On avait à peine eu le temps de poser nos valises que la vie normale reprenait déjà son cours. Je devais avouer que je me serais bien passé d'aller au lycée, dans un lycée privé de surcroît, l'intégration s'annonçait d'autant plus difficile, quel plaie ! Je prie un petit déjeuner sur l'ongle, ce qui se résumait à un verre de lait, et un sandwich au beurre de cacahuète que je fourrais dans mon sac.

_ Théo, tu veux que je t'accompagne jusqu'au métro ? proposa mon père.

_ Non, non, ça ira papa, je pense pouvoir me débrouiller.

_ Bah ! Bonne journée, chérie ! lâcha t-il avec un large sourire.

Je lui rendis son sourire et sortit de l'appartement. Je fus surprise par le bruit ambiant de la ville, parce que le dernier bled où nous avons vécu, était nettement plus calme, il faut dire que c'était dans le Minnesota.

Je me sentis un peu intimidée, c'était tellement nouveau, un peu effrayant, d'autant que j'avais été admise en tant que boursière dans le lycée de Brighton, un lycée pour gosses de riches. Y'avait pas à dire j'allais être bien ici, un peu comme du pâté de campagne dans un assortiment de sushi.

Le métro s'arrêta devant moi, je montais, agglutinée à une cinquantaine d'autres personnes de toute catégorie sociale confondue, du maçon au courtier en bourse. J'avais vu, pour ma part, assez de série pour savoir que si on tient à ses affaires, il vaut mieux les garder près de soi. Je me serrais dans un coin du wagon, mon mp3 sur les oreilles, le visage aussi impassible que mon appréhension croissante me le permettait.

Je guettais les arrêts et quand enfin arriva le mien, je me précipitais hors du wagon et de ses odeurs de transpirations matinales pour rejoindre la « surface » et ses odeurs de pots d'échappement. Il ne me restait que deux pâtés de maisons à faire à pied pour rejoindre mon nouveau lycée.

Ok ! C'est pas comme si je m'attendais à un bâtiment massif en béton, comme mon dernier bahut, parce que celui là ressemblait plus à un bâtiment classé ou à un hôtel particulier qu'à un lycée : façade d'avant guerre parfaitement restaurée, alignement de voitures de luxes sur le parking et masse abondante d'ados aux fringues de créateurs. Plus de doutes à avoir, j'étais bel et bien arrivée en Enfer.

Il y avait matière à griffonner. Je sortis mon calepin de mon sac avec un crayon et je commençai à dessiner les grandes lignes du bâtiment. Les personnes qui se trouvaient là, semblaient toutes se connaître depuis des lustres…bon remarque idiote, ils sont sans doute ensemble depuis le jardin d'enfants.

Ma main s'activait fébrilement sur cette ribambelle de créatures irréelles. Et alors que je commençai à peaufiner un peu les détails je fus percuter sans ménagement, ma main dérapa et un large trait barra mon « œuvre ». Je lâchai un juron étouffé, alors que j'entendis une voix un peu confuse :

_ J'arrive pas à croire que c'est moi qui aie fait ça. Désolé.

_ Pas grave, dis-je en le gratifiant d'un sourire, c'était un garçon aux cheveux châtains en broussaille et des yeux plutôt mélancolique couleur de lune…voilà que je me trouve l'âme d'un poète. Enfin, je dus freiner ses excuses :

_ Je suis vraiment désolé, j'ai gâché ton dessin.

_ ça ne fait rien, je ne suis pas une grande artiste, je fais ça pour me…détendre

Il rit, et tendit sa main :

_ Au fait, je m'appelle Graham, Graham Banks.

J'avoue que je trouvai ça un peu guindé mais bon, je la saisis :

_ Et moi, c'est Théo…Adams.

_ Théo ? s'enquit-il surpris.

_ Oui, euh…en fait mon prénom c'est Théodora, mais je trouve qu'il fait trop vieillot et pédant. Il esquissa un sourire amusé et demanda :

_ Et qu'est-ce que tu faisais ?

_ J'étais en train d'essayer de capter l'image de ses créatures étrangement parfaites.

_ Ah ! Les BP !

_ Les BP ?

_ Oui, comme Beautiful People, c'est ce qu'ils sont et nous pas.

_ Alors si, je comprends bien, tous les groupes ont des noms ici.

_ C'est plus facile de détester quelque chose qui porte un nom, tu ne trouves pas ?

Il avait pas tord, mais avant que j'ai eu le temps de dire quoique se soit, il s'élançai déjà vers les portes du bâtiment :

_ Ravie de t'avoir rencontrée, Théo Adams.

Et me voilà de nouveau seule, pour une fois que j'aurais été capable d'apprécier la compagnie de quelqu'un à sa juste valeur.

Une de ses vieilles pies qui sont souvent chargés d'accueillir les nouveaux mais qui n'ont pas une once de savoir-vivre, me tendit mon emploi du temps et un plan des lieux. Je soupirai et sortis du bureau prête à affronter la jungle.

J'eus l'impression que tous les regards étaient braqués sur moi, et que tous me regardaient comme une sorte de bête curieuse…bon d'accord mon cuir était vraiment élimé, mon jean avait un gros accro au genou et ma blouse avait plusieurs tâches de peintures, mais bon, je crois que ce qui les choquer c'est qu'ils ne soient pas griffés Dolce&Gabbana, Prada ou Banana Republic. En gros, je devais sentir « la fille tout droit sortit de sa cambrousse » et honnêtement, je n'en avais rien à faire. Je devais les ignorer, oui voilà, les i-gno-rer et prendre vite fait mes repères.

Je me dirigeais dans le couloir tapissé de casiers, regardant sur le papier où était hâtivement noté le numéro de mon casier ainsi que le code du cadenas qui va avec. Je m'arrêtais devant celui qui m'étais assignée et commencer à déverrouiller le cadenas, mais pas moyen d'ouvrir ce maudit casier qui se montrait déjà capricieux, la porte bloquait et j'eus beau tiré, rien à faire. Et alors que je m'apprêtais à m'avouer vaincu une poing vint frapper deux fois sur la dite porte qui s'ouvrir comme par miracle, je jetais un regard à mon sauveur :

_ Merci

_ J'avais ce casier l'année dernière, déclara la vision sculpturale avant de dire, au fait, je m'appelle Jackson Allen, mais tout le monde m'appelle Jack.

Je décidai d'hors et déjà de me montrer aussi neutre que possible malgré ses cheveux bruns ondulés qui lui tombait à la mâchoire lui donnant un air négligé, très sexy et ses yeux bleus azurs transcendants :

_ Euh…Théo Adams

_ Hm…Nouvelle, hein ? dit-il d'un ton amusé.

_ ça se voit tant que ça ? répondis-je, égale.

_ Assez oui…

_ Hey, Jack, tu t'amènes, le héla un garçon, le garçon me sourit avant de tourner les talons.

Hum, je crois que finalement, cette journée ne s'annonce pas aussi craignos que je le croyais.