Disclaimer : Les personnages appartiennent exclusivement à notre chère J.K. Rowling et cette formidable histoire est le fruit de l'imagination de la talentueuse Tira Nog. Vous l'avez donc compris, je ne suis que la traductrice. Rendez-vous sur mon profil pour avoir accès au profil de l'auteur ainsi qu'à l'histoire originale en anglais.

Beta : Julielal pour son merveilleux travail de correction, et Alexiel_v pour la relecture !


A Nick in Time

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Chapitre 1 :

Huit ans. Severus Snape avait parfois du mal à croire que cela faisait si longtemps depuis que Thomas Riddle avait été forcé de quitter sa dépouille mortelle afin de rester décemment mort, mais il lui suffisait alors de lever les yeux et de voir Minerva McGonagall assise sur le siège du directeur pour que cette perte irremplaçable qu'il ressentait chaque fichu jour ne le frappe. Ensuite il n'avait aucun mal à accepter depuis combien de temps leur chapelier fou de directeur avait fait l'ultime sacrifice pour leur cause.

Qui aurait pu imaginer que ces thés agaçants lui manqueraient autant ? Mais il y avait des jours où il aurait tué pour pouvoir entendre la voix apaisante d'Albus lui proposer un de ces répugnants bonbons au citron ou le forcer à prendre un biscuit.

Et ce n'était pas simplement l'absence d'Albus qui se faisait ressentir. Lui et Minerva étaient parmi les derniers de la vieille génération, deux des quelques professeurs de Poudlard qui avaient survécu à l'attaque de Voldemort sur l'école. Il baissa les yeux vers le houx éparpillé sur la table des professeurs à l'occasion du repas de fête de Noël.

Trelawney était toujours là. Leur voyante résidente n'aurait probablement même pas remarqué l'arrivée de Voldemort jusqu'à ce que le type frappe à la porte de sa tour, admit rudement Snape, mais avec véracité. Le professeur Sinistra était le seul professeur qui enseignait déjà avant la guerre toujours présent. A part Binns, bien sûr, mais Snape n'était pas vraiment certain qu'un homme qui n'était pas suffisamment en vie pour savoir qu'il était vraiment mort comptait réellement.

La partie la plus honnête de son caractère l'avertit de l'hypocrisie dont il faisait preuve en réprimandant Binns. Après tout, y avait-il vraiment une grande différence entre le fantôme et lui-même ? Mis à part le fait que Snape se montrait dans la Grande Salle pour les repas et les consommait vraiment, il y avait très peu de choses qui le distinguaient du fantôme.

Le reste des sièges des professeurs étaient remplis par les plus talentueux de leurs anciens élèves. Bien que Snape ne fût pas certain qu'il aurait placé un jour Neville Longbottom dans cette catégorie, il rendait justice avec réticence à Longbottom et admettait que l'homme était un génie lorsqu'il s'agissait d'Herbologie. A côté de lui se trouvait le fameux trio -- Potter, Weasley et Granger, qui enseignaient respectivement la Défense contre les Forces du Mal, le Quidditch et l'Arithmancie. Le jeune homme blond à côté de Granger était Callis Miller, un ancien Serdaigle qui enseignait maintenant les Sortilèges. Son apparence parfaite lui rappelait Lockhart, mais l'arrogance de Miller était beaucoup plus outrageante que celle de ce fanfaron de Lockhart. Un peu plus loin sur la table était assise le professeur d'Étude des Moldus, Alicia Crenshaw, qui était en pleine conversation avec Sinistra. Sa blondeur soutenue et ses rondeurs robustes contrastaient avec les cheveux noirs et la finesse du professeur d'Astronomie. Le dernier ajout venait de la maison de Snape. Blaise Zabini avait pris la place de professeur de Métamorphose une fois que Minerva avait pris la position de directrice, ce qui ravissait Snape à n'en pas finir. Pendant un certain temps, il avait semblé que ces satanés Gryffondors allaient envahir l'école toute entière.

Snape admit à contrecœur que les nouveaux arrivants étaient compétents, mais lorsqu'il regardait la table des professeurs et voyait les visages exagérément jeunes des personnes qui avaient été ses propres élèves il y avait de cela moins de dix ans, il se sentait atrocement vieux.

Ce n'était pas vraiment une expérience nouvelle, mais ces jours-ci il lui semblait impossible de se débarrasser de ce fond de malaise.

Il fut un temps où il attendait avec impatience la défaite de Voldemort, désirant désespérément mettre fin au danger et aux mensonges qui étaient la raison même de son existence en tant qu'espion. Tout ce qu'il voulait était être libre de toutes ces obligations. Étrangement, durant toutes ces années où il anticipait le moment de la fin de sa servitude envers ce monstre, Snape n'avait jamais vraiment planifié ce qu'il ferait de cette liberté une fois qu'il l'aurait acquise. Et maintenant, avec les festivités de Noël qui marquaient le passage à l'année nouvelle, Snape se voyait en train de regarder ces huit dernières années et se rendit compte du peu qu'il avait réalisé avec cette nouvelle liberté.

Chaque jour qui passait, il devenait de plus en plus conscient que sa vie était encore moins vivante que celle de certains fantômes. Il allait aux repas, accomplissait ses tâches ménagères et ses classes de Potions, surveillait les retenues, passait le peu de temps qui lui restait sur ses recherches personnelles, mais à l'intérieur, il se sentait aussi mort que Binns. Il avait seulement quarante-huit ans, il était encore un jeune homme selon les standards de la société sorcière, et là encore, il se sentait vieux et usé.

Rien ne l'émouvait plus, ou alors sur les niveaux les plus superficiels. Oh, il pouvait terrifier les enfants et menacer ses collègues insipides d'une réplique hargneuse de temps en temps. Il lui suffisait seulement d'un regard noir en direction de Longbottom afin de pousser l'homme à laisser tomber sa fourchette, mais le cœur n'y était plus. Il n'y avait plus été depuis la mort d'Albus, pour être honnête. Il existait à peine ces jours-ci, attendant son heure.

Attendant la mort ?

La morbidité de ces pensées le rendait malade. Il n'était pas un homme sentimental. Il n'avait pas l'habitude de s'apitoyer sur son sort. Se complaire dans son malheur n'était pas dans son style.

Mais il était suffisamment introspectif pour reconnaître que la mort du seul ami qu'il s'était jamais fait l'avait changé d'une façon qu'il ne pouvait pas comprendre. Il avait été seul sa vie entière. Son enfance et son adolescence avaient été misérables, mais en tant qu'adulte il avait commencé à apprécier la solitude.

Mais récemment, il avait appris la différence entre la solitude et le fait d'être seul. La mort d'Albus avait changé son âme de solitaire en une solitude écrasante qui épuisait son être, et il n'avait aucun indice sur la façon de soulager son problème. Il n'avait jamais demandé l'amitié de Dumbledore, et par conséquent, n'avait jamais réalisé combien il en dépendait jusqu'à ce qu'il soit parti. Sans surprises, personne ne s'était bousculé pour remplacer la place d'honneur occupée par Albus et devenir le seul ami du maître des potions misanthrope de Poudlard.

Pendant des années, il n'avait même pas reconnu avoir besoin de contacts humains dans sa vie, mais maintenant qu'il était conscient de ce… manque, Snape n'avait aucune idée pour changer les choses.

Comment un vieux grincheux pointilleux pouvait s'attirer des amis ? Ses collègues étaient tous de bonnes personnes, qui dégoulinaient presque de gentillesse (et ce genre de pensées n'allait définitivement pas lui faire gagner des amis ou influencer les gens, se réprimanda-t-il intérieurement). S'il faisait une tentative amicale, sûrement que l'un d'entre eux répondrait de la sorte, à condition qu'il ne tue pas cette pauvre âme crédule suite au choc de voir Severus Snape essayer d'être aimable.

Mais il avait passé les trente dernières années dans cette école à grogner afin de tenir les autres éloignés. Il ne savait pas comment engager une petite conversation ou encore échanger des plaisanteries. Pff, il ne pouvait même pas réciproquer les vœux de Joyeux Noël de ses collègues qu'il avait reçu ce matin sans faire de sa réponse une raillerie.

Sa fierté ne lui permettait pas d'apparaître faible, d'admettre ce besoin inattendu. Après tout, il avait élevé l'autosuffisance au rang d'art. Et par dessus tout, il ne voulait pas être agréable. Il ne voulait pas se transformer en une espèce de crétin. Albus n'avait jamais demandé à ce qu'il change, et l'avait accepté comme il était -- les cheveux gras, les grognements, la marque des ténèbres et tout ce qui s'en suivait. Sûrement qu'il devait y avoir une autre âme quelque part qui pouvait être aussi accommodante. Tout ce qu'il voulait vraiment était de ne pas être éternellement seul, d'avoir quelqu'un avec qui partager des conversations occasionnelles, quelqu'un qui ne se raidirait pas lorsqu'il entrerait dans une pièce. Cela ne lui semblait pas trop demander de la vie.

Et peut-être que ça ne l'était pas, pour les gens normaux -- pour ceux qui n'avaient jamais fait d'erreur trop importante pour être pardonnée, pour ceux qui n'ont pas de mal à supporter les idiots, en résumé, pour ceux qui méritent l'amitié -- des personnes comme Potter et ses amis.

Il n'avait qu'à regarder les deux sièges vides à sa gauche dans la direction où le trio s'asseyait avec leurs têtes proches les unes des autres pour illustrer ce fait. Aucun d'entre eux n'avait jamais eu de difficultés à trouver un compagnon. Même maintenant ils essayaient de rendre les élèves stressés moins nerveux en les faisant asseoir à la table des professeurs durant les repas pendant les vacances.

Les deux Gryffondors de deuxième année, la Poufsouffle de première année, et le Serdaigle de deuxième année avaient toujours l'air effrayés de manger à la même table que leurs professeurs, mais Potter et Weasley faisaient tout leur possible pour chasser l'anxiété des enfants.

Snape ne savait pas pourquoi ils s'en préoccupaient. Son expérience lui disait que les enfants qui se sentaient à l'aise étaient de loin ceux qui se conduisaient mal en comparaison avec ceux qui se sentaient nerveux.

Il fronça les sourcils aux singeries de ses collègues, ne sachant pas si son ennui venait d'une pure envie ou de sa désapprobation du comportement inconvenant de Potter et de Weasley. Ils étaient des professeurs de Poudlard, pour l'amour de Merlin, pas des clowns de cirque. Mais le duo était en ce moment en train de se comporter comme l'animation de mi-temps d'un match de coupe du monde de Quidditch. Ils régalaient les quatre élèves aux yeux ébahis assis autour d'eux avec une séance de percussion improvisée de cantiques de Noël sur leurs assiettes et leurs verres.

D'après leurs expressions, il était maintenant évident que leurs élèves n'avaient jamais suspecté que leurs professeurs étaient capables de singeries puériles telles que les trois célèbres vétérans de la guerre en avaient fait la démonstration un peu plus tôt. Weasley était en train de frapper dans son assiette en or vide avec une cuisse de dinde sans peau, le son résultant n'ayant aucune ressemblance avec la musique ou le rythme, nota Snape, assez irrité, au passage. Potter était en train de frapper sa fourchette contre son verre en contre-point, pendant que Granger -- il ne pouvait toujours pas imaginer quelqu'un d'aussi brillant en tant qu'une Weasley -- réclamait peu efficacement qu'ils arrêtent ce cirque tout en riant de leurs singeries.

Le trio gloussant n'avait vraiment pas l'air de professeurs. A part le manque de sens commun dont avait fait preuve Miss Granger en rejoignant le clan Weasley, rien n'avait vraiment changé depuis que Snape leur avait enseigné.

Ils étaient plus grands, bien sûr, -- tous sauf Potter, rectifia-t-il.

Il fut un temps où le fait que le fils de son ancienne Némésis soit resté un avorton fluet l'aurait ravi. Mais Snape ne pensait plus au professeur de DCFM aux cheveux noirs ébouriffés uniquement en comparaison avec son père. Ils avaient combattu bien trop de batailles ensemble pour que Snape fasse ce genre d'erreurs. James n'aurait jamais été capable de s'unir à lui durant la guerre de la façon dont Harry l'avait fait. Il y avait bien trop de vanité chez le père pour que James puisse partager la gloire. Mais Harry… Malgré le fait que Snape avait considéré le garçon comme étant à la recherche de gloire durant leurs premiers jours ensemble, il était venu à admettre que Potter détestait la célébrité autant que Snape.

Et, en le regardant à présent, Snape était forcé d'admettre que Potter n'était pas si petit que ça. Quel homme de taille normale n'apparaîtrait pas rapetissé face à cette grande perche de Ronald Weasley ? La femme de ce dernier était devenue longue et leste également, donc Potter avait l'air doublement tassé assis entre eux.

Là encore, la stature compacte de Potter n'était pas un handicap. Elle l'avait bien servi durant la guerre et en avait par la suite fait le meilleur Attrapeur professionnel de Quidditch que l'équipe de Cannons de Chudley ait jamais eu.

Et maintenant?

Potter le rendait perplexe ces derniers jours.

Snape ne pouvait dire avec certitude pourquoi l'homme le plus célèbre du monde de la sorcellerie avait daigné enseigner à Poudlard, lorsque la planète entière était à ses pieds. Lorsque le professeur par intérim de DCFM avait pris sa retraite trois ans auparavant et que Minerva avait confié à Snape son intention de proposer le poste à Potter, Snape lui avait ri en plein visage et lui avait dit que même Potter n'était pas suffisamment idiot pour abandonner sa carrière qui l'avait rendu le sorcier le plus riche de son temps. Mais trois semaines plus tard, après que McGonagall lui ait envoyé un hibou, Potter s'était présenté pour la première réunion des professeurs et n'avait montré aucun désir de quitter Poudlard depuis.

En un battement de cil, Potter était passé d'une célébrité sans égale à l'indifférence absolue. ça n'avait absolument aucun sens aux yeux de Snape. Après la défaite de Voldemort et sa carrière de Quidditch sans précédent, rien n'était hors de la portée de Harry Potter. Il aurait pu poursuivre une carrière brillante en tant qu'Auror ou faire son chemin dans la hiérarchie du Ministère. S'il avait voulu être Ministre de la Magie, tout ce que le jeune Potter aurait eu à faire était de demander. Mais à la place, à la première demande de Minerva, il avait rangé son Éclair de Feu, laissé sa gloire et ses fans derrière lui, afin de retourner seul à Poudlard, où il avait vécu une vie quasiment aussi solitaire que son maître des potions méprisé.

Et cela aussi déconcertait Snape. ça avait un sens pour un misanthrope comme lui de vivre la vie d'un moine reclus ici à Poudlard, mais Harry était un jeune homme séduisant, âgé de pratiquement vingt-six ans. Pendant que Potter était dans l'équipe de Cannons, il avait eu une vie sociale très active. Bien que Snape n'ait jamais essayé de rester au courant des conquêtes amoureuses de ses anciens élèves, il n'y avait aucun moyen dans le monde de la sorcellerie de ne pas savoir qui était l'aventure hebdomadaire de Potter, qui était affichée sur pratiquement toutes les couvertures de chaque revue, sauf peut-être le journal hebdomadaire de Potions. Mais depuis que Potter était arrivé ici, il n'avait eu aucun rendez-vous galant, enfin à ce que savait Snape.

Bien qu'ils soient discrets, tous les jeunes professeurs semblaient avoir une vie privée active. Même Longbottom transplanait quelque part chaque vendredi et samedi soir. Mais Potter restait simplement à l'école, et avait l'air satisfait de rester pour toujours avec les Weasley comme la cinquième roue du carrosse.

« Hum, » Minerva s'éclaircit la voix du bout de la table, son regard bleu fixant l'instrument de Weasley.

Le grand rouquin maigre laissa tomber le pilon de dinde comme s'il s'était métamorphosé en un tisonnier brûlant. L'expression coupable de son visage orné de taches de rousseur était exactement identique à celle qu'il affichait lorsqu'il avait douze ans. Cela entraîna une autre crise de gloussements incontrôlables de la part des quatre élèves qui étaient assis à côté de lui.

Snape regarda Potter qui ramena doucement sa fourchette sur la table, avec le même air indifférent exaspérant qu'il affichait toujours lorsqu'il était pris à faire quelque chose d'interdit.

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à suivre...

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