Bonsoir !

Un grand merci à mes lecteurs (ou devrais-je dire mes lectrices ! Oh toi, lecteur de sexe masculin, si d'aventure tu tombes sur cette histoire, manifeste toi !!!) qui suivent patiemment cette histoire, mais également à toutes les personnes ayant eu la gentillesse de me laisser une review : Lasiurys, Pitchoune-bella (je vais essayer d'un peu moins partir dans tous les sens, mais sinon, n'hésites pas à me poser des questions...), Cixy, Eileen19 (merci pour tes ondes positives ! Ah... le choix de Percy... d'après toi ?), Snapinou, super-ketchup (tu vois juste pour la prophétie ! j'espère que tu as passé de bonnes vacances !), Ilda, Diiane et Alatariel... merci mille fois pour votre soutien !

Je laisse place au chapitre 5 en vous souhaitant une bonne lecture.


CHAPITRE 5 : SISYMBRE DESENCHANTE

Les mains empêtrées dans une génoise au chocolat, Hermione s'efforçait à rire aux blagues à deux mornilles que Ted testaient sur son public commis d'office. Melinda avait les larmes aux yeux tant elle s'amusait, si bien qu'Hermione doutait fortement de la réussite de son gâteau ! Romilda, quant à elle, était couverte de farine et avait abandonné toute idée de cuisiner quoi que soit digne de porter le nom de pâtisserie !

- Si vous continuez à nous faire autant rire Ted, nous n'aurons pas un seul gâteau à offrir à cette pauvre Gaby !

Romilda, incapable de se remettre à la tâche, venait de s'asseoir à la table de la cuisine.

- Ne dis pas n'importe quoi, Romy ! Tu vois bien que la génoise d'Hermione est tout simplement parfaite, ironisa gentiment Melinda, qui venait de faire un discret clin d'œil à l'intéressée.

Hermione se retourna vers son amie, faussement outrée, avant de se remettre à l'ouvrage.

- Comme toujours… ajouta aussitôt Romilda.

Les trois jeunes femmes se regardèrent avant de rire franchement, suivies de près par Ted qui embraya aussitôt sur une nouvelle blague. Bien sûr, il avait une telle façon de raconter ses histoires qu'Hermione ne pouvait que sourire. Cependant, son esprit était ailleurs.

Depuis que Ronald lui avait expliqué l'idée de Malefoy pour s'emparer du diadème de Serdaigle, Hermione ne cessait d'élaborer des plans. Elle imaginait toutes sortes de scénarios semés d'embuches dans lesquels un ou plusieurs imprévus surgissaient, et cherchait des solutions qui ne trouvaient jamais grâce à ses yeux. Trop lent ! Pas suffisamment de temps ! Trop dangereux ! Pas assez nombreux ! Abracadabrant ! Décidément non, rien ne convenait !

Ce qu'elle aurait aimé pouvoir en parler avec ses amies, Ted ou encore Androméda, mais elle n'en avait pas le droit ! La mission était bien trop importante pour prendre le risque de la divulguer aux résistants et Minerva avait préféré garder cette information au niveau des membres décideurs de l'Ordre.

Tout ce qu'elle avait pu leur expliquer, était la nécessité de fabriquer la potion polynectar, et ce le plus rapidement possible ! Pourtant, Hermione ressentait le besoin de confronter ses idées comme elle le faisait avec Ron et Harry durant leur scolarité. Si seulement Severus ne passait pas toutes ses journées enfermé dans son laboratoire !

- Comment s'est passée ta course à Londres ?

- J'ai trouvé la peau de serpent d'arbre et la poudre de bicorne. Je ne dis pas que ça a été simple, mais j'ai fait marcher mes relations ! s'amusa la brunette.

Hermione souffla de soulagement. Melinda avait réussi à se procurer les deux ingrédients qui leur posaient le plus problème ! D'ici une vingtaine de jours, la potion serait prête. Tout allait bien, puisque Malefoy leur avait parlé d'un rassemblement qui devait avoir lieu d'ici un mois… Entre temps, il lui faudrait néanmoins collecter les cheveux des Mangemorts dont Harry, Ron, Remus et Tonks avaient prévu de prendre l'apparence…

- Severus a mis en route la cuisson des chrysopes et… Hermione s'arrêta net ! Elle avait failli expliquer à Melinda que son époux préparait également une solution de force, dans le cas où ces derniers en venaient à combattre !

- Ne t'inquiète pas Hermione, je sais que tu ne peux pas tout me dire…

- Je suis désolée mais…

Hermione ne put terminer sa phrase car son attention fut attirée par l'anecdote que Ted racontait à Romilda à propos du professeur Dumbledore.

Et bien, j'étais élève à Poudlard à l'époque, et le Professeur Dumbledore était bien plus jeune que vous ne l'avez connu… Il portait déjà la barbe et… oui… toujours ses robes improbables… Minerva venait d'arriver comme enseignante. Je ne crois plus qu'elle lui ait fait d'autres remarques après ça…

- Après quoi, Ted ? interrogea Romilda, qui semblait s'intéresser à l'histoire…

- Tu verras… Voilà exactement leurs paroles :

« Oh, ooh, regardez ce que vous avez fait Albus ! Vous avez mis une chaussette verte et une violette ! »

Oui, oui, je trouve aussi que Minerva était plutôt observatrice pour remarquer les pieds d'Albus, mais passons…

« Il n'y a pas de quoi en faire un drame, ça arrive à tout le monde de se tromper, Minerva… je vais les changer. »

Dumbledore s'excuse auprès de Minerva, puis revient, dix minutes plus tard. Minerva qui attendait son retour, jette un discret coup d'œil à ses pieds et s'exclame : « Mais Albus, vous avez toujours les mêmes chaussettes ! ».

Et là, le directeur la regarde d'un air amusé et lui répond : « Evidemment, mais je les ai changées de pied ! »

Melinda, qui avait également écouté l'histoire de Ted, ne parvenait plus à stopper son rire.

- Ce n'est pas possible ! s'esclaffa t-elle, pliée en deux alors qu'elle transportait sa tarte vers le four. Ça n'est pas réellement arrivé, non ?

- Ted, c'est une blague ? interrogea aussitôt Hermione qui riait également.

- Bien sûr que c'est une blague ma chère !

- Non, je veux dire, vous savez que j'ai grandi parmi les moldus. Et bien, il y avait une blague très similaire à l'école primaire… Vous ne me ferez pas gober n'importe quoi Ted ! s'amusa Hermione.

C'en était trop pour Melinda qui en laissa tomber sa tarte sur le carrelage. Le sol de la cuisine était recouvert de pâte qui avait, au passage, éclaboussé les habits des apprentis pâtissiers.

- Oh non ! Pauvre Gaby ! Encore un gâteau de moins ! S'exclama la jeune femme en riant, alors qu'Hermione, Ted et Romilda tentaient de contenir leur incroyable fou rire.

- Recurvite !

Ils n'avaient pas entendu la porte de la cuisine s'ouvrir et furent surpris par le sort de nettoyage que Gabrielle venait de prononcer avec une sécheresse que personne ne lui connaissait jusqu'alors.

- Ne t'inquiète pas Gaby, nous allons refaire une autre tarte, lui dit aussitôt Hermione qui tentait de retrouver son sérieux, en alerte face au visage dur et fermé de la jeune française.

- Je n'en ai rien à faire de vos gâteaux !

Les jeunes femmes avaient toutes arrêté de rire.

- Gabrielle… Ted non plus ne riait plus. Les traits peinés de son visage ne cachaient rien de sa confusion face au comportement inhabituel de celle qu'il considérait comme sa propre fille.

- Il n'y a pas de Gabrielle qui tienne ! Et il n'y a plus d'anniversaire !

- Dix sept ans ce n'est pas rien… C'est une belle journée que tu regretteras à coup sûr de ne pas avoir fêté… Tout le monde ici prépare cette fête ! Androméda a passée toute l'après midi sur ta robe ; les filles et moi préparons tes gâteaux, même si, je te l'accorde, nous ne sommes pas très doués…

Le visage de Gabrielle était toujours aussi fermé face aux tentatives de Ted à lui rendre le sourire. Seuls ses yeux brûlants trahissaient sa colère.

- Vous vous moquiez de moi ! Vous n'en avez rien à faire de moi ! Je vois bien que vous perdez votre temps dans cette cuisine et qu'aucun d'entre vous n'a réellement envie d'être ici ! Retournez à vos petites occupations ! Retournez à votre petite vie et oubliez-moi ! hurla t-elle avant de sortir précipitamment de la cuisine.

- Je ne comprends pas… enfin… on a rien dit de mal… s'excusa Melinda dont l'incrédulité se lisaient sur le visage.

Ted se laissa retomber sur sa chaise.

- Eh bien… hésita t-il, secoué de voir sa petite Gabrielle dans un tel état.

- J'étais un peu comme elle à son âge. On ne pouvait rien me dire ! Je prenais tout mal ! Vous verrez que ça finira par passer… Si ça se trouve, d'ici une heure elle aura déjà tout oublié ! Melinda roula des yeux face aux explications bien trop simplistes à son goût de Romilda.

- Je vais prévenir votre femme… donna t-elle comme réponse en posant une main réconfortante sur l'épaule de Ted. Elle saura surement quoi faire…

- De mon côté, je vais voir où Gaby se trouve… ajouta Hermione qui sortit précipitamment de la cuisine.

ooOoOoOoo

Même si Hermione ne se sentait pas d'affinités particulières avec la jeune française, elle ne pouvait pas la laisser dans cet état ! Sa détresse lui faisait de la peine. D'ailleurs, c'aurait été vraiment cruel de laisser croire à la jeune fille que personne ne se souciait d'elle !

Peut-être Gabrielle avait-elle fui dans le parc… Hermione s'engagea dans le couloir qui menait au grand hall tout en réfléchissant aux relations qu'elle entretenait avec la jeune française. Ou peut-être devrait-elle parler d'absence de relations…

Car, si Hermione discutait souvent avec les autres femmes du manoir, et avec Melinda plus particulièrement, elle se rendit compte, mi stupéfaite, mi honteuse, qu'elle n'adressait la parole à Gabrielle que lorsqu'elle y était réellement obligée… Lorsque la jeune fille l'aidait pour les commandes, ou lorsqu'il leur arrivait de prendre leurs repas en compagnie de leurs hôtes… Spontanément, Hermione n'était jamais allée vers Gabrielle. Mais que lui aurait-elle dit de toute façon ? Sans compter qu'elle ne s'était jamais sentie très douée pour encourager les confidences…

A bien y réfléchir, Hermione réalisa que la vie de Gabrielle ne devait pas être facile à Searing Moor. Elle était la plus jeune de la communauté et n'avait aucun ami de son âge à qui se confier… Et le fait que la résistance occupait tout leur temps n'arrangeait pas vraiment les choses ! Personne n'avait beaucoup de temps à lui consacrer… Seul Severus lui avait ouvert les portes de son laboratoire.

Oui, Gabrielle, avait passé du temps avec Severus… La jeune française avait réussi ce tour de force de ne pas se faire éjecter du laboratoire par son irascible mari ! Comment avait-elle pu ignorer ce fait jusqu'alors ! Ce fait ? Un coup de maître en réalité ! Severus, qui aimait par-dessus tout la solitude de son laboratoire, avait accepté que Gabrielle l'aide dans son travail !

Hermione ne savait pas très bien pourquoi, mais bizarrement, elle se sentit troublée à l'idée que la jeune fille ait partagé l'intimité de son mari, même si cette intimité se limitait aux préparations des potions…

Severus s'était-il soucié de Gabrielle ou avait-il fait fi de sa présence, trop absorbé par son travail ? La deuxième option lui semblait bien plus réaliste, mais… Dans ce cas, la jeune fille avait surement dû remarquer la passion qui animait le regard de son époux lorsqu'il préparait une potion… Avait-elle également remarqué les petites rides entre ses yeux lorsqu'il réfléchissait ? Et Severus avait-il quitté ses robes, comme il le faisait habituellement lorsqu'ils étaient seuls au laboratoire ? Toutes ces choses qu'elle seule connaissait sur lui… Toutes ces choses qu'elle gardait jalousement pour elle…

Soudainement, sa gorge se serra et son cœur se mit à battre plus fort dans sa poitrine. L'air qu'elle inspirait ne rentrait que douloureusement dans ses poumons. Elle avait chaud, très chaud même. Merlin, que lui arrivait-il ? Pourquoi se sentait-elle aussi mal ? Et pourquoi cette sensation de malaise s'accentuait-elle lorsqu'elle pensait à Severus et Gabrielle ? Severus avec Gabrielle… Gabrielle avec Severus…

Des images, des phrases, resurgissaient de sa mémoire. Gabrielle, observant Severus avec respect et admiration alors qu'il s'était opposé à Ted sur les barrières de défenses de Searing Moor ; la main tremblante de la jeune fille saisissant la pimentine que Severus lui apportait chaque jour lorsqu'elle avait été malade au début de l'automne ; son air hautain et fier, se délectant de lui apprendre où se trouvait son mari, ce qu'il faisait, alors qu'elle, Hermione, ne le savait pas ; son empressement à la reconduire chez elle, à l'éloigner de Severus…

Tout devint clair pour Hermione. Gabrielle était tombée amoureuse de Severus !

Hermione sentit son estomac se soulever et eut à peine le temps de sortir du manoir ! Trottinant du mieux qu'elle put, elle poussa la lourde porte en chêne, dévala les marches du perron et rendit le contenu de son estomac dans le massif d'ifs. A six mois passés, elle ne pouvait plus vraiment mettre cet incident sur le compte de sa grossesse !

Sa main droite trouva inconsciemment l'arrondi de son ventre. Elle était choquée ! Choquée et effrayée ! Que ressentait réellement Gabrielle pour Severus ? Etait-ce le genre de sentiments, à la limite du fantasme, que les adolescentes avaient tendance à confondre avec le véritable amour, ou la jeune fille aimait-elle vraiment Severus? Il y avait de fortes chances pour que Gabrielle transpose sur lui ses désirs et ses rêves et soit persuadée de l'aimer sincèrement, cependant… des sentiments, même tronqués, pouvaient pousser une personne à commettre des actes déraisonnables !

Car une femme amoureuse était prête à tout pour celui qu'elle aimait, non ?

Elle-même avait bien renoncé à sa vie, avait fait souffrir Harry, avait déçu ses amis, avait pris le risque de salir à jamais sa réputation pour vivre avec l'homme qu'elle aimait ! Alors, jusqu'où la jeune fille serait elle prête à aller pour Severus ?

Toute tremblante, Hermione sortit un mouchoir de sa poche et essuya ses lèvres dont le goût amer lui soulevait à nouveau le cœur. Le vent et la pluie qui s'abattaient sur elle transperçaient ses habits. Sa robe, trempée, lui collait à la peau et Hermione prit soudainement conscience du froid qui l'enveloppait et engourdissait ses membres. Oui, elle avait froid, très froid même…

ooOoOoOoo

Elle n'avait plus aucune envie de sortir de la douche. Cela faisait maintenant dix minutes qu'elle se tenait sous le large pommeau, se délectant de l'eau brulante qui coulait le long de son corps. Peu à peu, son corps se réchauffait et ses muscles se détendaient. Elle commençait à se sentir mieux…

Pourtant, lorsqu'Hermione était rentrée chez elle, une heure plus tôt, elle avait immédiatement rejoint le canapé et s'y était effondrée, enfouissant son visage entre les coussins pour étouffer ses pleurs…

Et maintenant, alors que l'eau effaçait les traces de ses dernières larmes, elle se sentait presque honteuse d'avoir pleuré de la sorte ! Elle avait réagi en femme trompée alors que Severus n'avait strictement rien fait et elle ne comprenait pas cette réaction excessive… Son mariage était pourtant solide !

Si elle n'avait jamais mis en doute la complicité qui les unissait, Hermione s'était toujours donné pour credo que rien n'était jamais acquis en amour, et elle s'était dit que si son couple devait un jour battre de l'aile, se serait par manque d'attention ou de communication, par lassitude ou encore à cause de leurs satanés caractères, mais jamais, ô grand jamais, à cause d'une autre femme…

Pourtant, aujourd'hui, Gabrielle se dressait entre elle et Severus…

La porte de la salle de bains s'ouvrit, laissant entrer un léger courant d'air froid, et se referma presque aussitôt. Hermione distingua clairement le bruit de lourds vêtements tombant à terre, puis le cliquetis d'une ceinture que l'on faisait glisser d'un pantalon.

Quelques secondes plus tard, Severus se trouvait nu à ses côtés, sous l'eau bouillante, la gratifiant d'un regard si profond qu'elle se sentit presque défaillir. Lorsqu'il la regardait comme ça, elle avait toujours cette impression à la fois enivrante et déroutante de ne plus rien maîtriser, de chuter d'un ravin sans jamais atterrir…

- Tu es déjà rentré ?

- As-tu oublié que tu l'as exigé ? l'interrogea t-il narquoisement.

- Je…

- La soirée d'anniversaire de la gamine. Et il est exactement 18 heures, annonça t-il d'une manière indifférente alors que sa main s'était emparée de l'éponge avec laquelle Hermione se savonnait.

La jeune femme fit un effort considérable afin de réprimer le mouvement de recul qui lui était venu naturellement au nom de Gabrielle. Pourvu que Severus n'ait rien remarqué !

- Suis-je bête ! Bien sûr ! se rattrapa t-elle aussitôt. A croire que mon mari nu sous la douche ankylose mon cerveau !

- Je crois que ton cerveau a bien le droit à un peu de repos… ronronna t-il, tout en promenant lentement l'éponge sur ses seins.

Lorsque son pouce s'égara sur sa pointe durcie, Hermione tressaillit et ferma inconsciemment les yeux avant de les rouvrir sur les siens. Son regard fiévreux, ses traits crispés, ses lèvres tremblantes légèrement entrouvertes, son souffle qu'elle devinait erratique, sa main qui la guidait fermement vers son sexe tendu de désir…

Non, il n'avait rien remarqué…

ooOoOoOoo

Tout le monde avait craint un moment que la soirée ne tombe à l'eau, mais finalement les festivités se déroulaient à merveille. Gabrielle était là, au centre de la table parmi ses invités. Androméda avait dû réussir à convaincre la jeune fille de célébrer son anniversaire. Hermione se demandait comment cette dernière s'y était prise. La jeune fille était si colère lorsqu'elle avait fui la cuisine dans l'après-midi…

Tous les habitants de Searing Moor étaient présents mais la pleine lune avait contraint Remus et Tonks à rester chez eux. Malgré leur absence, l'ambiance était plutôt bonne. Tout le monde riait et semblait s'amuser, et au milieu de ce petit monde, trônait Gabrielle. Hermione ne reconnaissait pas la jeune fille radieuse assise en face d'elle et se demandait comment une personne pouvait être aussi versatile et changeante d'humeur ! Quelques heures auparavant, c'est à peine si Gabrielle ne les maudissait pas tous !

Oui, l'orage était passé et Gabrielle semblait s'amuser.

Hermione avait bien observé la jeune fille maintenant qu'elle avait compris ses sentiments pour Severus. Plusieurs fois, elle l'avait vue lancer des regards furtifs vers son époux, qui lui, n'avait rien remarqué. Chaque œillade de la demi-vélane lui transperçait le cœur, aussi Hermione reporta t-elle son attention sur la conversation entre Ted et Severus…

Le repas toucha à sa fin et Gabrielle voulut danser.

- Mais c'est une excellente idée ma chérie ! s'exclama aussitôt la maîtresse de maison alors que Justin enchantait un antique tourne-disque moldu qui se mit à cracher les premières notes d'un vieil air de valse.

Roger et Melinda furent les premiers dans le salon improvisé en piste de danse, bientôt suivis par les autres couples. Ted invita sa fille à danser, les yeux brillants de fierté.

- Tu es bien plus belle que la plus parfaite de toutes les roses, ma Gabrielle !

Gabrielle entoura le cou de père adoptif, se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa joyeusement sur la joue avant de rire à gorge déployée.

- M'accorderas-tu cette danse ? interrogea Severus en tendant sa main ouverte vers Hermione, encore assise à table.

- Rien ne m'aurait fait d'avantage plaisir, mais je ne me sens pas très en forme, répondit-elle d'une voix fluette. Du moins je ne me sens pas suffisamment solide pour valser…

Severus la couva de son regard sombre qu'elle aimait tant avant de lui saisir la main.

- Dans ce cas, rentrons…

- Vous ne pouvez pas partir maintenant, s'égosilla aussitôt Androméda qui avait entendu leur conversation. Nous n'avons pas encore mangé les gâteaux ! Viens avec moi Hermione, tu pourras te reposer au salon…

La sorcière, encore belle pour malgré ses soixante ans, passa son bras sous celui d'Hermione puis se retourna vers Severus en riant.

- Faites donc danser ma fille pendant que votre femme et moi papotons chiffons !

Severus esquissa un sourire narquois en regardant Hermione s'éloigner d'un air peu enjoué… Sa Hermione n'était pas vraiment le genre de femme à papoter chiffons ! Mais lorsque Gabrielle vint se planter face à lui, un merveilleux sourire éclairant son beau visage, Severus chercha une excuse pour se dérober.

- Soyez certaine de ma déception à ne pas partager cette danse avec vous, mais le sisymbre ne peut attendre plus longtemps…

Et ce n'était pas vraiment une excuse puisque le maître des potions avait besoin de cet ingrédient pour confectionner le polynectar ! D'autre part, il n'avait aucune envie de danser avec une autre femme qu'Hermione…

- Oh ! s'exclama la jeune française. Est-ce que je peux vous accompagner ? J'aimerais tant voir la façon dont vous le récoltez… C'est une occasion unique…

- Vous ne devriez pas quitter vos invités, refusa t-il froidement.

- La fête n'est pas prête de se terminer ! Vous voyez bien que tout le monde danse ! Et nous serons même rentrés pour le gâteau !

Severus posa un dernier regard sur sa douce Hermione qui avait dû réussir à convaincre Androméda de disputer une partie d'échecs sorciers. Il souffla, visiblement agacé, en se tournant vers la jeune française.

- Je n'ai pas le temps de m'occuper de vous, alors vous veillerez à ne pas trainer en route, concéda t-il avant de se sortir du salon d'un pas pressé, Gabrielle sur ses talons.

ooOoOoOoo

- Où allons-nous ? interrogea Gabrielle qui tentait de suivre la cadence imposée par le maître des potions.

- Quelque part dans le sud dans l'Angleterre. Vous vous tiendrez à moi lorsque nous transplanerons.

- Mais où exactement ? insista t-elle ?

- Les maîtres en potions ne divulguent jamais, sauf à leur apprenti, leurs lieux de cueillette. Surtout lorsqu'il s'agit de plantes aussi rares que le sisymbre, ajouta t-il gravement.

- Dans ce cas, je voudrais devenir votre apprentie ! déclara Gabrielle d'un air exalté.

Severus leva les yeux au ciel puis se retourna vers elle, visiblement excédé.

- Plutôt que de dire des stupidités, attrapez mon bras. Nous allons transplaner.

La jeune fille se figea sous la remarque cuisante de l'homme qu'elle aimait, mais tenta néanmoins de ne pas laisser paraître sa vexation. Elle était si obnubilée par le fait de se retrouver seule avec lui qu'elle n'avait pas remarqué qu'ils venaient de franchir les limites de Searing Moor.

Gabrielle eut à peine le temps de se saisir du bras du maître des potions, que ce dernier les fit transplaner dans un magnifique champ sauvage au bord d'une haute falaise de la mer du Nord. S'il ne pleuvait pas, de gros nuage noirs menaçaient à tout moment de craquer et cachaient à demi l'astre nuit dont la lumière se reflétait sur la mer agitée.

Gabrielle, soufflée par ce spectacle de toute beauté, dut courir sur une vingtaine de mètres pour rattraper Severus qui ne s'était pas embarrassé du paysage. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, le sorcier était déjà agenouillé et récoltait les précieux sisymbres qu'il choisissait d'un œil exercé.

A ses côtés, la jeune fille l'observait, fascinée par les gestes sûrs et précis de l'homme en noir, par ses longs doigts arrachant, tantôt les tiges, tantôt les feuilles de la plante, caressant délicatement les pétales pour en juger le velouté…

Elle se demanda si ses gestes étaient les même lorsqu'il caressait une femme et eut peine à ne pas rougir lorsqu'il se releva et lui fit face de toute sa hauteur.

- Tenez ! Vous vouliez apprendre ! Il faut cueillir la fleur au niveau du pédoncule, ici, sous le réceptacle, de manière à bien capturer la corolle et le calice, lui montra t-il, un sisymbre en main. A votre tour maintenant.

Gabrielle s'accroupit et arracha une fleur du mieux qu'elle put selon ses instructions, mais son esprit était ailleurs… Son esprit était dans ses yeux noirs animés de passion lorsqu'il lui détaillait la précieuse plante. Son esprit était tout à ses lèvres qu'elle brûlait de goûter, tout à ce bras solide auquel elle s'était accrochée, tout à lui. Lui, lui et encore lui…

Elle se releva et déposa sa cueillette d'une main fébrile dans la besace qu'il lui tendait. Elle ne pouvait plus continuer comme ça ! Il fallait qu'elle se lance ! Elle fit un pas vers lui, hésita un bref instant, puis se jeta furieusement contre lui en l'agrippant de toutes ses forces.

- Mais ! que…

Severus, complètement abasourdi, repoussa machinalement la jeune fille. Ce ne fut apparemment pas suffisant, car des lèvres chaudes et humides vinrent se coller contre les siennes, entrouvertes. Il était complètement médusé et ne comprenait rien de ce qui était en train de lui arriver. A qui appartenaient ces mains qui se glissaient sous son pourpoint et cherchaient sa peau ? Cependant lorsqu'une langue taquine caressa la sienne, il sortit de sa torpeur et repoussa l'intruse de toutes ses forces.

La violence du geste projeta Gabrielle dans l'herbe et Severus eut le temps de reprendre ses distances avant de réaliser que sa tentatrice n'était autre que la jeune française. Par Salazar ! Ce n'était pas réel ! Ce n'était qu'une gamine, elle ne pouvait pas avoir fait ça ! Pourtant, tout en elle prouvait le contraire… Ses grands yeux impudiques, ses longs cheveux complètement décoiffés, sa tenue en désordre laissant apparaître sa peau nue au-delà des limites de la décence, cette expression lascive sur son visage alors qu'elle se relevait face à lui…

- Ne vous approchez pas de moi, se hérissa t-il, à moitié décomposé tout en reculant de deux pas.

Elle alla vers lui en avançant d'autant qu'il la fuyait, les yeux brillants de désir, puis fondit de nouveau sur lui en lui agrippant fermement sa cape.

- Severus… Partons loin d'ici ! Emmène-moi avec toi et fais-moi l'amour ! le supplia t-elle, les joues en feu…

- Lâchez-moi immédiatement ! la menaça t-il durement.

Surprise par le ton redoutable du maître des potions, Gabrielle desserra son emprise tout en reculant d'un pas, mais ne détacha pas son regard du sien.

- Je ne vous le dirai qu'une fois, alors prenez-le pour acquis : je ne m'intéresse pas aux petites filles, articula t-il nettement.

Severus interpréta l'absence de réponse de la jeune fille comme une résignation de sa part et continua :

- Maintenant, prenez mon bras. Nous rentrons immédiatement à Searing Moor. Son ton ferme n'admettait aucune contestation.

- Non ! cria t-elle brutalement en réalisant enfin qu'il la repoussait. Je ne suis plus une petite fille ! Je viens d'avoir dix sept ans. Je suis une femme ! Une femme, tu m'entends ! Des larmes de rage coulaient sur ses joues alors qu'il lui jetait au visage son incompréhension et son mépris, alors qu'il la rejetait…

Elle le supplia.

- Je t'en prie… prends-moi avec toi… je t'en prie…

Ses traits déformés par la colère en devenaient presque drôles et Severus se demanda s'il devait la prendre en pitié ou bien en rire ! Une gamine de dix sept ans qui croyait être amoureuse de lui !

- En admettant même que la folie me gagne au point d'avoir la stupidité de partir avec vous, vous oubliez un détail essentiel, exposa t-il doucereusement. J'aime ma femme et elle porte mon enfant !

Le visage de Gabrielle se transforma, ses traits se firent plus durs, sa volonté plus évidente, alors qu'elle le jaugeait d'un regard torve, un début de sourire s'inscrivant sur ses lèvres pincées.

- Ha ! Ha ! Ha ! Un rire dément sortit de sa gorge. Venant d'un homme tel que toi, venant d'un Mangemort, d'un homme qui a trahi, tué, torturé et même probablement violé, continua t-elle d'un ton malfaisant, c'est vraiment très drôle ! Je te propose la liberté, je t'offre ma beauté et ma jeunesse et tu préfère rester aux pieds de ta sang de bourbe même plus capable de trainer son gros ventre hors de son lit ! Ha ! Ha ! H-

Clac ! La main de Severus s'abattit brutalement sur le visage de jeune fille.

Le souffle coupé, elle resta plusieurs secondes, à moitié hébétée, sa main recouvrant sa joue brûlante. Lorsqu'elle leva enfin les yeux vers lui, ce ne fut que pour rencontrer les siens, animés d'une fureur telle...

- Excusez-vous !

- Jamais ! lui cracha t-elle en s'enfuyant de toutes ses forces vers la falaise…


Fin du chapitre 5

Excusez-moi pour cette blague de cour d'école sur les chaussettes d'Albus mais je n'ai pas pu m'en empêcher ! D'autre part, en temps de guerre, le moindre petit moment de bonheur se savoure... d'où la scène de la cuisine... Dans un autre contexte, peut-être les jeunes femmes auraient-elle trouvé tout ça stupide, mais là, elles s'y accrochent... (je tenais à expliquer pourquoi j'avais développé ce passage qui prendra tout son sens plus tard...)

Sinon, qu'avez-vous pensé du retour de la petite Gabrielle ? Dans ce chapitre, j'explore son côté le plus sombre, alors je suppose que vous la détestez...

Vos reviews m'intéressent et me font toujours plaisir... n'hésitez pas à apporter vos remarques et à commenter ce chapitre !

Bisous

Khalie