Titre : Le revers de la médaille
Titre original : No Good Deed
Auteur : ga unicorn
Traductrice : Nao-asakura, alias SuperMiss

Partie 5/5.

NdT : Pardon pour le léger retard, chers lecteurs ; après-midi crêpes, week-end, cadeaux d'anniversaire, j'ai été un peu débordée…

OoOoO

Deux heures plus tard McKay était allongé sur un lit, relié à une intraveineuse et savourant les analgésiques qu'on lui avait donné. Il portait un assortiment intéressant de bleus à divers endroits sur le torse, le cou et le visage et il savait qu'il allait avoir très mal une fois que Beckett aurait arrêté de lui donner les médicaments les plus puissants et l'aurait limité aux analgésiques de base.

Zelenka, une attelle récente sur la main et lui aussi un peu shooté, était assis en tailleur au bout de son lit. Ils discutaient de la manière dont ils pourraient mettre la main sur l'ordinateur dans cette mallette, qui était probablement toujours en bas dans le labo. McKay avait presque réussi à convaincre Zelenka, qui n'était pas attaché à une intraveineuse, d'aller dans le couloir en douce et de la récupérer. McKay était quasiment sûr qu'ils pouvaient "emprunter" le portable dans le bureau de Beckett et les relier ensemble.

Avant qu'ils aient pu mettre leur plan à exécution, les portes s'ouvrirent et Beckett et une infirmière entrèrent en poussant un lit dans lequel se trouvait Sheppard. Ce dernier était allongé sur le ventre et avait l'air endormi. McKay fut soulagé de voir que la plus grosse partie du sang avait été nettoyée de ces cheveux dont on se moquait souvent. Quand Sheppard était entré en titubant dans le labo tout à l'heure, McKay avait été choqué en voyant la figure ensanglantée. Il était toujours trop pâle pour que ce soit rassurant, mais Beckett n'avait pas l'air trop inquiet, aussi tout allait probablement s'arranger.

« Merci, Lindsay. Tu pourrais m'apporter un plateau de suture et de la lidocaïne, s'il-te-plait ? » demanda doucement Carson à l'infirmière, avant de se tourner pour regarder les deux autres occupants de la pièce. « Je ne sais pas ce que vous avez en tête, tous les deux, mais vous pouvez laisser tomber tout de suite. »

Zelenka parvint à avoir l'air à la fois blessé et innocent, mais McKay ne réussit qu'à avoir l'air indigné. « Qu'est-ce que tu veux dire ? On était juste assis en train de discuter… discuter de trucs, » acheva-t-il lamentablement tout en commençant à croiser les bras, avant de s'arrêter quand cela tira sur l'intraveineuse. Il opta à la place pour un regard noir.

« Ne parle pas trop fort, Rodney. Ça serait bien si le Colonel pouvait dormir pendant que je fais ça. Il faudra que je le réveille toutes les deux heures de toute façon. Merci, je vais me débrouiller à présent, » Carson accepta le plateau avec les instruments que lui tendait l'infirmière et tira un tabouret à roulettes jusqu'au lit de Sheppard. Il s'assit et enfila une paire de gants en latex. « Qu'est-ce que je veux dire ? Rodney, je te connais depuis trop longtemps pour ne pas reconnaitre ce regard. Quel que soit l'endroit où vous aviez l'intention de vous rendre tous les deux, quoi que vous ayez l'intention de faire rentrer en douce dans l'infirmerie, laissez tomber. Je vous garde juste pour la nuit parce que je ne connais pas les effets du taser que les voleurs ont utilisé. Vous serez libres de partir après le petit déjeuner demain matin. Alors calmez-vous et reposez-vous. »

McKay observa Beckett avec une fascination horrifiée alors que celui-ci rasait une bande de cheveux de dix centimètres sur deux à l'arrière du crâne de Sheppard, révélant une longue entaille. Il injecta le contenu d'une seringue à de multiples endroits autour de la blessure à la tête, et autour de plusieurs plus petites entailles sur les mains du Lt. Colonel. Il déglutit, ayant mal au cœur, et chercha dans la pièce quelque chose d'autre sur lequel fixer les yeux. Zelenka était penché en avant et observait le docteur avec un grand intérêt, clignant des yeux tel un hibou derrière ses verres tâchés.

« T'aurais pas pu faire ça avant de le ramener ici, Carson ? » finit par demander McKay, avec un geste vague en direction de Sheppard. « C'est si… si beeeh.

– Oh, grandis un peu, Rodney, » répondit Beckett avec exaspération, terminant un point de suture.

McKay se tourna de nouveau vers Sheppard et le docteur, une réponse acerbe sur le bout des lèvres, mais il s'arrêta quand il vit que les yeux du Lt. Colonel étaient ouverts. « Il est réveillé, » dit-il d'un air ravi en se rasseyant, faisant presque tomber du lit Zelenka – qui s'était trop penché en avant. « Bon retour parmi les presque vivants, Sheppard. Laisse-moi être le premier à te féliciter pour ta nouvelle coupe de cheveux audacieuse.»

Sheppard leva un œil vers lui. « T'es un homme mort, McKay, » fut la réponse faible mais acerbe. Un petit rire échappa à Beckett et Zelenka se mit à glousser. Sheppard observa du coin de l'œil le Tchèque un peu éméché et sourit. « Comment ça va, Doc ? »

Zelenka fit un grand sourire et agita sa main bandée. « Je vais très bien. Carson m'a fait prendre ce que McKay appelle les "bonnes drogues" alors je…

– Attendez, attendez, attendez, » les interrompit McKay d'un ton indigné. « Comment ça se fait que je sois un homme mort et que lui il ait droit à "comment ça va, Doc ?" Je me suis fait taper, moi aussi, tu sais. J'ai presque failli mourir étouffé. Je pourrais avoir des lésions internes. » Il leva ses poignets bandés comme preuve et fit un geste pour désigner les bleus colorés sur son visage et son cou.

« Vous êtes allés dans une partie inexplorée de la cité, où les détecteurs ne marchent pas, sans escorte militaire.

– Hé, c'est Zelenka qui était en charge de cette petite expédition. Je n'ai pas réalisé que je le suivais jusqu'à ce que je sois parti pour de bon.

– Et tu as vu quelqu'un vêtu des couleurs des militaires parmi les membres de cette petite expédition, à ce moment-là ?

– C'est Zelenka qui… !

– Qui est le scientifique en chef !

– Silence ! » gronda Beckett, faisant sursauter les deux hommes et les réduisant au silence. « Je vais vous sédater tous les deux – d'accord, juste toi alors, Rodney – si vous ne vous calmez pas tous les deux. On va bientôt vous amener les plateaux du diner. Je veux que vous mangiez et que vous vous reposiez tous. On arrête de crier. Colonel, je suis désolé, je ne peux rien vous donner de plus fort pour votre mal de crâne, mais essayez de rester tranquille et de vous reposer. Radek, mon grand, et si je vous aidais à retourner dans votre propre lit. »

Sheppard et McKay continuèrent de se fixer du regard alors que Beckett aidait Zelenka à marcher jusqu'à son lit de l'autre côté de l'allée. Dès que la porte fut refermée derrière le docteur, les chuchotements reprirent.

« Tu as ruiné mon jour de repos, » siffla Sheppard, essayant d'ignorer l'envie de gratter ses points de suture tout récents.

– Tu sais ce que c'est, ça, » répliqua McKay sur le même ton avec un ricanement, levant un poing fermé et faisant courir son pouce le long de son index.

Sheppard regarda le geste et toute sa colère disparut. Il n'y avait que Rodney McKay pour penser que faire semblant de faire tourner un disque sur une mini platine qui joue "c'est super triste j'en ai les larmes aux yeux" était une réponse adéquate dans cette dispute.

« Oh la, Rodney, c'est un peu daté tout ça, vachement analogique. » Sheppard regarda d'un œil amusé McKay réaliser ce qu'il venait de faire. « On a pas trouvé mieux depuis le temps ? »

McKay grogna et se renversa en arrière contre son oreiller. « Tu sais ce que je veux dire. Je suis désolé que tu aies dû interrompre ta journée de skate bordeur casse-cou, mais… » Il fit une pause et regarda le scientifique sur l'autre lit, « j'apprécie vraiment que tu sois venu à notre recherche. Désolé que tu aies été blessé. »

Avant que Sheppard n'ait trouvé quoi répondre à ça, ils furent interrompus par un éclat de rire de la part du troisième occupant de la pièce. Ils regardèrent tous les deux de l'autre côté de l'allée où se trouvait Zelenka, allongé sur le lit d'hôpital, dessinant dans les airs des figures compliquées avec sa main blessée, grognant en Tchèque et ricanant comme un fou.

McKay regarda Sheppard et roula des yeux. « Carson devrait vraiment ajuster ses médicaments.

– Je pense aussi, » acquiesça Sheppard.

Ils restèrent silencieux pendant quelques minutes, écoutant les propos décousus et incompréhensibles de Zelenka.

Sheppard ne put finalement plus résister et demanda : « C'est vrai que tu as crié comme une fillette…

– Va chier. »

OoOoO

L'après-midi suivant, Sheppard était assis sur un lit, appuyé contre des oreillers, se demandant si souhaiter de Wraith – juste une petite – pour le distraire faisait de lui quelqu'un de mauvais. Beckett avait décidé de le garder confiné dans l'infirmerie. Tout ça parce qu'il avait failli s'évanouir en allant aux toilettes et qu'ils avaient dû le ramasser par terre et le ramener dans son lit.

McKay, et Zelenka, avaient été relâchés après le petit déjeuner. Weir et Lorne étaient déjà passés voir comment il allait. Donc il était tout seul. Il avait trop mal à la tête pour lire, aussi son livre ou un portable étaient inutiles. Il avait supplié qu'on l'autorise à retourner dans ses quartiers, mais tout ce qu'on lui répétait c'était "plus tard".

Il joua avec la radio dans son oreille. McKay la lui avait amenée en douce après le déjeuner afin qu'il puisse se tenir au courant de ce qui se passait à l'extérieur. Malheureusement, c'était une journée tranquille et il n'y avait que très peu de conversations pour l'amuser. L'ennui commençait à le faire piquer du nez quand un appel d'urgence lui procura une poussée d'adrénaline.

« Equipe médicale dans la zone de détention. » L'urgence contenue dans la voix le fit se redresser en position assise. « Equipe d'urgence dans la zone de détention. »

Il était sur pieds et il se dirigeait vers la porte quand la voix de Beckett le fit sursauter.

Beckett se dépêchait dans le couloir, suivi de deux docteurs adjoints, et tous les trois portaient des kits d'urgence. Le docteur ne ralentit même pas en aboyant des ordres à Sheppard.

« Retournez dans le lit, Colonel. Je n'ai pas le temps de… Où est-ce que vous avez trouvé ce micro ? Arg, laissez tomber. Je parlerai à Rodney plus tard. »

Sheppard les regarda disparaitre à l'angle du couloir et dut prendre sur lui pour ne pas donner des coups de pieds de frustration. Il retourna s'asseoir sur le lit en espérant que davantage d'informations lui parviendraient. Il résista à l'envie d'allumer le micro et de demander les demander directement, ne voulant pas déranger pendant une situation d'urgence.

Qu'est-ce qui avait bien pu se passer en bas ? Est-ce que les prisonniers avaient essayé de s'échapper ? Est-ce que des hommes à lui avaient été blessés au cours de la tentative ?

Il jeta son oreiller en travers de la pièce.

Quand une demi-heure se fut écoulée sans la moindre information supplémentaire, il se leva et sortit. Il ne savait pas où ils avaient caché ses vêtements cette fois, mais il désirait vraiment parcourir le trajet en blouse d'hôpital et pieds nus. De cette manière il était plus facile de passer en douce devant les infirmières de la salle de repos.

Il parvint jusqu'à la zone de détention sans incident et avec seulement deux courts moments de vertiges. Les gardes devant les cellules ne firent aucun commentaire quant à son étrange allure ; ils se contentèrent de faire un pas de côté pour le laisser entrer. A l'intérieur il trouva Weir et Lorne rassemblés dans un des angles de la pièce tandis que Beckett et son équipe rangeaient leur équipement dans les deux cellules.

Les prisonniers étaient morts. Leurs visages avaient pris une teinte bleue et leurs yeux, qui avaient été si froids de leur vivant, fixaient sans le voir le plafond. Leurs propres vêtements avaient été remplacés par des blouses d'hôpital – ce qui se rapprochait le plus vêtements de prison sur Atlantis. Les hauts avaient été découpés par le personnel médical, et la présence d'un défibrillateur, les intraveineuses entremêlées ensemble, les tuyaux d'intubation qui sortaient de leur bouche, indiquaient qu'on s'était battu dans l'espoir de leur sauver la vie.

Sheppard resta debout dans l'embrasure de la porte, sentant son mal de crâne augmenter. « Qu'est-ce qui s'est passé ici, bon sang ? » demanda-t-il. Sa question était destinée à Lorne, mais tout le monde dans la pièce se tourna avec surprise vers lui. « Ils ont essayé de s'échapper ? »

Lorne s'avança vers lui. « Non, sir. Ils n'ont pas essayé de s'échapper. En fait ils n'ont rien fait une fois qu'on les a mis dans les cellules. Les gardes disent qu'ils se sont contentés de rester assis sur leurs bancs et de fixer le mur. Ils ne se sont pas parlés, ils n'ont pas dormi et n'ont rien mangé ni bu : on peut regarder les vidéos de surveillance pour le vérifier. Et puis, il y a à peu près une heure, ils se sont tous les deux levés et ils se sont écroulés par terre. Ils étaient morts avant que le Docteur Beckett et son équipe n'arrivent ici, Colonel.

– Beckett ? »

Beckett lâcha des yeux l'ordinateur portable sur lequel il entrait des notes et fronça les sourcils. « Je ne sais pas exactement ce qui les a tués, ce sera au Docteur Biro de nous le dire. Mais cela ressemble à une sorte de poison.

– Et ils avaient été fouillés, Lorne ?

– Bien sûr, sir, » fit Lorne, sans le prendre mal. « Tout sauf une fouille corporelle poussée, et je regrette de ne pas l'avoir demandé, à présent. »

Sheppard secoua la tête avec regret. « C'est pas la peine, Major. Ces deux hommes étaient très déterminés. D'après ce qu'ils ont dit à McKay et à Zelenka, ils étaient ici, ils se cachaient, depuis près de six mois. S'ils voulaient mourir, ils auraient trouvé comment faire. »

Davantage de personnel, poussant des civières, attendait de pouvoir entrer dans la zone de détention. Sheppard marcha jusque dans le couloir, conscient que Weir et Lorne le suivaient. Il appuya ses épaules contre le mur et se passa les mains sur le visage. « J'aurais dû réaliser hier qu'ils étaient susceptibles de tenter quelque chose de ce genre. Le Balafré était certain qu'on ne les laisserait pas partir. »

Il sentit une main se poser sur son épaule et leva les yeux vers Weir.

« Ce n'est pas de votre faute, John. Ils sont pris la décision tout seuls.

– Je sais. J'en suis conscient. Ça ne veut pas dire pour autant que je ne vais pas m'en vouloir. » Il laissa échapper un soupir de frustration. « Vous réalisez qu'on sait toujours pas d'où ils sont venus, Elizabeth ?

– Pourquoi est-ce que nous aurions encore besoin de savoir ça ? » demanda Weir d'un air perdu. « Nous n'allons pas les renvoyer chez eux. »

Beckett arriva à ce moment-là, plein d'énergie. « Très bien, Colonel, il est temps de retourner à l'infirmerie. »

Sheppard dut faire un effort conscient pour ne pas faire la tête. « Carson, je suis bien plus près de mes quartiers que de l'infirmerie, » déclara-t-il d'un ton plein d'espoir.

Beckett le détailla d'un œil critique, notant la pâleur et la position fatiguée. « Vous avez eu des vertiges sur le chemin jusqu'ici ?

– Ce qu'il faut noter, Doc, c'est que je suis arrivé jusqu'ici tout seul. Je pense que ça prouve que je peux survivre si je suis relâché dans mes quartiers.

– Combien de fois ?

– Deux. Mais ça a pas duré longtemps. » Sheppard soupira quand Beckett le prit par le bras et commença à le guider dans le couloir.

Avant qu'ils n'aient pu faire plus de quelques pas, les civières avec leur chargement recouvert d'un drap furent poussées hors de la zone de détention. Il s'arrêta et les regarda passer en direction du transporteur.

« Mais nous ne savons pas quel monde éviter non plus, maintenant, » dit-il doucement. « J'espère juste qu'on ne va pas finir par le regretter. »

Fin

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NdT : Un grand merci à l'auteur, ga_unicorn, pour m'avoir laissée m'amuser avec ses propres écrits ; cette traduction était fort sympathique.

Et une mention spéciale pour un ami très cher, El kapinou, qui m'a supportée alors que je l'assaillais de questions existentielles sur la grammaire française, des tournures particulières ou des détails de traduction. La plupart du temps il se contentait d'un soutien psychologique, mais on ne réfléchit jamais aussi bien que quand on expose ses problèmes à quelqu'un d'autre…