I.

Bella POV

« Bella ! Tu ne devineras jamais qui vient au mariage de Carlisle et Esmée !»

Je m'arrachai à ma lecture et levai les yeux. Jessica et Lauren, les deux cadettes de la famille, couraient le long de l'allée de chênes verts en direction de la maison. Elles s'arrêtèrent à ma hauteur, essoufflées.

« Bella…tu…tu »

« Reprends ton souffle Jess, » la taquinai-je gentiment.

Jessica passa une main dans ses longs cheveux châtains afin de se dégager le visage et inspira profondément.

« Devines qui vient au mariage ! »

« Si tu ne me le dis pas je ne peux pas le deviner, » lui répondis-je, habituée à son enthousiasme excessif.

« Jasper Hale ! Tu te rends compte ? Jasper Hale ici, dans notre petite ville de Louisiane ! C'est un ami de Carlisle, ils se sont connus à l'université. »

Elle se tourna vers Lauren et elles se mirent à sautiller en poussant de petits cris hystériques.

« Jasper qui ? » demandai-je. Le nom me disait quelque chose, mais je n'arrivai pas à me souvenir où je l'avais entendu.

Jessica se tourna vers moi, stupéfaite.

« Tu ne connais pas Jasper Hale ? »

Je secouai la tête.

« C'est un des acteurs les plus connus d'Hollywood! » me dit-elle d'une voix enjouée.

« Et l'un des plus beaux, » renchérit Lauren.

Elles soupirèrent lentement, un sourire béat sur leurs visages.

« Maman est au courant ? » leur demandai-je, prudente.

« Non il faut aller lui dire ! » Jessica s'engouffra dans la maison avant que j'aie le temps de l'arrêter, suivie de près par Lauren.

Je soupirai. Cela faisait trois ans que j'avais quitté le domicile familial pour poursuivre mes études. A l'époque, Jessica et Lauren étaient deux petites filles turbulentes. En grandissant, elles étaient devenues futiles et arrogantes. Lauren passait en Terminale et Jessica en première. Elles faisaient partie des pom-pom girls de leur lycée et en tiraient une immense fierté. Je songeai avec pitié à Charlie, notre père, contraint de les supporter à longueur d'année. Sans compter Renée… Je me sentais souvent coupable de l'avoir laissé seul avec elles. Même s'il ne le montrait pas, il souffrait de leurs comportements ostentatoires.

Le ciel commençait à rougeoyer et une brise légère venait de se lever, faisant doucement onduler la mousse qui pendait des branches des immenses chênes. Elle charriait des effluves du Mississippi tout proche. Je fermai les yeux et savourai le vent qui me caressait la peau. Le mois de juillet était particulièrement difficile à supporter en Louisiane en raison de l'humidité permanente et de la chaleur étouffante qu'il y faisait.

« Bella ? »

J'ouvris lentement les paupières. Alice était assise sur le rebord de ma chaise longue et me regardai avec tendresse. Alice était l'ainée de la famille. A vingt-quatre ans, elle venait d'ouvrir une boutique de mode à New-York. Un travail, mais aussi une passion. Nous avions toutes les deux pris un appartement dans Manhattan. Elle était bien plus qu'une sœur pour moi, elle était aussi mon amie et ma confidente.

« Le diner est prêt et maman s'impatiente, » me dit-elle d'une voix douce.

Je regardai autour de moi avec surprise. La nuit était tombée et les grillons chantaient bruyamment. J'avais dû m'endormir.

Je pénétrai dans la salle à manger. Charlie présidait au bout de la longue table vernie et regardait un match de base-ball à la télévision. Lorsqu'il me vit, il me gratifia d'un clin d'œil et je lui souris. Lauren et Jessica babillaient tandis qu'Angela, notre autre sœur, mangeait avec solennité.

Renée vint à ma rencontre.

« Ah Bella ! Ou étais-tu passée ? » Je m'apprêtai à répondre lorsqu'elle fit un geste de la main m'intimant de me taire.

« Peu importe. Les filles vous savez la nouvelle ? » Elle avait pris cette voix enfantine que je ne connaissais que trop bien.

« Jasper Hale sera au mariage, » répondis-je sur un ton monocorde en m'asseyant à table.

Elle me regarda d'un air décontenancé. Je venais de faire retomber son annonce tel un soufflé. Mais elle se reprit bien vite.

« Imaginez-vous un peu, si seulement il s'intéressait à l'une d'entre vous, ce serait la porte ouverte vers la gloire ! Vers Hollywood ! » s'écria-t-elle avec enthousiasme. Jessica et Lauren gloussèrent.

Puis Renée se tourna vers Charlie.

« Monsieur Swan, vous pourriez au moins écouter, c'est de l'avenir de vos filles dont on parle ! » lui rétorqua-t-elle sèchement.

« Mmmmhh ? » Il se détourna lentement de son écran plat et se lissa la moustache, geste que je connaissais bien car il le faisait chaque fois que Renée lui tapait sur les nerfs.

« Ah oui, tu parlais sans doute de monsieur Hale. Eh bien, qu'il emmène n'importe laquelle de mes filles tant que cela me permet de regarder mon match tranquillement. Moi je parierais sur Bella, elle a plus d'esprit que les autres, mais après tout il peut préférer une fille stupide, comme d'autres l'ont fait avant lui. C'est un acteur après tout, on ne peut pas espérer grand-chose de lui. »

Il me lança un regard de connivence et je lui souris, puis il se concentra à nouveau sur son match.

Renée préféra ignorer la remarque de Charlie et continua à jacasser pendant tout le repas sur Jasper Hale, son maintien, son charme, sa grâce naturelle…

A la fin du diner, je m'esquivai rapidement et montai dans ma chambre.

Quelqu'un frappa à la porte.

« Entre Alice, » lui criai-je.

Une petite tête aux cheveux noirs désordonnés apparut dans l'embrasure de la porte. Alice traversa la pièce et s'engouffra dans ma salle de bains avant de revenir une brosse à la main.

Puis elle vint s'asseoir à mes côtés sur l'imposant lit à baldaquins qui ornait cette pièce depuis pratiquement deux-cents ans. Elle dénoua mes cheveux que j'avais attachés en un chignon désordonné et entreprit de me coiffer. Elle avait pris cette habitude lorsque nous étions enfants et que j'étais en colère. Cela m'apaisait toujours.

« Tu as des cheveux magnifiques, j'aimerais les avoir comme les tiens, mais je n'ai pas la patience de les laisser pousser. »

Elle se tut un instant avant de reprendre.

« On ne la changera pas tu sais. »

« Ils n'arrêtent pas de se chamailler, et pourtant ils refusent de divorcer. Je t'avoue que j'ai du mal à les comprendre. »

« Ils s'aiment malgré tout. »

« Alice, tu as toujours tendance à voir de l'amour partout ! Parfois j'aimerais avoir ton romantisme. » Je soupirai.

Elle s'arrêta de me coiffer et me dévisagea.

« Alors c'est bel et bien fini avec Jacob ? » me demanda-t-elle dans un souffle.

« Je ne pourrai pas lui pardonner ce qu'il m'a fait. Je ne pourrai plus jamais lui faire confiance. Et à cause de lui, j'ai perdu toutes mes illusions envers les hommes. »

« Ne dis pas ça. Je suis sûre qu'un jour tu rencontreras quelqu'un digne de ta confiance et qui t'aimera autant que toi tu l'aimeras. »

Je lui tombai dans les bras. Ma sœur avait toujours été d'un grand réconfort pour moi, elle connaissait les mots qui me consolaient.

« Et toi ? » finis-je par dire. « Toujours pas de prince charmant à l'horizon ? Je suis sûre que c'est pas les occasions qui manquent.»

Elle haussa les épaules.

« Je suis peut-être trop idéaliste mais j'aimerais rencontrer un homme qui soit romantique, mais c'est une espèce en voie de disparition apparemment. »

« Peut-être que monsieur Hale ferait l'affaire,» la raillai-je.

Nous éclatâmes de rire.

« Je vais te laisser dormir, avec l'enterrement de vie de jeune fille d'Esmée demain la journée promet d'être longue…Et puis il ne faut pas que j'ai les yeux cernés pour rencontrer Jasper Hale ! » dit Alice en plaisantant.

Je me figeai.

« Il arrive demain ? »

Elle hocha la tête.

« Il est le témoin de Carlisle. »

Je soupirai. Avec Jasper Hale dans les environs, la fête promettait d'être mouvementée.

Une fois couchée, je regardai les étoiles par la fenêtre ouverte et repensai à Renée. Renée qui avait toujours rêvé de devenir une star. Mais elle avait rencontré Charlie et était tombée enceinte de lui alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Elle avait dû renoncer à ses rêves de gloire et s'enfermer dans une vieille plantation au fin fond des bayous. Pas étonnant qu'elle soit devenue ainsi. Et maintenant, elle voulait vivre ses rêves à travers ses filles.

Le chant des grillons me berçait et je m'endormis rapidement.