NdA : Cette fic m'a été inspirée par un commentaire fait sur ma vidéo « My sin, my perdition » sur You Tube, qui l'a supprimé entre temps (elle est sur mon compte Imeem Ambre Vale, si ça vous intéresse, mais elle n'est absolument pas nécessaire pour lire cette fic)

Cette fic fera à priori 2 parties et oui, j'ai honte de lancer une autre fic sans avoir fini « May Angel watch me through the night », mais à ma décharge, je pensais en faire un one-shot romantique et c'est parti dans de l'angst. Oui, je sais, moi aussi je trouve ça pitoyable comme excuse…

Disclaimer : A moins que vous ne soyez prêtes à me payer les filles, je doute de me faire de l'argent là-dessus. Et ça n'est définitivement pas à moi, sinon…On sait toutes qui finirait avec Dean…

My Sin, My Perdition

1ère partie: God, why me?

Sam était sorti de nouveau. Dean regardait la pièce vide depuis son lit, dépité, misérable, épuisé. Il s'était réveillé à cause du grincement rythmique du lit de la chambre voisine, ce qui l'avait fait sourire, et bien, ils chôment pas là-dedans…, et s'était retourné, histoire de jeter un coup d'œil à son géant de petit frère…pour trouver le lit vite.

Et de ce constat en ressortait un autre, tout aussi douloureux. Sam recommençait à voir sa pute démoniaque et donc à utiliser ses pouvoirs. Il entendait raisonner la voix de Castiel dans sa tête Arrête-le…ou nous le ferons. La menace n'était que trop claire.

Il avait échoué.

Dean Winchester n'était pas le genre à s'avouer vaincu, mais cette fois-ci une extrême fatigue paralysait ses muscles. Elle avait grandi depuis le moment où son père lui avait demandé de tuer son frère si jamais…si jamais il… Il avait vu les pouvoirs de Sam se développer et avait tout fait pour l'ignorer, prenant réconfort dans le fait que Sam semblait révulsé par ça, semblait capable de se réfréner…Jusqu'à ce que…

Dean ferma les yeux. Azazel avait sous-entendu quelque chose de terrifiant à ce sujet. Et si Sam n'était pas réellement Sam ? Si le deal n'avait servi à rien d'autre qu'à ramener une version monstrueuse de son frère ?

Sam…Sans Sam dans sa vie, il n'avait rien. Il n'était rien. Son frère le définissait. Il n'existait que pour veiller sur Sam. Et Sam s'éloignait, glissait entre ses doigts, comme tout le reste dans la vie de Dean. Il se souvenait de la douleur lorsqu'il avait vu le fantôme de sa mère se consumer, lorsque Cassie l'avait plaqué parce qu'elle ne le croyait pas, lorsque son père était étendu sur le lit d'hôpital alors que les médecins tentaient de le ranimer…La sensation était semblable. Sam se dissolvait, disparaissait…Pas seulement physiquement, comme cette nuit, mais mentalement aussi. Il n'était plus aussi ouvert qu'autrefois, moins enclin aux rires et à leurs chamailleries d'adultes-enfants. Où était le Sam qui mettait de la colle sur sa bouteille de bière, qui voulait toujours parler sentiments et qui faisait sa mission de forcer Dean à ouvrir son cœur ? Sam était devenu renfermé, secret…parfois, Dean avait l'impression que lorsque son petit frère le regardait il ne voyait qu'un étranger…

Dean leva la main et toucha sa joue, à peine surpris d'y trouver des larmes. Même si ça le révulsait, il se savait le plus sensible de tous les Winchesters, toujours inquiet, en demande d'affection, de reconnaissance…Pathétique !

Oui, il était pathétique. Si pathétique que personne ne voulait de lui, alors que lui aurait voulu…eut besoin de…

Le besoin. En fait, il était incapable d'exister seul. Quelle pitié.

Arrête de te lamenter, Dean ! Lève-toi ! Va chercher Sam !

Mais il ne bougea pas. A quoi bon ? Sam avait visiblement choisi sa voie. Une voie où Dean ne pouvait pas le suivre…

Et Dean était si fatigué. Tellement épuisé. Il voulait fermer les yeux et ne jamais avoir à les ouvrir à nouveau. Ne jamais avoir à se rendre compte que l'Enfer où il avait joui de la douleur d'autres âmes n'était rien comparé au monde où son frère l'ignorait et le laissait sur le bord de la route, seul, méprisable…

Il voulait…Il ne savait pas ce qu'il voulait. Mourir signifiait retourner en Enfer. Il n'avait aucune échappatoire. L'Enfer des Démons ou celui des Hommes, quelle différence ? Dans l'un il était le tortionnaire, dans l'autre le déchet…

Il pensa brièvement à aller se saouler dans un bar, mais cela signifierait se lever, s'habiller, marcher jusqu'à l'impala…et avoir des contactes avec d'autres êtres humains.

Non. Cela ne lui disait rien. Il ouvrit les yeux pour les fixer sur la pendule accrochée au mur, laissant son regard suivre le mouvement hypnotique de l'aiguille. Il n'avait rien à attendre du temps qui s'écoulait, rien à espérer…Le temps juste une autre variable, juste un compteur de sa déchéance. De ses échecs. Il allait attendre le retour de Sam. Et après quoi ? Il ne pensait pas avoir la force de confronter son petit frère. Il n'en avait pas envie. A quoi bon ? Il laisserait Sam entrer, probablement ramenant le déjeuner pour justifier son arrivée de si bonne heure. Sam chercherait-il à se justifier ? Ou se contenterait-il d'ignorer le regard inquisiteur de son ainé ?

Dean se rendit compte qu'il s'en fichait. Bientôt, l'apocalypse arriverait et les deux Enfers susmentionnés se joindraient pour n'en former qu'un. Ce n'est pas comme s'il pouvait l'empêcher…Et Sam, glorieux antéchrist au milieu du massacre…

C'était la première fois qu'il osait donner forme à sa peur la plus sombre. Ce que Sam était sur le point de devenir.

Il eut un sourire amer. Il supplierait son frère de le tuer. Il se savait pour sa part incapable de tuer Sam. Quand bien même celui-ci serait devenu la pire créature au monde, Dean ne pourrait jamais le tuer. Pas Sam. C'aurait été comme détruire le monde, son monde…

-Sammy…

Sa voix était écorchée, douloureuse, perdue dans un sanglot. On aurait dit un croassement. Pardon, papa…Mais je pourrai jamais. T'aurais dû le savoir…

Mais son père n'avait jamais été très fin quand on entrait dans le domaine des sentiments…Pour lui, Dean n'était que le bon fils, le bon petit soldat, dont la loyauté était toute acquise. Sam c'était différent. Dean avait surmonté sa jalousie longtemps auparavant, pour la remplacer par une sorte de fatalisme blasé. Sam était Sam. Parfait, robuste, intelligent, sûr de lui, de ce qu'il voulait, de sa foi, de sa force…Et il n'avait jamais eu besoin de Dean. C'était la vérité crue. Il n'y avait que Dean qui avait besoin que Sam ait besoin de lui. C'était ridicule, pathétique…

Pathétique.

Il en revenait toujours à ça. Il devait y avoir sa photo à coté de la définition de ce mot dans le dictionnaire.

Aller, Dean, lève-toi ! Une tarte, qu'est-ce que t'en dis ? Quand tu es rentré de l'Enfer, tu la goutais toujours avec délectation !

Mais aujourd'hui la tarte aurait goût de cendre…Il eut un sourire amer. Il n'y avait qu'un Winchester pour connaître le goût de la cendre…

Un bruit contre la porte, un grattement, attira son attention. Il fronça les sourcils, son bras se glissant sous son oreiller pour en retirer son couteau fétiche. Il rabattit la couverture en silence et se leva, l'instinct du chasseur remplaçant immédiatement l'apathie mélancolique. Il était presque content. Un bon vieux démon, un loup-garou ou quoique ce soit d'autre lui permettrait de faire sortir tout ce pus d'émotions négatives avec efficacité, même s'il ne guérirait pas la plaie en dessous. Il se déplaça sans bruit jusqu'à la porte, au moment où le grattement se transforma en un coup plus sec contre le bois. Dean se redressa, quelque part dépité. Aucun démon ne frappait avant d'entrer après tout. Il accrocha son couteau à l'élastique de son jean, derrière son dos, pas besoin de faire un scandale, et ouvrit sèchement la porte.

Castiel se tenait sur le seuil ses yeux bleus fixés sur lui, une étrange expression sur le visage. La première pensée de Dean fût pleine de panique, Ils viennent pour Sam !,puis il remarqua le filet de sang qui coulait le long de la joue pâle, l'état misérable des vêtements déchirés et tachés de sang, et la large plaie suintante sur le torse de l'ange. Du sang s'était écoulé jusque sur ses jambes, sur le sol et sur ses mains, et l'une était mollement levée, probablement pour frapper à nouveau. Dean cligna des yeux sous l'effet de la surprise.

-Cas ?

Le regard de l'ange se voila et il s'effondra dans les bras du chasseur qui eut juste assez de réflexe pour le rattraper. Dean resta interloqué quelques secondes, puis, sentant le liquide chaud suinter sur ses mains et son torse, il reprit ses esprits et tira l'ange dans la pièce. Il l'allongea sur un lit, notant que l'état de ses blessures était encore pire que ce qu'il croyait. Il se dépêcha de saisir une serviette pour éponger le sang devant la porte, remarquant que la trainé s'étendait depuis l'entrée du couloir du motel. Castiel avait dû littéralement se trainer jusqu'à sa porte. Comment était-ce arrivé ? Que s'était-il passé ? Et pourquoi diable aucun autre ange, comme ce connard d'Uriel, ne ramenait-il pas sa fraise pour soigner son boss ?

Il referma la porte et jeta la serviette pour aller en chercher une autre, remerciant le ciel ou madame providence que les serviettes de ce motel soient à peu près propre. Il prit également de l'antiseptique, des antidouleurs et sa flasque de whisky.

Deux problèmes restaient en suspend. D'un coté il n'aurait pas dû avoir besoin de tout ça, parce que si Castiel survivait sans broncher à un coup de couteau dans le cœur, pourquoi était-il si faible maintenant ? Mais d'un autre coté, s'il était blessé comme ça avec une constitution humaine, ça n'était pas un peu de whisky sur ses plaies et un antidouleur qui allaient le soigner… Il s'assit sur le bord du lit, contemplant le corps évanoui. Il récupéra son couteau et coupa les vêtements qui cachaient les plaies de Castiel. Celui-ci gémit lorsqu'il arracha sa chemise, mais ne se réveilla pas. Il avait une plaie béante au torse, des entailles plus fines sur les bras et les jambes et une blessure superficielle à la tête. Il devait avoir perdu beaucoup de sang… Dean étudia la gravité de la longue entaille qui lui traversait la poitrine. Elle avait besoin d'être suturée. Il grimaça.

Génial.

Dean détestait faire des points de sutures à quelqu'un d'autre, ergo le fait que Sam se le fasse lui-même. Castiel n'était pas en état, cependant. Il soupira et alla récupérer leur kit de médecine, puis s'attela à la tâche de nettoyer la plaie.

Un autre question aurait pu être, pourquoi se sentait-il concerné ? Castiel n'était pas une innocente victime, et n'était certainement pas son ami. Ok, il l'avait tiré de l'Enfer…pour le menacer de l'y renvoyer aussi sec s'il ne restait pas le bon petit soldat. Tu parles d'un progrès !

Bon, on va dire que c'est pour le pauvre gars que Mister Plumes possède…Quoique s'il est pas déjà mort avec tout ce que l'autre lui fait subir, je lui tire mon chapeau…

Un gémissement le tira de ses pensées. Il leva les yeux de sa tâche pour croiser le regard bleu et vitreux de son « patient ». Il ne semblait pas tout à fait conscient de son environnement.

-Cas ? Castiel ?

Les yeux recommencèrent à se fermer. Décidant d'agir comme s'il s'agissait d'un humain, il lui donna une gifle pour l'empêcher de sombrer dans le coma.

-Non ! Reste avec moi, t'es pas tiré d'affaire !

Les yeux s'ouvrirent à nouveau et tentèrent de se fixer sur lui.

-Dee…

Dean sentit une brève nostalgie l'envahir en entendant ce « Dee », que Sam utilisait quand il était trop petit pour prononcer son nom distinctement. Et quoique Castiel ait voulu probablement dire son nom complet sans y parvenir, cela donna à l'ange une dimension enfantine et innocente aux yeux de Dean. Bien, au moins, il sait où il est.

-Tu restes éveillé, compris ? Je te garde lucide, même si pour ça, il faut que je chante l'intégral de Metallica, et crois-moi, tu veux pas entendre ça !

-Ma…ma...

La voix était à peine un murmure, et les paroles paraissaient être littéralement arrachées à sa gorge.

-N'essaye pas de parler, espèce d'andouille, et je me doute que t'as mal !

Un léger mouvement de dénégation agita la tête de l'ange. Si lui parler le gardait éveillé…

-T'as pas mal ? J'trouve ça difficile à croire, vieux !

-Ma…grâce…

Oh merde. Dean grogna et ferma brièvement les yeux. Il n'avait pas demandé ça en plus du reste. A une moyenne d'un ange déchu toutes les deux semaines, le paradis allait vite être dépeuplé…Non, ça n'était pas techniquement exacte. Anna avait chu bien avant ça. Il termina de s'occuper de la plaie et nettoya la légère coupure au crâne pour ensuite passer à celles couvrant ses membres. Il levait de temps à autre les yeux de sa tâche pour vérifier que le regard clair était toujours fixé sur lui. La mâchoire de Castiel était serrée, dans un effort visible de ne pas crier. Le temps semblait figé, pendant qu'il pansait chaque blessure avec application. Il découvrait le corps de l'Ange, ou plutôt de son réceptacle tel qu'il n'aurait jamais voulu le voir…Etait-ce son réceptacle ? Si Castiel était déchu et toujours dans ce corps où était l'âme du « dévot » qu'il possédait ?

-Tiens le coup, Cas, j'ai presque fini…

Il s'aperçut que sa voix était douce, apaisante, comme lorsqu'il soignait Sammy lorsqu'il était enfant. Perturbant. Il secoua la tête pour chasser cette pensée. De toute manière, il ne voulait pas penser à Sam. Ca faisait trop mal. Il termina de bander le poignet de Castiel. Heureusement qu'il avait terminé, il n'avait plus de bande et l'ange ressemblait maintenant à une momie. Il allait reposer la main qu'il tenait lorsque celle-ci s'enroula autour de l'une des siennes. Surpris, il leva les yeux sur le visage de Castiel. Celui-ci le regardait avec une douce expression, et une reconnaissance non dissimulée malgré la douleur qui se peignait sur ses traits. Son visage n'en était que plus beau et Dean resta un instant captivé. Il n'aimait pas les hommes, mais ça ne l'empêchait pas de remarquer leurs attributs esthétiques. Puis les yeux bleus se fermèrent doucement et la pression se relâcha. Il n'y avait à priori plus aucun risque que Castiel sombre dans le coma. Dean décida de le laisser dormir. Il reposa sa main sur le matelas et rabattit la couverture sur son patient.

Il alla chercher une chaise et s'assit à son chevet, questionnant encore une fois ses motivations. Il finit par hausser les épaules. Il avait déjà soigné Castiel, autant continuer à s'en occuper. Et à vrai dire, il était curieux de la raison pour laquelle l'ange avait chu. Il se demanda s'il devait s'en inquiéter. Si Cas n'était plus celui chargé de le surveiller, était-ce à dire qu'Uriel s'en occuperait seul ? S'en prendrait-il à Sam ? Il serra les dents. Tout cela ne présageait rien de bon.

-Eh, Dean…Dean ! Réveille-toi !

Dean chassa d'un revers de main ce qui lui touchait l'épaule avant d'ouvrir les yeux brusquement, se demandant où il était et pourquoi sa nuque lui faisait un mal de chien. Il se redressa en baillant, la bouche pâteuse, se grattant la tête. Il faisait soleil et la forme de Sam se dessinait à contre-jour devant lui, sans qu'il puisse discerner son expression.

-Sammy ? Qu'est-ce qui se passe ? C'est quelle heure ? Marmonna-t-il, en ayant l'impression d'être dans un lourd brouillard.

Bizarre, il ne se souvenait pas avoir bu. Sans compter qu'il tenait généralement bien l'alcool.

-Ce qui se passe ? J'aimerais bien que tu me l'expliques, pour tout te dire. Et il est six heures vingt. Du matin.

Six heures vingt. Pas un horaire humain ça…Pourquoi était-il sur une chaise et pas dans son lit ? Il se frotta les yeux et jeta un coup d'œil au dit-lit pour manquer tomber à la renverse. Castiel était roulé en boule, serrant l'oreiller contre lui, et la couverture remontant au dessus de son menton, comme un enfant. Il chassa définitivement le mot « adorable » de ses pensées, essayant de se rappeler comment l'ange en était arrivé là. Il tourna les yeux vers son frère qui le regardait, un sourcil levé. Il était debout, habillé, avec son blouson sur le dos et tenait un sac de nourriture. Tout revint à Dean à ce moment. La fugue en cachette de Sam, son désespoir, l'arrivée mélodramatique de Castiel et les heures passées à le soigner. Il avait dû s'endormir.

Et à la vue de Sam, jouant les innocents en quête d'explication, il sentit un mélange de douleur et d'hostilité s'installer en lui. Il se leva brusquement, passa à coté de son frère en le bousculant et alla s'enfermer dans la salle de bain.

-Dean !

Il n'écouta pas. Il s'assit sur les toilettes, la tête entre les mains. Et voilà. Le matin était là et il ne savait pas comment affronter tout ça. Il sentit la même fatigue l'envahir, la même apathie…Il était épuisé.

-Dean ! Dean, écoute j'aimerais que tu me dises…

Il serra les dents. Il ne pouvait pas…pas maintenant.

-Vas-t'en, Sam !

-Quoi ?

La voix de son frère trahissait sa culpabilité. Sam savait parfaitement quoi. Et pourquoi.

-Casse-toi ! Vas rejoindre ta pute de l'Enfer ! J'en ai assez, ok ? J'en ai assez !

-Dean, je…

Il hurla, en rage.

-Je t'ai dit de te casser ! Fous-moi la paix !

La voix de son frère exprimait le mal qu'il avait à garder son calme. Tant mieux, c'aurait été dommage que Dean soit le seul à être en colère.

-Et l'ange ?

Dean serra les dents encore davantage.

-Mêle-toi de tes oignons !

Il y eut un moment de silence, puis il entendit le soupir de son frère.

-D'accord, je reviendrai quand tu seras calmé.

Il ricana, tellement amer qu'il pouvait sentir la bille lui dévorer le ventre.

-C'est ça…

Il se déshabilla, entendit la porte de la chambre se claquer et soupira. Jetant un coup d'œil au miroir, il resta interdit. Depuis qu'il était revenu de l'Enfer, il s'était habitué à voir la marque sur son épaule, la brulure laissée par la main de Castiel. Il n'y avait rien. Son épaule était parfaitement lisse. Posant la main sur la peau inaltérée, il fronça les sourcils. La chute de Castiel avait bouleversé deux ou trois choses apparemment. Il secoua la tête et entra dans la douche. L'eau chaude délassa ses muscles endoloris et calma un instant le tourbillon de ses pensées. Il en sortit avec regret, lorsqu'il n'y eut plus d'eau chaude. Il se séchait lorsqu'il entendit du mouvement dans la pièce contigüe. Il enroula la serviette autour de ses hanches puis sortit, espérant que ce ne soit pas Sam. Mais non, son petit frère était effectivement sorti, en laissant le sac de nourriture, dérisoire offrande de paix.

Il reporta son regard sur le lit. Castiel s'était redressé, appuyé sur l'oreiller, il regardait ses mains posées devant lui. On dirait un attardé mental, songea Dean avec agacement.

-Bon, puisque t'es réveillé ! Tu pourrais me dire ce qui se passe…

Castiel leva les yeux sur lui, le regarda de haut en bas avant de rougir un peu et de détourner la tête. Hu-ho. Dean n'arrivait pas à concilier ce qu'il venait de voir avec la créature qu'il craignait depuis sa sortie de la perdition.

-Cas ?

Celui-ci soupira et plissa les lèvres, se rapprochant de nouveau de l'ange que Dean connaissait.

-J'ai chu.

Cryptique, comme d'habitude. Ca risquait de prendre un moment. Pour ne pas rester là, à ne rien faire, Dean se mit à fouiller dans ses vêtements.

-Ok, ça, j'avais compris. Qu'est-ce qui s'est passé, t'as fricoté avec une pom-pom girl ?

Il commença à s'habiller. Le silence qui se prolongeait le poussa cependant à se retourner pour jeter un coup d'œil à l'ange. Mais celui-ci ne le regardait pas, ses yeux était dans le vague, ses lèvres serrées, une expression de tristesse douloureuse sur visage.

-Excuse, Cas, c'était mal venu.

Castiel secoua doucement la tête et ferma les yeux.

-Je ne les entends plus, Dean. Je ne L'entends plus…

Il y avait une telle déférence dans sa voix que Dean ne pouvait douter de qui il s'agissait.

-Tout est silencieux et si…Froid…

Il resserra les couvertures autours de lui et frémit. Dean boutonna son jean rapidement et vint s'asseoir torse nu sur le bord du lit. L'ange leva ses yeux bleus vers les siens, mais le regarder ne semblait que l'attrister davantage.

-Je ne te sens plus non plus…

Dean tenta de le prendre à la rigolade. Après tout, toute cette situation tenait de l'absurde.

-C'est normal, je viens de me doucher.

Castiel passa la langue sur ses lèvres, détournant le regard. Sa voix était aussi froide que sérieuse.

-Quand je t'ai arraché à la perdition, je t'ai insufflé un peu de ma grâce, pour te protéger de l'influence de l'Enfer. Cela me lie à toi. Me liait, du moins.

Il avait murmuré ses derniers mots avec regret. Dean resta silencieux. Quelle profondeur avait ce lien ? Cas était-il, comme il l'avait soupçonné lors de leurs entrevues, capable de lire dans sa tête ?

Quoiqu'il en soit, cela ne lui disait pas ce qui était arrivé à l'ange.

-Cas, qu'est-ce qui s'est vraiment passé ? Pourquoi t'as perdu ta grâce.

L'ange soupira à nouveau, fixant ses mains.

-J'ai… J'ai été puni parce que…j'ai désobéi…

Dean hocha la tête. Après ce que lui avait confié Castiel au parc à propos de ses doutes et les précisions d'Anna sur la position des anges, il s'attendait à ce que Castiel fisse un faux-pas un jour ou l'autre.

-T'as voulu sauver des humains ?

Castiel secoua doucement la tête avant de plonger à nouveau son regard dans le sien.

-Quoi, alors ?

Les yeux magnifiques s'adoucirent avant de redevenir tristes et sombres.

-J'ai transgressé la plus grande de nos lois. Mon amour n'est plus exclusivement réservé à notre Seigneur comme il le devrait.

Dean fronça les sourcils.

-Je croyais que vous ressentiez pas d'émotion ?

Castiel hocha la tête en une approbation silencieuse.

-Nous nous devons de n'éprouver aucun sentiment humain, seulement un immense amour spirituel pour notre Créateur. Ce qui rend mon péché d'autant plus mortel et haïssable. J'aime autant de manière spirituelle que charnelle, comme un humain. Je ne suis plus digne de notre Père. Et je suis tombé amoureux d'une de ses créatures.

Dean leva les sourcils avec une moue amusée.

-Ok, mon ange ! Et de qui tu es tombé amoureux au point de tomber tout court ?

Castiel eut l'ombre d'un sourire mi-douloureux, mi-amusé, presque ironique avant de plonger son regard dans celui de l'humain.

-De toi, Dean.