- C'est pour que Cho arrête de se faire du souci. »

Olivier acquiesça d'un léger mouvement de tête sans rien dire. Lui aussi se faisait beaucoup de souci, mais il préférait se taire, comme Théo ou Ron. Ils ne lui disaient rien, cachant leur inquiétude, pour ne pas l'exaspérer. Ils savaient que leur ami avait Draco sur le dos, ce dernier le faisait surveiller par des hommes embauchés par son père, ce qui en soit n'était pas une mauvaise mesure, mais cela avait tendance à énerver le principal concerné.

Cela dit, le fait qu'il soit moins sur ses gardes rassurait un peu Olivier. Harry avait toujours peur de Cédric et de ce qu'il pourrait lui faire, mais il parvenait à aller au-delà de ça, et c'était une bonne chose.

Du moins le pensait-il.

OoO

Les partiels se terminaient définitivement le vendredi suivant. En somme, ils leur restaient encore quelques jours à gratter avant d'être enfin en vacances, et cela remplissait Blaise de joie.

Cette année, il avait prévu de partir en vacances avec Luna pendant ses congés. Ils étaient en Août et, étant donné qu'elle voulait également passer quelques jours avec Harry, ils avaient prévu de partir une semaine en amoureux et de rejoindre les autres ensuite.

Car cette année aurait lieu des vacances collectives. Blaise, en entendant ces mots, avait haussé un sourcil. Au téléphone, Théo lui avait expliqué qu'ils partaient tous ensemble, à savoir lui-même, Harry, Luna, Olivier, Cho, les jumeaux et leur copine, ainsi que Seamus. Draco devrait normalement être de la partie, Hermione et Millicent étaient bien entendue conviées à leur escapade annuelle, de même pour Gregory s'il en avait envie. Blaise avait accepté de venir, très emballé à l'idée de partir quelque part avec eux. Apparemment, tout le monde était motivé et la plupart répondaient présents.

Théo lui avait alors proposé trois destinations : Venise, Barcelone et Athènes. Il faisait un sondage auprès de tout le monde, ayant pris ces destinations un peu au hasard, en sachant qu'ils iraient à Athènes en avion, évidemment. Ils avaient pensé à faire du camping mais finalement, ils préféraient aller se dorer au soleil.

Blaise avait paru étonné par la proposition d'Athènes : tout le monde pouvait se le payer ? Théo lui répondit que tout le monde allait s'arranger. Ron avait déjà mis de côté, adorant partir en vadrouille vu qu'il était rarement parti en vacances à l'étranger ou loin de chez lui étant jeune, et Luna en avait fait de même. Cho allait bosser à la BNP Paribas, où travaillait son cousin. Olivier avait de quoi se payer le voyage. Quant aux jumeaux, leur affaire leur permettait aussi d'acheter les billets et payer l'hôtel. De toute façon, depuis qu'ils partaient en vacances ensemble, ils procédaient toujours de la même manière : l'entreprise de Ron, de Théo et d'Isaline fermant au mois d'Août, ils partaient tous pendant ce mois-là et ceux qui avaient besoin d'argent bossaient l'été. C'était en parti le cas de Théo qui allait travailler toute la semaine pendant tout le mois de juillet dans les marchés. Seamus, lui, avait trouvé un travail pendant ce même mois en temps que baby-sitter.

En somme, tout s'arrangeait et ils étaient bien organisés. Ravi, Blaise vota pour la Grèce sans savoir que, pour le moment, c'était Venise qui était en tête. Théo ne communiqua pas les résultats, gardant tout pour lui. Blaise organisa donc ses propres vacances avec Luna de façon à faire concorder leurs semaines. Leur colonie de vacances durant deux semaines, le métis allait profiter de sa petite ami pendant une semaine, début Août, et l'emmènerait là où elle avait toujours rêvé d'aller : Prague. Il ne savait pas ce que cette ville avait de spécial, connaissant peu ce pays, mais il préféra ne pas chercher.

Cette idée de partir en vacances le remplissait littéralement de bonheur. Comme les autres, il avait aussi décidé de travailler pendant un mois, car même s'il aimait feignanter chez lui, rester les bras croisés pendant presque trois mois, ce n'était vraiment pas son truc. Certes, cela ne changeait pas de d'habitude, car comme Draco, il donnait des cours plutôt intensifs à des élèves de différents niveaux en juillet. A la fois, c'était pour avoir son propre argent, car c'était tout de même assez gratifiant de dépenser ses propres sous, et en même temps, c'était pour s'occuper. Draco était un acharné, il travaillait toujours en été et vu que son petit ami avait un emploi fixe, il avait encore moins de raison de rester chez lui.

Blaise avait vraiment hâte. Luna lui manquait. C'était bien la première fois qu'il avait une relation aussi longue avec une fille, dont il était très amoureux, en dépit des apparences. Ce qui rendait cette relation encore plus importante à ses yeux était le fait qu'ils n'avaient pas « sauté le pas ». C'était quelque chose de tout à fait banal pour lui, pas besoin d'amour pour coucher avec quelqu'un. Mais Luna était différente, non pas par rapport à sa position dans son cœur et dans son estime, mais plutôt pour sa personne même : peu sûre d'elle et entière, elle n'était pas du genre à jouer avec les sentiments et avec son corps, aimant les choses fixes, voire même immuables. En somme, c'était quelqu'un de sérieux, malgré son air rêveur et ses phrases sorties d'on ne sait où.

Ce sérieux aurait pu faire peur à ce garçon habitué aux relations sans grande ampleur si Luna avait été différente. Tout en elle imposait le sérieux et la stabilité. Il avait envie d'elle, et en même temps, il voulait prendre son temps avec elle pour ne pas la busquer, surtout qu'il était son premier copain, comme c'était le cas dans beaucoup de couples, notamment dans celui de Draco et Harry. Il avait envie de passer des moments avec elle, de vrais moments et pas seulement quelques heures grattées entre deux cours. Certes, ils vivaient loin l'un de l'autre, mais cela ne les empêchait pas de se voir régulièrement, de s'appeler, de se parler. Ils vivaient une véritable relation amoureuse et Blaise chérissait ces moments passés avec elle.

Et puis, en étant honnête, penser à elle lui faisait du bien car cela lui permettait de mettre un peu de côté ses propres inquiétudes, vis-à-vis de Draco. Depuis qu'il était entré dans le champ de vision de son ami, Harry était devenu une personne importante dans l'entourage de Blaise : il n'avait pas de réelle complicité avec lui, mais ils savaient plaisanter, parler de divers sujets et ils s'étaient tapé de bons fou rire tous les deux. En somme, ils étaient devenus proches, d'autant plus qu'ils étaient des personnes importantes pour Draco. Et savoir que Harry n'allait pas bien et que le blond se rongeait les sangs à cause de toute cette sombre histoire, cela troublait beaucoup Blaise qui se demandait comment cette histoire allait bien pouvoir se terminer.

Il avait discuté avec Draco et ce dernier avait fini par reconnaître qu'il flippait. Il sentait que Harry avait de moins en moins peur de Cédric et, en étant tout à fait honnête, l'étudiant savait que son petit ami était troublé. Il le sentait à sa façon de cacher ses sentiments ou à n'en révéler qu'une partie. Le tatoueur tolérait la présence de Cédric, il l'acceptait presque. Il redécouvrait celui qu'il avait connu autrefois. Inutile de se faire des illusions : Harry pensait à nouveau à son ex, une personne qu'il avait véritablement aimé, en dépit de tout ce qu'il lui avait fait subir. Et Draco avait peur de lui, peur de cet homme qui pouvait lui prendre celui qu'il aimait. Certes, il avait tout donné à Harry, et précisément, Cédric avait été plus radin et s'il lui offrait mieux, s'il lui offrait ce que Harry avait toujours voulu…

Non.

Non, Draco.

Harry t'aime, il sait faire la part des choses. Il ne reviendra jamais vers lui, pas avec ce qu'il lui a fait…

Des phrases sans cesses rabâchées, encore et encore, au point qu'elles ne veuillent plus rien dire. Des mots mécaniques vides de sens…

Draco n'était pas dupe. Il ne l'avait jamais été. Harry avait beau l'aimer, cela ne changeait rien au fait qu'il pense à son ex, qu'il prenne peut-être un peu de plaisir à entendre sa voix, à le regarder et à lui parler quelques minutes. C'était quelqu'un de profondément gentil qui n'aimait pas faire du mal. Draco était différent, plus rancunier. Plus jaloux, aussi.

Et ça faisait mal. Très mal. Et il ne pouvait pas en parler à Harry, car il lui sortirait les mêmes mots vides de sens que lui avaient dit Blaise.

Ce dernier lui avait dit de changer d'air et de partir quelque part avec lui, juste un week-end. Draco avait apprécié l'idée et, apparemment, Harry était content de partir aussi. Cela n'arrangerait pas leur problème, mais au moins, ils pourraient changer d'environnement et passer un moment à deux.

Et ça ferait enrager Cédric aussi, par la même occasion…

OoO

L'appartement était vide, noir, silencieux. C'était un peu étonnant, il avait l'habitude que Seamus soit là pour l'accueillir le soir, avec le repas de préparé. Théo avait tendance à finir tard le soir, travaillant ses cours le matin ou pendant les pauses de quelques heures, allant se réfugier à la bibliothèque pour revoir ses notes. Ce soir, le cours qu'il avait donné à un jeune collégien avait été difficile pour tous les deux : à la fois Théo était fatigué et en même temps l'adolescent avait vraiment de grosses difficultés dans cette matière, bien qu'il semblât plutôt studieux en dépit de ses notes à peine au-dessus de la moyenne.

Le jeune homme retira son manteau, l'accrocha, puis rangea ses chaussures à leur place avant de se traîner dans la cuisine. La lumière du néon lui fit mal aux yeux quand il l'alluma, mais elle lui permit de voir le post-it rose collé sur la table. Il le prit et le lut : « Je sais pas si tu te souviens, mais je vais au ciné avec mon frère ce soir. Ton repas est dans le frigo. Bisous ! ».

Théo eut un léger sourire. Il regarda longtemps le post-it fluo alors que ce sourire fanait sur ses lèvres. Il finit par le mettre dans la poubelle, après l'avoir froissé dans sa main. Puis, il allait dans sa chambre et se jeta sur le lit, s'effondrant sur le matelas sans aucune grâce.

Pendant quelques instants, il examina cette pièce qui lui était si familière et où il se sentait si bien. La chambre n'était pas très grande mais assez pour contenir un lit double, parce qu'il aimait avoir de l'espace pour dormir, un bureau et un placard pas bien grand mais une armoire était encastrée dans le mur du couloir et il pouvait y ranger quelques-unes de ses affaires, comme les gros manteaux. Le papier peint était bleu, il l'avait posé avec Harry, et par terre il y avait de la moquette plus sombre qu'il s'était acharné à fixer avec Isaline. Les étagères pour ses bouquins et autres affaires, c'était Sirius qui les avaient installées. Il en résultait une chambre assez simple, plutôt bien rangée. Une chambre presque banale, avec quelques photos collées au mur avec de la patafix devant son bureau et un vieux poster de Sephiroth, dans Final Fantasy©, qu'il avait acheté étant adolescent. Ah, et il y avait aussi des formules mathématiques qu'il avait collées un peu partout avec du scotch, mais c'était secondaire. Et puis, de toute façon, il le faisait partout, même dans les toilettes. Si Seamus avait pesté au début, il avait fini par s'y faire et les lire aussi, ces fiches. Et à en coller de nouvelles.

L'appartement était sympa, aussi. Assez simple mais bien agencé, avec des meubles qui tenaient la route et de l'électroménager qui fonctionnait bien. L'ordinateur de Théo était celui qu'il avait déjà avant de quitter la maison de son père, de même pour la télévision qu'il avait autrefois dans sa chambre. Mais le frigidaire, c'était celui que ses amis lui avaient offert quand il avait emménagé, ce qui lui avait fait immensément plaisir, et pendant longtemps, il gueula après son colocataire quand il en claquait la porte trop fort.

D'ailleurs, il pensait parfois à son ancien colocataire. Il n'avait quasiment plus de nouvelles, il fallait dire. En même temps, il ne le regrettait pas tant que ça. Certes, il s'était plutôt bien entendu avec lui, très bien même, mais ce type était un feignant qui préférait glander à l'appartement plutôt que de bosser à la fac. Il avait tenu un an comme ça avant de finalement abandonner et partir dans une autre zone de Paris pour suivre une formation. Théo avait fini par perdre contact, l'autre tentant plus ou moins de le garder. Cela avait été aussi le cas de son précédent colocataire.

Soudain, son téléphone vibra dans sa poche. Théo se contorsionna pour récupérer son portable puis le porta à son oreille, devinant déjà qui était au bout du fil.

« Allô ?

- Salut Théo ! C'est moi, je suis bien arrivé !

- Ah, tant mieux. Vous êtes à l'hôtel, là ?

- Ouais. Désolé, j'ai oublié que je devais t'appeler quand je suis arrivé.

- C'est joli ?

- Oh oui, et on beau temps ! Bon, il fait nuit là mais c'était super beau tout à l'heure, le paysage, l'hôtel… Faudra qu'on y aille tous ensemble un jour ! Bon, je te laisse, Draco a faim et on doit descendre manger.

- D'accord. Passez un bon week-end, tous les deux.

- Merci. Embrasse Seamus pour moi ! A plus ! »

Et il raccrocha. Théo soupira et posa son téléphone près de son oreiller. Il ferma les yeux.

Seamus… Cet abruti de Seamus…

La veille, il y avait eu la séance photo de Cho. Seamus lui cassait les pieds pour qu'ils fassent la photo ensemble, ce que Théo refusait totalement, mais il avait fini par céder parce que son colocataire avait décidé de lui pourrir la vie. Et puis, il semblait vraiment y tenir. Sans oublier que Draco avait cédé, lui aussi. Plus tard, une fois dans le logement de Cho, ils comprirent qu'ils s'étaient fait roulé tous les deux…

L'après-midi fut consacrée à ces photos et, même si cela fit bien chier Draco et Théo, ils devaient bien reconnaître qu'ils s'étaient quand même amusés. Il fallait dire que Harry eut une crise de fou rire et ce fut bien difficile pour eux de rester un minimum calme et sérieux. Ce n'était pas pour rien que Harry souriait d'ailleurs légèrement sur la photo, se retenant de rigoler une fois de plus.

Juste après avoir pris les photos, ils les avaient regardées sur l'ordinateur de Cho, qui leur avait montré au passage celle qu'elle avait prise le matin même avec Ginny et Angelina. Toutes deux étaient l'une en face de l'autre, les yeux clos et à la même hauteur, de façon à donner une impression de symétrie. La tête légèrement baissée, les yeux clos et les mains posées l'une contre l'autre, elles avaient sur le visage un air calme, apaisé, presque endormi. Ginny, ses cheveux roux détachés dans son dos, portait un débardeur vert pomme qui faisait un certain contraste avec sa peau très blanche, alors que son oreille était cachée par le large rond de l'enceinte du casque sur lequel était fixé une aile de papillon bleu électrique et noire. En face d'elle, ses cheveux finement tressés, Angelina arborait un débardeur bleu et son casque avait une aile verte, créant alors une sorte de nouvelle symétrie mais inversée. Autant dire que la photo était plutôt jolie, à la fois dans l'expression des deux filles, leur casque et le fond un peu jauni derrière elles.

Puis, ils virent différentes photos extraites de l'appareil montrant Harry et Draco. Sur certaines, ils étaient sérieux, sur d'autres morts de rire, ou alors tirant vraiment de sales tête. Le tatoueur fut à nouveau emporté dans une crise de fou rire où il embarqua Seamus. Théo compatissait au malheur de Draco, sachant que sa propre situation n'était guère plus enviable. Finalement, ils parvinrent à en trouver une très belle.

Dessus, Harry était de dos, appuyé contre le mur. Il portait une sorte de long manteau noir bordé de rouge, tandis que Draco avait le même bordé de vert, les deux vêtements descendus sur leurs bras pour que leurs torses apparaissent. Draco se trouvait contre Harry, de dos, son visage niché dans son cou, alors que le brun avait la tête un peu baissée, regardant son épaule avec un léger sourire absolument craquant, reste d'un fou rire qui le reprit une fois la photo prise. A gauche de la photo, leurs mains étaient enlacées, Draco plaquant celle de Harry contre le mur. Enfin, en accord avec ce papillon bleu qui apparaissait sur le torse du tatoueur, leurs casques, rouge et doré pour Harry et vert et argent pour Draco ornaient leurs oreilles.

Draco avait honte. Harry riait. Ok, la photo était belle, rien à redire. Mais voilà, quoi…

Théo se permit de lui demander discrètement pourquoi, concrètement, il avait accepté. De façon plus ou moins délicate, Draco lui répondit qu'il n'était pas encore entré dans les ordres. L'étudiant leva les yeux au ciel.

Vient ensuite la photo de Théo et Seamus et là aussi, il y en eut, des rires… Il y avait sans doute plus de photos ratées que pour l'autre couple tant Théo avait manifesté de mauvaise grâce pour la prise ces photos. Cette fois-ci, Cho avait étalé des feuilles sur son lit où étaient imprimées des partitions. Théo et Seamus s'étaient allongés dessus, dans le même accoutrement que leurs deux amis, Théo avec les écouteurs verts et Seamus avec les rouges. Ils paraissaient endormis sur la photographie, l'un près de l'autre, Théo à moitié sur le dos et Seamus sur le côté.

Il n'avait qu'à fermer les yeux pour revoir cette photo sur l'écran. Il avait eu honte, lui aussi. Sans doute plus que Draco. Et pas pour les mêmes raisons.

La première fois qu'il avait vu Seamus, à l'entrée de son appartement, Théo avait découvert un jeune homme de son âge un peu efféminé aux cheveux noirs ondulant autour de son visage, habillé simplement mais avec goût. Il apprit plus tard et avec horreur que ce n'était pas un homosexuel, c'était une tapette : petit copain, roulages de pelle spectaculaires, voix criarde, manières de filles… Presque une abomination. Si on lui avait dit un jour que ce type serait l'un de ses plus proches amis, il ne l'aurait pas cru.

Pourtant, c'était le cas. Le fait qu'ils vivent ensemble, que Seamus soit l'ex de Draco et qu'il soit tombé amoureux de Harry les avaient amenés à se rapprocher : Théo le soutenait, l'aidait, le consolait. Ils avaient passé des vacances ensemble, ils s'étaient amusés à des fêtes ensemble… Théo sentait que Seamus était très attaché à lui, dans sa façon de se comporter : il lui prenait le bas, se blottissait contre lui, lui racontait systématiquement ses soucis… Enfin, ses vrais soucis, ceux qui requéraient une oreille attentive. Théo était son ami. Et, de même, Seamus était une personne qui, malgré tout, comptait pour lui.

Il avait toujours eu du mal avec l'homosexualité, du moins celle clairement affichée. Harry ne lui avait jamais posé de soucis car ils étaient devenus amis avant que Théo n'apprenne sa bisexualité et le tatoueur ne parlait pas tellement de ça, ce qui était loin d'être le cas de Seamus, ce qui l'avait bien rebuté au début. Puis, le jeune homme s'y était fait et il s'était même attaché à ce petit bout de garçon qui passait son temps à tomber amoureux d'hommes inaccessible.

Le problème de Seamus était qu'il avait réagi à l'attitude d'homophobe de Théo en le provoquant par des gestes et des baisers un peu trop prononcé au goût de l'étudiant, qui s'était fait aux habitudes de son colocataire. Qui s'y était même un peu trop fait, d'ailleurs…

Troublé. Il était troublé. Par ce type qui s'épilait les jambes, qui chantait sous la douche et qui se blottissait contre lui quand ils regardaient la télévision.

Quand ile le voyait tout seul, assis dans le canapé, il avait envie de le prendre dans ses bras. Quand il venait le chercher à la fac et qu'il le voyait sourire de toutes ses dents en voyant la voiture, il avait envie de sourire, bêtement. Et quand il voyait les petites attentions de son colocataire, que ce soit un repas mis de côté, un gâteau dans le four ou encore un brin de ménage fait alors que c'était à Théo de s'y coller… cela le bouleversait.

Il se sentait sale. Sale d'avoir envie de faire de tels gestes, de sentir son cœur battre un peu plus vite dans sa poitrine, ses mains devenir moite ou encore ses joues rougir alors qu'il n'y avait pas lieu d'être. Jamais Seamus ne pourrait être attiré par lui : il l'avait vu agir avec Harry, il l'avait vu amoureux et triste. Il n'était plus comme ça, Seamus ne voyait en Théo qu'un ami, un bon ami, sur lequel il pouvait compter.

Alors pourquoi il ressentait ça ? Pourquoi il avait envie de le prendre dans ses bras ? C'était dégueulasse. C'était un homme, il avait un pénis entre les jambes, quoi qu'on en dise, et jamais Théo ne pourrait coucher avec un homme. Certes, son trouble vis-à-vis de son colocataire n'était pas poussé au point qu'il ait envie de lui, loin de là, mais être attiré par lui sous-entendait malheureusement qu'il puisse être charmé par un être du même sexe que lui, et ça le dégoutait.

Ça le dégoutait de penser à Seamus d'une autre manière qu'à celle d'ami, comme il l'avait toujours fait avec Harry, Ron ou encore Olivier. Et ça le dégoutait encore plus que ce soit Seamus, car lui ne se doutait de rien, et il lui parlait et le regardait comme un ami, rien de plus.

Il était dégoutant. Théo ne cessait de s'insulter intérieurement quand il se surprenait à regarder Seamus de façon un peu trop insistante. Pourtant, ce n'était pas de sa faute… Il était tellement habitué à son colocataire et à ses manières, qu'elles avaient fini par lui plaire, du moins un petit peu, et Seamus était une vraie fille. Quand il se baladait en caleçon dans l'appartement, ses jambes étaient blanches et lisses. Ses cheveux étaient toujours bien coiffés et il sentait bon. Quand il passait sa main dans ses cheveux, c'était toujours avec une certaine douceur, comme une fille l'aurait fait.

Seamus n'était pas une fille. Mais Théo était attiré par ces petites choses qui faisaient de lui un homme différent des autres et attirait irrémédiablement les yeux de l'étudiant. Sauf que Seamus était irrémédiablement un homme : il n'avait pas seins, il ne faisait chier personne avec ses règles, pire que tout, il y avait bien une bosse dans son slip quand il avait le malheur de se balader avec juste ça sur lui, ignorant les regards outrés de son colocataire.

Théo n'était pas une pédale. Il aimait les femmes, toucher leurs seins, caresser leurs hanches, leur faire l'amour par des voies « naturelles »… Jamais il ne pourrait faire entrer son sexe dans le… d'un mec… Argh, c'est dégueu !

Théo se redressa, énervé. Il marcha jusque la salle de bain pour prendre sa douche, exaspéré au possible par son comportement. Il devait oublier ça. C'était juste passager… Mais c'était plus fort que lui.

Plus fort que lui…

Dégueulasse.

OoO

« Harry, viens dormir…

- Mais attends, j'envoie un SMS à Remus !

- C'est pas vrai…

- C'est bon, encore deux minutes…

- Et tu vas encore envoyer un SMS à Ron, à Olivier, à Cho, à…

- Qu'est-ce que tu es grincheux quand tu es fatigué, toi… »

Draco soupira et enfonça sa tête dans un oreiller. Le trajet n'avait pas été spécialement long mais il avait passé un examen le matin même, il n'avait donc pas bien dormi la nuit dernière. Puis, il y avait eu le voyage, en soit pas très long, mais le temps du changement de train avait été bien trop long à son goût. Harry avait trouvé comme seule occupation de lire un magazine people trouvé dans le train qu'il avait gardé et Draco, peu désireux de pratiquer une activité cérébrale, avait regardé avec lui ce numéro de Gala, sans grand intérêt, mais qui les occupa un petit bout de temps.

Une fois arrivés à la gare de Thonon-les-Bains, il fallut attendre la navette, mais Draco préféra payer un taxi plutôt que d'attendre une éternité à la gare. Pour une fois, Harry ne tut, partageant son avis. Ils montèrent donc dans un taxi, rangeant leur valise commune dans le coffre. Ils mirent une heure à atteindre l'hôtel, qui se trouvait assez loin de la gare, notamment à cause des routes aux multiples virages qui permettaient aux automobilistes de monter dans les hauteurs.

Morzine était une jolie ville construite sur une sorte de petite vallée, les maisons traditionnelles poussant sur les flancs, collées les unes aux autres, alors qu'en bas, maintes installations sportives avaient été construites, comme une piscine ou encore des terrains de tennis, un grand pont rattachant les deux côtés du village pour les piétons. Harry fut émerveillé par la vue : toutes ces maisons en bois qui s'alignaient le long de la route, à un ou plusieurs étages, et la montagne en paysage… Tout ça était si loin de Paris, les bâtiments en ciment, le bruit de la route et la pollution…

L'hôtel où ils avaient loué une chambre était très grand, constitué de trois bâtiments principaux. Sur la façade, une grande baie vitrée en forme de triangle recouvrait la façade, soit le rez-de-chaussée et l'étage du dessus, avec le nom de l'établissement écrit en blanc. Harry fut quelque peu impressionné, n'ayant pas l'habitude des hôtels, mais il le fut davantage en entrant dans le bâtiment : tout semblait être fait en bois, de la rampe d'escalier menant à l'étage où se trouvait l'accueil, la charpente du toit, ainsi que les différents meubles et décorations, donnant à l'hôtel un petit côté rustique mais la modernité de l'endroit se faisait sentir à travers la piscine installée dehors, visible par les grandes baies vitrées.

Draco récupéra les clés auprès de la patronne qui se trouvait à l'accueil, puis ils gagnèrent leurs chambres dans un bâtiment nouvellement construit. Elle était plutôt spacieuse pour eux, constituée de deux pièces : une chambre avec un lit simple, dont le tiroir formait un autre couchage, qui communiquait avec la salle de bain et les commodités, ainsi qu'une autre chambre avec un lit double et la télévision. Une armoire se trouvait dans chaque pièce et la décoration était sommaire, dans les tons beiges, donnant à la chambre une certaine luminosité. Etant au premier étage, leur balcon, où se trouvaient une table, des chaises et un séchoir, faisait plutôt office de rez-de-chaussée. Ils avaient une vue sur la montagne et aussi sur la pelouse derrière la piscine, ce large terrain vert où, tout au fond, se trouvait un parc avec des daims.

Après s'être installés dans la chambre, ils avaient dîné dans la salle de restaurant, où une table leur était réservée pour toute la durée du séjour. L'entrée et le dessert étaient à volonté mais le plat était servi à table, et Harry se régala. Fatigué, Draco picora dans son assiette, ayant plus que tout l'envie de s'allonger sur un lit et dormir.

Et c'était ce qu'il aurait dû faire de puis un bon moment si cette tête de linotte qui lui servait de petit copain ne s'était pas souvenu qu'il n'avait prévenu personne de son arrivée à Morzine, mis à part Isaline, ce qui relevait quasiment de l'automatisme.

« Harry…

- Oui, j'arrive ! »

Harry le rejoignit enfin dans la chambre, son portable en main. Draco était enfoncé dans les couvertures, la tête posée sur l'oreiller frais et ferme, attendant juste que ce crétin veuille bien venir dans le lit et éteindre la lumière. Après avoir éteint son portable, le tatoueur consentit enfin à rejoindre le blond sous la couette. Alors, Draco ferma les yeux, se calant contre Harry qui le prit dans ses bras après avoir éteint la lumière, lui caressant les cheveux tendrement. Il plongea la tête la première dans les bras de Morphée, épuisé.

OoO

La journée du lendemain fut des plus agréables. Ils se réveillèrent vers neuf heures, fatigués tous les deux mais désireux de profiter de leur séjour. Ainsi, Draco fut le premier à prendre une bonne douche chaude avant d'aller secouer son petit ami et le forcer à aller faire sa toilettes pendant que lui-même s'habillait. Ils sortirent ensemble de la chambre d'hôtel, descendirent les escaliers puis marchèrent un peu avant d'atteindre l'entrée, passant devant la baie vitrée montrant la piscine extérieure, la grande pelouse où se trouvait une table de ping-pong, un filet de volley-ball et, tout en fond, un parc où vivaient quelques daims. L'entrée était jointe à une grande salle coupée en deux par un bar placé juste au milieu, séparant la salle de spectacle, où se trouvait une scène et où il était possible de mettre des chaises lors des soirées, et de l'autre côté des tables rondes en bois où les clients buvaient leur café, lisaient le journal ou encore bavardaient.

La salle à manger n'était pas pleine de monde, comme ce devait être le cas dans la période estivale. Ils prirent un plateau et y posèrent ce dont ils avaient besoin : Draco se servit une bonne tasse de café, prit un croissant tandis que Harry prenait du chocolat chaud, un pain au chocolat et deux verres de jus d'orange pour eux. Ils mangèrent tranquillement sans se presser. Il faisait beau et le temps était clair, ce qui était appréciable : ils ne restaient que deux jours et il aurait été dommage de rester à l'hôtel tout ce temps alors qu'ils avaient juste le week-end pour profiter de l'endroit.

Ils passèrent la matinée à se balader. Draco étant déjà venu dans cet endroit avec Blaise, il connaissait les bons endroits à voir mais le problème était qu'ils n'avaient pas de voiture. Cependant, les télésièges étaient en marche donc ils pouvaient tout de même se déplacer. La matinée fut donc consacrée à la balade, pendant laquelle Harry prit pas mal de photos. Main dans la main, ils déambulèrent dans la ville de Morzine, profitant du beau temps, quoiqu'un peu frais, déjeunèrent dans un restaurant, puis montèrent dans les hauteurs par télésiège pour occuper leur après-midi.

Harry aima beaucoup cette journée, n'étant quasiment jamais allé à la montagne. Isaline n'aimait pas vraiment la neige et ne savait pas skier, Sirius en avait déjà fait mais n'en gardait pas un super souvenir. Ainsi, la petite famille n'était jamais allée à la montagne, c'était donc une grande première pour Harry, même si c'était l'été. Draco lui expliqua que la plupart des touristes qui venaient ici grimpaient eux-mêmes ou descendaient ce qu'ils faisaient en télésiège, ce qu'il avait lui-même fait avec Blaise. Harry avait regardé le sol, ses pieds posés sur la barre du siège, et c'était dit que ce devait être vraiment dur. Mais pourquoi pas, après tout, s'ils louaient une chambre plus longtemps…

Loin de Paris, Harry respira le bon air frais de la montagne et oublia un peu ses soucis. Passer une journée entière avec son petit ami le détendit comme jamais. Il se sentait plus libre, moins engoncé dans un rôle et une vie qu'il aimait mais qui l'étouffait en ce moment, à cause de Cédric, qui sortit complètement de sa tête et n'y revint pas une seule fois. Tenir la main de Draco, marcher près de lui et découvrir d'autres paysages lui redonna le sourire et gonfla son cœur de bons sentiments.

OoO

« Draco, t'es sûr que…

- Oui Harry, je veux qu'on y aille, et tous les deux ! Alors tu arrêtes de me gonfler et tu viens ! Et oublie pas la serviette sur le lit ! »

De mauvais grâce, Harry fit demi-tour pour prendre la serviette posée sur le lit et la prit dans ses bras. Il portait son jean et un tee-shirt par-dessus, comme Draco. Ce dernier poussa un soupir à fendre l'âme et se massa le front. Jamais il n'avait eu honte des tatouages de Harry, et plus le temps passait, et plus il trouvait que ces dessins faisaient partie de lui, et le rendaient même plus sexy. Cependant, il n'en était pas de même pour Harry. Bien qu'il assumât ses actes, il n'aimait pas vraiment aller à la piscine parce qu'il savait que les autres le regardaient et il ne voulait pas embarrasser Draco avec ça. Ce dernier ne voyait absolument pas où était le problème : si Harry ne voulait pas que les autres le regardent, d'accord, ils n'iraient pas se baigner, mais si le problème était Draco, non, il était hors de question qu'ils se privent.

« Harry, tes tatouages ne me gênent pas, soupira le blond en se passant une main, lasse dans les cheveux. Alors arrête de te prendre la tête avec ça…

- Mais les autres me regardent, Draco, et je sais que c'est gênant. On est tous les deux, c'est pas comme si on était en groupe, tu vois…

- Ecoute, je te l'ai dit je ne sais combien de fois, je t'aime comme tu es, alors on ne va pas rester ici à cause de ça. Allez viens. »

Les deux derniers mots sonnèrent comme un ordre et, enfin, Harry haussa les épaules et le suivit, tongs aux pieds. Ils fermèrent la porte de la chambre puis descendirent les escaliers et gagnèrent la grande salle où se trouvait deux piscines intérieures chauffées, très fréquentées quand il faisait trop froid dehors et que personne n'osait plonger dans l'eau froide de la piscine extérieure.

Il n'y avait pas beaucoup de monde, quelques jeunes et quelques vieux, mais pas de familles, donc aucun enfant à l'horizon. Un groupe de jeunes chahutait un peu dans la plus grande des deux piscines où étaient installés des jets d'eau plus ou moins puissants ainsi que des plaques fixées au sol qui, après avoir appuyé sur un bouton, laissaient échapper des bulles comme dans un jacuzzi.

Ils s'avancèrent tous deux vers un bord de la piscine recouvert de moquette verte et rêche où les clients laissaient leurs affaires, histoire d'avoir un œil dessus. Draco retira son tee-shirt, dévoilant son torse pâle. Harry ne manqua rien de la scène, admirant en secret le dos pâle de son petit ami, puis son torse. Il était beau, ainsi éclairé par la lumière de la baie vitrée qui laissait passer la lumière du soleil, ses cheveux blonds prenant une teinte dorée, en accord avec la couleur laiteuse de sa peau. Harry ne revint sur terre que quand Draco lui jeta un regard pour qu'il se déshabille à son tour, ce que le brun fit avec plus ou moins d'envie.

Alors que le blond retirait son pantalon, il put voir à son tour le torse de son copain, plus musclé que le sien, et ses bras moins minces, dont l'un était tatoué. Il en vint à se demander comment Harry pouvait imaginer un seul instant qu'il puisse avoir honte de lui. Certes, sa vision était déformée par l'amour qu'il éprouvait pour lui, mais néanmoins, il faudrait être fou selon lui pour être embarassé par quelqu'un d'aussi bien fait. Tatoué, certes… mais cela lui donnait un charme certain.

Ils rentrèrent tous deux dans l'eau, qui était un peu fraiche comparé à leurs corps chauds. Harry poussa un gémissement en sentant la nette différence de température, peu habitué à aller dans l'eau, même s'il n'avait aucune hésitation à plonger dans la mer en avril. Draco poussa un soupir mais il s'habitua vite à la température après quelques brasses gracieuses dans l'eau. Harry le suivit, plus pour se réchauffer qu'autre chose.

« Elle est froide, se plaignit-il, comme un enfant.

- Harry, je t'en prie…

- Ils servent à quoi, les jets d'eau ? Demanda soudain le brun, histoire de changer de conversation.

- J'en sais rien. A masser, il parait. Moi, je trouve ça juste douloureux.

- Je vais aller essayer.

- Mets-toi contre le bord de la piscine quand tu allumes le jet, sinon tu vas… »

Un jeune alluma le jet en question, regardant l'endroit où l'eau allait jaillir, et se prit le jet en pleine gueule. Harry explosa de rire, sans pouvoir se retenir, et Draco ricana : le geste à ne pas faire… Le jeune, embarrassé, s'éloigna du jet alors que le brun nageait en sa direction. Il se retourna et appuya son dos contre cette espèce de barre d'eau qui jaillissait avec force du tuyau, provoquant un gros bruit et des remous dans l'eau.

De l'autre côté, Draco regarda Harry qui attendait sous le jet, sans savoir si ça faisait mal ou si ça faisait du bien. Puis, le brun disparut sous l'eau et glissa jusque Draco, qui fronça les sourcils en regardant son ombre venir à lui. Il sursauta en sentant les mains de Harry saisir sa cheville qu'il libéra de justesse. Le brun sortit la tête de l'eau en rigolant alors que son petit ami lui jetait un regard peu avenant, ses cheveux noirs dégoulinant de chaque côté de son visage. Harry passa une main dans sa crinière pour les ramener en arrière, dévoilant véritablement son visage.

Un visage souriant, sans soucis. Ses yeux verts, sans lunettes, brillaient comme jamais. Et ses cheveux noirs mouillés, plaqués contre sa tête…

Draco en était presque excité.

« T'as eu peur ?

- Ne me mets pas la tête sous l'eau, j'aime pas ça, lui ordonna le blond.

- Oh, allez… Fit Harry en souriant d'un air canaille.

- Non… Harry ! J'ai dit non ! »

Mais le tatoueur ne l'écouta pas : il saisit sa taille et Draco eut beau se débattre, gesticulant comme une anguille pour garder son équilibre, il se retrouva la tête sous l'eau. Il repoussa presque violemment son petit ami et sortit la tête de l'eau en toussotant, alors que le rire du tatoueur résonnait dans la salle. Boudeur, Draco nagea vers le fond de la pièce, rapidement suivi par son petit ami qui lui demandait pardon, sans grande sincérité.

Le regard des jeunes dans la piscine les suivait. Il y avait deux filles et trois garçons, très certainement français, mais le couple les ignorait. Draco nageait vers le fond de la pièce : contre le mur, la piscine était aménagée de façon à créer comme des bancs carrelés et des jets d'eau sortaient par des trous, soit pour masser le dos, soit pour toucher les mollets. Harry nageait non loin de lui et, évidemment, il se fit accoster. Pour changer. Enfin, une des filles se fit accidentellement bousculer par lui…

« Oh excuse me !

- C'est rien ! Rit-elle.

- I'm very sorry… »

Bon reflexe, se dit Draco alors que la jeune fille le regardait bizarrement. Encore une greluche qui ne savait pas dire un mot d'anglais…

« Ah, t'es anglais ? Do you… Heu… You speak french ?

- Hm… No… »

Draco se retint de pousser un soupir exaspéré en voyant l'air embarrassé de son comédien de petit ami qui allait jouer à l'étranger en terre inconnue qui ne savait pas parler français. La jeune fille se tourna vers ses amis mais aucun d'entre eux ne savait parler anglais et ils se regardaient, comme s'il pensait que l'un d'entre eux allait avoir l'illumination et saurait tenir la conversation avec cet inconnu. Histoire de couper court à l'échange, Draco poursuivit son chemin et alla s'assoir sur le banc carrelé, puis appuya sur le bouton pour enclencher le jet d'eau. Son petit ami ne tarda pas à être près de lui : les jeunes allèrent s'amuser de l'autre côté de la piscine, déçus de ne pouvoir parler avec ces étrangers.

« Bon reflexe, je n'y aurai pas pensé.

- Ils doivent avoir quinze, seize ans, ce sont des gamins.

- Presque la majorité, fit remarquer Draco en s'appuyant contre le jet d'eau, ce qui lui fit du bien.

- Oui, mais ils ne parlent pas anglais. Ou trop mal alors ils n'osent pas parler parce qu'ils ont honte.

- Au moins, ils nous laissent tranquille.

- Et moi qui te croyais sociable, fit Harry d'un air faussement déçu.

- Je suis pas venu ici pour être le centre d'attraction de petits français en vacances. D'ailleurs, c'est bizarre qu'ils soient ici, c'est pas les vacances il me semble…

- Va savoir. Peut-être qu'ils sont là juste pour le week-end aussi… Réfléchit le brun à voix haute.

- Possible. »

Ils étaient assis l'un à côté de l'autre, très proches, leurs bras se frôlant. Contre leurs dos, des jets d'eau pulsaient, massant leurs muscles de façon agréable. Leurs regards se croisèrent. C'était étrange de se retrouver là, tous les deux, si loin de Paris. Ils s'étaient déjà baignés ensemble dans la mer, mais elle était si froide et c'était un moment de délire, Draco n'en avait pas réellement profité pour reluquer son petit ami, comme il pouvait le faire à présent.

L'eau de la piscine était transparente, claire et illuminée par les globes colorés encastrés dans les murs. Son corps était dévoilé à ses yeux, ses épaules solides, ses tatouages aux motifs abstraits, et ce papillon bleu planté au-dessus de son téton gauche, prêt à s'envoler. Il était beau, avec ses cheveux noirs enfin ordonnés et ramenés en arrière, dévoilant son visage aux yeux troublés par l'absence de lunettes.

Harry ne se gênait pas non plus pour regarder son copain, mais de façon discrète, presque à la dérobée. Son corps n'était pas musclé mais il était mince, sans tendre vers la maigreur, et totalement vierge. C'était sans doute une chose qu'il aimait chez Draco : la pâleur de sa peau, si différente de la sienne où étaient posés des tatouages indélébiles. Il ne les regrettait pas, ils faisaient comme partie de lui, mais cela ne l'empêchait pas d'envier, d'une certaine façon, et d'aimer la peau vierge de Draco. Et il était beau, aussi. Il l'avait toujours été, à ses yeux, et plus les jours passaient, plus il semblait le devenir encore un peu plus. En cet instant, ses fins cheveux blonds dégoulinaient le long de son visage, mouillés, et il le regardait de ses yeux bleus de façon franche, son dos appuyé contre le mur du bassin, ses jambes croisées sur le banc carrelé avec aisance.

Le tatoueur faillit rougir à cette vision, se sentant tellement banal et presque laid à côté de cet homme séduisant qui respirait la classe, qu'importe sa position et l'état de ses cheveux.

« Quelque chose ne va pas ? »

Harry le regarda, hésitant, alors que Draco le regardait d'un air doux, comme pour l'inciter à parler.

« J'ai envie de t'embrasser. »

Le groupe de jeunes était loin, mais ils pouvaient les apercevoir, assis sur les bancs et dans un coin un peu caché du bassin. Et quand il entendit cette question, Draco se sentit fondre : les yeux verts un peu troublés de Harry brillaient de mille feux, tournés vers lui presque avec innocence, perdant toujours de leur caractère quand ils n'étaient plus protégés par des lunettes.

« Vas-y. »

Près de lui, Harry hésita, puis il se pencha et planta un rapide baiser sur ses lèvres. Draco sentit son cœur chavirer, sans savoir que celui du brun battait à folle allure.

Qu'importe qu'on les regarde.

Qu'importe qu'on les remarque.

Cela n'avait aucune importance. Le regard des autres, ce qu'ils pouvaient penser d'eux, leurs visages choqués ou dégoutés… tout cela était sans importance ni conséquences. Ils s'aimaient. C'était suffisant.

« On va au jacuzzi ?

- Si tu veux. »

Alors Harry, d'une poussée, quitta le banc et nagea tranquillement vers les escaliers carrelés, suivi par Draco qui alignait des brasses gracieuses et mesurées, les yeux fixés sur le dos de Harry où ses ailes blanches flottaient sous l'eau ondoyante. Il ignora les jeunes qui les regardèrent passer, puis sorti de l'eau. Incertain, Harry attendit que Draco le rejoigne avant d'aller récupérer leurs affaires, distinguant mal les formes autour de lui. Le blond lui mit ses lunettes sur le nez et l'enroula dans une serviette avant de le faire lui-même. Ils mirent leurs tongs, prirent leurs affaires puis, frissonnant de froid, gagnèrent le jacuzzi à quelques mètres de là.

Il se trouvait dans une pièce installée au sous-sol, sous les chambres des animateurs qui, pendant la saison estival, devaient supporter la température de l'hôtel, celle transmise par le jacuzzi sous leurs pieds, l'humidité de cette pièce ainsi que la musique, car ils se trouvaient juste à côté du bar : pendant les soirées dansantes, ils devaient animer ces soirées, et ceux qui n'en étaient pas chargés essayaient de dormir, sans grand succès.

La pièce était séparée en deux par un mur de verre. Une porte, ne rejoignant pas les deux parties du mur, servait plus à séparer un peu les deux parties de la salle et empêcher la majeur partie de la vapeur et de l'humidité de passer sur le côté, là où se trouvaient des vestiaires, pour se changer ou poser les affaires, tandis que de l'autre côté, se trouvait un hammam et un jacuzzi, la baie vitrée étant opaque le long du bassin.

Quand il entra dans la pièce, Harry fut surpris par la chaleur et l'humidité ambiante. Il n'était jamais allé dans un jacuzzi auparavant, pensant notamment qu'il pourrait y rester des heures sans rien faire, alors qu'une dizaine de minutes dans le bassin suffisait amplement. Personne ne se trouvait dans le coin, que ce soit dans le bassin ou dans le hammam, ce qui les arrangeait. Ils allèrent dans les vestiaires déposer leurs affaires, à savoir leurs vêtements, leurs serviettes et leurs tongs. Harry retira ses lunettes une fois de plus alors que Draco allait mettre en route la minuterie du jacuzzi. Puis, lui tenant la main, Draco le guida jusqu'au bain, le tenant fermement pour qu'il ne glisse pas sur les marches. Quand il mit son pied dans l'eau, Harry poussa un petit cri de surprise : c'était bouillant.

« C'est chaud !

- Ton corps est froid, c'est normal.

- Ouais, mais quand même. »

Prévu pour un certain nombre de clients, le bassin était tout de même assez grand. L'eau remuait sous l'effet des jets d'eau et des bulles sortant du fond. Harry et Draco s'assirent non loin des escaliers, se mettant à leur aise dans cette eau chaude.

« Ah, ça fait du bien… Soupira finalement le tatoueur.

- Le passage du froid au chaud est bon pour la circulation du sang, expliqua le blond.

- Ouais, ils font ça dans les pays du nord. Ils passent d'un bain à trente degré à un de quelques degrés seulement, ou l'inverse…

- Il ne faut pas trop en abuser, c'est tout, sinon on peut tomber malade. Et tu verras quand on retournera dans la chambre, on a les membres tout ramollis.

- Tata serait heureuse si elle était là. Elle a mal au dos en ce moment, elle va chez le kiné… »

Draco se rapprocha de lui et passa un bras autour contre son dos, de façon naturelle, comme il le faisait souvent, mais qui cette fois-ci embarrassa Harry, qui le lui fit savoir par une grimace.

« Draco, on pourrait nous voir.

- Et alors ?

- Il me semblait que tu étais plus discret avec tes ex, non ?

- Tu n'es pas mon ex et je ne vois pas où est le problème. Il n'y a personne, ici, et on entendrait venir…

- Draco, s'il te plait… »

Harry se décolla un peu du bord, pour éviter que son dos touche le bras de Draco. Ce dernier en fut vexé alors, soudain, il se redressa et s'assit sur les genoux de Harry, de façon si vive que ce dernier ne vit rien venir. Il ne put que regarder bêtement son amant s'installer sur ses cuisses, ses poignets posés nonchalamment sur ses épaules, ce qui eut pour effet de l'exciter comme jamais et de faire rougir ses joues plus qu'elles ne l'étaient déjà à cause de la chaleur ambiante. Draco eut un sourire quelque peu pervers, s'amusant clairement de la situation.

« Qu'est-ce qui est le plus embrassant ? Mon bras ou que je sois assis sur toi ?

- Descends ! Et si on… »

Mais le blond ne l'écouta pas, en ayant assez de l'entendre. Habituellement, il n'aurait pas agi de cette manière, loin de là. Le blond n'aimait pas se donner en spectacle, et surtout pas dans ce genre de position, mais la situation était différente. Depuis des semaines, elle était différente. Depuis que ce salopard était entré dans leur vie, la donne avait changé.

Draco l'embrassa, posant simplement ses lèvres contre les siennes, enroulant ses bras autour de son cou, sans forcer. Il sentit Harry lui répondre, imaginant son excitation, le trouble de ses sens, la panique dans son esprit : ils pouvaient se faire prendre à n'importe quel moment, et pourtant, il ne pouvait qu'apprécier la situation, sentir la caresse de leurs corps mouillés et chauds, dans cette atmosphère moite et vaporeuse…

Leur baiser se termina et ils se regardèrent, l'un troublé, l'autre taquin. Il n'y avait pas de bruit, mis à part les remous du jacuzzi, mais personne ne semblait arriver. De toute façon, le temps qu'ils traversent le couloir et passent devant la baie vitrée, ils auraient le temps de se séparer. Alors, voyant que la voie était libre, Draco décida de taquiner encore un peu son petit ami.

« Alors, on est troublé, Potter ? »

Draco s'attendit à beaucoup de réactions, mais certainement pas celle qui suivit. Son sourire un peu moqueur lui fut soudain retourner, alors que les bras de Harry glissaient rapidement sous ses fesses. D'une seule poussée, Harry le souleva hors de l'eau, le faisant crier de stupeur. Sans avoir le temps de s'agripper à Harry, il bascula dans le fond du jacuzzi, s'étalant de tout son long dans le bassin. Le tatoueur explosa de rire, alors que le blond émergeait de l'eau trop chaude, toussotant. Le brun nagea vers son blondinet dégoulinant d'eau.

« Qu'est-ce que tu peux être con, toi, des fois ! »

Encore une fois, Draco ne le vit pas venir, bien que Harry nageât vers lui. Assis, Draco le vit soudain se hisser sur ses propres cuisses, comme il l'avait fait quelques minutes auparavant, se coulant contre lui. Draco trouva cela plus excitant de l'avoir sur lui, alors que leurs torses se touchaient à nouveau. Harry prit son visage entre ses mains et l'embrassa tendrement, d'abord juste avec les lèvres, chaudes et humides, d'abord sa bouche, puis tout son contour. Enfin, il glissa sa langue entre les lèvres entrouvertes de Draco pour lui offrir un baiser infiniment tendre, amoureux et sensuel, alors que ses mains glissaient vers les épaules du blond, ses bras entourant mollement son cou.

L'étudiant se sentit fondre contre cette étreinte. Il posa ses mains sur les hanches de Harry, sous l'eau, caressant le bas des reins et son dos mouillé, ses doigts s'aventurant à la frontière de son maillot de bain. Il répondait à ce baiser si délicieux qui émerveillait ses papilles, caressait la langue de son amant avec la sienne, suçant la sienne par moment, la laissant aller et venir dans sa bouche. Il était bien, comme sur un petit nuage, et son petit ami assis sur ses cuisses éprouvait les mêmes sensations agréables, son échine frissonnant de plaisir. Harry se perdait dans ce baiser interminable, aussi humide que cet endroit qui les enveloppait de douceur.

Quand ils se séparèrent, haletants et l'esprit en ébullition, ils se regardèrent longuement, sans échanger un mot, retombant sur terre. Puis Draco eut un léger sourire, lançant un regard provocateur à son petit ami.

« Toi, tu passes à la casserole, ce soir…

- Ah oui ?

- Ouais… »

Son regard brillait de désir et Harry se sentit frissonner sous l'intensité de ses yeux bleus qui semblaient dévorer son visage. Il se pencha pour l'embrasser à nouveau, quand soudain, la porte de la salle s'ouvrit et des voix se firent entendre. Aussitôt, Harry bascula sur le côté, éclaboussant Draco, alors que les personnes qui entraient se pressaient dans le couloir tellement elles avaient froid. Ils longèrent le mur opaque, sans les apercevoir, et de toute façon, jamais ils n'auraient pu imaginer qu'ils échangeaient un baiser langoureux quelques secondes auparavant.

C'était les jeunes qu'ils avaient vu dans la piscine et ils ne tardèrent pas à les rejoindre dans le bassin après avoir déposé leurs affaires, gémissant de plaisir quand leurs corps furent immergés dans l'eau chaude et remuante. L'un à côté de l'autre, Harry et Draco se tenaient la main sous l'eau et discutaient en anglais, sans écouter ce que les jeunes français racontaient. Ils entendirent néanmoins qu'ils n'étaient là que pour le week-end, l'une des filles était l'enfant des propriétaires. Ils sentaient néanmoins leurs regards posés sur eux, à la dérobée. Qu'importe. Cela n'avait aucune importance.

Le jacuzzi finit par s'arrêter, au bout des dix minutes réglementaires. Les adolescents rouspétèrent tandis que les deux adultes sortaient de l'eau. Ils se séchèrent dans les vestiaires tandis qu'un jeune remettait en route le jacuzzi. Puis, enveloppé d'une serviette chacun, ils regagnèrent leur chambre et prirent leur douche.

OoO

La nuit était tombée sur Morzine. Les lampadaires alignés le long des grandes rues formaient comme une guirlande de Noël sur l'autre flan de la montagne, boules lumineuses non loin des maisons qui semblaient se reposer, dans la pénombre de la nuit. Tenant légèrement la main de Draco, Harry regardait cet étrange paysage, trouvant la vue très jolie. A ses côtés, le blond portait davantage d'attention aux maisons en bois et autres bâtiments à l'aspect tout aussi rustique, tels que les hôtels ou bien les appartements loués pendant l'hiver ou bien l'été, pour le ski ou la randonnée.

Il faisait plutôt bon. Tous deux avaient enfilé une veste mais ils étaient bien : il n'y avait pas de vent et les nuages gris n'avaient jamais menacé leur week-end depuis leur arrivée, leur accordant alors des journées et des nuits sans perturbations. Ainsi, ils purent profiter pleinement de leur promenade, ayant déjà dîné à l'hôtel. Au lieu de participer à l'animation du soir, qui était une simple cérémonie d'accueil faite par le gérant de l'hôtel, ils préférèrent se balader dans la nuit : Draco voulait lui montrer le village une fois le soleil couché. Et Harry n'était pas déçu.

Un pont reliait les deux flans de la montagne. Uniquement accessible au piétons, il leur permettait d'aller de chaque côté du village sans faire tout le tour, ce qui était par contre le cas des véhicules. Draco guida Harry au milieu du pont et ils purent voir, tout en bas, les diverses constructions sportives comme la piscine olympique ou encore les terrains de tennis. Tout était illuminé, en bas. Accoudé à la rambarde, Harry regardait en bas et relevait les yeux sur la ville, son regard voyageant sur ce paysage un peu étrange et banal pour certain qu'il n'avait, lui pas l'habitude de voir.

« J'aime vraiment cet endroit, lâcha soudain Harry.

- On pourra toujours y revenir, dit Draco en s'accoudant à son tour.

- Pourquoi pas en février prochain, pendant les vacances d'hiver ?

- Tu vois loin. On sera toujours ensemble, d'ici là ?

- J'espère bien, répliqua Harry en fronçant les sourcils. Tu penses le contraire, toi ?

- Si je pouvais te lier à moi à tout jamais, je le ferai. »

Harry piqua un fard en entendant ces mots. Le regard de Draco était planté dans le sien, ses yeux bleus rivés sur lui. Un certain sérieux était peint sur son visage, et il souriait légèrement. Le tatoueur sentit son cœur battre plus vite dans sa poitrine, comprenant sans vraiment y croire ce que cette phrase signifiait.

« Ah oui ? Fit-il, la gorge sèche.

- Oui. Mais je ne suis pas le seul à décider, sinon ce serait égoïste.

- Tu n'es pas sérieux, Draco… Ca ne fait pas si longtemps que nous sommes ensemble, même pas un an.

- Ça ne veut pas dire que je ne sais pas ce que je veux. Et ce que je veux, je l'ai près de moi. »

Délicatement, sans quitter son amant des yeux, Draco lui prit la main, avec tant de douceur que c'en était presque une caresse. La pression montait en Harry, ses joues étaient rouges et son cœur s'emballait comme jamais.

« Si je te demandais en mariage, tu accepterais ?

- Je ne sais pas, répondit Harry avec honnêteté. Je pense que la bague aurait un grand impact sur ma réponse.

- J'ai toujours su que tu étais quelqu'un de vénal… »

Le brun éclata de rire alors que Draco souriait, détendu, tenant toujours la main de son petit ami dans la sienne.

« Je dois donc acheter une bague digne de ce nom avant de te demander officiellement ta main.

- On peut dire ça comme ça.

- Je dois assurer alors, je n'ai pas droit à l'erreur. »

Ils échangèrent un sourire complice avant de s'embrasser, comme pour conclure une promesse, les pieds à des mètres et des mètres du sol, leurs visages caressés par la brise de la nuit.

OoO

Harry poussa un petit cri suraigu avant de cacher sa bouche avec sa main, à la fois pour étouffer les autres bruits indiscrets qui pourraient en sortir, en aussi par embarras, comme pour cacher cette manifestation de son plaisir qu'il n'avait pu garder pour lui. Fermant obstinément les yeux, il ne put malheureusement pas s'empêcher de gémir, haletant sous les assauts de son amant.

Debout contre le mur de leur chambre, Harry avait toutes les peines du monde à demeurer droit, ses jambes tremblant sous lui. Il n'avait plus son pull mais il portait encore son tee-shirt froissé, son pantalon et son slip avaient été baissés par Draco, qui se trouvait agenouillé devant lui, parfaitement habillé et très occupé par une tâche hautement divertissante : pousser son petit ami dans ses retranchement et l'entendre gémir sans aucune gêne, incapable de se retenir.

Sa main posée devant sa bouche, Harry tremblait et, malgré tous ses efforts, il ne pouvait se retenir de gémir plaisir alors qu'il sentait la langue de son petit ami autour de son sexe, léchant toute la longueur du membre avant que le bout ne soit emprisonné dans la cavité buccale du blond qui suçait avec avidité cette partie si sensible de l'anatomie des hommes. Le brun vivait un véritable supplice, sentant les mains de Draco sur ses hanches, une taquinant ses bourses, et sa bouche faire l'amour à son sexe chaud, dur et pulsant. Un plaisir intense envahissait ses reins et faisait trembler son corps, ses jambes, ses mains et même sa tête tout embrouillée. C'était tellement bon, maladroit, mais tellement agréable, et cette position était aussi inattendue qu'excitante…

Draco abandonna son sexe et mit trois doigts dans sa propre bouche. Les yeux rivés sur Harry, il le vit pencher la tête sur le côté, comme si cet abandon sonnait comme un répit pour lui. Or, ce répit fut de bien courte durée. D'un geste ferme, Draco guida son amant, le formant à écarter les cuisses, ce que le brun ne comprit pas de suite, jusqu'à ce qu'il sente un doigt tout contre son intimité qui se faufila dans cette partie cachée et intime de son corps.

Ses plaintes devinrent presque des sanglots. Sans jamais le lâcher du regard, dévorant presque des yeux le visage bouleversé par le plaisir du brun, Draco s'activait sur son sexe, oubliant toutes les réticences qu'il avait autrefois ressenties à l'idée de pratiquer une telle caresse, éprouvant un plaisir certain à lire sur le visage de celui qu'il aimait un bien-être sans nom ni commune mesure, imaginer la plaisir inonder son corps et déconnecter son esprit de la réalité. Il était beau ainsi, tenant à peine debout, ses mains agrippées au mur. Les doigts de Draco allaient et venaient dans son intimité, écartant les chairs, pénétrant toujours plus loin, afin de mieux le préparer à sa venue. Son autre main caressa la cuisse de son petit ami, caressa le galbe d'une de ses fesses puis descendit le long de sa jambe, électrisant son corps par ce simple geste d'une tendresse inouïe.

« Draco… Je… Arrête… »

Alors le blond cessa son activité, ne voulant pas que Harry jouisse seulement maintenant. Il le sentait prêt à l'accueillir. Alors Draco se redressa et le plaqua contre le mur, ravageant de ses lèvres la bouche si tentante du tatoueur qui répondit avec gourmandise à ce baiser affamé, le capturant à son tour dans ses bras. Draco portait encore tous ses vêtements, mis à part son pull, et savoir que les jambes de Harry coincées entre les siennes étaient nues l'excitait, surtout qu'il sentait son sexe dur contre le sien, et de son côté, le corps du brun était stimulé par des sensations opposée mais de même intensité : Draco était habillé, lui était à demi nu, et il mourrait d'envie de se coller à lui, de ne faire qu'un avec son corps chaud et rassurant.

Ils se séparèrent, leurs bouches se quittant pendant un laps de temps bien court, le temps qu'ils puissent retirer leurs derniers vêtements. Harry se débarrassa de son pantalon et de son slip qui bloquaient ses chevilles, ainsi que ses chaussettes et enfin son tee-shirt, alors que Draco se débarrassait de tout ce qu'il portait, rapidement aidé par Harry qui se fit un plaisir de descendre son boxer sur ses cuisses.

Tous deux se retrouvèrent sur le lit. Harry était allongé sur Draco qui avait écarté les cuisses pour rendre leur position plus confortable, et il embrassait son torse, faisait rouler sous sa langue les tétons érigés du blond qui gémissait sous le traitement, fermant à demi les yeux. Il se retrouvait à présent en position de victime, comme Harry l'avait été quelques instants auparavant. Alors que son amant descendait le long de son ventre, déposant des baisers papillon sur sa peau et taquinant son nombril, le blond regretta de ne pas être assez fort pour pouvoir porter Harry : il l'aurait volontiers fait sien contre le mur, ses jambes croisées sur ses reins. Il n'aimait pas la position de la levrette, préférant voir le visage de son amant quand il faisait l'amour, il ne trouvait pas cela particulièrement excitant. Mais avoir Harry contre lui, suspendu à lui…

Le tatoueur, ignorant tout de ses pensées et de ses fantasmes prit son membre plus qu'excité dans sa bouche afin de le lubrifier. Il poussa un gémissement en le sentant subitement devenir encore plus dur. Soudain, les mains du blond l'arrêtèrent, tirant doucement sur ses cheveux, alors qu'il se redressait. Etonné, son corps ne désirant plus que l'assouvissement, Harry le regarda en fronçant les sourcils.

« Harry, tu serais capable de me porter ?

- Pardon ? Fit le brun, comme s'il avait mal compris, ou plutôt comme s'il ne comprenait en quoi ce fait pourrait avoir de l'importance en vue de la situation.

- Qu'est-ce que tu serais capable de me porter plus de dix secondes ?

- Je l'ai déjà fait tu sais, t'es un poids plume.

- Alors fais-moi l'amour contre le mur. »

S'il n'avait pas été aussi incroyablement excité à l'idée d'être lui-même épinglé contre le mur de la chambre, Draco aurait explosé de rire en voyant le visage ahuri de son petit ami accoudé entre ses cuisses et tenant son membre dans une de ses mains.

« T'en es capable ou non ?

- J'aurais jamais cru que tu aurais envie de ça, toi.

- Chacun ses fantasmes, et je ne peux pas te porter, moi.

- Je suis maladroit, Dray, ça risque de ne pas être super et tu vas pas aimer ça…

- Tu en as envie ou pas ? »

Harry ne répondit pas, gardant la bouche obstinément close, mais la couleur rouge pivoine de ses joues répondit pour lui. Bien sûr que c'était excitant : même s'il avait tendance à préférer être pris, Harry trouvait cela particulièrement plaisant de faire lui-même l'amour à Draco, surtout qu'il ne s'était jamais donné à quiconque avant lui. Et le prendre contre un mur, le soutenir, le tenir coincé entre lui et le béton…

La suite ne fut plus que gémissements et tendres préliminaires qui firent voir les étoiles à Draco. Il gémit, poussa mêmes de petits cris qui lui avaient paru si mignon venant de Harry quelques minutes auparavant. Les larmes aux yeux, il prit un plaisir non feint à subir les petites attentions de son amant qui le préparait avec soin, ayant peur de lui faire mal.

Ils finirent par se relever, chancelant. Draco fut plaqué contre le mur, les jambes tremblantes d'anticipation. Autant il souhaitait commencer les choses plus sérieuses, tant son corps était douloureusement excité, et autant il voulait devenir un véritable objet de désir et de plaisir entre les mains de Harry, qui le regardait toujours avec une sorte de vénération dans les yeux quand il lui faisait l'amour. Toujours cette même lueur empreinte de respect et de l'amour dans ses yeux verts, son regard rivé sur lui comme s'il était la chose la plus belle au monde. Et Draco aimait être au centre de tout, au centre de son univers, à lui…

Harry n'eut pas beaucoup de mal à le soulever : Draco n'était pas bien lourd malgré sa taille et le brun était assez musclé pour pouvoir le porter. Le blond replia ses jambes autour de la taille de son amant et lui demanda s'il pourrait tenir dans cette position. Comme Draco, Harry avait la sensation que leurs corps n'avaient jamais été aussi proche, l'un coincé entre le mur et un forme ferme, l'autre tenant son petit ami du mieux qu'il pouvait, avec ses bras et sa poitrine. Alors il ne put lui répondre, se contentant de hocher la tête.

Ils se regardèrent, dans les yeux. Puis, Harry entra en Draco.

D'abord, le blond fit une grimace : ça faisait mal, comme à chaque fois qu'ils faisaient l'amour, car il n'était pas souvent dessous. Puis, quand Harry se mit un peu à bouger, entrant petit à petit en lui, il ressentit une sensation de bien être. Enfin, quand son petit ami se lâcha, allant et venant en lui, ses bras le tenant fermement contre lui, il ne put que crier.

La position en elle-même était inconfortable, Draco avait l'impression qu'il allait tomber d'un moment à l'autre et les mouvements de Harry n'étaient pas aussi amples que s'ils avaient fait l'amour sur le lit. Pourtant, la position qu'ils avaient adoptée, leur proximité, les frottements de leurs peaux les excitaient comme jamais : Draco sentait son propre sexe se frotter contre le pubis de son petit ami, sa peau caresser celle de l'autre, et les mains solides de Harry tenir ses fesses, son corps le plaquer contre le mur pour qu'ils ne tombent pas, son membres aller et venir à une vitesse folle en lui…

Un plaisir encore inconnu jusque là envahissait le corps et l'esprit de Draco qui éprouva pleinement les sensations des passifs, se laissant aller contre Harry sans faire le moindre geste, subissant ses assauts avec un entrain non dissimulé, se contenant de s'accrocher à lui, ses ongles plantés dans ses épaules, sa gorge offerte à la bouche vorace du brun… Ce dernier se perdait lui aussi dans le plaisir. Le fait de porter Draco devenait presque douloureux, il pesait sur ses bras et ses jambes, et cette sensation engendrait de l'empressement qui le conduisait à aller plus vite dans ses mouvements, cherchant le plaisir, la délivrance, la fin de cet acte sans pour autant véritablement la désirer. Entre ses bras, cet étudiant fier, classe et sérieux s'était transformé en un être gémissant, empli de luxure, qui l'excitait autant qu'il lui apportait du plaisir. C'était bon de lui faire l'amour, c'était bon de le plaquer contre ce mur et le faire sien, le sentir perdre complètement pied, perdu dans la jouissance…

Harry vint le premier, se rependant dans l'intimité de son petit ami. Epuisé au possible, il s'appuya encore plus contre le mur, ses jambes tremblantes, comme s'il allait tomber. Sentant le sperme chaud couler en lui, Draco ne put résister plus longtemps et il se laissa aller à la jouissance, fermant les yeux, ses jambes serrant avec moins de force les hanches surement rougies de Harry.

Le blond tremblait contre Harry, ravagé par la jouissance. Il descendit tout de même des hanches de Harry, aidé par ce dernier, sentant qu'il faiblissait. Ils restèrent néanmoins collés l'un à l'autre, se remettant peu à peu des sensations qu'ils venaient d'expérimenter. Draco embrassait les cheveux de Harry, les caressait, massait ses épaules. C'était un peu comme s'ils se découvraient une nouvelle intimité.

Un peu plus tard, ils iraient presque une douche, et puis finalement un bain, Harry calé entre les cuisses de Draco, et ils referaient l'amour. Mais pour le moment, blottis l'un contre l'autre, ils attendaient que leurs corps et leurs respirations s'apaisent, que leurs jambes cessent de trembler, que leurs cœur cessent de battre comme un forcené…

OoO

Le taxi les attendait devant l'hôtel, le chauffeur debout près de son véhicule. Harry sentit son moral en prendre un coup. Il avait passé un bon week-end dans cet endroit et il aurait voulu prolonger son séjour. Draco lui avait proposé de le faire, ils pouvaient toujours décaler leurs billets de train et prendre une nuit de plus à l'hôtel, mais Harry avait refusé : Isaline l'attendait dans la soirée et rentrer le lundi l'aurait épuisé, étant donné qu'il travaillait le mardi. Draco avait alors haussé les épaules : à sa guise.

Ils rangèrent alors leurs valises dans le coffre de la voiture, puis le chauffeur les emmena à la gare. Ils discutèrent un peu avec ce dernier, originaire de la région, qui leur parlait des endroits à visiter, s'ils revenaient un autre jour dans le coin. Pour lui, il fallait au moins rester une semaine, voire même plus, pour réellement profiter de Morzine et de ses environs. Il y avait des lacs, des cascades, des villages à voir… Harry l'écoutait d'un air rêveur, peu inquiété par la marche, à condition que les chemins ne soient pas escarpés. Draco ayant déjà visité le coin parlait avec le chauffeur de façon plutôt passionnée.

Une fois à la gare, ils burent un café dans un bar non loin de là en attendant l'arrivée du train. Ils étaient arrivés bien en avance, ayant prévu la circulation qui sévirait entre Morzine et la Gare de Thonon-les-Bains, en ce dimanche après-midi.

Le voyage fut relativement agréable, enfin insupportable pour Draco qui, décidément, n'aimait pas les trajets longs avec des changements interminables. Harry fut plus patient, s'efforçant d'occuper son petit ami en le taquinant, ce qui eut le mérite de faire passer le temps et de lui faire oublier son ennui. Et aussi, dans le fond, même si l'étudiant aimait Paris, changer d'air ne lui faisait pas de mal. Ces voyages l'apaisaient, surtout qu'il en avait vécues, des tensions, récemment.

Draco ne parut revivre que quand ils montèrent dans le TGV en première classe, direction Paris. Quand il avait appris qu'ils voyageaient en première classe, Harry avait failli gronder son amant qui, décidément, avait vraiment des goûts de luxe. Draco s'était défendu en lui disant qu'à cette date, ils étaient moins chers que les billets en deuxième classe. Une petite vérification sur le site lui avait prouvé qu'il ne mentait pas. Néanmoins, la différence entre les deux classes n'était pas grande, mis à part la largeur des sièges, la couleur de la moquette et le service.

Ils s'installèrent donc dans leur compartiment, peu fréquenté, et s'occupèrent. Draco lisait Le sang et l'or d'Anne Rice tandis que Harry était plongé dans L'homme qui tomba amoureux de la lune de Tom Spanbauer. Ce dernier fut extrêmement vexé en voyant la mine ahurie de son petit ami quand il sortit son bouquin, quand ils étaient montés dans le train, le tatoueur ayant occupé auparavant son temps avec un magazine de jeux vidéo.

« Je sais qu'on ne dirait pas, comme ça, mais je sais lire autre chose que les magazines. »

Alors Draco essaya de lui expliquer que c'était vraiment étonnant de le voir avec un roman dans les mains, mais Harry bouda dans son coin, le nez plongé dans son livre, ignorant les excuses du blond qui n'avait su se retenir. Mais justement ! Sa réaction sortait carrément du cœur. Finalement, Harry consentit à lui pardonner quand Draco lui proposa pour la énième fois quelque chose à manger ou à boire.

« On arrive à Paris dans un quart d'heure.

- Génial, j'en peux plus !

- On est en première classe, un employé t'amène directement à ton siège ce que tu veux boire ou manger, et tu oses te plaindre ? Lui dit Harry avec un sourire amusé.

- Je ne suis pas aussi patient que toi.

- C'est à se demander comment tu arrives à faire cours à Allan…

- Je sais me montrer pédagogue, répliqua le blond. Et il n'est pas stupide, juste borné. C'est l'âge.

- Tu étais borné quand tu étais jeune ?

- Un peu.

- T'avais une tête de bébé quand t'avais treize ans. »

Draco le foudroya du regard alors que Harry gloussait. Un jour, quand il était chez lui, Harry avait fouillé dans les albums de famille se trouvant dans la bibliothèque, alors que Draco était pris au téléphone par sa tante Druella qui parlait beaucoup mais ne disait pas grand-chose. Le jeune homme s'était extasié en voyant des photos de son petit ami bébé, souriant aux anges ou regardant bêtement l'objectif de ses grands yeux bleus, sa bouche luisante de bave, ce qui lui donnait un air à croquer. Ce petit ange qui était devenu un démon de perversité avait ravi les yeux de Harry, surtout quand il le vit grandir. Ce fut avec horreur que Draco le découvrit allongé par terre sur le grand tapis au milieu de la bibliothèque, regardant un album où il avait entre douze et treize ans. Avec sa tête de petit garçon parfait, tiré à quatre épingles et coiffé avec tellement de soin qu'aucune mèche ne dépassait, il avait l'air aussi insupportable que mignon.

« Ne refais plus jamais ça. Je déteste ces photos.

- Arrête un peu, t'es fier comme un coq dessus, et tu es photogénique en plus.

- Je sais, mais je n'aime pas ça. »

A une époque, il avait aimé ces photos, tant il était narcissique, ne se trouvant que des qualités, surtout physique. En allant à la fac, il avait mûri et il n'aimait pas vraiment ces photos où il ne voyait qu'un garçon parfait en tout point qui avait ravi sa famille. Il était toujours aussi beau, certes, mais il avait changé, au fond de lui. Sa maturité l'amenait à jeter un regard critique à ces clichés presque caricaturaux. Il ne parvenait pas à comprendre pourquoi Harry aimait tant regarder ces photographies. Le tatoueur avait toujours les yeux illuminés et un sourire béat sur les lèvres quand il regardait ces grands albums reliés de cuir où ses photos étaient collées.

D'un autre côté… Draco avait vécu la même expérience : plus d'une fois, il avait pris les gros albums de famille, parmi les cartons où se trouvaient des photos non rangées, et il avait pu voir Harry grandir. Il y avait pas mal de photos où il était bébé, chérubin au visage encadré de boucles noires, ses grands verts ouverts sur le monde qui l'entourait. Parfois, il y avait ses parents : sa mère qui souriait tendrement à l'objectif, tenant son fils unique dans ses bras, ou alors son père, à qui il ressemblait tant, qui le tenait fermement dans ses bras, avec fierté. Il y en avait, des bébés Harry…

Et puis un trou. Un gros trou.

Un trou de sept ans.

Oh, il y avait bien des photos, prises de temps en temps par les Dursley, histoire d'avoir bonne conscience, qu'ils ne sortaient que pendant les visites de la grand-mère, certains membres de la famille ou encore si jamais une assistance sociale passait par là. Même si les photos, en soi, n'étaient pas vraiment soignées et pas toujours très belles, le petit garçon qui apparaissait dessus était beau comme un cœur, souriant parfois de toutes ses dents sur les clichés. Un peu comme si tout allait bien.

Et puis, Isaline prenait le relais et bombardait son pupille avec son appareil photo, et ce tout au long de sa croissance, qu'il soit enfant, adolescent ou bien adulte. Et le regarder grandir sur les clichés n'était pas une sensation désagréable. Au contraire, Draco aimait le regarder plus jeune, l'embrasser des yeux, découvrir un autre aspect de l'homme qu'il aimait. C'était sans doute ce que Harry devait ressentir, également.

« Ne fais pas la tête. Je n'y peux rien si je te trouve beau et désirable même quand tu avais 13 ans…

- C'est ça, fous-toi de moi.

- Ton air de petit péteux me fait frissonner.

- Abruti. »

Et Harry rigolait encore, hilare, tandis que Draco soupirait. Dehors, la nuit était tombée et le train circulait sur les rails avec facilité malgré l'obscurité. Cela donnait une atmosphère un peu mélancolique au wagon et aux voyageurs qui s'y trouvaient. Draco se laissa aller en arrière et ferma les yeux.

« Ah Paris et sa banlieue…

- Ne te plains pas, tu es en vacances.

- J'attends les résultats.

- Tu les auras, tes examens. Et puis tu vas te reposer pendant deux semaines, puis tu vas donner quelques cours… La vie est tranquille pour toi. »

Le conducteur du train annonça qu'ils arrivaient en gare. Les passagers se levèrent pour récupérer leurs affaires, Draco et Harry n'en firent rien, préférant attendre que le train soit dans la gare pour se lever.

« Je travaille bien assez comme ça pendant l'année.

- Moi aussi je travaille, figure-toi.

- Tu as quand même le temps de te divertir.

- Je…

- Si tu vois ce que je veux dire. »

Le silence tomba entre eux, lourd. Harry fut coupé en plein élan et l'expression de son visage s'affaissa, alors qu'il se mordillait la lèvre. Et voilà que Draco mettait ça sur le tapis, alors que rien dans la conversation ne laissait entrevoir cela…

« S'il te plait, pas maintenant, dit Harry en articulant bien ses mots.

- Désolé, ça m'a échappé.

- On a passé un bon week-end, ne l'assombris pas avec ça.

- Comme tu dis, on a passé un bon week-end, loin de Paris. Maintenant, tout va redevenir comme avant. »

Draco se leva, comme pour clore la conversation, mais Harry ne comptait pas s'arrêter là. Draco avait bien du toupet de lui parler de lui dire ça alors que des gardes du corps attendaient devant sa porte et le suivaient où qu'il aille, ce qu'il supportait avec peine. C'était pour Draco et Isaline qu'il ne piquait pas une crise de nerfs.

« Tu dramatises un peu trop, Draco, lui dit Harry tandis que le blond prenait leur valise. D'accord, il m'est arrivé de le rencontrer dans la rue et de lui parler. D'accord, je tolère sa présence. Mais ça ne veut rien dire !

- Arrête de dire ça, Harry, c'est lassant. »

La voix de Draco aussi, était lasse. Le blond lui jeta un regard entre fatigue et exaspération avant de descendre du train, trainant la valise. Harry le suivit : il ne comprenait pas. Le blond s'était montré si attentif et tendre pendant leur séjour, ils avaient fait l'amour, s'étaient baladés dans la ville main dans la main… Ils avaient été un vrai couple en l'espace d'un week-end, le couple qu'ils étaient avant que Cédric n'entre dans leur vie. Et Harry comprit alors une chose : ce week-end, il n'avait pas été organisé juste pour la détente. C'était aussi une façon de montrer à Harry ce qu'ils avaient été, avant le retour de Cédric : un couple amoureux. Et aussi ce qu'ils n'étaient plus.

Sur le quai, Harry prit le bras de Draco, cherchant son regard, et malheureusement pour lui, il le trouva.

« Je sais, Harry. Je sais. Même si tu essayes de le cacher, je sais que tu es troublé.

- Non !

- Oh si. Je le vois à tes yeux, à ton comportement. Tu étais terrifié quand tu l'as vu en bas de chez moi, car tu t'es rappelé de tout ce qu'il t'a fait, et tu as pensé à ce qu'il pourrait me faire. Maintenant, tu peux le rencontrer dans la rue et parler avec lui sans avoir peur. Je pense même que tu apprécies ces moments, car tu retrouves celui que tu as connu. Même sans être à nouveau amoureux, Harry, tu éprouves quelque chose qui pourrait se rapprocher de l'amitié, ce que tu as éprouvé pour lui il y a des années.

- Je ne l'aime pas, Draco… »

Son regard était désespéré.

Sa voix sonnait faux.

« Tu dis ça pour toi, Harry. Pour te rassurer, pour te convaincre que tu ne l'aimes plus. Je veux bien te croire si tu me le dis, mais savoir que tu peux le voir dans la rue et parler avec lui me rend malade. Même si cela te semble stupide, je ne peux pas supporter ça. Je ne peux plus. J'ai vu des photos de toi à cette époque, j'ai vu ce qu'il a fait de toi. Et tu l'as aimé, tu as supporté tant de choses pour lui… Je ne peux plus. »

Son visage était triste.

Ses mots venaient du cœur.

« Je t'aime, tu sais. Je peux attendre, et je ne te quitterai pas. Je ne peux pas faire ça. Mais… ça fait mal, tu sais. Ca fait vraiment mal de voir ça, de savoir que tu es troublé par cet homme que tu as aimé. Je le sais, je le vois Harry, alors ne secoue pas la tête, et ne me regarde pas comme ça. Je sais que tu penses à lui.

- Je t'aime… C'est toi que j'aime ! »

Draco ferma les yeux d'un air douloureux. Ces mots dénués de sens glissaient sur lui, il n'était plus qu'un mur, les oreilles sourdes et le cœur gros. Harry le regardait avec des yeux terrifiés, ses mains moites crispées, l'une d'elle agrippée à son manteau. Sa bouche était entrouverte, comme s'il voulait parler, lui expliquer, mais… rien ne sortait. Car il n'avait rien à dire.

A part lui dire qu'il l'aimait.

Mais ça ne servait à rien. Draco le savait. Cédric aussi. Harry également. Ce n'était pas une nouveauté…

« Choisis, et vite. C'est lui ou moi. Soit c'est moi, et je m'efforcerai de te rendre heureux. Soit c'est lui : tu penses pouvoir lui accorder une chance alors tu le fais, et tout de suite. Même si c'est juste de l'amitié, ou alors tu le laisses t'approcher… Je ne sais pas. Mais c'est lui ou moi. Tu ne peux pas avoir les deux. Mais je peux attendre. Je veux attendre, parce que je veux que tu me choisisses. On ne fait pas de pause, ni rien. Je suis toujours là pour toi… Mais choisis. Choisis. »

Sa gorge était serrée, il était prêt à pleurer. En fait, il ne le regardait même plus, car s'il le faisait, il se mettrait vraiment à pleurer. Harry avait baissé les yeux. Il ne disait rien. Alors que Draco aurait voulu l'entendre répliquer, se battre, lui crier presque qu'ils étaient un couple, qu'il lui avait tout donné, et que ce n'était pas ce psychopathe qui allait leur prendre tout ce qu'ils avaient construit.

Mais Harry se taisait.

Parce qu'il doutait.

Parce que son cœur balançait.

Draco avait ouvert grand cette porte qu'il s'était tant efforcé à garder fermée, ou du moins entrouverte.

Il eut mal.

Il eut envie de pleurer.

Harry eut mal, aussi.

Mais il ne pleura pas. Même s'il en avait cruellement envie, même s'il sentait le sol s'ouvrir peu à peu sous ses pieds, comme pour l'engloutir.

Il ne versa pas une larme. Il le ferait plus tard, dans son lit, seul, maudissant sa propre existence.

OoO

« Pardon ?

- Il attend dans le salon.

- Mais qu'est-ce qu'il vient faire ici ?

- Bah je sais pas. Tu veux qu'on le jette dehors ?

- Non. »

Cédric serra les dents en grimaçant. Il traversa l'entrée exiguë de l'appartement, son acolyte sur ses talons. Puis, il entra dans le salon au vieux papier peint fané et aux meubles abimés. Assis dans le fauteuil élimé, Marcus Flint regardait vaguement la télévision, les bras croisés sur son torse. Quand il entendit Cédric entrer, il leva les yeux vers lui mais ne manifesta aucune émotion.

« Éteins cette télé. »

Marcus s'exécuta tandis que son ancien ami fermait la porte. Il s'assit près de lui, à une distance peu respectable. Ils pouvaient presque se toucher. Un peu comme autrefois. Cédric s'attendit à une réaction : jusque là, ils s'étaient toujours vus en prison, séparés par une vitre, alors que là, ils étaient assez proches pour sentir la chaleur de l'autre. Même s'il ne le montrait guère, Cédric savait qu'il aimait ce genre de familiarité.

Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, Marcus ne réagissait pas, comme s'il était face à un inconnu, un homme comme les autres qu'il était venu voir pour on ne savait quelle raison. Cédric se sentit vexé de créer si peu d'émotions dans les yeux noirs comme des caves de Marcus.

« Comment vas-tu, Marcus ? Ca faisait longtemps.

- En effet. Je vais bien. Et toi ? »

Il avait toujours cette voix froide, sèche et peu agréable à l'oreille. En fait, rien n'était agréable chez lui. Cédric ne savait pas s'il pensait ça parce qu'il avait été trahi ou de façon objective. Il se rappelait d'Olivier : un homme assez réservé avec ses émotions mais sympathique et vivant. Il n'avait jamais compris comment ce type avait pu s'enticher de quelqu'un comme Marcus Flint.

Cédric sortit de sa poche un paquet de cigarettes. Il avait commencé à fumer en prison et il n'avait pas pu se défaire de son addiction une fois sorti, bien au contraire. Il tendit le paquet à Marcus.

« Non, je ne fume plus.

- Pardon ?

- Olivier n'aime pas.

- Tu as arrêté de fumer pour lui ? Fit Cédric, les sourcils levés, d'une voix lente.

- Oui. »

Marcus était de ces jeunes qui avaient commencé tôt la cigarette et qui ne pouvaient s'en séparer, car cela faisait presque partie de lui-même. Cédric l'avait toujours connu avec une clope entre les doigts ou au bord des lèvres, ce qui avait rendu ses dents un peu jaunes. Il avait néanmoins assez de savoir-vivre pour mâcher des gommes à la menthe ou des chewing-gums pour masquer son haleine fétide de fumeur.

« C'est pas possible.

- T'es pas obligé de me croire. »

Cédric n'en revenait pas : non seulement cet asocial fréquentait une bonne nature comme Olivier, mais en plus, il en venait à arrêter la cigarette.

Au fond de lui, Cédric s'était toujours méfié de lui. Olivier avait réussi dans la vie, il avait la place que l'ancien prisonnier avait rêvée avoir, et bien qu'il soit doué, le sportif était trop humble pour s'en vanter à tout va. Plus sincère, moins calculateur, il attirait davantage la sympathie que Cédric, trop parfait pour engendrer de véritables amitiés. Et, surtout, tous deux avaient des amis communs, donc Olivier connaissait des personnes comme Cho, qu'il avait soutenue lors de sa séparation, faisant un grand tri dans ses amis : Cédric l'avait trompée et elle avait été profondément blessée, pour une raison que la plupart ignorait, mais que lui connaissait.

Olivier était un homme qui savait se battre et qui avait un fort esprit de compétition, mais seulement dans le cadre de son travail. Dans la vie privée, il était plus calme et posé. Donc, quand il était agacé, voire énervé ou en colère, on le sentait tout de suite et cela faisait souvent mal. Autant dire que la petite guerre qu'il mena contre Cédric, pleine de sous-entendus, mit ce dernier dans l'embarras. Evidemment, Olivier n'avait rien contre les homosexuels, mais il était inadmissible que Cédric se cache derrière des femmes pour cacher un homme.

Le charme d'Olivier avait été inefficace sur Marcus qui avait érigé des murs autour de lui, ses yeux perpétuellement tournés vers Cédric, mais finalement, il avait fini par laisser tomber ces sentiments qu'il avait nourris pendant des années pour enfin regarder cet homme qui, dans le fond, ne lui ferait jamais de mal.

Olivier Dubois était un salopard. Comme tous les autres. Il protégeait Cho, Harry, mettait Marcus de son côté. Il le détestait...

« Bref... Qu'est-ce que tu fais là ? Comment tu as su...

- Je suis venu te parler, le coupa-t-il. Et je savais de source sûre que tu étais ici, avec trois amis à toi. Tu n'as vraiment peur de rien... »

Son regard noir était dur, implacable. Evidemment, Cédric Diggory n'était pas venu seul mais accompagné de trois personnes. Il ne pouvait pas venir dans cette grande ville en solitaire...

« Je ne ferai pas de mal à Harry.

- Alors demande à tous ces types de rentrer en Angleterre.

- Depuis quand la vie de Harry te concerne ? Il me semble que tu ne l'as pas loupé, en janvier dernier...

- Je pense tu en as assez fait. Je ne l'ai pas revu depuis, si tu veux savoir, et je n'en ai pas envie. »

En réalité, Marcus aurait voulu le voir, et parler de façon plus calme avec lui. Olivier prenait une part de plus en plus importante dans sa vie et il savait qu'il s'autocensurait quand il parlait de ses amis, évoquant Harry le moins possible, et cette situation lui pesait. De plus, Marcus et le tatoueur s'étaient quittés en de mauvais termes : Harry devait le détester, voire le haïr, alors que Marcus aurait voulu lui parler et lui avouer qu'il avait cessé de lui en vouloir de lui avoir pris ce qu'il avait tant désiré. Il avait envie de mettre les choses à plat.

De lui demander pardon, aussi...

Cela dit, être confronté à lui lui faisait peur, à cause de tout ce qu'il pourrait lui dire, ou au contraire, ce qu'il n'arriverait pas à lui dire...

Voire même... à cause de tout ce que Harry pourrait lui reprocher...

« Le fait est que tu es en train de faire une grosse connerie. Je ne dirai pas la plus grosse de ta vie, mais ça en approche.

- Tu n'es plus mon ami, Marcus. Tu n'as pas à te mêler de ça.

- Il est hors de question que tu fasses une fois encore...

- Je ne lui ferai pas de mal ! Je ne veux...

- Si jamais tu le touches, Cédric, il ne s'en remettra pas. Il ne survivra pas à toi, cette fois-ci, même avec toute la volonté du monde. Ne joue plus à ce jeu-là, Cédric. Quatre ans sont passés, la vie a changé. Harry n'est plus un gamin de dix-sept ans, il n'a plus peur des regards ni des critiques. Il a quelqu'un, il a une vie, et tu n'en fais pas partie. »

Le cœur de Cédric se serra. Il en avait assez qu'on lui fasse toujours les mêmes reproches. Bien sûr, il savait que plus rien n'était pareil, que Harry avait mûri, mais justement, c'était cela qui le motivait encore plus à se rapprocher de lui : un Harry avec quatre années de plus était encore plus séduisant que le Harry de dix-sept ans.

« Prouve-leur que tu n'es pas stupide, Cédric, et ordonne à tes amis de quitter Paris.

- Tu veux que je reste ?

- Tant que tu n'auras pas eu ce que tu veux, tu resteras ici. La seule chose qui pourra te faire partir d'ici, c'est une grosse déception. Tu n'en es pas encore là.

- Va-t-en.

- Ne fais pas le con, ne bousille pas ta vie plus que tu ne l'as déjà fait. T'es en train de tout foutre en l'air.

- Va-t-en.

- Harry est bien dans ses pompes, toi tu viens tout juste de quitter la prison, tu es complètement survolté et...

- Va-t-en !

- ... tu agis dans la précipitation sans réfléchir, alors s'il te plait...

- Va-t-en ! »

Sans prévenir, Cédric sauta sur lui, le poing en l'air, son beau visage déformé par la fureur. Sachant que le coup viendrait, Marcus esquiva le poing et les fit tomber par terre. Ils roulèrent sur le tapis jusqu'à toucher la table basse, Marcus sur son ancien ami qui bouillonnait de rage. Tenant ses poignets de chaque côté de son visage, à califourchon sur ses hanches, Marcus lui lança un regard noir à donner la chair de poule. Ses mots furent comme des piques empoisonnées, plantées méticuleusement dans sa chair à des endroits fragiles.

« Et c'est ça qui veut séduire Harry Potter ? C'est cet homme qui réagit à la provocation par les poings ? Tu penses vraiment qu'il va revenir vers toi alors que ton cœur est plein de colère et de violence ? »

Cédric serrait les dents, les larmes aux yeux.

« Tu es perdu, Cédric. Complètement perdu. Arrête tout ça, tu n'y gagneras rien. Laisse le temps faire son travail, et reviens un autre jour. Mais pas maintenant, s'il te plait, pas maintenant... »

Sa voix pénétra son âme. Cédric le regardait avec des yeux humides, comme s'il avait envie de pleurer. Ils restèrent un long moment comme ça, Marcus assis sur lui et leurs visages tout proches, comme s'il pensait que ses mots seraient plus efficaces. Quand il sentit que la tension baissait, que Cédric cessait de lutter, Marcus relâcha un peu sa prise.

Grave erreur.

OoO

Gonflant ses joues comme un hamster, les bras croisés sur sa poitrine, Cho regardait d'un air boudeur Olivier qui ne semblait pas gêné le moins du monde.

« Cho, ce sera juste pour une nuit.

- Mais je veux pas !

- Ecoute...

- Espèce de traître ! Non seulement tu sors avec cet abruti, mais en plus, il va dormir ici ! Tu m'avais promis qu'il ne viendrait jamais ici quand moi je suis là ! »

Elle était tout simplement furieuse, même si elle faisait de gros efforts pour garder son calme. A la limite, Marcus Flint pouvait dormir chez eux quand elle était autre part, mais certainement pas quand elle était là. Elle détestait ce sale type et n'avait pas oublié le jour où il était venu régler de vieux comptes avec Harry. Elle tolérait sa présence à l'appartement quand elle n'était pas là parce qu'elle aimait Olivier et qu'elle ne voulait pas être une sorte d'obstacle dans son épanouissement sentimental, mais il y avait des limites !

« Si tu n'es pas contente, c'est pareil. Va chez Marietta.

- Nan, je veux pas !

- Tu me soules, Cho... »

Il fut interrompu par le bruit de l'interphone. Olivier sortit de la cuisine et alla dans l'entrée pour décrocher le combiné : c'était Marcus. Il lui ouvrit la porte, raccrocha, puis informa sa colocataire qu'il arrivait. Enervée, elle fonça dans sa chambre, choppa un sac et balança quelques affaires avant de revenir dans l'entrée et informer le sportif qu'elle partait demander l'asile politique chez Harry. Elle gémit quand on sonna à la porte : Marcus était juste derrière. Olivier soupira et ouvrit.

S'il avait été une fille, il aurait poussé un cri de stupeur. Or, Cho en était une, donc elle eut une petite exclamation de surprise. Lui, il se contenta d'ouvrir de grands yeux.

Devant eux, Marcus avait la tête un peu baissée, un épais pansement ressemblant étrangement à un plâtre sur le nez. Aussitôt, Olivier le fit entrer et l'emmena dans le salon, sans lui laisser la peine de retirer ses chaussures et son manteau. La chinoise le suivit, aussi inquiète qu'étonnée. Marcus était pâle, il avait le regard fuyant, et ce gros pansement sur son visage n'avait rien de rassurant.

« Mais qu'est-ce qui t'es arrivé ?

- Battu avec Cédric. Il m'a pété le nez.

- Mais comment...

- On a roulé par terre. J'ai pris le dessus et je le tenais en lui parlant, et puis j'ai lâché prise parce qu'il s'était calmé et il m'a donné un coup de boule. »

Avant de le rouer de coups, mais ça, il préféra éviter de le dire. Il avait eu tellement mal en sentant le cartilage de son nez craquer qu'il n'avait su se défendre face à la violence presque gratuite de l'ancien tolard. Olivier verrait plus tard ses ecchymoses.

Il y eut un petit silence dans la pièce. Cho avait un peu de mal à saisir : oui, Cédric était bien là, à Paris, mais comment Marcus avait-il pu savoir où il était, et pourquoi était-il allé le voir ?

« Tu as pu lui parler ?

- Il est pommé. Je le sens. Il est fatigué, il tourne en rond. Il y a trois mecs chez lui, il n'est pas venu seul. Harry a du souci à se faire.

- Et il vit où?

- Dans un appartement qui appartenait à sa grand-mère, il le prenait toujours quand il allait à Paris.

- Il faut prévenir Harry ! S'écria Cho.

- Le prévenir de quoi ? Que je me suis fait péter le nez ? Il sait ce qu'il risque, de toute façon. »

Ce n'était pas faux. Nerveusement, Marcus toucha son plâtre, caressant la surface du pansement, imaginant son nez dessous. Il fuyait le regard d'Olivier, ses yeux noisette qui devaient refléter de l'inquiétude. Il ne regardait pas Cho non plus : elle le détestait et c'était réciproque.

« Je vais quand même aller lui envoyer un SMS. »

Marcus haussa les épaules tandis que la chinoise quittait le salon. Olivier, jusqu'alors assis sur la table basse, se posa à côté de lui et prit doucement son visage, examinant le plâtre.

« Ca doit faire mal.

- Ouais. Mais bon, c'est supportable.

- Tu crois que ton nez va changer de forme ?

- Ca peut pas être pire qu'avant.

- Dis pas ça. »

Se laissant aller à un excès de tendresse qui ne lui ressemblait guère, Marcus recula sa tête des mains d'Olivier pour ensuite poser son front contre son épaule, fermant les yeux, alors qu'il posait sa main sur la hanche du sportif, en un geste qui se voulait rassurant. Olivier poussa un léger soupir, puis prononça quelques mots.

« Ca fait quoi de le revoir ?

- Mal.

- Tant que ça ?

- Pire que dans la prison. Il ne fait même plus semblant d'être content de me voir.

- Tu l'as trahi.

- Il m'a fait plus de mal que moi je lui en ai fait. Et même. On a été amis. Il n'avait pas à faire ça… »

La main un peu gauche d'Olivier passa dans ses cheveux noirs. Marcus se sentit comme une merde.

Il pensa à Harry. Ce Harry qu'il avait tant haï dans sa vie.

Qu'as-tu ressenti la première fois qu'il t'a rué de coups ?

OoO

Cela faisait bien quinze minutes qu'il trainait dehors. Respirer un peu d'air frais lui faisait du bien. Cela le calmait. La visite de Marcus avait massacré son moral. Il ne préférait pas penser à tout ce qu'il lui avait dit. Ce n'était qu'un abruti jaloux. Mais son discours et leur bagarre l'avaient tellement énervé qu'il était ressorti pour arpenter le quartier où vivait Harry, en espérant en vain mettre la main sur lui.

Il ne l'avait pas vu du week-end. Pourtant, le jeune homme se déplaçait dans le coin, que ce soit pour acheter quelque chose à la supérette ou alors pour aller rendre visite à ses amis, comme un certain mécanicien, Ron. Inquiet, Cédric était allé jusqu'à jeter un œil dans la boutique : Harry n'y était pas le samedi, et le dimanche, aucun signe de lui dans le coin.

Où avait-il bien pu aller ? C'était étrange. Depuis le temps qu'il le surveillait, Cédric savait très bien qu'il n'était pas du genre à prendre des journées complètes de congé, préférant prendre son après-midi, et surtout pas un samedi, où il y avait un peu plus de monde dans la boutique.

Cela l'agaçait prodigieusement. Il en était venu à se demander si Harry ne serait pas en train de passer son week-end avec son copain du moment, ce qui pouvait être une option bien plausible. Il rejetait pourtant cette idée, refusant d'imaginer son ex passer deux journées complètes avec ce petit péteux qui lui servait de petit ami.

Pourtant, cela allait faire sept mois qu'ils étaient ensemble, et c'était long. Cédric s'était bien renseigné sur eux, mais il ne savait pas jusqu'où ils étaient allés et à quel point ils étaient proches. L'idée même que Harry ait pu se donner à Draco Malfoy le rendait malade et il ne pouvait admettre ce fait. Pour lui, le tatoueur demeurait ce garçon pudique qui aimait les petites attentions et les cajoleries sans pour autant être capable d'ouvrir son pantalon. Mis à part le fait que Cédric ait été quelqu'un de violent, il avait tout de même été amoureux de Harry et ils avaient passé de très bons moments ensemble, des moments qui auraient pu basculer vers autre chose, si le brun n'avait pas été aussi prude.

Il ne devait pas avoir changé et, de toute façon, Harry était de ceux qui attendaient des années avant d'autoriser son amant à égarer sa main sur son entrejambe.

Qu'il avait pu le désirer, pourtant… Harry était un peu plus jeune que lui, dix-sept ans, et Dieu savait comme il était beau à l'époque. Pas bien grand, certes, mais un peu musclé, pas trop, mal habillé mais avec un charme fou. Ses cheveux n'étaient jamais coiffés, lui donnant un air « sorti du lit », et ses yeux d'un vert intense étaient cerclés de lunettes rondes qui lui donnaient un air un peu gamin. En somme, il était irrésistible. Même ses tatouages étaient beaux, lui donnant un petit côté sauvage.

Cédric pensa aux ailes qu'il s'était fait tatouer sur le dos. C'était pendant leur rupture, au moment de son anniversaire : Isaline lui avait fait ce tatouage avant son anniversaire, afin qu'il soit terminé le jour de ses dix-huit ans. Et autant dire que c'était magnifique. Harry n'en était que plus désirable…

Soudain, Cédric s'arrêta de marcher. Il s'était rendu à la superette du quartier pour prendre un truc à manger et, de loin, il reconnut la silhouette de Harry, sa veste en cuir et ses cheveux noirs aux mèches bordeaux dans tous les sens. Le sourire lui revint et alors il accéléra le pas, courant presque vers lui. Le tatoueur allait traverser la rue quand, non loin de lui, Cédric l'appela.

Comme si tout était normal.

Comme si c'était normal qu'il soit là, dans cette rue.

Comme si c'était normal qu'ils puissent se parler, sans éprouver de rancœur ou de douleur.

Harry se retourna et Cédric eut du mal à retenir sa stupéfaction. Pourtant, rien n'avait changé sur son visage : il n'affichait ni haine ni colère. Ses traits étaient même plutôt neutres, en fait. Pourtant… Quelque chose était différent, et Cédric le vit de suite : ses lunettes.

Elles avaient toujours été rondes. Il avait pourtant essayé, autrefois, de lui faire changer de style de verres : ovales, rectangulaires… Qu'importe, mais une forme différente, plus jolie, qui soulignerait la beauté de son visage.

Et là… Elles étaient ovales. En somme, ça ne changeait pas grand-chose, mais Cédric savait à quel point cet objet était important, voire même symbolique pour Harry qui n'en changeait jamais.

« Bonjour Cédric.

- Bonjour… Heu… Tes lunettes…

- Ah oui, je les ai changées, fit Harry en les touchant distraitement. Je suis allé à l'ophtalmo' récemment avec Draco. Il voulait que je change. Depuis le temps que je porte des lunettes rondes, je me suis dit que je pourrais faire un effort. »

Il n'avait jamais fait cet effort avec lui.

Jamais.

« D'accord… ça te va bien…

- Bof, ça ne change pas grand-chose… Cédric, il faut qu'on parle. »

L'ancien prisonnier haussa un sourcil, revenant de sa surprise. Harry avait l'air calme et sérieux. Il se força à ne pas trop espérer, ne sachant pas ce que son ex allait lui dire. Peut-être quelque chose de positif ?

« Il ne faut plus qu'on se voit. »

Loin de là.

« Pardon ?

- Je ne veux plus te voir. Je veux que tu t'en ailles et que tu me laisses tranquille.

- C'est Draco qui t'a demandé ça, pas vrai ? Il veut…

- Je ne veux pas le perdre. »

Sa voix avait changé. Elle s'était comme humidifiée, comme si les vannes s'ouvraient doucement mais dangereusement. Son regard aussi avait changé. Il semblait même plus tendu.

« Tu peux comprendre ça ? C'est vrai, il a raison, tu me troubles Cédric, et toi aussi je suis sûr que tu l'as compris. Oui, je pense à toi, je me dis que peut-être… »

Il ne savait pas comment continuer et le cœur de Cédric explosa dans sa poitrine de bonheur. Il avait réussi. Il allait pouvoir le…

« Mais je l'aime. Toi, t'es… c'est juste… comme à un ami… »

… récupérer.

« Lui, c'est ma vie. Je sais pas ce que je pourrais faire sans lui, il est tout pour moi. Non, tais-toi ! Ecoute-moi…

- Harry…

- Il m'a demandé de choisir. Et c'est lui que je veux. Même si je t'accordais une nouvelle chance, tu ne seras jamais rien pour moi, tout juste un ancien ami en qui je n'aurais jamais confiance. Lui, je peux tout lui dire, jamais il ne me fera de mal et avec lui j'ai la sensation d'exister, d'être moi-même. Je l'aime ! Est-ce que tu peux comprendre ça ? Je l'aime ! »

Ses yeux verts et humides le suppliaient presque de comprendre. Il avait envie de pleurer. Il pensait à Draco la veille, son visage douloureux, ses mots aussi blessants les uns que les autres. Il ne le méritait pas. Il ne méritait pas quelqu'un comme lui…

Et Cédric, face à lui, sentait son monde s'effondrer. Oui, il l'avait un peu embrouillé, et lui avait donné l'envie de lui redonner une autre chance ou entrer dans sa vie. Mais jamais plus Harry ne le regarderait comme un ami, car s'il le faisait, il perdrait la personne qui avait réussi à rallumer une petite étincelle dans ses yeux.

« Je lui ai tout donné… Tout ce qu'on peut donner à quelqu'un… »

Tout. Absolument tout.

Même son corps.

« Je veux pas perdre tout ça. Alors va-t-en, laisse-moi tranquille. Si tu restes ici, j'appelle les flics et je porte plainte. Si tu tiens à moi, alors arrête de me pourrir la vie et laisse-moi tranquille. »

Cédric se sentait mourir sur place. Une douleur innommable se lisait sur son visage. Il aurait voulu répliquer, mais c'était impossible… Que dire ? Que faire ? Harry venait de le frapper en plein cœur. L'autre blondinet avait gagné. Il avait tout eu. Tout ce que, lui, n'avait jamais eu…

Sans un mot de plus, au bord de la rupture, Harry tourna les talons et traversa la route, rentrant chez lui à grands pas.

OoO

Cho était assise devant son ordinateur, écoutant plus ou moins la musique qui s'échappait des enceintes. Ses doigts pianotaient sur le clavier alors que son regard était rivé sur l'écran. Elle était en train de discuter avec une copine de l'école tout en jouant à ses jeux en ligne. Cela lui permettait de se changer un peu les idées, et ça ne lui faisait pas de mal.

Olivier et Marcus n'étaient plus dans l'appartement. Malgré sa rancœur, Cho avait finalement accepté qu'il reste dormir cette nuit-là chez eux. Histoire de lui faire oublier un peu ce qui s'était passé, Olivier l'avait invité à dîner ce soir-là. Bien évidemment, Marcus fut bien difficile à convaincre : il était défiguré et il avait autre chose en tête qu'aller se remplir la panse dans un restaurant gastronomique. Pourtant, il consentit finalement à suivre Olivier.

Cho se retrouvait donc seule chez elle, devant son ordinateur, un paquet de chips à la main. Toute cette histoire l'ennuyait grandement. Rien que le fait que Harry puisse douter des mauvaises intentions de Cédric la mettait hors d'elle, mais elle ne pouvait le lui exprimer clairement, ce serait le braquer, et il entendait déjà suffisamment qu'il devait se méfier.

Enfin… Elle l'avait eu au téléphone ce matin et il lui avait paru exaspéré. La chinoise lui avait demandé pourquoi il était dans cet état-là et il lui avait expliqué qu'il était allé chercher ses nouvelles lunettes et Isaline et Nymph' n'arrêtaient pas de le charrier. Cho avait haussé un sourcil et lui avait demandé ce qu'elles avaient de spécial, ses lunettes : elles étaient rondes, non ? Elle éclata de rire en apprenant que les verres étaient ovales, Harry ayant cédé à la demande de Draco. Et elle ne put s'empêcher de le charrier à son tour, imaginant Isaline s'extasier en le voyant avec ses nouvelles binocles sur le bout du nez.

On sonna. Etonnée, Cho attendit quelques secondes, se demandant si elle avait bien entendu, avec la musique un peu trop forte qui emplissait sa chambre. On sonna une nouvelle fois. Elle se leva en se disant que ce devait être le livreur de pizzas : elle avait la flemme de cuisiner ce soir-là alors elle avait commandé une quatre fromage, histoire de se remonter un peu le moral. Alors Cho sortit de sa chambre, traversa le couloir, puis arriva dans l'entrée. Elle hésita une seconde puis ouvrit la porte, affamée.

La jeune femme faillit pousser un cri d'horreur en voyant Cédric planté devant elle. Aussitôt, elle referma la porte mais Cédric mit son pied dans l'entrebâillement. Elle cria d'indignation, poussant la porte avec toute la force qu'elle possédait.

« Putain mais retire ton pied, connard !

- Laisse-moi entrer !

- Jamais ! Casse-toi, espèce d'enculé !

- Je veux voir Marcus !

- Il est pas là !

- Il est où ?

- Je sais pas, avec Olivier ! »

Ce fut la chose à ne pas dire : elle était seule.

Aussitôt, d'une grande poussée, Cédric ouvrit la porte. Cho atterrit contre le mur et le regarda avec une terreur non dissimulée entrer dans l'appartement et claquer la porte derrière lui. Elle hurla, mais il la fit taire en la giflant avec tant de force qu'elle tomba agenouillée sur le sol, la main sur la joue, sonnée. L'ancien tolard lui prit le poignet fermement, à lui faire mal. Alors la chinoise se débattit comme une peste, le frappant et le griffant, mais il était plus fort qu'elle : il lui donna quelques coups, puis elle consentit à se taire.

Il l'emmena dans sa chambre, la força à se mettre sur le lit. Il ouvrit un tiroir et trouva une paire de menottes à fourrure rose. Il eut un sourire sarcastique qu'elle ne put voir, s'étant caché son visage tuméfié dans ses mains. Il attacha son poignet au montant du lit, veilla à ce qu'aucun portable ne soit à sa portée, puis la regarda quelques instants.

Il se souvenait d'elle. Ils s'étaient connus par amis communs, à une soirée. Elle avait tout de suite flashé sur lui, et autant l'avouer, elle était mignonne. Pas assez pour faire chavirer son cœur et la rendre différente des autres, ceci dit. Ce qui l'avait fait changer d'avis, c'était le fait qu'elle soit ultra féminine, et aussi qu'elle soit bisexuelle. A l'époque, il flashait sur Harry, alors elle faisait une bonne couverture, et elle serait moins compliquée à larguer, au besoin. Et puis, elle n'était pas mauvaise au lit, qualité non négligeable.

Cédric Diggory se désintéressa vite d'elle et s'installa devant son ordinateur. Il la déconnecta de MSN et de Facebook, puis fouilla dans son ordinateur, plus particulièrement dans les dossiers de photos.

Il devait avoir un petit côté masochiste, car bien que ce qu'il vit lui fasse un mal de chien, il continua à chercher, encore et encore, avec une sorte de folie désespérée…

Il y en avait, des photos. Des photos de Harry, seul, mais aussi avec son petit ami. Leur relation avait commencé en octobre-novembre dernier, leurs premières photos ensemble dataient du Nouvel An. Cédric les vit ensemble, enlacés, dansant ensemble, assis l'un à côté de l'autre. Harry blotti contre Draco qui le tenait par les épaules, leurs visages souriants sur les photos de groupes, leurs mains enlacées…

Cédric regarda tous ces clichés, aux anniversaires, aux soirées, pris à la va-vite avec le portable… Il regarda leurs mines enjouées, leurs regards amoureux, leurs corps enlacés. Il regarda son Harry tenir la taille ou la main de Draco Malfoy, comme si c'était la plus naturelle des choses. Il regarda aussi le visage joyeux d'Isaline, qui posait avec eux, ou Sirius, Nymph'… Des gens qui ne l'avaient pas aimé, mais dont il avait tant désiré l'affection, autrefois…

Plus les minutes défilaient, et plus il sentait son cœur devenir lourd et douloureux, sa gorge se serrant à l'empêcher de respirer. Il serrait les dents, se mordillait la lèvre pour s'empêcher de pleurer. Il avait devant les yeux la preuve que Harry ne serait jamais à lui, car même si cela semblait stupide, jamais Cédric n'avait posé avec lui sur des photos. Jamais il ne lui avait tenu la main en public, jamais il n'avait dansé avec lui, jamais il ne…

Des larmes coulèrent sur ses joues.

Clic. Harry qui lève les yeux vers Draco qui sourit à peine.

Clic. Leurs bouches qui se rapprochent, s'effleurent.

Clic. Un léger baiser, lèvres contre lèvres, empli de tendresse…

Clic…

« Tu te fais du mal pour rien. »

Clic…

« Ca sert à rien.

- Tais-toi.

- Tu l'as perdu. Il ne reviendra jamais. »

Clic…

OoO

Il était dix-neuf heures. Sachant que son ami était d'humeur morose, Ron avait proposé à Harry de sortir ce soir-là : ils allaient dîner dans un petit restaurant sympa puis ils iraient au cinéma regarder le film du moment. Harry n'était pas très emballé mais il accepta quand même, sachant parfaitement que cette petite sortie avec Ron lui ferait le plus grand bien.

Le rouquin était au courant de ce qui se passait entre son ami et Draco, une sorte de petite pause, sans en être une. Le blond n'avait pas coupé les ponts : il avait appelé Harry la veille et l'avoir au téléphone avait empli son cœur de bonheur. Ron avait compris que l'étudiant avait posé un ultimatum au tatoueur, sans pour autant rester loin de lui. Ils ne s'étaient pas revus depuis le dimanche de leur retour, mais Draco l'avait appelé le lendemain, comme il le faisait régulièrement. De façon implicite, le couple avait conclu de ne plus organiser de rendez-vous tant que la situation n'était pas éclaircie, mais s'ils avaient vraiment besoin de l'un de l'autre, ils pouvaient se revoir, et les conversations téléphoniques et par internet n'étaient pas interdites.

Honnêtement, Ron avait fait comprendre à Harry qu'il trouvait cela un peu bizarre : ça avait l'apparence d'un break, mais ce n'en était pas un. Le tatoueur lui avait avoué que lui et Draco s'aimaient trop pour faire une coupure et réfléchir : c'était à Harry de choisir et l'étudiant s'éloignait pour le laisser un peu tranquille, mais il veillait tout de même, sans le lâcher complètement. Cela ne servirait à rien et il n'y avait aucun véritable doute sur leurs sentiments respectifs.

Enfin, Ron préférait ne pas chercher plus loin : en parler avec Harry revenait à le faire souffrir. Il se contenta donc de lui proposer cette sortie et d'aller le chercher chez lui après avoir pris une bonne douche, à son retour du travail. Quant il sonna, ce fut lui qui vint lui ouvrir et Ron eut la surprise de le trouver plus serein qu'au téléphone, le matin même.

Alors qu'il mettait ses chaussures et enfilait sa veste, Harry lui expliqua qu'il avait rencontré Cédric le matin et qu'il avait mis les points sur les « i » : si jamais il trainait encore dans le coin, le jeune homme porterait plainte. Le mécanicien ne put que montrer son enthousiasme : en voilà une bonne nouvelle ! Harry lui avait souri : il comptait aller voir Draco le lendemain pour lui dire qu'il ne verrait plus jamais Cédric et qu'il emploierait les grands moyens pour le faire déguerpir : il ne voulait pas perdre l'homme qu'il aimait, il était trop important pour lui.

« Bon, on va fêter ça chez les parents de Cho, c'est moi qui paye ! »

Harry haussa les épaules d'un air un peu embarrassé, ferma la porte derrière lui, puis ils marchèrent tranquillement vers la station de métro, discutant de l'été à venir et des vacances qui arrivaient à grands pas.

Tout alla très vite.

Soudain, deux hommes se jetèrent sur eux alors qu'une voiture déboulait dans la rue à fond la caisse. Un des deux types cagoulés frappa avec une violence sans nom Ron qui atterrit contre le mur d'un bâtiment, sonné, alors que l'autre cognait Harry. Ce dernier encaissa le choc et voulut répliquer.

Alors, avec horreur, Ron vit un troisième homme débarquer, se glisser derrière son ami et enfin maintenir un mouchoir contre sa bouche. Harry ouvrit de grands yeux puis les referma à demi avant de s'écrouler contre l'homme, évanoui.

Ron cria. Il reçut alors un coup à la tête. Il sentit le béton contre son visage, son esprit tournait en rond. Il vit les hommes mettre Harry dans la voiture.

Puis, elle disparut dans la nuit.


Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !