L'entrainement de quidditch fut un vrai désastre. Sirius refusait de lui parler, et s'acharnait à renvoyer les cognards sur sa tête avec plus de force et d'enthousiasme que nécessaire. James tomba deux fois de son balai et manqua la moitié des passes.

Quand il quitta enfin le stade, il était épuisé, couvert de bleus et prêt à expédier son meilleur ami droit dans le saule cogneur mais Sirius sortit des vestiaires sans un regard pour lui. James grogna et donna un coup de poing contre le mur de la douche, avant de réaliser douloureusement que le vénérable granit était plus dur que son poing.

Il ne comprenait pas Sirius. Il était bizarre depuis le début de l'année, criant sur tous ceux qu'il croisait. Il s'en était même pris à Lily, qui avait aussitôt fait virer la couleur de ses robes au mauve et enchanté sa baguette pour qu'elle chante l'hymne de Poudlard chaque fois qu'il tentait de jeter un sort à quelqu'un.

Et ce matin, James avait été presque certain que Sirius pensait ce qu'il avait dit, qu'il avait vraiment eu l'intention de faire toutes ces choses à Snape. Tandis qu'il enfilait ses robes, James tenta de se rappeler à quel moment son meilleur ami s'était changé en une bête lunatique.

Il avait semblé normal à la fin de la cinquième année, en dehors du fait qu'il devait retourner au Square Grimmaurd. Mais rien d'inhabituel à cela ; Sirius détestait sa famille. Cela dit, James avait eu la tête ailleurs. Il était déjà distrait pas Snape et ce qu'il avait vu ce jour-là, après les BUSES, et aussi par la soudaine disparition de l'étudiant en question.

Sirius avait frappé à sa porte au milieu de l'été. Il semblait pâle et fatigué, mais il avait plaisanté et gémi qu'il devait juste absolument rester à l'écart de sa famille pour quelques temps. La mère de James avait aussitôt adopté son ami, et Sirius était rapidement redevenu aussi drôle et farceur qu'à l'habitude.

Il avait dormi trois semaines sur le canapé avant de finalement ramasser son bazar, d'embrasser la mère de James sur la joue (elle était devenue écarlate) et de faire ses adieux. Pendant tout ce temps, Sirius n'avait jamais mentionné que quelque chose n'allait pas, en dehors de l'habituel comportement odieux de ses parents. Mais il est vrai qu'à l'époque, James n'avait encore rien dit de son plan pour sauver son pire ennemi.

Il s'était passé quelque chose durant l'été et cela avait changé Sirius en cet espèce d'enfoiré insupportable et en permanence à cran, qui n'avait qu'une vague ressemblance avec son meilleur ami. Peut être avait il été kidnappé et remplacé en partant de chez James ?

Ca semblait peu probable. Peut-être avait il été drogué à coup de Morosa ? Mais les symptômes s'évaporaient en général au bout d'une semaine. A moins qu'il ne soit régulièrement forcé d'en boire sous Imperium ? James secoua la tête. Ses théories étaient stupides et il le savait.

Avec précaution, enferma ses pensées confuses dans un tiroir de son esprit et décida de laisser son subconscient s'en occuper. Parce que comprendre pourquoi Sirius se comportait comme un abruti était moins urgent que de trouver un moyen de l'empêcher d'en être un, même s'il devait le ligoter et lui jeter un Silencio lui-même. Enfin, il ébouriffa ses cheveux et se dirigea vers le Grand Hall pour le dîner.

Snape ouvrit ses yeux à temps pour voir le soleil se coucher derrière les montagnes. Grognant, il frotta l'endroit douloureux où sa tête avait reposé contre le rocher qui le dissimulait à la vue de Poudlard. Il se redressa, se sentant raide et endolori, mais pas frigorifié. Un coup d'oeil lui apprit qu'il était une fois de plus enveloppé dans une couverture de Poudlard et il soupira. Un de ces jours, les attentions des elfes de maison allaient lui attirer des ennuis.

Il se leva, ignorant les craquements de ses os et s'étira. Il rangea soigneusement la couverture dans le panier de nourriture que les elfes lui avaient aussi apporté, ôta la poussière de ses livres et se tourna pour faire face à Poudlard.

Si cela n'avait tenu qu'à lui, il aurait passé cette nuit et toutes les suivantes sous le rocher, protégé par les couvertures enchantées des elfes de maison. L'idée était désespérément stupide, cependant. S'il essayait, il serait accusé de vouloir s'enfuir, puni, et perdrait le peu de liberté dont il jouissait. Et puis, la semaine passée, il n'avait pas même espéré revoir le ciel, et encore moins le lac de Poudlard.

Un esclave dans une école publique était un scandale ; un esclave étudiant dans une école publique était un outrage. Une fois perdue sa couverture de pauvre protégé des Malfoy, bizarre mais brillant, ils ne pouvaient plus lui permettre de rester plus longtemps sans perdre la face.

Sans possibilité de devenir un vrai maitre des potions, plus aucune chance d'espionner pour les Malfoy dans le cercle d'élite maintenant que sa position était révélée, et certainement aucun attrait en tant qu'esclave sexuel, il avait perdu toute valeur. Plutôt que de simplement l'exécuter, Lucius avait décidé de le faire mourir de lente inanition et torture ; c'était apparemment plus amusant ainsi.

Et puis, Potter était arrivé. Snape savait qu'il aurait dû être reconnaissant pour le sursis, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que Potter avait prévu et s'il n'aurait pas mieux valu mourir en quelques semaine sous la coupe de Lucius que de souffrir une éventuelle vie entière sous celle de Potter.

Mais c'était encore une fois un raisonnement inutile. Il ne pouvait pas se tuer lui-même, et même s'il avait pu, il s'était battu trop longtemps pour sa survie pour abandonner maintenant. Il avait tiré le meilleur profit de l'ordre de Potter de se tenir hors de sa vue et de ses pensées, et avait passé l'après-midi (et une partie de la soirée) à pratiquer la magie sans baguette. Il n'était pas terriblement doué pour cela, mais si Potter ne lui trouvait pas de nouvelle baguette, il resterait sans défense.

Et même si son nouveau maître lui offrait une baguette, il avait appris à ses dépens que même les possessions qu'il avait jadis considérées comme un prolongement de son corps pouvaient lui être retirées en une seconde. Ses connaissances et sa magie, elles, ne pouvaient lui être ôtées aussi facilement.

Le soleil était couché quand il atteignit le château. C'était l'heure à laquelle les Serpentard les plus âgés auraient commencé à attendre ses services. Il ignorait si Potter souhaiterait sa présence dans le dortoir ou dans la salle commune, où il pourrait se mettre à disposition des Gryffondor pour proposer ses services. Jusqu'à présent, son véritable statut n'était connu que des septième années de Serpentard, et des plus proches partisans des Malfoy, mais à présent le secret était éventé.

Il se prit à se demander quels services lui seraient demandés ce soir. Les Serpentard l'avaient utilisé à part égales pour le sexe, la torture et les devoirs. Il espérait que les Gryffondor étaient aussi pathétiques d'un point de vue académique que leurs homologues Serpentard.

La salle commune s'emplit de murmures quand il y pénétra. Snape les ignora, bien que son visage ait viré au rouge, faisant ressortir ses boutons encore plus. Parfait. Si ça le rendait encore plus repoussant, peut-être qu'ils s'intéresseraient plus à son cerveau qu'à son corps.

Personne ne regarda dans sa direction, personne ne se leva pour le réclamer. Il jeta un dernier regard à la salle miteuse et lumineuse, et présuma qu'il était censé divertir son maître et sa bande. Il détestait les escaliers en colimaçon, qui le laissaient exposé aux regards des autres tandis qu'il se trainait au devant de ce que le sort lui avait réservé pour cette nuit. Il pouvait presque sentir l'avidité et le dégoût qui émanait des Gryffondor.

Il se glissa dans le dortoir aussi silencieusement que possible. La pièce était éclairée par l'habituelle guirlande d'étoiles colorées qui scintillaient sous le lambris du plafond, et des torches dont la lumière vacillait sur le mur. Parfait. Les choses qu'il redoutait le plus étaient de celles que peu choisissent de faire quand les lumières étaient allumées. Comme personne ne semblait avoir besoin de lui pour le moment, il sortit quelques parchemins empruntés et parvint à réunir assez d'encre pour finir ses notes, en mêlant un peu d'eau à ce qui restait de la bouteille qui avait été renversée.

Se glissant devant le bureau qu'il commençait dangereusement à considérer comme le sien, il se mit à mordiller sa plume tandis qu'il réfléchissait à sa dissertation de potions. La plupart des professeurs, à l'exception de Slughorn, lui avaient donné du travail (parfois accompagnés de regards compatissants) afin de l'aider à rattraper son retard pour les premières semaines qu'il avait manquées.

Slughorn l'avait simplement ignoré quand il était resté après la classe pour voir s'il y avait quoique ce soit qu'il puisse faire pour compenser son retard. Le corpulent professeur s'était mis à nettoyer son laboratoire comme s'il n'avait pas entendu le plaidoyer calme et digne de Snape. Même quand les tables avaient enfin été nettoyées et les chaudrons rangés, Slughorn s'était contenté de lui tendre le programme de l'année sans un mot.

Au moins, il était déjà suffisamment avancé en potions pour pouvoir combler ce retard, étant donné qu'il avait déjà des années d'avance sur le programme. Et un jour, si les circonstances le permettaient, ce serait au tour de Slughorn de supplier et de ne pas être entendu.

Sa respiration se coupa quand, quelques heures plus tard, la lumière scintillante du plafond se mit à baisser jusqu'à s'éteindre. Il avait eu de la chance la nuit précédente, Potter et sa bande avaient été trop occupés à préparer leur prochain forfait pour exiger sa présence dans leurs lits.

Mais ce soir, ils étaient furieux et frustrés, et ruminaient leurs retenues de l'après-midi. Les mots que Black avait prononcé plus tôt lui revinrent à l'esprit. Il s'était plus ou moins attendu à ce qu'ils le traine au milieu de la pièce pour lui administrer une raclée sanglante, mais ils préféraient apparemment des cessions privées. Quelle chance.

Il s'agenouilla sur le tapis. Personne ne l'avait réclamé et il n'allait certainement pas se proposer, mais il ne doutait pas que la bande ne tarderait pas à le remarquer.

"Snape?" fit Potter à voix basse, bien qu'il n'y ait aucune chance que les autres ne l'entendent pas.

»Oui, maître, » répondit Snape en murmurant, avant de tressaillir.

Il avait oublié que Potter n'aimait pas être appelé ainsi. Il attendit de voir s'il allait être puni immédiatement ou plus tard.

»Qu'est ce que tu fais assis par terre? »

Pourquoi posez-vous des questions stupides, faillit rétorquer Snape, se mordant presque la langue pour se retenir. Avoir son ancien rival comme maître était difficile, il était trop facile d'oublier et de s'attirer une punition. Il mordit sa langue et répondit:

« J'attends les instructions. »

"Les instructions?" Potter avait oublié de murmurer. "Il est onze heure du soir, qui pourrait te donner des instructions ? »

Snape resta un instant sans voix, réalisant qu'il n'y avait aucun moyen de répondre à cela sans s'attirer un quelconque châtiment.

Il espérait que Potter répondrait à sa propre question, car il n'arrivait vraiment pas à savoir si elle était vraiment aussi naïve qu'elle en en avait l'air ou si ce n'était que le début d'un long jeu sadique que Potter avait en tête. Du coin de l'oeil, il vit Black s'asseoir dans son lit et écarter les rideaux.

« Lis entre les lignes, James, » grogna Black. « Il attend sûrement que tu le culbutes. »

« Sirius! » glapit le loup-garou.

Mais Potter était resté silencieux et Snape sentit des frissons le parcourir. Il n'avait aucune idée du jeu auquel ils jouaient. L'incertitude était ce qu'il détestait le plus dans ces mises en scènes. Il se força à rester immobile, attendant de voir ce qui allait se passer.

Ce fut Potter qui rompit le silence.

"Qu'est-ce qui ne tourne pas rond avec toi, Black ?"

"Avec moi ? C'est ton esclave qui..."

"Qui quoi ? Il ne fait absolument rien."

'"C'est juste le fait qu'il existe, c'est ça ?"

Snape entendit le ricanement dans la voix, le même qui avait été sur le visage de Black quand Potter avait dit ces mots la première fois.

Potter se tut à nouveau et Snape lutta pour voir l'expression de son maître dans l'obscurité. Soit tout ceci était un petit jeu sadique très élaboré, soit il se trouvait au milieu d'une bataille privée entre les frères siamois de Poudlard.

Aucune des options n'était préférable à l'autre.

"C'était différent. Et cette discussion est stupide. Snape, qu'est-ce que tu fais au juste par terre ?"

Formidable. Il serait probablement plus en sécurité coincé entre deux dragons en rut qu'au milieu de ce champ de bataille. Trop prudent pour contredire son maître, Snape offrit la part de vérité la plus commode.

"J'attendais la permission d'utiliser le lit, maître."

"Mais c'est... oh, bordel. Contente toi de te coucher, Snape. Tu n'as pas besoin de ma permission pour dormir dans ton propre lit. Sirius, la ferme."

Sirius ricana, mais ne dit rien.

Son propre lit ? Cela signifiait sans doute qu'il n'était pas censé se glisser dans celui de Potter. Pas encore, en tout cas. Il grimpa péniblement dans le lit, luttant avec les draps tandis qu'il cherchait à conserver sa nonchalance

Il devait jouer le jeu, mais il n'aimait pas la tournure qu'avaient prise les choses. Même Potter ne pouvait pas être assez stupide pour ne pas entrevoir la vérité dans les paroles de Black.

Et en dépit du concours de gentillesses entre lui et Black, il n'y avait rien d'innocent à ordonner à un esclave de monter dans un lit à côté du sien. Si Potter n'avait pas l'intention de se servir de lui, il lui aurait juste dit de dormir par terre. Les esclaves ne dormaient jamais dans un lit en présence de leurs supérieurs, ce qui signifiait qu'un esclave seul dans un lit n'était pas là pour dormir, et ne resterait pas seul longtemps.

l

Snape se força à rester étendu sur le dos, jambes légèrement écartées, ouvert et vulnérable. Les battements de son corps secouaient sa poitrine et ses poumons étaient tellement contractés que respirer était douloureux. C'était stupide. Il avait déjà fait ça avant, ce ne serait pas pire que les centaines d'autres fois où c'était arrivé. Mais la première fois était toujours la pire. Après cela, il saurait à quoi s'attendre.

Il fixa le plafond du regard, guettant le bruit de draps froissés, de pas feutrés et du murmure d'un sort de silence tandis qu'ils ouvriraient les rideaux.

Les minutes s'égrenèrent, tandis qu'il tressaillait à chaque bruit de respiration. Il pouvait sentir que ni Potter ni Black ne dormait. Ils devaient jouer avec le temps.

Il connaissait ce jeu. Il força les muscles contractés de ses bras et de ses jambes à se détendre et se mit à compter les anneaux du rideau de son lit à la lueur de la lune. Ca aidait, de compter.

Le premier assaut mettrait un moment à venir. Le fait de compter et savoir qu'il aurait droit à un répit, même court, aida à dissiper le poids sur sa poitrine et lui permit de respirer un peu.

Quand il eut compté les anneaux d'une douzaine de façons différentes, il se concentra sur sa respiration. Il savait que son temps était compté, et cette idée fit accélérer à nouveau sa respiration mais il garda les yeux ouverts et pensa à Slughorn, et aux douzaines de Sectumsempra qu'il pourrait lancer à son corps replet jusqu'à ce que la masse de chair tremblotante cesse enfin de bouger, de supplier ou de respirer.

Il songea à une dizaine de scénarios différents pour se venger, et l'excitation et l'intense satisfaction que lui procurait le fantasme lui permirent de garder les yeux ouverts et le corps alerte.

Un long, long moment passa avant que ses yeux secs n'enregistrent la lumière grise et froide qui filtrait de la fenêtre. Il cligna des yeux et se les frotta. C'était presque l'aube et il était toujours... intact.

Il retint sa respiration et épia les bruits de la chambre. Il était doué pour savoir quand les gens faisaient semblant de dormir et le son léger et régulier des respirations lui murmurait qu'il était en sécurité. Il sentit tout d'abord la panique le gagner avec l'incompréhension, puis il réalisa ce qui avait dû se passer.

Potter et Black étaient des débutants à ce jeu. Il était probable qu'ils aient juste oublié de programmer une alarme... et se soient endormis. Son soupir se transforma en un gloussement étouffé et hystérique. Merlin, est-ce qu'il pouvait vraiment s'en tirer à si bon compte ? Oh, il y aurait des représailles, mais ces représailles risquaient peu d'être pires que ce à quoi il échappait de toute façon.

Il doutait que les garçons se réveillent avant le déjeuner, pas après avoir apparemment manqué la moitié de leur nuit. Quant à lui, l'idée de dormir était ridicule. Il n'y avait aucune chance qu'il parvienne à fermer les yeux et rester sain d'esprit en pensant à leurs réactions au réveil.

Il passa une main sur son visage. Il ne lui restait plus qu'à entamer sa journée. Sans un bruit, il se dirigea vers les douches.

James rabattit son oreiller sur ses oreilles, tentant d'atténuer le bruit perçant des fées qui tournaient autour de sa tête.

"Non... fichez le camp..."

Une fée lui vrilla sa baguette dans la nuque avec insistance.

"Suffit, laissez-moi tranquille."

Il entendit la créature pousser un soupir exaspéré et voleter autour de son oreille. Sans préavis, elle fit un piqué dans une de ses narines en frétillant.

"Ah!" Il se leva d'un bond et éternua, propulsant la fée sur sa couverture. Elle se remit rapidement sur ses pieds et le regarda d'un air de défi, les mains sur les hanches.

"Ca va, ça va, je me lève... mais pitié, va t-en !"

Avec un regard dégouté pour ses ailes couvertes de morve, la fée voleta hors du lit, entrainant à sa suite sa cohorte ricanante dans la sphère de verre posée sur sa table de chevet.

James se débattit pour s'extraire de ses couvertures. D'un geste, il ouvrit les rideaux de son lit et aperçut Rémus assis sur sa chaise, un sourire identique à celui des fées sur les lèvres.

Il passa une main dans ses cheveux en bataille.

"Tu parles d'un fichu cadeau d'anniversaire. Merci beaucoup, Lunard."

Celui-ci leva les yeux au ciel.

« C'était soit ça, soit t'entendre gémir que tu as raté ton petit-déjeuner tous les matins. Dépêche-toi tant qu'il est encore temps. »

« Elle a volé dans mon nez ! » se plaignit James en enfilant ses robes.

Il était tenté de replonger dans son lit, mais il n'avait pas envie de savoir comment les fées le prendraient. Jetant un coup d'oeil au lit à côté du sien, il s'aperçut que celui-ci était vide.

« Où est passé Snape? »

Lunard haussa les épaules pour indiquer son ignorance.

« Il était déjà parti quand je me suis réveillé. James, au fait, au sujet de ce que Sirius a dit... »

« Sirius est complètement à côté de la plaque. Tu as entendu ce que Snape a dit. »

Rémus joua nerveusement avec le bout usé de sa cravate.

"Je ne sais pas. Sirius avait l'air plutôt sûr de lui et..." son regard se posa sur le plancher. "Tu as vu comment Snape a réagi ?"

James secoua la tête, les yeux fixés sur la porte. Il avait fait trop sombre pour qu'il puisse voir, mais il était vrai qu'il n'avait pas beaucoup essayé.

"Il faisait noir, mais il n'avait pas l'air choqué ou quoique ce soit. Il avait plutôt l'air effrayé, pour tout dire."

Fourrant ses livres dans son sac, James secoua la tête.

"C'est ridicule. Tout le monde sait que je ne suis pas... comme ça. Et... avec Snape ? Je préférerais encore manger un cerveau de lézard mort."

Lunard resta silencieux un moment, puis haussa les épaules. James le suivit dans les escaliers, ignorant la petite voix qui lui disait que Rémus ne disait pas tout ce qu'il pensait.

Snape prit le risque de quitter la tour de Gryffondor avant que les garçons ne se réveillent. Il savait que Potter allait être furieux de s'être endormi pour sa première nuit avec son esclave, et il n'était pas sûr d'être capable de suivre les cours s'il devait recevoir une correction en plus de la nuit blanche.

Ce serait plus facile à supporter à la fin de la journée, quand il aurait au moins une partie de la nuit pour récupérer. Il posa son front contre la table de la bibliothèque, tentant de dissiper le mal de tête qui bourgeonnait entre ses deux yeux et le nœud dans son estomac.

Il avait déjà fini sa seconde dissertation de Métamorphose et se débattait avec l'Arithmancie. La tentation était forte de se glisser sous une table et de dormir pendant l'étude, mais bon sang, il avait trois semaines de retard à rattraper.

Se forçant à redresser la tête, il attrapa le livre le plus proche et l'ouvrit, se concentrant sur les lignes floues. Il fixait les mêmes lignes depuis quarante minutes quand il sentit que quelqu'un s'installait sur la chaise voisine.

"Sympa de te croiser ici."

La voix de Lupin le tira de sa torpeur. Snape se figea, puis entreprit de se mettre à genoux.

"Non, ne fais pas ça. Je veux juste parler."

Snape reprit maladroitement place sur son siège et hocha la tête. Il avait déjà entendu ces mots quantités de fois auparavant, mais cette fois-ci ils étaient dans la bibliothèque. Avec Mme Pince. Lupin jeta un regard aux livres éparpillés sur la table et tressaillit.

Snape se félicita d'avoir laissé les traités sur la magie sans baguette aux bons soins des elfes de maison.

"Usage avancé du théorème de la Spirale de Ratillii en arithmancie moderne. Tu as vraiment lu ce truc ?"

Snape doutait que Lupin soit là pour discuter des théorèmes d'arithmancie ésotériques, et il répondit donc en toute honnêteté.

"Non. J'avais besoin d'un des chapitre comme référence."

Lupin sembla soulagé tandis qu'il parcourait les pages du regard.

"Donc, tu ne comprends pas vraiment tout ça ?"

Snape fut tenté de mentir juste pour voir l'expression sur le visage du loup-garou, mais il savait que le jeu n'en valait pas la chandelle.

"Non. Le second chapitre donne un bon aperçu des symboles d'arithmancie de Ratilii. Le reste..."

"Est un gros tas de bouse de dragon."

Snape ne put retenir un ricanement surpris. L'expression de Lupin changea.

"Sn... Severus, au sujet de ce que Sirius a dit la nuit dernière..."

Snape sursauta en entendant son prénom, puis écouta avec une méfiance croissante.

"On aurait dit que... qu'il le pensait."

Oh, bon sang, c'était donc ça ? Le sang-mêlé Lupin avait des difficultés à accepter la réalité de l'esclavage organisé par les sang-purs ?

Il songea à mentir, mais c'était dangereux, sans oublier inutile. Quant à refuser de répondre, cela aurait été tout aussi dangereux et stupide. Au moins, de cette façon, il avait un peu de contrôle sur les informations.

"Oui, il disait la vérité."

Il tenta de garder une voix neutre, tout en observant Lupin du coin de l'oeil. Le loup-garou sembla presque frissonner, et une ligne se forma entre ses deux sourcils broussailleux.

"Alors... tu pensais vraiment que James allait, tu sais..."

"Quoi, se servir de son esclave ?" répondit doucement Snape. Il haussa les épaules. "C'est ce qui se fait."

"Mais James n'est pas, je veux dire, tu n'es pas..." balbutia Lupin avant de s'interrompre, rouge brique. Au moins, cette conversation commençait à devenir amusante en plus d'humiliante, songea Snape.

"Je suis un esclave, je n'ai pas de sexe sauf s'il s'agit de reproduction." Il ne tenta même pas de dissimuler l'amertume de sa voix. "Je suis un instrumentum vocalis, un outil avec une voix. Potter peut m'utiliser tant qu'il le souhaite sans menacer sa virilité."

Le loup-garou n'eut pas de réaction forte, mais le pincement de ses fines lèvres et le léger retroussement de son nez laissèrent entrevoir son dégout.

L'expression disparut tandis que Lupin semblait chercher quelque chose à dire, avant de finalement lâcher : "Oh... merde."

Snape dut lutter contre l'esquisse de sourire qui tordit le coin de ses lèvres.

"Bien dit, Lupin," répondit il, avant de se crisper. Son ton familier n'allait-il pas lui attirer des ennuis ? Mais le loup-garou se contenta d'un demi-sourire étrangement amical.

"Marci."

Snape sentit les coins de ses lèvres se soulever à nouveau. La tension entre eux se dissipa légèrement. En dépit du sujet de la conversation, il était agréable de parler à quelqu'un presque comme s'il était un égal. Ca ne durerait pas, et il y avait toujours la possibilité qu'il paie pour cela plus tard, mais pour l'instant c'était... agréable.

"James ne le fera pas, tu sais. Ne te fera pas ça, je veux dire."

Snape haussa les épaules.

"Quoi, tu ne me crois pas ?"

Au temps pour l'impression agréable, songea-t-il.

"Je te crois. Lucius n'était pas très porté là dessus non plus."

En tout cas, pas sans une pléthore de torture mentale et physique avant. Et même là, le sexe n'avait jamais été l'objectif principal.

"Mais tu as dit..."

La voix de Lupin était plaintive et pleine de confusion, mais sans une trace de colère ou d'agacement.

"Je n'étais certainement pas la chose la plus attrayante qu'il pouvait ramener dans son lit." Tant que ce qu'il voulait était consensuel... "Ce... n'était pas ce pour quoi il m'utilisait, la plupart du temps."

Son regard tomba sur la table. Avec Lupin, il était difficile de prendre assez de recul pour décrire sa vie sans ressentir l'équivalent d'une botte pressée contre sa poitrine tandis qu'il parlait. Peut-être était-ce parce que Lupin ne comprenait vraiment pas ce qu'il était et ce qu'il avait été contraint de faire.

"Lucius préférait m'utiliser comme monnaie d'échange avec ceux qui n'étaient ni aussi charmants, ni aussi au point que lui avec leurs leçons."

Lupin resta bouche bée.

"C'est... barbare. Ils te... et après ils te faisaient faire leurs devoirs ?"

Snape haussa les épaules à nouveau.

"Parfois seulement. La plupart du temps je les aidais juste. Ce n'était pas si terrible, ça m'aidait à me rappeler que je suis peut-être un esclave, mais qu'au moins je n'écris pas 'chat' avec un s."

Pendant un instant, Lupin sembla encore plus horrifié.

Snape se demanda si c'était à l'idée de l'esclavage ou de l'imposture d'étudiants qu'étaient Crabbe et Goyle. Lupin resta silencieux un moment, et Snape massa ses tempes douloureuses. Il n'aurait pas dû discuter, il aurait dû être en train d'étudier.

Et il n'aurait certainement pas dû parler avec une telle familiarité avec un ami de son maître. Mais c'était la première véritable conversation polie qu'il se souvenait d'avoir eu avec un être humain. C'était comme si une autre personne parlait à sa place, comme s'il avait échangé sa place avec un élève libre de Gryffondor et qu'il ait eu le droit de garder le rôle quelques instants. C'était agréable.

"Hum."

Snape leva les yeux et s'aperçut que Lupin le dévisageait.

"Quoi ?"

"C'est juste bizarre, c'est tout."

Snape soupira et ferma le livre.

"Tu ne pourrais pas être encore un peu plus abstrus ? Quelqu'un pourrait te comprendre."

"Ah, voilà, c'est ça."

"C'est ça quoi ?"

Snape commençait à être agacé et passablement inquiet. Il avait cru que Lupin n'était pas en train de le mener en bateau pour s'amuser. En tout cas, pas encore.

"Le sarcasme. Je commentais le fait que tu aies réussi à me parler pendant cinq bonnes minutes sans me servir une de tes fameuses tirades cinglantes."

Est ce que Lupin lisait dans les pensées ?

"Il est dans mon intérêt de faire en sorte que vous soyez content."

"Et c'est pour ça que tu viens juste de m'envoyer balader ?"

Snape sentit son sang se glacer. Il avait été trop loin.

"Mes excuses, monsieur. Je ne voulais pas vous manquer de respect."

Il entreprit de s'agenouiller.

"Stop!"

Lupin semblait encore plus pâle qu'à l'ordinaire.

"Je n'ai jamais dit que ça m'ennuyait ! Ca m'a surpris, c'est tout."

Il mordilla sa lèvre inférieure.

"Je n'aime pas cette histoire de maître et d'esclave. C'est bizarre. Tu n'étais pas comme ça, avant." Snape se détendit sensiblement.

"Potter a dit la même chose. Mais vraiment, vous ennuyer était le meilleur moyen de satisfaire mon ancien maître."

Snape mit délibérément l'accent sur sa position vulnérable et omit prudemment de mentionner que sa haine du quatuor avait été bien réelle; et l'était peut être encore aujourd'hui, il n'en était pas certain.

Ni Potter ni Lupin ne se conduisaient comme il s'y était attendu. Au moins, Black n'avait pas changé. Ils restèrent assis dans un silence à peine gêné pendant quelques temps encore.

D'une certain façon, c'était agréable. Il s'était sentit mal à l'aise et déplacé chaque heure de la journée pour la plus grande partie de sa vie, mais personne n'avait jamais reconnu son humanité au point de ressentir la même chose à ses côtés.

Enfin, Lupin jeta un regard à sa montre et soupira.

"J'ai un cours. A ce soir au dîner, je suppose." Il rassembla ses livres.

"Je suppose."

Il se leva et esquissa une révérence pour le garçon qui s'en allait, avant de s'interrompre. A la place, il offrit un léger hochement de tête, comme il avait vu Lucius faire avec les rares personnes qu'il considérait comme presque ses égaux. Lupin sourit et s'en alla.

Snape remit ses cheveux en arrière et secoua la tête, tentant de dissiper l'impression presque agréable qui s'était infiltrée dans sa poitrine.


Toutes mes excuses pour le retard! En espérant que ce chapitre vous aura plu!