NdT : Voici le troisième et dernier chapitre de cette petite fic', j'espère que ça vous aura plu


3. La vérité toute nue

La nuit précédant le match, Drago mit abruptement un terme à leur rendez-vous, au bout de seulement une demi-heure.

— Il faut que je sois bien reposé pour être au mieux de mes capacités demain, annonça-t-il avec hauteur.

Il jeta un regard sombre à Harry quand celui-ci commença à rire et embrassa son nez en jouant.

— C'est pour ça que tu n'as jamais pu me battre ? Parce que tu restais éveillé la nuit précédente et que tu ne te « reposais » pas ?

Harry avait placé ses mains sur ses hanches, et essayait de donner à sa voix un ton qui semble au moins à moitié réprobateur, même s'il contenait un nouvel accès de rire. Il ne glousserait pas ; ce n'était tout simplement pas un comportement acceptable pour un garçon que d'être enclin à glousser.

— Et si c'était le cas ? demanda Drago de façon entendue.

Il se recula pour s'appuyer contre le mur. Il haussa un sourcil devant Harry, qui venait de perdre son expression concentrée – due au fait qu'il retenait des gloussements.

— Si c'était le cas, alors tu n'as aucune excuse pour perdre le match de demain, parce que si tu le perds, ça voudra que tu as une autre raison, à part moi pour « ne pas te reposer ».

— Je vais gagner, dit Drago en passant ses bras autour de la taille de Harry de ses bras et en l'attirant plus près. Et pas parce que c'est le premier rendez-vous galant que j'abrège, mais parce que je ne joue pas contre toi.

Reste, supplia Harry quand Drago recula.

Mais le mot sortit sous forme d'un sifflement à peine perceptible qui poussa Drago à accrocher son regard quasi désespérément. Harry était sur le point de s'excuser pour son glissement involontaire en Fourchelang, quand Drago se jeta soudain en avant et captura ses lèvres dans un baiser enflammé. Et lorsque Harry détacha sa bouche de lui pour respirer, il ne fut pas libéré de l'assaut pour autant, son cou étant la victime suivante du zèle de Drago.

— Dis-en plus, Harry, s'il te plaît, supplia Drago, en s'appuyant contre les hanches de l'autre.

Le tour pris par les évènements fit sourire Harry largement et il obtempéra avec plaisir, sifflant des choses dépourvues de sens dans l'oreille de Drago, et se délectant du manque de résistance à présent offert par son copain. Inversant leurs rôles, Harry se retrouva à ravager le pouls de Drago, massant la peau désormais sensible par les vibrations produites par ses sifflements. Ses mains couraient sauvagement, caressant et pressant et affirmant ses droits sur le corps de Drago.

A moi, siffla-t-il.

Il mordit tandis que ses mains glissaient derrière Drago, s'emparant du territoire familier de ses fesses.

— Harry ! Il faut que tu… il faut que tu arrêtes pour que je puisse partir, pleurnicha Drago d'une voix anormalement aiguë.

— Tu ne veux pas que j'arrête, murmura Harry contre sa peau, qu'il effleura de ses dents.

Il fut récompensé par un souffle choqué qu'il se redressa pour recueillir sur les lèvres de Drago. Respirant lourdement, Drago lutta pour réagir :

— Tu as raison, je ne veux pas, mais je veux me reposer pour le match de demain.

Il s'autorisa un soupir de soulagement déçu quand Harry fit un pas en arrière, et plaça un baiser chaste sur les lèvres avant de traverser la place d'un pas nonchalant.

— Bonne chance, au fait. Tu sais qu'il faut que tu gagnes pour qu'on puisse jouer l'un contre l'autre ensuite, pas vrai ? jeta-t-il par-dessus son épaule tandis qu'il inspectait le couloir pour voir s'il n'y avait pas de danger.

— Je sais, et merci, Harry, répondit doucement Drago.

A ces mots, Harry lui adressa un sourire resplendissant avant de disparaître.

Quinze minutes plus tard, Drago pénétrait en catimini dans les cachots. Il souriait béatement dans l'obscurité, car personne ne devait le voir arborer une mine si dégradante. Harry était déjà confortablement installé dans son lit, et méditait sur l'usage d'un certain sort pour modifier les couleurs et les emblèmes de la plupart des tissus, serviettes comprises.

Les deux garçons s'endormirent en ayant hâte d'être au match du lendemain, l'un parce qu'il jouerait sa première partie de l'année, l'autre parce qu'il anticipait avec plaisir la fin du match.

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Les acclamations dans les tribunes s'étaient depuis longtemps éteintes, l'écho de la victoire de Serpentard se résumait maintenant à des cris réjouis dans leurs vestiaires. Dans les intervalles de calme entre les braillements ravis, on pouvait entendre à travers les murs fins le bruit de centaines de paires de pieds, redescendant lentement la colline vers le château. Drago Malefoy se pavanait dans l'allée entre les bancs, félicitant paresseusement ses équipiers et ne faisant aucun effort pour commencer à se changer, même si certains étaient déjà prêts à rejoindre la Grande Salle pour le dîner.

Harry Potter attendait silencieusement, dissimulé par sa cape d'invisibilité. La justesse de ses prévisions quant à la réaction de son copain à sa victoire au Quidditch le faisait sourire. Ce n'est que lorsque les vestiaires se furent complètement vidés, et que Drago se pensa seul, qu'il commença à se débarrasser de ses vêtements et rentra dans la douche. Résistant à l'envie de jeter un coup d'œil furtif – voir le corps nu de Drago avait de grandes chances de perturber ses plans – Harry se concentra sur la tâche de localiser le casier de Drago. Harry accomplit sa mission avec soin et quitta la pièce en laissant sa carte, avant de rejoindre à son tour la Grande Salle.

Drago n'avait rien entendu et chantait joyeusement sous la douche. Il lui fallut une bonne dizaine de minutes supplémentaires pour laver et passer de la lotion sur ses cheveux, avant de simplement réfléchir à les sécher. S'extirpant de sous le jet, il s'ébroua, attrapa sa baguette et la dirigea sur lui pour enlever le gros de l'humidité. Puis il voulut se rhabiller. Le choc lui fit ouvrir les yeux en grand, en voyant le contenu de son casier, avant qu'ils ne s'étrécissent de colère. Il se saisit vivement de la carte en grommelant de façon révoltée. Il sentit ses joues rougir, comme Harry le lui avait promis.

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— Oh, allez Harry ! Donne-nous au moins un indice ! pleurnicha Ron.

Un chœur d'approbations retentit à leur table.

— Vous verrez ce que j'ai fait bien assez tôt, répondit Harry d'un ton suffisant, prenant plaisir à la réaction choquée de ses amis.

— Tu l'as déjà fait ? questionna Seamus.

Un large sourire s'étendit sur son visage comme Harry hochait la tête.

— Tu ne lui as pas fait de mal, n'est-ce pas ? demanda Hermione.

Sa voix était légèrement inquiète, elle soupesait clairement les conséquences que cela aurait.

— Non, je ne lui ai pas fait de mal. J'ai peut-être un peu endommagé sa fierté, mais rien de plus, lui assura Harry.

Sa propre ruse lui tira un grand sourire.

— Harry, je n'aime pas ce sourire, gronda Hermione. Je veux que tu me dises…

— Harry James Couettes Potter !

Le cri strident résonna follement dans la salle, attirant l'attention de tout le monde vers les portes qui venaient de s'ouvrir violemment sur le passage de la seule personne qui n'était pas encore arrivée au repas jusqu'à maintenant. Harry lui fit un signe de tête.

— Est-ce que ça répond à ta question ? murmura-t-il doucement à l'intention d'Hermione.

Il n'obtint qu'un silence choqué en guise de réponse. Drago Malefoy, Attrapeur victorieux du premier match de la saison se tenait dans l'entrée, la rougeur gênée sur ses joues étant assortie avec la seule chose qu'il portait : une serviette écarlate Gryffondor, ornée d'un lion d'or rugissant.

Ses pieds nus martelèrent le sol de pierre jusqu'à ce qu'il se trouve juste en face d'Harry, seulement séparé de lui par la largeur de la table. Ses cheveux toujours légèrement humides collaient à ses joues rosies comme s'ils essayaient de les rafraîchir. Si c'était le cas, cette tentative échouait lamentablement.

L'image même de la sérénité, Harry se contenta de relever un sourcil et de s'enquérir :

— Couettes ?

Il était calme, même s'il savait que l'attention de tous dans la salle, professeurs compris, était braquée sur lui.

— Oui, « Miss Couettes », cracha Drago. Ça semble un surnom approprié.

— C'est plutôt approprié, je m'interrogeais seulement…

Il pencha la tête de côté, comme s'il était en train d'y réfléchir.

— Je… Tu… Ce n'est pas la question ! bafouilla Drago, outré que sa langue ait fourché et qu'il ait appelé Harry en public par le nom qu'il lui réservait en privé.

— Ah bon ? demanda innocemment Harry.

Ses yeux s'agrandirent comme s'il venait de réaliser quelque chose.

— Non, je suppose que tu as raison. Continue, Drago.

La moitié des élèves de la salle, qui avaient retenu leur souffle pendant l'échange jusqu'à maintenant, s'étouffèrent en entendant Harry s'adresser à Drago de façon si détendue. Personne ne semblait capable de réagir, tout le monde attendait de voir la suite des évènements. Sauf Dumbledore, qui avait joyeusement fait apparaître quelques sorbets au citron et s'était renfoncé dans son fauteuil pour profiter du spectacle.

— Tu es le plus… je veux dire, comment peux-tu être assis là et… Pas croyable…

Drago poursuivait ses récriminations avec un certain manque de cohérence. Il fixa Harry et son cœur se mit à battre à tout rompre : celui-ci lui souriait comme si ceci était une simple conversation entre amis. Drago tenta de retrouver un minimum de contrôle, et prit une grande inspiration tremblante avant de poursuivre.

— Potter, qu'est-ce que tu as fait de mes vêtements ?

Sa voix était menaçante et ses yeux s'étrécirent comme pour souligner à quel point la situation était sérieuse. Si Harry avait eu l'intention de répondre, sa réplique aurait été inintelligible. La question de Drago avait été tout ce que la salle attendait pour prendre la pleine mesure de la situation. Des éclats de rire explosèrent depuis chaque table, jusqu'à ce que tous les étudiants et une large part des professeurs soient en train de s'esclaffer.

Devant cette explosion soudaine et bruyante, Drago se retrouva avec l'air apeuré d'un lapin aux oreilles rabattues en arrière. Son regard désespéré se posa sur Rogue, mais son appel muet resta ignoré par le Maître des Postions qui eut un reniflement amusé, se débattant pour pleinement conserver son self-control dans cette ambiance de folie. Son attention était entièrement détournée de la supplique de son filleul par le combat qu'il menait contre ses propres lèvres, lesquelles se rebellaient pour former un sourire qu'il refusait d'autoriser. Drago se tourna vers Harry avec désespoir. L'autre se contentait de sourire d'un air entendu.

— Je t'ai fait rougir, articula-t-il.

Son sourire s'adoucit devant la gêne évidente de Drago. Il dégagea sa frange de devant ses yeux et s'autorisa à balayer du regard le corps de Drago, et se retrouva à rougir lui aussi.

A aucun moment en concevant son plan il n'avait réfléchi au fait que, conséquemment à leurs nombreuses rencontres amoureuses, non seulement le corps de Drago serait exposé, mais aussi les marques qu'il y avait laissées. Drago prit conscience de son regard et baissa la tête pour apercevoir à son tour les griffures et les marques de dents.

Il leva un sourcil devant l'embarras croissant de Harry, voyant là finalement la possibilité de regagner le contrôle. Il se tourna lentement, présentant son dos à Harry. Celui-ci était couvert de marques rouges. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour voir comment Harry réagissait. La bouche de celui-ci s'était grande ouverte de surprise. Il n'avait pas la moindre idée d'avoir été aussi violent. Se retrouver confronté à un pareil entrelacs de marques qu'il avait causées était une méthode très directe de le lui faire savoir. Avant qu'il ne puisse même penser à réagir, la voix de Ron surplomba le vacarme :

— Bon sang, Malefoy ! On dirait que tu as été attaqué par une bête sauvage !

Devant la bruyante intervention de Ron, beaucoup d'étudiants firent silence à nouveau pour entendre ce qui se dirait. S'adressant toujours à Harry, Drago renifla :

— Oui, un lion en serait une bonne description.

Ne voulant pas être en reste, Harry répliqua :

— C'est toujours mieux que des morsures de serpent, je suppose.

— Peut-être, Miss Couettes.

Drago parlait maintenant de façon détendue.

— C'est une honte que personne ne se soit jamais occupé d'arranger ce qui te sert de cheveux correctement.

— Je ne crois pas que les couettes étaient vraiment mon style, fit Harry, laconique.

Il regarda avec méfiance Drago tirer sa baguette de dieu-sait-où sous sa serviette.

— Non, en effet. Je suis sûr que je pourrais trouver quelque chose de beaucoup mieux, si on m'en donnait l'occasion, répondit Drago d'une voix onctueuse.

Il faisait maintenant tourner pensivement sa baguette, les yeux accrochés aux cheveux d'Harry.

— On ferait mieux d'y aller, Harry ! siffla Hermione en le tirant par le bras.

Mais il secoua la tête, peu désireux de faire machine arrière.

— Sachant le nombre d'heures que tu passes à te coiffer et te pomponner, j'ai bien peur que tu n'ais à t'occuper d'une barbe de belle longueur, le temps que tu en ais fini avec mes cheveux !

L'espace d'un moment, Drago sembla sur le point de répliquer verbalement, mais brusquement, il leva sa baguette et jeta un sort en direction de Harry. La lumière vert-argentée dansa un moment dans ses cheveux, avant d'y imprimer une forte secousse, causant une tension inhabituelle au niveau des racines. Quand la lumière disparut, Harry eut la distincte impression qu'il allait beaucoup moins aimer ses cheveux désormais, impression confirmée par les visages horrifiés à la table des Gryffondor.

Quoi que Drago ait fait, cela avait allongé ses cheveux, si bien que Harry pouvait en voir une partie du coin de l'œil. Ce qu'il voyait n'était certainement pas le noir auquel il était habitué. A la place, ses cheveux étaient méchés de vert et argent. Repoussant la longue frange de devant son visage, Harry se pinça le nez dans un geste concentré avant de se venger d'un sort or et argent, qui s'enroula autour de Drago, remplaçant sa serviette par une robe de sorcier.

Souriant largement, celui-ci pensa qu'il avait dû y avoir une erreur avec le sort, et fit demi-tour joyeusement, décidant qu'il avait remporté cette manche. En le regardant fièrement tracer son chemin hors de la Grande Salle, les gens se remirent à pouffer de rire. Sur le dos de sa cape étaient brodés en lettres d'or scintillantes les mots « I love Harry Potter ». Ils ressortaient brillamment sur le fond sombre de la robe.

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Harry se demandait paresseusement comment de temps il faudrait à Drago pour réaliser le problème avec sa cape. Il avait cru que voir tout le monde (y compris un certain nombre de Serpentard) ricaner discrètement dans la Grande Salle aurait mis son copain sur la voie, mais apparemment, ça allait prendre un peu plus de temps que cela.

Se relaxant confortablement dans son siège, maintenant qu'il ne craignait plus d'attaque, Harry continua à manger, un sourire satisfait éclairant son visage entre chaque bouchée. Petit à petit, tout le monde autour de lui se mit à faire de même, et finalement, le dîner reprit normalement.

De façon surprenante, les professeurs ne firent pas de commentaires, jugeant apparemment que les deux garçons s'étaient suffisamment punis l'un l'autre. Ou bien, pour la majorité d'entre eux, trouvant simplement la situation trop amusante pour mériter des punitions. Dumbledore agissait comme si toute l'affaire avait eu lieu pour son seul plaisir. Il souriait jovialement, et discutait avec les autres profs qui étaient toujours un peu ahuris.

— Bon, Harry, je suis contente que tu n'ais rien fait de dangereux, mais tu pourrais toujours avoir des problèmes…

— Hermione… commença-t-il à protester.

Mais sa voix fut noyée par l'explosion d'acclamations de la part des garçons de Gryffondor.

— Punaise, c'était génial, Harry ! J'aurais jamais pensé à lui piquer ses fringues !

— Merlin, tu as vu sa tête quand il a débarqué ici ? Et il avait l'air mort de trouille quand tout le monde s'est mis à rire, comme s'il ne savait pas ce que c'était qu'un éclat de rire ! s'exclama Seamus. En y réfléchissant, ça pourrait bien être le cas.

— La serviette, vieux, ça c'était bien vu ! L'attention prêtées aux détails, sacrément chouette !

Et ça continua ainsi, volant au-dessus de la tête de Harry comme lorsqu'il esquivait un Cognard. Il mâchonnait son hachis Parmentier en pensant toujours à Drago et en se demandant quand est-ce qu'il se rendrait compte, pour la cape.

— Bon, et pour tes cheveux, Harry ? demanda soudain Hermione d'un ton concerné.

Elle observait la coiffure aux couleurs de Serpentard qui cascadait sur les épaules de Harry.

— Mmmh, j'sais pas, franchement, répondit-il vaguement. Ça ne m'ennuie pas vraiment vu que je peux pas les voir.

Hermione prit cela comme une requête et fit apparaître un miroir, le tenant juste devant le visage de Harry. Poussant un soupir, celui-ci abandonnant sa fourchette pour examiner son reflet.

— Génial ! s'exclama-t-il avant de pouvoir s'en empêcher.

A ces mots, tous ceux qui l'entouraient le fixèrent, choqués. Les ignorant pour l'instant, Harry continua à évaluer l'apparence de ses cheveux. Ils étaient toujours répartis en touffes désordonnées autour de sa tête, sauf que maintenant, ils descendaient jusqu'à ses épaules dans le dos, et la frange tombait en permanence devant ses yeux. La longueur lui allait bien, mais Harry ne pouvait s'empêcher d'être perturbé par la teinte.

D'une façon ou d'une autre, Drago avait réussi à donner a ses cheveux exactement la couleur de ses yeux, des racines à la pointe, avec un balayage argenté qui scintillait quand il bougeait la tête. L'effet d'ensemble était plutôt impressionnant, et Harry se retrouva à l'apprécier malgré lui.

— Qu'est-ce que tu veux dire par « génial », mon pote ?

Ron pencha la tête de côté, confus, ne voyant pas ce que Harry pourrait bien aimer dans cette situation peu confortable.

— Quoi ? Tu ne trouves pas que la couleur fait ressortir mes yeux ? demanda Harry d'une voix faussement blessée.

Il fit la moue et battit des cils en repoussant la frange de devant son visage. Hermione prit la parole en souriant :

— Je dois admettre qu'il avait raison en disant qu'il était capable d'arranger tes cheveux, Harry. Ta coiffure ne t'a jamais aussi bien été que maintenant !

— Evidemment, que j'avais raison, Granger.

Personne n'avait remarqué le retour de Drago, à la table des Gryffondor. Ils avaient été trop occupés à rire des idioties de Harry pour entendre le silence de mort qui avait recouvert la salle à la vue du blond, qui serait forcément furieux. Là, ils tournèrent tous leurs visages vers lui, le rire mourant sur leurs lèvres.

— Alors comme ça tu apprécies ton nouveau style, hein Potter ?

Drago eut un sourire méprisant, mais son ton était léger en dépit de son expression dure.

— Heu, pour tout dire, oui. Merci.

Harry sourit, secoua ses cheveux pour dégager sa vue une fois de plus. Il avait réussi à avoir l'air reconnaissant pour de bon. Drago secoua légèrement la tête devant les bêtises de Harry, luttant pour ne pas sourire à son tour.

— Et moi qui pensait qu'il fallait que je revienne pour régler ça afin que ta petite tête de Gryffondor n'implose pas à cause des méchantes couleurs de Serpentard… fit Drago avec condescendance.

— Nan, c'est bon, répondit joyeusement Harry. Et toi ? pas de soucis avec tes vêtements ?

Cela avait été dit avec un peu plus d'appréhension. Harry grimaça presque en attendant la réponse de Drago, conscient que tout le monde autour de lui se préparait à une explosion.

Drago leva un sourcil, faisant durer le suspense en défaisant lentement l'attachant de sa cape et en la faisant tourner de façon à pouvoir voir les mots brodés. Ses mains rejoignirent ses yeux dans leur inspection. Le silence dans la salle était assourdissant, tous attendaient qu'il parle.

A la table des professeurs, Dumbledore était en train de s'interroger sur comment faire pour extraire un bonbon au citron de son emballage sans causer un bruit de papier froissé. Il fronça légèrement les sourcils comme la réponse lui échappait, avant de lancer un Silencio informulé et de profiter de ses bonbons. Ses yeux revinrent à la confrontation qui avait lieu entre ses étudiants.

Plus loin à la même table, Rogue priait pour que Drago ne commette rien d'embarrassant pour sa Maison. S'il criait comme une fille, Rogue pourrait être forcé de jeter un Oubliettes généralisé à toute la salle, et l'effort impliqué par cette idée ne le réjouissait pas particulièrement.

Drago ouvrit la bouche pour parler, terriblement conscient que tout le monde dans la pièce s'était penché en avant sur son siège pour mieux voir. C'est-à-dire, tout le monde sauf Harry, qui à la place se déporta en arrière, comme pour accroître la distance entre lui et Drago. Celui-ci eut un léger sourire en coin devant cette réaction. Il tenait Harry sous son regard, observant l'autre se trémousser inconfortablement sur son siège.

Il finit par se fatiguer de faire durer le suspense et énonça sa sentence d'une voix traînante :

— En vérité, la qualité de la broderie n'est pas si affreuse que cela. Je pense que je devrais pouvoir m'en accommoder.

Drago trouva très amusantes les réactions choquées, et les prit comme une revanche sur ceux qui avaient ri de lui précédemment. Harry semblait troublé et un peu effrayé, comme s'il avait vraiment voulu interroger Drago plus avant, mais qu'il ne craigne qu'une telle investigation ne lui vaille la castration. Drago le gratifia d'un sourire animal, lui rappelant qu'il avait des raisons pour ne pas souhaiter faire de lui un eunuque. Cela donna à Harry le courage de formuler sa question.

— Et la nature de la broderie ? Le, heu, choix des mots ne te dérange pas ?

Sa voix était hésitante. Il savait que Drago appréciait plutôt d'être le centre de l'attention, mais s'inquiétait quant au point culminant du spectacle. Il ne devait pas être déçu, s'avéra-t-il.

— Et bien, il faut admettre que c'était un peu direct, chéri, mais je sais qu'être exposé à un manque de subtilité est une des conséquences obligées quand on sort avec un Gryffondor. Tu n'as pas été vraiment subtile, la nuit dernière, donc ce n'était pas tellement une surprise. Heureusement, il se trouve que je m'habitue à ta non-subtilité, et des petits tours comme aujourd'hui valent le coup en regard de ce que j'obtiendrai ensuite.

Drago termina en lorgnant vers Harry de façon suggestive. Le jeune homme prit une telle couleur qu'un flamant rose aurait eu honte de se trouver à ses côtés, car il n'aurait pu rivaliser avec cette teinte.

La salle dans son ensemble éclata de rire devant ce que les mots de Drago impliquaient, et leur effet évident sur Harry. Il pouvait entendre les commentaires suffoqués au rythme de :

— Elle est bonne celle-là, Malefoy ! Toi et l'Elu !

Et :

— Tu m'as presque fait marcher !

— Eux deux ensemble ? C'est grotesque !

Et ainsi de suite.

Harry sentit son visage lentement retrouver une température normale. Pour la plupart, il ignorait les commentaires, ainsi que les grimaces censées mimer des baisers que Ron produisait entre deux éclats de rire. Drago ne réagissait pas de la même façon. Il sentait l'irritation le gagner, supportant mal que personne ne le croie. Et par ailleurs, il se sentait devenir possessif à voir les autres jeter des coups d'œil appréciatifs à Harry, imaginant la scène que Drago venait de décrire.

Il se pencha au-dessus de la table, écartant pour ce faire Granger et Weasley (ce qui le fit souhaiter désespérément de pouvoir prendre une douche), Drago saisit les mains de Harry dans les siennes et l'attira à lui, parvenant d'une façon ou d'une autre à le faire passer de son côté sans trop de dérangement. Tout le monde riait toujours, mais Drago savait qu'il avait un moyen de les faire taire. Harry recula pour échapper au sourire prédateur qui le surplombait, seulement pour découvrir qu'un bras s'était faufilé autour de sa taille, et qu'une main dans le creux de son dos rendait impossible toute retraite. Après avoir jeté un coup d'œil angoissé à Drago, Harry ferma très fort les yeux, s'attendant à moitié à un coup.

Ses yeux se rouvrirent sous le choc quand il sentit des lèvres familières sur les siennes, avant de se refermer sur un dernier battement de cils. Ses bras s'enroulèrent à leur tour autour des épaules de Drago, et il lui rendit son baiser avec enthousiasme.

Le rire dans la Grande Salle se réduit à un seul : celui de Dumbledore qui gloussait joyeusement tout seul, en observant les élèves dont une part ouvrait la bouche à s'en décrocher la mâchoire, ce qui était aussi le cas d'un certain nombre de professeurs.

Harry était oublieux de tout ce qui n'était pas la langue inquisitrice de Drago, la sensation qu'elle lui causait lorsqu'elle effleurait la voûte de son palais, lui arrachant des gémissements qui étaient immédiatement avalés, mais ne passaient pas inaperçus pour autant, dans le silence de plomb. Drago sourit dans le baiser, avant de se retirer.

— Je crois que j'ai remporté cette manche, Miss Couettes, murmura-t-il contre les lèvres humides.

Ses explications furent coupées court par une langue qui caressa ses propres lèvres, tarissant avec efficacité son désir de parler. Comme il se penchait en avant, cependant, Harry recula.

— Je n'en serais pas si sûr, chéri, répliqua-t-il, avant de se séparer complètement de Drago.

Il lui tourna le dos et sortit de la Grande Salle. Drago grimaça, cherchant à comprendre comment Harry aurait pu retourner la situation en sa faveur. Il le suivit vers la sortie, ses cheveux rouge et or rebondissant sur ses épaules, capturant l'attention de tous ceux présents dans la salle, encore trop choqués pour réagir.

— Vraiment, c'est une bonne chose qu'il ne soit pas un Gryffondor, commenta paresseusement Dumbledore, ce ne sont vraiment pas ses couleurs.

Un silence de mort suivit ses paroles, rompu soudainement par le cri haut-perché que Rogue avait craint tout du long :

— Harry, par la barbe de Merlin, qu'as-tu fait à mes cheveux !

FIN


Note:

Si cette fiction vous a plu, pensez à nous laisser un petit mot, ça fera plaisir tant à Prince Edwin qu'à moi-même ! ^^