Novus vitae

Chapitre 16 : Troie

Sans même une pression sur les rênes, le cheval ralentit de lui même lorsqu'il franchit la grande porte et pénétra dans la ville. Après plusieurs minutes au trot, son maître l'arrêta dans une ruelle non loin du palais. L'homme le confia à un jeune homme qu'il semblait connaître et entra dans une petite maison.

Une fois à l'intérieur, l'homme se dirigea sans aucune hésitation vers une porte qu'un œil non averti n'aurait pu voir au premier regard. Derrière cette porte, un couloir sombre et étroit semblait plonger dans les profondeurs de la terre. En effet, le sol était fortement incliné et aurait presque nécessité que l'on aménage un escalier.

L'homme prit une torche et entra tandis que le jeune homme referma sans bruit la porte derrière lui.

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Pâris était en train de laver énergiquement la vaisselle lorsqu'on lui ordonna de se rendre immédiatement chez la princesse. Il abandonna donc ses éponges et se pressa hors des cuisines. Si la princesse l'appelait ainsi c'est qu'il devait y avoir du nouveau et donc qu'il ait des nouvelles de son ami.

Il arriva presque en courant devant les appartements de la princesse, il se nomma et entra. Il trouva la royale personne plongée en pleine réflexion, assise dans un confortable fauteuil. Elle le vit et se redressa lentement, le temps qu'on referme la porte derrière le jeune homme et qu'on les laisse seuls.

Pâris s'inclina respectueusement et attendit qu'elle lui adresse la parole en premier. Elle abordait un air grave et ne semblait pas encline à quelques impertinences.

« Votre Luka a rempli sa mission, commença t-elle gravement. Le destinataire de la lettre est venu ce matin pour m'en remettre la réponse. »

Pâris s'inclina de nouveau. Il trouva préférable de ne rien répondre pour l'instant. En effet, quelque chose dans sa voix sonnait comme de la contrariété voire de la colère.

« Seulement Luka n'est toujours pas revenu, continua t-elle lentement. C'est lui qui aurait dû revenir avec la réponse. Bien sûr, beaucoup de choses aurait pu le ralentir. Cependant, il semblerait que votre ami ait pris la poudre d'escampette car il est parti de l'autre côté...

-Luka n'a pas fuit Madame. Il a... Il a sûrement dû en profiter pour réaliser une autre course.

-Une autre course, voyez vous ça ! »

Pâris ne savait pas comment réagir. Il avait terriblement envie de lui répondre mais sa condition le forçait à se taire. La princesse n'accepterait pas qu'on lui tienne tête, en particulier s'il s'agissait d'un esclave.

Le jeune homme trouva donc plus prudent pour lui, pour ses projets et pour Luka de baisser humblement la tête en signe d'ignorance et de ne rien rétorquer.

« Vous avez répondu de lui, continua la princesse soudain inquiète.

-Et j'en réponds toujours, Madame. Il va revenir, j'en suis sûr. »

Il avait beau le lui assurer, lui même craignait de ne jamais revoir son amant. Beaucoup de choses pouvaient l'empêcher de revenir à Seline : les troyens et la menace qui planait sur la ville de Troie bien sûr, mais aussi des brigands qui pouvaient le prendre en embuscade, le dépouiller et le tuer, ou tout simplement s'il n'avait plus envie de le revoir...

Toutes ces choses faisaient constamment trembler Pâris. Mais, devant la princesse de Seline, il resta maître de son corps et soutenu que Luka sera bientôt de retour sans ciller.

« Vos paroles sont belles mais rien ne me prouve qu'elles sont vraies.

-Que puisse je vous donner pour vous assurer de notre loyauté ? »

La princesse sembla réfléchir. Elle joignit les mains à son menton et fit quelques pas, les yeux dans le vague.

Elle avait beau y mettre tout son cœur, Pâris voyait bien qu'elle fientait la réflexion afin de ménager le suspense. Pourtant, il attendit avec patience que Son altesse finisse son mime du philosophe.

Enfin, elle s'arrêta, se retourna lentement et, légèrement moins assurée, elle lui annonça son prix :

« Vous. »

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Pâris sortit des appartements de la princesse la mime défaite. Il avait trompé Luka. Bien sûr cela avait été nécessaire, la princesse était sa seule espérance de retrouver la liberté, ni lui ni Luka ne pouvait la contrarier. Le vague plan de son amant qui pensait utopiquement que Priam, son père, allait le délivrer sans broncher, lui semblait à des années lumières de la réalité.

Il soupira en repensant à ce qu'Alès lui avait dit la première fois que la princesse l'avait abordé. À partir de ce moment, tous deux savaient que cela arriverait un jour et Pâris s'était habitué à cette idée. Il ne l'avait pas accepté mais il s'y était habitué.

Il était revenu à la cuisine où la vaisselle qu'il avait abandonné pour répondre à l'appel de la princesse, sa maîtresse, l'attendait.

Le jeune homme secoua la tête et se força à finir son travail pour ne plus penser à ce qu'il venait de faire. Mais nettoyer inlassablement des plats ne demandait pas une grande concentration et son esprit revenait toujours à Luka...

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Luka était ébloui. Devant lui se dressait l'immense palais royal de la cité de Troie. La ville légendaire, celle qu'il ne s'était jamais imaginé plus qu'en rêve, était belle et bien réelle. Il resta ébahi pendant de longues secondes devant la beauté et la grandeur du bâtiment. Il dû cependant bien revenir à lui : il ignorait totalement comment entrer et se présenter devant le roi.

*Le père de Pâris... pensa Luka sans vraiment réussir à se persuader de la réalité de la chose.*

Il s'avança d'un pas un peu timide vers le poste de garde. Il savait qu'il n'allait pas pouvoir entrer aussi facilement, même avec la lettre que Pâris avait écrit à la hâte pour Priam.

Cette lettre était courte. Pâris n'avait pas voulu expliquer sa servitude au roi de Troie. Le souvenir de sa dernière missive l'accusant de la maladie de son petit frère lui était resté en mémoire. Cela l'avait profondément marqué et attristé.

Luka ignorait encore la malédiction qui frappait Troïlos et même l'existence du jeune homme. Cependant, il avait facilement compris que quelque chose était brisé entre Priam et son fils et que cela affectait beaucoup ce dernier.

Il avait le cœur serré en repensant à leur dispute quelques semaines plus tôt, tandis qu'il s'avançait vers le poste de garde.

« Que veux tu ? Lui demanda l'un des deux gardes d'un ton menaçant.

-Je suis porteur d'un message pour le roi de Troie, annonça solennellement Luka en tentant de calmer son cœur qui s'était brusquement emballé.

-De la part ? »

Luka sursauta de surprise. Il s'était attendu à un rire grossier et moqueur ou à des réprimandes méprisantes. Mais il dû se remettre rapidement de sa stupéfaction pour répondre aux deux soldats qui pouvaient, sur un simple mot, anéantir tous ses espoirs.

« De la part de son fils, bafouilla t-il sous le regard sévère des deux hommes.

-Le prince Hector ?

-Oui...

-Suivez moi, ordonna l'un des garde sans lui laisser le temps de finir sa phrase. »

Luka était choqué. Un simple petit « oui » mensonger venait de lui ouvrir les portes de la cité royale et il suivait, sans comprendre, le garde à travers les jardins et les dédales de couloirs du palais de Priam. Il se sentait petit face à toute cette magnificence. Même les domestiques l'impressionnaient tant ils semblaient venir d'un autre monde.

Ils arrivèrent enfin dans une autre partie du palais, plus grande, plus riche, plus impressionnante encore que la précédente et Luka comprit qu'ils venaient de pénétrer dans les appartements du roi Priam, ou du moins, dans le lieu où il s'occupait des affaires royales.

Ils entrèrent dans une antichambre magnifiquement décorée. Le garde s'arrêta et se tourna vers Luka :

« Attendez ici. »

Le jeune homme ne put répondre, le garde venait de disparaître derrière une porte. Il revient quelques temps après accompagner d'un homme d'entre deux âges, grand et sec.

« Suivez moi, ordonna t-il à Luka tandis que le garde retournait à son poste. »

De nouveau, Luka obéit et suivit ce qui lui sembla être le majordome du roi. Cette fois, cependant, ils n'aillèrent pas loin. L'homme le fit entrer dans un bureau assez spacieux mais trop sobre pour être celui du roi.

« Veuillez décliner votre identité avant que je vous conduise à Sa majesté, ordonna l'homme en se retournant brusquement vers Luka, le faisant sursauté.

-Je... bafouilla ce dernier complètement pris de court. »

L'homme le regarda avec insistance. Si Luka ne trouvait rien d'acceptable à répondre, il était perdu.

« Le prince Hector m'a fait jurer de ne parler qu'à sa majesté le roi et à personne d'autre ! »

Le jeune homme avait sorti cela d'une traite, sans réfléchir à autre chose que de se libérer de cet homme. Et l'hésitation de ce dernier lui rendit son assurance.

« Bien... Je vais en informer sa majesté, répondit il toujours suspicieux. Attendez moi ici. »

Et Luka attendit. Il attendit de longues minutes pendant lesquelles il priait pour que son cœur ne transperce pas sa poitrine à force de battre aussi fort.

L'homme revint enfin et, tout en restant sur le pas de la porte, lui indiqua de le suivre. Il le conduisit dans un long corridor avec un garde tous les cinq mètres, tellement statiques qu'on aurait cru des statues.

De nouveau, l'homme se retourna brusquement vers le jeune homme mais cette fois il s'y attendait : ils étaient arrivés au bout du couloir et la porte richement décorée annonçait la fin du voyage.

« Nous allons d'abord vous fouillez pour voir si vous ne portez pas d'armes sur vous, annonça t-il gravement. »

Luka acquiesça puis deux gardes le fouillèrent. Il dû déposer tout objet considéré comme dangereux avant qu'on lui ouvre enfin la porte.

Le roi Priam attendit à peine que le majordome ait fermé la porte pour s'adresser à Luka :

« Parlez ! Quel est le message de mon fils ? »

Luka fut surpris par la voix fatiguée du vieil homme. Il s'attendait à plus d'arrogance, de mépris de la part de l'homme qui avait abandonné son propre fils.

L'homme était moins grand, moins beau, moins majestueux qu'il se l'imaginait. Il restait malgré tout très impressionnant et Luka en oublia de répondre.

« Qu'il y a t-il ? S'inquiéta le vieil homme. Est-il arrivé quelque chose à mon fils ? Est-il arrivé quelque chose à Hector ? »

Luka tiqua au nom d'Hector. Évidemment, il connaissait le légendaire prince Hector, tout comme il connaissait Priam. Il ne put s'empêcher de penser que Pâris devait souffrir bien plus que lui en ce moment même. Bien sûr, il ignorait tout d'Hector mais son amour pour son frère délaissé le rendait jaloux.

Il redressa donc fièrement la tête et regarda Priam droit dans les yeux en disant :

« J'ignore s'il est arrivé quelque chose à Hector. J'ignore même qui il est, car je viens vous apporter des nouvelles de votre deuxième fils, le prince Pâris... »

A ce nom, le roi se redressa vivement. Luka crut un moment qu'il allait se jeter sur lui.

« Où est-il ? Tonna brusquement le roi. Comment le connaissez vous ?

-C'est... mon ami, répondit Luka surpris par le ton de son interlocuteur. Il est à Seline...

-Seline ? Le coupa t-il. Pourquoi n'est-il pas là quand on a besoin de lui ?!

-Je vous apporte une fiole de son sang, répondit Luka sans comprendre pourquoi le roi était aussi cruel envers son fils. Il m'a chargé de vous l'apporter et de vous le remettre en main propre.

-Et comment puisse-je être sûr que vous n'êtes pas un espion envoyer par l'ennemi ?

-Il m'a aussi remis une lettre pour vous, se précipita Luka avant que Priam ne continue.

-Donnez moi ça ! »

Priam lui arracha presque des mains et la lut plusieurs fois avant de relever les yeux vers le jeune homme.

« Vous croyez sincèrement que ces quelques mots vont vous apporter ma confiance? Dit-il d'une voix presque douce.

-Mais...

-Silence ! Je sais que vous êtes encore un imposteur ! Vous n'êtes pas le seul homme envoyé pour tenter de faire tomber Troie. Mais cette fois, les achéens ne sortiront pas vivants de ma ville. Gardes !

-Vous faites erreur ! Ce sang est réellement celui de votre fils Pâris. Il serait là s'il n'était pas prisonnier du prince de Seline et...

-Pâris n'est plus mon fils.

-Si ! Il l'est ! Et vous êtes son père, vous devez allez le sauver ! S'exclama Luka tandis que les gardes l'emportaient. Vous n'avez pas le droit de l'abandonner une seconde fois !

-Silence ! Tonna l'un des gardes tandis que le deuxième lui asséna un coup violent sur le crâne, le faisant perdre connaissance. »

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Je suis désolée, je n'ai pas eu accès à internet pendant plus de deux semaines... Mais aujourd'hui, le chapitre 16 est enfin arrivé ! Wouhou ! ^^