Novus vitae

Chapitre 15 : Le voyage

« Je suis désolé, Luka. »

Cachés sous un épais buisson, au fin fond du domaine princier, à l'abri du vent, des yeux et des oreilles, c'est là que Pâris racontait à son ami qui il était et comment il s'était retrouvé à Mercuta.

Toutefois, le jeune prostitué ne semblait pas prêt pour une telle révélation. Pâris luttait pour le retenir alors qu'il voulait s'enfuir. Il refusait de croire que tout cela était possible et cherchait pour quelle raison Pâris pouvait lui mentir ainsi.

« Je sais que ce que je te dis est difficile à croire mais je t'assure que je ne te mens pas, c'est la vérité ! Je suis réellement le fils du roi Priam de Troie, termina t-il plus bas.

-D'accord, répondit Luka avec un sourire cynique et plein d'amertume. Mais n'essaie pas de me faire avaler le fait que tu aies eu une première vie avant celle là, que tu sois revenu à la vie...

-Je ne suis pas mort ! C'est grâce au sang des dieux. Écoute, je ne sais pas comment ni pourquoi mais je ne suis pas le seul, toute ma famille a eu le droit à une nouvelle vie.

-Famille que tu n'as jamais vu dans cette « deuxième vie » !

-J'ai eu des lettres... bafouilla t-il. »

Luka haussa les épaules avec déni. Il était en colère contre Pâris. Non pas qu'il lui ait menti sur ses origines; ça il le comprenait très bien et aurait même pu deviner son sang royal. Non, c'était cette histoire de deuxième vie qui le rendait malade. La chose lui paraissait tellement impossible... Comment boire le sang des dieux pouvait il provoquer aussi simplement un tel retour dans le temps ?

« Je pense que tu délires. Tu as encore de la fièvre et tu...

-Arrête ! S'il te plait, arrête de me chercher des excuses... Si tu n'arrives pas à me croire, je préfère que tu t'en ailles... »

Les mains du blond tremblaient malgré l'effort que leur propriétaire faisait en les broyant l'une contre l'autre. Il avait lâché Luka et fixait le sol. Son combat contre ses larmes avait échoué et elles coulaient maintenant en abondance le long de ses joues. Luka n'avait jamais pu, et ne pourrait certainement jamais, resté impassible devant son désormais prince lorsque celui ci se trouvait dans cet état.

« J'ai besoin de temps... tenta Luka.

-Je n'ai pas de temps ! Je n'en peux plus, tu comprends ça ? Alors, aide moi, aide moi à sortir de ce palais. Je ne te demande rien d'autre. Tu pourras partir après, si c'est ton désir. Je dois tenter ça dès ce soir et peu importe si tu ne comprends pas pourquoi ! Fais le au nom de notre ancien amour.

-Non...

-Je t'en supplies !

-Ils te rattraperons !

-Je ne peux plus rester sans rien faire ! Il faut que je tente quelque chose ! »

Pâris s'était de nouveau accroché à Luka comme un homme qui se noie. Son regard cherchait le sien pour l'implorer mais il l'évitait.

Après un instant de silence qui, quoique très court, paru une éternité à Pâris, le front de Luka vint toucher celui de l'esclave dont le cœur bondit dans la poitrine.

« J'irais, annonça Luka.

-Quoi ?

-J'irais à Troie, comme on l'avait décidé et là bas je verrais bien si tu es fou ou si tu me dis la vérité.

-Oh merci ! S'écria le jeune homme en se jetant dans ses bras. Merci de me croire !

-Je ne te crois pas, murmura Luka sans répondre à son étreinte mais sans le repousser non plus. Mais je le ferais parce que je t'aime. »

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Luka se retourna une dernière fois vers Seline avant que celle ci ne disparaisse à l'horizon. Il porta la main contre son cœur et sentit la petite bosse que formait la fiole contenant le sang de Pâris sous ses vêtements. Il respira un grand coup pour se donner du courage avant de lancer son cheval au galop en direction de l'ouest.

Il devait rester concentrer sur ce qu'il faisait car il était loin le temps où il montait pour aider son oncle à garder ses troupeaux. Le sable et la poussière lui brûlèrent les yeux, le forçant à les fermer pendant un instant. Mais il se refusait une pause. Maintenant qu'il avait promis à Pâris de mener à bien sa mission, il irait au plus vite, comme un vrai coursier.

Son amant n'était pourtant pas resté sans rien faire tandis que Luka se préparait à partir avec son sang. C'est lui qui lui avait trouvé ce cheval : la princesse, qui était discrètement passée le voir pendant sa convalescence, avait laissé échapper qu'elle souhaitait donner une lettre à un homme habitant une autre ville, entre Seline et Troie. Toutefois, elle risquait de se compromettre et Pâris avait accepté de trouver quelqu'un digne de confiance pour poster la missive. Il aurait aimé y aller lui même mais la princesse refusait qu'il fasse un tel voyage dans son état !

C'était donc Luka qui s'en chargerait en échange d'un très bon cheval qu'il pouvait échanger dans chaque villes traversées s'il était trop fatigué pour continuer, ainsi qu'une somme d'argent nécessaire au voyage.

Il était parti avant que l'aube ne soit tout à fait levée. Le soleil était maintenant au zénith et la faim et la fatigue commençaient à se faire sentir, pour lui comme pour son cheval. Au bout d'une heure, il atteignit enfin une auberge. Il stoppa son cheval dans la cour et attendit qu'un palefrenier vienne l'aider à descendre. Il ne sentait plus ses jambes et dû attendre plusieurs minutes avant de pouvoir marcher jusqu'à la porte.

Il commanda de quoi déjeuner et fut rapidement servit. Il aurait voulu demander une chambre et dormir pour le reste de la journée mais il se souvint de la promesse qu'il avait faite, à Pâris comme à la princesse.

Son regard croisa celui de l'aubergiste qui attendait qu'il termine. Un doute lui traversa l'esprit : et s'il était au compte de la princesse et qu'il l'espionnait.

*Tu deviens parano !* se sermonna t-il.

Quand il termina son repas, l'aubergiste s'approcha.

« Vous avez terminé ?

-Oui merci. C'était délicieux.

-Je suis à votre service Monsieur. Voulez vous que je fasse avancer votre cheval ? »

Luka tiqua mais accepta. L'homme s'exécuta et ils sortirent.

« Merci pour tout, remercia Luka en faisant tourner son cheval frais vers le portail. »

Puis il repartit au galop mais le poids de son repas dans l'estomac l'obligea à ralentir malgré le digestif que l'aubergiste lui avait offert. Vraiment, il aurait préféré prendre une chambre et dormir. Toutefois, il trouvait finalement logique que l'aubergiste ne lui ait pas proposé de chambre à deux heure de l'après-midi ! Luka secoua la tête et remercia sa crainte d'être surpris en train de faire une entorse à son devoir après seulement quelques heures !

Peu à peu il se remettait de sa digestion et il atteignit une ville au moment où la nuit tomba.

« Belle synchronisation, murmura t-il en caressant la tête de son cheval tremblant de fatigue. »

Il se mit à la recherche de l'auberge la plus proche et calcula qu'il lui restait encore plus d'un mois de course effrénée avant d'arriver à Troie. Cette pensée le démoralisa quelques peu même s'il avait été très rapide aujourd'hui. Toutefois, la fatigue le força à ne se préoccuper que d'un lieu où dormir.

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Pâris se redressa. Sa tête le faisait souffrir. Il finit de se mettre debout et fut pris d'un vertige. Deux surveillants le regardaient de loin et parlaient entre eux à voix basse. Alès les vit et s'approcha sans se faire remarquer.

« … il le faut; avant que son état n'empire, souffla l'un d'eux.

-Ils n'en voudront jamais, répondit l'autre. Regarde le ! Une vraie larve ! »

Alès se tendit. Il n'aimait pas le ton que prenait la conversation.

« On en tira rien de bon si l'on attend encore trop longtemps.

-Tu penses qu'ils vont croire qu'il peut soulever des montagnes, hein ? Répliqua t-il narquois. C'est une vraie princesse ! »

Ils rigolèrent un peu fort et le premier voyant Alès non loin d'eux, préféra engager une autre conversation et s'éloigner.

Alès en profita pour rejoindre Pâris.

« A la pause, viens dans la cachette, chuchota t-il. Je dois te parler. »

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Luka manqua d'être éjecté de son cheval quand celui ci prit un tournant assez ardu au grand galop. Heureusement en serrant les genoux contre les flancs de l'animal, il réussit à rester en selle.

Cela faisait maintenant plus d'une semaine qu'il galopait en direction de Troie et, malgré la fatigue qui s'accumulait, il avait gagné en expérience.

Enfin, l'horizon dessinait les contours de la ville où son voyage était censé se terminer.

En entrant dans la ville, il dû ralentir tant le trafic était dense. Le calme de son voyage fut totalement brisé par le brouhaha qui régnait dans la grande rue. Sa journée l'avait énormément épuisé et toute cette agitation commença à lui donner des maux de tête.

Il dû forcer le passage pour avancer plus vite et demander trois fois son chemin. Au bout d'une demie heure de recherche, Luka arriva enfin à destination. La nuit commença à tomber et la foule se dissipa peu à peu.

Un vieux serviteur vint lui ouvrir. Il l'observa de la tête aux pieds.

« Un message pour votre maître, annonça Luka d'une voix épuisée.

-De la part ?

-C'est personnel.

-Très bien, entrez. »

Luka fut conduit dans un salon et un instant après un homme entre deux âges, habillé avec élégance et avec une mime renfrognée, entra. Luka s'empressa de lui remettre la lettre. Il avait hâte de se coucher.

« Vous m'avez l'air bien pressé.

-Pardonnez moi Monsieur, mais j'ai fait un long voyage, répondit-il plus brusquement qu'il l'aurait souhaité.

-Je vois à vos manières que vous n'êtes qu'un remplaçant. Ne vous énervez pas, je ne vous blâme pas. Mais vous m'avez l'air épuisez ! Reprit-il en voyant que Luka ne répondait pas. Je vais vous faire préparer une chambre. Vous m'avez l'air d'avoir encore beaucoup de choses à faire, n'est ce pas ? »

Luka sursauta mais il eut à peine le temps d'ouvrir la bouche que l'homme avait déjà appelé son serviteur pour lui donner son ordre.

« Nous allons vous monter votre dîner, annonça son hôte en se retournant vers lui. Demain vous pourrez partir quand bon vous semblera. »

Luka ne sut que répondre. Il murmura un faible merci et suivit le serviteur qui le guidait jusqu'à sa chambre.

Le lendemain, il se réveilla en pleine forme. Le serviteur lui apporta une préparation maison avant qu'il ne reprenne la route.

« Prenez également cette potion, elle vous aidera à surmonter votre fatigue quand vous en aurez besoin. »

Luka ne comprenait plus ce qui lui arrivait. Il avait la désagréable impression que son hôte savait le but secret de son voyage. Il prit tout de même la fiole et le remercia.

« Faites bon voyage, le salua l'hôte avec un demi sourire d'encouragement. »

Luka s'enfuit au plus vite. L'atmosphère de cette maison était quelques peu étrange malgré le fait que son hôte lui semblait bienveillant...

Il mit ses pensées de côté pour se concentrer sur la route; plus vite il sera à Troie, plus vite tout cela sera terminé.

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« Tu penses qu'ils vont me vendre ? S'inquiéta Pâris.

-J'en ai peur...

-Ce n'est pas le moment... Qu'est ce que je peux faire ?

-Te rapprocher au plus près de la princesse. Si elle te soutient, ils ne pourront rien faire.

-Tu crois que... je devrais la séduire ?

-Il est temps pour toi de passer à l'action.

-Mais si...

-Ne fait pas le prude maintenant ! Tu n'auras pas grand chose à faire.

-C'est juste que... je ne sais pas comment...

-Trouve une excuse pour lui parler et, une fois seuls, tu n'auras qu'à te laisser aller. Elle n'attend que ça. »

Pâris hocha la tête, pas très sûr de lui. Cependant, avoir la princesse de Seline à ses côtés était sûrement une bonne chose aux vues des événements qui se profilaient à l'horizon.

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L'étalon glissa sur la terre meuble et manqua de tomber, entrainant avec lui son chargement. Il réussit à rester debout mais ne pouvait plus continuer. Il zigzaguait d'un bord à l'autre du chemin sous les yeux surpris des paysans.

Luka sauta à terre. La tête lui tournait. Voilà plusieurs jours qu'il n'avait plus de cette miraculeuse potion. Sans elle, il ne serait pas là. Elle était d'une telle puissance que Luka ne doutait plus que son hôte savait qu'il ne repartait pas à Seline ce matin là.

« Je cherche Troie, demanda t-il aux paysans ébahis en se forçant à rester debout.

-Vous y êtes presque, répondit l'un d'eux dans le patois local que Luka comprit à peine. Asseyez vous deux minutes, je vais atteler les chevaux pour vous y emmener.

-Merci... souffla Luka en s'asseyant. »

La femme du paysan lui apporta à boire pendant que le jeune homme porta la fiole à sa bouche en espérant attraper la dernière goutte. Il ne sut s'il y était arrivé mais lorsqu'il monta dans la charrette, il se sentit mieux.

Un quart d'heure plus tard, les murailles de la légendaire Troie se dressaient devant eux.

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Cadeau de Noël ! Profitez en bien ;)