"When again touched, as surely they will be, by the better angels of our nature."
- Abraham Lincoln, First Inaugural address

James n'avait encore jamais mis les pieds au Manoir Malfoy auparavant. Sirius et lui avaient souvent plaisanté au sujet des rituels d'accouplements de banshees et de festins à base de bébés qui devaient s'y dérouler, et pour l'instant, rien de ce qu'il avait vu ne lui avait fait changer d'avis. Même l'elfe de maison qui le guidait à travers les couloirs étroits était étrange. Au lieu de babiller avec enthousiasme, celui-ci trottinait juste à bonne distance de ses pieds, ses oreilles pendant lamentablement des deux côtés de sa tête, absolument silencieux dans le couloir sombre.

Il était trois heures de l'après-midi, et James avait la sensation d'être en train de s'enfoncer dans les cachots à minuit tapantes pour y déguster un steak de bébé cru.

Enfin, l'elfe recula s'adossa contre une imposante porte de chêne, fixant James de ses grands yeux globuleux, les oreilles tremblantes.

« Dobby n'ira pas plus loin, Maître Potter. Maître Potter doit entrer tout seul. Dobby attendra que le Maître ressorte. »

James jeta un coup d'œil à la porte, dont les ornements gravés lui faisaient penser à des serpents entortillés sans qu'il puisse savoir pourquoi.

« Je dois juste entrer ? »

« Maître Potter est attendu. Dobby sera ici quand le Maître reviendra. »

« Oui, merci. » James ouvrit la porte, sentant le regard de l'elfe sur son dos jusqu'à ce que le passage ne se referme derrière lui dans un souffle.

La première chose qu'il vit fut Snape, agenouillé à peu près au centre de la pièce, le visage détourné de la lumière des flammes. Sa peau paraissait étrangement lisse, mais cela venait probablement de la lumière huileuse dans laquelle baignait l'ensemble du manoir.

« Bonjour, James. »

James se tourna vers la voix. Lucius Malfoy se tenait près du feu, à la droite de son père. Typique.

« Bonjour, M. Malfoy. Bonjour, Lucius. » Il offrit son meilleur sourire de requin. « Etes-vous prêts à commencer ? »

Calligulus Malfoy prit les devants, à l'agacement visible de son fils. « Je présume que vous avez apporté votre part du marché ? »

James haussa les épaules et jeta négligemment la bague d'argent dans la direction des Malfoy. Lucius s'élança, comme pour l'attraper, mais son père leva sa baguette et la fit venir à lui à travers les airs d'un Accio désinvolte.

Le patriarche examina la bague, louchant et exhibant un monocle qui le faisait ressembler à un étrange cyclope asymétrique. James patienta tandis qu'il vérifiait l'inscription gravée et la signature magique de l'anneau.

« Cette bague a-t-elle été amenée ici avec l'approbation de votre père ? »

« Oui, » acquiesça James. « Mon père a approuvé le marché. » Une fois que le hibou l'ait eu trouvé, en tout cas.

« Je suis surpris. Vous êtes conscient que cette bague est le gage que mon père a donné à votre grand-père pour symboliser sa dette à son égard ? Vous comprenez que la rendre signifiera la fin de la dette entre nos familles ? »

« Oui, il me l'a expliqué. Pourrions-nous commencer le rituel, à présent ? »

« Bien entendu. » Malfoy pencha la tête d'un côté. « Bien que je sois curieux de savoir pourquoi vous souhaiteriez… gâcher une telle dette pour un horrible esclave. »

James jeta un rapide coup d'œil à Snape, qui ne sembla même pas avoir entendu.

« Le rituel ? »

Le patriarche Malfoy fit un signe de la tête à son fils, qui se dirigea d'un pas souple vers le centre de la pièce.

« Ta main, esclave. » Snape ne fit pas un geste, excepté pour lever péniblement sa main, restée crispée sur sa cuisse et la présenter à son maître. Il ne tressaillit même pas quand Lucius sortit un couteau de cuivre de sa ceinture et en taillada la paume ouverte. Le sang jaillit, et Lucius y trempa la lame, puis la laissa reposer contre la paume de Snape.

« Moi, Lucius Malfoy, renonce ici à mon titre de possession sur cet esclave et offre son corps, son esprit et son âme afin qu'il devienne dorénavant la propriété de James Harold Potter. »

James s'avança, dégainant sa propre dague. Il baissa son regard vers Snape, toujours agenouillé sur le tapis rouge, refusant de lever les yeux. Il jeta un coup d'œil à Malfoy, qui appréciait visiblement le spectacle.

Il faillit alors jeter le couteau au sol et s'enfuir. Il n'aimait pas le tressaillement dans son estomac, qui pouvait être aussi bien du plaisir que du dégoût ; il n'aimait pas la possibilité d'éprouver la même chose que Lucius, quelle qu'elle soit. Il n'aimait pas cela, mais abandonner Snape ici serait juste aussi cruel.

« Snape, donne-moi ta main. »

Il tenta de garder une voix neutre, mais Snape ne réagit ni d'une façon ni d'une autre. Il se contenta de lever sa main. James tenta de faire en sorte que la coupure soit légère, mais il n'avait guère d'expérience dans le domaine de la mutilation volontaire de personnes sans défense. Quand il estima qu'il y avait assez de sang sur la dague, il déclara d'une voix tremblante :

« Moi, James Harold Potter, accepte le corps, l'esprit et l'âme de cet esclave ; qu'il soit dorénavant ma propriété. La dette entre ma maison et la maison de Lucius Malfoy sera annulée à l'issue de cette transaction. »

Il fit un signe de tête à Lucius, qui arborait un sourire avide. Tous deux retirèrent en même temps leurs couteaux des mains de Snape.

Pendant un instant, rien ne se passa. Puis les plaies ouvertes laissèrent échapper une lumière verte et Snape s'effondra sur le tapis, se tordant et étouffant un cri. James fit un bond en arrière, horrifié. Le sourire affecté de Lucius se teinta d'amusement.

Enfin, Snape s'immobilisa sur le côté, haletant. Le sang maculait sa poitrine et ses mains.

« Je suggère que vous fassiez sortir votre esclave avant qu'il n'abime notre tapis, » fit Lucius, un sourire cruel planant toujours sur ses lèvres. « Il a bien plus de valeur que votre nouvelle acquisition. »

James ravala un 'va te faire voir' et répondit calmement :

« Snape, lève-toi et habille-toi, que nous puissions partir. »

Il rengaina son couteau et reprit sa baguette en main. Ce qui ne l'empêcha pas de sursauter quand l'un des Malfoy s'éclaircit la voix.

« Ah, M. Potter, » susurra le père, « Je crains que l'esclave n'ait pas d'habit. Pour autant que je me souvienne, la garde robe ne faisait pas partie du marché. »

Enfoirés. James fusilla des yeux les deux immondes salopards. Il détourna finalement le regard quand Snape se mit debout, les mains crispées contre sa poitrine pour empêcher le sang de s'écouler.

« Suis-moi, Snape. »

Il entendit Snape trébucher derrière lui, et s'arrêta aussitôt que les portes de chêne se furent refermées. Dobby se stoppa également, les oreilles tremblantes tandis qu'il regardait Snape vaciller sur ses pieds. James ignorait ce qui le rendait si faible, mais il n'avait visiblement pas l'air d'être en état d'utiliser la voie de cheminette pour l'instant.

James se tourna vers Dobby : « Est-ce que tu aurais des bandages ? Ou peut-être une potion de Pimentine ? »

Le regard de Dobby passa nerveusement de James à Snape.

« Dobby va chercher des bandages pour le bon maître Potter. Dobby trouve une meilleure potion pour Severus Snape si Maître James Potter autorise ? »

« Dépêche-toi, veux-tu ? » répondit James. Il n'avait pas l'impression que Snape pourrait tenir debout encore bien longtemps, et il n'avait vraiment pas envie de devoir porter Servilius… Snape jusqu'aux dortoirs.

Mais Dobby fut rapide ; il fut de retour en moins d'une minute. James versa la potion dans la bouche de Snape tandis que Dobby bandait ses mains. Un instant plus tard, Snape cligna des yeux et se stabilisa sur ses pieds.

« Très bien, lève les bras, » ordonna James.

Clignant toujours des paupières, Snape leva ses bras face à lui. Ils ressemblaient à de longs et pâles rameaux qui seraient tombés du Saule cogneur. James enleva sa robe et aida Snape à l'enfiler, préférant ne pas voir plus de ce corps maigre et pâle qu'il ne l'avait déjà fait.

D'une certaine façon, il était vraiment soulagé par le fait que sauver quelqu'un ne signifie pas qu'il doive l'apprécier.

Une fois que Snape n'eut plus l'air d'être sur le point de s'évanouir, il se tourna vers l'elfe qui semblait sur le point de s'effondrer.

« Dobby, peux-tu nous ramener à la cheminée ? »